PROSPECTIONS ARCHEOLOGIQUES MULTI-METHODES : FOCUS SUR LES REPRESENTATIONS GRAPHIQUES UMR 6249, Chrono-environnement Besançon Clement.laplaige@wanadoo.fr Résumé : La compréhension des paysages passés se fonde en partie sur l analyse de différentes sources documentaires qui permettent ensemble de caractériser bon nombre des évolutions paysagères intervenues notamment depuis l époque moderne. Toutefois, les aménagements plus anciens ne sont ni localisés ni représentés sur des cartes. Leurs traces sont alors décelées dans le paysage actuel de manière efficace grâce notamment à la mise en œuvre conjointe de diverses méthodes de détection : la photographie aérienne, le système LiDAR (Light Detection And Ranging) ou la prospection géophysique. Cependant, la multiplication des prospections entraine une augmentation de données limitant parfois la lisibilité des cartes et des plans obtenus. C est pourquoi il est nécessaire de s interroger à la fois sur les relations entre l artefact et l anomalie de prospection mesurée/enregistrée et sur les modalités de représentation des informations. Mots clés : prospections archéologiques, télédétection, géophysique, antiquité Abstract: The analysis of documentary sources offers the opportunity to determine the organization of former landscapes and to characterize a large part of their evolutions since the Modern period. However, older land settlements are not localized or symbolized on maps. Their signs are efficiently detected in present landscape through the joint implementation of various detection methods: aerial photography, LiDAR (Light Detection And Ranging) system or geophysical surveys. However the multiplication of surveys leads to increased data and sometimes limits the readability of maps and plan. This is why it is necessary to examine the relationship between the artifact and the anomaly measured / recorded and also the ways of representing information. Key words: archaeological survey, teledetection, geophysical survey, antiquity La compréhension des dynamiques paysagères passées se fonde en partie sur l analyse de différentes sources documentaires (archives, plans, photographies aériennes,.) qui permettent ensemble de caractériser bon nombre des évolutions paysagères intervenues notamment depuis l époque moderne (gestion du territoire agraire, organisation de la propriété foncière, occupation du sol) (Perpillou 1979 ; Dupouey et al. 2007). Toutefois, les aménagements plus anciens ne sont ni localisés ni représentés sur des cartes. Leurs traces sont alors décelées dans le paysage actuel de manière efficace grâce notamment à la mise en œuvre conjointe de diverses méthodes de détection : le ramassage de mobilier archéologique au sol, la photographie aérienne, enregistrant des variations topographiques ou colorimétriques à la surface du sol (Chevallier 1964 ; Chouquer 1996) et, plus récemment, le système LiDAR (Light Detection And Ranging), mesurant les variations microtopographiques à l aide d un laser (Sittler 2004 ; Kooistra, Maas 2008). L étude d autres paramètres physiques, imperceptibles à nos cinq sens, permet également d appréhender les traces des paysages passés. Les méthodes géophysiques détectent la présence de vestiges ou de structures enfouies qu aucun indice ne signale en surface grâce, par exemple, à la mesure de l intensité du champ magnétique terrestre ou de la résistivité du proche sous-sol (Scollar et al. 1990 ; Hesse 2005). Il est largement admis que les méthodes de prospection sont susceptibles de fournir des données archéologiques quant à l occupation du sol et/ou l exploitation du territoire (Ferdière 2006). A ce titre, elles ont entre autres été appliquées depuis plusieurs années sur le site de l agglomération antique d Epomanduodurum (Mandeure- GdR 3359 MoDyS - Rencontre jeunes chercheurs 21-22 novembre 2013, Université de Franche-Comté (Frasne, 25) 1
Mathay, Doubs) dans le nord Franche-Comté et plus récemment sur le secteur de la Genetoye en périphérie de la ville d Autun (Saône et Loire). La ville d Epomanduodurum est considérée comme la seconde de Séquanie derrière la capitale de cité Vesontio (Besançon). Ce site ainsi que son territoire font l objet depuis plusieurs années de recherches pluridisciplinaires sur les paysages passés et contemporains, principalement dans le cadre d un projet collectif de recherche (PCR Mandeure), initié depuis 2001 (Barral et al. 2001) et du programme LIEPPEC (LiDAR pour l Etude des Paysages Passés et Contemporains), débuté en 2009. Le secteur de la Genetoye, situé en périphérie de la ville d Augustodunum fondée à la fin du premier siècle avant J.-C., est un ensemble monumental composé entre autre d un théâtre et d un temple encore en élévation (temple de Janus) et fait l objet d un PCR depuis 2012 (PCR Janus, Labaune et al. 2012) Cet article s attachera en premier lieu à rappeler les concepts et les résultats attendus par quelques méthodes de prospection archéologique dans le but de s intéresser, grâce à quelques exemples, à la combinaison et à la mise en relation des données ainsi qu à certaines difficultés pouvant survenir durant le traitement de ces dernières. En effet, l intégration et la sommation d anomalies diverses (par exemples magnétiques, microtopographiques, phytographiques, etc.) va entrainer plusieurs complications : - La résolution spatiale et l extension des données varient suivant le type de prospection utilisée et la méthodologie d acquisition mise en œuvre. - Les prospections vont concerner différents paramètres physiques (microtopographie, résistivité du sous sol par ex.) et vont intégrer des surfaces ou des volumes différents suivant la prospection choisie (de quelques centimètres à plusieurs mètres cubes par ex.). - Les vestiges archéologiques vont se signaler différemment suivant les modes de prospections choisis. - Ces acquisitions ont un cout, qu il soit financier, humain ou temporel, obligeant le prospecteur au compromis entre masse d informations scientifiques et contraintes matérielles. 1 Présentation de quelques méthodes de prospection De façon plus ou moins conventionnelle, les méthodes de prospection peuvent être classées en deux catégories, méthodes dites «externes» et méthodes dites «internes», selon que leur mode de reconnaissance intéresse l exploration du sol en surface ou en profondeur (Fig. 1). Cette figure présente les principales méthodes de prospections mises en œuvre sur les deux sites. Figure 1. Tableau comparatif de différentes méthodes de prospection utilisées en archéologie (C.Laplaige, G. Bossuet, 2011) GdR 3359 MoDyS - Rencontre jeunes chercheurs 21-22 novembre 2013, Université de Franche-Comté (Frasne, 25) 2
On peut noter que chaque type de prospection à ses domaines d application préférentiels : une prospection électromagnétique sera par exemple envisagée dès qu il s agira de travailler sur la morphologie et la nature des formations géologiques superficielles. 1.1 Les méthodes «externes» Les méthodes dites «externes» impliquent l existence, hors du site ou à sa surface, de manifestations visuelles ou de traces matérielles d occupation que l on peut soit observer (reconnaissance à vue) et échantillonner directement sur le terrain (collecte superficielle d objets erratiques), soit enregistrer (photographie aérienne) ou bien alors mesurer depuis un avion (LiDAR aéroporté). 1.1.1 La photographie aérienne Les prospections aériennes enregistrent quatre types d anomalies : les ombres portées (shadow marks), les variations de la couleur du sol (soil marks), l apparition de traces d humidité (damp marks) et enfin les variations de la croissance de la végétation (crop marks). En effet, ces phénomènes peuvent trahir la présence de vestiges anthropiques en sous-sol (Fig. 2) Figure 2. Mathay (Doubs), cropmarks repérés au lieu-dit l «Essarté» par la prospection aérienne et trahissant la présence d une nécropole composée d enclos circulaires (à droite et en bas) et d un quartier artisanal antique (centre de l image) (cliché : R. Goguey, 1976) Mais il existe tout de même quelques limites à ce mode de reconnaissance. Celui-ci ne s adresse en effet qu aux vestiges qui veulent bien se laisser voir directement ou indirectement. Certains des indices décelables (damp marks, crop marks) sont par nature de caractère fugace et il est nécessaire de survoler plusieurs fois la même zone, sans garantie ni certitude d avoir réalisé au final la prospection exhaustive de toutes les structures aptes à être révélées par cette méthode. L apparition de ces anomalies révélatrices des structures est en effet, soumise à des conditions climatiques particulières impliquant l existence d un stress hydrique, lié à une période plus ou moins prolongé de sécheresse. Les horaires de vol ont également leur importance, tout comme l état du sol. La principale limitation de la méthode tient au fait qu elle ne détecte pas les structures sous couvert boisé, puisque le feuillage dense rend bien évidemment ce type de détection inopérante. 1.1.2 La prospection LiDAR La plupart des occupations humaines laissent des traces dans le paysage sous forme d élévations ou de dépressions. Par exemple, un muret recouvert au fil du temps par des apports de sédiments se trahira par une élévation linéaire. GdR 3359 MoDyS - Rencontre jeunes chercheurs 21-22 novembre 2013, Université de Franche-Comté (Frasne, 25) 3
La technologie LiDAR aéroportée, aussi appelée «Airborne Laser Scanning» (ALS) permet d acquérir un relevé altimétrique (altitude) des surfaces survolées sous la forme d un nuage dense de points qui sont géoréférencés (callés géographiquement) avec une grande précision. Le principe de cette technique est simple : un rayon laser émis depuis un avion est réfléchi et renvoyé vers ce dernier lorsqu il rencontre un obstacle ; connaissant la vitesse de l onde laser, il est aisé de calculer la distance entre l avion et le corps réflecteur (Fig. 3). Figure 3. Besançon (Doubs), représentation des variations des mouvements du sol en simulant l éclairage en tout point (C. Fruchart, 2011) Le LiDAR est devenu en quelques années une des sources majeures d information numérique de terrain (Raber et al. 2007). Il est utilisé dans différents champs d application comme la modélisation urbaine en trois dimensions, le suivi de glaciers, l aménagement côtier etc., mais l une de ses principales missions reste la génération de modèles de terrain, c'est-à-dire des modèles numériques reproduisant l altitude de chaque point du sol (Hodgson et al. 2005). A l heure actuelle, l utilisation du LiDAR pour la génération de modèles numériques de terrain est devenue une pratique courante dans la communauté des sciences du sol mais aussi dans le cadre de grands projets d aménagement de l espace financés par de gros groupes, tel Réseau Ferré de France (Hodgson, Bresnahan 2004 ; Etienne 2011). L avantage principal de la méthode LiDAR par rapport à la photogrammétrie est sa capacité à percer la couverture végétale. En 1998, Kraus et Pfeifer ont démontré que les modèles d élévation numériques avaient la même précision sous couvert végétal que ceux obtenus en champs ouverts par la photogrammétrie (Kraus, Pfeifer 1998). En termes de finesse ce type de prospection est capable de mesurer l altitude absolue de 20 points par m² avec une résolution d environ 5 centimètres. Par contre, ces données LiDAR brutes réfléchies représentent une masse considérable (plusieurs dizaines de Go de fichiers de type texte pour une centaine de km² de prospection) et comportent des points qui ne correspondent pas seulement à la surface du sol, mais également aux éléments fixes du paysage comme les bâtiments, les lignes à haute tension, la végétation voire même à des éléments mobiles comme les oiseaux «interceptés» lors du vol de l avion (Stocker et al. 2006). Il appartient par la suite à l opérateur de filtrer les points non-désirés. A partir des donnés ponctuelles, on génère des modèles numérique de terrain (MNT) représentant l altitude de chaque point du sol sur une maille carrée. Il existe par la suite de nombreux traitements et modes de visualisation permettant de détecter les micro-variations du relief (Fig. 3). GdR 3359 MoDyS - Rencontre jeunes chercheurs 21-22 novembre 2013, Université de Franche-Comté (Frasne, 25) 4
1.2 Les méthodes «internes» 1.2.1 La prospection géophysique Les méthodes dites «internes» recouvrent essentiellement celles qui sont issues des applications de la géophysique ; elles ont pour caractéristique d assurer la détection de structures enfouies à partir de mesures effectuées à la surface d un sol qui peut éventuellement masquer la présence des structures par un recouvrement. Ceci implique que ces structures présentent, par rapport au milieu qui les enrobe, un contraste de propriétés (électrique, magnétique, thermique ) suffisant pour produire en surface une perturbation (ou anomalie) décelable par rapport à la répartition uniforme qui serait observée sur un terrain homogène (Hesse et al. 1978 ; Hesse 1985). Les prospections géophysiques les plus utilisées dans le domaine de l archéologie sont : - la méthode électrique, qui permet de mesurer la résistivité électrique du sol par injection d un courant continu. En effet les différents matériaux constituant le sous-sol laissent plus ou moins passer le courant, par exemple, les calcaires sont considérés comme plus mauvais conducteur que les argiles. La cartographie de cette résistivité va nous permettre de déceler les structures en «dur» d origine anthropique, par exemple les murs ou les remblais (Fig. 4). Figure 4. Mandeure (Doubs). «Les Combottes». Prospection électrique ARP (dispositif à 1m) sur le quartier d habitation antique et schéma d interprétation. (Source : Geocarta/PCR Mandeure, C. Laplaige, 2011). Les structures résistantes (murs, voies, remblais) apparaissent en noir - la méthode magnétique, qui mesure l intensité du champ magnétique terrestre. En effet, ce dernier est très faiblement modifié par les constituants du sous-sol (moins de 0.1%). La cartographie des anomalies du champ magnétique terrestre va, là aussi, nous renseigner sur les vestiges enfouis dans le sous-sol (Fig. 5). - la méthode radar, aussi appelée GPR (Ground Penetrating Radar), qui consiste à emmètre des ondes à très haute fréquence dans le sol. Ces ondes sont en partie réfléchies lorsqu elles rencontrent un changement de texture dans le sous-sol. Les ondes vont être renvoyées vers l appareil. La profondeur des perturbations est obtenue à partir de l estimation de la vitesse de déplacement des ondes dans le sous-sol (Fig. 6). GdR 3359 MoDyS - Rencontre jeunes chercheurs 21-22 novembre 2013, Université de Franche-Comté (Frasne, 25) 5
Figure 5. «La Burette», Banville (Calvados). Carte du gradient vertical magnétique et représentation schématique des anomalies (C. Laplaige, 2011). Les nombreuses anomalies positives (en bleu) correspondent à des structures dites «en creux» (fosses, trous de poteaux, fossés). Figure 6. Dolving (Moselle). Coupe profondeur (Depth slice) du profil radar n 16. Pointage des réflecteurs correspondant aux interfaces entre faciès sédimentaires (C. Laplaige, 2011). Sur cette image, deux corps sédimentaires (FS1 et FS2) sont visibles et correspondent au comblement d une dépression humide GdR 3359 MoDyS - Rencontre jeunes chercheurs 21-22 novembre 2013, Université de Franche-Comté (Frasne, 25) 6
2 Utilisation conjointe des méthodes de prospections 2.1 La combinaison des anomalies Il est évident qu au premier abord, la combinaison de différentes méthodes de prospection fournit un plus grand nombre d information. Toutefois, il est nécessaire de dépasser le postulat qui consisterait à considérer que la multiplication des prospections apporterait automatiquement un plus grand nombre d informations utiles : les prospections ont des domaines et des contextes géomorphologiques d applications préférentiels. La reconnaissance du complexe cultuel des «Cloux du Château» à Mandeure est assez représentative de l intérêt de multiplier des prospections sur un site. Le sanctuaire s étend face au théâtre antique et son exploration partielle remonte à la fin du XIXème siècle. Ce sanctuaire était déjà perceptible dans la topographie des ruines romaines sous la forme de trois bombements parallèles (murgers) figurés sur les plans de Golbéry (1830) et de Morel-Macler (1847) et reportés également sur le plan d ensemble du site paru en 1895. Malgré ces travaux, le plan de l édifice n a jamais pu être restitué en totalité et avec précision. La figure 7 présente la somme de toutes les anomalies détectées par des prospections depuis 2006. Il est possible de restituer la quasi-totalité du tracé de l espace de circulation (EC). Sa forme décagonale à pans coupés, assimilable à un polygone régulier de dix cotés est d une largeur de 10 m environ. Entre cet espace de circulation et le bâtiment central ne subsisteraient plus que les vestiges du propylon ouest (P1) ainsi que quelques lambeaux du péribole subcirculaire (a, b, c). Figure 7. Mandeure (Doubs). Restitution du plan du sanctuaire des «Cloux du Château» à partir de chaque méthode de prospection drapé sur la carte de résistivité électrique (C. Laplaige, 2011). Les structures en noir sont résistantes et correspondent à des murs ou des voies Si le péribole fonctionne avec l espace de circulation, la position du propylône est doit alors se situer sur un axe (A1) reliant l angle noté (2) à son vis-à-vis : l angle (1) et marqué par un point. Pour restituer la position du péribole (P), les dimensions du plan de 1883 (110,7x118 m) ont été utilisées pour générer une ellipse de mêmes dimensions qui a été superposée aux tronçons du péribole reconnus par nos prospections. L intersection entre le sommet de l ellipse et l axe A1 détermine l emplacement exact du propylône est. Ainsi les propylées s alignent sur l axe (A1) qui est décalé de six degrés par rapport à l axe est-ouest du bâtiment central (A2). La restitution du plan du grand sanctuaire et de son environnement grâce aux prospections montre qu il amalgame des structures dont la construction ou le fonctionnement sont d époques différentes. Il s agit notamment de la GdR 3359 MoDyS - Rencontre jeunes chercheurs 21-22 novembre 2013, Université de Franche-Comté (Frasne, 25) 7
structure orientée à 45 détectée sous le bâtiment central (d ), des voies d accès (v1, v2, v3) dont une partie ont pu être reconnu dans une tranchée géoarchéologique effectuée en 2003, du péribole et du bâtiment central dont la différence d orientation illustre probablement leur non contemporanéité (Laplaige 2012). Il était assez facile de «trier» les différentes informations afin de restituer le plan du grand sanctuaire : l orientation très différente des deux états du bâtiment central (45 et 90 ) et le parallélisme des 3 voies d accès coté est nous ont permis de synthétiser aisément l information. Toutefois, ce genre de cas assez simple se rencontre assez rarement et la plupart des travaux de prospections sur des sites multi-phasés vont nous fournir des images assez différentes et beaucoup plus complexes. 2.2 Les écueils de la représentation en plan La superposition d états sur une même zone va souvent, lors de prospections, fournir une image telle que celle présentée figure 8. Si l on regarde près du lieu-dit «les Ouchottes», on observe un ensemble de traces se recoupant. Il devient alors difficile de comprendre l organisation des vestiges dans ce secteur. On peut toutefois effectuer des filtrages angulaires ou se concentrer sur les ensembles ayant l air cohérents. La mise en place d autres prospections, mesurant d autres paramètres physiques, peut là aussi fournir des informations nous aidant à effectuer un tri entre toutes ces informations. Figure 8. Mandeure (Doubs). Résultats de la prospection LiDAR sur le complexe monumental cultuel sous forme de «Topographic Position Index». Schéma d interprétation compilé des prospections électrique, magnétique et du LiDAR (en vert) (C. Laplaige, 2011) La meilleure possibilité est toutefois de s affranchir du plan et de travailler en 3 dimensions. On observe ainsi rapidement les recoupements et l alternance des vestiges archéologiques. Cette étape peut se faire soit en «inversant» les données, c est-à-dire modéliser les corps pouvant provoquer les anomalies détectées en prospection, soit en utilisant des méthodes d acquisition nous informant sur la morphologie et la position des objets. La figure 9 présente les vestiges archéologiques d un bâtiment détecté par une prospection radar menée en 2012 sur le quartier de la Genetoye à Autun. Sur cette figure, chaque bloc mesure 25 cm de haut et le bloc sommital est situé à environ 25 cm sous la surface du sol. Les vestiges (murs) encore existants et présents dans le sous-sol sont figurés en rouge alors que les blocs jaunes correspondent à des vides, c est-à-dire très probablement à des tranchées d épierrement. Ce bâtiment, située à une centaine de mètres au sud du temple de Janus mesure 50 x 40 m et se caractérise par sa forme hémicirculaire sur son côté nord. Les vestiges existent encore par endroits sur environ 2.5 m de profondeur. Une voie antique bordée par un «muret» (1), détectée au XIXème siècle, semble traverser le bâtiment et passer au-dessus des fondations de ce dernier, ce qui laisserait suggérer qu elle serait postérieure au bâtiment. De plus, GdR 3359 MoDyS - Rencontre jeunes chercheurs 21-22 novembre 2013, Université de Franche-Comté (Frasne, 25) 8
si l on considère un axe de symétrie nord/sud pour se bâtiment, on remarquer qu une partie de ce dernier (5) coté ouest ne se retrouve pas à l est, probablement détruit lors de l aménagement de la voie. Un examen attentif des pièces à l intérieur du bâtiment permet d observer des ouvertures correspondant à des seuils de porte (2, 3, 4). 3 Conclusion Figure 9. «La Genetoye» Autun (Saône et Loire), restitution en trois dimensions d un bâtiment au sud du temple de Janus à partir de donnés radar (C. Laplaige, 2013) L intérêt des prospections quant à leur capacité à nous renseigner sur les vestiges anthropiques et les formations géologiques superficielles n est plus à démontré. Toutefois, il convient tout d abord de signaler qu une augmentation du nombre de prospection ne garantira jamais une détection exhaustive des vestiges. De plus, les méthodes de prospections ne permettent pas, la plupart du temps, de dater les vestiges détectés. Le dernier mot revient donc le plus souvent à la fouille ou aux données issues de ramassage de mobilier en surface. L enrichissement mutuel entre les résultats de la fouille et ceux issus des méthodes de prospections est alors évident : la vision fine de la fouille complète la vision plus extensive mais moins complexe (dans le bon sens du terme) des prospections (Ferdière 2006 ; Laplaige 2012 ; Simon 2012). La qualité des données récoltées lors des prospections dépend de plusieurs facteurs : contraste physique entre la structure et l encaissant, conservation des vestiges (taphonomie), couverture du sol, météo et modalités d enregistrement. Pour les trois premiers facteurs mentionnés, le prospecteur doit se satisfaire des conditions rencontrées, il peut par contre influer sur les paramètres d acquisition des données en fonction de ses problématiques de recherche (choix de la méthode utilisée en fonction de ses domaines d application préférentielles, choix de la maille d acquisition). Ces paramètres d acquisition sont cependant contraints par le temps et les ressources (matériel, budgets) disponibles. Le prospecteur se retrouve alors obligé de faire des compromis dans le choix des méthodes de prospections utilisés pour définir un plan d intervention le plus pertinent et raisonné possible en fonction de ces problématiques de recherche et des moyens mis à sa disposition. Les données sont par la suite enregistrées et traitées, pour enfin être intégrées à un système SIG. C est à partir de cette étape que les anomalies physiques se transforment en structures, archéologique ou géologique par exemple, au fur et à mesure de l interprétation. Il faut toutefois être vigilant au fait que des structures très différentes peuvent se trahir par des anomalies physiques similaires : il est par exemple difficile de faire la différence entre un four et un petit piquet moderne en métal lors d une première lecture des anomalies du champ magnétique terrestre, ces deux structures se trahissant par à la fois une augmentation et une diminution de l intensité du champ magnétique (anomalie bipolaire). L interprétation des anomalies peut donc parfois être assez compliquée. Elle nécessite une série de traitement à effectuer sur l image (utilisation de différents modes de visualisation : ombrages, ACP etc.) ou sur la donnée elle-même (inversions, dérivation du signal par ex.). De plus, comme évoqué précédemment, les difficultés de lectures causées par GdR 3359 MoDyS - Rencontre jeunes chercheurs 21-22 novembre 2013, Université de Franche-Comté (Frasne, 25) 9
la densité des structures nécessite de travailler sur la représentation des anomalies. Un assez large panel de possibilité est alors à la disposition du prospecteur : des systèmes d images combinés au filtrage en passant par la représentation en 3 dimensions. L outil numérique a révolutionné l acquisition, le traitement et la combinaison des données de prospection (Scollar et al. 1990 ; Laplaige 2012 ; Schmidt, Tsetskhladze 2013) à la fois en terme de puissance des traitements mais aussi en terme d accessibilité (Ernenwein, Hargrave 2009). La prospection à finalité archéologique risque donc d évoluer positivement dans les années à venir. Bibliographie BARRAL ET AL. 2001 Barral P. (dir.), Bossuet G., Kuhnle G., Marc J.-Y., Denajar L., Bride A.-S., Gissinger B., Jeunot L., Merle V., Mougin P., Gilles K., Lux P. - Projet Collectif de Recherche «Approche pluridisciplinaire d une agglomération antique Epomanduodurum (Mandeure-Mathay, Doubs). Archéologie, territoire et environnement», Rapport annuel d activité 2001, Besançon, SRA de Franche-Comté, 354 p. CHEVALIER 1964 Chevallier R. - L avion à la découverte du passé, Paris, Fayard, 221 p. CHOUQUER 1996 Chouquer G. - Les formes du paysage, tome 1- Etudes sur les parcellaires, Paris, Errance, 3 vol. DUPOUEY ET AL. 2007 Dupouey J.L., Bachacou J., Cosserat R., Aberdam S., Vallauri D., Chappart G., Corvisier-de Villèle M.A. - «Vers la réalisation d une carte géoréférencée des forêts anciennes de France», Le monde des Cartes, t. 191, p. 85-98 ERNENWEIN, HARGRAVE 2009 Ernenwein E. HargraveM. - Archaeological Geophysics for DoD Field Use: a Guide for New and Novice Users, 109 p. ETIENNE 2011 Etienne D. - Les Mardelles intra-forestières de Lorraine origines, archives paléo-environnementales, évolutions dynamiques et gestion conservatoire, Thèse de Doctorat, Nancy, Université Henri Poincaré Nancy 1, 264 p. FERDIERE 2006 Ferdière A. - «les prospections aux sols», In : Dabas M., Deletang H., Ferdière A. (dir.), La prospection, Paris, Errance, p. 9-77 HESSE 1985 Hesse A. - «La reconnaissance archéologique sur le terrain», in : A. Pelletier (dir.), L Archéologie et ses méthodes, Roanne, Horwarth., p. 41-61 HESSE 2005 Hesse A. - «Petite histoire de la géophysique», Dossier d Archéologie, t. 308, p. 4-10 HESSE ET AL. 1978 Hesse A., Bossuet G., Rémy J., Renimel S.et Tabbagh A. - «Succès de l archéologie prospective à Saint Romain en Gai», Archéologia, t. 122, p. 7-17 HODGSON, BRESNAHAN 2004 Hodgson M., Bresnaha P. - «Accuracy of airborne lidar-derived elevation: empirical assessment and error budget», Photogrammetric Engineering and Remote Sensing, t. 70 (3), p.331-339 HODGSON ET AL. 2005 Hodgson M., Jensen J., Raber G., Tullis J., Davis B., Thompson G., Schuckman K. - «An evaluation of Lidarderived elevation and terrain slope in leaf-off conditions», Photogrammetric Engineering & Remote Sensing, t. 71, p. 817-823 KOOISTRA, MAAS 2008 Kooistra M., Maas J. - «The widespread occurrence of Celtic field systems in the central part of the Netherlands», Journal of Archaeological Science, t. 35, p.2318-2328 KRAUS, PFEIFER 1998 Kraus K., Pfeifer N. - «Determination of terrain models in wooded areas with airborne laser scanner data», ISPRS Journal of Photogrammetry and Remote Sensing, t. 53, p. 193-203 GdR 3359 MoDyS - Rencontre jeunes chercheurs 21-22 novembre 2013, Université de Franche-Comté (Frasne, 25) 10
LABAUNE ET AL. 2012 Labaune Y. (dir.), Barral P., Joly M., Labaune Y., Laplaige C., Lemercier O., Nouvel P., Tisserand A. (resp.), avec les contributions de Bossuet G., Bugnon A.-L., Ferreira F., Joly M., Labaune Y., Laplaige C., Lemercier O, Lucaselli M., Nouvel P., Petit C., Quiquerez A., Soum B., Tisserand A. - Le complexe monumental de la Genetoye (Autun, Saône-et-Loire) dans son environnement. Approches diachroniques et pluridisciplinaires de la confluence Arroux / Ternin de la préhistoire au Moyen-Age, rapport annuel d activité 2012 et projet scientifique 2013-2015, Autun, 2012. LAPLAIGE 2012 Laplaige C. Comparaison de signaux (LiDAR, géophysique) utilisés dans l étude des dynamiques naturelles et anthropiques, Thèse de Doctorat, Besançon, Université de Franche-Comté, 2 vol. PERPILLOU 1979 Perpillou A. - Carte de l utilisation du sol en France, XIXe siècle, Paris, CNRS RABER ET AL. 2007 Raber G., Jensen J., Hodgson M., Tullis J., Davis B., Berglend J. - «Impact of LiDAR nominal post-spacing on DEM accuracy and flood zone delineation», Photogrammetric Engineering and Remote Sensing, t. 73, p.793-804 SCOLLAR ET AL. 1990 Scollar I., Tabbagh A., Hesse A., Herzog I. - Archaeological prospecting and remote sensing, Cambridge University Press, 674 p. SIMON 2012 Simon F.-X. - L apport de l outil géophysique pour la reconnaissance et la caractérisation des sites en archéologie préventive, méthodes et perspectives : exemples en Alsace, Thèse de Doctorat, Paris, Université Paris VI Pierre et Marie Curie, 312 p. SCHMIDT, TSETSKHLADZE 2013 Schmidt A., Tsetskhladze G. - Raster was Yesterday: Using Vector Engines to Process Geophysical Data, Archaeological prospection, t. 20, pp. 59-65 SITTLER 2004 Sittler, B., 2004, «Revealing Historical Landscapes by Using Airborne Laser-Scanning - A 3D-Modell of Ridge and Furrow in Forests near Rastatt (Germany)», International Archives of the Photogrammetry, Remote Sensing and Spatial Information Sciences, t. 36, p. 258-261 STOCKER ET AL. 2006 Stoker J.M., Greenlee S.K., Gesch, D.B., Menig, J., - «CLICK: the new USGS center for LiDAR information coordination and knowledge» Photogrammetric Engineering and Remote Sensing, t. 72 (6), p. 613-616 GdR 3359 MoDyS - Rencontre jeunes chercheurs 21-22 novembre 2013, Université de Franche-Comté (Frasne, 25) 11