LE PRINCIPE DE L ANNUALITE



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Transcription:

LE PRINCIPE DE L ANNUALITE Grand principe de droit budgétaire il existe dans les finances des collectivités territoriales comme dans celles de l Etat. I - L annualité dans les finances locales A - Signification 1 Sur un plan politique Ce principe permet de donner tout son sens à l autorisation budgétaire. L organe délibérant est ainsi à même d exercer pleinement son pouvoir de contrôle sur l exécutif. Il est facile de comprendre qu en l absence de limitation dans le temps l autorisation serait purement formelle puisque l exécutif n aurait plus à demander une nouvelle autorisation. 2 Sur un plan technique On peut résumer le principe de l annualité par cette formule : le budget doit être voté tous les ans, pour un an. Annualité du vote L'exercice commence le 1 er janvier et s'achève le 31 décembre. Les budgets locaux devraient donc être votés, comme le budget de l'etat, pour le 1 er janvier. Exécution annuelle Les autorisations budgétaires ne sont valables que pendant l année civile. B - Dépassement 1 Exceptions Exceptions à l annualité du vote Le budget est rarement voté le 1 er janvier. En réalité le contenu des budgets locaux est tributaire de celui de l'etat (montant des dotations, informations fiscales... ). C est pourquoi, la loi du 2 mars 1982 (art L.1612-1 CGCT) accorde aux collectivités locales la possibilité d'adopter leurs budgets jusqu'au 31 mars (à condition que les informations indispensables à l'établissement du budget aient été transmises avant le 15 mars) ou le 15 avril, les années de renouvellement des conseils. Exceptions à l exécution annuelle Dans l hypothèse où le budget n est pas voté à temps, l exécutif de la collectivité territoriale peut mettre en recouvrement les recettes et s agissant des dépenses de fonctionnement, il peut les engager et les liquider dans la limite des crédits inscrits au budget précédent. Quant aux Tous droits réservés - Emploipublic.com 1

dépenses d investissement elles peuvent être mandatées dans la limite du quart des crédits de l année précédente sur autorisation de l assemblée délibérante (art L. 1612-1 CGCT ). Enfin, si le budget n est pas voté le 31 mars une procédure de contrôle budgétaire est intentée. Saisie par le préfet dans les quinze jours suivant la date limite du vote, la chambre régionale des comptes, formule dans le mois qui suit des propositions en vue du règlement du budget, sur cette base le préfet règle et rend exécutoire le budget. 2 Limites La technique des autorisations de programme et des crédits de paiement que l Etat pratique depuis le début de la V e République, ( Voir plus bas ) à été introduite au niveau régional par la loi du 6 janvier 1986 et au niveau départemental et communal par la loi du 6 février 1992 (art L. 2311-3 ; L. 3312-2 ; L. 4311-3 CGCT) : «Les dotations budgétaires affectées aux dépenses d investissement peuvent comprendre des autorisations de programme et des crédits de paiement. Les autorisations de programme constituent la limite supérieure des dépenses qui peuvent être engagées pour le financement des investissements. Elles demeurent valables, sans limitation de durée, jusqu à ce qu il soit procédé à leur annulation. Elles peuvent être révisées. Les crédits de paiement constituent la limite supérieure des dépenses pouvant être mandatées pendant l année pour la couverture des engagements contractés dans le cadre des autorisations de programme correspondantes.» II - L'annualité dans le budget de l Etat A - La signification de l'annualité 1 Signification historique Les origines sont diverses, le principe s instaurera par étapes. Le principe du consentement de l impôt d origine féodale va s imposer et acquérir une portée annuelle se transformant ainsi en consentement annuel de l impôt. Ce nouveau principe va voir son champ d application s élargir aux dépenses. Ainsi le Parlement contrôlera-t-il non seulement la levée de l impôt mais aussi l utilisation de celui-ci. Cette transformation de fera par étapes et à un rythme variable selon les pays. C est en Angleterre que le principe est apparu. En 1215 la Grande charte reconnaît au Magnum Concilium, l ancêtre du Parlement, le droit de consentir l impôt. Il faudra attendre 1689 et le Bill of Rights pour voir établi définitivement le caractère annuel du consentement de l impôt donné par le Parlement. En France, c est la Déclaration des Droits de l Homme de 1789, qui proclame le principe dans son article 14. Mais il ne sera véritablement appliqué qu à partir de la Restauration où il sera inscrit dans la Charte de 1814. Ainsi le Parlement va-t-il pouvoir contrôler l action du Gouvernement. Ce n est donc pas un hasard si ce principe se met en place à une époque où le régime parlementaire lui-même s installe et se développe. Tous droits réservés - Emploipublic.com 2

2 Signification technique Le budget est voté chaque année pour un. C est ainsi que l on peut résumer le principe, mais il s applique la loi organique sur les lois de finances du 1 er août 2001 a légèrement modifié les dispositions de l ordonnance du 2 janvier 1959. Le régime de l ordonnance du 2 janvier 1959 Les autorisations budgétaires ne sont valables que pendant un an. Comme les recettes et les dépenses sont des opérations qui s étalent sur au moins un mois, un certain nombre d entreelles peuvent chevaucher deux exercices budgétaires. Alors se posera le problème du rattachement de l opération financière à l un ou l autre des deux budgets. Deux systèmes sont envisageables. Le système de l'exercice C est le système le plus ancien. Il consiste à rattacher l opération, qu il s agisse d une recette ou d une dépense, à l année de sa naissance juridique : engagement pour une dépense, constatation des droits pour une recette. Il fait prévaloir une vision juridique, ce qui peut présenter un certain nombre d inconvénients. Dans ces conditions il sera abandonné, mais progressivement, puisqu en 1934 il ne s appliquera plus qu aux dépenses pour disparaître définitivement en 1955. Le système de la gestion Dans ce système le rattachement de l opération financière se fait à l année de réalisation matérielle car on privilégie la vision gestionnaire. C est ce système que l article 16 de l Ordonnance met en place : «Les recettes sont prises en compte au titre du budget de l'année au cours de laquelle elles sont encaissées par un comptable public. Les dépenses sont prises en compte au titre du budget de l'année au cours de laquelle les ordonnances ou mandats sont visés par les comptables assignataires» Mais, ce système a pour effet de faire glisser automatiquement les dépenses engagées en fin d année dans l exercice budgétaire suivant. Il faut donc corriger cet inconvénient, par «la journée complémentaire». C est la fiction selon laquelle le dernier jour de l année dure plus de 24 heures. Au départ cette journée s étendait sur deux mois. Mais, elle a été raccourcie et ramenée progressivement à un mois. Le régime de la loi organique du 1 er août 2001 Dans la comptabilité budgétaire c est à dire celle qui retrace l exécution du budget de l Etat, le système de la gestion est conservé : «1o Les recettes sont prises en compte au titre du budget de l'année au cours de laquelle elles sont encaissées par un comptable public ; 2o Les dépenses sont prises en compte au titre du budget de l'année au cours de laquelle elles sont payées par les comptables assignataires. Toutes les dépenses doivent être imputées sur les crédits de l'année considérée, quelle que soit la date de la créance. Dans des conditions fixées par décret en Conseil d'etat, des recettes et des dépenses budgétaires peuvent être comptabilisées au cours d'une période complémentaire à l'année civile, dont la durée ne peut excéder vingt jours. En outre, lorsqu'une loi de finances rectificative est promulguée au cours du dernier mois de l'année civile, les opérations de recettes et de dépenses qu'elle prévoit peuvent être exécutées au cours de cette période complémentaire.» (article 28) La comptabilité générale qui permet de connaître la situation financière globale de l Etat est fondée sur le principe de la constatation des droits et obligations (système de Tous droits réservés - Emploipublic.com 3

l exercice) c est à dire que «Les opérations sont prises en compte au titre de l'exercice auquel elles se rattachent, indépendamment de leur date de paiement ou d'encaissement.» (article 30) B - Le dépassement de l'annualité Dans certaines circonstances le principe est exceptionnellement écarté. Dans d autres il ne s applique pas car son champ d application est limité. 1 Exceptions Si les autorisations budgétaires ont normalement une valeur annuelle, certaines ont exceptionnellement une valeur supérieure à l année. La prolongation de l autorisation peut se réaliser par la technique du report de crédits, mais elle peut l être aussi par l engagement anticipé. Le report de crédits (art 17 O ) 0 régime des dépenses en capital : aucune condition ne doit être respecté 0 régime des dépenses de fonctionnement - normalement (reports dits du 1/10 ) La dépense doit être effectivement engagée mais pas encore ordonnancée, de plus on ne peut reporter plus du 1/10 e de la dotation initiale du chapitre concerné. - plus exceptionellement, pour les chapitres inscrits à l Etat H, aucune condition n est prévue en milliards d'euros 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 Crédits LFI 203,8 213,7 224,9 231,0 244,3 249,3 253,3 264,2 263,0 276,2 279,4 Reports sur l'année suivante 8,0 9,2 7,8 9,3 9,9 9,3 11,2 12,8 14,7 14,9 12,1 Part des reports dans les crédits LFI (en %) 3,9 4,3 3,5 4,0 4,1 3,7 4,4 4,8 5,6 5,4 4,3 L'engagement par anticipation Il est prévu par le décret n 86-451 du 14 mars 1986. Quatre conditions doivent être respectées : - L engagement ne peut concerner que des de dépenses ordinaires, autres que de personnel, - Il ne peut intervenir qu à partir du 1 er novembre - Il ne peut porter que sur le quart des crédits de l'année en cours - Ces engagements stipulent que l'exécution du service ne pourra intervenir avant le premier janvier. Tous droits réservés - Emploipublic.com 4

2 Limites C est en matière d investissement que l annualité pose le plus de problème car il s agit souvent de dépenses relatives à de grands équipements qui sont prévus et réalisés sur plusieurs années. Aussi a-t-on mis en place dans l ordonnance du 2 janvier 1959 des autorisations budgétaires échappant à l annualité. Ce système a été modifié par la loi organique sur les lois de finances du 1 er août 2001. Le système de l ordonnance du 2 janvier 1959 (art 12 O ) : les autorisations de programme et les crédits de paiement C est une nouvelle technique prévue par l article 12 de l ordonnance du 2 janvier 1959 qui permet de planifier le financement d opérations d investissement sur plusieurs années. Les autorisations de programme «Les autorisations de programme constituent la limite supérieure des dépenses que les ministres sont autorisés à engager pour l'exécution des investissements prévus par la loi» Ce sont donc des autorisations dont le champ matériel est limité à l engagement voir à la liquidation de la dépense, mais dont la portée temporelle est illimitée. «Elles demeurent valables sans limitation de durée jusqu'à ce qu'il soit procédé à l'annulation». Elles sont révisables. Pour éviter que les autorisations de programmes ne portent sur des volumes financiers trop importants, une même opération peut être divisée en «tranches constituant une unité individualisée formant un ensemble cohérent et de nature à être mise en service sans adjonction». Les crédits de paiement «Les crédits de paiement sur opérations en capital constituent la limite supérieure des dépenses pouvant être ordonnancées ou payées pendant l'année pour la couverture des engagements contractés dans le cadre des autorisations de programme correspondantes». Les crédits de paiements ont donc un champ matériel limité à l ordonnancement et au paiement mais leur portée temporelle est limitée à l année Le système de la loi organique du 1 er août 2001 : les autorisations d engagement et les crédits de paiement La distinction autorisation d engagement / crédit de paiement A partir du budget 2006 toutes les autorisations budgétaires comprendront deux éléments : l autorisation d engager et le crédit de paiement (article 8). «Les autorisations d'engagement constituent la limite supérieure des dépenses pouvant être engagées. Pour une opération d'investissement, l'autorisation d'engagement couvre un ensemble cohérent et de nature à être mis en service ou exécuté sans adjonction.» «Les crédits de paiement constituent la limite supérieure des dépenses pouvant être ordonnancées ou payées pendant l'année pour la couverture des engagements contractés dans le cadre des autorisations d'engagement. Pour les dépenses de personnel, le montant des autorisations d'engagement ouvertes est égal au montant des crédits de paiement ouverts.» (article 8) Le report - Le report des autorisations d'engagement Tous droits réservés - Emploipublic.com 5

Selon l article 15 elles pourront être reportées d une année sur l autre sans aucune difficulté puisque aucune condition restrictive n est prévue - Le report des crédits de paiement : Le montant du report est limité à 3 % des crédits initiaux Dans tous les cas le report est réalisé par arrêté conjoint du ministre des finances et du ministre intéressé, l arrêté doit être publié au plus tard le 31 mars de l année suivante Ainsi, une pluriannualité de fait est instaurée, et généralisée à l ensemble des crédits (fonctionnement et investissement) mais limitée à une partie seulement de l autorisation budgétaire : l engagement. Tous droits réservés - Emploipublic.com 6