GUIDE PRATIQUE POUR REPRENDRE UNE ENTREPRISE



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Transcription:

JEAN-MARC TARIANT GUIDE PRATIQUE POUR REPRENDRE UNE ENTREPRISE Validation du projet, montage juridique, fiscal et financier Témoignages et cas pratiques Préface de Jean-Marie CHAPUS Président d honneur de l Association des Cédants et Repreneurs d Affaires (C.R.A.) Modèles sur CD-Rom Quatrième édition Groupe Eyrolles, 2000, 2002, 2004, 2007 ISBN : 978-2-212-53847-2

1 LES FACTEURS-CLÉS DE SUCCÈS La reprise d entreprise repose pour une large part sur des aspects qualitatifs et humains, qui font appel au bon sens et à l expérience. Audelà des techniques permettant de réduire le risque et d optimiser le montage juridique et financier, ce premier chapitre met l accent sur l homme, la méthodologie de recherche et les aspects qualitatifs de la réussite d un projet. 1. Les étapes à respecter Le processus de reprise d une entreprise, à la fois long et complexe, a une durée moyenne de recherche de quinze mois, de la recherche à l acquisition. Durant cette période le repreneur passe par des phases d euphorie, et de doute. Elles peuvent l amener à commettre des erreurs qui lui seront fortement préjudiciables. Savoir où l on va et comment il faut y aller est fondamental à plus d un titre. Cela permet de gagner du temps, de paraître crédible vis-à-vis des divers professionnels de la transmission et d éviter les erreurs du néophyte. Groupe Eyrolles 5

Guide pratique pour reprendre une entreprise L organigramme ci-joint présente les différentes étapes de la reprise d une entreprise. Obtenir l accord et le soutien familial sur le projet, Réunir une équipe autour de soi, Dresser son bilan de compétences, Définir avec précision la cible idéale, sont les premiers pas à franchir pour commencer une recherche féconde. Pour réussir, le candidat repreneur doit faire preuve de méthode et de persévérance, et doit disposer de qualités personnelles indéniables. 2. Les aspects qualitatifs à prendre en compte 2.1. Le profil et les qualités du repreneur-type La volonté d entreprendre, le besoin d indépendance, le goût du pouvoir et du risque sont les principales caractéristiques des repreneurs interrogés lors de notre enquête réalisée sur le Grand Ouest (cf. annexes 1 et 2 Méthodologie et échantillon). Les qualités humaines qu ils estiment nécessaires sont les suivantes : courage, audace, persévérance et résistance nerveuse, patience, optimisme, forte personnalité, combativité, grosse capacité de travail, tempérament commercial, faculté d écoute et de communication. Plus que leur formation, c est leur personnalité et leur parcours professionnel qui parlent sur leur future capacité d adaptation à un nouvel environnement. L essentiel est plus dans l instinct et le sens naturel du commandement et des affaires, que dans le savoir-faire. Enfin, il est préférable de reprendre jeune, entre 35 et 45 ans, avec une capacité de travail maximale et des charges de famille légères. 6 Groupe Eyrolles

Les facteurs-clés de succès 2.2. La préparation du repreneur Idéalement, le repreneur doit construire sa carrière professionnelle en cherchant à multiplier les expériences, pour devenir un bon généraliste doté de compétences pluridisciplinaires (gestion, production, commerce, management). Le moment venu, il doit réaliser en premier lieu le diagnostic de ses compétences et de ses forces et faiblesses, en faisant preuve d une grande honnêteté intellectuelle afin de ne pas se leurrer lui-même. Il est ainsi mieux à même de déterminer son projet professionnel, de compléter sa formation et de s entourer dans les domaines où il a des lacunes. La constitution rapide d une équipe pluridisciplinaire, composée de repreneurs expérimentés, de professionnels du secteur recherché, d experts comptables et avocats, est indispensable avant de passer à la phase de recherche de l entreprise. À Retenir Il est fortement recommandé d obtenir l accord et le soutien familial sur le projet de reprise. Les premières années étant particulièrement difficiles sur le plan professionnel, l effort doit être accepté et partagé par la famille, son soutien psychologique étant déterminant. D autant plus que la réduction du train de vie de la famille sera peutêtre nécessaire. À la fois parce que la recherche de l entreprise peut être assez longue, mais aussi parce que les petites entreprises ont rarement les moyens de faire face à un salaire de cadre de grand groupe et à des remboursements importants liés à la reprise. 2.3. Le portrait-robot de la «cible idéale» «Métier connu par le repreneur, entreprise saine et peu endettée disposant d une bonne trésorerie, clientèle et fournisseurs diversifiés, outil renouvelé en bon état, qualité des produits et des hommes, notoriété de la cible, bonne moralité et réputation du cédant, cession pour cause de Groupe Eyrolles 7

Guide pratique pour reprendre une entreprise départ en retraite, accompagnement du repreneur pendant quelques mois, prix raisonnable». Évidemment, cette entreprise idéale n existe pas! Elle constitue toutefois une grille d analyse type et un objectif vers lequel il faut tendre. 2.4. La recherche de la cible La durée de la recherche est généralement assez longue, en moyenne quinze mois. Le facteur temps est donc un gage de réussite, essentiel pour trouver la bonne entreprise. Il est par conséquent souhaitable de se mettre en situation de recherche à temps plein et de travailler avec méthode. Voici ce que nous recommandons à ce stade : En premier lieu, établir une fiche réunissant tous les critères de recherche et dresser le portait-robot de l entreprise idéale. Puis passer à une phase active en contactant le plus grand nombre de professionnels de la transmission, experts-comptables, banquiers, notaires, avocats, cabinets spécialisés, chambres de commerce et des métiers, syndicats professionnels. Ne pas hésiter à s appuyer sur son tissu relationnel, à faire jouer le bouche-à-oreille et à approcher en direct certains chefs d entreprise par courrier ou téléphone, afin de recueillir le maximum d informations et de dossiers. Rester ouvert à toute opportunité de qualité, l étude d un nombre important de dossiers permettant d accroître les chances de succès et d apprécier par comparaison la qualité des dossiers. Faire preuve de beaucoup de psychologie, afin d établir un climat de confiance avec tous les partenaires naturels de la transmission. Adhérer à un club de repreneurs, ce qui aide à rester motivé et à professionnaliser sa démarche. Pratiquer un ou plusieurs sports régulièrement, pour évacuer le stress et renforcer son potentiel énergétique. Au moment du choix final, privilégier l instinct, la passion pour le métier et les produits de l entreprise. Il faut sentir que le courant passe avec le cédant potentiel et qu il y a adéquation entre l entreprise et sa personnalité. 8 Groupe Eyrolles

Les facteurs-clés de succès À Retenir Au-delà du rationnel, le critère de choix le plus cité par les repreneurs est la localisation géographique de l entreprise (30 %). Viennent ensuite : Le potentiel des produits vendus (20 %), Le métier de l entreprise (20 %), Ses potentialités (13 %), Le prix (13 %), La rentabilité de l entreprise (10 %), Enfin, le coup de cœur du repreneur pour la cible (10 %). 2.5. L approche finale Le repreneur doit faire preuve d humilité, d écoute et de séduction. La dimension psychologique est fondamentale dans cette phase du projet. Les demandes de renseignements s opéreront progressivement en évitant de heurter le cédant. Cette phase est empreinte du culte du secret et la discrétion s impose. Il s agit d un moment primordial pour établir une relation de confiance et un climat de transparence. Cette période sera mise à profit pour réunir le maximum d informations. Il est indispensable de se renseigner très rapidement sur la notoriété du cédant et de rechercher les motifs qui l amènent à céder son entreprise. Puis il faut valider sa réelle volonté de cession, afin d éviter les fausses pistes. Pour éviter toute surprise, les deux parties signeront très tôt une lettre d intention mutuelle. Dès cette signature, une étude de marché et un diagnostic stratégique seront menés afin de découvrir l entreprise et son potentiel de développement. Un audit approfondi de l entreprise sera également réalisé, en veillant à l interconnexion des résultats. Il faut très vite rencontrer les hommes-clés de l entreprise et voir s il sera possible de les intégrer au projet de reprise. C est l une des conditions du succès de demain. Ils ont beaucoup à apprendre au repreneur sur le fonctionnement de l entreprise et sur les éventuelles modifications à apporter pour gagner en productivité. Groupe Eyrolles 9

Guide pratique pour reprendre une entreprise Il convient de même de se mettre en contact au plus vite avec les principaux partenaires de l entreprise (banquiers, fournisseurs, assureurcrédit) afin de se faire confirmer le maintien des crédits en cours et les conditions de règlement. Tout changement dans ces domaines peut avoir des répercutions très dangereuses sur la trésorerie de l entreprise et est susceptible de faire échouer la reprise. L idéal pour découvrir l entreprise de l intérieur consiste à s immerger en son sein sous forme d un stage ou d un contrat à durée déterminée de deux à trois mois. Une autre solution, moins efficace, mais très pratiquée, consiste à se faire passer, en accord avec le cédant, pour un consultant extérieur, de façon à justifier de visites répétées. La meilleure solution est de parvenir à une transmission par étape. Celle-ci commence par une phase d embauche, durant laquelle le repreneur est manager salarié, avec un passage de témoin progressif du cédant. 2.6. L estimation de la valeur de l entreprise Il existe de très nombreuses méthodes permettant de valoriser une entreprise. L objectif est d arriver à une fourchette de valeur admissible, sur la base de trois à quatre méthodes différentes validées par un expert. Cette référence servira de base de discussion avec le cédant pour négocier le prix de cession. Selon le cas de figure (succession familiale, transmission à des salariés, cession à un groupe), l estimation peut aller du simple au double, voire davantage. Dans le cas d une reprise par une personne physique extérieure à l entreprise, le prix de transaction se situe le plus souvent à un niveau intermédiaire. Le repreneur devant rembourser les crédits de reprise avec les futurs résultats de l entreprise, la méthode d évaluation qui semble la mieux appropriée est celle de la valeur de rendement. 10 Groupe Eyrolles

Les facteurs-clés de succès 2.6.1. La valeur de rendement Ce principe valorise une PME sur la base de six à huit fois ses résultats nets normatifs (c est-à-dire retraités des éléments exceptionnels). Une pondération peut être affectée aux trois derniers exercices, afin de lisser l évolution des résultats. On donne ainsi un poids relatif de 3 à l année N-1, de 2 à l année N-2 et de 1 à l année N-3. Dans certains métiers, tels que le transport, c est la logique de la CAF (capacité d autofinancement) qui est privilégiée. On raisonne alors à partir de CAF normatives (résultat net + amortissement) en prenant un coefficient multiplicateur de 3 à 5 selon le métier et le caractère plus ou moins recherché du secteur d activité. Exemple Le calcul de la valeur de rendement pour l entreprise Lambda, à partir des éléments financiers présentés au chapitre 5 est le suivant : Sur la base du résultat net des trois derniers exercices : résultat net N-3 = 84 K par un coefficient de pondération de 1 = 84 K résultat net N-2 = 110 K par un coefficient de pondération de 2 = 220 K résultat net N-1 = 50 K par un coefficient de pondération de 3 = 150 K Soit au global 84 + 219,8 + 150 = 454. Que l on divise par le coefficient global de pondération de 6. On obtient alors 75,6 K. Soit un résultat net moyen pondéré sur les trois derniers exercices de 75,6 K multiplié par un coefficient de 7 = 529,6 K de valeur. Nota : les deux SCI étant intégrées sur le plan fiscal, leurs résultats sont pris en compte dans le résultat de Lambda au niveau des produits financiers de participation. Aucun retraitement n est donc à effectuer au niveau de la valeur de rendement du groupe. Sur la base de la capacité d autofinancement (CAF) : CAF N-3 = 148 K par un coefficient de 1 = 148 K CAF N-2 = 167 K par un coefficient de 2 = 334 K CAF N-1 = 114 K par un coefficient de 3 = 342 K Soit au global 148,6 + 334,7 + 343,9 = 824 K divisé par le coefficient de 6 ce qui donne 137,3 K de CAF moyenne pondérée sur les trois derniers exercices. Multipliée par un coefficient de 4, soit 549 K de valeur. Groupe Eyrolles 11

Guide pratique pour reprendre une entreprise 2.6.2. La valeur patrimoniale La valeur d une entreprise est également très liée à celle de son actif net économique. L actif net comptable correspond au montant des fonds propres de l entreprise (ensemble des actifs moins ensemble des dettes). La réévaluation ou la dépréciation de certains actifs permettent d aboutir à l actif net économique, représentatif de la valeur de l entreprise dans une optique de liquidation. La différence de valeur entre la valeur de rendement et la valeur patrimoniale détermine le montant du Good Will (lorsque l écart est positif) ou du Bad Will (lorsqu il est négatif). Le Good Will correspond en quelque sorte à la valeur du fonds de commerce qui comprend le nom de l entreprise, sa clientèle, son matériel et son savoir-faire. Il est évident qu une entreprise saine, rentable et en bon état de marche vaut plus cher que la simple addition de ses actifs moins ses dettes, pris isolément. À Retenir L écart existant entre la valeur de rendement et la valeur patrimoniale ne doit toutefois pas être trop excessif, la rentabilité d une entreprise étant par nature fluctuante. Une différence de 50 à 100 % est justifiable par la prise en compte de la valeur de fonds de commerce. Au-delà, il convient d être prudent et de s assurer de la récurrence de la rentabilité apparente. Exemple Le calcul de la valeur patrimoniale pour l entreprise Lambda, à partir des éléments financiers présentés au chapitre 5, est le suivant : Calcul de l actif net comptable : fonds propres de LAMBDA = 617 K fonds propres des deux SCI = 377 K dont 152 K correspondant à des apports en capital réalisés par Lambda, soit 225 K de fonds propres complémentaires à ceux de Lambda. Soit au global une valeur d actif net comptable de : 617 + 225 = 842 K. 12 Groupe Eyrolles

Les facteurs-clés de succès (Suite exemple) Calcul de l actif net économique : Revalorisation du fonds de commerce inscrit à l actif de Lambda de 228 K Revalorisation des biens immobiliers détenus par les deux SCI de 228 K Soit au global une valeur d actif net économique qui est égale à l actif net comptable (843 K ) plus les revalorisations du fonds de commerce et des biens immobiliers (456 K ), soit 1 300 K. 2.6.3. La méthode de l EBIT (Excedent Before Interest and Taxes) Cette méthode est aujourd hui principalement utilisée par les capitalinvestisseurs. Elle est intéressante à plusieurs titres. D abord par son caractère novateur, ensuite parce qu elle permet de mieux comprendre la logique du capital-risque, enfin parce qu elle amène à revoir le concept même de formation de la valeur d une entreprise. Le calcul de la valeur de l entreprise s effectue comme suit : Multiplier le résultat d exploitation par un coefficient de 4 à 6 selon le métier et le caractère plus ou moins recherché du secteur d activité ; Ajouter le montant de la trésorerie disponible et les valeurs mobilières de placement ; Retrancher l ensemble des dettes bancaires court, moyen et long terme au chiffre obtenu pour obtenir la valeur de l entreprise. Groupe Eyrolles 13

Guide pratique pour reprendre une entreprise Exemple Le calcul de l EBIT pour l entreprise Lambda, à partir des éléments financiers présentés au chapitre 5, est le suivant : Résultat d exploitation N 1 de Lambda 148 K multiplié par un coefficient 6 6 888 K + Valeurs mobilières de placement et trésorerie court terme excédentaire 0 K ensemble des dettes bancaires (LM terme 244 + Court terme 152) 396 K EBIT 492 K pour Lambda seule. Les deux SCI ayant une valeur économique de 607 K, la valeur globale du groupe s élève à 1 099 K selon cette méthode. 2.6.4. La méthode de l actualisation des flux futurs de trésorerie Comme son nom l indique, cette méthode valorise l entreprise sur la base de ses futurs résultats et du «cash flow» dégagé. Toute la difficulté réside dans la détermination des futurs résultats, du nombre d années à prendre en compte et du taux d actualisation à appliquer. À mon sens, ce concept est à la fois dangereux, aléatoire et pernicieux : Dangereux dans la mesure où un prévisionnel reste un prévisionnel et où les résultats qui en découlent sont tout à fait hypothétiques ; Aléatoire parce qu en fonction de la durée d actualisation (5 ans, 10 ans, voire l infini) et du taux pratiqué (intégrant l inflation sur la période, une prime de risque et de non-liquidité et le rendement attendu) la valeur de l entreprise peut varier très sensiblement ; Pernicieux enfin, parce qu il revient, dans son principe, à faire payer au repreneur son propre travail. 14 Groupe Eyrolles

Les facteurs-clés de succès Exemple La valeur de Lambda serait la suivante à partir des hypothèses de calcul présentées ci-après : Croissance du chiffre d affaires de 5 % par an pendant 5 ans Résultat net égal au pourcentage moyen des 3 derniers résultats nets, soit 1,5 % du chiffre d affaires HT Nombre d années pris en compte = 5 Taux d inflation estimé = 1 % Prime de risque = 4 % Prime de non liquidité = 4 % Rendement attendu = 6 % D où un taux d actualisation de 15 % Soit le prévisionnel suivant : Chiffre d affaires N+1 : 5 550 K N+3 : 6 118 K N+5 : 6 746 K N+2 : 5 827 K N+4 : 6 424 K Résultat net N+1 : 83 K N+3 : 92 K N+5 : 101 K N+2 : 87 K N+4 : 96 K Résultats nets actualisés N+1 : 72 K N+3 : 60 K N+5 : 50 K N+2 : 66 K N+4 : 55 K Soit une valeur, selon la méthode des flux futurs actualisés, égale à : 303 K sur la base de la somme des résultats nets actualisés des 5 prochaines années, + 607 K pour les deux SCI, soit 910 K. 472 K sur la base de la somme des résultats nets actualisés des 10 prochaines années, si l on prolonge le prévisionnel ci-dessus sur 10 ans, + 607 K pour les deux SCI, soit 1 079 K. Toutes méthodes confondues, la valeur de Lambda se situe dans une fourchette comprise entre 490 K et 1 300 K. C est ce dernier chiffre qui a été retenu comme prix de transaction, occasionnant un montage juridique et financier «tendu» et des difficultés de remboursement, malgré un apport personnel important de la part des repreneurs. Groupe Eyrolles 15

Guide pratique pour reprendre une entreprise 2.6.5. La méthode du super profit Cette méthode permet de valoriser le «good will» d une entreprise, autrement dit sa sur ou sous valeur par rapport à l actif net comptable. Le principe est le suivant : à un actif net comptable (les fonds propres de l entreprise) doit correspondre un niveau de rentabilité nette minimum (15 %). En cas de rentabilité supérieure, le sur profit pris en compte à hauteur de 4 années, constitue un «good will». En cas de rentabilité inférieure, la différence représente un «bad will» qui vient diminuer la valeur patrimoniale de l entreprise. Exemple Exemple calculé à partir des donnés du cas LAMBDA présenté au chapitre 5 de la première partie. Fonds propres de l entreprise au 31.12.N = 617 K Rentabilité nette attendue = 15 % de 617 = 92,5 K Résultat net moyen des deux derniers exercices = 80 K Bad will = 80 92,5 = - 12,5 K Nombre d années prises en compte = 4 Sous profit correspondant = 4 x 12,5 = 50 K Valeur de l entreprise sur ces bases : Fonds propres ( 617 ) sous profit ( 50 ) = 567 K 2.6.6. La méthode empirique Le principe de cette méthode est simple et pragmatique. Une entreprise vaut par rapport à ce qu elle peut se payer et en fonction des conditions du marché. 16 Groupe Eyrolles

Les facteurs-clés de succès A : l apport du repreneur : On constate globalement que les repreneurs apportent l équivalent de une à deux années de résultat net retraité, s agissant de PME-PMI. B : la trésorerie distribuable de la cible : L entreprise peut disposer elle-même d une trésorerie excédentaire distribuable en regard des fonds propres et des besoins de trésorerie en cours d année. Cette trésorerie vient dans ce cas compléter l apport du repreneur et augmenter le prix «payable» de l entreprise. C : la capacité de remboursement de la cible : Enfin, la capacité bénéficiaire de la cible va permettre de compléter le montant susceptible d être réglé pour acquérir l entreprise. La pratique financière fixe actuellement le taux de distribution maximum à 70 % du résultat net passé. Le montant ainsi défini correspond à l échéance annuelle maximum du crédit de reprise. La somme de A + B + C détermine la valeur empirique de l entreprise. Exemple Apport du repreneur = 150 K ( A ) Trésorerie distribuable de la cible = 150 K ( B ) Résultat net de la cible = 100 K Soit un résultat net distribuable de 70 K / an maximum pour rembourser le crédit de reprise Si l on emprunte à 5 % tout compris sur 7 ans, cette échéance correspond à un emprunt maximum de 405 K ( C ) Total A + B + C = 705 K Groupe Eyrolles 17

Guide pratique pour reprendre une entreprise 2.6.7. Les données de l observatoire «SYNEXTRANS» SYNEXTRANS est un syndicat professionnel regroupant sur le Grand Ouest et le Sud-Est quinze cabinets de transmission d entreprises. Une récente étude a mis en évidence les valeurs médianes de 128 cessions de PME réalisées au cours des dernières années par les membres adhérents. Les résultats obtenus grâce à un travail de fond réalisé par Geoffroy SURBLED, Président de la Financière des Glénans en collaboration avec les quinze cabinets membres de Synextrans sont tout à fait concrets quant aux valorisations pratiquées sur le marché et les variables de fixation du prix. Les principaux résultats de cette étude sont les suivants : Prix comparé au résultat net = 6 fois Prix comparé à la situation nette = 2 fois Prix comparé à l excédent brut d exploitation = 3 fois Prix comparé à la Marge Brute D autofinancement = 4,1 fois On notera toutefois que la dispersion (l écart-type) par rapport aux moyennes relevées est importante. L étude montre qu il est essentiel d affiner l approche en fonction des secteurs et de la structure financière de l entreprise, cible. De nombreux ouvrages existent sur la valorisation d entreprise. Une bibliographie est fournie pour un approfondissement de cette question sur le plan technique. Toutefois, quelle que soit la méthode financière retenue, la valeur finale d une entreprise dépend d éléments complémentaires objectifs et subjectifs. 2.6.8. Les éléments objectifs justifiant la variation du prix Les différents diagnostics et audits auxquels un repreneur doit se livrer préalablement à la signature d un protocole d acquisition permettent de mettre en évidence les points forts et les faiblesses de l entreprise 18 Groupe Eyrolles

Les facteurs-clés de succès cible. Le chapitre 3 de cette première partie développe de manière approfondie les audits à réaliser et les questions à se poser. Les points faibles seront pour certains rédhibitoires, pour d autres des arguments afin de négocier le prix d acquisition à la baisse. Exemple Le fait que l entreprise : dépende d un ou de quelques rares clients (position de sous-traitant), dépende d un fournisseur qui impose ses prix et choisit ses distributeurs, dépende très fortement de son dirigeant actuel (savoir-faire spécifique), dispose d un matériel vieillissant qui devra être renouvelé prochainement, se situe sur un marché en déclin ou très fluctuant, subisse un climat social difficile (grèves répétées, revendications multiples), représente un trop gros «morceau» pour le repreneur. À l inverse, les points forts peuvent justifier un prix plus élevé que celui auquel le repreneur aura abouti en appliquant les méthodes de valorisation décrites précédemment. Exemple le dépôt récent de brevets prometteurs, l existence de contrats pluriannuels importants, une position de leader sur un marché, une forte notoriété liée à l ancienneté de l entreprise ou à la qualité de ses produits, la rareté de ce type d entreprise dans son secteur d activité, des perspectives de développement important, l existence d un excédent de trésorerie significatif, l existence de reports à nouveau négatifs ou de crédits d impôt, l existence d un fort potentiel humain difficile à recruter par ailleurs Groupe Eyrolles 19

Guide pratique pour reprendre une entreprise 2.6.9. Les éléments subjectifs justifiant de la variation du prix Au-delà de ces éléments à caractère économique qui pourront faire varier la valeur de l entreprise, des éléments subjectifs vont également intervenir dans la négociation et influer considérablement sur le prix final de transaction. Exemple Pour le cédant : son âge et son état de santé, sa réelle volonté de céder son affaire, sa psychologie par rapport à l avenir (optimiste, pessimiste), ses craintes par rapport à la perte de statut social, le relationnel établi avec l acquéreur (sympathie, confiance), l existence de liens familiaux ou personnels avec le repreneur, l existence ou non d héritiers, l existence ou non de successeurs potentiels dans l affaire, l existence de plusieurs offres concurrentes, la nécessité de dégager de la trésorerie pour renflouer d autres activités, la perte d effet de synergie avec d autres entreprises du groupe, la mésentente entre associés, la situation financière personnelle du cédant après l opération. Pour le repreneur : sa situation professionnelle (salarié ou chômeur), le temps dont il dispose pour aboutir, sa capacité à négocier et sa résistance au stress, l amour qu il porte au métier, à l entreprise et à ses produits, la localisation de l entreprise, l existence de projet alternatif, ses motivations profondes (pouvoir, revanche, plaisir) l existence de liens familiaux ou personnels avec le cédant, sa psychologie par rapport à l avenir (optimiste, pessimiste) 20 Groupe Eyrolles

Les facteurs-clés de succès 2.7. La négociation finale Le repreneur a intérêt à ne pas montrer son empressement au cédant. Il doit prendre son temps afin de diminuer les risques et éviter l achat impulsif. Attention à ne pas vouloir une entreprise à tout prix et à conserver une capacité à faire marche arrière en permanence, en poursuivant les discussions en parallèle sur plusieurs dossiers. À ce stade, le repreneur doit se méfier de lui-même (signature trop rapide), comme des conseillers du cédant, qui sont là pour défendre les intérêts du vendeur. C est pourquoi il doit avoir des conseillers différents de ceux du cédant. Cette équipe, mise en place pour la recherche et l évaluation des cibles, joue ici à plein son rôle d intermédiaire pour éviter les frictions entre le repreneur et le cédant. Concernant la négociation du prix, un achat «coupon attaché» est recommandé afin de bénéficier du résultat de l année en cours. Ce point permet tout à la fois de limiter le prix de transaction et de préserver la trésorerie de l entreprise. À Retenir Sur le plan du personnel, il est recommandé de ne conserver aucun des membres de la famille du cédant. C est le plus souvent une source de désagrément et de mésentente ultérieure. Par ailleurs, si des licenciements sont prévus, il est préférable qu ils soient conduits préalablement à la cession, par le vendeur. Le protocole de cession doit prévoir des clauses suspensives pour l acquéreur et une solide garantie de bilan, accompagnée d une caution à première demande ou d un crédit vendeur. Il est souhaitable également de mentionner une clause de variation de prix en fonction des résultats définitifs, arrêtés après transfert des titres. Groupe Eyrolles 21

Guide pratique pour reprendre une entreprise Il faut aller vite entre la signature du protocole et le transfert des titres, les choses étant acquises entre les deux parties. Avant la cession, il convient toutefois d obtenir la démission du cédant qui pourra être repris sur de nouvelles bases contractuelles (CDD, honoraires de conseil) afin de favoriser la prise en main de l entreprise par le repreneur. 2.8. Le financement de la reprise La recherche des financements auprès de plusieurs banques doit s opérer très tôt, compte tenu des délais nécessaires au traitement de ce type de dossier (intervenants multiples, contre-garantie Sofaris, décision au niveau de la direction des opérations spéciales), et du temps nécessaire pour négocier les propositions des banques (taux et garanties). La mise en concurrence systématique de quatre à cinq banques permet d obtenir de meilleures conditions et de lever tout ou partie des cautions personnelles. Idéalement, le montage financier ne doit être ni trop tendu, ni reposer sur des prévisions trop optimistes. Il s appuie sur une analyse approfondie de la rentabilité passée et prend en compte les investissements futurs à réaliser tout en laissant une marge de manœuvre importante (30 %) pour les remboursements futurs. L équilibre doit être recherché entre les apports et l endettement afin de sécuriser le montage. Les dossiers de reprise de PME reposent en moyenne sur 1/4 de fonds propres et 3/4 de crédit moyen terme, d une durée de 7 à 8 ans. Attention aux distributions de dividendes excessives lors du rachat de l entreprise qui risquent d handicaper son avenir. L entreprise doit disposer d une trésorerie positive après la reprise, afin de bénéficier des moyens d actions qui favoriseront son développement. Il faut prévoir une marge de manœuvre personnelle en n apportant pas toutes ses disponibilités, de façon à pouvoir soutenir l entreprise ultérieurement si besoin est, ce qui rassurera les partenaires financiers. 22 Groupe Eyrolles

Les facteurs-clés de succès À Retenir La caution personnelle est très largement demandée (70 % des dossiers). Elle vient en principe compenser un manque d apport du repreneur. Dans la pratique, elle est très mal vécue et constitue une pression qui pèse sur les décisions de tous les jours. Si on ne peut y échapper, il convient de la limiter dans son montant et sa durée en s appuyant sur une garantie externe, du type Sofaris ou société de caution mutuelle. L augmentation des apports et l absence de caution restent malgré tout la meilleure solution. La montée en puissance du capital-risque au cours des dernières années offre aujourd hui de réelles opportunités aux repreneurs, qui ont tout à gagner dans ce partenariat (renforcement financier, appui stratégique, crédibilité accrue). 2.9. La reprise effective Le premier facteur-clé de succès pour l ensemble des repreneurs interrogés est la capacité de communication. Il faut très vite rassurer, écouter, convaincre, séduire les différents acteurs et partenaires de l entreprise (salariés, clients, fournisseurs, banquiers) tout en se méfiant de l encadrement vis-à-vis duquel le repreneur ne bénéficie d aucune légitimité, n ayant pas créé l entreprise. En cas de pluralité d actionnaires repreneurs, un seul doit se révéler être le véritable patron au quotidien, tant devant les salariés, qui ont besoin d une organisation claire, que devant les partenaires, qui veulent sentir un dirigeant «à la barre» de l entreprise. Il est donc essentiel de prévoir un bon pacte d actionnaires qui permette les déblocages de situation en cas de conflit entre associés. Le nouvel arrivant aura soin de s imposer progressivement, en respectant la culture de l entreprise. Textuellement, il lui est recommandé de se mettre dans les «chaussons» du cédant, pour respecter un temps d observation de trois à six mois avant de procéder aux changements qu il juge nécessaires. Attention à ne pas modifier trop rapidement une équipe qui gagne. Groupe Eyrolles 23

Guide pratique pour reprendre une entreprise L aspect humain est déterminant en interne comme en externe. Il convient de rester humble, de prendre conseil en interne comme en externe sur les actions à mener, de ne pas irriter le cédant durant la phase de passation du pouvoir. Cette période de partage des commandes de l entreprise est le plus souvent difficile à vivre par le repreneur. Elle l empêche de s affirmer comme le véritable patron et de prendre certaines mesures qui remettent en cause l organisation passée. Il faut rechercher un passage de témoin progressif sur trois à six mois. Dans la mesure où le repreneur est du métier, ce délai peut et doit être réduit afin de favoriser sa liberté de manœuvre. En fait, il ne peut y avoir durablement deux patrons à la tête d une entreprise. À Retenir Dans la pratique, la durée moyenne de passation des pouvoirs est le plus souvent courte. Dans notre échantillon : 15 % des repreneurs n ont pas bénéficié d accompagnement du cédant, 40 % sont restés moins de 3 mois, 30 % de 3 à 6 mois, 15 % plus de 6 mois. Cette première période d observation passée, le repreneur doit s imposer rapidement comme le nouveau patron et prendre les mesures d économies de frais généraux, de restructuration et d investissement indispensables à une meilleure productivité et au développement de l entreprise. La mise en place d un système d information fiable est vivement recommandée afin de bien maîtriser l évolution de l entreprise. Parmi les différents moyens évoqués, citons : l informatisation de l entreprise, la mise en place de tableaux de bord, le suivi précis des chantiers et des prix de revient, le suivi de la qualité et de la trésorerie. 24 Groupe Eyrolles

Les facteurs-clés de succès Parallèlement, le repreneur doit rassurer, apaiser les craintes et remotiver le personnel qui connaît naturellement une période d incertitude et de flottement à l occasion du changement de dirigeant. Il peut utiliser différents leviers, parmi lesquels : L intéressement, La formation continue, La transparence au niveau des résultats, La mise en place de petites choses qui facilitent le quotidien (nouvelle machine à café, accès à la photocopieuse, etc). Pour réussir, le repreneur doit très vite gagner la confiance de son personnel et s entourer d une bonne équipe sur laquelle il pourra compter. Il aura ainsi, la possibilité de se mettre en retrait de temps en temps et pourra plus facilement conserver une vision à moyen-long terme de son entreprise. Groupe Eyrolles 25