Idées reçues sur la dyslexie



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Transcription:

Idées reçues sur la dyslexie Annie Dumont Issues de la tradition ou de l air du temps, mêlant souvent vrai et faux, les idées reçues sont dans toutes les têtes. L auteur les prend pour point de départ et apporte ici un éclairage distancié et approfondi sur ce que l on sait ou croit savoir. E D I T I O N S

Titre ouvrage Titre partie sommaire Introduction..............................11 Annie Dumont Orthophoniste, chargée de cours à l université de Paris-VI et engagée dans des programmes de recherche, Annie Dumont est l auteur de nombreuses publications dans le domaine de la lecture, de la surdité et de la mémoire. Elle est membre de l Association internationale de recherche et de développement des aides aux malentendants (AIRDAME), de la Société de neuropsychologie et de l UNADREO (Union nationale pour le développement de la recherche et de l évaluation en orthophonie). Du même auteur Sens et sons : entendre avec son cerveau, Orthoédition, 2013. Orthophonies et surdités : communiquer, comprendre, parler, Éditions Masson, 2008. Réponses à vos questions sur la dyslexie, Éditions Solar, 2003. Voir la parole, Éditions Masson, 2002 (avec Christian Calbour). Mémoire et langage, dyslexie, dysphasie, surdité, Éditions Masson, 2 e édition, 2001. Comprendre la dyslexie «De mon temps, la dyslexie n existait pas.»...........19 «Lire c est simple une fois qu on a appris le B.A.-BA.»....25 «Le cerveau du dyslexique fonctionne différemment.»...31 «Il n existe qu un type de dyslexie.».................37 «La dyslexie est héréditaire.».......................41 «Confondre la droite et la gauche est signe de dyslexie.»...47 «La dyslexie, c est l inversion des syllabes.»............55 «La méthode globale est à l origine de nombreux cas de dyslexie.».....................63 «La personne dyslexique ne comprend pas ce qu elle lit.»..................................69 «Les enfants précoces peuvent être dyslexiques.».......79 «La dyslexie est un trouble des apprentissages parmi d autres.»................................87 Vivre avec la dyslexie «Il n existe pas de méthode miracle pour rééduquer la dyslexie.».......................97 «La dyslexie et la dysorthographie vont de pair.»......105 «La dyslexie, ça concerne les enfants.»...............111 6 7

«Pour bien lire il suffit de s entraîner tous les jours.».................................117 «L apprentissage de l anglais est impossible pour les dyslexiques.»...........................121 «Les dyslexiques sont angoissés.»..................127 «Une personne dyslexique a des droits.».............133 «La dyslexie, il faut apprendre à vivre avec.»..........137 Conclusion...............................145 Annexe Pour aller plus loin.............................149

«De mon temps, la dyslexie n existait pas.» Dès le début de ma vie d enseignante, après la Seconde Guerre mondiale, j avais rencontré de ces élèves intelligents, parfois excellents à l oral, connaissant les règles grammaticales et cependant totalement incapables de lire à haute voix et dont les textes étaient constellés de fautes d usage, de grammaire et de ratures. Paule Cruiziat et Monique Lasserre, Dyslexique, peut-être? et après, 2002 Localisation des principales aires cérébrales. Hémisphère cérébral gauche, vue latérale. C est par la médecine et notamment la neurologie que l on a découvert au XIX e siècle la dyslexie. Dans les siècles passés, peu de personnes accédaient à l enseignement, le nombre de lecteur était donc réduit. Dès lors, les difficultés sévères de lecture et les dyslexies étaient moins repérées mais des dyslexiques devaient déjà souffrir. Tout a commencé par l histoire d une rencontre particulière en Angleterre. En 1896, le Dr Pringle Morgan, un médecin généraliste anglais, a croisé dans sa consultation un jeune garçon âgé de 13 ans qui présentait une incapacité à apprendre à lire. Cette rencontre semble avoir été à l origine de la découverte de la problématique dyslexique. Le jeune homme a très bien su décrire son trouble au Dr Morgan : «Je ne comprends pas ce que j ai : je suis intelligent, doué pour les mathématiques. Si mon professeur ne notait que mes réponses orales, je serais premier en classe ; mais malheureusement je suis dernier parce que mes camarades même peu doués apprennent sans difficulté ce qui, malgré 19

Idées reçues sur la dyslexie Comprendre la dyslexie tous mes efforts, m est impossible : lire et écrire.» Devant l ensemble de ces symptômes, le Dr Morgan qualifia le trouble de «cécité congénitale des mots». À la même époque, le Dr Déjérine, neurologue français, avait rencontré un adulte présentant des difficultés massives de la lecture en rapport avec des troubles neurologiques acquis. Il désigna le trouble sous le nom de «cécité verbale acquise». En effet, le patient à la suite d un accident cérébral touchant une zone du cerveau appelée le gyrus angulaire de l hémisphère gauche avait perdu la faculté de lire et d écrire. La notion d une atteinte neurologique à l origine du déficit visuel était alors posée avec une localisation probable, et la cause organique semblait entendue. Cependant, les troubles visuels ne sont pas les seuls impliqués dans la dyslexie. Progressivement, on repéra un peu mieux les mécanismes : l ophtalmologiste écossais le Dr J. Hinshelwood démontra en 1920 que les personnes présentant ces troubles spécifiques de la lecture voyaient correctement mais avaient un trouble au niveau du cortex cérébral. Ce qui amena par analogie avec le terme d «alexie» (impossibilité de lire après la survenue d une pathologie cérébrale) le vocable de «dyslexie». Vers 1940, le Dr Samuel Orton, neurologue de Philadelphie, fixa de façon définitive le terme de «dyslexie» dans l histoire médicale. À travers les examens de plus de 3 000 dyslexiques, il mit en évidence des particularités : inversions de lettres ; fréquence plus importante du trouble chez les garçons ; existence de plusieurs cas de dyslexie au sein d une même famille. Ainsi se dégagea l idée que le trouble visuel n était pas le seul impliqué mais que la dyslexie constituait un déficit verbal à étudier comme une partie des troubles plus généraux du langage notamment dans la reconnaissance des sons (le versant phonologique). Par conséquent, dans une famille de dyslexiques, il arrive fréquemment qu à côté de la personne en difficultés de lecture, d autres membres présentent également des troubles du langage se manifestant sur le versant oral. Le docteur formula alors l hypothèse que la dyslexie n était pas en rapport avec une atteinte spécifique du cerveau mais avec un trouble de la dominance cérébrale. En effet, on considère généralement que, dans le cerveau, l hémisphère gauche joue un rôle prépondérant pour traiter l ensemble des tâches langagières : parler, lire, écrire. Pour le dyslexique, il semblerait, au regard de l analyse du Dr Orton qu il n existe plus de dominance hémisphérique et que, parfois la partie droite du cerveau fasse le travail de la partie gauche et réciproquement. Les techniques d imagerie cérébrale utilisées aujourd hui confirment les intuitions des découvreurs du concept. Les images du cerveau témoignent qu un défaut de spécialisation des aires du langage ou de transfert d informations entre les deux hémisphères via le corps calleux existe chez des sujets dyslexiques. Plus récemment, en 1997, le Dr Michel Habib précise que même si le dyslexique présente «un cerveau singulier» il est difficile de qualifier la dyslexie de maladie. Toutefois, la dyslexie partage beaucoup de caractéristiques avec le sens habituel que l on donne à ce mot. «Le caractère relativement stéréotypé des signes et des symptômes, la présence de particularités biologiques, la nécessité d un traitement adéquat réalisé par des professionnels, sa fréquence dans la population (8 à 10 %), 20 21

Idées reçues sur la dyslexie Comprendre la dyslexie ses causes probablement en grande partie génétiques». En poussant ce raisonnement, le Dr Habib en vient à établir une analogie avec la migraine qui, comme la dyslexie, n a pas de conséquences majeures mais peut constituer une gêne importante dans la vie quotidienne de celui qui en souffre. Tout comme la migraine existe peut-être depuis que l homme est homme, la dyslexie est une potentialité mais elle n apparaît que dans l acte de lire. Pour découvrir la dyslexie, il fallait d abord créer la lecture et l écriture! Une fois l écriture créée, il ne restait plus à notre cerveau qu à s adapter pour la décrypter et la lire. Et il semble que notre cerveau y soit sensible car bien entraîné par les images naturelles dont notre cortex visuel a appris à reconnaître des régularités (lignes droites, penchées, ronds ). Les diverses écritures sont basées sur des traits et des configurations qui existent dans les images naturelles (montagne, hutte A, œil O). Pour Stanislas Dehaene, psychologue cognitif directeur de l unité de neuro-imagerie cognitive, ces régularités universelles «sont vraisemblablement codées par les neurones du cortex temporal inférieur avant même que nous n apprenions à lire». La lecture constitue un «recyclage neuronale». Le XIX e siècle a été le siècle de la découverte de la dyslexie en même temps que se généralisait l accès à l enseignement, que se multipliait le nombre de lecteurs et que livres et journaux se diffusaient en grand nombre. La progression du nombre de personnes accédant à la scolarité et à l alphabétisation a contribué à donner une impression de pathologie nouvelle mais, dans les pays où la langue ne s écrit pas, il existe vraisemblablement des dyslexiques qui s ignorent car une confrontation avec l apprentissage de l écrit est nécessaire pour que les troubles apparaissent. La création de l écriture Cette création a été le résultat d une longue élaboration, qui a conduit des traces laissées sur le sol aux dessins des grottes, jusqu aux lettres en passant par les symboles. L écrit s est forgé et construit pour répondre à un besoin de stocker des données, de transmettre des informations, de conserver des histoires et des légendes, d exprimer des émotions 22 23

Idées reçues sur la dyslexie À partir de pictogrammes, l écriture cunéiforme de l époque sumérienne conçue 3 500 ans avant notre ère a forgé les premiers caractères conventionnels à l aide de segments de droite en forme de coins inscrits sur des tablettes d argile. L histoire de l humanité a vu le passage des hiéroglyphes à un jeu limité de symboles pour arriver aux caractères phéniciens réalisés sur des papyrus. Les Grecs, vers la fin du X e siècle avant notre ère, ont apporté une simplification dans l identification des caractères retenus en leur faisant effectuer une rotation de 90 à 180 degrés. Puis, en notant les voyelles, les Grecs, et à leur suite les Étrusques et les Latins, ont permis aux mots de se différencier dans leur transcription écrite. Alors que l écriture phénicienne ne notait que les consonnes ce qui imposait au lecteur de connaître par avance le mot à lire les voyelles de l alphabet grec ont rendu possible l accès direct au sens des mots écrits. Ainsi, en latin le /i/ de ficus renvoie à «figuier», alors que son remplacement par un /o/ désigne le «foyer» focus. Tandis que la voyelle finale permet de différencier la fonction du mot : domus domini, la «maison du maître». Après une longue élaboration, un alphabet de signes représentant des consonnes et des voyelles fut créé. Il permit aux hommes de traduire les paroles de leurs Dieux mais également de matérialiser leurs échanges commerciaux, de conserver des récits et légendes, de réaliser des poèmes C est grâce à cet alphabet, clé de voute du système, que nous écrivons et lisons encore actuellement dans la plupart des langues employées de nos jours. Les statistiques officielles évaluent à quatre millions le nombre de personnes qui en France ne sont pas autonomes pour la lecture et l écrit en dépit d un apprentissage scolaire. Parmi les enfants scolarisé, 5 à 6 % d une classe d âge sont atteints de troubles de la lecture soit environ 6 000 enfants. Il est admis que ce trouble spécifique touche des enfants et des adultes de tous les pays et de toutes les cultures indépendamment de la langue ou du système scolaire. 24