Présentation de cas clinique. Agapitou Eleni 16.03.2012



Documents pareils
S o m m a i r e 1. Sémiologie 2. Thérapeutique

Accidents des anticoagulants

La prise en charge de l AVC ischémique à l urgence

Votre guide des définitions des maladies graves de l Assurance maladies graves express

Le diagnostic de Spondylarthrite Ankylosante? Pr Erick Legrand, Service de Rhumatologie, CHU Angers

Item 182 : Accidents des anticoagulants

Item 154 : Tumeurs des os primitives et secondaires (Évaluations)

Intérêt diagnostic du dosage de la CRP et de la leucocyte-estérase dans le liquide articulaire d une prothèse de genou infectée

LA LOMBALGIE CHRONIQUE : Facteurs de risque, diagnostic, prise en charge thérapeutique

I Identification du bénéficiaire (nom, prénom, N d affiliation à l O.A.) : II Eléments à attester par un médecin spécialiste en rhumatologie :

Les Infections Associées aux Soins

SYNTHÈSE DES RECOMMANDATIONS PROFESSIONNELLES. Spondylarthrites. Décembre 2008

HERNIE DISCALE LOMBAIRE

Vous intervenez en équipage SMUR sur un accident de la voie publique : à votre arrivée sur les lieux, vous trouvez un homme d environ 30 ans au sol à

Spondylarthropathies : diagnostic, place des anti-tnf et surveillance par le généraliste. Pr P. Claudepierre CHU Henri Mondor - Créteil

HERNIE DISCALE LOMBAIRE

Les formes cliniques. Maxime Breban

1- Parmi les affirmations suivantes, quelles sont les réponses vraies :

MODULE D EXERCICE PROFESSIONNEL NOTION MÉDICO-ÉCONOMIQUE DES DE RADIOLOGIE ET IMAGERIE MÉDICALE. Dr F Lefèvre (1-2), Pr M Claudon (2)

Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports. Comité technique des infections nosocomiales et des infections liées aux soins

Migraine et céphalées de tension: diagnostic différentiel et enjeux thérapeutiques

Respiration abdominale d effort encore appelée respiration abdominale inversée

LE RACHIS : UNE ENTITE COMPLEXE IMPORTANTE A PRESERVER


Apport de la TDM dans les cellulites cervico-faciales

LES DOULEURS LOMBAIRES D R D U F A U R E T - L O M B A R D C A R I N E S E R V I C E R H U M A T O L O G I E, C H U L I M O G E S

Diagnostic différentiel des infections ostéoarticulaires

Il est bien établi que le réseau d eau hospitalier peut

Leucémies de l enfant et de l adolescent

Compte rendu d hospitalisation hépatite C. À partir de la IIème année MG, IIIème années MD et Pharmacie

Lombalgie inflammatoire. François Couture Rhumatologue Hôpital Maisonneuve Rosemont Avril 2010

PRISE EN CHARGE DES PRE ECLAMPSIES. Jérôme KOUTSOULIS. IADE DAR CHU Kremlin-Bicêtre. 94 Gérard CORSIA. PH DAR CHU Pitié-Salpétrière.

Les maladies valvulaires

Définitions. PrioritéVie Enfant MC. Assurance contre le risque de maladie grave

o Non o Non o Oui o Non

L arthrose, ses maux si on en parlait!

Don de moelle osseuse. pour. la vie. Agence relevant du ministère de la santé. Agence relevant du ministère de la santé

LA TUBERCULOSE Docteur ALAIN BERAUD

TITRE : «Information et consentement du patient en réadaptation cardiovasculaire»

Actualisation de la prescription en biologie rhumatologie

La santé bucco-dentaire au cabinet OMS. Problèmes majeurs. Santé bucco-dentaire et santé générale. Santé. Déterminants sociaux et santé bucco-dentaire

INTRODUCTION GENERALE :

La prise en charge de votre cardiopathie valvulaire

Psoriasis et travail dans le BTP. Pr E. Delaporte

Les Spondylarthrites

ÉVALUATION DE LA PERSONNE ATTEINTE D HYPERTENSION ARTÉRIELLE

Observation. Merci à l équipe de pharmaciens FormUtip iatro pour ce cas

E04a - Héparines de bas poids moléculaire

Laurence LEGOUT, Michel VALETTE, Henri MIGAUD, Luc DUBREUIL, Yazdan YAZDANPANAH et Eric SENNEVILLE

Études. Coût de la chirurgie d une hernie discale

Maladie des valves. Changer leur évolution. Rétrécissement aortique Insuffisance aortique Insuffisance mitrale Rétrécissement mitral

Ischémie myocardique silencieuse (IMS) et Diabète.

CRITERES DE REMPLACEMENT

Maladie de Hodgkin ou lymphome de Hodgkin

Peut-on reconnaître une tumeur de bas-grade en imagerie conventionnelle? S. Foscolo, L. Taillandier, E. Schmitt, A.S. Rivierre, S. Bracard, CHU NANCY

Le traitement du paludisme d importation de l enfant est une urgence

Définitions. PrioritéVie MC. Votre assurance contre le risque de maladie grave

HEPATITES VIRALES 22/09/09. Infectieux. Mme Daumas

prise en charge médicale dans une unité de soins

QU EST-CE QUE LA TUBERCULOSE?

POURQUOI L HYGIENE HYGIENE = PROPRETE HYGIENE = PREVENTION DES INFECTIONS COMMUNAUTAIRES ET DES INFECTIONS ASSOCIEES AUX SOINS

Prise en charge de l embolie pulmonaire

Transplantation hépatique à donneur vivant apparenté. Olivier Scatton, Olivier Soubrane, Service de chirurgie Cochin

Situation Agent Schéma posologique*

Item : Souffle cardiaque chez l'enfant

Collection Soins infirmiers

Programme de prise en charge et de suivi en anticoagulothérapie

B06 - CAT devant une ischémie aiguë des membres inférieurs

Lombosciatalgie aigue et chronique Quelle prise en charge? Dr Azizi Fatima Rabat

Visite test de certification V2014 Retour du CHU de Rennes GCS CAPPS Vendredi 12 juin 2015

Parcours du patient cardiaque

Vignette clinique 1. Femme, 26 ans; caissière. RC : Dorsalgie depuis 18 mois. ATCD : Tabagisme 20 paquets/année; pas de maladies chroniques HMA :

UN PATIENT QUI REVIENT DE LOIN. Abdelmalek AZZOUZ GRCI 29/11/2012 Service de Cardiologie A2 CHU Mustapha. Alger Centre. Algérie

Tests de détection de l interféron γ et dépistage des infections tuberculeuses chez les personnels de santé

Anatomie. Le bassin inflammatoire. 3 grands cadres. 4 tableaux. Spondylarthrite ankylosante. Spondylarthrite ankylosante 26/10/13

prise en charge paramédicale dans une unité de soins

Qu est-ce qu un sarcome?

Prépration cutanée de l opéré

Item 215 : Rachialgies

Le GRAND CONSEIL de la République et canton de Genève décrète ce qui suit :

Guide du médecin traitant. L invalidité. dans le Régime de rentes du Québec. Édition 2015

admission aux urgences

Les différentes maladies du coeur

Lombalgies inflammatoires de l homme jeune

RÉFÉRENCES ET RECOMMANDATIONS MEDICALES

chronique La maladie rénale Un risque pour bon nombre de vos patients Document destiné aux professionnels de santé

Gestion des épidémies en FAM et MAS. 2 ère réunion annuelle FAM/MAS 20 mars 2015

Télé-expertise et surveillance médicale à domicile au service de la médecine générale :

Tests rapides de dépistage

Le don de moelle osseuse :

o Anxiété o Dépression o Trouble de stress post-traumatique (TSPT) o Autre

Vers une approche managériale des tarifs T2A

Recommandations Prise en charge des patients adultes atteints d un mélanome cutané MO

Don d organes et mort cérébrale. Drs JL Frances & F Hervé Praticiens hospitaliers en réanimation polyvalente Hôpital Laennec, Quimper

Contenu de la formation PSE1et PSE2 (Horaires à titre indicatif)

La maladie de Takayasu

Pseudotumor cerebri. Anatomie Le cerveau et la moelle épinière baignent dans un liquide clair, appelé le liquide céphalo-rachidien (LCR).

Trucs du métier. L arthrite psoriasique en l absence du psoriasis. clinicien@sta.ca. Avez-vous un truc? Son épidémiologie et son expression

Les sciences de l ingénieur appliquées à la prise en charge du

SYNDROME DU TUNNEL CARPIEN, EPICONDYLITE ET TRAVAIL : POINT DE VUE DU RHUMATOLOGUE

Transcription:

Présentation de cas clinique Agapitou Eleni 16.03.2012

Anamnèse Patiente de 87 ans, résidente en EMS. Anamnèse actuelle: Depuis 3 semaines: - BEG. -Douleurs abdominales diffuses. -Pas d état fébrile, elle a plutôt froid. Antécédents personnels: Démence (mais autonome). HTA traitée. Troubles dégénératifs étagés du rachis. Le médecin de l EMS demande un CT abdominal pour clarifier les douleurs abdominales diffuses. 2

CT abdominal ambulatoire/1 3

CT abdominal ambulatoire/2 4

Status: Cardiovasculaire: RR, B1B2 b.f., pas de souffle. Pulmonaire: MVS, pas de bruits surajoutés. Abdominal: pas de détente/défence, LRSI. Neurologique: sp, ROT vifs symmétriques. Ostéoarticulaire: douleurs à la percussion de la colonne lombaire. TA: 160/80 mmhg FC: 95/min SpO2: 98%AA T: 36.8 C Désorientée 5

Examens Paracliniques Laboratoire: Hb: 103 g/l Leucocytes: 17.4 G/L Thrombocytes: 417 G/L CRP: 65 mg/l Na: 129 mmol/l K: 4.0 mmol/l Créatinine: 93 mcmol/l Rx thorax- ECG: sp 6

Ensuite qu est-ce que vous feriez? 7

Qu est-ce qu on fait? Examens complémentaires? ΑΒ empirique? Avis spécialiste? 8

Spondylodiscite Infection du disque intravertébral et des corps vertébraux adjacents par un microorganisme. URGENCE diagnostique et thérapeutique Traitement précoce pour éviter les complications: Destruction des corps vertébraux et déformation en cyphose. Atteinte médullaire ou rachidienne. 9

Epidémiologie Affection rare: 3-5% des cas d ostéomyelite. Elle atteint plus fréquemment l adulte, majorité des patients >50 ans. Prédominance masculine (2:1). Le rachis lombaire est le plus souvent touché (58%) suivi des localisations thoracique (30%) puis cérvicale (11%) et enfin sacrée. Multifocale 4%. Ιncidence (monde développé): 4-24/1.000.000 par année. incidence: patients agés et immunosupprimés, meilleur diagnostic, médicaments iv, opérations de la colonne. 10

Pathogenèse 3 voies de contamination: Hematogène: la voie la plus fréquente! Inoculation directe: Iatrogène: chirurgie de la colonne, PL, procédures épidurales. Trauma de la colonne (rare). Contamination par contiguité infection du greffon aortique, rupture de l oesophage, abcès rétropharyngé. Mécanisme vascularisation de la colonne Enfants: infection limitée au niveau du disque. Αdultes: large infarctus de l os et extension de l infection au disque et au vertèbre adjacent lésion typique de la spondylodiscite. 11

Etiologie 50% : aucun foyer retrouvé. 50%: foyer distal: uro-génital 17%, cutané-parties molles 11%, prothèses intravasculaires 5%, gastro-intestinal 5%, respiratoire 2%, cavité buccale 2%, endocardite infectieuse 12%! Facteurs de risque: Diabète, âge avancé, médicaments iv, immunosuppression, insuffisance rénale, cirrhose hépatique, s/p opération de la colonne, maladie néoplasique, maladie rhumatologique. 12

Germes en cause Staph. aureus: 50% des spondylodiscites. Bacilles gram négatif: 15% E.coli, Pseudomonas aeruginosa, entérobactéries. Streptocoques: 10% souvent associé à des endocardites. M. tuberculosis. Brucella (professions exposées). 13

Clinique Symptômes non spécifiques: o douleurs d apparition progressive (lombalgies, cervicalgies). Fièvre: 50% des cas. Déficit neurologique: 1/3 des cas: o faiblesse MI, paralysie, déficit sensitif, troubles sphinctériens. o souvent en lien avec: abcès épidural, diagnostic retardé, lésions cervicales, TB. 14

Examens paracliniques Laboratoire: VS: 90%, parfois >100mm/h. CPR: 90%, probablement le marqueur préféré pour le suivi et l évaluation de l efficacité du traitement. Leucocytes: 30-50% des cas 70% des cas: anémie. 50% des cas: phosphatase alcaline. Radiologie: Radiographies conventionnelles. Scintigraphie osseuse. CT guide pour la biopsie. IRM: examen de choix! 15

Dans notre cas Donc: Confirmation de la spondylodiscite L2-L3 par IRM (images du CT: reconstruction). 3 paires d hémocultures. Ponction- biopsie de la lésion vertébrale - organisée avec radiologie interventionnelle CHUV. Avis neurochir: colonne stable. 16

IRM lombaire 17

Identifier le germe!!! Bactériologie: tous les prélèvements AVANT les AB. Examens répétés. Même en l absence d état fébrile! Hémocultures (plusieurs paires!) Sensibilité de 50-60%. Biopsie du disque/os. Positive dans 50-60% des cas. Biopsie des abcès. Identification du germe dans 70-80% des cas! 18

Biopsie Nécessaire confirmation du diagnostic et identification du germe. Pas de biopsie seulement si hémoc (+) pour germe typique. Procédure ouverte ou par aspiration sous guidance par CT. 2 prélèvements: Coloration de Gram et culture. Histopathologie: nécrose et résorption osseuse. 19

Biopsie vertébrale 20

Approche diagnostique Diagnostic difficile: Affection rare. fréquence des lombalgies. Examen clinique. Laboratoire + hémocultures. Rx simples puis IRM! Biopsie sauf si hémoc + pour germe typique. Si biopsie négative répéter la biopsie. Pas de ttt AB empirique avant l identification du germe sauf si patient cliniquement instable. 21

Dans notre cas alors Le téléphone du Labo: Une paire d hémoculture sur 3 revient + Cocci Gram (+) en chainette. DD: entérocoques, streptocoques. 22

Donc: Spondylodiscite L2-L3 d origine hématogène, avec petit abcès du psoas, sur bactériémie à coccis Gram (+) en chainette. Biopsie annulée. Répéter 2 paires d hémocultures. Thérapie: Ad Vancomycine 1g 2x/j, réevaluation après l antibiogramme. Immobilisation stricte (première semaine). 23

Diagnostic différentiel Endocardite infectieuse: 15% des cas avec spondylodiscite secondaire. 24

DD endocardite lente Pas de cardiopathie sous-jacente. Pas de souffle cardiaque. Pas de pétéchies ou autres signes. Echocardiographie thransthoracique: pas d argument en faveur d une endocardite mais examen de qualité technique moyenne. Echocardiographie transoesophagienne: pas de végétations (sensibilité: 100%). 25

Pourquoi chercher une endocardite? Durée du ttt AB pour la spondylodiscite adéquate pour l endocardite mais en cas d endocardite Suivi pour eventuelle valvulopathie. ABT prophylactique en cas de procédures qui pourraient provoquer une bactériémie. 26

Finalement 1/5 paires d hémocultures (+) pour streptococcus agalactiae group B. 27

Traitement Ceftriaxone 2g/j iv (bonne diffusion osseuse) - pendant 6 (à 12) semaines, selon évolution clinique et biologique. - contrôle de toxicité: FS, créatinine. Consultation orthopédique: - corset dorsolombaire à la mobilisation (effet antalgique, limite l angulation en cyphose). - antalgie. - physiothérapie. 28

Résumé Le règle de 50% 50% des patients ont plus de 50 ans. La fièvre se voit dans 50% des cas. Les leucocytes sont dans la norme dans 50%. Le siège est lombaire dans 50%. 50% ont une origine génito-urinaire. Aucun foyer n est retrouvé dans 50%. Le staphylocoque est responsable dans 50%. 29

Messages Percussion de la colonne! IRM: imagerie de choix. Identifier le germe tous les prélèvements avant les AB! Biopsie indispensable sauf si hémoc (+) pour germe typique. Exclure une endocardite! TTT AB de longue durée (6-12 semaines minimum) par voie iv. 30

MERCI 31