INFORMATIONS OUVRIÈRES nouvelle série N 0356 (2750) semaine du 18 au 24 juin 2015 1,5 euro (soutien 2 euros) ISSN 0813 9500 L émancipation des travailleurs sera l œuvre des travailleurs eux-mêmes INFORMATIONS OUVRIÈRES TRIBUNE LIBRE DE LA LUTTE DES CLASSES 6 155 abonnés reçoivent ce numéro. Et vous? (page 16) H E B D O M A D A I R E D U PA R T I O U V R I E R I N D É P E N D A N T POI Après l assemblée-débat du 6 juin, poursuivons la TRIBUNE de discussion Cette semaine, la parole à Une contribution de Christian Renard, militant CGT de la construction Interview de Fred Paré, responsable du secteur droits, libertés et action juridique à l union départementale CGT de Paris Le point de vue de Michel Pinatel, délégué syndical FO dans la métallurgie, en Haute-Loire, et défenseur syndical aux prud hommes Une correspondance de Stéphane Marati Interview de Gérard Caillon, secrétaire général de l union locale Force ouvrière de Saint- Nazaire (Loire-Atlantique) Une contribution de Stéphane Hablot, maire PS de Vandœuvre et conseiller général de Meurthe-et-Moselle Interview d Agnès Catala, syndicaliste enseignante dans l Hérault Une correspondance de Didier Brémaud Contribution de Gilbert Saccani, membre du POI, ancien secrétaire départemental du syndicat FO des lycées et collèges, et de Michel Barbe, ancien secrétaire général adjoint de la Fédération de l Education nationale (FEN) du Vaucluse Contribution au débat de Grégoire Hamelin, syndicaliste FO (Indre-et-Loire) Pages 4, 5 6 et 7 Hôpitaux de Paris. Face à la grève unie des personnels avec leurs syndicats et la menace d une grève totale Martin Hirsch retire son plan! Le même jour, à l Assemblée nationale, Valls fait passer la loi Macron avec le 49-3. Pages 2 et 3 DR Vie du parti Déclaration du bureau national du POI. Page 9 Appel de Jean Bartholin et Gérard Schivardi Rassemblement de l AMRF à l Assemblée nationale le 24 juin. Page 14 LE POI APPELLE À MANIFESTER SAMEDI 20 JUIN EN SOUTIEN AU PEUPLE GREC! Dans la voie de la rupture avec l Union européenne, infligeons une défaite au gouvernement Hollande-Valls! Rendez-vous à 14 h 30, place Stalingrad, Paris. Abonnements d été, J-10, lire page 16.
2 INFORMATIONS OUVRIÈRES N À LA UNE 0 356 Semaine du 18 au 24 juin 2015 Face à la menace d une grève totale des hospitaliers de Paris, Martin Hirsch et le gouvernement ont retiré le plan de réorganisation de l AP-HP. Dans le même temps, le gouvernement convoque l Assemblée nationale jusqu à la fin du mois de juillet avec une série de projets soumis au vote, comme la réforme territoriale et la loi Rebsamen. Il initie cette session de contre-réformes ce mardi 16 juin, en recourant à l article 49-3 pour imposer la loi Macron. Comme l écrit l éditorialiste des Echos (16 juin), «il y a des sujets sur lesquels il est possible d avancer, fût-ce au forceps du 49-3 comme sur la loi Macron. Il en est d autres tellement inflammables pour la gauche qu ils impliquent de trouver des chemins de traverse.» Et l éditorialiste du journal patronal revient sur le livre que Robert Badinter vient de publier, intitulé : Le Travail et la loi. Il poursuit en écrivant : «A deux ans de l élection présidentielle, François Hollande est toujours à la recherche de la bonne pédagogie économique à l adresse des socialistes. A fortiori sur le sujet emblématique du Code du travail. Le coup de force, il y a renoncé ( ). Dès lors, comment faire? Appeler la conscience de gauche qu est Robert Badinter à la rescousse, ou du moins se féliciter de son incursion audacieuse sur le terrain du droit social ( ). Ce faisant, l exécutif fait le pari que la charge des auteurs contre l obésité du Code du travail ( ) fera réfléchir cette gauche encline à sortir les chiffons rouges dès que Manuel Valls et Emmanuel Macron ouvrent la bouche ( ). A quelques mois du rapport Combrexelle sur les rigidités du Code du travail [explique un conseiller], on va mettre tout ça sous cloche et regarder ce qui se passe. En clair, laisser prospérer le débat et tenter d évaluer jusqu où il est possible d aller.» Ce qui est en cause, c est le Code du travail et l indépendance des organisations de la classe ouvrière. Lucien GAUTHIER Devant la puissance des grèves des 21 mai, 28 mai, 11 juin, et la menace de la grève totale, Martin Hirsch cède! Martin Hirsch, directeur général de l Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), a cédé. Il avait multiplié les documents (23 avril, 26 mai et 2 juin) visant à réorganiser et individualiser le temps de travail des personnels de l AP-HP. Après les grèves et manifestations des 21 et 28 mai, des milliers et des milliers étaient en grève (dont les personnels assignés) le 11 juin. Quinze mille se sont rassemblés devant le siège de la direction générale et ont manifesté jusqu à l Elysée. Les personnels sont venus en cortège, dans l unité avec leurs syndicats, derrière leur banderole d établissement. Sur de nombreuses banderoles, un seul mot d ordre : «Retrait du plan Hirsch». Ils ont manifesté sur une exigence claire scandée avec force et détermination tout au long du parcours : «Ni amendable ni négociable, retrait du plan Hirsch». Et d ailleurs, dès le 21 mai, les personnels scandaient : «Retrait, demain on continue». Après la manifestation et la rencontre avec les représentants de l Elysée et de Touraine, l intersyndicale indique dans un communiqué : «Si le projet n est pas retiré, la question de la grève totale des hôpitaux de l AP-HP est à l ordre du jour.» Le 12 juin après-midi sort le communiqué du «front uni des sept organisations syndicales» : «Le 18 juin, si le projet de M. Hirsch n est pas retiré, alors, ce sera la grève des hôpitaux de l AP-HP.» Pour la préparer, l intersyndicale convoque une assemblée des délégués syndicaux le 16 juin à la Bourse du travail de Paris. Le soir du 12 juin, le directeur général de l AP-HP adresse une 11 juin Communiqué de presse de l intersyndicale de l Assistance publique-hôpitaux de Paris (CGT, FO, SUD, CFTC, CFDT, UNSA et CGC) «La grève du 11 juin a été une nouvelle fois massive dans les hôpitaux de l AP-HP. L intersyndicale se félicite de la mobilisation des personnels contre le projet de réorganisation du temps de travail de Martin Hirsch. Après les manifestations des 21 et 28 mai qui ont rassemblé 8 000, ce sont près de 15 000 personnels qui ont manifesté ce jour de la direction générale vers l Elysée. Nous avons demandé à être reçus par l Elysée. Dans un premier temps, cette demande a été refusée. Après plus d une heure trente d attente, les altercations avec les forces de police ont eu lieu. Ils n ont pas hésité à utiliser les gaz lacrymogènes, matraques et lances à eau contre les personnels. L intersyndicale condamne ces méthodes. M me Christine Gardel, représentant le cabinet de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, et M. Boris Vallaud, secrétaire général adjoint de lettre aux organisations syndicales où il reconnaît que son projet «a déclenché une forte mobilisation sociale qui s est traduite notamment par plusieurs journées d action les 21 mai, 28 mai et 11 juin». LES DOCUMENTS DU 23 AVRIL, 26 MAI ET 2 JUIN SONT OFFICIELLEMENT RETIRÉS DU CHAMP DE LA DISCUSSION Ce qui l a amené à écrire : «Deuxièmement, il est pris acte du désaccord exprimé par les organisations syndicales sur le document d orientation portant sur l organisation du temps de travail lequel a déjà été retiré du champ de la discussion en signe d ouverture ainsi que sur le document dénommé Nouvelles bases de dialogue en date du 2 juin. Force est de constater que ces documents de travail n ont pas permis de réunir un consensus social minimum et qu ils n ont pu être considérés comme une base de discussion acceptable pour les organisations syndicales.» Les documents des 23 avril, 26 mai et 2 juin sont donc officiellement retirés «du champ de la discussion». Dans le point 4 de son projet de relevé de conclusions, M. Hirsch écrit : «La direction générale estime pour cela nécessaire d ouvrir des espaces d expression et de discussion, dans les pôles et les services volontaires, sur l organisation et les conditions de travail.» Confronté à la puissance de la grève, unie, avec leurs organisations syndicales, des personnels de l AP-HP, Martin Hirsch ne pouvant passer par les syndicats, tente de passer par les pôles et ce qu il appelle «l expression directe des personnels». Il fait de nouveau fausse route. Les personnels de l AP-HP tiennent comme à la prunelle de leurs yeux au cadre actuel de l organisation du travail en trois équipes fixes. Ils ne veulent pas de la généralisation de la grande équipe. Ils ne veulent pas d une «négociation» service par service, pôle par pôle, dont ils savent qu elle a pour unique objectif de faire éclater le statut particulier de l AP-HP. Toujours dans cette lettre, Martin Hirsch propose «de reprendre la démarche selon une autre approche». Cela ne peut se faire que sur la base du mandat sur lequel les personnels ont fait grève et manifesté : «Non à la réorganisation-individualisation du temps de travail des personnels ( ), maintien des droits collectifs liés au statut particulier de l AP-HP, notamment en nombre de jours RTT, du cadre d organisation actuelle en trois équipes fixes jour, garde, nuit, contre la généralisation à la grande équipe ( ), embauche de personnels par la titularisation de tous les contractuels.» Daniel DUTHEIL et Philippe NAVARRO Si le projet n est pas retiré, la question de la grève totale des hôpitaux de l AP-HP est à l ordre du jour l Elysée, ont enfin reçu une délégation de l intersyndicale. Ce dernier a dit qu il transmettrait au président de la République nos demandes, tout en précisant que le dialogue était nécessaire et devait continuer. L intersyndicale a précisé que notre direction générale n était à aucun moment dans le dialogue. A ce jour, ni M. Hirsch ni M me Touraine n ont répondu à notre revendication. Nous attendons une réponse du président de la République et du directeur général. Nous réaffirmons que si M. Hirsch retire son projet, l intersyndicale est prête à ouvrir de réelles négociations. Si le projet n est pas retiré, la question de la grève totale des hôpitaux de l AP-HP est à l ordre du jour. L intersyndicale se réunira en urgence vendredi à 10 heures 30 pour les suites à donner.» A la veille du vote de la loi Touraine, un coup porté à la politique gouvernementale Quelques heures avant que Hirsch n indique, dans une lettre aux organisations syndicales, que les documents étaient retirés, Claude Evin, apportait son soutien au plan, soulignant : «La préparation de ce qu il a proposé aux organisations syndicales a fait l objet de discussions avec le ministère.» Pour Claude Evin, directeur général de l agence régionale de santé d Ile-de- France, ancien ministre PS de la Santé, cette réorganisation du travail est directement reliée à la mise en place de la chirurgie ambulatoire, élément clé de la loi santé de Marisol Touraine, visant à expulser les patients de l hôpital et à les renvoyer chez eux quelques heures après une opération, ainsi qu à généraliser les dispositifs d hospitalisation à domicile. Evin, dans la digne veine de la politique du gouvernement Hollande-Valls de mépris et de coups de force, accusait, le 12 juin, les organisations syndicales de refuser le prétendu «dialogue» avec Martin Hirsch : «Pour qu un dialogue existe, il faut être deux. Ce ne peut être un dialogue consistant à dire : Vous retirez votre projet pour qu on revienne autour de la table.» 14 juin Le directeur de l AP-HP propose de reprendre la négociation à zéro (Le Parisien) «C est l impasse totale, explosive, mais ça pourrait bouger. Ouverte début mai, la discussion sur la réforme des 35 heures pour les 75 000 agents de l Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) s est déjà soldée par trois journées de grève ( ). Eviter l embrasement. Devant ce blocage total et la menace d un embrasement social, le directeur de l AP-HP, acculé et esseulé, a décidé de lâcher du lest et de tendre la main aux syndicats. Selon nos informations, ses services ont adressé, vendredi soir, aux huit organisations syndicales de l Assistance publique un document d une page qui propose de reprendre la négociation à zéro et sur de nouvelles bases.»
À LA UNE 3 INFORMATIONS OUVRIÈRES N 0 356 Semaine du 18 au 24 juin 2015 Education nationale Grève et manifestation le 11 juin pour l abrogation de la réforme du collège Le 11 juin, les enseignants étaient de nouveau en grève à 30 % pour l abrogation de la réforme du collège, à l appel de leurs syndicats SNES-FSU, SNEP-FSU, SN-FO-LC, SNETAA-FO, CGT Educ action, SUD Education, SNCL-FAEN et SIES-FAEN. L a veille, le 10 juin, le ministère convoquait un groupe de travail sur la «suite des textes» de la réforme. Le SN-FO-LC, le SNETAA-FO, le SNES, le SNEP, la CGT et SUD ont rappelé dans une déclaration commune «leur opposition à la réforme, leur demande d abrogation des textes (décret et arrêté) et leur refus de toute négociation sur des textes d application». Face à la fin de non-recevoir de la ministre, dont les représentants ont affirmé qu elle n envisageait pas de remettre en cause «les fondamentaux de la réforme», mais seulement de «préciser» et d apporter «des recommandations de mise en œuvre», les organisations syndicales ont quitté la séance. Le mot d ordre d abrogation, scandé par des milliers de manifestants, exprime la détermination à ne pas céder. Abrogation du décret et de l arrêté publiés le 20 mai, au lendemain de la grève majoritaire, au mépris des personnels, cette question demeure à l ordre du jour. Clément Dirson, co-secrétaire académique du SNES (Créteil) Continuer la lutte pour le retrait du décret sur la réforme du collège Comment apprécies-tu cette journée de grève et de manifestation? D après les remontées, incomplètes, on peut dire qu il y a entre 30 et 40 % de grévistes dans les collèges, c est-à-dire 15 à 20 % de moins que la dernière fois. La publication du décret par la ministre, au soir de la grève et des manifestations du 19 mai, a incontestablement été un coup de massue, pour les jeunes professeurs en particulier. Comment vois-tu la suite? Les enseignants, dans leur grande majorité, ont un sentiment de plus en plus négatif par rapport à la ministre. C est à la fois un sentiment d indignation et de résignation, surtout qu ils ont l impression que le gouvernement ne lâchera rien. Jeudi 18 juin, la commission administrative académique va discuter de la suite pour continuer la lutte pour le retrait du décret sur la réforme du collège. Il faut s appuyer sur les parents, qui sont dans leur majorité contre cette réforme, sur les associations professionnelles, pour préparer une manifestation nationale. Et bien sûr, la question de la grève à la rentrée est posée. Sébastien Ribeiro, secrétaire académique SN-FO-LC Versailles Il nous faut poursuivre et amplifier le rapport de force Dans les heures d information syndicale et assemblées générales qui se tiennent dans les établissements scolaires, les personnels continuent d exiger l abrogation des textes sur la réforme du collège. A maintes reprises, des parents d élèves ont apporté leur soutien aux enseignants, parfois en se joignant à leurs assemblées générales. La ministre a fait le choix du passage en force, avec le soutien de la CFDT et de l UNSA, en publiant sa réforme le 19 mai, jour d une grève majoritaire. Il fallait oser! De la même manière, ce gouvernement est passé en force sur la loi Macron ( ). C est aussi sur la revendication claire de retrait (avant la publication des textes sur la réforme du collège), puis d abrogation, qu une unité syndicale a pu se construire et se renforcer avec les organisations représentant 80 % des personnels de l Education nationale. C est une force, un point Dominique Chauvin, autre co-secrétaire académique du SNES (Créteil) Il faut l abrogation du décret, et non pas discuter sur l application de ses modalités Comment apprécies-tu le mouvement contre la réforme du collège? Les derniers sondages montrent que 74 % des professeurs sont contre cette réforme! Au lieu de 60 % précédemment. Le SNES a fait un effort particulier pour mobiliser, avec plein d heures d information syndicale. Le mécontentement est là. La manifestation d aujourd hui est loin d être ridicule, j estime qu il y a 3 500 manifestants. Comment vois-tu la suite? Les parents sont de notre côté. Le président de la FCPE débarqué en plein congrès, c est du jamais vu! L intersyndicale hier a eu raison de sortir de la réunion avec la ministre. Il faut l abrogation du décret, et non d appui considérable, et le gouvernement en est conscient ( ). Maintenant, il nous faut poursuivre et amplifier le rapport de force, décider avec les personnels les moyens pour arracher l abrogation de la réforme, car nous voulons gagner. Une déclaration commune des syndicats SNUDI-FO, CGT et SUD du premier degré indique que la jonction premier et second degrés est à l ordre du jour, c est juste. A titre personnel, j ai participé à l assemblée-débat du 6 juin à l initiative d Informations ouvrières : plusieurs intervenants ont fait part du rejet de la politique du gouvernement, de la résistance et de la détermination des salariés dans leur secteur d activité, y compris dans l Education nationale. Rien n est plié, dans aucun secteur! La riposte interprofessionnelle, comme elle s est déjà dessinée le 9 avril dernier, est bien à l ordre du jour. pas discuter sur l application de ses modalités. Dans mon département, la Seine-et- Marne, nous allons diffuser devant les écoles primaires pour faire comprendre aux parents la gravité de cette réforme. Il faut agir avec eux. Le blocage du brevet des collèges comme le proposent certains, serait se mettre à dos de nombreux parents. Il faut discuter de la grève à la rentrée, d une manifestation nationale unitaire professeurs-parents avec les syndicats. Je pense aussi qu il faut étendre la mobilisation aux lycées ; ils seront touchés dès la rentrée 2017, puisque la réforme est appliquée à la rentrée 2016 au collège : les élèves sortant de 3 e auront subi enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI), allégements de programmes et d horaires. Michel Vialle, secrétaire académique du SNES Versailles Des convergences se feront peutêtre, ce sont les suites du 9 avril Ce serait une erreur de croire que le nombre de grévistes le 11 juin traduit un reflux de la mobilisation. L exaspération des collègues est très forte, face à la ministre et son refus d abroger le décret et l arrêté de la réforme qu elle a publiés. Il y a aussi le rapprochement avec les parents, qui sont très inquiets des conséquences de l autonomie, de la concurrence entre établissements, du rétablissement de filières. Il s agit de continuer à construire la mobilisation avec un allié, les parents, pour obtenir le retrait de cette réforme. Il y a aujourd hui de plus en plus de mobilisations sectorielles contre les réformes, qui toutes mettent en cause les service publics : dans le second degré, à l AP-HP. Des convergences se feront peut être. Ce sont les suites du 9 avril. Mais il s agit de gagner, d obtenir le retrait de la réforme du collège. La ministre et le gouvernement sont minoritaires sur cette question dans le pays. ÉDITORIAL é L ennemi est dans notre pays Daniel Gluckstein secrétaire national du POI Anouveau, le gouvernement a donc décidé d utiliser l article 49-3 de la Constitution. Cette fois, il s agit de faire passer la loi Macron. Président du Medef, Pierre Gattaz, a salué cette décision. «C est un bon choix», s est-il écrié. La forme les institutions rejoint le fond. La loi Macron, c est la loi des patrons, de la déréglementation et de la destruction des droits ouvriers. Le 49-3, c est un concentré du régime de la V e République, un régime d arbitraire fondé pour remettre en cause l indépendance des organisations ouvrières et faire passer les plans du capital. Au même moment, l Union européenne, la Banque centrale européenne (BCE), le FMI poursuivent leur tentative d étrangler le peuple et la classe ouvrière de Grèce. Là aussi, la forme institutionnelle rejoint le contenu. Au nom des déficits, de la dette, des «critères», l Union européenne et ses institutions (dont l euro) ont été mises en place pour imposer aux travailleurs et aux peuples du continent des plans de destruction, de misère et de déchéance, exigés par la classe capitaliste. Ces institutions supranationales et antidémocratiques auxquelles toutes les représentations politiques et les gouvernements de toutes couleurs ont prêté allégeance constituent un véritable carcan qui prétend caporaliser et discipliner le mouvement ouvrier. Le lien est étroit entre le caractère corporatiste, anti-ouvrier et antidémocratique, des institutions de la V e République et de l Union européenne, d une part ; et, d autre part, la guerre sociale généralisée qu engendrent les politiques mises en œuvre dans le cadre de ces institutions. Solidarité avec le peuple grec? Oui, inconditionnellement! Elle passe par le refus d accorder le moindre soutien au gouvernement Hollande-Valls, par une lutte à mort contre chacune de ses mesures. Car le rapport est direct entre la décision, via le 49-3, d imposer la loi Macron en France et les mesures de guerre sociale, via les institutions de l Union européenne, que le même gouvernement Hollande-Valls veut imposer au peuple grec. C est pourquoi aucune compromission n est acceptable avec la V e République et l Union européenne, institutions au seul service du capital financier, dont le Parti ouvrier indépendant, depuis sa fondation, revendique le démantèlement, afin d ouvrir la voie à la démocratie dont le peuple définira lui-même la forme et le contenu. Solidarité avec le peuple grec? Oui, inconditionnellement. Elle passe par le nécessaire rassemblement des forces sur le terrain de la lutte de classe, des travailleurs, des organisations, afin de bloquer les plans et contre-réformes du gouvernement. A l instar des travailleurs de l AP-HP qui, unis avec leurs syndicats, viennent d imposer le retrait du plan Hirsch. Car bloquer ces mesures en France, c est bloquer la capacité de nuisance du gouvernement Hollande-Valls à l offensive avec les autres gouvernements européens pour tenter d imposer au peuple grec des plans de mort et de désespoir. Il y a cent ans, en pleine guerre impérialiste de 1914-1918, le député social-démocrate allemand Karl Liebknecht diffusait un tract dans lequel il avait écrit : «L ennemi du peuple allemand est dans notre propre pays, c est le gouvernement.» Eh bien, disons-le aujourd hui : dans la guerre que mènent l Union européenne, la BCE et tous les gouvernements contre le peuple grec et tous les peuples, dans la guerre que mène la V e République contre la classe ouvrière et les droits démocratiques, l ennemi est dans notre propre pays. Il s appelle le gouvernement Hollande-Valls. DR
4 INFORMATIONS OUVRIÈRES N 0 356 TRIBUNE de discussion Faites parvenir vos contributions à : La rédaction d Informations ouvrières, 87, rue du Faubourg-Saint-Denis, 75010 Paris. E-mail : informations-ouvrieres@fr.oleane.com Une tribune L e succès du 6 juin, qui a rassemblé un millier de militants ouvriers, de démocrates et d élus à l initiative d Informations ouvrières, est le point de départ d une série d assembléesdébats dans les départements et les localités dans l objectif de rassembler des milliers et des milliers de militants et de travailleurs. Comme nous l avons dit à plusieurs reprises, le fait qu Informations ouvrières A propos du texte commun, Vivre ensemble, Travailler ensemble CGT-CFDT-CFTC-CGC-UNSA- FSU et Solidaires, du 5 juin 2015 Une contribution de Christian Renard militant CGT de la construction Tout d abord une première remarque : le gouvernement Hollande-Valls, sa politique se trouvent totalement absents de ce texte. Comment comprendre? Un texte signé par des confédérations syndicales, qui ne mentionne pas les coups qui tombent sur les travailleurs. Loi Macron, loi Rebsamen, pacte de responsabilité, etc. : tout cela n existe pas, et même le mot «austérité» n apparaît pas dans cet appel. Ne serait-ce pas pour la simple raison que certains de ces signataires, comme la CFDT, l UNSA,... soutiennent ces terribles attaques contre la classe ouvrière? Dans le chapitre sur l emploi «L emploi constitue un élément essentiel de l insertion sociale, pour l autonomie et l indépendance des personnes, pour leur assurer les moyens matériels d existence par le salaire comme la protection sociale qu il génère ( ). L emploi doit être source d intégration et de reconnaissance dans la société.» Cela au moment où les plans de licenciements tombent, où des milliers d emplois sont supprimés On se demande dans quel monde vivent les signataires de ce texte! Et l on nous explique : «La situation est pourtant différente en fonction des métiers et des activités qui pour certaines sont porteuses d inégalités et de conditions de travail dégradées. Ces secteurs professionnels marqués par la présence massive de femmes ou de travailleuses et travailleurs d origine étrangère (sous-traitance, secteur du bâtiment, services à la personne, nettoyage ou emplois de sécurité ) sont généralement les plus ouverts aux personnes sans diplômes ou peu qualifiées et enferment ces salariés dans l instabilité durable et l insécurité sociale.» On nous donne l impression que la précarité de l emploi serait une calamité naturelle, au même titre que les cyclones, les tremblements de terre, etc. Et non pas la réalité : c est-à-dire une politique délibérée, concertée, menée par le patronat et le gouvernement pour casser le coût du travail, politique menée notamment au moyen de l ANI, signé par la CFDT, et de la loi Macron, appuyée par la CFDT. Dans le chapitre Agir contre les discriminations à l embauche et au travail L on prétend que «le cadre juridique de la lutte contre les discriminations a évolué positivement en France du fait notamment de l action européenne» Mais le texte ne dit mot sur un des premiers cas de discrimination que nous rencontrons au travail : celui de la discrimination syndicale. Quotidiennement, des militants, délégués et élus du personnel sont en butte à la répression antisyndicale, certains sont licenciés, souvent avec l accord du ministère du Travail. De cela, le texte ne fait pas mention ; peut-être que pour les signataires, cela ne fait pas partie des discriminations au travail? Dans le chapitre Agir dans les cités, les quartiers, les villes et les villages Pas un mot sur la destruction des services publics (hôpitaux, maternités, centres de Sécu, de La Poste, etc.), sur l étranglement budgétaire des communes qui Mais quelles valeurs communes partageons-nous avec Laurent Berger, qui cautionne toute la politique réactionnaire et anti-ouvrière du gouvernement Hollande-Valls, alors que nous, nous la combattons? conduit à leur destruction, tout cela organisé par les gouvernements successifs depuis des années et qui est en train de s accélérer avec la mise en place de la réforme territoriale. En revanche, on nous dit : «La présence en proximité des syndicats comme des associations avec des moyens nécessaires sont des préalables au maintien de notre République laïque, démocratique, sociale et de ses principes d égalité, de liberté et de fraternité.» Ce sont donc les syndicats et les associations qui seraient amenés à suppléer à la destruction de nos services publics? Qui peut accepter cela! Dans le chapitre intitulé Education, école On nous dit : «(L école) doit donc faire l objet de débats afin de définir un projet d école le plus consensuel possible.» Et plus loin : «D où l importance d un partage du projet de l école qui ne peut s adosser qu à un projet de société dont les valeurs et principes font culture commune dans la société.» N est-ce pas là les mêmes arguments que nous assènent le gouvernement et sa ministre, Najat Vallaud-Belkacem, pour tenter de faire appliquer sa réforme du collège, réforme combattue par la majorité des organisations syndicales dans l enseignement? Dans le dernier chapitre, intitulé Militer résolument pour les valeurs du syndicalisme et les principes républicains Référence est faite au 11 janvier : «Parce que nous croyons en un avenir partagé et pacifique, nous voulons rester fidèles à ce que certains appellent l esprit du 11 janvier.» L esprit du 11 janvier, de quoi parle-t-on? Rappelons-nous que le 11 janvier, en tête de la manifestation, se trouvait des chefs d Etat qui, tous, s attaquent aux droits et libertés des peuples, et dont bon nombre ont les mains souillées du sang de leurs victimes. Le «11 janvier» n a-t-il pas plutôt servi au gouvernement pour tenter d imposer une «union nationale» en soutien à sa politique? N est-ce pas en son nom que le gouvernement justifie sa loi sur le renseignement, loi liberticide que combat la CGT? Et plus loin, on nous dit : «Il faut développer le dialogue social, les libertés syndicales et exiger du patronat des contreparties aux subventions accordées aux entreprises.» Ainsi donc, le pacte de responsabilité serait acceptable moyennant des contreparties! Cela, c est la position de la CFDT, mais en aucun cas la nôtre! En sorte de conclusion, le texte affirme : «Les organisations syndicales qui partagent des principes et des valeurs communes ont décidé de travailler ensemble pour s opposer à la fois à la montée du populisme, de l extrême droite et de ses idées, de la xénophobie, du sectarisme et du fondamentalisme, mais aussi pour rechercher et exiger des réponses à la crise économique et sociale.» Mais quelles valeurs communes partageons-nous avec Laurent Berger, qui cautionne toute la politique réactionnaire et anti-ouvrière du gouvernement Hollande- Valls, alors que nous, nous la combattons? Semaine du 18 au 24 juin 2015 soit à la fois l hebdomadaire du POI et tribune libre de la lutte des classes n est en rien contradictoire, parce que personne ne veut imposer à quiconque son point de vue. C est le libre débat entre militants ouvriers, démocrates, élus d origines politiques et syndicales diverses mais qui entendent tous contribuer à la discussion et à l action pour arrêter ce gouvernement et sa politique. C est pourquoi, à l issue de l assemblée-débat nationale du 6 juin, Informations ouvrières continue de publier cette tribune de discussion dans l objectif d aider au libre débat au sein du mouvement ouvrier. Faites-nous parvenir vos contributions! Lucien Gauthier, Rédacteur en chef Loi Macron > Le gouvernement décide le plafonnement des dommages et intérêts en cas de licenciement abusif La porte ouverte à l arbitraire patronal sans limite Interview de Fred Paré, responsable du secteur droits, libertés et action juridique à l union départementale CGT de Paris Que penses-tu de la décision du gouvernement de plafonner les indemnités prud homales? C est une volonté patronale de «sécuriser» le licenciement, comme ils disent. Cela va changer beaucoup de choses, en particulier pour les salariés qui ont de l ancienneté. Une indemnité plafonnée à douze mois, avec peu de chance de retrouver du travail, c est rien du tout. Les employeurs, ceux qui pouvaient être encore réticents à licencier, n auront plus aucune hésitation à le faire, puisqu ils sauront que, dans le pire des cas, cela ne leur coûtera que douze mois de salaire maximum, même si le licenciement est reconnu «sans cause réelle et sérieuse». C est la porte ouverte à l arbitraire patronal sans limite. Que penses-tu du recours prévu à l article 49-3 pour l adoption définitive du projet de loi Macron à l Assemblée nationale? On voit bien que ce gouvernement est aux abois et qu il se fout de ceux qui les ont élus. Ce gouvernement, dit socialiste, est le pire gouvernement de droite! La dernière fois que tu t es exprimé dans nos colonnes, c était au lendemain de la grève interprofessionnelle du 9 avril. Comment les choses ont-elles évolué depuis, selon toi? La situation est très compliquée. Les avancées qui avaient abouti au 9 avril, avec cette grosse manifestation sur Paris, ont eu du mal à enclencher une dynamique interprofessionnelle. Aujourd hui, on nous renvoie à une journée qui aura lieu le 25 juin. On ne peut pas s en satisfaire, même si c était peut-être le seul moyen d amener les organisations syndicales autour d une même table. Un déni de justice! Le point de vue de Michel Pinatel, délégué syndical FO dans la métallurgie, en Haute-Loire, et défenseur syndical aux prud hommes M ettre un barème pour indemniser les licenciements abusifs, c est un déni de justice! Les prud hommes sont là pour juger, peser le pour et le contre, chaque dossier est différent. Avec ce plafonnement, le patron sera sanctionné, mais pas jugé selon l importance de sa faute. C est le programme du Medef. L objectif réel, c est de diminuer le coût du travail et d arriver, un jour, à la situation des Etats-Unis, où le patron peut licencier sans motif, du jour au lendemain. En France, ce n est pas encore possible, le patron doit donner un motif au licenciement. Mais avec ce barème, le patron pourra licencier pour un oui ou pour un non : il paye l amende, et tout est réglé. Je voudrais aussi dire un mot sur l assemblée-débat du 6 juin dernier, à Paris. Je viens d en lire le compte rendu dans Informations ouvrières. Il faut poursuivre ce débat localement, c est évident. Je voudrais aussi dire une chose sur Informations ouvrières. Depuis quelques semaines, on a pris l habitude de lire des interviews, des contributions de militants qui ne sont pas nécessairement au POI. Je trouve cela très bien. Je me souviens, après avoir acheté pour la première fois le journal, j avais lu en haut de la première page : «L émancipation des travailleurs sera l œuvre des travailleurs eux-mêmes.» Et un peu en dessous : «Tribune libre de la lutte des classes.» Je pense que ces tribunes de militants, dans le cadre de la préparation de l assemblée du 6 juin, correspondent vraiment à cela. J espère que cela va continuer.
INFORMATIONS OUVRIÈRES N 0 356 TRIBUNE Semaine du 18 au 24 juin 2015 5 DISPONIBLE MERCREDI PROCHAIN SNCM : le tribunal ordonne la poursuite de l activité Une correspondance de Stéphane Marati Le 10 juin, le tribunal de commerce de Marseille a rejeté les offres de reprise de la SNCM. Il a enjoint aux administrateurs judiciaires de procéder à un nouvel appel d offres, dont le résultat sera examiné le 25 septembre prochain. C est précisément ce que demandaient les organisations syndicales de la SNCM, pour qui : les offres proposées signifient le licenciement de 800 salariés ; le redressement judiciaire est la conséquence directe du comportement irresponsable des actionnaires, Etat et Transdev, qui ont fait valoir une créance de 30 millions d euros alors qu ils sont prêts, aujourd hui, à abandonner une créance de 160 millions d euros et à financer un plan social de 85 millions ; les offres de reprise s élèvent de 3 à 5 millions d euros, alors que les actifs de la SNCM sont évalués à 200 millions d euros ; il s agirait par conséquent d un véritable pillage de l entreprise. UNE VICTOIRE POUR LES SYNDICATS, ÉCRIT LE MONDE La décision du tribunal, qui relève que la SNCM ne perd plus d argent et possède 30 millions d euros de trésorerie, est donc, comme l écrit le journal Le Monde, «une victoire pour les syndicats». Et ce, malgré le pilonnage incessant du gouvernement, des patrons et de l Union européenne, qui ne cessent d agir depuis des mois et des années pour liquider la SNCM et le pavillon français de premier registre, au profit des sociétés «low cost» qui refusent d appliquer le droit social et fiscal français et qui généralisent l emploi de travailleurs détachés. Rappelons quelques faits : le procureur de la République soutenait l offre de l armateur de Baja Ferries ; le juge-commissaire soutenait l offre du patron corse Patrick Rocca ; l Union européenne avait «ordonné» au tribunal de prendre une décision de reprise ou de liquidation avant fin juin, sous la menace d engager de nouvelles procédures judiciaires ; en déplacement à Marseille quelques jours avant le délibéré du tribunal, Valls qui a renié les engagements de l Etat et qui s est engagé avec les patrons dans une offensive visant à liquider la SNCM et à généraliser le statut de travailleur détaché estimait qu une «solution est à portée de main» ; juste avant le délibéré du tribunal, le groupe STEF, qui possède la CMN (Méridionale), co-délégataire, avec la SNCM, de la délégation de service public de continuité territoriale entre la Corse et le continent, faisait valoir son intérêt pour une éventuelle reprise partielle de la SNCM. Immédiatement, l Union européenne écrivait un courrier de mise en garde, menaçant de maintenir ses amendes de 600 millions d euros, qu elle était pourtant prête à lever pour les autres «repreneurs». à peine le jugement prononcé, le patron du groupe Transdev menaçait déjà, mettant en garde contre la possibilité d une liquidation totale. On peut dire que les manœuvres, les retournements et les coups contre la SNCM pleuvent comme à Gravelotte. On peut même se demander ce que le gouvernement, les patrons et l Union européenne vont encore inventer pour liquider la SNCM, car, pour l instant, les 1 583 salariés de la SNCM sont toujours là, avec leurs navires et avec le pavillon français de premier registre. Et c est bien cela qui leur est insupportable. LA GRÈVE DU 4 JUIN SUIVIE À 65 % Pour l heure, ce jugement ne peut que renforcer la détermination des salariés de la SNCM, et plus largement sur le port de Marseille. Il est d ailleurs à noter qu après la grève du 4 juin, suivie à 65 % à la SNCM et dans de nombreux autres secteurs à l appel principal de la fédération CGT des syndicats maritimes, plusieurs organisations syndicales avaient déposé un préavis de grève pour le 11 juin, dans l hypothèse d un jugement défavorable. Alors que les unions départementales CGT, FO, FSU et SUD des Bouches-du- Rhône «soutiennent et appellent toutes leurs structures à mettre en commun leurs forces, dans les entreprises, les services, les administrations, les collectivités, pour faire aboutir (les) légitimes revendications», la résolution commune des organisations CGT, SAMM, FO, CFE-CGC, CFDT et CFTC de la SNCM exigeant, notamment, le maintien de la SNCM, des emplois et du pavillon français de premier registre, reste plus que jamais à l ordre du jour. LE COMPTE RENDU INTÉGRAL DE L ASSEMBLÉE- DÉBAT NATIONALE DU 6 JUIN À PARIS TOUTES LES INTERVENTIONS TOUTES LES CONTRIBUTIONS ÉCRITES REMISES À LA TRIBUNE Ce supplément d Informations ouvrières, de 24 pages, sera vendu 3 euros l unité. Prix spécial pour toute commande groupée : 2 euros (à partir de 5 exemplaires) Participation aux frais d envoi : - 3 euros pour une commande de 5 à 10 exemplaires, - 5 euros pour une commande de 11 à 20 exemplaires. Chèques à l ordre d Informations ouvrières. Toute commande doit être accompagnée du paiement. A renvoyer à : Administration Informations ouvrières, 87, rue du Faubourg-Saint-Denis, 75010 Paris Loire-Atlantique : deux rassemblements face à Hollande, Gattaz et Berger appelés par les unions départementales CGT, CGT-FO, FSU et Solidaires Interview de Gérard Caillon, secrétaire général de l union locale Force ouvrière de Saint- Nazaire (Loire-Atlantique) Le 12 juin, les unions départementales FO, CGT, Solidaires et FSU ont organisé deux rassemblements, le matin à Nantes, à l occasion de la venue du président de la République au congrès de la FNMF, et l après-midi à La Baule, lors d un colloque auquel participaient, entre autres, Pierre Gattaz et Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. Peux-tu nous en parler? On peut dire qu il y a eu en Loire-Atlantique, le même jour, deux présidents, un président de la République et le président du Medef. Mais les deux ont les mêmes orientations, puisque le Medef ne fait qu ordonner et le gouvernement, soutenu par le président de la République, ne fait qu aller dans ce sens. On voulait marquer les esprits en rappelant à François Hollande qu on est en désaccord sur les politiques qu il mène. Et à La Baule, il s agissait de dénoncer un sommet des dirigeants pour «redresser la France», avec des personnalités, anciens ministres et autres On a souhaité marquer fortement notre désapprobation sur ce qu envisage le Medef, c est-à-dire la destruction de tous les acquis sociaux. Il faut savoir que ce sommet est organisé dans un hôtel de luxe offrant une prestation pour le week-end et par personne à 2 500 euros. On pourrait considérer qu ils font ce qu ils veulent avec leur argent, sauf que dans ce cas de figure, ce colloque est financé via le budget de formation des entreprises, donc avec le fruit du travail des salariés La présence de Berger, secrétaire général de la CFDT, a été contestée par sa base nazairienne ; pour autant, on peut largement considérer que sa participation à une telle initiative correspond tout à fait à ses orientations d accompagnement des politiques destructrices influées par le Medef et menées par les différents gouvernements successifs. En Loire-Atlantique, depuis le 9 avril, il y a une intersyndicale avec la CGT, la FSU, Solidaires et FO. On s est mis d accord sur une plate-forme commune revendicative et sur des actions, on est sur un axe que nous appelons l «axe de la résistance», considérant qu aujourd hui, la seule solution que nous avons face à cette destruction, face à cette politique d austérité, c est résister. Le matin, le rassemblement s est passé sous un ciel pluvieux. Normal, puisque chaque fois que le président se déplace, il pleut! Il y avait face à nous un service d ordre très important, sur un rayon très large, puisque à 500 mètres autour du palais des Expositions, il n y avait aucun passage possible, même pour les piétons. Tous les axes routiers avaient été bloqués. A La Baule, c était un peu différent, avec un service d ordre moins nombreux. Les grilles de l hôtel de l Hermitage étaient fermées quand nous sommes arrivés. Nous étions environ 150 à nous rassembler, surtout des militants CGT et FO. Il s agissait pour nous de démarches symboliques, sans agressivité, puisqu il s agissait de montrer que nous sommes en désaccord avec les politiques menées. Donc, pour nous, l objectif a été atteint. Le journal de l union départementale Force ouvrière de Loire-Atlantique, L Ouest syndicaliste, a rédigé un article pour alerter sur les dangers du groupe de travail à l Assemblée nationale chargé de plancher sur un projet de réforme des institutions, et en particulier du Sénat. En quoi est-ce un danger pour le mouvement ouvrier et la démocratie? Il s agit d un rapport sous la houlette de Claude Bartolone, qui doit être remis fin juin. C est de la dynamite! Le Sénat ne serait plus une chambre exclusivement composée d élus politiques de la République, mais comporterait aussi, ès qualités, «des représentants des forces sociales, économiques et culturelles». C est un projet très dangereux puisque c est un mélange des genres. Il y a déjà eu des tentatives similaires à plusieurs reprises, notamment celle de De Gaulle en 1969. On retrouve aussi le système pétainiste, c est-à-dire associer les syndicats au pouvoir politique, les enfermer dans un carcan, dans une assemblée soidisant démocratique, qui ne leur permettrait plus de pouvoir exister librement, notamment Force ouvrière, nous qui sommes très attachés à notre liberté et à notre indépendance. Nous enfermer dans un Sénat voudrait dire qu on accompagnerait toutes les lois, toutes les réformes. Or on voit bien ce qui se passe aujourd hui à l Assemblée nationale, où même quand un gouvernement est majoritaire, il utilise le 49-3. Ce qui signifie que demain, s il y avait une association syndicats-partis politiques, cela ne signifierait pas que le gouvernement ne ferait pas des lois antisyndicales. Nous sommes complètement opposés à cette volonté. En 1969, Force ouvrière avait appelé à voter contre, je pense qu aujourd hui la position est la même. On peut dire qu il y a eu en Loire-Atlantique, le même jour, deux présidents, un président de la République et le président du Medef. Mais les deux ont les mêmes orientations Tu as participé à la préparation de l assemblée-débat du 6 juin à l initiative d Informations ouvrières. Que penses-tu de cette initiative et de ses travaux? J ai été associé à la préparation de cette initiative, qui est très importante et qui a été un succès puisqu il y avait réunis des responsables, des salariés de différentes organisations syndicales, de différents secteurs qui sont venus débattre et apporter leur témoignage sur ce qu ils vivent aujourd hui. C est quelque chose de très fort, il faut maintenant persévérer, grossir nos rangs, aller plus loin et expliquer ce qui se passe. Il n y a aucun relais médiatique, donc si on ne le fait pas nous-mêmes, comme ce qui s est passé le 6 juin, il n y aura rien. On ne peut pas accepter que soit détruit tout ce qui a été mis en place par le Conseil national de la Résistance et après-guerre par toutes les luttes de classe. On est aujourd hui en train de se battre pour ne pas perdre nos acquis. C est inacceptable. Si on ne fait rien, demain, il n y aura plus de couverture sociale, et tout sera dilapidé sur l autel du capitalisme. J ai parlé de l importance de «l axe de la résistance», c est essentiel. Car on voit ce qui s est passé, notamment, avec les dirigeants de sept confédérations qui se sont réunis et qui ont rédigé un document sur l appel du 11 janvier dernier, déclarant qu il fallait retrouver ce qui s était passé après des événements certes dramatiques, et qui voudraient mettre en place l unicité nationale, ce qui reviendrait à accompagner la politique du gouvernement. On se retrouve alors au niveau national avec des dirigeants qui ont tendance à aller dans ce sens là, et à la base, on voit des militants et des responsables syndicaux qui, eux, veulent combattre l austérité, combattre les politiques qui mettent à mal tous les Français et qui n amènent que la paupérisation. Propos recueillis par Marie STAGLIANO