Influence des conditions d élevage sur les performances de croissance du porc et la qualité des viandes



Documents pareils
Besoin en thréonine du porc en finition

Quelle réduction du rejet de zinc la 3-phytase microbienne permet-elle chez le porc à partir de 12 kg de poids vif?

Un niveau de performance moyen est en général calculé à l échelle de la bande

Revue des Marchés. Charles Gagné

Présentation du dispositif collectif français d évaluation génétique porcin pour les caractères de production et de reproduction

Incidence du type de féverole et du taux d incorporation sur les performances du porc en post sevrage et engraissement

La cohabitation des races ovines Ouled Jellal (OJ) et Beni Guil (BG) et développement de l'élevage ovin dans le système pastoral du Maroc Oriental

Fiches techniques : Filière Porc Fleuri

Sorgho grain sucrier ensilage L assurance sécheresses

Mortalité observée et mortalité attendue au cours de la vague de chaleur de juillet 2006 en France métropolitaine

Détermination du besoin en protéines de la canette mulard en phase de démarrage :

Pour optimiser l utilisation du lisier, à des fins de traitement ou de valorisation agronomique,

Efficacité énergétique des logements à haute performance énergétique, HPE : Application au site de Béchar

& Que choisir. favoriser le bien-être

Intérêts comparés d un objet fixé au sol ou d un apport de paille comme matériaux d enrichissement du milieu de vie pour le porc à l engrais

AVEZ-VOUS PENSÉ À L ALIMENTATION À LA DÉROBÉE?

Fiche technique n 1 : le logement construction des boxes.

Renc. Rech. Ruminants, 2006, 13

Du Thermostat à l ordinateur climatique. Vincent Aubret Hortimax

La société méconnaît les modes d élevage des animaux de rente et oppose souvent

INSTITUT MARITIME DE PREVENTION. For improvement in health and security at work. Created in 1992 Under the aegis of State and the ENIM

Surveillance des toxi-infections alimentaires collectives

Produire avec de l'herbe Du sol à l'animal

Interest Rate for Customs Purposes Regulations. Règlement sur le taux d intérêt aux fins des douanes CONSOLIDATION CODIFICATION

Efficacité relative et coût de différents procédés de nettoyage-désinfection en élevage porcin

L intérêt technico-économique. avec simulations à l'appui

d importantes quantités de CO,. Summary. Influence of diet on respiratory quotients and fat deposition in growing pigs.

Le bien-être animal en action : programme canadien d assurance qualité à la ferme

Évaluation du coût de la gestion des effluents dans différents types d exploitations porcines

Thermostate, Type KP. Fiche technique MAKING MODERN LIVING POSSIBLE

Chaudières et chaufferies fioul basse température. Olio 1500, 2500, 3500, 4500, 7000

Le bien-être animal : fiction ou réalité?

Marc VARCHAVSKY Conseil National CER FRANCE Olivier BOUCHONNEAU Président de CER FRANCE 49

Le No.1 de l économie d énergie pour patinoires.

Evaluation de cépages résistants ou tolérants aux principales maladies cryptogamiques de la vigne

Face Recognition Performance: Man vs. Machine

RÉSULTATS DE L OBSERVATOIRE TECHNICO-ÉCONOMIQUE DU RAD Synthèse Exercice comptable 2010

Modifications apportées au cahier des charges «VBF»

Etude, par simulations, de l intérêt d une sélection génomique dans une population porcine de type mâle

SYNOPTIQUE GTB Architecture Générale

Références technico-économiques Palmipèdes gras. Année 2011

Note technique. Consommation électrique d'un poêle à granulés à émission directe

ACTION N 1 Réseau d élevages bovins laitiers en Agrobiologie

Indicateurs Normes Codes de conduite. Françoise Berthoud Grenoble, 12 juin 2012

Mode de calcul des critères GTE-TB

Mise à jour des paramètres relatifs à l estimation des Besoins énergétiques minimums

Régionalisation des régimes de perturbations et implications pour l aménagement dans un contexte de changement climatique

ÉVOLUTION DE L'ACCIDENTALITÉ ROUTIÈRE DANS LE DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-VIENNE Valeurs cumulées sur les 12 derniers mois avec courbe de tendance

Auriol : le service public de la Restauration scolaire

Cancer bronchique primitif: données épidémiologiques récentes

Mots clés : ergonomie participative, conduite de projets, différences inter-usines

4. Résultats et discussion

Analyse des mesures anthropométriques et de la composition corporelle des cégépiens et des cégépiennes

Impact des pratiques alimentaires de fin de gestation sur la lactation publié dans L'égide n 15, 1999

DATA CENTER. Règles d'ingénierie du Data Center DATA CENTER

Test de terrain ou test de laboratoire pour la performance en endurance?

JB-Box : le nouvel outil web de simulation des performances des jeunes bovins en engraissement

ALFÉA HYBRID DUO FIOUL BAS NOX

pouchard tubes pouchard tubes C A T A L O G U E G E N E R A L Pouchard Tubes Pantin Pouchard Tubes Lyon Pouchard Tubes Nantes PANTIN

LES RENDEZ-VOUS DE L INRA CONFÉRENCES NOUVELLES TECHNOLOGIES : enjeux et impacts sur le travail des éleveurs

RÉSUMÉ DE THÈSE. L implantation des systèmes d'information (SI) organisationnels demeure une tâche difficile

Produire des veaux bio de qualité

DECiDE, un outil pour évaluer les émissions de gaz à effet de serre (GES) et les consommations énergétiques des exploitations agricoles wallonnes

Système d énergie solaire et de gain énergétique

Les élevages porcins de demain vus par les acteurs de terrain

Modèle de budget mensuel

Annales du Contrôle National de Qualité des Analyses de Biologie Médicale

Pour une meilleure santé

Neurologiques gq Centrales EMPR LE NORMANDY GRANVILLE

InfraLab. Analyseur de Viande. Production. Assurance Qualité. Laboratoire. Contrôle Qualité. The Measure of Quality

Secteur de la construction au Canada

1,2,3 SOLEIL EN AVANT PREMIERE

Estimations définitives des prix pour les bobines d acier laminé à chaud européens, reconnues par le secteur

Le chauffe-eau à pompe à chaleur: fiche technique à l intention des installateurs

Un expérience pluridisciplinaire de l intensification écologique en Agriculture Familiale

Contrôlez vos PNEUS 1

TECHNIQUE DU FROID ET DU CONDITIONNEMENT DE L AIR. confort = équilibre entre l'homme et l'ambiance

Maîtrise des phases critiques en élevage porcin : Comment améliorer la santé digestive du porcelet?

Amanlis le 10 mai 2014 AUDIT THERMIQUE EHPAD LANGOURLA

Economies d énergies dans le milieu SANITAIRE Jeudi 31 mai Mai 2012

PLAN DE CONTRÔLE VIANDE BOVINE ET ABATS DE RACE BLONDE D AQUITAINE LA/17/91

22/12/11. Plan de la présentation

Archived Content. Contenu archivé

Architecture de la Gestion du Technique du Bâtiment.

CAPRINS LAITIERS + BOVINS VIANDE ENSILAGE DE MAÏS

Objectifs présentés. Discussion générale

CHIFFRES CLÉS. IMport

L équilibre offre-demande d électricité en France pour l été 2015

L obésité et le diabète de type 2 en France : un défi pour la prochaine décennie. DANIEL RIGAUD CHU de Dijon

CROPSAV POITOU-CHARENTES. Section spécialisée domaine vétérinaire Tuberculose bovine

Stratégie DataCenters Société Générale Enjeux, objectifs et rôle d un partenaire comme Data4

Résidence des Badinières

Fish Pool. French ABC

LES CONTRATS EN AVICULTURE. Comité Volailles FranceAgriMer, 31 janvier

Mesurage de la qualité acoustique de revêtements. acoustique de revêtements

Monitoring des classes de neige des calottes polaires par Envisat

1. L'été le plus chaud que la France ait connu ces cinquante dernières années.

Validation et gestion d unités protégées en élevage porcin

Modifications apportées au cahier des charges «VBF sur plats cuisinés»

(51) Int Cl.: B23P 19/00 ( ) B23P 19/04 ( ) F01L 1/053 ( )

Transcription:

1998. Journées Rech. Porcine en France, 30, 37-41. Influence des conditions d élevage sur les performances de croissance du porc et la qualité des viandes 1. Effet sur les performances zootechniques et la qualité de carcasse P. MASSABIE (1), R. GRANIER (1), J. LE DIVIDICH (2), P. CHEVILLON (3), M. BOUYSSIÈRE (4), Bénédicte LEBRET (2), M. LE DENMAT (3) (1) I.T.P., Station Expérimentale - Les Cabrières, 12200 Villefranche de Rouergue (2) I.N.R.A., Station de Recherches Porcines - 35590 Saint-Gilles (3) I.T.P. - La Motte au Vicomte, BP3, 35651 Le Rheu Cedex (4) I.T.P. - 34, Boulevard de la Gare, 31500 Toulouse Influence des conditions d élevage sur les performances de croissance du porc et la qualité des viandes. 1. Effet sur les performances zootechniques et la qualité de carcasse Deux cent quarante porcs ont été mis en expérimentation pour étudier l effet du mode de logement, de la température ambiante et du niveau alimentaire sur les performances du porc à l engrais ainsi que sur les caractéristiques de la carcasse. Vingt quatre mâles castrés et 24 femelles ont été affectés à chacun des 5 lots. Trois sont élevés en bâtiment fermé (Caillebotis intégral), à température ambiante fixe (17 C, 2 lots; 24 C, 1 lot) et 2 en cabanes semi plein air (lot hiver, lot été). Les animaux sont nourris à volonté à l exception d un lot en bâtiment fermé à 17 C qui a suivi un plan de rationnement sur la consommation du lot à 24 C. En bâtiment fermé, en alimentation à volonté, la croissance est augmentée de 5 % entre 24 et 17 C (P < 0.001), alors que les indices de consommation (I.C.) sont proches (2,56 vs 2,60). Mais, en alimentation égalisée, le gain de poids est réduit de 7% à 17 C relativement à 24 C et l I.C. est accru de près de 8 % (P < 0.01). En semi plein air, le gain de poids et la consommation d aliment sont plus élevés en hiver (P < 0.01), l I.C. étant aussi plus élevé qu en été. À même niveau alimentaire (bâtiment fermé, 17 C; semi plein air, hiver), le gain de poids est plus faible (P < 0.001) et l I.C. plus élevé en semi plein air. Le rendement carcasse est plus élevé à température élevée. Il n y a pas eu d effet de la température ou du mode d élevage sur le taux de muscle. Cependant, la restriction alimentaire à 17 C s est traduite par une diminution des tissus gras. Influence of housing conditions on performance and meat quality in pigs. 1. Growth performance and carcass composition An experiment involving a total of 240 pigs was conducted to determine the effects of housing conditions, ambient temperature and feeding level on growth performance and carcass composition of finishing pigs. Twenty-four castrated males and twenty-four females were allocated to one of five groups. Three groups were reared in an environmentally controlled building on a slatted floor at an ambient temperature of 17 C (two groups) and 24 C (one group). The other two groups were reared in an open fronted building (semi-outdoor housing) to assess the effect of season (winter vs summer). All the animals were fed ad libitum except for the group reared at 17 C in an environmentally controlled building, these animals were pair-fed with the group at 24 C. Indoor ad libitum fed pigs grew faster (+5 % ; P < 0.001) at 17 C than at 24 C, whereas feed conversion ratio (FCR) was similar (2.56 vs 2.60). However, at a similar feeding level, growth rate was reduced by 7 % whereas FCR was increased by 8% (P < 0.01) at 17 C compared to 24 C. Semi-outdoor housing resulted in higher (P < 0.01) growth rates (+ 8 %), feed intake (+ 14 %) and FCR (+ 7 %) in the winter than in the summer. Furthermore, for a similar level of feed intake, growth rate was lower (P < 0.001) and FCR was higher (P < 0.01) in semi-outdoor reared pigs (winter) compared to pigs from a controlled environment (17 C). Carcass yield was higher at high ambient temperature. However, muscle percentage was not affected by treatment. Reducing the feed intake of pigs reared at 17 C resulted in leaner carcasses.

38 INTRODUCTION Par souci de diversification des systèmes de production, de réduction des investissements, mais aussi de développement d une certaine image de la production porcine vis à vis du consommateur, des organisations économiques mettent en place des unités d engraissement en semi plein air. Ces animaux sont essentiellement destinés à la transformation en charcuterie sèche. L un des principaux facteurs limitants de ce type d élevage est la qualité de l environnement thermique proposé à l animal. Divers travaux (LEFAUCHEUR et al., 1991; RINALDO et LE DIVIDICH, 1991; LEBRET et al.; MASSABIE et al, 1996) ont en effet montré que la température ambiante a un effet marqué sur les performances de croissance et la qualité de la viande. Cependant, l incidence de ce mode d élevage en semi plein air, où les animaux subissent les variations climatiques du milieu extérieur, sur les performances et la composition corporelle est mal connu. Une étude a donc été entreprise afin de comparer les performances et la qualité de la viande des animaux élevés en semi plein air à celles obtenues en bâtiment fermé. Dans cette première partie, nous présentons les résultats concernant les performances zootechniques des animaux ainsi que les caractéristiques de la carcasse. Les aspects qualité, caractéristiques histologiques et aptitude à la transformation en salaison sèche seront développés dans une deuxième partie. 1. MATÉRIEL ET MÉTHODE Pour préciser l effet de la température ambiante sur les performances de croissance et la composition corporelle l essai en bâtiment fermé est conduit à 24 et 17 C, 24 étant le niveau préconisé en élevage. Parallèlement, en semi plein air on effectue une répétition d hiver et une autre d été. Tous les animaux sont nourris à volonté. Toutefois, en bâtiment fermé, un lot à 17 C est rationné sur la base de l à volonté à 24 C, afin d évaluer l effet propre de la température indépendamment du niveau alimentaire. 1.1. Bâtiment et équipements Les expérimentations ont eu lieu à la Station expérimentale de l Institut Technique du Porc à Villefranche de Rouergue. L essai en bâtiment fermé est conduit dans la porcherie BIO- CLIM. En bref, le bâtiment sur caillebotis intégral est divisé en modules identiques de 8 cases de 6 porcs. Les paramètres climatiques fixés (température, hygrométrie, taux de renouvellement de l air) sont maintenus constants de façon indépendante pour chaque module. L essai en logement semi plein air est mené en cabanes isolées avec courette extérieure, chaque case recevant 12 porcs. Pour l essai en bâtiment fermé et la répétition d hiver en semi plein air, l expérimentation a eu lieu entre octobre 1995 et janvier 1996. La répétition d hiver en semi plein air s est déroulée de mai à août 1996. 1.2. Schéma expérimental Deux cent quarante porcelets, issus d une même unité de naissage, ont été mis en lots à l issu du post-sevrage. Ils sont répartis en 5 lots de 48 animaux (24 mâles castrés et 24 femelles) selon le schéma expérimental présenté dans le tableau 1. Un aliment, sous forme granulée, est distribué aux animaux. Il est formulé pour contenir 2300 Kcal EN, 18,0 % M.A.T. et 4,39 g de lysine pour 1000 Kcal EN. 1.3. Variables mesurées Sur l ambiance : la température et l hygrométrie sont enregistrées en continu en bâtiment fermé par l intermédiaire du logiciel de supervision utilisé pour la régulation de l installation de climatisation. Les minima et maxima de température sont relevés quotidiennement à l intérieur d une cabane pour les porcs en semi plein air. Sur les animaux : des pesées individuelles sont effectuées à l entrée en engraissement, puis tous les 14 jours ainsi qu au départ à l abattoir. Les quantités d aliment distribuées sont enregistrées avec un bilan des consommations par semaine. Sur les carcasses : à l abattoir, le poids de la carcasse chaude avec tête et le pourcentage de muscle (F.O.M.) sont relevés. De plus, 24 heures après abattage, les mesures suivantes sont réalisées : pesée des pannes, des bardières et du jambon, épaisseur de lard. Tableau 1 - Schéma expérimental Température ou saison 17 C 17 C 24 C Hiver Eté Effectif d animaux (1) 48 48 48 48 48 (1) Soit par traitement, 8 cases de 6 animaux chacune, en bâtiment fermé et 4 cases de 12 animaux en semi plein air

39 2. RÉSULTATS 2.1. Paramètres climatiques En bâtiment fermé, les conditions d ambiance sont conformes au protocole (tableau 2 ). Les animaux ont été placés à des températures constantes de 17 ou 24 C. En semi plein air, les fluctuations de température sont importantes, de l ordre de 6 C en hiver et plus de 10 C en été entre les moyennes des minima et des maxima. En considérant que la température moyenne puisse être estimée par la formule suivante : (mini+maxi)/2, la valeur obtenue pour la répétition effectuée en hiver serait proche du traitement 17 C, mais avec une amplitude importante (figure 1). Pour la répétition d été, la température moyenne estimée est égale à 26 C avec de fortes variations (figure 2). Tableau 2 - Résultats climatiques Température ou saison 17 C 17 C 24 C Hiver Eté Température moyenne ( C) 17,0 16,6 24,4 18,3 * 26,0 * Écart type 1,30 0,94 0,36 Moyenne mini 15,3 20,7 Moyenne maxi 21,5 31,3 * Estimation : moyenne = (mini+maxi)/2 Temprature ( C) 30 25 20 15 10 Figure 1 - Évolution de la température estimée pour le semi plein air d hiver Temp. estime Moyenne 5 8-oct 28-oct 17-nov 7-dc 27-dc 16-jan 5-fv Temprature ( C) 35 30 25 20 Figure 2 - Évolution de la température estimée pour le semi plein air d été 15 Temp. estime Moyenne 10 25-avr 15-mai 4-jun 24-jun 14-jul 3-ao 23-ao 2.2. Performances zootechniques Sur l ensemble de la période d engraissement de 25 à 109 kg, les meilleures performances de croissance sont réalisées en bâtiment fermé par les animaux placés à 17 C et nourris à volonté, tandis que le gain de poids le plus faible est obtenu en été, en semi plein air (tableau 3). En bâtiment fermé, les animaux nourris à volonté ont une vitesse de croissance plus élevée de 50 g/j (P < 0,001) à 17 C. Mais à même niveau alimentaire, le gain de poids est plus faible à 17 qu à 24 C (D = 62 g/j, P < 0,001). En semi plein air, la saison a un effet marqué sur la croissance des animaux. Ainsi, le gain de poids est d environ 9 % supérieur (P < 0,001) en hiver relativement à l été. Tableau 3 - Influence du mode d élevage, de la tempéraure et de la saison sur les performances de croissance Température ou saison 17 C 17 C 24 C Hiver Été Signification statistique Poids début (kg) 25,7 a 25,5 a 25,6 a 25,6 a 23,7 b * Poids fin (kg) 111,0 a 107,1 c 109,3 b 109,2 b 106,7 c * GMQ 25-105 kg (g/j) 912 a 801 c 863 b 835 b 766 d * I.C. (kg/kg) 2,60 b 2,77 a 2,56 b 2,82 a 2,63 b * Consommation (kg/j) 2,38 a 2,19 ab 2,19 ab 2,36 a 2,06 b * * 2 valeurs d une même ligne n ayant pas de lettre en commun sont différentes au seuil 5 %

40 La consommation d aliment augmente, en bâtiment fermé, avec l abaissement de la température ambiante (+ 190 g/j). De même, en semi plein air l ingéré alimentaire est plus élevé en hiver (+ 300 g/j ). L indice de consommation n est pas significativement différent pour les animaux nourris à volonté, en bâtiment fermé. En revanche, en alimentation égalisée, il est plus élevé de 8,2 % (P < 0,001) à 17 C. Par ailleurs, pour les porcs logés en semi plein air, l indice de consommation est meilleur en été. Enfin, il est remarquable que malgré une température ambiante moyenne (17-18 C) et une consommation d aliment très proches, le gain de poids des animaux en bâtiment fermé est plus élevé que celui obtenu en semi plein air, en hiver (912 vs 835 g/j). Dans le même temps, l indice est meilleur en bâtiment fermé (2,60 vs 2,82, P < 0,001). 2.3. Qualité de carcasse Les résultats sont présentés dans le tableau 4. Le rendement froid est supérieur pour les femelles. De plus, il est meilleur pour les températures élevées (24 C en bâtiment fermé, en été pour le semi plein air). Les pourcentages de muscle ne sont pas différents entre traitements. Les valeurs obtenues sont élevées avec près de 57 % pour les castrats et un taux voisin de 59 % pour les femelles. En bâtiment fermé, la température ambiante n a pas d effet sur la composition corporelle des animaux nourris à volonté. Mais, à même niveau alimentaire, le poids de panne et de bardière et à un degré moindre, l épaisseur de lard dorsal sont plus faibles à 17 qu à 24 C. Par ailleurs, en semi plein air, la saison modifie sensiblement l état d engraissement des animaux, l épaisseur de lard (X4) étant, en particulier, plus faible en hiver qu en été. La comparaison entre bâtiment fermé et semi plein air, indique qu à niveau alimentaire et température ambiante voisins, les animaux présentent une même composition corporelle. Enfin, indépendamment du traitement, les femelles sont plus maigres que les mâles castrés. De plus, nous ne montrons pas d influence de la température ambiante sur le poids du jambon. Les femelles présentent une valeur significativement plus élevée de 0,2 kg. Tableau 4 - Influence du mode d élevage, de la tempéraure et de la saison sur la qualité de carcasse Sign. Stat. Mâles Femelles Temp. ou saison 17 C 17 C 24 C Hiver Eté castrés Trait. Sexe Rendement (%) 78,2 bc 77,8 c 78,7 b 77,9 bc 79,4 a 78,2 b 78,6 a * * Muscle (%) 57,4 58,1 57,5 58,1 57,5 56,6 b 58,8 a - * X4 (mm) 13,6 ab 12,3 b 13,4 ab 12,3 b 14,0 a 14,5 a 11,7 b * * Poids panne (kg) 0,95 a 0,76 b 0,90 a 0,86 ab 0,91 a 0,96 a 0,79 b * * Poids bardière (kg) 4,29 a 3,71 b 4,28 a 4,05 ab 3,77 b 4,48 a 3,57 b * * Poids jambon (kg) 11,0 10,8 10,8 10,9 10,8 10,8 b 11,0 a - * Ép. lard jambon (mm) 13,0 12,2 11,3 12,0 10,9 13,2 a 10,6 b - * * 2 valeurs d une même ligne n ayant pas de lettre en commun sont différentes au seuil 5 % 3. DISCUSSION 3.1. Performances zootechniques Pour les animaux en bâtiment fermé, alimentés à volonté, les croissances sont plus élevées à 17 qu à 24 C. Ces résultats sont en accord avec ceux généralement cités (NICHOLS et al, 1983; NIENABER et HAHN, 1983; LE DIVIDICH et al, 1985). De plus, les performances observées à 17 et 24 C sont très proches de celles rapportées lors d un précédent essai (MASSABIE et al., 1996). Cette amélioration du gain de poids est liée à l augmentation de la consommation spontanée d aliment (+ 190 g/j, en moyenne). La stimulation de l appétit, à 17 C, a donc eu un effet bénéfique sur la croissance sans pour autant affecter l indice de consommation contrairement aux données antérieures. Le fort potentiel de dépôt musculaire des animaux utilisés dans cet essai peut expliquer, en partie, la différence très faible observée entre 17 et 24 C. En alimentation égalisée, le gain de poids diminue avec la température ambiante. Cet abaissement est de 9 g/j/ C entre 17 et 24 C, valeur proche de celle rapportée par RINALDO et LE DIVIDICH en 1991 (11 g/j/ C) pour le porc en croissance entre 18 et 25 C. Parallèlement, l indice s accroît de 0,21 (0,03/ C). L effet de la réduction de la température ambiante de 24 à 17 C, qui ne se manifeste sur l indice de consommation, qu à même niveau alimentaire suggère qu en à volonté, l augmentation de la consommation spontanée s est accompagnée d une réduction de la température critique inférieure des animaux. En semi plein air, les animaux subissent et s adaptent aux variations climatiques du milieu extérieur, notamment en modifiant leur niveau d ingestion. Ainsi, en été, la consommation d aliment est inférieure, en moyenne, de 130 g/j par rapport à celle obtenue à 24 C en bâtiment fermé. Ceci équivaudrait, d après les données de la bibliographie (LE DIVIDICH et RINALDO, 1989; MASSABIE et al, 1996) à

41 une élévation de la température de 3 C, valeur proche de celle estimée (27 vs 26 C) et suggère, en accord avec MOR- RISON et al. (1975); DESHAZER et FEDDES (1986) que la consommation d aliment est liée à la température moyenne journalière, qu elle soit constante ou cyclique. Quoi qu il en soit, cette réduction de l ingéré en période chaude provoque une réduction du gain de poids (-70 g/j, relativement à l hiver) malgré un meilleur indice de consommation. De plus, pour des conditions de température et un niveau alimentaire proches, l élevage en semi plein air conduit en période hivernale à une augmentation des dépenses alimentaires. Ceci s explique peut être par une activité physique plus importante en semi plein air (la surface disponible par animal est doublée par rapport au bâtiment fermé) et surtout par l effet néfaste des variations nycthémérales de température sur les performances. En effet, selon BRESK et STOLPE (1980) des variations de ± 5 C sont acceptables pour des animaux élevés en groupe en période de finition, mais des variations supérieures à ± 8 C seraient préjudiciables NIE- NABER et al (1986). 3.2. Qualité de carcasse Il apparaît un effet traitement sur le rendement carcasse. Les animaux placés dans les conditions de température élevée (24 C en bâtiment fermé, en été pour le semi plein air) ont un rendement amélioré par rapport aux porcs logés à température plus froide. Ces résultats rejoignent ceux de LE FAUCHEUR et al. (1991) qui notaient une réduction du poids des organes (foie, coeur, tube digestif) avec pour conséquence une augmentation du rendement en carcasse. Lorsque l aliment est distribué à volonté, il n y a pas d effet de la température sur l état d engraissement en accord avec les travaux de LE DIVIDICH et al. (1987) et LE FAUCHEUR et al. (1991). De même, comme ces auteurs, nous ne montrons pas d influence de la température ambiante sur le poids du jambon. Nous observons, pour un même niveau alimentaire, une réduction de l état d engraissement lorsque la température ambiante diminue, résultats en accord avec ceux publiés par LE DIVIDICH et al (1985) ou VERSTEGEN et al (1985). L augmentation du poids des pannes et de la bardière sont respectivement de 18 et 15 %, valeurs proches de celles obtenues par LE DIVIDICH et al. en 1985. Enfin, relativement au bâtiment à ambiance contrôlée, l élevage en semi plein air n a pas d effet spécifique sur la composition corporelle dans la mesure où le niveau alimentaire et la température ambiante moyenne ne sont pas différents. CONCLUSION Les résultats de notre étude mettent en évidence deux conclusions importantes. Tout d abord, en bâtiment à ambiance contrôlée, l indice de consommation et la composition corporelle à 17 et 24 C sont semblables en conditions d alimentation à volonté, mais le gain de poids est plus élevé à 17 C rejoignant ainsi nos conclusions récentes (MASSABIE et al., 1998). Deuxièmement, l élevage en semi plein air affecte les performances de croissance en conditions climatiques extrêmes (hiver, été) : diminution du gain de poids et augmentation du coût alimentaire en hiver; diminution de la consommation spontanée et de la croissance en été. D autre part, si ces animaux ne sont pas alimentés à volonté, l augmentation de l indice de consommation sera vraisemblablement plus importante en conditions froides. Cependant, les effets sur la qualité de carcasse sont assez limités. Nos résultats apportent les premiers éléments d information sur les performances zootechniques des porcs dans un système d élevage alternatif. Il est cependant difficile d extrapoler ces résultats à d autres types de logement à coût réduit, ainsi que pour l engraissement en plein air total. Seuls, d autres essais, associant les saisons intermédiaires, pourront permettre d aller plus loin sur l obtention de références en conditions de logement à faible investissement ou présentant un intérêt dans le cadre d une production de type label. Par ailleurs, ceci renforce l intérêt d études sur les variations nycthémérales de température. REMERCIEMENTS Les auteurs remercient l ANDA et le Ministère de l Agriculture, de la Pêche et de l Alimentation (DPE) pour leur participation financière à cette étude réalisée dans le cadre du programme «Agriculture demain». RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES BRESK B., STOLPE J., 1980, Arch. Tierenäh., 30, 759-769. DESHAZER S.R., FEIS J.J.R., 1986, CIGR, 99-101. LEBRET B., LEFAUCHEUR L., MOUROT J., BONNEAU M., 1996, Journ. Rech. Porc. en France, 28, 137-156. LE DIVIDICH J., DESMOULIN B., DOURMAD J.Y., 1985, Journ. Rech. Porc. en France, 17,275-282. LE DIVIDICH J., NOBLET J., BIKAWA T., 1987, Liv. Prod. Sc., 235-246. LE DIVIDICH J., RINALDO D., 1989, Journ. Rech. Porc. en France, 21, 219-230. LEFAUCHEUR L., LE DIVIDICH J., MOUROT J., MONIN G., ECOLAN P., KRAUSS D., 1991, J. Anim. Sci., 69, 2844-2854. MASSABIE P., GRANIER R., LE DIVIDICH J., 1996, Journ. Rech. Porc. en France, 28, 189-194. MASSABIE P., GRANIER R., LE DIVIDICH J., 1998, Journ. Rech. Porc. en France, 30, 325-329. MORRISON S.R., HEITMAN H. jr, GIVENS R.L., 1975, Anim. Prod., 20, 287-291. NICHOLS D.A., AMES D.R., HINES R.H., 1983, 2nd Int. Liv. Env. Symp., 376-379. NIENABER J.A., LE ROY HAHN G.L., 1983, MCR, 83-137. NIENABER J.A., LE ROY HAHN G.L., KLEMCKE H.G., BECKER B.A., BLECHA F., 1986, ASAE paper, 86,4026. RINALDO D., LE DIVIDICH J., 1991, INRA Prod. Anim., 4(1), 57-65. VERSTEGEN M.W.A., BRANDSMA H.A., MATEMAN G., 1985, Neth. j. Agric. Sc., 33, 1-15.