COACHING D EQUIPE et CULTURE D ENTREPRISE



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Transcription:

COACHING D EQUIPE et CULTURE D ENTREPRISE Le concept de culture d entreprise est à ce jour une notion utilisée de façon assez large. Indifféremment, de nombreuses personnes et organisations y font référence pour valoriser une qualité collective qu ils s attribuent. Superficiellement, il s agit souvent de décrire un type de comportement général qui est relax ou formel, le mode de communication privilégié qui est oral ou écrit, le type de relation qui est hiérarchique, paritaire ou en réseau, le processus de décision qui est centralisé, consensuel ou délégué. Ces quelques descriptifs comportementaux ne s inscrivent pas plus dans une cohérence d ensemble qu ils ne reposent sur une étude approfondie de la culture de l entreprise en question. Il est à envisager d ailleurs que les personnes les moins aptes à réellement définir une culture sont les membres du système social qui la véhicule. Il est si peu aisé de comprendre réellement un ensemble dont nous faisons partie, qui lui-même nous comprend. Le concept de culture d entreprise sert quelquefois aussi à positionner une image de marque véhiculée par l agencement et la décoration des «espaces-bureaux», le code vestimentaire, le style de direction, la relation client, l engagement écologique ou humanitaire, la dimension multiculturelle, la politique sociale, etc. Au-delà de ces vignettes partielles voire partiales, il nous semble utile de formaliser la réflexion sur les cultures d entreprises. Dans un premier temps et pour l exemple nous réduisons l étendue du champ d observation, limitant nos observations au périmètre d un ensemble plus restreint, celui d une équipe. Nous observons dans notre pratique que cette réduction n est pas restrictive : nous avons souvent remarqué une correspondance importante entre la culture d une équipe de direction et la culture de l organisation que celle-ci dirige. Nous constatons qu un des facteurs déterminants du profil «culturel» d une équipe est la présence majoritaire d un même type de personnalité parmi ses membres, surtout si ce «profil majoritaire» est soutenu par celui du leader ou patron et confirmé par l historique de l équipe. Cette concentration d un même profil psychologique influent dans le temps impose à la minorité ses croyances fondamentales, un style d action et de communication, un mode opératoire, et in fine, une culture collective. Bien souvent, ce processus de «noyautage culturel» par un type de personnalité est aussi peu conscient dans une organisation qu il y est répandu. Il en résulte, au sein d une équipe typique, un ensemble de croyances fondamentales et de comportements à la fois cohérents, dynamiques et restrictifs sur lesquels reposent le potentiel et les limites opérationnelles du système collectif. Heureusement, l étude et la compréhension de la culture d une équipe peuvent servir à mieux capitaliser sur son potentiel existant, voire de le développer, mais nous anticipons. Page 1

LES PROFILS Pour avancer notre réflexion sur le développement du potentiel culturel d une équipe proposons d abord une typologie simple : soumettons quatre tableaux représentatifs de quatre cultures d équipes clairement différenciées. La première, la culture la plus «directive» ou traditionnelle repose sur la présence imposante de plusieurs membres plutôt introvertis et solitaires. Le mode comportemental y est formel, la relation hiérarchique. Le travail y est individuel, silencieux, concentré et les procédures bien définies. L équipe est centrée sur l assurance de la qualité technique du produit, la production règne et le marketing est restreint. Sauf «grand-messes» occasionnelles, les réunions d équipe y sont limitées, chacun préférant aborder ses préoccupations en tête-àtête confidentiel avec le patron. Ce modèle d équipe correspond aux entreprises hautement spécialisées sur des créneaux élitistes ou très restreints. La seconde est une culture plus «informative» qui repose sur la présence de nombreux experts technocratiques et compétitifs sinon défensifs. Les échanges informatifs sont souvent dans l argumentation et le travail centré sur le contrôle et le suivi des processus d information, des finances, des agendas et du temps, du marché et du personnel. Les relations sont régies par la nécessité de bien recueillir, échanger, analyser et diffuser l information et les décisions surtout financières. Les réunions sont pléthoriques et dominées par la présentation en série de «slides» ou par un show en «power-point» détaillant une surinformation. L objectif de chacun est de présenter à tour de rôle une expertise personnelle sans faille pour emporter la décision. Ce modèle d équipe correspond aux personnes et entreprises obsédées par la croissance, la compétition et l augmentation de ses parts de pouvoir et de marché. La troisième, la culture la plus «participative» ou relationnelle repose sur la présence influente d extravertis empathiques, chaleureux et communicants. Le travail y est plus souvent collectif. Les préoccupations sont sociales et quelquefois «politiques» centrées sur l échange et la négociation entre personnes représentantes de «clans» plus ou moins officiels et influents. Les relations y sont régies par l appartenance à différents réseaux historiques coexistant au sein d équilibres subtils mais déterminants dans la gestion de carrière de chaque individu. Ce modèle correspond aux entreprises qui soignent leur image publique «séduisante» et qui véhiculent par leur marketing un idéal humaniste ou sociétal. La quatrième culture est la plus «délégatrice» ou réactive et repose sur la présence dynamique de plusieurs hommes et femmes de terrain et d action, bouillonnants, créatifs et adaptables, fonctionnant constamment comme des entrepreneurs-baroudeurs à la recherche de résultats immédiats. Leurs délais sont courts et le long terme inexistant. Le travail s y effectue dans l urgence, les horaires sont extensibles, et le personnel très personnellement engagé, intéressé aux résultats. Le management par crises successives oblige à une remise en question constante des décisions, de la stratégie, du produit et du périmètre de Page 2

l organisation. Ce modèle de lutte continuelle pour la survie correspond aux entreprises en réseau et en expansion fulgurante sinon explosive, dont le modèle actuel est la «start-up». S il est dominant au niveau d un comité de direction, chacune de ces quatre cultures d équipe peut avoir une influence déterminante sur l organisation qu elle dirige. Peu à peu, les croyances fondamentales, le style de communication, les modes opératoires, l ensemble des processus interactifs se déclinent dans l organisation subalterne et vont jusqu à influencer l interface de l organisation tout entière avec ses fournisseurs, ses clients, ses partenaires sociaux, son marché. Il s agit presque du modèle d un «noyau» dirigeant, muni d un A.D.N. dynamique qui modélise et structure par ses interactions l ensemble du corps social qu il dirige. Il se peut aussi que deux profils dominants au sein d une équipe dirigeante marquent de leur empreinte une polarité complémentaire ou contradictoire dans le reste de l entreprise. Quelques exemples de fusions ratées entre deux systèmes culturels dominants perçus comme contradictoires illustrent qu il n est pas toujours aisé pour une culture collective de s ouvrir à la complémentarité, ou à sa propre évolution. Comment en effet, envisager qu une équipe qui manifeste une culture réseau (de type «quatre» ci-dessus) entreprenante et réactive, habituée à survivre par une créativité discontinue et tous azimuts, puisse se structurer de façon programmée et s inscrire dans le moyen et le long terme d un temps presque linéaire. Elle en a pourtant besoin. Comment faire aussi, pour accompagner le changement dans une équipe dont les membres sont imprégnés d un passé historique important et dont l appartenance à des réseaux d influence a permis la réussite, illustrée par le développement rapide de leurs propres carrières (style trois ci-dessus). Il y a fort à parier que leur besoin principal se situe dans l application rigoureuse et de façon impartiale d un minimum de règles et de procédures dans le respect d une éthique irréprochable. Nous avons constaté que sous pression, une équipe qui n a pas conscience de sa culture risque souvent d en accentuer les travers. Une équipe d experts en difficulté (de type deux ci-dessus) n aura de cesse de tenter de mieux contrôler leur temps, leurs dépenses, leur personnel, leur environnement, voire de se limiter les uns-les autres jusqu à tuer dans l œuf toute possibilité d initiative. Le contrôle devient une fin en soi. De même qu une équipe institutionnelle et traditionnelle sous pression (du type un ci-dessus) trouvera très difficilement les moyens internes de se ressaisir à temps si l environnement change trop rapidement. Or typiquement, ils ne savent pas chercher et engager les ressources externes nécessaires à leur survie, pour accepter et mettre en oeuvre leur apport. DEVELOPPER LE POTENTIEL CULTUREL Page 3

La connaissance de sa propre culture par une équipe permet un constat pratique de ses forces et de ses faiblesses collectives. Par la suite, elle facilite le développement de sa richesse propre. De la même façon qu un manager peut faire l inventaire de ses forces et faiblesses afin de faire évoluer son style de direction, une équipe peut préciser les qualités et limites de sa culture afin de capitaliser sur son potentiel, afin développer sa capacité culturelle voire interculturelle. Or l enjeu est important. La culture d une équipe est déterminante dans le développement du potentiel de ses membres. Le système collectif est plus fort que l individu, quel que soit son pouvoir personnel. Pour preuve, dans beaucoup d entreprises, des milliers d heures de formations individuelles n ont pas pour autant fait évoluer les ensembles. Tout au plus cette formation individuelle ne sert qu à accentuer les frustrations personnelles par rapport au système qui lui ne bouge pas, ou trop peu. Le système collectif, lui, a toujours su transformer l individu. Détachez un élément positif au sein d une équipe dysfonctionelle et il fera rapidement partie intégrante du problème collectif. Il s adapte à son environnement culturel qui est bien plus influent. De même, transférez un élément «moyen» dans une équipe performante, et il participera rapidement à son évolution vers le haut. L individu est malléable et survit en se fondant au contexte culturel actif véhiculé par l environnement collectif immédiat. La proposition suppose aussi que lorsqu une culture évolue, elle provoque voire oblige l évolution de chacun de ses membres. Un collectif performant aspire vers le haut chacun des individus qui le constitue. Une culture collective dynamique stimule la performance des personnes qui en font partie. Une culture d entreprise en mutation entraîne voire oblige l adaptation individuelle de chacun de ses salariés. L étude des cultures d équipe et d entreprises ne s arrête pas au descriptif exotique de tel ou tel ensemble cohérent présentant telles qualités et tels défauts. Au-delà du constat, la question est comment provoquer et accompagner l évolution culturelle d un système? Comment faciliter la fusion créative et positive de cultures complémentaires? Comment se servir de nos systèmes collectifs pour stimuler l évolution personnelle, plutôt qu attendre des individus qu ils s usent à faire évoluer les cultures qui les comprennent. Pour nous, la réponse se situe bien évidemment dans l acte de coaching d équipe. Le travail collectif d un comité de direction sur sa culture est prioritaire. Ce travail s effectue avec tous les membres de l équipe et reste centré sur les processus de direction plutôt que sur les contenus. Ce travail englobe la prise de conscience et le développement de la culture managérielle active et concerne ses croyances fondamentales comme tous ses comportements perceptibles et modes opératoires. Cela peut concerner la définition de ses règles du jeu, de ses processus de décisions, de ses rythmes et processus de réunions, de son ambition et de sa stratégie comme de ses procédures. Cela constitue une excellente base de départ. Elle est indispensable quand il s agit pour cette équipe de direction de gouverner une organisation en «connaissance de cause», afin d en assurer les effets. Page 4

Alain Cardon, Adaptation d un article paru dan «LesEchos». Page 5