Sécurité en exploitation forestière : quels enseignements tirer de l analyse des accidents?



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INFORMATIONS - FORÊT N 2-2002 Fiche n 649 Mots clés! Accidents du travail! Exploitation forestière! Prévention des risques! Sécurité Sécurité en exploitation forestière : quels enseignements tirer de l analyse des accidents? D après les statistiques, en moyenne, un salarié sur cinq travaillant en exploitation forestière aura un accident dans l année. Cette donnée relativement "crue" reflète la situation qui existe depuis plus de 30 ans. Elle témoigne de la "dangerosité" du métier et met en évidence tous les efforts de prévention qu il faut encore mener pour réduire le nombre d accidents. Les tempêtes de 1999 et les dangers inhérents à l exploitation des chablis ont rendu cette situation encore plus sensible. De nombreuses actions de prévention ont donc été lancées ou renforcées dès le début de l année 2000. L AFOCEL y a contribué par des actions de formation et la large diffusion auprès des professionnels de fiches sécurité. A l instar de ce qui se pratique dans d autres pays, ces fiches décrivent des accidents réels, survenus en exploitation forestière, avec les acteurs, le déroulement de l accident, les conséquences et les conseils pour éviter de tels accidents. C est un outil de prévention concret et illustré qui a fait ses preuves. Pour cette action, de nombreuses informations ont été collectées auprès de la Mutualité Sociale Agricole, d entrepreneurs de travaux forestiers, des sociétés d approvisionnement des usines de pâtes Une partie de ces informations a servi pour la réalisation des 50 fiches sécurité parues de 2000 à 2002. Indépendamment de ces fiches, l ensemble de ces informations a été analysé pour comprendre les mécanismes des accidents en exploitation forestière. Que constate-t on?! Quelques causes bien définies sont à l origine de la plupart des accidents.! Des facteurs aggravants, qui ne sont pas à l origine directe des accidents mais contribuent à en accentuer les conséquences, se rencontrent fréquemment.! Il est possible de regrouper les accidents selon une dizaine de scénarios, à partir desquels des conseils spécifiques pour éviter de tels accidents peuvent être prescrits.! Des conseils de prévention très généraux sont valables quelle que soit la situation rencontrée. 1

AFOCEL INFORMATIONS - FORÊT Les accidents en exploitation forestière : quelques chiffres Les données concernant les accidents des salariés, les seules recensées jusqu à présent, sont regroupées dans la base HELISA de la Caisse Centrale de la Mutualité Sociale Agricole. Quelques unes de ces données sont présentées ici. Elles permettent de dresser un tableau général de la situation de la sécurité en exploitation forestière en France. " Nombre d accidents Les salariés du secteur de l exploitation de bois (code APE 330) représentent 1 % des salariés du monde agricole mais sont touchés par 10 % des accidents du travail mortels. De même, le taux de fréquence des accidents est 4 fois plus élevé en exploitation forestière que pour l ensemble du monde agricole. En moyenne, 1 salarié sur 5 travaillant en exploitation forestière aura un accident dans l année. Tableau comparatif du nombre d accident Tous secteurs Exploitation de bois agricoles Nombre % Nombre de salariés 1 076 100 10 622 1 Accidents avec arrêt 47 566 2 497 5,2 Accidents graves * 5 546 320 5,7 Accidents mortels 81 8 10 (Données CCMSA, 1998). (*) Les accidents graves sont ceux qui donnent lieu à une rente versée à la victime, mais ne sont pas mortels. Les tempêtes de décembre 1999 sont venues alourdir encore ce constat. En effet, en 2000, 22 accidents mortels ont eu lieu lors de l exploitation des bois, dont 13 directement liés à l exploitation des chablis. " Coût des accidents Indépendamment du facteur humain, le coût global de ces accidents s élève à 10 366 000 (moyenne annuelle de 1993 à 1998) uniquement pour le secteur "Exploitation de bois". Le coût moyen par accident est de 4 300 (moyenne 1993-1998). Ce coût intègre uniquement les frais directs de l accident (soins de santé, indemnités journalières, capitaux de rentes) et ne prend pas en compte les frais indirects supportés par l entreprise (casse matériel, remplacement de l accidenté, baisse de la production ) " Tâches réalisées au moment de l accident Les graphiques ci-dessous montrent que les accidents lors des travaux de débardage et débusquage ne représentent que 5 % des accidents survenant directement lors des "travaux de bois". La majorité des accidents concerne donc le travail des bûcherons : abattage + façonnage + ébranchage + fendage = 62 % des accidents lors des "travaux de bois" proprement dits. Répartition des tâches effectuées au moment de l accident 9% 3% 8% 2% 9% Travaux du bois 69% Manutention Déplacements sur coupe Entretiens (outil, bâtiment) Travaux du sol Autre ou non précisé * Détail de la tâche Travaux de bois 2% 4% 5% 24% 5% 11% 27% 22% Abattage Façonnage Ebranchage Débardage, débusquage Elagage, éhouppage Débroussaillement Fendage Autre ou non précisé * (Données CCMSA, 1993-99). (*) Les statistiques sont établies par la CCMSA à partir des déclarations d accidents remplies par les employeurs. Il existe parfois des imprécisions dans la description des accidents qui ne permettent pas de renseigner la tâche qu effectuait la victime au moment de l accident (catégorie "Autre ou non précisé"). 2

SÉCURITÉ EN EXPLOITATION FORESTIÈRE : QUELS ENSEIGNEMENTS TIRER DE L ANALYSE DES ACCIDENTS? INFORMATIONS - FORÊT Causes et facteurs aggravants La détermination des causes des accidents du travail et des facteurs aggravants constitue une étape préalable pour mettre en évidence les risques existants sur un chantier d exploitation forestière. " Principales causes L arbre des causes, utilisé pour analyser l origine d un accident, est souvent complexe et met en évidence l enchaînement de faits qui conduisent à l accident. Il est possible cependant de regrouper ces causes, de natures diverses, selon plusieurs catégories :! mauvaise organisation de chantier à un niveau individuel ou collectif : les conditions de travail dépendent en grande partie de l organisation du chantier, une mauvaise organisation peut donc engendrer de nombreux accidents,! fatigue des opérateurs : du fait de la fatigue en fin de matinée ou de journée, les opérateurs sont moins attentifs et ont des réflexes diminués,! mauvaise posture ou geste inadapté : mauvaise tenue de la tronçonneuse, mauvaise position pour porter des charges " Facteurs aggravants D autres facteurs que ceux décrits ci-dessus sont souvent impliqués dans les accidents du travail. S ils ne sont pas directement à l origine de ces accidents, ils contribuent à en aggraver les conséquences. Ces éléments sont :! l absence ou la vétusté des Equipements de Protection Individuelle (EPI),! mauvaise appréciation de la situation : avec une évaluation insuffisante ou erronée des risques potentiels, les opérateurs sont amenés à travailler en position d insécurité ou à choisir une mauvaise technique de travail,! non respect des règles élémentaires de sécurité : travail en position d insécurité (en contrebas d un autre opérateur), non respect des distances de sécurité! l absence de formation des personnels impliqués dans les accidents : par leur méconnaissance des risques potentiels et des techniques en exploitation forestière, les personnes non formées mettent leur vie et celle d autrui en danger en cumulant les erreurs,! le travail isolé sur chantier : en cas d accident, même bénin, il est impossible de se faire aider et parfois de prévenir les secours,! mauvaise technique d abattage : méthode non adaptée, mauvaise maîtrise de l abattage directionnel! utilisation de matériels défectueux ou non adaptés aux tâches à effectuer,! l absence de bons réflexes en cas d accident : après un accident, il est important de réagir rapidement pour protéger la victime et alerter les secours. 3

INFORMATIONS - FORÊT AFOCEL Scénarios d accident L analyse des accidents survenant en exploitation forestière permet de les regrouper selon une dizaine de scénarios qui concernent tous les opérateurs intervenant sur une coupe : personnels d encadrement, bûcherons, conducteurs d engin (abatteuse, porteur, débusqueur). Ces scénarios sont :! les blessures par tronçonneuse,! les projections d objet (copeaux, sable),! les coups de fouet, de branches, de troncs,! les chocs, coincements, écrasements par des grumes ou branches,! les chutes d arbres ou de branches, du fait de l opérateur,! les chutes et glissades, lors de déplacement sur la coupe ou du haut d une pile de bois,! les ports de charges et efforts violents,! les interférences entre opérateurs,! les accidents lors de la conduite des engins forestiers (renversement ),! les blessures lors d entretiens ou réparations. A partir des données de la CCMSA, il n est pas possible de fournir pour tous les scénarios le pourcentage d accidents qu ils représentent. Seuls quelques uns sont connus avec certitude. Par exemple, 10 % des accidents concernent des blessures du fait d un effort violent ou d un faux mouvement. Le principal intérêt de ce regroupement est de pouvoir donner pour chacun des scénarios des conseils spécifiques permettant d éviter ces types d accident. Quelques conseils spécifiques pour éviter les accidents du type "Interférence entre opérateurs"! En priorité, respecter les distances de sécurité entre opérateurs présents sur le chantier :! Définir l organisation du chantier avant le début de la coupe, pour fixer aux différents opérateurs travaillant ensemble leur zone de travail respective, dans le respect des règles élémentaires de sécurité : distances de sécurité, pas d opérateur au dessus d un autre sur forte pente! Alerter l opérateur lorsque l on pénètre dans sa zone de travail et vérifier qu il vous a bien vu.! Pour un travail en équipe intégrée (câblages d arbres difficiles), le chauffeur de l engin de débardage n agit que sur les ordres du bûcheron.! Porter des vêtements de couleur fluorescente. 4

INFORMATIONS - FORÊT SÉCURITÉ EN EXPLOITATION FORESTIÈRE : QUELS ENSEIGNEMENTS TIRER DE L ANALYSE DES ACCIDENTS? Règles élémentaires de prévention Certains conseils de prévention sont valables quelles que soient les situations. Le port des Equipements de Protection Individuelle (EPI) est l un de ces conseils de base. Le lecteur trouvera toutes les informations nécessaires concernant les EPI (la réglementation, les différents EPI) dans la FIF n 613 "Quels équipements de protection individuelle pour l exploitation forestière?". Quelques unes de ces règles élémentaires doivent être rappelées : " Reconnaître et organiser un chantier pour plus de sécurité La reconnaissance de coupe est primordiale pour déterminer toutes les caractéristiques du chantier, ainsi que les zones à risque (arbres dangereux, lignes électriques ). Elle s effectue avec l aide d une fiche afin de n oublier aucun élément essentiel : L organisation du chantier comprend :! la constitution des équipes et la répartition des opérateurs sur le chantier (Cf. "Interférence entre opérateurs"),! la définition des consignes de travail pour les opérateurs et notamment la définition d un code de communication entre les bûcherons et les conducteurs des engins de débardage,! la mise en place de panneaux autour de la coupe signalant la présence d un chantier d exploitation forestière et indiquant les dangers potentiels. " Limiter la fatigue des opérateurs En fin de matinée, de journée, de semaine ou à la fin d un chantier, la fatigue accrue des opérateurs est à l origine de nombreux accidents car leur vigilance est diminuée. Cette fatigue concerne tous les opérateurs mais plus particulièrement les bûcherons dont le travail est très physique. Quelques conseils simples sont à mettre en œuvre pour limiter cette fatigue :! modifier le rythme des repas si des efforts importants sont à fournir : il est préconisé de manger plus régulièrement dans la journée (5 repas au lieu de 3), ceci permet d éviter les coups de fatigue avant midi ou après un repas trop copieux, A partir de ce repérage, les méthodes de travail, l organisation du chantier et les consignes de sécurité sont définies. Le chef d entreprise transmet alors les instructions à ses salariés (et également aux soustraitants présents sur la coupe).! boire régulièrement pour se réhydrater,! ne pas hésiter à faire des pauses régulières (en réalisant des entretiens ou en prenant une collation par exemple), 5