Comment la pratique intensive du sport peut être considérée comme une source d addiction?



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PSIR SEP (2016) Projet Scientifique d Initiation à la Recherche (PSIR) Comment la pratique intensive du sport peut être considérée comme une source d addiction? V. Absalon, V. Bacheville, B. Darcel, C. De Fabritiis, V. Philippon, M. Colette* Groupe esaip 18 rue du 8 mai 1945, CS 80022 49180 St Barthélémy d Anjou Cedex ARTICLE INFO Date : 18 février 2016 Mots clés: Sport Addiction Bigorexie Endorphine Effets ABSTRACT Nowadays, addictions to tobacco, drugs and other substances are a major problem which touch society. But other less known addictions exist, particularly the addiction to sport. The latter, named bigorexia is developed with the lifestyle of today s society, for example selfimage. The objective of this article is to understand how sport practice has become an addiction and to determine bigorexia s positive and negative effects. 1. INTRODUCTION Dans le contexte de sédentarité de la société dans lequel nous nous situons actuellement, les bienfaits de la pratique d une activité physique régulière sont désormais avérés et vantés par les organismes de santé. De son rôle dans la prévention des maladies cardio-vasculaires et de l obésité à l amélioration des conditions physiques en passant par la procuration de bien-être, le sport fait partie des bonnes habitudes de vie à adopter. L Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande «la pratique d un minimum de 150 minutes hebdomadaires d une activité physique intense, ou une combinaison équivalente d activité physique d intensité modérée à forte», pour les individus ayant entre 18 et 64 ans. Cependant, dans certain cas, les pratiques physiques peuvent elles-mêmes souffrir de leurs propres maux (Abadie Stéphane, 2007). En effet, elle pourrait conduire à des comportements addictifs dans lesquels une pratique excessive de sport vient se substituer à la «bonne pratique sportive». Encore dénommée bigorexie, cette addiction est définie par le centre d études et de recherches en psychopathologie de Toulouse (CERPP), comme étant «le besoin irrépressible et compulsif de pratiquer régulièrement et intensivement une ou plusieurs activités physiques et sportives en vue d obtenir des gratifications immédiates et ce, malgré des conséquences négatives à long terme sur la santé physique, psychologique et sociale». Elle peut également être qualifiée d addiction «sans substance» car elle ne passe pas par l étape d absorption de substances génératrices d addiction comme c est le cas dans la plupart des addictions (alcoolisme, drogues ). En d autres termes, il s agit d une addiction comportementale. Elle se traduit par un état de mal être en cas de non pratique de sport. La bigorexie est à ce jour reconnue par l OMS comme une maladie. C est la recherche permanente du plaisir engendrée par la libération prolongée de l hormone endorphinique, par l hypothalamus et l hypophyse, venant hyperstimuler les neurones dopaminergiques qui suite à leur dépolarisation demeurent excités. Ce mécanisme neuro-endocrinien serait ainsi l origine d un bien-être et d une sensation de plénitude pouvant conduire à une véritable compulsion (Dr Pierrick Hordé et Al, 2015). *Contact : mcollette@esaip.org Fig.1. Cercle de mise en place de la dépendance à l effort liée à la libération des endorphines lors de l exercice

V. ABSALON, V. BACHEVILLE, B. DARCEL, C. DE FABRITIIS, V. PHILIPPON / PSIR SEP/ (2016) 2 D autre part, les différentes études menées sur la bigorexie démontrent que celle-ci ne peut être dissociée des aspects psychologiques et/ou psychiques de sa nature qui viennent renforcer son côté «addictogène». En effet, la pratique intensive d une activité sportive chez les sportifs de haut niveau ou les amateurs, permet de mettre également en évidence des troubles dysmorphophobiques (de l image de soi) se manifestant dans le cadre d un syndrome d Adonis (Dan Véléa,2002). Fig.2. Processus multifactoriel de dépendance à l effort (d après VELEA, 2002) Il s agira dans cet article de démontrer comment la pratique intensive de sport peut être considérée comme une source d addiction. Bien que la pratique sportive soit unanimement considérée comme favorable au maintien de la santé et du bien-être, l associer à la notion d activité addictive lui donne instinctivement un aspect bien plus négatif. C est pourquoi, selon le docteur William Glasser (1985), cette addiction se distinguerait des autres addictions qu il définit comme une «addiction positive». Mais, cette appellation se voit également discutée par d autres, comme le docteur Véléa, qui soulève tout de même des conséquences graves à ce type d addiction. En effet, cette dépendance occasionnerait chez l individu des souffrances aussi dangereuses qu une addiction classique. Cela passerait par des états dépressifs en cas de sevrage, des comportements excessifs occasionnant des blessures graves voire irréversibles, un délaissement de la vie sociale. Fréquente chez les sportifs de haut niveau, la bigorexie peut aussi concerner les sportifs à l activité moyenne. Cette addiction se manifeste plus spécifiquement dans les sports d endurance qui sont plus endorphinogènes, comme la course à pied ou encore les bodybuilders. Il existe plusieurs échelles d évaluation de l addiction au sport qui différencient les coureurs de fonds (The Running Addiction Scale, Champan et Castro, 1990) des bodybuilders, culturistes (D.Smith, 1998). Ainsi, l on trouverait plus triathlètes en suspicion de dépendance à la pratique sportive en comparaison avec les autres types de sports. C est donc au travers de ces hypothèses que le présent article traitera d un sujet d actualité peu répandu à ce jour. 2. METHODE ET PROCEDURE La rencontre avec un psychologue spécialisé ainsi que la réalisation d un questionnaire ont permis de vérifier les hypothèses formulées. La rédaction de cet article a été réalisée avec l aide de M. Porro Bertrand. Ce dernier est un psychologue spécialisé dans le sport ainsi qu un chercheur en cancérologie et un ingénieur en statistique. Il enseigne également la psychologie à l université Paul Valery de Montpellier. Il a apporté son point de vue sur la bigorexie et son aide à la finalisation de l élaboration d un questionnaire. Ce questionnaire a été élaboré afin de valider, ou d invalider, les hypothèses citées précédemment. Il a été réalisé au moyen du site internet d «evalandgo», logiciel professionnel de sondage en ligne. Ce questionnaire est divisé en deux parties : le questionnaire sociodémographique et le questionnaire d indépendance au sport nommé «The Running addiction scale» de Chapman et Castro (1990). La partie sociodémographique permet d identifier la personne qui répond (sexe, âge, type de sport, dépendance autre que le sport, etc ). Avec ses 11 questions, le questionnaire de Chapman et Castro permet de déterminer si une personne est dépendante au sport sans la catégoriser. Il a été validé en France le 1 er juin 2007 par Laurence Kern. Le questionnaire a été diffusé via les réseaux sociaux pendant une semaine en visant plus particulièrement les triathlètes et les personnes pratiquant le sport en salle afin de pouvoir différencier les triathlètes des autres sportifs et de répondre à l une des hypothèses. Lorsqu un nombre de sportifs jugé suffisant y ont répondu (30 triathlètes et 30 autres sportifs), les résultats ont été analysés. Au total, 75 personnes ont été interrogées dont 60% d hommes ainsi que 48% de triathlètes et 52% de personnes pratiquant le sport en salle. Fig. 3. Caractéristiques des personnes ayant répondu L histogramme ci-après représente le nombre de personnes en fonction de l âge.

V. ABSALON, V. BACHEVILLE, B. DARCEL, C. DE FABRITIIS, V. PHILIPPON / PSIR SEP/ (2016) 3 Fig. 4. Représentation de l âge des personnes interrogées La moyenne d âge des personnes interrogées est de 29,88ans avec un écart type de 10,79. 3. RESULTATS 10 0 Représentation des âges 18 22 25 29 34 37 44 47 49 53 Le questionnaire publié a permis de faire ressortir des résultats significatifs. Ceux-ci permettent de mettre en évidence certaines affirmations, précédemment formulées. La majorité des personnes interrogées explique faire du sport pour des raisons de santé ou de bien-être. Effectivement, 77,33% effectuent des activités sportives pour maintenir leur état de forme et également pour le plaisir qu elles procurent. fréquence de 3 entrainements par semaine ou plus, déclarent : à 61% n avoir eu aucune addiction contre 79% aujourd hui, 18% au tabac contre 7% aujourd hui, 4% aux drogues contre 5% aujourd hui et 14% à la nourriture contre 2% aujourd hui. Les résultats démontrent que les addictions diminuent dans le temps par la pratique du sport intensive contrairement à une évolution de l estimation à l addiction aux drogues. En ce qui concerne les personnes interrogées pratiquant plus de 3 fois par semaine une activité physique, 66.7% déclarent avoir déjà annulé des activités avec des amis pour pratiquer une activité physique, 42% disent ne pas avoir arrêté la pratique d une activité physique pendant au moins une semaine pour des raisons autres que des blessures, 41% pratiquent une activité physique même quand elles ont mal, et 57.7% répondent que certains jours, même si elles n ont pas le temps, elles pratiquent quand même une activité physique. Parmi les 27 questions du questionnaire, quelquesunes renseignent sur le niveau d addiction des triathlètes par rapports aux autres sportifs, pratiquant du sport en salle (comme la musculation, cours collectifs etc..). Les résultats seront présentés de manière à comparer les triathlètes aux autres sportifs et ainsi répondre à l hypothèse émise. Ainsi, 48% des répondants pratiquent le triathlon et 52% le sport en salle, c est à dire le développement physique/musculaire, culture du corps. 83% des triathlètes pratiquent leur activité dans un club. 47 % des triathlètes pratiquent une activité physique entre 3 et 5 fois par semaine contre 36% de ceux faisant du sport en salle. Fig.5. Motifs de la pratique d une activité sportive En accord avec ces proportions, l intégralité des personnes, soit 75 individus, ont affirmé se sentir beaucoup mieux après avoir fait du sport. D autre part, concernant l aspect «négatif» de l étude, plus de la moitié (53,33%) des personnes sondées avouent avoir laissé de côté leur vie sociale pour faire du sport. Les résultats peuvent être également mis en valeur par rapport à la fréquence de la pratique du sport. Sur l ensemble des personnes interrogées, 60% déclarent pratiquer du sport au moins 3 à 5 fois par semaine ou plus. Parmi celles-ci, l intégralité des personnes sont conscientes qu il est possible d être dépendant au sport et 71.1% d entre elles s estiment dépendantes au sport. En ce qui concerne les autres addictions telles que le tabac, les drogues, l alcool, etc. déjà eue dans le passé, les personnes pratiquant du sport intensivement, soit à une Fig.6. Fréquence d entrainement des sportifs interrogés 88,9% des triathlètes font de la compétition. 56,5 % au niveau départemental et 35,48 % au niveau régional. 97 % des triathlètes savaient qu il était possible d être addicte au sport.

V. ABSALON, V. BACHEVILLE, B. DARCEL, C. DE FABRITIIS, V. PHILIPPON / PSIR SEP/ (2016) 4 Parmi les triathlètes, 13,8% d entre eux ont eu une addiction au tabac et 11 % à la nourriture, contre respectivement 30,5% et 25 % des autres sportifs. A présent, du fait de la pratique du sport, seulement 3% sont toujours addictes au tabac et à la nourriture contre respectivement 22% et 13,8% des autres sportifs de salle. Parmi les triathlètes, 91% n ont actuellement aucune addiction à des substances. 58% d entre eux ont déjà annulé une activité avec des amis pour pratiquer une activité physique, contre 48,7% de ceux faisant du sport en salle. 4. DISCUSSIONS Fig.7. Taux d addiction au sport Les résultats obtenus permettent de discuter les hypothèses émises précédemment. La première concernant l aspect «positif» comme «négatif» de l addiction au sport. Grâce au questionnaire, il est évident que le sport rentre dans les critères des addictions comportementales, établis par le psychiatre américain Aviel Goodman (1990), qui apparaissent ci-dessous : A. Impossibilité de résister aux impulsions à réaliser ce type de comportement B. Sensation croissante de tension précédant immédiatement le début du comportement C. Plaisir ou soulagement pendant sa durée. Classiquement, le temps passé et l intensité de la pratique ne rentrent pas à eux seuls dans les critères de dépendance. D. Sensation de perte de contrôle pendant le comportement E. Présence d au moins cinq des neuf critères suivants : 1. Préoccupation fréquente au sujet du comportement ou de sa préparation 2. Intensité et durée des épisodes plus importantes que souhaitées à l origine 3. Tentatives répétées pour réduire, contrôler ou abandonner le comportement 4. Temps important consacré à préparer les épisodes, à les entreprendre ou à s en remettre 5. Survenue fréquente des épisodes lorsque le sujet doit accomplir des obligations professionnelles, scolaires ou universitaires, familiales ou sociales 6. Activités sociales, professionnelles ou récréatives majeures sacrifiées du fait du comportement 7. Perpétuation du comportement, bien que le sujet sache qu il cause ou aggrave un problème persistant ou récurrent d ordre social, financier, psychologique ou psychique 8. Tolérance marquée: besoin d augmenter l intensité ou la fréquence pour obtenir l effet désiré, ou diminution de l effet procuré par un comportement de même intensité F. Agitation ou irritabilité en cas d impossibilité de s adonner au comportement. Cependant cette addiction se distingue des autres, comme par exemple l addiction aux drogues, alcool, etc... En effet l activité sportive est définit comme une «addiction positive». Ce terme a vu le jour en 1976 avec le docteur William Glasser (1985), il la qualifie ainsi afin de la distinguer des addictions classiques considérées comme négatives. La pratique excessive du sport apparait ainsi comme une forme d'addiction sans drogue. Comme pour d'autres comportements addictifs, on peut considérer que l'addiction sportive commence par des excès, par la recherche de sensation de plaisir et de désinhibition à travers la pratique sportive, qui va aboutir à l'installation d'un besoin irrépressible et dans certains cas des signes de sevrage. Le sportif dépendant s'installe alors dans une situation routinière (la pratique d'un geste répétitif, sans satisfaction immédiate), afin d'obtenir une augmentation de l'estime de soi, à travers une multitude d'effets physiques et/ou psychiques. Fig.8. Cycle de l addiction au sport Le ressenti de bien-être et d euphorie est retrouvé parmi les résultats de l étude, avec la totalité des individus qui affirmaient ressentir cette sensation positive après une activité sportive. Mais cette appellation «positive», se voit également discutée par d autres, comme le docteur Véléa, qui soulève tout de même des conséquences graves à ce type d addiction. En effet, cette dépendance occasionne chez l individu des souffrances aussi désastreuses qu une addiction «classique» avec substances. Cela se

V. ABSALON, V. BACHEVILLE, B. DARCEL, C. DE FABRITIIS, V. PHILIPPON / PSIR SEP/ (2016) 5 manifeste par des états dépressifs lorsque le sportif est sevré, des comportements excessifs occasionnant des blessures graves pouvant s avérer irréversibles, un délaissement de la vie familiale et professionnelle conduisant parfois à des divorces et à des pertes d emploi, les souffrances physiques et psychologiques sont souvent extrêmes. Cet aspect est également vérifié avec les résultats de l étude, dans laquelle la majorité des individus avouaient avoir délaissé leur vie sociale pour effectuer une activité sportive. De plus, le docteur Dan Véléa, relève un autre point concernant le fait que beaucoup de pratiquants addictés aux sports ont souvent un lien avec des addictions considérées négatives. Celles-ci correspondent en grande majorité à la consommation de tabac, d alcool ou des drogues. Sur la même thématique, M. Nicolas Odier doctorant à la faculté de médecine de Marseille, a étudié les liens entre différentes addictions et déterminé les principales coaddictions. En ce qui concerne le sport et d après son étude (cf. figure 9 ci-dessous), M. Nicolas Odier montre que chez les personnes souffrant d une addiction au sport : 50% sont soit alcooliques, soit tabagiques, ou encore ont une utilisation abusive d internet ou ont des comportements d achats abusifs et 25% consomment soit du cannabis, soit de la cocaïne, soit d autres drogues ou ont une utilisation abusive des jeux vidéo. Fig.9. Les co-addictions Les résultats du questionnaire reflètent qu une infime partie des personnes interrogées étaient dépendantes à des substances. Malgré des résultats différents avec ceux de l étude de la figure 9, le sport peut induire en effet d autres addictions et ainsi devenir néfaste pour la santé. La première hypothèse est donc validée, l étude a confirmé que la bigorexie est un phénomène ayant un caractère à la fois «positif» comme «négatif». Concernant la seconde hypothèse, les résultats obtenus via le questionnaire permettent de déterminer une certaine tendance à l addiction au sport chez certains types de sportifs. Ce sondage vise particulièrement deux catégories de sportifs : ceux faisant du sport en salle et les triathlètes : cela, afin d utiliser comme base les travaux et critères d addiction de A. Goodman (1990). Les résultats obtenus sont commentés selon l ordre et les thématiques des différents critères de ces derniers. Il aborde ainsi le ressentis, la fréquence et l aspect social. Ressentis Si 100% des interrogés confient se sentir mieux après une activité sportive, il est pourtant difficile de recueillir des informations sur cette thématique. En effet, il peut exister des milliers de mots pour décrire un ressentis propre à chacun. Pourtant, certains sont communs. Du côté des triathlètes, l inactivité sportive entraîne un mal être à la fois physique et psychique. Certains se sentent triste ou encore frustré et coupable de ne rien faire. D autres ressentent un sentiment de manque au bout d une courte période d arrêt et expliquent même avoir des problèmes comportementaux s ils ne peuvent pas faire de sport au moins une fois par jour. D un autre point de vue, le sport est décrit comme vital et répondant à un besoin. Il participe aussi, d après une personne sondée, à leur «équilibre et au bien être psychique». Parmi ceux faisant du sport en salle, on retrouve à nouveau ce besoin abordé par certains triathlètes mais aussi, cette nécessité quotidienne de faire du sport pour se défouler, extérioriser tout en se procurant du plaisir. Le manque et le sentiment de mal être apparaissent aussi au bout d une courte période d arrêt comme la baisse de moral ou encore de motivation. Certains se sentent aussi nerveux, oppressés et les nerfs à vif. A travers ces témoignages, on retrouve quelques critères de dépendance déterminés par A. Goodman comme, «l impossibilité de résister aux impulsions» à réaliser une activité physique, «la sensation croissante de tension» en pratiquant, le «plaisir ou soulagement» éprouvé tout au long de l activité sportive ou encore, le sentiment «d agitation ou d irritabilité» en cas de non pratique. Si l on retrouve des discours et des ressentis communs entre chaque groupe de sportifs, les triathlètes reconnaissent davantage être addictes au sport que les autres sportifs. Fréquence d entrainement Le nombre d heures d entrainement est significativement plus élevé chez les triathlètes que pour ceux pratiquant du sport en salle (+28,8%). Ce constat s explique par la diversité d entrainement qu impose le triathlon afin d être performant à la fois en natation, en vélo et en course à pied. En effet, 100% des triathlètes révèlent pratiquer une activité physique très souvent et régulière contre 82% des autres sportifs de salle. De plus, près de 83% des triathlètes font de la compétition le plus souvent au niveau départemental et régional. De nombreux évènements sportifs sont proposés tout au long de l année et accessible à la fois aux triathlètes amateurs comme aux professionnels. Si les entrainements se déroulent en grande partie en semaine, les compétitions sont organisées sur le temps des weekends.

V. ABSALON, V. BACHEVILLE, B. DARCEL, C. DE FABRITIIS, V. PHILIPPON / PSIR SEP/ (2016) 6 Cela révèle une préoccupation importante et fréquente des triathlètes pour leur discipline à travers le temps consacré et l intensité des entrainements. Aspect social A travers cette charge d entrainements et pour répondre aux exigences physiques qu impose le triathlon, des concessions sont faites. En effet, les triathlètes ont confié à 58% avoir préféré annuler une activité entre amis pour se consacrer à leur activité sportive. Ces résultats ne permettent pas de conclure à un isolement social car près de 83,3% des triathlètes pratiquent au sein d un club de triathlon. L aspect social est très important et développé au sein de ces organisations sportives. Ainsi, le sport entraîne des choix en matière de vie social. S il ne favorise pas les amis ou la famille, il n isole pas non plus les sportifs de tout contact et échanges humains. Addictions négatives et positives Si l addiction au sport, dite «positive» se distingue des addictions aux substances, considérées comme «négatives» d après le docteur William Glasser (1985), il convient de s intéresser au lien existant et révélé par le questionnaire. Cette thématique ne fait pourtant pas partie des critères établit par A.Goodman mais est tout autant intéressante à prendre en considération. Le questionnaire permet de s intéresser aux précédentes et actuelles addictions des sportifs. On constate que les triathlètes ont peu d addictions négatives et que cela diminue considérablement au moment où ils sont interrogés : environs 18,7% d entre eux non plus aucune addiction actuellement. Ce phénomène est beaucoup moins appréciable du côté de ceux pratiquant dans une salle de sport avec une évolution de seulement 2,8%. Si les triathlètes sont moins concernés par les addictions dites négatives, ils reconnaissent pourtant à 61% être addictes au sport et donc avoir une addiction qualifiée de «positive» contre 43,6% des autres sportifs. Ils sont aussi davantage conscients de l existence de cette dépendance. C est donc en toute connaissance de cause que les triathlètes ont répondu. 5. LIMITES DE L ETUDE La réalisation d une étude telle que celle décrite précédemment est pour le moins complexe et présente certaines limites qu il est important d évoquer. Le questionnaire élaboré, bien que révélateur, manque de pertinence en raison du faible choix de réponses de certaines interrogations. De plus, l emploi du logiciel de sondage en ligne (evalandgo) s est avéré être efficient mais limité en raison des soucis d extraction et de croisement des données qui auraient permis une meilleure exploitation et interprétation de celles-ci. L utilisation d une version supérieure aurait donc été plus judicieuse. D autre part la notion de pratique de sport en «salle de sport» nécessite d être bien définie et précisée, en ciblant plus particulière la pratique de musculation intensive dans un but de renforcement musculaire et considérant que celle-ci peut être pratiqué ailleurs que dans une «salle» de sport. En effet, le questionnaire s est révélée être confus pour les pratiquants de judo ou karaté par exemple. La contrainte de temps a limité l étude à un seul questionnaire, alors qu à l issu des réponses du premier questionnaire un ciblage des triathlètes aurait pu aboutir à un deuxième questionnaire portant sur le degré de dépendance de ces derniers. 6. CONCLUSION Cette expérience a permis de confirmer qu il existe un lien entre la pratique du sport et le phénomène d addiction. En effet, la bigorexie possède les critères d une addiction «positive», tels que la sensation de plaisir et soulagement, le temps conséquent consacré à l activité et le sacrifice d activités sociales au profit d une activité physique. Cependant, elle peut engendrer des conséquences négatives sur le plan physique, psychologique et social, caractéristiques des addictions. Une spécificité de la bigorexie a été révélée par l étude, montrant que les sportifs d endurance, notamment les triathlètes, sont plus touchés par ce phénomène. Cela s explique par le caractère endorphinogène plus marqué chez ce profil de sportif. Face à ce phénomène de plus en plus répandu et connu de certains, serait-il possible de prévenir les risques de cette maladie? A travers les différentes thématiques développées et en lien avec les critères de dépendance de A. Goodman les triathlètes se démarquent seulement par rapport au temps conséquent consacré à la pratique de leur sport alors que le plan social et le ressentis sont communs aux différents sportifs. Ces résultats permettent de valider l hypothèse selon laquelle les triathlètes sont plus dépendants au sport que les personnes pratiquant du sport en salle.

V. ABSALON, V. BACHEVILLE, B. DARCEL, C. DE FABRITIIS, V. PHILIPPON / PSIR SEP/ (2016) 7 REFERENCES ABADIE, S. (2007). Procédés autocalmants, gestion d'un manque affectif: deux raisons possibles à la dépendance sportive. CAIRN.INFO. ABADIE, S. (2007). Procédés autocalmants, gestion d'un manque affectif: deux raisons possibles à la dépendance sportive. CAIRN.INFO. BATTAGLIA, N., BRUCHON SCHWEITZER, M., & DECAMPS, G. (2010). Introduction. Esquisse d'une approche intégrative du concept d'addiction: regards croisés. Elsevier Masson France. CARON-LAIDEZ, V. (2010). La dépendance à l'effort. Université de Lille II. CARRIER, C. (2002). Modèle de l'investissement sportif de haut niveau, sensation de la vitesse du mouvement et excitation addictive. Elsevier Masson France. GUILLOU-LANDREAT, M., GRALL-BRONNEC, M., & VENISSE, J.-L. (2012). Addictions comportementales. Elsevier Masson France. KERN, L. (2006). Dépendance et exercice physique: une échelle de dépendance à l'exercice physique. Elsevier Masson France. KOTBAGI, G., MULLER, I., ROMO, L., & KERN, L. (2014). Pratique problématique d'exercice physique: un cas clinique. Elsevier Masson France. MIDDLETON, O. (2002). Pratiques sportives et prévention des conduites à risque. CAIRN.INFO. PETITGENET, C. (2012). Recommandations d'une activité physique régulière en médecine générale. Université de Lorraine. VELEA, D. (2002). L'addiction à l'exercice physique. CAIRN.INFO. VELEA, D., & VALLEUR, M. (2002). Les addictions sans drogue(s). Thema. ODIER, N., (2014). Apports des sciences sociales à la compréhension des addictions : un enjeu de santé publique?