Complexe industriel de QIT-Fer et Titane à Sorel-Tracy situé sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent Agrandissement d un port à Sorel-Tracy Une approche intégrée, proactive et participative Christian Blanchet, écoconseiller, service de l Environnement, QIT-Fer et titane Afin de maintenir la rentabilité de ses activités, QIT-Fer et Titane inc. (QIT) devait construire et opérer un nouveau poste à quai à son complexe industriel de Sorel-Tracy. Dès la conception du projet, l entreprise a misé sur une démarche concertée visant à répondre aux enjeux environnementaux et communautaires. 28 > Vecteur environnement > Mars 2009 QIT, propriété de la compagnie minière Rio Tinto, exploite depuis 1950 un complexe industriel sur la rive sud du Saint-Laurent, à environ un kilomètre en amont de l embouchure de la rivière Richelieu. Ses installations portuaires, essentielles aux opérations du complexe, permettent la réception de la totalité des matières premières (du minerai d ilménite de sa mine de Havre-Saint-Pierre et du charbon). Elles assurent également l expédition d une grande partie de ses produits (différents grades de scorie de titane et de la fonte) à ses clients partout dans le monde. De façon générale, le quai accueille un seul bateau à la fois, mais il arrive à l occasion que deux petits navires puissent s y accoster simultanément. que des périodes d accostage plus longues, créant ainsi, depuis quelques années, un embouteillage au quai. Les conséquences n ont pas tardé à se manifester : augmentation importante des frais de surestarie et difficulté à respecter les contrats avec les clients. Problématique d achalandage Une des solutions mises de l avant pour régler cette problématique est la construction d un nouveau poste à quai, permettant de gérer de façon optimale le trafic maritime croissant. Pour répondre aux conditions actuelles et futures de transport, le quai doit avoir une longueur de 213 m pour l accostage de Jusqu au début des années 2000, les installations portuaires suffisaient aux besoins des opérations industrielles et des clients. Toutefois, l augmentation progressive de la production et la diversification des produits ont généré un trafic accru de navires de même QIT voulant améliorer sa compétitivité dans le marché de la scorie de titane avec la production d un nouveau grade de scorie à partir d un minerai d ilménite en provenance de Madagascar (projet QMM), des activités portuaires plus performantes étaient donc vitales au développement à court terme, prémisse d une viabilité à long terme de la compagnie.
L extension du quai permettra l abordage et les opérations de déchargement et chargement simultanément sur deux navires de type «Panamax». navires transocéaniques de type «Panamax». Avec cet agrandissement, les installations portuaires pourront recevoir simultanément deux navires, voire trois selon leur dimension; le quai actuel servant surtout de poste de chargement et l extension étant dédiée exclusivement au déchargement. Le prolongement du quai en direction est, dans une zone plus profonde du fleuve, aura l avantage d offrir un plus grand tirant d eau (10,4 m comparativement à 9,15 m au quai actuel) pour un minimum de dragage. Concilier l environnement et les attentes de la communauté La construction d infrastructures dans un milieu riverain s avère très délicate sur le plan environnemental, particulièrement si le milieu naturel est peu ou pas perturbé. En plus de cet aspect, la communauté environnante doit aussi faire partie des préoccupations. Dans le cas du complexe industriel de QIT, c est d autant plus important étant donné qu il s est développé dans une trame urbaine où les quartiers résidentiels voisinent l industrie lourde : dans un rayon d un peu plus d un kilomètre, il rejoint les quartiers résidentiels de trois territoires municipaux, soit Saint-Joseph-de-Sorel à l est, Sorel- Tracy au sud et Saint-Ignace-de-Loyola sur l île Saint-Ignace, de l autre côté de la voie maritime du Saint-Laurent, directement en face des usines. Les résidants de ces municipalités se sentent très concernés par les activités de l entreprise puisqu ils peuvent en subir les impacts. C est pourquoi les aspects environnemental et communautaire ont été pris sérieusement en considération dès la conception du projet et sont constamment réévalués avec l équipe technique tout au long de son développement, et ce, jusqu à la mise en activité des infrastructures. Dans le cadre du processus d étude d impact sur l environnement, QIT a adopté une stratégie proactive avec la communauté, les municipalités et les ministères concernés en initiant des rencontres et des discussions sur une base volontaire. Cette attitude lui a permis de procéder à des modifications judicieuses à des moments opportuns en cours de processus d évaluation environnementale. Le concept initial prévoyait un «quai plein» avec la mise en place de remblais jusqu à la rive. Cette option aurait permis la manipulation et l entreposage sur une base temporaire des matières premières par les équipements mobiles sur le tablier du quai, ainsi que le déchargement du matériel par convoyeurs. Il s agissait ainsi de la plus grande extension envisagée par QIT. Or, durant le stade d élaboration du projet, les revues subséquentes de conception ont amené les ingénieurs à statuer sur une version réduite, sans compromettre la performance prévue de l ensemble des installations portuaires, afin de minimiser l empiètement dans le fleuve. La nouvelle configuration de l extension prenait alors la forme d une jetée d une largeur de 33,5 m. Il s agit de la largeur minimale pour permettre un entretien sécuritaire des infrastructures et des navires. Dès le début du processus d étude d impact, QIT a pris l initiative de tenir des réunions d information auprès de la population des municipalités concernées et des élus locaux par l entremise de rencontres publiques et de comités de citoyens. Les suggestions et les commentaires émis par les participants ont permis d étoffer l analyse des impacts et de proposer des mesures d atténuation adéquates. Parmi les préoccupations soulevées par les citoyens figuraient les émissions possibles de bruit et de poussière pendant la construction de la jetée, de même que celles engendrées par l opération des nouvelles structures une fois le projet terminé. Vecteur environnement > Mars 2009 > 29
Concept initial d un «quai plein» (à gauche) et le projet modifié (à droite) avec un empiètement réduit dans le fleuve (10 000 m2 comparativement à 22 000 m2) Mesures de suivi lors des travaux Afin d appliquer un suivi constant des travaux, des mesures ont été mises en place durant la construction : des réunions hebdomadaires de chantier en lien avec la santé, la sécurité au travail et l environnement ont été prévues, où il est question des réalisa- L extension du quai, tout comme les usines du complexe, sont situées près des quartiers résidentiels de Saint-Joseph-de-Sorel. Mise en place de la digue de pierre qui formera le cœur de la jetée 30 > Vecteur environnement > Mars 2009 tions de la semaine, de la planification des travaux à venir, des mesures de mitigation à prendre et de la divulgation de résultats de performance. Pour appuyer ces réunions, le service de l Environnement assure une présence régulière au chantier et une disponibilité auprès de l équipe technique et des entrepreneurs. Pour ce qui est de la relation avec les communautés, différentes mesures ont été prises : des communiqués ont été diffusés à l intention des résidants pour les informer de certaines phases de construction à venir susceptibles de les toucher; le plan d action mis en place pour minimiser le plus possible les impacts négatifs ou en annuler les effets leur est également transmis; les citoyens sont invités à transmettre leurs commentaires ou leurs préoccupations lors des comités de citoyens ou par l entremise d un numéro de téléphone sans frais, de sorte que des correctifs peuvent rapidement être apportés sur le chantier. Grâce aux réactions proactives et aux correctifs apportés rapidement, l entreprise a su maintenir de bonnes relations jusqu à présent avec la population riveraine. Une phase critique de la construction a été le fonçage par vibration des palplanches formant les murs de retenue de la jetée. Comme ces travaux se déroulaient sur le fleuve, aucune structure fixe ne permettait l ancrage d écrans d absorption de bruit qui peut être possible sur la terre ferme. L action du vibreur, la génératrice d alimentation et la vibration de la palplanche pouvaient être ressenties à des niveaux de 80 décibels dans le quartier le plus près. D une part, il fallait
respecter le critère permis dans les chantiers de construction (moyenne du niveau de bruit à un maximum de 55 décibels sur une période de 12 heures durant le jour) et, d autre part, éviter ponctuellement les niveaux élevés lors des périodes sensibles de la journée pour les citoyens, soit en matinée et en fin d après-midi. Le service de l Environnement, en collaboration avec la construction, a d abord modélisé les niveaux sonores dans la communauté à partir des spectres techniques des équipements. Des mesures ont également été mises en place lors des tests afin de valider et de préciser les résultats de la modélisation. Ensuite, des procédures d opération permettant le respect des critères de bruit ont été élaborées avec les responsables du chantier et communiquées aux résidants riverains. Les principales mesures étaient : >> l utilisation maximale d un vibreur de faible puissance (niveau de bruit de l ordre de 50 décibels); >> l usage d un vibreur de grande puissance à pleine capacité seulement lorsque c est nécessaire, limité à un temps cumulatif de 50 minutes par jour dans un intervalle de temps compris entre 9 h et 12 h, 13 h et 15 h. Des instruments fixés sur le chantier et dans la communauté ont mesuré en continu le Fonçage de palplanches par vibration à partir de barges fonçage de palplanches. Les données étaient traitées à une fréquence d une à deux fois par jour et les résultats aussitôt communiqués aux responsables du chantier qui modifiaient au besoin le schéma de travail. Finalement, une seule demande d information a été adressée à QIT relativement au bruit au début des opérations et aucune remarque négative n a été soulevée dans les comités de citoyens pour ces travaux qui se sont échelonnés sur une période de près de quatre mois. QIT a pratiqué cette approche pour d autres aspects du chantier, lui permettant de respecter les critères environnementaux et évitant que la population soit irritée par des répercussions récurrentes qui affectent sa qualité de vie. Vecteur environnement > Mars 2009 > 31
Élaborer un programme de compensation rassembleur La destruction et la perturbation de l habitat du poisson par la jetée doivent être compensées, au sens de la loi, par la réhabilitation d un habitat d une valeur équivalente. Par ailleurs, la prolongation du quai modifie la dynamique hydraulique de cette section du fleuve à l arrière de l extension. Auparavant exposée au régime de sédimentation/ érosion par le courant et les glaces, la berge, constituée d une plage de sable, est maintenant intégrée dans une baie abritée par la jetée. Cette nouvelle configuration est alors propice à un aménagement pour l habitat du poisson. Ainsi, ce concept a été évalué avec d autres projets d aménagement localisés ailleurs dans les îles de Sorel. Parallèlement à cette démarche, la communauté de Saint-Josephde-Sorel a exprimé à QIT son désir de voir l entreprise revitaliser, par cette occasion, une partie des berges de son territoire qui sont presque totalement perturbées par les développements industriel et domiciliaire. Avancement des travaux avec le coffrage du mur de couronnement et de la base du convoyeur qui servira à transporter le matériel Le potentiel de la baie à l arrière de la jetée a donc été confirmé par les spécialistes dans le domaine de l aménagement des habitats, et accepté par Pêches et Océans Canada ainsi que par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune. Ce projet répond à l esprit du programme de compensation par la création d un habitat le plus près possible du site perturbé tout en satisfaisant la volonté de la communauté locale qui y trouvera aussi une forme de compensation pour le développement industriel sur son territoire dont elle pourra profiter. L aménagement de la baie sera entrepris dans les prochaines années, après la construction du quai. Développer une approche intégrée, proactive et participative L agrandissement du quai de QIT favorise la pérennité de ses activités dans la région de Sorel-Tracy. Pour minimiser ou annuler les impacts sur l environnement et les communautés avoisinantes, l entreprise considère avec soin et traite ces aspects dans toutes les phases du projet, de la conception à la mise en activité, dans une approche proactive et de collaboration avec les ingénieurs, les responsables des opérations et du chantier, les entrepreneurs, les instances gouvernementales et la population concernée dont les craintes appréhendées par certains en début de projet ont pu être calmées. Cette façon de faire s inscrit donc dans un plan global de développement durable. < 32 > Vecteur environnement > Mars 2009