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chantier Métiers à venir #2En

SUIVI DE CHANTIER Sabourin préfigure la future ENSACF Dossier réalisé par Johannie Derouault, Laurie Gangarossa et Cédric Frackiewicz Le sanatorium Sabourin va accueillir la future École nationale supérieure d architecture de Clermont-Ferrand. Retardé dans sa mise en route, le chantier de ce projet ambitieux a commencé voici quelques mois afin de viser un objectif de rentrée 2015/16. Lauréate du concours lancé en 2007, l agence Du Besset & Lyon architectes & urbanistes intervient significativement sur cet ancien édifice qui présente une architecture caractéristique du fonctionnalisme international et qui appartient au patrimoine de la ville de Clermont-Ferrand. Accompagné d autres projets à l échelle urbaine, dont des centres commerciaux et des logements, il constitue un élément majeur de l évolution vers les quartiers nord de l agglomération. Hôpital de Sabourin et la cité de La Plaine, à Montferrand, Albéric Aubert (Architecte), 1935 22 / Cf. Représentation 3D de la future école, Du Besset-Lyon, architectes et urbanistes, 2008

Depuis les années 1970, l ENSACF est installée dans les bâtiments d une ancienne école de chimie située boulevard Cote Blatin, dans le quartier des universités et face à l école d art. Cet édifice actuel étant hors normes et les coûts des travaux de remise en état s avérant trop élevés, une autre solution devait être trouvée. Ce projet de reconversion de l édifice du sanatorium Sabourin s inscrit dans le cadre du plan national d investissement du ministère de la culture et de la communication pour les écoles d architecture. «Le transfert de l école d architecture de Clermont-Ferrand, à l étroit dans des bâtiments inadaptés, est apparu très vite comme la meilleure solution de réutilisation de cet édifice [...]. L État et la Région souhaitent faire de cette école d architecture un laboratoire d expérimentation et de proposition pour la ville et les territoires européens» explique Paul Leandri 1, directeur de l ENSACF. Ce choix correspond à la phase de renouveau qui concerne les quartiers nord de l agglomération et l école d architecture trouve sa place dans ce contexte en pleine mutation, s inscrivant dans les problématiques urbaines actuelles. Belvédère magnifique, l édifice remodelé au nord-est de la métropole puydômoise bénéficie d une situation qui offre une vue panoramique en surplomb du site Cataroux de Michelin, dominant les sites d études actuels et potentiels, étirés en contrebas et au-delà des limites du Grand Clermont. > Combiner site et programme À l origine, la création de cet établissement répondait à une nécessité sanitaire pour la ville de Clermont-Ferrand. Il s agissait de soulager l établissement de l Hôtel-Dieu, situé en centre-ville, et d accueillir les tuberculeux qui ne trouvaient aucune place dans les sanatoriums de la région. Charles Sabourin, médecin spécialiste de la tuberculose, cherchait alors un lieu se trouvant à 1 Communiqué de l ENSACF du 15/02/13 moyenne altitude, «où l air est peu humide durant l hiver, frais et pur pendant l été». Le choix d un site, dans le flanc du Puyde-Chanturgue offre les conditions idéales. Construit au début des années 1930 par l architecte Albéric Aubert, l hôpitalsanatorium ouvre ses portes en 1935 aux 200 patients qu il peut accueillir. Héritage des théories avancées alors depuis peu par Le Corbusier et Walter Gropius, cet ouvrage appartient au patrimoine auvergnat et il est considéré comme l unique exemple régional d architecture moderne de l entredeux-guerres. Son plan forme un T en vue d un rendement optimum et d un ensoleillement maximal au sud. L édifice alors décrit comme un «mur percé de trous», l objectif premier a été de fournir le plus de confort possible aux malades. De style fonctionnaliste international, il est caractérisé par sa structure en béton, ses horizontales étirées, et exhibe une silhouette de bateau affiné. Il affiche une écriture hygiéniste en vogue dans ces années-là et correspondant à son programme. Implanté perpendiculairement aux courbes de niveaux du Puy-de-Chanturgue, il dispose un éperon en projection vers la plaine, vers la ville et ses horizons pluriels. Le bâtiment est tronqué à sa base par la différence de dénivellation du terrain. > Une technique structurelle poussée En réponse au programme, l ossature générale du bâtiment original est en béton armé ; ses proportions sont inhabituelles : il ne fait que 10 mètres d épaisseur pour des façades mesurant près de 100 mètres de long. L édifice est coupé tous les 25 mètres sur la hauteur pour éviter des effets de dilatation et les planchers sont insonorisés grâce à l isolation des dalles et des poteaux au moyen de plaques de liège. Les dalles flottantes sont recouvertes de linoléum pour les dortoirs et les chambres, et de carreaux de céramique pour les circulations. Au sud, A : Bâtiment principal / B : Ville médecin-chef C : Pavillon Personnel / D : Bâtiment chaudières Article Wikipédia, Hôpital-sanatorium Sabourin Un contexte urbain en mutation L école d architecture de Sabourin dans le quartier de la Croix de Neyrat s inscrit comme l un des grands projets de la ville de Clermont-Ferrand. Cependant, elle n est pas seule car d autres projets d envergure vont se construire sur cette périphérie du nord de l agglomération. L un des plus marquants est l arrivée d un nouvel ensemble adossé au bâtiment d Auchan Nord. Ce programme de centre commercial accueillera des commerces, des restaurants, un complexe cinématographique, un grand parking, de nombreux bureaux ainsi que des logements sociaux en location ou en accession. La ligne de tramway A est en phase d être rallongée de 1,7 km, et pour permettre de marquer un nouvel élan de renouveau pour les quartiers nord. À Champratel également, un pôle tertiaire est sur le point de se construire, ainsi qu un éco-quartier conçu comme une nouvelle manière d habiter dans la ville. Tous les quartiers proches du futur établissement de l ENSACF se voient dotés de nouveaux projets pour les années à venir. La ville vient à la reconquête de ses périphéries délaissées jusqu à maintenant. Puy de Chanturge Cébazat Croix de Neyrat Michelin Cataroux Clermont-Ferrand Vue aérienne du site Croix de Neyrat / La Gauthière / Champratel Cf. / 23

des ouvertures structurelles dont tous les vides entre les poteaux sont complétés par des baies vitrées ou des portes. La partie du bâtiment extrudée sur la façade nord est constituée d arcs porteurs par le dessus et non par le dessous. > Un lieu chargé d histoire De 1944 à 1950, le bâtiment fermera pour cause de travaux afin de réparer les dommages subis durant la Seconde Guerre mondiale. Certains auraient envisagé de le raser. Les propos tenus par Pierre Jourde, écrivain et critique français, renforcent un sentiment d ancrage dans un paysage mais également dans une vision du territoire : «la population a deux sentiments : d abord, celui selon lequel ce bâtiment fait partie du paysage [...] ce paquebot jaillissant de la colline ; forcément, l idée de sa destruction provoque la nostalgie, une impression de déchirure [...] Il relève d un souvenir profondément ancré dans les esprits [...] S il est démoli, il manquera dans le paysage.» Ce bâtiment apparait donc tel un symbole sur le Puy. Après la réouverture en 1950 de l établissement et 27 ans de bons et loyaux services, il est déserté en 1977 et désaffecté suite à un remaniement des équipements sanitaires de l agglomération. Sa fermeture totale a lieu en 1997. En 1998 est signé un permis de démolition. Cette démolition n étant pas approuvée à l unanimité, les milieux professionnels et les associations de défense de l architecture et du patrimoine se sont mobilisés l année suivante. En 2000, il est protégé au titre des monuments historiques. C est alors à partir de 2001 qu émerge l idée de reconvertir l hôpital-sanatorium en école d architecture. En 2002, le site est racheté par l État. Le concours pour le projet a lieu durant l année 2007 et l agence Du Besset Les innovations de l architecte & Lyon, architectes urbanistes remporte le concours en 2008. C est en 2010 que commencent les premiers travaux, avec le désamiantage de cet important édifice clermontois. > Les partis-pris de l agence lauréate L édifice étant inscrit sur la liste des bâtiments appartenant au patrimoine du XX e siècle, de nombreuses contraintes s imposent. L agence Du Besset & Lyon veut assumer sa posture de projet : «Concevoir 2 In Monumental, éditions du Patrimoine-centre des Monuments historiques, 2009 Albéric Aubert apportera quelques innovations lors de sa conception du bâtiment dans les années 1930. Au premier étage, la façade sud adopte une apparence en «dents de scie», les pensionnaires payants bénéficient ainsi de petits appartements en miniature (chambre, galerie de cure, groupe bains-toilette-penderie-wc). Les vitres sud-est et sud-ouest offrent un ensoleillement permanent. Au troisième étage, un décrochement de plan rompt la monotonie de la façade et permet ainsi une variété de distribution des box. Les ventilations et aspirations des buées sont effectuées via des gaines placées sous plafond. Le chauffage est assuré par la centrale thermoélectrique à accumulation : chauffage, vapeur et eau chaude à tous les étages et à tous les services. Soit des innovations très particulières et rares pour l époque à laquelle est construit l édifice. Deux ouvrages références auraient influencé le projet : Le sanatorium de Paimio en Finlande, de l architecte lvar Aalto, 1929-1933 Le sanatorium du Plateau d Assy en Haute-Savoie, des architectes Henry-Jacques Le Même et Pol Abraham, 1929-1937. 24 / Cf. Arcs porteurs vus depuis la face nord

Vue panoramique depuis le toit du bâtiment La répartition programmatique de l ancien sanatorium Au troisième sous-sol ont été installées les chambres mortuaires et une chapelle. Au R-2, 16 chambres de personnes hospitalisées, la galerie d arrivée des malades. Au premier sous-sol, on trouve 16 chambres d hospitalisés, des salles de jeux et de cinéma, un service buanderie, de lingerie et de désinfection, un espace de livraison avec monte-charges, une grande centrale thermoélectrique. Façade nord, LeDuc, Avril 2008 Ensuite au rez-de-chaussée sont installés le pavillon du concierge, une dizaine de chambres et des salles de repos, salles à manger. Au premier étage sont disposés 22 chambres et un bloc médical dans l aile nord du bâtiment. Au R+2, quatre dortoirs de 28 lits. À l étage supérieur, quatre dortoirs de 38 lits. La toiture terrasse, quant à elle, sert de solarium avec un auvent abritant des vents du Nord et elle est équipée d un monte-lit, afin de faire profiter les malades de l air pur que l on peut trouver en hauteur. Détaché de l ensemble, un deuxième bâtiment accueille des cabinets médicaux ainsi que les locaux du personnel. Le bâtiment dans sa pente, LeDuc, Avril 2008 Cf. / 25

la transformation de l hôpital Sabourin en école d architecture oblige à traiter le paradoxe suivant : afin de conserver une architecture fonctionnaliste radicale, il est prévu d en changer radicalement la fonction» explique Dominique Lyon 2. Dans ce sens, il s agit d épurer l existant en enlevant les deux escaliers monumentaux situés en bout de chaque coursive. Ceux-ci sont embarrassants pour la mise aux normes d accessibilité aux personnes à mobilité réduite. Il y a également un refus de toute réactualisation esthétique par l addition d un style nouveau. D après Dominique Lyon, le projet tient compte de caractéristiques essentielles de l existant afin de respecter l écriture originelle suivant cinq axes de réflexion : 1 «Le bâtiment de Sabourin est isolé dans un vaste paysage. Ce rapport essentiel entre construction et nature est restitué dans toute sa clarté.» 2 «Cet édifice qui isolait les malades est aujourd hui organisé autour des lieux de vie collective.» 3 «Le soleil était la raison d être du bâtiment. De nouvelles applications sont données à ce principe.» 4 «La minceur du bâtiment est exploitée.» 5 Enfin, «Le bâtiment Sabourin est une construction rationnelle qui doit s adapter aux nouveaux impératifs des normes sismiques, d accès aux personnes handicapées et de sécurité incendie.» Une extension du bâtiment est également prévue au programme mais l équipe lauréate a refusé de l implanter au sud pour ne pas brouiller la distinction du bâtiment existant avec son parc. Les constructions additionnelles se trouvent donc au nord afin de renforcer sa dimension horizontale et de clarifier le rapport de la future école à son sol. Un nouveau programme Au rez-de-chaussée, le projet de reconversion va accueillir deux amphithéâtres enterrés dans la pente. L un d eux peut accueillir plus de 200 personnes tandis que le second, plus petit, peut en accueillir près de 100. Également présents à cet étage, une grande bibliothèque, un hall d entrée avec un accueil et un espace d exposition confortable orienté au nord du bâtiment. Au sud sont installées les salles de travail, principalement dédiées aux studios de projet. Le nouvel établissement peut accueillir entre 550 et 700 étudiants. En outre, l école disposera d une cafétéria conviviale. Malgré quelques adaptations de plans, le programme reste identique à celui évalué lors du concours. Représentations 3D de la future école, Du Besset-Lyon, architectes et urbanistes 26 / Cf.

Du Besset-Lyon, extrait du plan de situation Du Besset-Lyon, extrait du plan de RDC Cf. / 27

Vue grand angle depuis le R+2 Un trait d union Bélvédère sur la ville Avec de nombreuses vues sur le paysage alentour comme autant de grands angles sur l agglomération périphérique et sur le Puy, le sanatorium est en contact permanent avec son environnement. Il surplombe les quartiers nord. En plus d être un symbole, il représente également un trait d union entre la nature qui l entoure et les quartiers de la Croix de Neyrat et de la Gauthière. 28 / Cf. Au dos, le puy de Chanturge Vue sur les pistes et l usine de Michelin Cataroux

Vue grand angle depuis le R+3 Dans la pente Le rapport avec la pente reste très fusionnel. Durant les travaux, le projet est dégagé mais toute la zone sera à nouveau remblayée pour la fin du chantier. Mais ce n est pas cela qui a bloqué Aubert pour pouvoir éclairer ses espaces qui sont semi voire totalement enterrés. L implantation relève d une audace et d une prouesse technique très réfléchie pour l époque. Une structure métallique soutient le bâtiment depuis le R+3 afin de s alléger aux étages supérieurs ; un choix justifié pour pouvoir résister aux éventuels mouvements des sols et à la force que ces derniers excercent. Il ne faut pas oublier que Clermont-Ferrand est une ville construite sur des volcans. R-1, étage semi-enterré R-1 La pente creusée. Elle sera remblayée pour la fin des travaux, avril 2013 Cf. / 29

Coursive façade sud RDC Une complexité de mise en œuvre Le bâtiment du Sanatorium est un mélange de béton, d ossature métallique, de brique et de modes d isolation divers. Par exemple, l isolation des terrasses est réalisée avec des briques creuses dans lesquelles sont disposés des journaux enroulés pour réduire les ponts thermiques en absorbant l humidité. Ces briques sont ensuite ancrées dans les dalles de béton. Le bâtiment est constitué d une armature métallique pour les planchers et certaines poutres en béton. Par moment, de très épais murs en briques viennent reprendre les charges. Une autre particularité du projet, ce sont les arcs porteurs que l on trouve sur une partie du projet, ils ont la caractéristique de porter par le dessus et non par le dessous. 30 / Cf. Armature métallique entre deux murs Murs porteurs en briques cimentées

Coursive façade sud RDC Poutres métalliques porteuses des planchers Coût de la future école d architecture Coût total : 31M d 26,5 M d par l État 1,5 M d par le Département 1,5 M d par Clermont communauté 1,5 M d par la Région Remerciements À l entreprise de BTP Léon Grosse qui nous a permis de visiter le chantier, Au personnel de l ENSACF : Paul Leandri, directeur, Brigitte Chiron, documentaliste, Sophie Loiseau, infographiste, pour nous avoir fourni la documentation et des visuels. Isolation avec des journaux. Un début de recyclage? Cf. / 31

32 / Cf.

«Jusqu ici tout va bien», série de photographies réalisées dans le chantier du sanatorium Sabourin par Kévin Cataldo et Jérôme Mantelet dans le cadre de l UE Situations critiques 2011-12 coordonné par Rafaël Magrou - cf. poster en couverture et légende associée. Cf. / 33

MÉTIERS À VENIR Horizons professionnels des ADE Dossier réalisé par Johannie Derouault, Laurie Gangarossa et Cédric Frackiewicz Illustration par J. Serrurier Depuis le début de nos études, nombreux sont les enseignants et les intervenants extérieurs à évoquer le large champ des possibles professionnels qui s ouvrent aux jeunes diplômés en architecture. Cependant, pour la plupart d entre nous, cet horizon professionnel demeure bien lointain et nos perspectives de parcours restent dans le flou. Au lieu de procrastiner ce questionnement sur notre avenir professionnel, nous avons choisi de nous y confronter via la découverte de métiers et d expériences concrètes menés par des anciens étudiants de l École nationale supérieure d architecture de Clermont-Ferrand. Cet échantillonnage, non exhaustif, de «métiers à venir» n a pas valeur d exemple mais vise davantage à ouvrir des pistes de réflexions sur la variété des parcours professionnels accessibles. Le cursus proposé en école d Architecture fait appel à plusieurs savoir-faire. Certains diplômés choisissent de s orienter vers la maîtrise d œuvre en suivant la formation HMONP (Habilitation à exercer la maîtrise d œuvre en son nom propre), ou de se spécialiser en parallèle dans l urbanisme, l ingénierie, le paysagisme, le patrimoine ou dans le domaine des arts. Cela, afin de faire reconnaitre leur plus large capacité à exercer dans le monde professionnel de la construction. Force est de constater que le statut de l architecte évolue et s adapte aux nouvelles aspirations des professionnels comme aux demandes de la société dans son ensemble. Aujourd hui, le monde du travail est de plus en plus marqué par une spécialisation accrue où les diplômes sont garants des capacités des travailleurs. Les métiers de l architecture n ont pas échappé à cette tendance de fond. Ainsi, apparaissent de plus en plus des métiers alliant deux professions aux champs d action complémentaires : «architecte-urbaniste», «architecte-ingénieur», «architecte-paysagiste» et même «architecte des bâtiments de France», spécialisé dans le patrimoine. À ces métiers de «spécialités complémentaires» s en ajoutent d autres qui méritent notre attention. Ils ont tous pour point commun d être moins connus du grand public comme des étudiants, en ce qui concerne leur accessibilité suite à une formation ou un diplôme en architecture. D autre part, le panel sélectionné met en évidence l ouverture interdisciplinaire des études en école d architecture. Pour certains étudiants, la formation reçue est à juste titre considérée comme un tremplin vers un métier autre que celui de l architecte. Artiste De par sa formation généraliste, son ouverture d esprit culturelle, son sens de l esthétique et sa pratique des techniques artistiques, l étudiant en architecture peut faire le choix de devenir artiste. Aucune formation complémentaire n est impérative pour s engager dans cette voie. Cependant, les Écoles supérieures d art sont ouvertes à ce profil d étudiants en architecture et de nombreuses passerelles entre les formations sont possibles. Cette orientation professionnelle ouvre un plus grand champ des possibles à la création. L artiste, et architecte de formation, choisit d exercer son art le plus souvent de façon indépendante ou au sein d un collectif. www.esacm.fr/ 34 / Cf. Membre d un collectif pluridisciplinaire Les collectifs pluridisciplinaires sont des associations regroupant des professionnels de différents domaines. Leur champ d actions est composé de projets de conception d installations éphémères, d interventions, de débats, d actions de sensibilisation, etc. http://www.pixel13.org/ http://perspectivesurbaines.overblog.com http://robinsdesvilles.org http://www.collectifetc.com http://www.bruitdufrigo.com Architecte naval Architecte d intérieur Architecte consultant Scénographe urbain Le scénographe urbain propose des interventions à but culturel et de mise en valeur sur des espaces publics. Les intervenants jouent sur les usages, les formes, les volumes, les lumières, les objets, les couleurs, etc., comme sur une scène de théâtre, à la différence qu ici le public devient l acteur de ces scènes de l urbain. http://www.nezhaut.com Chercheur Designer Dessinateur Enseignant

Architecte-Urbaniste La formation des étudiants en école d architecture comprend aussi bien des projets architecturaux que des projets urbains. Le diplôme délivré par l école d architecture ne donne pas accès, à proprement parler, au métier d architecte-urbaniste. Pour en bénéficier, il est possible de compléter sa formation par un cursus en institut d urbanisme ou à l université. Face à cette demande récente et grandissante des étudiants en architecture, certaines écoles proposent désormais des formations plus spécifiques, comme c est le cas avec le DSA d architecte-urbaniste à Marne-la-Vallée. Être architecte-urbaniste signifie gérer des projets allant de l échelle urbaine à l échelle architecturale sans rien perdre de la cohérence globale du projet. www.marnelavallee.archi.fr/ Maquettiste Assistant à maîtrise d ouvrage Architecte-Ingénieur Depuis quelques années, certaines écoles d architecture proposent un double cursus architecte-ingénieur. Cette formation nécessite l établissement d un partenariat entre une école d architecture et une/des école(s) d ingénieur, et la création d horaires aménagés permettant de suivre les deux enseignements de façon complémentaire. À titre d exemple, l école d architecture de Lyon propose ce double cursus, en lien avec les écoles d ingénieurs de l ENTPE, de l École Centrale ou de l INSA Lyon. Cette double formation s étend de la Licence 3 au Master 2 et se termine par la validation du diplôme d ingénieur en deux ans supplémentaires. À Clermont-Ferrand, ce double-cursus est accessible avec l ENSACF et Polytech Clermont. Ce double diplôme permet souvent d ouvrir à davantage de débouchés sur le marché de l emploi, où ce profil est recherché. Cette formation donne plus de clés aux architectes dans leur collaboration future avec des bureaux d études sur des projets communs. http://www.lyon.archi.fr/ Photographe Dessinateur assistant d architecte Ce débouché est accessible au sein des cabinets d architecture et des bureaux d études. Le niveau d accès en Bac+2 y est requis. Un BTS bâtiment ou un DUT génie civil peuvent y conduire tout comme le diplôme de Licence en école d architecture. Le dessinateur assiste l architecte dans toutes les étapes menant de l esquisse (l idée du projet) aux dessins et documents techniques constituant un dossier de permis de construire, préalable à la réalisation du projet. Il peut aussi être chargé d effectuer des relevés sur site et même de suivre le chantier. Il doit savoir s effacer derrière l architecte tout en étant force de proposition pour celui-ci. Le dessinateur doit posséder de bonnes compétences en CAO/DAO (Conception / Dessin Assisté par Ordinateur), faire preuve de précision et assumer le rôle de médiateur entre l idée de l architecte et la réalité du terrain. Historien de l architecture Architecte des bâtiments de France Ce statut est ouvert sur concours d État pour les étudiants en architecture mais aussi à des professionnels de l aménagement. Pour autant, la plupart des personnes recrutées ont suivi l École de Chaillot avant de se présenter au concours. L ABF est fonctionnaire d État et dépend du corps des architectes et urbanistes d État spécialisé dans le patrimoine. Il travaille au sein des services territoriaux de l architecture et du patrimoine rattachés à la DRAC. Chaque département doit être doté d au moins un ABF. Le rôle de celui-ci consiste à assurer la protection du patrimoine, qu il soit architectural, urbain ou paysager. L ABF est consulté à titre d expert et il est chargé de faire appliquer la législation. Son accord est obligatoire pour tout projet de construction à proximité de monuments historiques. Enfin, il lui revient également la programmation d études préalables et la direction des travaux sur les édifices inscrits aux monuments historiques. Ses connaissances en histoire des arts, des techniques et de la construction sont essentielles au bon exercice de son métier. www.citechaillot.fr/fr/formation Architecte-Paysagiste Être architecte-paysagiste implique de compléter sa formation en architecture par une formation délivrant un diplôme de paysagiste DPLG. Ce diplôme est accessible notamment en suivant le cursus de l École nationale supérieure du paysage de Versailles. Dans ce cas précis, les études durent quatre années et le recrutement se fait via un concours. l École nationale supérieure d architecture et de paysage de Lille et l ESAP de Bordeaux proposent également un double cursus architecte-paysagiste. Cette formation propose, entre autres, un apprentissage relatif à la construction des sols et développe une attention particulière à la topographie, à l espace naturel comme artificiel. Devenir architecte-paysagiste nécessite de considérer le contexte du projet architectural comme interdépendant de ce dernier. http://www.école-paysage.fr/ Programmiste Journaliste spécialisé Suite à une formation en architecture, il est possible d effectuer en complément une formation de journaliste. Celle-ci est notamment accessible à l IEP Paris, l école de journalisme de Science Po. Dans cette école, le recrutement de profils externes à l établissement, tels des étudiants en école d architecture, se fait en première année de Master. Pour autant, de nombreux journalistes spécialisés en architecture sont diplômés des deux cursus et certains exercent une activité professionnelle en parallèle (architecte, enseignant-chercheur...). Le principal débouché est un emploi dans la presse magazine spécialisée en architecture, urbanisme et paysage. Le journaliste doit se tenir informé des sujets d actualité en relation à l architecture, réaliser articles et dossiers thématiques sur des sujets variés. Une culture générale solide, une bonne qualité rédactionnelle, une capacité à communiquer, ainsi qu une curiosité à l actualité sont nécessaires pour s engager dans ce métier. www.journalisme.sciences-po.fr/ Architecte maître d œuvre Cf. / 35

Étudiant en urbanisme «La puissance de l urbanisme, c est que ce n est pas une matière définie, c est une nouvelle question de l éphémère, de l adaptabilité... cela se voit dans les collectifs qui naissent.» Thomas Rixens étudiant et membre du collectif Perspectives Urbaines > Les premiers pas Thomas commence ses études à l école d architecture de Clermont-Ferrand après avoir eu son bac dans l Aveyron. Il y fait ses premières années de licence et effectue sa troisième année dans le cadre d un programme d échange en Argentine. Là-bas, il ne valide que le premier semestre pour se laisser du temps. En effet, c est à partir de cette année qu il commence à se poser certaines questions sur son orientation : «J allais entrer en master en architecture sans vraiment y avoir réfléchi. Il me fallait un peu de temps pour me poser et savoir ce que je voulais.» Thomas remet en question son orientation, car la manière dont il conçoit l architecture diverge de l enseignement qu il reçoit : «Apprendre à dessiner le bonheur des gens, c est la première chose que l on nous apprend à l école d architecture.» Il émet une vive critique à l égard du processus pédagogique de l école d architecture. Il compare les rendus de projet à des exercices de marketing. Il reste par exemple très sévère sur le fait qu on lui impose de faire des rendus 3D informatisés, trouvant ce moyen de représentation «hypocrite». En effet, il estime que cet outil, par l illusion de vérité, n assume pas sa tâche d interprétation du réel, présentant ainsi les intentions du projet comme données objectives, contrairement au dessin qui assumerait clairement selon lui le message à faire passer. Lorsqu il postule finalement pour l Institut d urbanisme de Paris, il cherche dans cette nouvelle voie un cadre pour réfléchir aux problématiques de la ville et se doter d un capital critique, en faveur notamment de la dimension politique de l architecture. > Un tournant Thomas considère que ses études à l IUP lui ont apporté des bases théoriques solides sur l urbanisme et la façon dont se fait la ville aujourd hui. Ces deux années lui ont également permis de formaliser les critiques qu il adressait à l exercice du métier d architecte, à son départ de l école. Il interroge ainsi «la légitimité des experts à décider de la ville», qui, sous-couvert de savoirs techniques et par le caractère scientifique de leurs études, se prétendent «apolitiques». Cependant, il souhaite revenir à l ENSACF car il trouve en l architecture un outil de changement des modes de faire et des modes de penser. Il admet également que le diplôme lui donnerait une plus grande légitimité à œuvrer pour ces changements. Il pense aussi que le statut d étudiant est très précieux dans le sens où il peut permettre de changer les choses de l intérieur. > Un collectif Thomas fait partie d un collectif qui se nomme Perspectives Urbaines, fondé en 2012 avec la collaboration de quelques amis de l Institut. Au sein de cet organisme, ceux-ci abordent des thématiques liées à l architecture, à l art, à la ville. Le public qu ils arrivent à toucher est un public majoritairement sensibilisé aux problématiques urbaines, mais leur but, éclairé par leur idéal de l université populaire, est d attirer d autres personnes venues d autres milieux. Le fonctionnement s établit sous forme de réunions, de débats auxquels tout le monde peut participer, et des intervenants proposent des sujets de discussion. Ils revendiquent un «idéal démocratique», souhaitant que tout le monde puisse s exprimer librement dans des «espaces de savoir». Ils attendent pour pouvoir passer à des actions de plus grande envergure. Leur collectif compte aujourd hui une vingtaine de personnes actives, mais ils ne disposent d aucun statut juridique afin de n être redevables envers personne, notamment des institutions. > Quel avenir? Avec son parcours, Thomas nous montre un profil d étudiant engagé dans des démarches de réflexion sur les métiers de la ville, les visions de l urbanisme et de l architecture d aujourd hui. Même si aucun métier clairement identifié ne lui vient à l esprit aujourd hui, il se veut porteur d un renouveau qui est en train de se produire. Liens Blog du collectif Perspectives urbaines http://perspectivesurbaines.over-blog.com Site de l atelier TRANS 305 http://www.trans305.org/ Site du collectif YA+K http://yaplusk.org/ Site de l Institut d urbanisme de Paris http://urbanisme.u-pec.fr «Quand je suis arrivé à l école d architecture, ce qui me plaisait c était à la fois le côté créatif et le côté social. Je considère que l architecture est à la base un art social.» 36 / Cf.

Institut d urbanisme de Paris Cet institut est issu de l école des Hautes Études Urbaines fondée en 1919 par Henri Sellier et Marcel Poëte. L IUP, c est plus de 350 étudiants à l année avec deux types de formations : une formation initiale avec un master «Urbanisme et aménagements» et un doctorat «Aménagement de l espace et urbanisme». Puis une formation continue avec le parcours de master sur «la maîtrise d ouvrage des projets urbains» et une autre préparant aux concours de l administration publique française locale. Trans 305 est un projet mené depuis 2007 par l artiste Stefan Shankland à Ivry-sur-Seine. Il a donné lieu entres autres à une construction collective d une maquette au 1/25 e des bâtiments anciens et futurs, permettant de faire du chantier en cours un lieu d expérimentation. À cette occasion, le collectif Perspectives urbaines, en collaboration avec le collectif YA+K, a participé au chantier et invité le public à un atelierdébat ayant pour thème : «le chantier, quel moyen de réappropriation?». Cet événement s intitulait «Prenons le chantier!» en haut : Prenons le chantier! 2012 en bas : Atelier Trans 305, 2010, Raumlabor-Berlin http://perspectivesurbaines.over-blog.com Cf. / 37

Collectif pluridisciplinaire Sabine Thuilier architecte et co-directrice avec Alexandre Cubizolles du collectif Pixel Sabine Thuilier a pu, pendant ses années de formation, se forger une expérience d une grande diversité, entre stages, voyages d étude, projets pédagogiques, séminaires, ateliers artistiques, et de multiples échanges avec des étudiants de l École d art et de l ENSA de Clermont- Ferrand ; avec certains d entre eux elle fonde en 1998 le collectif PIXEL. L idée prônée par ce collectif étudiant est d abord de faire dialoguer art et architecture et de mettre en œuvre des projets réels de sensibilisation ou d intervention dans l espace public. 38 / Cf. Pixel «C est au fur et à mesure de mes études d architecture que s est développée mon envie d exercer autrement.» > «Chantier conseillé au public» Son projet de fin d étude (TPFE), soutenu en 2000, aborde aussi ces questions de la sensibilisation à l architecture : «Chantier conseillé au public». Sa problématique est de savoir si le rôle des architectes n est pas aussi de sensibiliser les habitants à l architecture et à la construction dans la ville. L architecte est ainsi défini en tant que personne, avec un savoir-faire et une capacité à mener des projets et une réflexion sur le monde environnant. Lors du jury de son TPFE, ce sujet fait débat, certains enseignants estimant qu il ne s agit pas d un «sujet d architecte». La sensibilisation n est alors pas encore reconnue comme une question qu un architecte doit se poser. Pourtant, à la fin des années 1990, plusieurs autres associations comme Le Bruit du Frigo à Bordeaux ou Robin des Villes à Lyon, préexistaient en France dans une démarche semblable d ateliers participatifs, d actions pédagogiques et d interventions artistiques dans l espace public. Forte de ses convictions que l architecture concerne tous les publics, en parallèle à ce travail de fin d études, elle mène pendant deux ans un projet dans un collège avec une enseignante en arts plastiques pour montrer la légitimité de l architecte à sensibiliser à l architecture auprès des élèves par exemple. > Pratiquer autrement En 2001, l association Pixel s est installée à Marseille, à la friche culturelle de la Belle de Mai. Certains membres sont partis dans des voies différentes, comme l assistance à maîtrise d ouvrage, ou l exercice en libéral, restant en contact avec le collectif pour des missions bénévoles pendant un certain temps. Ensemble, Sabine Thuilier et Alexandre Cubizolles ont décidé que cette association, dont ils gardent le nom, serait leur manière de «pratiquer l architecture». Très vite, dans le milieu culturel marseillais où se côtoient de nombreux artistes, ils ont commencé à travailler sur des projets avec de nouvelles personnes, notamment du milieu audiovisuel et de la musique. Le principe du collectif, c est en fait de se retrouver sur des projets avec des personnes venant d autres disciplines. Ainsi, graphistes, vidéastes, plasticiens, acteurs, etc. se joignent à eux selon les besoins des projets : ceux qu ils produisent, montent, proposent et pour lesquels ils vont chercher des financements, comme le Bulb 1, et ceux pour lesquels ils répondent à des appels d offre ou sont directement sollicités, et ont donc un cadre donné dans lequel ils imaginent ce qu ils peuvent faire, comme pour le projet de Sauzé en chantier 2. Ces appels d offre portent de plus en plus sur des propositions d interventions éphémères commandées par des collectivités. Aujourd hui, Pixel est une équipe de trois personnes, avec une antenne à Marseille, où travaille Cécile Gerbel, et depuis 2009, une antenne à Busséol, dans le Puy-de- Dôme, où sont désormais basés Sabine Thuilier et Alexandre Cubizolles. C est après avoir fait plusieurs projets en immersion dans des territoires ruraux que les membres de Pixel ont décidé de s installer en milieu rural, près de Clermont-Ferrand. Pour parler de territoire, il leur fallait s intéresser à l espace rural et pas seulement au milieu urbain, et voir comment développer leur activité dans ce milieu. Grâce au dispositif «résidences d entrepreneurs» mis en place par la Région Auvergne, Sabine Thuilier a pu bénéficier pendant six mois à son arrivée à Busséol d un salaire assuré par le Conseil Régional, le temps de démarcher et de se rendre compte de la faisabilité de son projet. À Busséol, village situé à une trentaine de kilomètres de Clermont, le collectif a ainsi installé dans un ancien presbytère son «Quartier général» accueillant diverses actions : événements culturels, créations in situ, ateliers jeune public, accueil d artistes en résidence. Être en parallèle sur ces deux lieux - Marseille et Busséol - apporte au collectif une richesse en lui permettant d avoir du recul sur deux territoires différents : un milieu urbain culturel acquis et conquis, et un milieu rural où la culture ne cherche qu à émerger. L installation du collectif à Busséol lui a aussi ouvert d autres réseaux, notamment avec les Parcs Naturels Régionaux, et permis de rencontrer d autres acteurs, et d autres logiques dans les projets. Le collectif vient par exemple de finir une série d ateliers avec des lycées agricoles en Auvergne : Moulins, Montluçon, Rochefort- Montagne et Brioude. Projet fédérateur

régional initié par la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) et la DRAF (Direction régionale de l agriculture et des forêts) pour l année scolaire 2012-2013, il s agissait d intervenir pendant une semaine auprès des classes. Pixel a été sollicité directement pour ce projet. Il a proposé, avec des artistes, de questionner le paysage à travers des réalisations qui ont donné lieu à un rendez-vous public, un événement fédérateur dans la ville : à Moulins, une machine à rurbaniser en structure bois ; à Montluçon, un parcours avec plusieurs anamorphoses, dont une représentant un cheval et signifiant «l urbanisation galopante» ; à Rochefort- Montagne, un parcours nocturne autour des points d eau du village avec des lumières et des projections. Ce type de sollicitation permet au collectif de travailler sur de nouvelles questions, ici par exemple des questions propres aux filières des lycées agricoles. Il développe ainsi, avec les élèves, des outils de réflexion et d expression. > Sur l espace public La question du «fond», c est-à-dire du message porté par ses actions, est primordiale pour Pixel. L enjeu est de porter sur l espace public un regard réflexif, interrogatif, critique. Le collectif a toujours demandé à avoir carte blanche sur les projets qu il propose. Ses actions ne sont pas complètement dénuées de pensées politiques, au sens large du terme. Exercer l architecture de cette manière est un choix qui doit être assumé, au risque de devenir un «professionnel de l animation» ou bien un support de communication. Car plus qu un travail d animation, les interventions du collectif se veulent porteuses d une éducation populaire et d une sensibilisation aux problématiques actuelles de l architecture et du territoire. Pour cela, les projets ont besoin d être portés par une réelle volonté des politiques et des collectivités. En effet, les débats que peuvent amener les actions du collectif sont parfois sensibles. Pixel y a été confronté cette année pour un projet dans une ville qui n a pas abouti. Les intervenants souhaitaient travailler sur la question de la vidéosurveillance, alors en installation par la municipalité. Avec les habitants, le rapport est plutôt facilité du fait du regard extérieur qu apporte le collectif. Les membres ne connaissent pas forcement les querelles, les problèmes qui préexistent, même s ils font quelques repérages avant. Une synergie se met ainsi en place pendant l intervention, rendant riche ce qui peut en ressortir ensuite. Mais Sabine Thuilier souligne encore ici le fait qu il faut être vigilant dans ce type de démarche : accompagner les choses auprès des habitants, expliquer. Car s il existe aujourd hui un regain d intérêt pour les collectifs pluridisciplinaires, il faut faire attention à la façon dont cela est fait. C est ce qu affirme ainsi la co-directrice de Pixel : «D un seul coup, les artistes et les architectes sont partout, mais il faut voir dans quel but on le fait.» Elle donne l exemple d une école d art qui était intervenue sur un chantier et qui ne comprenait pas que les engins écrasent ses œuvres. La question qui se pose ici est celle des limites des intervenants extérieurs, artistes, architectes, etc. Au-delà de cette question de l action des collectifs et de leur place dans l espace public, Sabine Thuilier évoque aussi sa légitimité en tant qu architecte dans un collectif pluridisciplinaire. Pixel intervient dans des projets d expérimentation, de transmission et de diffusion autour des thèmes de l architecture, de l art et du territoire. Directrice artistique, elle intervient surtout dans ce qui concerne la sensibilisation. N ayant eu qu une seule expérience de maîtrise d œuvre pour une commande expérimentale à Marseille en collaboration avec une agence d architecture, elle estime tout de même faire de l architecture, mais d une autre manière, pas forcément reconnue de «La question de l action culturelle en milieu rural devient une préoccupation contemporaine.» 1 Le Bulb est une structure gonflable autoportée de 10 m de diamètre animée en temps réel depuis l intérieur par des projections d images, de la diffusion de sons et des jeux d ombres. Selon ses concepteurs, c est un «dispositif exploratoire des territoires contemporains». Il est chaque fois adapté au lieu dans lequel il se pose, s adressant aux habitants dans le but d ouvrir des pistes de réflexion sur le cadre de vie et le territoire. Le Bulb a été présenté entres autres à la Fête des lumières de Lyon en 2004, à Chalon dans la rue en 2004, à Madrid en 2007, dans le Quercy en 2008, à Séoul en 2010, en Tunisie en 2013. Pixel Cf. / 39

la profession. La question de sa légitimité en tant qu architecte non maître d œuvre s est alors posée lorsqu elle a souhaité enseigner à l École nationale supérieure d architecture de Clermont-Ferrand. Mais en première année, au sein de laquelle elle professe, le projet reste un terrain d expérimentation dans lequel elle retrouve tous les outils de sensibilisation qu elle a pu développer auparavant dans ses interventions : «Je pense qu en première année, on a besoin de gens qui font passer la méthode de projet.» Aussi, pour amener les étudiants vers des projets concrets, Sabine Thuilier tenait à ce que l école d architecture puisse leur proposer un projet de sensibilisation en dehors de l école. Sensibilis(actions), un optionnel proposé en Master 1, se développe ainsi en partenariat avec l école élémentaire Charles Perrault, dans le quartier de la Gauthière à Clermont- Ferrand. Aujourd hui, contrairement à la plupart des collectifs inscrits dans la même démarche, Pixel communique assez peu sur ses actions, et notamment sur leur sens. Pourtant, comme exprimé précédemment, le collectif s applique à amener des idées sur l espace public et envisage désormais de s ouvrir un peu plus à la recherche, à la réflexion et, de facto, à la communication, notamment via son site Internet. Afin d offrir plus de transparence à ses actions. Liens Site du collectif Pixel http://www.pixel13.org/ Blog du collectif Pixel à Busséol http://www.quartiergeneral.org/ Site de la friche Belle de Mai http://www.lafriche.org/ Blog de Sauzé en chantier http://sauze-en-chantier.over-blog.com/ Site de Cœur de Courpière http://coeur2courpiere.lamotrice.com/projet «On ne fait pas de maîtrise d œuvre, mais on met en œuvre autre chose...» > Sabine Thuilier Diplômée de l ENSACF en 2000, elle a passé pendant ses études un an en Écosse dans le cadre du programme Erasmus. Elle a aussi effectué un stage chez arc en rêve, centre d architecture à Bordeaux, et a participé à un séminaire à l Institut pour l art et la ville à Givors, organisé par l historien, Alain Charre. Elle a également participé à un atelier de structure gonflable avec Hans-Walter Müller. L association Pixel a été créée en 1998 avec des étudiants de l École d art et de l École d architecture. Le collectif s est installé en 2001 à Marseille, à la friche Belle de Mai. Dans cette ville, Sabine Thuilier a été aussi responsable de la Maison de l architecture de 2006 à 2008, où elle a travaillé sur la scénographie d expositions. Elle a suivi une formation professionnelle «Europe leadership and cultural project» à Paris. Depuis 2009, elle est directrice artistique au «Quartier Général», à Busséol (63). Depuis 2011, elle est en même temps enseignante de projet - qualifier l espace, au deuxième semestre de Licence 1 à l École nationale supérieure d architecture de Clermont-Ferrand, et depuis 2012, pour l optionnel Sensibilis(actions) Master 1. Pixel / Alexandre Cubizolles Pixel / Florent Giffard «Que vois-tu venir à l horizon?» Anamorphoses, Durdat-Larequille (03) Workshops dans le cadre du Projet fédérateur régional avec les lycées agricoles 2012/2013, mené dans 4 établissements : Moulins (03), Durdat-Larequille (03), Brioude-Bonnefond (43), Rochefort-Montagne (63) Cour π R2 - surface d échanges Courpière (63) - Novembre. Dans le cadre du projet Cœur de Courpière, proposition en réponse à l étude «Habiter autrement les centres-bourgs» lancé par le PNR Livradois-Forez et le Conseil Général du Puy de Dôme 40 / Cf.

> Alexandre Cubizolles Directeur artistique et co-fondateur de Pixel, il est diplômé de l ENSACF. Il a été inscrit à l Ordre des Architectes, ce qui lui a donné une expérience de maîtrise d œuvre. Il a une formation d artificier et a eu un statut d artiste indépendant, grâce auquel il a pu concevoir par exemple une sculpture interactive en 2000 répondant à un concours organisé par la ville de Clermont-Ferrand : l Œil, connecté à un vidéoprojecteur qui, à la tombée de la nuit, diffusait des images de paysages urbain et naturel. Avec Pixel, il a conçu et dirige entre autres le projet du Bulb. Ces dernières années, Alexandre Cubizolles participe à divers projets, notamment à l étranger : il a organisé des interventions sur l espace public avec des étudiants d art et d architecture à Beyrouth et a également encadré un atelier avec des artistes égyptiens en 2011 à Alexandrie. Il a collaboré ou encadré de nombreuses formations sur l art et les espaces publics. Il intervient à l ENSACF dans le cadre de l optionnel Scénographie en Master 1 et travaille avec des étudiants de l ENSA Nantes pour l Atelier du court-métrage, ainsi que l optionnel Transformations urbaines éphémères. 2 Sauzé en Chantier est un projet à l initiative du CAUE des Deux-Sèvres visant à créer le débat auprès des habitants autour de la question de la révision du Plan Local d Urbanisme de la ville de Sauzé-Vaussais. Il a pris la forme d une mission d accompagnement artistique en 2011. Le collectif Pixel a imaginé un chantier éphémère en trois temps, pendant lequel, à travers les rencontres et les idées qui ont émergé, ses propositions se sont construites. Il a ainsi travaillé autour de la question de l identité des habitants et redonné vie pendant un week-end à la rue commerçante par un aménagement de l espace public éphémère avec peu de moyens. Sauzé en chantier - Pixel / Florent Giffard Sauzé en chantier - Pixel / Nicolas Wismann Cf. / 41

Scénographie urbaine Paris-Plages 2011, agence Nez Haut La scénographie désigne l art de mettre en scène l espace avec des moyens divers : couleurs, techniques, lumières, objets, design, volumes, etc. Le but est d aménager un lieu pour créer de nouveaux usages, de nouvelles ambiances sur un espace de représentation ou un espace public. Cela peut s apparenter à un art de la métamorphose. Sur un espace en ville, le piéton devient alors acteur de la scène. Les registres et degrés de la mise en scène peuvent être très variés selon les thématiques abordées. Dans l espace urbain, elle démontre par exemple une multiplicité des pratiques des usagers. La Fête des lumières (Lyon) est un exemple d évènement nécessitant des compétences de scénographie urbaine. Tout se joue sur le rapport qui existe entre le public, qui devient acteur, et le metteur en scène, le scénographe urbain. Il s agit pour ce dernier de mettre en exergue «l âme» de l espace public qui accueille plusieurs fonctions et n est pas dédié à un seul usage. La scénographie urbaine fait ainsi émerger des tensions dans l espace public, des intensités d usages, des temporalités, des parcours, etc. > Une pratique qui se développe La scénographie urbaine est une pratique qui se développe de plus en plus au sein de collectifs pluridisciplinaires (artistes, plasticiens, architectes, urbanistes, designers, paysagistes...). On la retrouve dans la conception de projets d espaces publics, lorsque l on (ré)aménage par exemple une place. Il existe dans certaines écoles d architecture, comme celle de Nantes, une formation complémentaire pour accéder au métier de scénographe, délivrant des notions fondamentales de mise en scène. D autres formations sont possibles dans des écoles spécialisées. Au centre des questions générales ressortent surtout des notions de mise en scène de l espace par les lumières, les textures, les matières, les ambiances... Une mise en scène doit raconter une histoire, il s agit alors de trouver les ressources pour la raconter et développer un ou plusieurs scénarios selon les contextes. > Scénariser l espace Précurseur de cette pratique de scénographie urbaine et concepteur de Paris-Plages, Jean-Christophe Choblet a deux formations : une de scénographe-plasticien et une autre d urbaniste. Après avoir travaillé sur l Exposition universelle à Hanovre en 2000, il monte une agence avec l idée que l on pourrait «faire de la ville avec les moyens de la scénographie». Sa méthode de travail est avant tout une étude de terrain très fine qui va devenir le support pour raconter une histoire. Toute l approche de projet de ce scénographe de l urbain est basée sur des narrations, des sentiments, des rêves, à partir desquels il crée une sorte de «dramaturgie de l espace». Par exemple, sollicité par Defacto (établissement public du quartier d affaires de la Défense), il a pour mission de valoriser l espace public de cet environnement principalement dédié aux bureaux, esplanade qu il juge très figée. Son agence passe alors plusieurs mois sur place pour mettre en place des cartes sensibles qui feront ressortir des axes de tensions, des «chiffonnements», des intensités dans l espace. Une dramaturge et musicienne ajoute ensuite des mots à ces cartes. À partir de cette «partition en mouvement», Jean-Christophe Choblet travaille sur une «programmation calendaire» qui met en exergue les moments les plus intéressants à programmer, et pour quel type de programme. > Aborder l espace public différemment Ce travail aboutit en 2012 sur une proposition de programmation de la première Biennale du mobilier urbain, «Forme Publique». Il choisit ainsi de travailler sur une programmation qui propose du mobilier urbain disposé de façon temporaire, pour valoriser et dynamiser l esplanade de la Défense. La commande politique sur l espace public changeant sensiblement aujourd hui, par ses actions, Jean-Christophe Choblet tire profit de l éphémère pour travailler avec la population, anticiper d importantes mutations urbaines : il s agit alors de préfigurer des espaces, de tester des choses sans engager la ville et ses pratiques sur plusieurs années. Une autre problématique de la ville qu évoque ce scénographe urbain est de savoir comment préparer les villes à accueillir de l éphémère. En effet, ce modèle d intervention coûte cher, notamment en énergie car les villes ne sont pas souvent équipées pour accueillir ce type de manifestations ou de programmations. L enjeu est alors de ne pas trop occuper le sol tout en ayant les moyens d amener l eau et l électricité sur un espace qui puisse toujours répondre à la demande. Finalement, aujourd hui la scénographie urbaine n est pas encore une pratique clairement définie. Elle s applique à plusieurs champs de l architecture, de l urbanisme, de l art, du spectacle, etc. Dans la perspective d une certaine adaptabilité de la ville, la scénographie urbaine se justifie par son caractère éphémère, catalyseur et fédérateur pour la ville. Propos extraits de l intervention «La Ville est une scène» de Jean-Christophe Choblet dans la Petite Leçon de Ville : «Ville & Pratiques, ou comment l espace public articule-t-il différents usages?» du 15/03/12 organisée par le CAUE 75 et visible sur le site http://caue75.archi.fr Site de l agence Nez Haut http://www.nezhaut.com «Imaginer un espace public qui prendrait appui sur l idée-même du récit et de la temporalité.» J.-C. Choblet 42 / Cf.

CHOBLET & Associés Agence Nez Haut Jean-Christophe Choblet est un scénographe de l urbain depuis 1992. Au sein de l agence de scénographie Nez Haut, il travaille pour des expositions, la scénographie d évènements, la programmation et les questions liées à l éphémère dans l espace public. Il est notamment avec son agence le créateur de Paris-Plages et de Forme publique. en haut : «La grande cantine», agence Talking Things en bas : «Dune», collectif NUDE «Forme Publique» est une manifestation initiée par Defacto, l établissement public en charge de la gestion et de l animation de La Défense. Elle a été imaginée par le scénographe urbain Jean-Christophe Choblet. «Elle a pour ambition de lancer une réflexion et une expérimentation sur la problématique du mobilier urbain dans les quartiers d'affaires à l échelle internationale.» Agence Nez Haut La maquette 3D présentée à gauche est issue de l étude préalable menée par l agence Nez Haut à la Défense. Les bulles sont intitulées par Jean-Christophe Choblet : «bulles de résonances d activités». Elles sont réellement dimensionnées en fonction des personnes qui font le même usage à un moment donné. Cf. / 43