PES - 2011/2012 Le développement du dessin Intérêt de l étude du dessin Apport d informations sur l'organisation mentale de l'enfant (de ce qu'il a dans la tête, comment il perçoit et comprend le monde) et son évolution, en particulier l'évolution de la pensée symbolique (représenter par un signifiant présent un signifié absent ) Indicateur du développement : - du schéma corporel - de la latéralisation Corinne Totereau 1 - de la représentation de l'espace 2 Le dessin comme témoin de l évolution de l enfant au niveau - psychomoteur : la qualité de son graphisme dépend en partie de ses possibilités psychomotrices - intellectuel : ex du dessin du bonhomme et de l égocentrisme intellectuel par la juxtaposition d éléments qu il a du mal à coordonner - affectif : expression de son imaginaire, de ses émotions et de son vécu intérieur, de ses problèmes du moment Pour Piaget, parallèle avec le jeu : - jeu fonctionnel : gribouillage ; action répétée pour le seul plaisir de faire ; - jeu symbolique : dessin représentatif cherchant à symboliser, plutôt qu à reproduire fidèlement ; - jeux de règles (vers 7-8 ans) : plus grande conformité aux formes visuelles et plus grande exigence de ressemblance avec la réalité. 3 4 Évolution du dessin Intérêt de nombreux psychologues pour le dessin : - Georges-Henri Luquet qui a consigné les milliers de dessins de sa fille Simone (publication en 1927 de son livre "le dessin enfantin") - Florence Goodenough avec le dessin du bonhomme - Paul Osterrieth - Liliane Lurçat (acte graphique, espace, schéma corporel) Accord général sur les grandes lignes, les grandes étapes (selon P. Osterrieth) - le gribouillage de 1 an 1/2 à 3 ans : pour Luquet, réalisme fortuit vers 2/3 ans - le schématisme de 3 à 9 ans : pour Luquet, réalisme manqué vers 3/5 ans et réalisme intellectuel vers 5/8ans - le réalisme conventionnel de 9 à 13 ans : pour Luquet, réalisme visuel à partir de 9 ans 5 - différenciation et tarissement de l'activité graphique à l adolescence 6 1
Les débuts de l expression graphique : le gribouillage de 1 an ½ à 3 ans Production des 1 ers tracés vers le début de la 2 ème année Dominance de l impulsivité motrice sur la fonction représentative, répond à un besoin fonctionnel Tracés par simples activités motrices, en l absence de contrôle visuel (tracés lancés, de balayage - va et vient continu du geste -, puis griffonnages circulaires) Plusieurs étapes rendues possibles par : - le contrôle progressif du mouvement à la fois au niveau du bras, de la main et des doigts (du proche au distant) - l intervention croissante du contrôle visuel (l œil qui au début suit la main, la guide par la suite). Pas d action motrice figurative. Uniquement le plaisir du mouvement pour le mouvement 7 8 À 16 mois : tracés issus de mouvements perpendiculaires au plan de la feuille, rotation de l épaule À 20 mois : utilisation spontanée de la main pour maintenir la feuille de papier, tracé impulsif qui dépasse souvent le cadre de la feuille, crayon tenu à pleine main Balayages horizontaux ou obliques, vers la droite pour les droitiers et vers la gauche pour les gauchers. Rotation du coude À 21 mois : 1 ers tracés circulaires dans le sens horaire uniquement, séries de courbes par rotation du poignet À 24 mois : imitation d un trait, puis gribouillages circulaires qui résultent de la coordination du mouvement de rotation de l avantbras et de l avancement ou du retrait du bras 9 10 Pour Luquet : réalisme fortuit vers 2/3 ans Interprétation après coup par l enfant de son dessin, entre 20 à 24 mois A 30 mois : imitation d un trait vertical et horizontal, cercles rendus de plus en plus précis par les mouvements de rotation du poignet Au cours de la 3 ème année : découverte par l enfant de la relation entre son mouvement et la trace produite, intérêt pour cette trace qu il va interpréter après coup «j ai fait» Au niveau moteur, le contrôle croissant permet la limitation du tracé et le ralentissement du mouvement Vers 3 ans : mouvements circulaires dans les 2 sens avec les 2 mains Contrôle des courbes, des spirales 11 Vers 3 ans ½ : apparition des lignes parallèles au bord de la feuille (ligne de base) et des croix 12 2
L étape du schématisme : de 3 à 9 ans L âge d or du dessin enfantin Anticipation visuelle de l acte graphique Au cours de la 4 ème année : valeur vraiment représentative du dessin, effort de l enfant pour imiter le réel, recherche de la ressemblance avec les objets en annonçant le thème de son dessin avant de commencer L étape du schématisme : réduction de la représentation figurée des objets à quelques détails sommaires Entre 3 et 7 ans, constitution d un répertoire de structures graphiques qui ont une valeur représentative et qu on appelle des types, des schémas (schémas du chapeau, de la tête ) pour Osterrieth, des idéogrammes pour Lurçat L enfant ne cherche pas la copie exacte de l objet. Perfectionnement du contrôle moteur, qui permet la réalisation des premiers bonhommes reconnaissables, qui vont être à la source de toutes les figurations ultérieures 13 14 Entre 3 et 4 ans : dessin surtout énumératif Accumulation sur la feuille de schémas correspondant aux objets les plus divers (sapin de noël, personnage ) avec un emplacement arbitraire 15 16 Vers 4 ans : plaisir à représenter de façon répétée les objets de sa vie quotidienne (bonhommes, maisons, fleurs) Apparition de scènes rudimentaires : mise en relation d objets et de personnages (auto dans le garage ou sur la route, maman dans la maison, dans le jardin, chien dans la niche) Vers 5 ans : véritables scènes : réalisation de scénarios, rôle des personnages Dessins d événements familiaux (le repas, les jeux à l extérieur) ou vus à la télévision (dessins animés). époque des personnages en série qui conduisent à la représentation de la famille avec la différenciation des sexes 17 18 3
papa maman mon frère A partir de 6 ans, ou un peu avant : Apparition des paysages, avec arbres et maisons (transparence de la maison), avec une ligne de sol (ou le bord inférieur de la feuille), une ligne ou une bande représentant le ciel, le soleil Organisation des éléments du dessin dans l espace mon chien 19 20 difficulté avec la représentation de l espace : cheminée perpendiculaire à l oblique du toit, arbre sur la montagne, niveau d eau dans la bouteille penchée Courant jusqu à 7 ou 8 ans Vidéo: Dessin du niveau du liquide http://archives.tsr.ch/pla yer/piaget-dimensions 1h01 39 (dossier CM5, méthode piaget) Ensuite représentation du mouvement et de l action, qui amène à 2 nouveautés : - une altération des schémas habituels : non respect des proportions, des membres des personnages, déformations partielles, localisées à un segment du corps (l allongement démesuré du bras du personnage censé cueillir un fruit ou ramasser un ballon pour figurer l action), 21 22 - l apparition du profil, pas correct d emblée (ex : personnage de face avec les pieds de profil, la tête de profil sur un buste de face). Apogée du schématisme entre 7 et 9 ans : diversification des scènes et des paysages, témoignant de l accroissement des expériences et des connaissances de l enfant, aussi bien en ce qui concerne les objets et les personnes que les relations Utilisation des couleurs plus conventionnelle 23 24 4
Pour Luquet, deux démarches graphiques successives à cette étape du schématisme: le réalisme manqué, vers 3/5 ans Difficulté à synthétiser : juxtaposition des éléments au lieu de faire un tout cohérent (scène de paysage) ou éléments mal placés, collés les uns aux autres et disproportionnés : chapeau au-dessus de la tête, boutons de la veste à côté 3 procédés sont utilisés à cette période du réalisme intellectuel : - la transparence : l enfant dessine ce qui est important pour lui et qui en principe est invisible (le bébé dans le ventre de la maman) ; - le rabattement : les éléments dessinés sont comme aplatis (arbres rabattus de chaque côté de la route, les roues de la voiture) ; le réalisme intellectuel, vers 5/8 ans L enfant dessine ce qu il sait de l objet et non ce qu il voit et son dessin contient tous les éléments réels de l objet même s ils sont invisibles. - la multiplication des points de vue : les différents éléments d un objet sont envisagés simultanément sous des angles différents (un visage de profil avec 2 yeux) 25 26 - la transparence - le rabattement 27 28 - la multiplication des points de vue La phase du réalisme conventionnel (de 9 à 13 ans) Pour Luquet, le réalisme visuel à partir de 8/9 ans et au-delà : l enfant dessine ce qu il voit et non plus ce qu il sait de l objet ; réalisme perceptif : dessin conforme aux apparences avec reproductions des perspectives, des volumes, des proportions Souci d une représentation naturaliste, plus conforme aux informations d ordre visuel, plus formel Fin du dessin enfantin en tant que tel, perte de la fougue et de la spontanéité observées chez les enfants de 4 à 6 ans Désintérêt pour le dessin vers 11/12 ans (ou approfondissement) 29 30 5
Disparition graduelle des transparences et des rabattements Dessin qui correspond à une étude plus réfléchie et non plus seulement à quelque chose de vécu Effort pour respecter les couleurs et perte de la fantaisie du dessin Changement frappant à 9 ans dans la précision toujours plus grande apportée aux éléments figurés, dans le souci du détail et la maîtrise des formes. 31 Le dessin est destiné au regard extérieur ; le souci de rigueur dans la figuration rend cette dernière plus rigide et moins expressive. 32 Après 12 ans : apparition de critères esthétiques ou d un style personnel (caricatures, graffitis ) À l adolescence : soit abandon de l activité graphique soit qualité de leurs productions 33 6