Note de présentation du Projet d évaluation d un programme communautaire d hygiène et assainissement au Mali. Initiative conjointe CEDLAS - DNACPN Février 2011 1
Résumé... 3 Description de l étude... 3 Contexte de l étude... 3 Détails sur le programme communautaire d hygiène et assainissement... 4 Objectifs de l étude... 4 Méthodes... 5 Insertion dans stratégie globale du secteur... 6 Février 2011 2
Résumé Notre étude vise à évaluer un programme d Assainissement Total Piloté par la communauté (ATPC) au Mali. Ce programme vise à ce que chaque ménage ait accès de manière privée à des latrines avec un équipement minimal assurant l hygiène (savon, seau d eau). En effet, dans les régions rurales du Mali, 28% de la population continuent à déféquer à l air libre (contre 4% de la population urbaine). Afin de parvenir à réduire cet écart, les intervenants APTC tentent de faciliter la prise de conscience et l action communautaire de populations rurales vis-à-vis des problèmes d hygiène et de santé reliés à la pratique de la défécation à l air libre. Mettre fin à la défécation à l air libre aidera le pays à atteindre l objectif 7c des objectifs du Millénaire qui est de réduire à moitié, d ici 2015, la proportion de la population n ayant pas accès à des services d assainissement de base. Les leçons tirées de l expérience malienne seront pertinentes pour le reste de la région africaine, où plus d un tiers de la population rurale 200 millions de personnes n ont toujours pas accès à ces services de base. Description de l étude Contexte de l étude Le revenu moyen par habitant au Mali est en 2008 de PPP $ 1100. Plus de 50% de la population en 2006 vit avec moins de PPP$1.25 par jour et plus des trois-quarts des Maliens vivent avec moins de PPP$2 par jour. Les résultats en termes de santé sont alarmants. L espérance de vie à la naissance est de 45 (pour les homes), 48 (pour les femmes), l une des plus faibles dans le monde. Le taux de mortalité par mi les enfants de moins de cinq ans est de 217 pour mille, l un des plus élevé dans le monde. La mortalité maternelle est aussi une des plus élevée au monde, à 1200 par 100,000 naissances. Le manque d accès à des infrastructures de base (latrines) est un des facteurs pouvant expliquer les résultats en santé. Selon les données de l Enquête Démographique et de Santé de 2006, 40% des ménages sont équipés de latrines privées basiques, 26% ont accès à des latrines partagées et 28% défèquent à l air libre. L importance du lien entre latrines et santé dépend vraisemblablement d un nombre de facteurs : des facteurs physiques (type d accès à l eau, type de structure d habitation), et de facteurs humains. L adoption de nouvelles pratiques (utilisation des latrines) requiert une mobilisation autour des problèmes (santé, hygiène) liés aux anciennes pratiques (défécation à l air libre). En ce qui concerne l accès à l eau, 86% des ménages ont accès à l eau des puits, 7% à l eau au robinet et 6% à des eaux de surface. Chercher l eau est coûteux en termes de temps: bien que 40% des ménages n ont pas à se déplacer pour chercher l eau, 53% vont entreprendre des déplacements de moins de 30 minutes, et 5% des déplacements de plus de 30 minutes. Les femmes et les filles (dans 41% et 16% des ménages) sont celles qui Février 2011 3
portent le fardeau de la collecte de l eau. Plus de 60% des ménages ne traitent pas l eau avant de la boire. Les dommages en termes de santé liés aux pratiques de défécation à l air dépendent aussi des structures des habitations. On trouve que 70% des ménages ruraux vivent dans des habitations dont les sols sont de terre ou de sable, 20% avec des sols de terre battue et seulement 8% ont des sols en ciments. Détails sur le programme communautaire d hygiène et assainissement L approche standard dans le secteur de l assainissement consiste à offrir des moyens techniques ou monétaires pour la construction d équipement sanitaires de base. Mais, bien souvent, subventionner ou directement construire des latrines est insuffisants si ces équipements sont peu ou pas utilisés. L approche APTC, au contraire, vise à mobiliser la communauté autour du problème et de faciliter la prise de décision collective. Il y a deux phases dans cette intervention. La première est la phase de mobilisation et facilitation communautaire : la communauté est réunie pour une demi-journée et des animateurs facilitent la mobilisation autour de la question de la défécation à l air libre. Le plus souvent, cette mobilisation débouche à une prise d engagement par les membres de la communauté à s équiper de latrines. Dans une deuxième phase, des équipes de suivi sont envoyé sur le terrain pour rendre visites aux membres de la communauté. Le programme de visites est assez intensif (deux fois par semaine pendant une période de 1 à 3 mois) et vise à s assurer que les engagements pris lors de la première phase soient respectés. L intervention en tant que telle s arrête à la fin de cette phase de suivi. Six mois après la première visite à la communauté, les autorités maliennes chargées du secteur de la santé se chargent de la certification de la communauté comme communauté «propre». Pour obtenir la certification, la communauté doit s assurer que chaque ménage soit équipé de latrine privée avec au minimum un seau et un savon. La certification, quand elle est obtenue, donne lieu à une cérémonie qui est médiatisée et est cause de fierté pour la communauté. Objectifs de l étude Nous avons identifié pour cette étude un certain nombre d indicateurs qui potentiellement seront affectés par l intervention. Ceux-ci incluent : 1) Des indicateurs de résultat intermédiaire sur les pratiques d hygiène : construction de latrines, type de latrines, utilisation des latrines, présence d eau et de savon, hygiène des mains. 2) Un indicateur de résultat final sur les pratiques sanitaires : présence de latrine privée équipée de savon et d un seau d eau pour chaque ménage de la communauté. 3) Des indicateurs de santé : maladies diarrhéiques chez les enfants de moins de 2 ans et ceux de moins de 5 ans, données anthropométriques pour les enfants, état de santé reporté pour tous les membres du ménage, état de santé de la Février 2011 4
communauté selon les guérisseurs traditionnels et le personnel médical local, dépenses en santé. 4) Autres résultats (hors santé) : assiduité à l école, utilisation du temps, sécurité des femmes. 5) Résultats psychologiques : connaissances, perceptions du risque, efficacité personnelle. Nous porterons une attention particulière à la question de la pérennité des effets de l intervention. Nous examinerons les effets une fois le processus de certification complété. Nous nous proposerons aussi une analyse coût-bénéfice qui tiendra compte de tous les coûts liés à l intervention (provenant du budget du programme, mais aussi les coûts nonbudgétisé). Finalement, nous examinerons les possibilités de mise à l échelle de cette intervention. Méthodes Nous emploierons des méthodes mixtes, quantitatives et qualitatives pour évaluer les impacts de ce programme. Il est important afin d identifier l effet causal de l intervention de reconstruire la situation contrefactuelle qui décrirait ce qui se serait produit en l absence du programme. L approche idéale consiste choisir de manière aléatoire, parmi un échantillon de communautés ciblée par le programme mais en liste d attente pour l intervention, un échantillon de communautés où le programme sera mis en œuvre, ou «groupe de traitement». Il sera important alors de faire le suivi des indicateurs de résultats discutés précédemment pour les communautés du «groupe de traitement» mais aussi pour celles pour lesquelles le programme ne sera mis en œuvre que plus tard, le groupe de communauté «témoin». 1 Nous conduirons aussi une évaluation extensive des opérations du programme pour identifier les obstacles, s il y en a, à la mise en œuvre de l intervention. Nous effectuerons aussi une analyse qualitative détaillée pour identifier les défis potentiels à surmonter afin d assurer la pérennité de l intervention, une fois la certification obtenue. Nous planifions une collecte de données à trois points dans le temps : a) entre avril et juin 2011, une enquête de référence avant la mise en œuvre de l intervention, permettant de faire un diagnostic sur les communautés à l étude b) un enquête de suivi entre avril et juin 2012, dès que la fin de l intervention, principalement pour collecter des données sur les opérations du programme, c) une enquête de suivi finale 12 mois après le début de l intervention (débutant en octobre-novembre 2012) qui servira à évaluer la pérennité de 1 Plus précisément, la dernière collecte de données pour cette étude débutera en octobre 2012. Il sera nécessaire de maintenir le groupe «témoin» intact jusqu à cette date. Cela implique de repousser la mise en œuvre du programme pour ces communautés à la fin 2012. Février 2011 5
l intervention. La collecte de données se fera au niveau des communautés et des ménages. Insertion dans stratégie globale du secteur Depuis 1990, le secteur de l assainissement est considéré au Mali comme un secteur prioritaire pour améliorer le bien-être général des populations rurales. Un certain nombre de mesure visent à réduire l écart entre zones rurales et zones urbaines dans ce secteur. La pérennité et l engagement d acteurs clé (État, ONG et population) est un des piliers des stratégies et programmes du pays vis-à-vis du secteur, notamment pour le développement du Programme Sectoriel Eau-Assainissement (PROSEA). Février 2011 6