Rev. sci. tech. Off. int. Epiz., 1982, 1 (1), 29-45. Système d'information et de surveillance épidémiologique des maladies vésiculeuses dans les Amériques(*) par Raúl CASAS OLASCOAGA(*) Le présent rapport donne une vue d'ensemble du système d'information et de surveillance épidémiologique des maladies vésiculeuses, développé dans les pays d'amérique, avec la coopération du Centre Panaméricain de la Fièvre Aphteuse (CPFA). On en trouvera les détails dans la bibliographie jointe. 1. GÉNÉRALITÉS SUR LE DÉVELOPPEMENT DU SYSTÈME D'INFORMATION ET DE SURVEILLANCE ÉPIDÉMIOLOGIQUE Les années 60 ont vu la naissance de programmes organisés et systématiques de prophylaxie et d'éradication de la fièvre aphteuse dans les pays d'amérique du Sud. A cet effet, les gouvernements ont consacré leurs propres ressources et, dans certains cas, souscrit des emprunts auprès de la Banque Interaméricaine de Développement (BID). Cette action a permis aux pays d'établir et de compléter l'infrastructure de leurs services vétérinaires. De plus, tout en assurant en priorité les programmes de lutte contre la fièvre aphteuse, elle a servi de base dans certains pays (Bolivie, Brésil, Équateur, Paraguay) à l'organisation de programmes contre d'autres maladies qui freinent la production animale, telles que la brucellose, la tuberculose, la rage et les parasitoses. (*) Traduction du rapport original présenté au cours de la V e Conférence de la Commission Régionale de l'o.i.e. pour les Amériques, Buenos Aires, Argentine, août 1981. (**) Directeur du Centre Panaméricain de la Fièvre Aphteuse, Caixa Postal 589, 20000 Rio de Janeiro, RJ, Brésil.
- 30 - Cette rationalisation des activités de lutte contre la fièvre aphteuse dans les pays en question a déclenché un processus de modification de la gestion des programmes et mis l'accent sur la nécessité de l'information. Dans la période antérieure à 1970, les pays ont pris conscience de la nécessité de disposer de systèmes d'information et de surveillance épidémiologiques. Dès sa création, le Centre a commencé à rassembler des informations épidémiologiques, principalement à l'occasion des visites de ses conseillers dans les différents pays. Au milieu de 1961, à la suite de la 8 e résolution adoptée par la 28 e Session Générale de l'office International des Épizooties (OIE), les pays sudaméricains ont accordé l'autorisation de publier périodiquement les résultats de l'identification des prélèvements envoyés au Centre. De plus, des rapports étaient reçus sur les prélèvements examinés dans différents pays qui bénéficiaient déjà d'une infrastructure de laboratoires. Plus tard, en février 1962, s'est tenue à Montevideo la Réunion technique antiaphteuse, entre l'argentine, le Brésil, le Chili, le Paraguay et l'uruguay. Au cours de cette Réunion, il a été préconisé aux autorités nationales de la santé animale de remettre les informations nécessaires pour que le Centre puisse tenir un Bulletin épidémiologique périodique. C'est ainsi que de juillet 1961 à décembre 1967, tous les pays membres de l'organisation des États Américains (OEA) ont reçu régulièrement une note épizootiologique. Ce document comportait des renseignements sur les foyers de maladies vésiculeuses et les identifications de virus, communiqués par les Services de santé animale, auxquels s'ajoutaient les examens effectués au Centre sur des prélèvements envoyés par les pays. En 1969, pendant la II e Réunion interaméricaine, au niveau ministériel, sur le contrôle de la fièvre aphteuse et des autres zoonoses (RICAZ-II), le Centre a présenté un travail intitulé «Données sur la fièvre aphteuse en Amérique du Sud». Ce travail faisait le point des informations publiées jusqu'alors par les différents pays. La RICAZ-II a recommandé au Centre de préparer un programme de surveillance épidémiologique de la fièvre aphteuse et de la stomatite vésiculeuse. La diffusion de cette information était principalement destinée aux Services officiels de la santé animale des pays d'amérique. Sur la base de cette première recommandation, le «Rapport épidémiologique sur la fièvre aphteuse et la stomatite vésiculeuse» a été mis au point et adressé à tous les pays d'amérique et à quelques organisations internationales telles que l'organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) et l'oie. La RICAZ-III de 1970 a demandé au Centre d'intensifier les actions nécessaires et de réunir des spécialistes de la déclaration des maladies. Il a été recommandé aux Pays membres de mettre en place des services nationaux de statistiques et de déclaration de la fièvre aphteuse et de leur apporter le
- 31 - plus grand appui. Cette année-là, le Centre a commencé à organiser sa propre unité de statistique et d'épidémiologie. En 1971, lors de la RICAZ-IV, le Centre a présenté un projet de mise en place de statistiques sur les maladies animales, avec une référence spéciale à l'organisation de systèmes de statistiques épidémiologiques pour la fièvre aphteuse. C'est à partir de 1971 qu'a débuté la publication, à un rythme bimensuel, d'informations sur les cas et les troupeaux atteints, la localisation géographique et le diagnostic de laboratoire. Son champ s'est élargi à mesure que les programmes s'étendaient dans chaque pays. A la fin de 1971, on a commencé à tester, dans les communes frontalières de Rio Grande do Sul (Brésil), sous l'orientation du Centre, un programme d'organisation relatif aux systèmes d'information épidémiologique sur la fièvre aphteuse. Conçu pour l'état de Rio Grande do Sul, ce programme avait pour objectifs de disposer d'une zone de démonstration technique et d'un lieu pour lancer une campagne de formation. Ce second objectif concernait le personnel destiné à prendre la responsabilité d'unités de statistique épidémiologique et de systèmes d'information dans d'autres pays. Dès le milieu de 1972, les 143 unités de cet État ont envoyé régulièrement des informations télégraphiques hebdomadaires à l'unité centrale, en indiquant la situation précise des foyers sur des cartes quadrillées et codées et une information mensuelle sur les troupeaux atteints. A la fin de 1972, ce système a été étendu à d'autres États du Brésil, couvrant sept États en deux ou trois ans. Cette même année, une unité de statistique épidémiologique a également été mise sur pied au Paraguay avec la collaboration du Centre. L'unité a été structurée de la même façon que celle de Rio Grande do Sul. Le système a été ensuite étendu à l'uruguay. Pendant la période 1973-1977, le système a été implanté dans les autres pays sur la base des expériences de Rio Grande do Sul et la formation du personnel a été intensifiée. En 1973, le Centre a organisé le premier cours de statistiques et de systèmes d'informations épidémiologiques, afin de former le personnel des États du Brésil, du Paraguay et de l'uruguay. Plusieurs pays commencent à utiliser des cartes quadrillées et codées pour communiquer et enregistrer l'information. Lors de la RICAZ-VI de 1973, le Centre a proposé d'intégrer ces initiatives dans un système de surveillance épidémiologique au niveau continental. Sur la base de l'expérience acquise, des documents ont été présentés sur le fonctionnement des systèmes d'information épidémiologique au «Séminaire régional sur les systèmes de surveillance épidémiologique des maladies transmissibles et des zoonoses» qui s'est tenu à Rio de Janeiro en décembre 1973.
- 32 - Le système continental recommandé s'est borné à deux aspects fondamentaux : a) information hebdomadaire sur la présence de maladies vésiculeuses par l'utilisation des cartes quadrillées et codées, et b) information mensuelle sur les troupeaux atteints et les examens de laboratoire. Ce dernier aspect comprend l'information sur les maladies vésiculeuses des pays indemnes de fièvre aphteuse. Au cours de la deuxième réunion de la Commission Sud-Américaine de Lutte contre la Fièvre Aphteuse (COSALFA-2) tenue en 1974, tous les pays d'amérique du Sud se sont expressément engagés à faire partie du système continental d'information et de surveillance épidémiologique et le CPFA a présenté le document «Système de base de surveillance épidémiologique des maladies vésiculeuses» qui systématisait le mécanisme de transmission de l'information sur le plan international. La même année, des systèmes d'information ont vu le jour au niveau de la frontière du Paraguay et du Brésil. Ils ont servi ensuite de modèle à d'autres systèmes d'information frontaliers actuellement en vigueur. Enfin, a été réalisée l'évaluation du programme national de prophylaxie de la fièvre aphteuse du Paraguay qui a donné naissance au premier modèle d'indicateurs épidémiologiques. En 1975, a été organisé au Brésil un diagnostic de situation pour la fièvre aphteuse, la rage et la brucellose. Effectué dans le cadre du système d'information, il a concerné 20 Etats. En 1976 et 1977, sur la base d'un accord avec le gouvernement du Brésil, il a été prévu d'organiser quatre cours sur l'épidémiologie et les systèmes d'information. Ces cours étaient destinés de préférence aux vétérinaires brésiliens mais avec la participation de plusieurs vétérinaires d'autres pays. La période 1977-1980 correspond à la consolidation du système, tant au plan national que continental. En 1977, le système continental a atteint le niveau opérationnel auquel les pays s'étaient engagés en 1974 sur la base uniforme proposée par le CPFA. A partir de mai 1977 débute la publication hebdomadaire d'un rapport épidémiologique sur la présence de foyers de maladies vésiculeuses en Amérique du Sud au moyen de cartes géographiques quadrillées. Le rapport bimensuel, devenu mensuel, comporte des informations sur le nombre de troupeaux atteints et les diagnostics de laboratoire selon la division politicoadministrative des pays de la région atteinte et indemne de fièvre aphteuse. Ces deux modalités ont traduit les accords adoptés par les pays de la région atteinte, au cours de la réunion annuelle de la COSALFA de 1977, ainsi que la résolution approuvée dans la RICAZ-X de cette même année.
- 33 - Depuis septembre 1978, les données de ces deux rapports sont traitées sur l'ordinateur du Centre. La période qui commence en 1980 se caractérise par une large utilisation de l'information pour améliorer l'efficacité des programmes de prophylaxie de la fièvre aphteuse. Sur la base d'un projet établi par le Centre et financé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), des activités sont en cours de déroulement depuis 1981 au Panama et en Amérique Centrale pour la formation de spécialistes et l'extension du système à cette région. Au cours des dernières années toute une série d'activités est conduite pour : a) adapter le contenu des réseaux d'information aux stratégies régionales différentes. Leur élaboration est fondée sur la caractérisation épidémiologique des écosystèmes comportant différents niveaux de risques en cas d'apparition de la fièvre aphteuse; b) sur la base du développement atteint par ces systèmes d'information, en étendre les mécanismes à d'autres maladies faisant l'objet de programmes officiels systématiques, dont les résultats se sont avérés encourageants; et c) étendre la coopération technique portant sur l'organisation et l'implantation de systèmes d'information aux pays de l'amérique Centrale, au Mexique et aux pays des Caraïbes, pour les maladies vésiculeuses (prévention de la fièvre aphteuse et d'autres maladies exotiques, prophylaxie de la stomatite vésiculeuse). En résumé, le Centre a apporté sa collaboration aux services nationaux de santé animale sur les plans suivants : détermination des grandes lignes de l'organisation des systèmes d'information ; formation de vétérinaires nationaux à l'organisation des systèmes d'information ; assistance technique pour l'implantation des systèmes ; distribution et diffusion de l'information dans les pays de la région, dans d'autres pays du monde et auprès des organisations internationales intéressées (FAO, OIE, IICA, CEE, OIRSA). 2. MÉTHODOLOGIE Le système d'information et de surveillance épidémiologique des maladies vésiculeuses est considéré comme une branche importante des services de santé animale chargés des programmes de contrôle des maladies. Au point de vue opérationnel, il constitue l'ensemble des activités nécessaires pour disposer en temps opportun et systématiquement des connais-
- 34 - sances sur l'évolution des maladies vésiculeuses et sur les facteurs déterminant leur apparition dans le temps et dans l'espace. 3. OBJECTIFS L'objectif final du système d'information et de surveillance épidémiologique est d'améliorer l'efficacité des programmes. Les objectifs intermédiaires sont les suivants : a) aider à la prise de décisions pour le contrôle des maladies, b) organiser les circuits d'information nécessaires (utilisateur-source), et c) améliorer la pertinence et la fiabilité des informations. 4. FONCTIONS DU SYSTÈME D'INFORMATION ET DE SURVEILLANCE ÉPIDÉMIOLOGIQUE a) Communication de faits épidémiologiques importants, b) collecte de l'information requise, c) traitement, d) stockage et reprise, e) dépouillement et interprétation, f) recommandations appropriées pour l'application des mesures de prophylaxie, et gì distribution convenable de l'information préparée et des recommandations aux unités de décision et d'action. 5. STRATÉGIE POUR L'ORGANISATION DU SYSTÈME La stratégie suivie pour l'approche des problèmes d'information sur les programmes de prophylaxie et pour l'établissement de réseaux d'information, peut être résumée comme suit : a) bonne compréhension du problème épidémiologique à résoudre, b) compréhension du processus de surveillance des programmes : objectifs, buts et organisation, c) détermination de la prise de décisions pour ce contrôle, du type d'information nécessaire, d) définition des besoins en information : configuration des réseaux d'information (utilisateur-source). 6. CONDITIONS DE L'IMPLANTATION Pour développer cette stratégie, dans chacun des pays d'amérique Sud, on a cherché à remplir les conditions suivantes : du
- 35 - a) que l'information soit utile et serve à des objectifs spécifiques; b) peu d'indicateurs et de nature simple; cl priorité aux données reflétant les effets des programmes, en les limitant aux renseignements indispensables; d) procédés et documents standardisés : peu de formulaires, utilisation simple, transmission seulement à celui qui en a réellement besoin; e) les activités du système d'information font partie intégrante des activités de santé animale, et, par conséquent, tout le personnel des programmes doit participer au système. Seule est créée l'unité de statistique et d'épidémiologie centrale ; dans certains cas pour les grands pays sont également créées des unités régionales ; f) formation du personnel des programmes au maniement du système et à l'utilisation de l'information; g) éducation de la communauté et utilisation de ses structures pour améliorer la fourniture de données; h) communication en retour, à tous les secteurs, des données accompagnées de commentaires et de recommandations; i) mise en place dans chaque unité locale, d'un registre des élevages et du cheptel, ce recensement étant accompagné d'une carte de la localité avec indication des problèmes épidémiologiques, et j) implantation du système par régions. 7. COMPOSANTS OPÉRATIONNELS Les composants principaux sont : a) Un ensemble de sources d'informations. Parmi les principales sources, on peut citer : les élevages, laboratoires vétérinaires de diagnostic, services vétérinaires officiels, vétérinaires privés, coopératives d'élevage, abattoirs, installations de traitement des viandes, industries laitières, banques de sérum. b) Un dispositif «sensoriel». L'ensemble des unités vétérinaires locales saisit l'information transmise à des récepteurs-utilisateurs de cette information. Ce dispositif «sensoriel» est principalement formé par les unités vétérinaires locales : elles sont réparties de façon à couvrir la totalité du territoire faisant l'objet des programmes de prophylaxie des maladies animales. Chaque unité vétérinaire locale a sous sa responsabilité une zone bien délimitée. Sur une carte de la zone divisée en carrés, portant un numéro de code, sont repérés les cas de maladies vésiculeuses communiquées. Le système prévoit la transmission de cette information (code des coordonnées concernées) obtenue au niveau local, aux niveaux supérieurs du service par un mécanisme très simple de message télé-
- 36 - phoné, télégraphié, télexé, radiodiffusé. A titre d'exemple, est décrit plus loin le fonctionnement du système d'information épidémiologique de l'etat de Rio Grande do Sul (Brésil). c) Ensemble de récepteurs. Ce sont les utilisateurs de l'information en fonction des responsabilités et du type de décision à prendre, selon le niveau hiérarchique de l'organisation du Service de santé animale. Au plan opérationnel, le récepteur-utilisateur est le vétérinaire local. Au plan stratégique, le récepteur-utilisateur est un groupe interdisciplinaire qui traite, analyse, interprète, établit des recommandations et des solutions possibles aux problèmes décelés. Sur le plan national, ce groupe correspond aux unités de statistiques et d'épidémiologie régionales et centrale ; sur le plan continental, il correspond aux sections de statistiques et d'épidémiologie du CPFA. d) Un réseau de communications relie le dispositif «sensoriel» au groupe de récepteurs-utilisateurs. Dans le système d'information sur les maladies vésiculeuses, un mécanisme de communication hebdomadaire, mensuel et annuel a été adopté. La communication hebdomadaire donne des informations sur les carrés de la carte atteints de maladie vésiculeuse. La communication mensuelle donne des informations sur le total des troupeaux infectés et le type de virus causal sur la base de la division politico-administrative de chaque pays. La communication annuelle résume la situation épidémiologique au cours de l'année, la couverture vaccinale, la production de vaccins et leur contrôle, les moyens employés dans la prophylaxie ainsi que dans les autres aspects liés au programme. Ce rapport annuel est étudié par la COSALFA et la RIMSA. Les moyens utilisés pour la transmission de l'information sont la radio, le téléphone et le télex pour l'information hebdomadaire et des rapports écrits normalisés pour l'information mensuelle et annuelle. L'information hebdomadaire utilise des codes numériques pour identifier les carrés sur les cartes et la semaine. e) Retour et diffusion de l'information. L'information dûment traitée, analysée et interprétée en vue de prendre les mesures d'action nécessaires, est retournée vers les unités informatrices et de décision. Dans le cas du système continental d'information sur les maladies vésiculeuses, le retour de l'information se fait par des rapports épidémiologiques hebdomadaires et mensuels. 8. EXEMPLE DU FONCTIONNEMENT DU SYSTÈME D'INFORMATION ET DE SURVEILLANCE ÉPIDÉMIOLOGIQUE Pour faciliter la compréhension du mode de fonctionnement du système d'information hebdomadaire, le Brésil est présenté ci-après à titre d'exemple. Le rapport codé est envoyé par les unités vétérinaires locales se trouvant au niveau des communes dans le cas présent, de Bagé. La carte utilisée a des carrés de cinq en cinq minutes.
- 37 - Le récepteur-utilisateur au plan régional est l'unité de Défense sanitaire animale du Secrétariat à l'agriculture de l'état de Rio Grande do Sul. Au plan national, c'est la Division de Surveillance sanitaire du Secrétariat de Défense sanitaire du Ministère de l'agriculture du Brésil. La carte utilisée au niveau de l'état de Rio Grande do Sul a des carrés de quinze en quinze minutes et celle utilisée au niveau national (Brésil) est divisée en carrés correspondant à un degré. Sur le plan continental, le récepteur-utilisateur est le CPFA. Dans le système d'information hebdomadaire, l'unité vétérinaire envoie tous les vendredis un télégramme indiquant la présence de foyers de maladie vésiculeuse dans les carrés correspondants. L'absence de foyer fait également l'objet d'une information. L'unité de Rio Grande do Sul reçoit l'information de toutes les unités locales le lundi, la transmet sous forme condensée à l'unité centrale à Brasilia. Elle commence alors l'analyse dont les résultats dicteront les mesures de prophylaxie spéciales ou générales à adopter. L'unité centrale de Brasilia reçoit l'information de tous les États le mercredi et après l'avoir condensée, la retransmet au CPFA par télex. Simultanément, elle en fait l'analyse afin de déterminer les mesures à prendre habituelles, ou spéciales quand une région est à haut risque. Le CPFA reçoit les rapports des pays dans lesquels se trouvent des zones atteintes et les traite chaque vendredi sur un ordinateur digital en utilisant le programme établi. Le Rapport épidémiologique hebdomadaire préparé à partir de ces informations est distribué à tous les pays et aux autres organisations intéressées. Simultanément, le Centre fait le dépouillement de l'information en la comparant à celle des périodes antérieures, et en utilisant divers indicateurs. 9. RÉSULTATS ET PRODUITS DU SYSTÈME D'INFORMATION 9.1. COMPORTEMENT DES MALADIES VÉSICULEUSES a. Identification d'écosystèmes de la fièvre aphteuse. En faisant une analyse du comportement dans l'espace et dans le temps de la fièvre aphteuse, on peut identifier des écosystèmes de la maladie dans un pays et de façon générale sur un continent. Sur les résultats obtenus, se fonde la régionalisation en cours dans les pays afin de systématiser les actions prophylactiques par écosystèmes et d'utiliser ainsi rationnellement les moyens disponibles. Les actions prophylactiques seront différentes avec chaque écosystème selon qu'il est : endémique avec présence permanente de virus, épidémique
- 38 - avec risque d'introduction de virus dans des populations sensibles, paraendémique avec des cas très sporadiques de fièvre aphteuse, et enfin, indemne. b. La propagation de la maladie est connue. Il est également possible de visualiser la propagation de la maladie comme dans l'exemple de la propagation d'une épizootie de fièvre aphteuse en Uruguay. Le CPFA fait le suivi et l'analyse de la situation aux frontières pour alerter en temps utile les pays concernés. C'est ainsi qu'en 1976, l'alerte a été donnée aux pays du bassin du Rio de la Plata (Argentine, Bolivie, Paraguay, Uruguay, Brésil) sur l'apparition de l'épidémie causée par le virus de la souche Bagé. Cette communication contient habituellement une information préliminaire sur les caractéristiques antigéniques et immunogéniques du virus sauvage. 9.2. COMPORTEMENT DE L'ORGANISATION D'EXÉCUTION DES ACTIONS DE CONTRÔLE Les données résultant du système d'information permettent de connaître : a) les actions prophylactiques mises en œuvre face aux cas de fièvre aphteuse, le déplacement et les concentrations d'animaux, b) les activités de diagnostic, c) les actions visant à immuniser la population bovine contre la fièvre aphteuse, principalement la production et le contrôle de vaccin et les niveaux de couverture vaccinale, d) les activités de formation du personnel, e) les moyens mis en œuvre, et f) les activités en matière de communication sociale et d'éducation sanitaire. 9.3. DÉROULEMENT MÉTHODOLOGIQUE L'Unité de statistique du Centre a mis au point quelques indicateurs, afin d'orienter les pays vers une utilisation et un dépouillement meilleurs de l'information et d'en garantir le fonctionnement en tant que véritable Système de surveillance épidémiologique. On a pris pour base les données du système d'information de l'etat de Rio Grande do Sul. En effet, il a été le premier à s'organiser à partir de 1971 et son fonctionnement est très satisfaisant. Les détails de ces études peuvent être trouvés dans les publications du CPFA. a. Indicateurs de risque. Ces indicateurs servent à caractériser les écosystèmes régionaux par une définition de l'extension et de l'ampleur de la fièvre aphteuse en fonction du
- 39 - FIGURE 1. Caractéristiques épidémiologiques de la fièvre aphteuse. Rio Grande do Sul, Brésil (1970-1979). Commune Niveau Risque Index* T.M.A.** (mois) Dom Pedrito Élevé 0,895 0,57 P. Osorio Moyen 0,399 3,07 Alecrim Faible -0,444 25,75 * Indicateur de risque 1 ** Temps moyen d'apparition
- 40 - risque auquel est soumise la population animale dans le temps et dans l'espace. La figure 1 présente un exemple de trois communes de l'etat de Rio Grande do Sul (Brésil). Pour le calcul de l'indicateur de risque, on a utilisé les statistiques de fréquence de la fièvre aphteuse de 1970 à 1979 dans les 232 communes de l'état qui comportent 265 km 2, 12 millions de bovins et 400 000 troupeaux. Ces données ont permis de mettre au point l'indicateur qui tient compte de la présence et de l'absence mensuelle de la maladie dans chaque commune. La commune d'alecrim est située dans une zone à faible risque ; Pedro Osorio est située dans une région à risque moyen, et Dom Pedrito est une commune à haut risque. Cet indicateur est l'inverse du temps moyen d'apparition (TMA), qui se rapporte à la période écoulée entre deux apparitions de la fièvre aphteuse. Comme on l'observe sur la figure 1, dans les régions à faible risque l'indicateur est un chiffre élevé alors que dans les régions à haut risque ce chiffre est faible. b. Courbe épidémiologique. Elle permet d'établir des modèles de comportement de la fièvre aphteuse dans le temps et dans une région déterminée. Le graphique 1 représente la courbe épidémiologique pour cinq communes de la frontière de Rio Grande do Sul (Brésil) pendant la période comprise entre 1970 et 1979. Grâce aux différentes situations épidémiologiques envisagées, il est possible de définir la situation pour chaque mois et de donner le signal d'alarme quand le niveau de fréquence mensuel s'éloigne des niveaux maîtrisables. 10. ASPECTS FONDAMENTAUX POUR LE DÉROULEMENT DU SYSTÈME 10.1. ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU SYSTÈME Il est important de souligner que le système a été organisé comme un sous-système des programmes de prophylaxie de la fièvre aphteuse ou de la santé animale en partant de l'idée que tous les fonctionnaires font partie du système. Ainsi, l'on n'a pas créé de nouvelles structures administratives. Les seules fonctions spécifiques sont celles remplies par les unités de statistiques et d'épidémiologie. 10.2. FORMATION Pendant les dix dernières années, le Centre a apporté son appui continu aux pays pour l'organisation des unités d'information et de surveillance épidémiologique et particulièrement pour la spécialisation des fonctionnaires La
- 41 - GRAPHIQUE 1. Variation mensuelle de la fièvre aphteuse (index épizootique) dans cinq communes frontalières (Uruguaiana, Quarai, Livramento, Dom Pedrito et Bagé). Brésil, 1970-1979. région peut compter sur un groupe de spécialistes préparés dans le domaine des systèmes d'information, de statistiques et d'épidémiologie. En outre, dans le cadre des programmes de formation et d'assistance aux différents pays, plusieurs manuels didactiques et techniques ont été préparés et distribués à tous les pays. 10.3. ÉVALUATION PÉRIODIQUE DU FONCTIONNEMENT DU SYSTÈME Un autre aspect essentiel pour le perfectionnement du système a été l'évaluation périodique orientée dans deux directions. En premier lieu, le contenu ou l'information produite, c'est-à-dire l'efficacité du système et, en second lieu, son fonctionnement en ce qui concerne la fréquence et la ponctualité des communications, les omissions, les erreurs.
- 42-10.4. UTILISATION DE L'INFORMATION : ANALYSE ÉPIDÉMIOLOGIQUE Pendant les phases initiales d'implantation du système d'information, le plus grand souci a été l'établissement de la méthodologie de l'information et l'implantation du système sur les plans national et continental. Dans les phases ultérieures, on a commencé à réaliser l'analyse épidémiologique de toute l'information obtenue pour atteindre l'objectif essentiel, à savoir : aider de mieux en mieux le processus de décision dans les programmes de prophylaxie de la fièvre aphteuse. Les principaux exemples ont déjà été présentés dans les fonctions et produits du système. 10.5. STANDARDISATION ET SYSTÉMATISATION DES PROCÉDÉS DE COLLECTE, DE TRAITEMENT ET DE DIFFUSION DES DONNÉES Les services nationaux ont préparé des manuels techniques comportant les opérations de collecte, de transmission, de traitement et de diffusion. On s'efforce de présenter le minimum de documentation avec des procédés simples et rapides. Un aspect à souligner est le progrès très net qui a été fait dans la diffusion d'informations élaborées. Tous les mois au moins, sont préparés et diffusés non seulement des tableaux, des graphiques et des valeurs caractéristiques mais également des commentaires orientant le travail sur le terrain, l'interprétation des faits présentés, des prévisions sur le comportement escompté et des observations sur les modes d'action et d'utilisation des moyens. De plus, on y ajoute les informations mondiales importantes et présentant un intérêt prioritaire pour les pays de la région. 10.6. SYSTÈMES D'INFORMATION ET DE SURVEILLANCE ÉPIDÉMIOLOGIQUE AU NIVEAU DES ACCORDS FRONTALIERS Faisant partie des programmes de contrôle de la fièvre aphteuse, des accords frontaliers pour la santé animale ont été passés par la plupart des pays de l'amérique du Sud. Le déroulement de ces accords repose sur le fonctionnement de systèmes d'information qui englobent déjà la fièvre aphteuse et d'autres maladies importantes du point de vue de l'économie et de la santé publique. Ces sous-systèmes font partie du système national de chaque pays. Pour ces accords, le Centre agit généralement en qualité de coordinateur. 10.7. COORDINATION AVEC D'AUTRES SYSTÈMES Il existe un rapport de dépendance avec les systèmes d'information d'autres secteurs de l'économie des pays. Ce rapport varie d'un pays à l'autre. Habituellement, on intègre ces systèmes :
- 43 - a) à d'autres programmes du secteur agropastoral, qu'il s'agisse d'autres programmes de santé animale, de programmes de développement de l'élevage ou agropastoral de manière générale, b) aux programmes de santé publique et de santé publique vétérinaire, c) aux activités éducatives (milieu rural), et d) au système national de statistiques et de recensement du pays. Dans certains pays, les statistiques de population bovine, recueillies tous les quatre mois (par la vaccination anti-aphteuse), sont officiellement reconnues par le Bureau national de la statistique. 11. EXTENSION DU SYSTÈME D'INFORMATION ET DE SURVEILLANCE ÉPIDÉMIOLOGIQUE DES MALADIES VÉSICULEUSES À D'AUTRES MALADIES Depuis quelques années, certains pays ont utilisé le système pour d'autres maladies à évolution aiguë telles que la peste porcine classique et la rage des herbivores, ou pour certaines maladies de caractère chronique telles que la brucellose et la tuberculose bovines, et certaines parasitoses comme la gale et les poux des ovins. Récemment, les instances de direction de l'organisation Panaméricaine de la Santé (OPS) ont décidé d'utiliser le système du Centre comme modèle pour certaines zoonoses. Par ailleurs, la COSALFA-VIII a recommandé que le système soit étendu à la peste porcine classique et à la peste porcine africaine, en collaboration avec l'institut Interaméricain de Coopération pour l'agriculture (IICA) et l'oie. Les critères du Centre pour l'extension du système se résument comme suit : 11.1. Le système actuel est organisé de telle façon qu'il possède les éléments fondamentaux applicables à tout système d'information et de surveillance épidémiologique d'autres maladies animales. 11.2. Une condition essentielle du système est l'existence de programmes organisés de prophylaxie ou de prévention des maladies à prendre en compte. De même, ces programmes doivent être étroitement coordonnés ou relever de la même organisation que les programmes de prophylaxie de la fièvre aphteuse. 11.3. Quand il s'agit de zoonoses, la coordination entre les secteurs de la santé humaine et de la santé animale doit être établie de façon précise. 11.4. L'extension doit être accompagnée de l'affectation de moyens supplémentaires aux unités d'appui national, et d'un programme de spécialisation des fonctionnaires. Les moyens nécessaires doivent également exister pour que les conseillers du Centre puissent prêter leur assistance aux pays et
- 44 - compter sur les auxiliaires nécessaires pour le traitement et l'analyse de l'information dans le cas du système continental. 11.5. Mise en place d'une zone pilote ayant un caractère démonstratif et servant à réaliser des programmes de formation sur le terrain. 11.6. L'extension doit être réalisée de façon progressive et dépendre des moyens disponibles et des évaluations du système. 12. BIBLIOGRAPHIE ASTUDILLO V. Proyecto de desarrollo de sistemas de notificación y de registro de datos sobre enfermedades de los animales. Presentado en la RICAZ-IV, Lima, Perú, 5-7 abril 1971. 52 págs. ASTUDILLO V.M., DEPPERMANN R. Canales de comunicación y velocidad de transmisión de sistemas de información para fiebre aftosa. Presentado en el Seminario Regional de Vigilancia Epidemiológica de Enfermedades Transmisibles y Zoonosis. Rio de Janeiro, Brasil, 2-8 diciembre 1973. OPS, Doc. 3. ASTUDILLO V.M., DEPPERMANN R. Sistema de información para vigilancia epidemiológica de enfermedades animales. (An information system for animal diseases epidemiological surveillance). Inf. Epid. Mensual CPFA 12 (5) : 53-56, 1980. ASTUDILLO V.M., DEPPERMANN R. Sistema de información y vigilancia de las enfermedades del ganado. (Animal disease information and surveillance system). Bltn Centr. Panam. Fiebre Aftosa 39-40, 1980. (Sous presse). ASTUDILLO V.M., DA SILVA A.J., DA COSTA M. Indicador epidémico para la vigilancia de la fiebre aftosa. (An epidemic indicator in foot-and-mouth disease surveillance). Inf. Epid. Mensual CPFA 12 (6) : 67-68, 1980. ASTUDILLO V.M., DA SILVA A.M., DORA J.F.P., DEPPERMANN R., DA COSTA M. Tiempo-presencia como indicador para la caracterización epidemiológica de la fiebre aftosa. (A time-presence indicator for foot-and-mouth disease epidemiological characterization). Inf. Epid. Mensual CPFA 12 (12) : 126-127, 1980. ASTUDILLO V.M., OBIAGA J.A., ROSENBERG F.J., Goic R. Sistemas de información para programas de enfermedades vesiculares. Presentado en el Seminario sobre Sistemas Nacionales de Información en Salud. Washington, D.C. 5-9 febrero 1979 (S.4247). CENTRO PANAMERICANO DE FIEBRE AFTOSA. Informe del programa de vigilancia epidemiológica de la fiebre aftosa. Presentado en la RICAZ-VI. Medellín, Colombia 9-12 abril 1974. 8 págs. CENTRO PANAMERICANO DE FIEBRE AFTOSA. Guía para la recopilación y registro de información para caracterizar regionalmente la fiebre aftosa en América del Sur. (Guidelines for compiling and recording information to characterize FMD regionally in South America). Mayo, 1979. CENTRO PANAMERICANO DE FIEBRE AFTOSA. Situación de los programas de control de la fiebre aftosa. América del Sur, 1980. (Situation of the foot-and-mouth disease control programs. South America, 1980). Presentado en la RIMSA-II Washington, D.C., 30-31 marzo 1981.
- 45 - Goic R. Elementos de vigilancia epidemiológica en fiebre aftosa. Presentado en el Seminario Regional de Vigilancia Epidemiológica de Enfermedades Transmisibles y Zoonosis. Rio de Janeiro, Brasil, 2-8 diciembre 1973. OPS, Doc. 20. Goic MARTINIC R. Datos sobre fiebre aftosa en Sudamérica. Presentado en la RICAZ-II, Rio de Janeiro, Brasil, 14-17 mayo 1969. 20 págs. ROSENBERG F. Vigilancia epidemiológica de la fiebre aftosa. Presentado en el Seminario Regional de Vigilancia Epidemiológica de Enfermedades Transmisibles y Zoonosis. Rio de Janeiro, Brasil, 2-8 diciembre 1973. OPS, Doc. 21.