Écrire pour internet Beaucoup d'études le montrent : l'avènement d'internet a transformé en profondeur nos habitudes et nos méthodes lecture. Ces mutations peuvent se constater non seulement dans la manière de lire un article en particulier, mais également dans la manière d'accéder à l'information, de se concentrer sur un sujet ou au contraire de flâner de site en site. Sur internet, un lecteur recherche une information, consulte un article qu'il survole puis poursuit la lecture si cette première lecture l'a satisfait, pour trouver des informations plus spécifiques ou détaillées. Conséquence de ces transformations, il est primordial d'adapter le style de rédaction et l'organisation des articles par rapport à des articles destinés à une impression papier. L'ambition de ce dossier est de donner quelques éléments sur les habitudes de lecture des internautes et sur ce qu'elles impliquent pour la rédaction des articles en amont. Le dossier abordera également la question des bonnes pratiques de communication selon les spécificités du média utilisé (site, blog, réseau social) ainsi que les principes de rédaction à garder en tête pour le référencement. Comment les internautes lisent ils? La lecture à l'écran On ne lit pas sur internet comme on lit sur un support papier! Le succès des journaux numériques a changé les habitudes des internautes. Pour bien savoir comment écrire à destination de nos lecteurs sur internet, il est donc primordial de s'interroger sur la manière dont ils lisent. Lire sur un écran d'ordinateur (de smartphone, de tablette numérique...) n'offre pas le même confort de lecture que la lecture sur papier. En moyenne, on lit 25% moins rapidement sur un écran que sur papier. La lecture n'est pas linéaire comme sur un support papier (de gauche à droite et de haut en bas) ; l'«eye-tracking» (mesure du mouvement des yeux) montre que l'internaute lit en «F». Les zones les plus visibles et les plus lues sont celles qui se trouvent en haut et à gauche de l'écran. Sur ce graphique, les zones en rouge-orange sont celles qui focalisent l'attention de l'internaute ; les croix violettes sont les points d'arrêt de l'œil. L'internaute lit ensuite dans deux directions (la lecture en F). La direction horizontale est la direction d'intérêt (l'internaute lit les informations qui l'intéressent) ; la dimension verticale est la dimension de recherche (l'internaute cherche des informations) Le bas de l'écran - ou «ligne de flottaison» - est représenté par la ligne rouge ; seuls 22% des internautes «scrollent» (descendent) jusqu'en bas de la page, sous cette ligne de flottaison.
La lecture zapping Une lecture partielle des textes Sur internet, la plupart des textes ne sont pas lus en entier ; seuls 16% des internautes lisent les textes mot à mot. Les lecteurs du web «scannent» les pages, scrollent, cherchent du regard les informations qui les intéressent. 80% du texte est lu en diagonale, 20% lu en mot à mot ; c'est la «lecture zapping». Les informations importantes et intéressantes ont donc tout intérêt à être bien mises en valeur, à être claires et concises : on considère qu'un humain a une faculté de mémorisation de 15 à 20 mots. Un aperçu rapide des pages En plus de cette lecture zapping, les internautes papillonnent de site en site. Les navigateurs ont bien souvent plusieurs onglets ouverts, les liens hypertextes permettent de glisser d'un site à l'autre aussi facilement qu'entre les pages d'un même site. En moyenne, en France, les internautes passent 41 secondes sur une page, et n'ont besoin de que de 3/10ème de seconde pour scanner un site! A retenir Les internautes zappent de page en page, de site en site, et lisent la plupart du temps en diagonale. Il est très important de prévoir un accueil adapté, une page et un texte agréable à lire car ils jugent les sites très rapidement et risquent, si le site n'est pas accueillant, de ne même pas lire le texte. Les données à valoriser devraient être présentées dans le coin supérieur gauche, les informations importantes et intéressantes mises en valeur. Clarté et concision sont de mise. Organiser l'information Les internautes lisant différemment sur le web et sur les supports papier, comment fautil organiser l'information pour capter leur attention? De nombreux niveaux de lecture Comme une page de magazine, une page internet a plusieurs niveaux de lecture : rubriques, titres, surtitres, chapeaux, paragraphes, intertitres, légendes, cabochons, encadrés, source, signature, crédit photo... Ces niveaux de lecture sont primordiaux ; ils empêchent la présentation linéaire d'une information en bloc. Ils captent l'attention du lecteur, ils servent à éviter l'ennui. Chacun a sa fonction. Le titre annonce le sujet ; il doit être clair pour que le lecteur sache ce dont l'article va traiter, accrocheur pour lui donner l'envie de poursuivre ; le chapeau introduit l'article ; etc. Il faut veiller à utiliser ces niveaux de lecture de manière pertinente. Pour l'article en lui-même, il faut choisir un angle : répondre à une question posée dont découlera la sélection d'informations et la construction de l'article. L'article correspond à un seul angle, et une page doit correspondre à un seul titre et sujet ; si plusieurs angles d'un même sujet doivent être traités, il vaut mieux les organiser en dossier.
Le principe de la pyramide inversée L'article doit être organisé clairement. Chaque idée développée doit correspondre à un paragraphe et, dans la mesure du possible, il vaut mieux privilégier la construction de la «pyramide inversée». Comme vu précédemment, l'internaute «décroche» rapidement et, s'il lit le début de l'article, il pourra rapidement se mettre à lire en diagonale. En construisant son article selon le principe de la pyramide inversée, on commence par l'essentiel pour aller vers le détail.
Rédiger pour le web Quels sont les formats d'articles pertinents pour internet et comment rédiger au mieux en fonction de son public? Le format d'écriture Les articles sur internet peuvent avoir des formats différents. Un écran (jusqu'à la ligne de flottaison) permet de lire environ 1 500 signes (espaces compris), ce qui représente donc le format idéal de l'article. Voici les différents types de formats : La brève (500 signes) : l'information tient en un seul paragraphe avec un titre, c'est une actualité ou une information non développée. L'article court (1 500 signes) : article concis, avec un titre et un chapeau Le dossier : le dossier est formé d'un ensemble d'articles connectés à un article central, il est introduit par une brève ou un chapeau. Brèves, articles et dossiers sont accompagnés de titres, voire de chapeaux : Le titre (60 signes, 4 à 8 mots) : le titre doit être court et informatif, de préférence attractif tout en évitant le second degré qui ne permet pas de savoir de quoi l'article parle. Si l'article est repris (par flux RSS, partage sur les réseaux sociaux...), c'est le titre qui sera diffusé : il doit donc pouvoir vivre indépendamment. Le chapeau (200 à 300 signes) : il introduit et donne envie de lire l'article ; il répond aux questions : Qui? Quand? Où? Quoi? Pourquoi? Comment? Les chapeaux pouvant également être repris par des flux RSS ou sur les réseaux sociaux, ils doivent pouvoir vivre séparément. Vocabulaire, mise en forme et formulations Le vocabulaire sur internet doit être clair et accessible à tous. Il vaut mieux éviter le jargon et, si des mots, concepts ou expressions difficiles doivent être utilisés malgré tout, il faut toujours les expliciter. On parlera plutôt, par exemple, d' «annonce de l'evangile» que d' «évangélisation» si on s'adresse au grand public. De même, il ne faut pas utiliser d'acronymes sans les avoir expliqués une première fois : «la Conférence des Evêques de France (CEF)». Pour un texte dynamique et attractif, on essaie également de privilégier la voix active plutôt que la voix passive. Il faut être vigilant sur l'orthographe, et ne pas abuser des majuscules et éviter les italiques et notes de bas de page. Quelques points d'attention spécifiques à nos médias : Toujours citer en entier la référence des livres de la Bible. Éviter les termes faisant référence à un vocabulaire d'initiés Préférer parler d'annonce de l'evangile plutôt que d'évangélisation (pour le grand public)
Rédiger pour sa cible En rédigeant pour internet, il faut toujours garder en tête le public auquel on s'adresse. On ne s'adresse pas de la même façon à un public de spécialistes (par exemple : le site www.catechese.catholique.fr, dédié aux acteurs de la catéchèse et du catéchuménat) qu'au grand public (par exemple : le portail www.eglise.catholique.fr) ou à une cible définie selon une caractéristique (par exemple : le blog http://blog.jeunes-cathos.fr, dédié au public jeune). Si le public spécialiste peut maîtriser un certain jargon (qu'il est toujours bon d'expliciter), il faut garder un vocabulaire clair pour le grand public et un langage jeune pour les jeunes. Attention, cependant, à ne pas tomber dans l'excès inverse : écrire pour les jeunes ne signifie pas nécessairement adopter le tutoiement et des codes de vocabulaire oraux qui pourraient être assimilés à du «jeunisme». Points de vigilance Droits d'auteur, informations à caractère personnels, risques de spams... Quelques points de vigilance à garder en tête en écrivant pour internet. Le droit d'auteur et le droit à l'image Soyez vigilants, lors de la publication de contenus, aux questions de droit d'auteur et de droit à l'image, particulièrement lors de la publication de photos. Si vous souhaitez, ainsi, diffuser un article que vous trouvez intéressant provenant d'un autre média, il vous faut l'accord du média en question et vous devez indiquer la source. A défaut, ne publiez qu'une courte citation (le chapeau, par exemple) et un lien vers l'article en question. Concernant les images ou contenus multimédias, il est impossible de mettre en ligne des contenus sur lesquels on ne possède pas les droits. Si un site, diocésain ou national, publie une photo, les droits sur cette photo ont été acquis pour cette publication uniquement ; il est impossible de réutiliser cette photo. En outre, soyez vigilants même en utilisant vos propres photos : si des personnes y figurent, il faut leur autorisation avant de les publier. Seules les photos prises dans un cadre public et sur lesquelles le sujet n'est pas une personne isolée peuvent être utilisées librement. Il ne faut pas hésiter à se renseigner sur ces questions de droit.
La publication d'adresses e mail Il faut être vigilant à la publication d'adresses e-mail sur internet. D'une part, il s'agit d'une donnée personnelle dont la publication nécessite l'autorisation de son propriétaire ; d'autre part, des robots (crawlers) explorent les pages internet et aspirent les adresses e- mail (automatiquement détectées grâce à leur forme caractéristique : caractères@mail.com, etc.) pour constituer des bases de données ; ainsi, laisser une adresse e-mail sur un site internet, c'est s'exposer à recevoir de nombreux spams. Pour éviter ce problème, il vaut mieux ne pas publier d'adresses e- mail mais leur préférer un formulaire de contact. A défaut, on pourra également publier l'adresse sous forme d'image ou en remplaçant le symbole le symbole @ par (at). Par exemple : prenom.nom(at)mail.com Ce dossier est extrait de la note "Ecrire pour internet" de la Conférence des Evêques de France