Commotions cérébrales dans le sport: une épidémie silencieuse Dr Dave Ellemberg, Neuropsychologue Professeur, département de kinésiologie Université de Montréal, CHU Ste-Justine Directeur, CENTAM
Plan de la présentation Qu est-ce qu une commotion cérébrale? Les conséquences à court et long terme La gestion des commotions cérébrales
Qu est-ce qu une commotion cérébrale? La commotion cérébrale est une blessure au cerveau qui perturbe son fonctionnement neurochimique et neuro-électrique.
Les causes de la commotions impact direct à la tête, au visage ou au cou impact à toute partie du corps avec une force «impulsive» transmise à la tête
C est le mouvement de va-et-vient de la tête qui fait en sorte que le cerveau se heurte contre les parois de la boîte crânienne «Si l on empêche la tête de se déplacer lorsque heurtée, le phénomène de commotion cérébrale ne se produit pas.» (Denny-Brown et Russell, 1941)
Les causes de la commotion Impact direct La tête se heurte contre: le sol, la glace, le but La tête est frappé par: ballon, rondelle, bâton un autre joueur: tête contre tête tête contre coude tête contre genou Impact indirect Mise en échec Plaquage Impact au corps: cou épaules poitrine ventre dos
Origine de la commotion Autre joueur Surface du jeu. Objet (Marar et coll., 2012)
Causes des commotions Violence 30% Situations à haut risque 45% Accidents 25% bagarre Mise en échec : angle mort Coups sournois Plaquage (Björkenheim et coll., 1993)
Une épidémie silencieuse 1,6 à 3,8 millions de commotions reliéesau sport par année aux États-Unis(CDC, 1997, MMWR) Football américain 5,1% des cas déclarés 70,4% des joueurs rapportent des symptômes lors d une saison Soccer 11% des cas déclarés 62,7% des joueurs rapportent des symptômes lors d une saison Hockey surglace 25% des cas déclarés
Commotion cérébrale vs trauma craniocérébral léger (TCCL) TCCL causépar uneblessureà la têtenon reliéeau sport Commotion causéepar uneblessureà la tête reliéeau sport Deuxétudesrécentesdémontrentqueles conséquencessurle cerveauet son fonctionnement sont comparables. Dans chaque cas, les fonctions cognitives les plus affectées sont: mémoire fonctions exécutives (Belanger et coll., 2005; Belanger & Vanderploeg, 2005)
La force de l impact causant une commotion Une collision à 60 km/h entre une voiture et un mur de briques = une force de 100g Les commotions cérébrales sont produites par des forces d'impact de 70g et plus (Broglio et coll. 2010; Guskiewicz et coll., 2007)
Gravité de la commotion En 2001, le groupe de cliniciens et de chercheurs experts en commotion cérébrale a proposé d abandonner les grades de gravité. Le comité expert a reconnu qu il est impossible de prédire la récupération à partir des symptômes présents au moment où l athlète subit le coup. Toutes les commotions cérébrales sont importantes, il n y a pas de petite commotion.
Un cerveau en crise! Les processus pathologiques de la commotion Orage neuro-métabolique et neuro-chimique
Cascade neuro-métabolique et neuro-chimique Dommage neuronal et axonopathie Perturbations neuro-chimiques et neuro-métaboliques Dérèglement neuro-électrique Crise énergétique Processus inflammatoires
Manifestations cliniques de la commotion cérébrale dans la phase aigüe Mal de tête 85,5 % Étourdissements 64,6 % Trouble de concentration 47,8 % Confusion et désorientation 39,5 % Vision floue 35,5 % Sensibilité à la lumière ou aux bruits 30,9 % Fatigue 27 % Nausée 24,9 % Amnésie 20,2 % Perte de connaissance 5 à 9 % Guskiewicz et coll., (2000) ; Castile et coll., (2012) ; Delaney et coll., (2002)
Marqué pour la vie! Les conséquences des commotions multiples Déficits cumulatifs et permanents Le syndrome post-commotionnel Le syndrome du second impact
Effets cumulatifs: la règle de 3 Après 3 commotions cérébrales les risques sont 10 fois plus élevés de développer: déficits cognitifs permanents syndrome de type Alzheimer en vieillissant une dépression majeure
Le syndrome post-commotionnel Le SPC chez l athlète se présente sous la forme de symptômes cognitifs, physiques et émotifs qui persistent au-delà de six semaines après l incident (Jotwani et Harmon, 2010). (note: le critère de temps pour le SPC causé par un traumatisme crânien léger est de trois mois) De 5 à 20 % des athlètes présenteront des symptômes et des troubles cognitifs au-delà de la phase aigüe (Iversonet coll., 2005; Lovell 2009; Wood, 2004)
Le syndrome du second impact La conséquence catastrophique de l accumulation de deux commotions cérébrales sur une période relativement courte de temps (Cantu et coll., 2010). la majorité des victimes décèderont dans les heures suivant la deuxième commotion; les autres resteront avec de graves séquelles. touche particulièrement les athlètes de 13 à 25 ans
Le syndrome du second impact Rowan Stringer Preston Plevritis Joueuse de rugby âgée de 17ans Trois commotions en une semaine Joueur de football américain 2 ou 3 commotions en moins d un mois
Commotions cérébrales chez nos jeunes athlètes Le risque de commotions cérébrales est aussi élevé chez les jeunes que les adultes Les conséquences des commotions cérébrales sont plus graves chez les jeunes: atteintes cognitives et neuro-électriques plus importantes peuvent causer des troubles d apprentissage
Une saine gestion des commotions
La prévention des commotions Changer la culture du sport Responsabiliser et informer : athlètes parents entraineurs
La prévention des commotions Réviser certains règlements: Réduire les contacts lors des pratiques Technique Heads UP Tolérance zéro pour tout acte de violence/coup sournois
L équipement protège contre quoi au juste?
Fabriqués dans l optique de réduire les conséquences des impacts ayant une très grande force. Le transfert d énergie du casque vers la tête est similaire pour les casques modernes comparativement aux casques en cuir (Bartschet coll., 2012). Le risque de commotion n est pas lié aux caractéristiques des casques, peu importe les matériaux employés (Fowler et coll., 2012).
Pas de différence dans le taux de commotions et la gravité des symptômes pour les athlètes de hockey, football et rugby. (Mihaliket coll., 2007; Blignautet coll., 1987; Labellaet coll., 2002; Benson et Meeuwisse, 2005).
La gestion des commotions en 6 étapes Étape 1: Système de surveillance Étape 2: Procédure de retrait du jeu Étape 3: Documenter : les circonstances de l accident les signes et symptômes Étape 4: Prise en charge et intervention Étape 5: Plan de retour en classe (4 étapes) Étape 6: Plan de retour au jeu (6 étapes)
Évaluation du niveau de base pré-saison Devrait-on évaluer chaque athlète en début de saison avec des tests en neuropsychologie? procédure très couteuse à refaire chaque saison? cette procédure n a pas fait ses preuves sur le plan scientifique Des études récentes indiquent que ce n est pas plus sensible que la comparaison avec les données normatives
Étape 1: système de surveillance Une personne doit avoir la responsabilité d identifier les situations à risque lors des pratiques et des matchs
Chaque équipe doit avoir une ou deux personnes désignées (autre que l entraineur) pour : Identifier les situations à risque lors des pratiques et des matchs Enclencher le protocole de retrait Documenter l incident et l état de l athlète Faire le suivi auprès des parents Planifier et encadrer le retour au jeu
Étape 2: Procédure de retrait du jeu «whenin doubtsitthemout» À la suite d un impact direct à la tête ou indirect à toute partie du corps: 1. Un athlète présentant les signes d une commotion. 2. Un athlète rapportant les symptômes d une commotion. 3. Un impact important, et ce, même en l absence de signe ou symptôme.
Manifestations cliniques de la commotion cérébrale dans la phase aigüe 50% des athlètes de football ne rapportent pas leurcommotion oune réalisentpas qu ilsontsouffertd unecommotion (McCreaet coll., 2004, CJSM; Delaney et coll., 2002, CJSM) 30% des athlètes manifesteront des symptômes de 24 à 48 heures seulement après l accident
Étape 3: Documenter l impact La tête s est heurtée contre: le sol ou la glace la bande le but autre La tête a été frappée par : le ballon/rondelle bâton de hockey un autre joueur tête contre tête tête contre coudre tête contre genou autre Région de la tête qui a subi l impact: Ne sais pas Partie frontale Côté gauche Côté droit Partie arrière Impact indirect au corps : Cou Épaules Poitrine Ventre Haut du dos Bas du dos
Étape 3: Documenter l état de l athlète Questions d orientation espace/temps Où nous trouvons-nous présentement? Dans quel quart/période du jeu sommes-nous? Quelle équipe a marqué le dernier but lors de la partie en cours? réussite échec réussite échec réussite échec Contre quelle équipe avez-vous joué lors de la dernière partie? réussite échec Est-ce que votre équipe a remporté la dernière partie qu elle a jouée? réussite échec Quelle année sommes-nous? Quel mois sommes-nous? Quel jour de la semaine sommes-nous? Quelle est la date d aujourd hui? Quelle heure est-il? (exactitude de plus ou moins une heure) réussite échec réussite échec réussite échec réussite échec réussite échec
Aucun Léger Modérer Grave Signes observables 0 1 2 3 4 5 6 Perte de connaissance Convulsions Vomissements Confusion Difficulté à se rappeler: perte de mémoire pour les évènements précédant l incident perte de mémoire pour les évènements suivant l incident Perte d équilibre Somnolence Maladresse physique Regard hagard Adu mal à maintenir une posture assise ou debout L athlète répond lentement Cherche ses mots Athlète se répète
Aucun Léger Modérer Grave Symptômes 0 1 2 3 4 5 6 Maux de tête Douleur au cou Nausée Pression dans la tête Étourdissements Engourdissement ou picotement Vision floue/vision double Sensibilité à la lumière Sensibilité aux bruits Impression d être au ralenti Impression d être dans la brume Ne pas se sentir «bien» Difficulté à se concentrer Fatigue ou baisse d énergie Être plus émotif Irritabilité Tristesse Nervosité ou anxiété
Étape 4: La prise en charge et l intervention Corridor de services : Chaque équipe devrait avoir accès à un professionnel de la santé détenant une expertise en gestion des commotions cérébrales fournir une liste de références pour les parents
l intervention de première instance : le repos
Retour à l école Pas de retour au jeu avant un retour complet à l école
Savoir tirer sa révérence (avant qu il ne soit trop tard) Se retirer pour une saison syndrome post-commotionnel (lorsque les symptômes perdurent plus de 6 semaines) deuxième commotion lors de la même saison Changer pour un sport à faible risque syndrome post-commotionnel accumulation de trois commotions
Le coach, un mentor incontournable valoriser son influence auprès des jeunes l impliquer dans la gestion des commotions cérébrales un allié précieux pour le plan de retour à l école