La démarche médicale en médecine générale

Documents pareils
Votre guide des définitions des maladies graves de l Assurance maladies graves express

Nouveaux rôles infirmiers : une nécessité pour la santé publique et la sécurité des soins, un avenir pour la profession

BREVET DE TECHNICIEN SUPÉRIEUR ÉPREUVE DE MANAGEMENT DES ENTREPRISES BOITIER PHARMA

ANNEXE I REFERENTIEL PROFESSIONNEL AUXILIAIRE DE VIE SOCIALE CONTEXTE DE L INTERVENTION

ANNEXE I REFERENTIEL PROFESSIONNEL AUXILIAIRE DE VIE SOCIALE CONTEXTE DE L INTERVENTION

3152 Infirmiers autorisés/infirmières autorisées

Délivrance de l information à la personne sur son état de santé

Le bilan neuropsychologique du trouble de l attention. Ania MIRET Montluçon le

REFLEXIONS POUR LE DEVELOPPEMENT D UNE PRATIQUE DE CONCERTATION PROFESSIONNELLE ENTRE MEDECINS ET PHARMACIENS DANS L INTERET DES MALADES

admission aux urgences

Le référentiel professionnel du Diplôme d Etat d Aide Médico-Psychologique

Infirmieres libérales

Céphalées vues aux Urgences. Dominique VALADE Centre d Urgence des Céphalées Hôpital Lariboisière PARIS

La démarche qualité. Un nouveau mode de management pour l hôpital

TROUBLES MUSCULO-SQUELETTIQUES (TMS)

Trucs du métier. L arthrite psoriasique en l absence du psoriasis. clinicien@sta.ca. Avez-vous un truc? Son épidémiologie et son expression

Article 1 er. Code de la santé publique Texte précédent. Nouveau texte. 28/11/2012 Evelyne Pierron Consultants. Article R

LES PROFESSIONNELS DE LA SANTE

Démarche de prévention des TMS et outils pour l action

M.S - Direction de la réglementation et du contentieux - BASE DE DONNEES. REFERENCE : B O N 5070 du 2 janvier 2003

PLAC E DE L AN ALYS E TOXIC OLOG IQUE EN URGE NCE HOSP ITALI ERE

Diplôme d Etat d infirmier Référentiel de compétences

Annexe 2 Les expressions du HCAAM sur la coordination des interventions des professionnels autour du patient

Parcours du patient cardiaque

Télé-expertise et surveillance médicale à domicile au service de la médecine générale :

Référentiel Officine

LIGNES DIRECTRICES CLINIQUES TOUT AU LONG DU CONTINUUM DE SOINS : Objectif de ce chapitre. 6.1 Introduction 86

L hôpital de jour ( HDJ ) en Hôpital général Intérêt d une structure polyvalente? Dr O.Ille Centre hospitalier Mantes la Jolie, Yvelines

testez-vous! Préparez vos partiels en toute sénérité!

Définition, finalités et organisation

Journées de formation DMP

Guide à l intention des patients sur les thérapies à base de cellules souches

Le reflux gastro-oesophagien (280) Professeur Jacques FOURNET Avril 2003

Chapitre 1 Evaluation des caractéristiques d un test diagnostique. José LABARERE

Session Diagnostic. organisme gestionnaire du développement professionnel continu.

Pascal LACHAISE Paul TORNER. Matthieu PICARD

Droits des patients et indemnisation des accidents médicaux

Droits des patients et indemnisation des accidents médicaux

PROJET DE TÉLÉMEDECINE

B06 - CAT devant une ischémie aiguë des membres inférieurs

Les tests génétiques à des fins médicales

ANALYSE DE RISQUE AVEC LA MÉTHODE MEHARI Eric Papet Co-Fondateur SSII DEV1.0 Architecte Logiciel & Sécurité Lead Auditor ISO 27001

Recommandation Pour La Pratique Clinique

LASER DOPPLER. Cependant elle n est pas encore utilisée en routine mais reste du domaine de la recherche et de l évaluation.

Questions / Réponses. Troubles du sommeil : stop à la prescription systématique de somnifères chez les personnes âgées

[Sondage France Lyme] Votre vécu de la maladie de Lyme

I - CLASSIFICATION DU DIABETE SUCRE

1- Parmi les affirmations suivantes, quelles sont les réponses vraies :

«Adaptation de la mise en œuvre des bonnes pratiques cliniques en fonction des caractéristiques de certaines recherches»

Migraine et Abus de Médicaments

ANNEXE IIIB NOTICE : INFORMATION DE L UTILISATEUR

admission directe du patient en UNV ou en USINV

La Garantie Santé. Enfin une complémentaire santé qui répond à vos attentes. Mutuelle soumise aux dispositions du livre II du Code de la Mutualité,

PRINCIPES GENERAUX ET CRITERES ORDINAUX D APPLICATION DE L ARTICLE L DU CODE DE LA SANTE PUBLIQUE

Démarche d évaluation médicale et histoire professionnelle

Communiqué de presse. Merck Serono. 18 septembre 2008

L infirmier exerce son métier dans le respect des articles R à R et R à du code de la santé publique.

First Line and Maintenance in Nonsquamous NSCLC: What Do the Data Tell Us?

La maladie de Huntington, une maladie du cerveau

Utilisation des médicaments au niveau des soins primaires dans les pays en développement et en transition

Insuffisance cardiaque

PSYCHOSOMATIQUE, RELAXATION, PSYCHOTHERAPIES A MEDIATION CORPORELLE

prise en charge paramédicale dans une unité de soins

Le dépistage du cancer de la prostate. une décision qui VOUS appartient!

RESPONSABILITÉ INDEMNITAIRE

Lecture critique et pratique de la médecine

Logiciels, dispositifs médicaux et gestion des risques point de vue de l industriel

Programme de certification sans gluten. Jim McCarthy Directeur général Association canadienne de la maladie cœliaque

Qu est-ce qu un sarcome?

TRAITEMENT DES MAUX DE TÊTE PAR EMDR INTÉGRÉ

REFERENTIEL DE CERTIFICATION

prise en charge médicale dans une unité de soins

Maurene McQuestion, IA, BScN, MSc, CON(C) John Waldron, MD, FRCPC

MODE D'EMPLOI DE LA CALCULATRICE POUR LES COURTS SÉJOURS DANS L'ESPACE SCHENGEN

IMMED Monitoring vidéo porté

LA VIE APRES VOTRE INFARCTUS

A. Protocole de recherche (ainsi que l abrégé en langue française)

Gestion des Incidents (Incident Management)

MÉMOIRE RELATIF À L ÉVALUATION DU RÉGIME GÉNÉRAL D ASSURANCE MÉDICAMENTS PRÉSENTÉ PAR LA FÉDÉRATION DES MÉDECINS SPÉCIALISTES DU QUÉBEC

Master Sales Analysis. Analyse et développement des compétences de vente

COMMISSION DE LA SANTÉ PUBLIQUE, DE L'ENVIRONNEMENT ET DU RENOUVEAU DE LA SOCIÉTÉ du 10 mars 2015

~AISSE D'EPARGNE D'ALSACE

Approche centrée e sur le patient

Plan. Introduction. Les Nouveaux Anticoagulants Oraux et le sujet âgé. Audit de prescription au Centre Hospitalier Geriatrique du Mont d Or

Séquence 1 : La place du MSP et de l ISP

Section 8: Réduction du temps de travail et compte épargne-temps

SYSTEMES D INFORMATION EN SANTE Journée régionale du 12 janvier Blois

Peut-on reconnaître une tumeur de bas-grade en imagerie conventionnelle? S. Foscolo, L. Taillandier, E. Schmitt, A.S. Rivierre, S. Bracard, CHU NANCY

UEMS - OB/GYN SECTION LA FORMATION DU SPECIALISTE EN GYNECOLOGIE OBSTETRIQUE PROPOSITIONS DU GROUPE DE TRAVAIL DE L' EBCOG 1.

Info Sein BULLETIN. Bulletin numéro 8 Avril Contenu. Les 15 ans du PQDCS :

Spondylarthropathies : diagnostic, place des anti-tnf et surveillance par le généraliste. Pr P. Claudepierre CHU Henri Mondor - Créteil

L aide aux aidants. Psychologue clinicienne. Capacité de gériatrie mars 2009

ITIL V2. La gestion des incidents

GROUPE DE CONFIANCE protection de la personnalité MEDIATION INFORMATIONS

UNIM. Prévoyance Complémentaire Santé Garantie des emprunts. Professionnels de la Santé.

Frais de transport. 1. Les situations de prise en charge

La Dysplasie Ventriculaire Droite Arythmogène

Les différentes maladies du coeur

Description de service : <<Cisco TelePresence Essential Operate Services>> Services des opérations essentielles pour la solution TelePresence de Cisco

Safety Coach. Un projet pour l'accompagnement des jeunes dans les entreprises

Transcription:

La démarche médicale en médecine générale Une réflexion théorique pour des applications pratiques La démarche diagnostique Affirmer que le médecin peut, chaque fois, au terme de vingt minutes de consultation, certifier un diagnostic, est sans doute la plus grande illusion qui ait jamais existé! Une fois disparu ce mythe du diagnostic, il est pourtant indispensable de nommer précisément la situation clinique pour prendre les décisions adaptées. Cela permet aussi d'évaluer au mieux les risques de la situation. La démarche décisionnelle Une fois dénommée la situation clinique qu'il prend en charge, le praticien doit alors tenir compte des autres éléments utiles à une décision adaptée : les facteurs de risque, les recommandations médicales, le contexte environnemental, les déterminants du patient et ceux du médecin. Le praticien peut alors expliquer au patient ce qu'il faudrait faire.

1. La démarche diagnostique La gestion du risque lié à l incertitude du diagnostic Le médecin généraliste est confronté dans son exercice quotidien à plusieurs contraintes : - il est face à des troubles de santé au stade précoce de leur évolution, qui correspondent rarement à un tableau complet d'une maladie. - il a des moyens diagnostiques limités, sans plateau technique. - il est amené à prendre des décisions dans un temps court (18 minutes en moyenne). Le médecin généraliste se trouve bien souvent, à l'issue de la consultation, dans l'incapacité d'avoir une certitude sur l étiologie et/ou de l évolution de la situation vers une maladie. Nous savons en effet qu il ne peut aboutir à un diagnostic de maladie que dans 30% des cas. Nous appelons cela : l incertitude diagnostique. Deux dangers hantent alors le médecin Faire une erreur diagnostique Passer à côté d'une maladie grave Mais alors comment gérer l'incertitude diagnostic?

1.1. Nommer le tableau clinique : Le Résultats de consultation Sémiologie des situations cliniques en médecine générale Quoi de plus confortable et rassurant que de diagnostiquer une varicelle ou une sinusite... Mais dans 70% des cas nous sommes face à des symptômes et des syndromes, en situation d'incertitude diagnostique. Le Dictionnaire des Résultats de consultation permet de nommer avec rigueur ces situations cliniques et nous donne alors ce même confort. Qu'est que le Dictionnaire des Résultats de consultation (DRC)? Le Dictionnaire des Résultats de consultation regroupe les situations cliniques qu'un médecin généraliste rencontre en moyenne au moins une fois par an. L ensemble des Résultats de consultation (RC) représente plus de 97% des situations cliniques prises en charge en médecine de premier recours. En pratique, un médecin généraliste rencontre donc chaque RC une fois par an, soit environ dans 1 cas pour 4000 consultations (activité moyenne du médecin généraliste français). Le Résultat de consultation, fruit de l'analyse du clinicien, est le plus haut niveau de certitude clinique auquel parvient le praticien en fin de consultation. Comment choisir un Résultat de consultation (RC)? D'abord rechercher dans la liste un titre. S'assurer ensuite que le patient présente bien les critères d'inclusion correspondant à la définition.

1.2. Eliminer le 1 er risque d erreur diagnostique : Les Voir aussi Regarder les RC voisins Choisir un RC présente un premier risque d'erreur, celui de faire une erreur diagnostique et de se tromper de Résultat de consultation (RC). Pour contourner ce risque, qui amènerait le praticien à échafauder une conduite à tenir hasardeuse, chaque Résultat de consultation est associé à une liste de RC voisins ou concurrents, les plus proches sémiologiquement. Qu'est-ce qu'un Voir aussi? Ces RC voisins sont appelés Voir aussi. Chaque Résultat de consultation est associé à une liste de RC voisins. Le médecin, pendant la consultation regarde cette liste avant de confirmer son choix et de relever le bon RC dans son dossier. Le choix du RC s'il se limitait à celui des critères d'inclusion, si précis soient-ils, n'aurait aucune valeur. Ce RC n'est pertinent qu'après vérification de sa liste de Voir aussi. C'est bien parce qu on a exclu, le plus souvent cliniquement, les autres RC de la liste des Voir aussi, que l on peut confirmer que c est bien ce RC qui correspond le mieux à la situation clinique présentée.

1.3. Eliminer le 2 er risque d'erreur diagnostique : Le Diagnostic Critique Evaluer le risque inhérent à chacune des situations cliniques Ce risque d'une étiologie grave hante tout praticien Le danger est que le praticien n'évoque pas, devant le Résultat de consultation (RC) choisi, des maladies aux conséquences graves pouvant altérer l'état du patient. La même symptomatologie peut être révélatrice d une pathologie bénigne comme d une pathologie grave. La difficulté pour le praticien est de tenir compte des éventuels risques graves, tout en ne se lançant pas dans une démarche d'investigation qui serait anxiogène, coûteuse, voire iatrogène, avec une forte probabilité de résultats négatifs. Evaluer le risque est indispensable à la démarche diagnostique Evaluer le risque consiste à tenir compte, pour chaque danger, de sa gravité, de son urgence, de sa curabilité, et de la vulnérabilité du patient. Ces 4 éléments permettent de calculer la criticité (importance) de chaque danger... D'où l'appellation : Diagnostic Critique (DiC). En pratique Afin d'aider le médecin, le Dictionnaire des Résultats de consultation affiche pour chaque RC la liste de maladies graves à évoquer (DiC).

2. La démarche décisionnelle De la maladie à la personne malade Une fois dénommée la situation clinique qu'il prend en charge, le praticien doit alors tenir compte des autres éléments utiles à une décision adaptée : les facteurs de risque, les recommandations médicales, le contexte environnemental, les déterminants du patient et ceux du médecin. Le praticien peut alors expliquer au patient ce qu'il faudrait faire. Penser que les décisions ne se prennent qu'en fonction du résultat de consultation et de ses risques graves est une illusion. En effet, l'efficience des décisions médicales dépend aussi d'autres éléments liés au patient, au médecin et à leur environnement. Les caractéristiques du patient - son histoire médicale : pathologies associées, facteurs de risque généraux (âge, sexe, comportements à risque, ) - ses déterminants socioculturels : niveau d'éducation, communauté culturelle, niveau de revenu, type d'emploi - sa biographie et structure de personnalité : rapport à la maladie, situation familiale... Les caractéristiques du médecin - sa formation initiale et continue, son expérience, ses domaines de compétence, - son mode et ses conditions d'exercice - sa résistance aux pressions de l'industrie pharmaceutique - sa personnalité, son aversion au risque, sa norme culturelle Les éléments conjoncturels - l'épidémiologie, le contexte épidémique - les effets de la mode médicale - les éléments législatifs et réglementaires (Loi, convention, recommandations médicales ) - les conditions d'exercice (équipement médical, isolement...) Après avoir dénommé la situation clinique qu'il prend en charge, le praticien évalue les diagnostics potentiellement graves à éliminer rapidement et tient compte des éléments environnementaux (patient, médecin, conjoncture) pour négocier les décisions.

2.1- La négociation pour des décisions adaptées A partir des données biomédicales, des caractéristiques du patient, celles du médecin et des éléments conjoncturels, les décisions proposées par le médecin vont faire l'objet d'une négociation. Ce qui est souhaitable Dans un premier temps le médecin évalue ce qui est souhaitable en fonction des spécificités de la situation clinique (RC) : La position diagnostique du RC En position de maladie confirmée (D), les procédures et les recommandations de bonnes pratiques, sont définies, souvent codifiées. Par exemple devant un ULCERE GASTRIQUE (D), la conduite à tenir est précise. La marge de manœuvre du médecin est assez limitée. En position de symptôme (A), par exemple devant une EPIGASTRALGIE (A), la situation est plus complexe avec des risques dans le champ gastrique, mais aussi pancréatique, cardiologique La marge de manœuvre du médecin est ici beaucoup plus importante. Le code suivi du RC La persistance (P) d'une situation clinique met en éveil le praticien. Cette alerte impose au médecin une démarche plus approfondie, de moins en moins négociable. Par exemple, en cas de persistance d'une EPIGASTRALGIE, des explorations s'imposeront. La vulnérabilité du patient La marge de négociation varie aussi en fonction de l'âge du patient, son sexe, de ses comorbidités, ses allergies Les Diagnostics Critiques En tenant compte des éléments ci-dessus, le médecin doit réévaluer les risques (DiC) en fonction de leur niveau de criticité. Ce qui est possible Le médecin évalue ce qui est possible de mettre en œuvre en fonction des caractéristiques du patient, du médecin et des éléments conjoncturels. Ce qui est acceptable Ainsi, le médecin énonce ce qui lui semble souhaitable, quand le patient exprime ce qu'il lui semble possible de faire. La négociation s'installe entre le "souhaitable" du médecin et le "possible" du patient, pour s'accorder sur un "acceptable" commun.

2-2 L'espace de liberté pour décider Pour prendre ses décisions, le médecin possède une marge de négociation. Nous appelons cela l'espace de liberté. Celui-ci est directement lié aux caractéristiques de la situation clinique, du patient, du médecin et des éléments conjoncturels. En fonction des cas, chaque caractéristique prend plus ou moins d'importance. Par exemple, le poids de la situation clinique, ou les caractéristiques du patient, peuvent limiter très fortement l'espace de liberté.

Exemple d'une sciatique paralysante Devant une sciatique paralysante, une hospitalisation s'impose. Ici, l espace de liberté du médecin se réduit comme une peau de chagrin, la situation clinique étant trop prégnante. Exemple d'une épigastralgie Devant une épigastralgie qui récidive, le médecin propose de réaliser des examens complémentaires (fibroscopie, ECG ). Les caractéristiques du patient, prennent ici de l'importance. Certains patients refuseront la fibroscopie, d'autres l'accepteront, d'autres la réclameront.

Synthèse de la démarche médicale Pour en savoir plus Téléchargement gratuit du Dictionnaire des Résultats de consultation (DRC)