Métier. d élève/d apprenant

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Transcription:

Métier d élève/d apprenant Y a-t-il un métier d élève? Si oui, en quoi consiste-t-il en 2011? Quel en est l ABC? Devrait-il être revisité? Faudrait-il plutôt parler de métier d apprenant? Les questions sont multiples et les réponses complexes, surtout dès qu elles se veulent concrètes, mais il convient au moins d y réfléchir. Avec les principaux intéressés. 4 Métier 7 Le 8 Regards 10 12 d élève: la part du feu P. Perrenoud métier d élève vu par un conseiller pédagogique G. Dayer croisés sur le métier d élève Revisiter le métier d élève à l ère du numérique M. Betrancourt Métier d élève: aucun changement depuis des siècles! S. Hoeben Nécessité du détour réflexif pour devenir citoyen P. Rayou Métier d élève et métier d apprenant L. Lescouarch Le métier vu par des élèves N. Revaz La bibliographie de la Documentation pédagogique E. Nicollerat

M étier d élève: la part du feu P. Perrenoud Parler de métier d élève choque ceux qui associent l idée de métier à une activité professionnelle rémunérée et exercée par un adulte. En consultant le Petit Robert, on apprend qu un métier désigne «toute activité régulière dont on tire ses moyens d existence». Or, les enfants ne sont dispensés de travailler au champ, à l usine ou dans un bureau qu aussi longtemps qu ils étudient. On «coupe les vivres» aux adolescents et aux jeunes adultes qui désinvestissent la formation. Dans certains pays, les parents reçoivent une allocation s ils renoncent à utiliser leurs enfants comme main-d œuvre. Parler de «métier d élève» n est donc pas seulement une métaphore. Dans le même sens, on peut aussi parler de métier d enfant (Chamboredon & Prévot, 1973), de métier de parents (Berge, 1953), de métier de «femme au foyer». Ces métiers permettent de vivre en étant entretenu plutôt que de recevoir des honoraires ou un salaire. Du coup, les termes de l échange sont plus implicites. Mais il serait en même temps naïf de croire qu un salarié ordinaire ne s acquitte que des tâches qui figurent dans son contrat de travail et ne reçoit que le salaire convenu. Une fois acceptée l idée que les élèves exercent un «vrai métier», même si c est un métier particulier, une tentation bien compréhensible émerge dans l esprit d un professeur: former ses élèves à exercer leur métier de sorte à répondre le mieux possible à ses attentes. Au principe du métier d enseignant, il a l intention d instruire. Et donc assez naturellement le désir que cette intention ne se heurte pas à la moindre résistance du côté de ceux qu on nomme avec optimisme les «apprenants». Du coup, configurer le métier d élève en fonction des intentions du maître paraît le bon sens même. Depuis Métier d élève et sens du travail scolaire (1994), j ai tenté d inviter les professeurs à ne pas céder à cette tentation (Perrenoud, 1995, 1996, 2005, 2009). Il importe de comprendre qu un métier appartient à ceux qui l exercent et constitue leur protection contre les organisations qui emploient les «gens de métier». Le métier d élève ne fait pas exception. Ce rôle protecteur est mis en évidence par la multiplication dans le monde du travail d activités qui ne sont pas des métiers identifiés. Les salariés exercent des fonctions codifiées au sein de l entreprise mais qui n ont pas de nom générique et pas nécessairement d équivalent dans d autres entreprises. Ce peut être une situation temporaire, liée à l émergence d un métier nouveau qui répond à des besoins spécifiques avant de devenir une communauté de pratique qui traverse les entreprises et engendre en général un cursus de formation et une appellation contrôlée. Mais il y a des raisons de penser que dans un monde de plus en plus globalisé, concurrentiel et en changement rapide, les entreprises ont intérêt à définir des fonctions internes, plus faciles à reconfigurer au gré des besoins et des refontes de l organisation du travail, alors qu un métier renvoie à une corporation, à des sections syndicales, à une échelle de qualification, à un référentiel de compétences, à des codes de déontologie, à des représentations de ce qui constitue le cœur du métier et correspond à des conditions convenables d exercice de l activité. «Il importe de comprendre qu un métier appartient à ceux qui l exercent.» Cette évolution du monde du travail a des effets pervers qu on commence à percevoir (Clot, 2010; Dupuy, 2011; Dejours, 1998, 2000; Gaulejac, 2011; Zarifian, 2003). Ces travailleurs «sans métier» n ont plus de points de repère, ils ne font partie d aucune communauté de pratique et sont incapables d une action collective. Du coup, individualisme, sentiment d isolement, stress et peur de l avenir prennent le pas sur la conscience professionnelle, la responsabilité, la solidarité et la conviction qu on détient des compétences et une éthique opposables aux injonctions de l encadrement. Ces salariés font ce qu on leur demande et non ce qu ils pensent être en droit et avoir le devoir de faire. Les enseignants ne sont pas à l abri de cette évolution, même si elle touche moins durement les administrations. Le «productivisme scolaire» n est évidemment pas guidé par la recherche du profit. Mais les incitations conjuguées des programmes, des standards, des comparaisons internationales, de la culture de l évaluation, des angoisses des autorités et de celles des parents incitent fortement les enseignants à presser les élèves «comme des citrons». Dans cette perspective, il est inconcevable que le métier d élève puisse aider à résister à l intention d instruire. Il ne s agit pas de renoncer à cette intention mais de comprendre qu elle se réalisera d autant mieux qu on laisse aux élèves un espace, la possibilité de jouer avec les règles, de ruser. Les attentes de l école sont telle- 4 Résonances - Octobre 2011

ment fortes que seuls les élèves qui ont une immense facilité peuvent y répondre sans renoncer à vivre leur vie d enfants ou d adolescents. Les autres doivent tricher, en prendre et en laisser, pour préserver une part d intimité, d autonomie, de tranquillité, de temps libre, de relations, de quant-à-soi. «Le métier d élève consiste à ne pas prendre au sérieux tout ce que les professeurs demandent.» Le métier d élève consiste à ne pas prendre au sérieux tout ce que les professeurs demandent, à faire «juste ce qu il faut» pour rester dans la course. Les parents qui ont fait des études supérieures le savent et le disent d ailleurs à leurs enfants: l enjeu n est pas de répondre à toutes les injonctions, mais de survivre, sans s épuiser, dans une course d endurance, de sorte à aborder dans de bonnes conditions les «choses sérieuses», c est-àdire les cursus qui mènent à l université. On sait aujourd hui que le travail prescrit ne pourra jamais contrôler entièrement le travail réel et que ce n est pas un problème, mais au contraire une condition de l intelligence au travail: s écarter du prescrit lorsqu il empêche de réaliser la tâche (Jobert, 1999). De même, il importe de comprendre qu à vouloir prendre le contrôle du métier d élève, les professeurs et l institution scolaire vont à l encontre de leurs intentions. Nul ne peut écouter, réfléchir et apprendre 25 ou 30 heures par semaine. Pour durer dans la scolarité, il faut ruser, sauver les apparences, bachoter, parfois tricher. Bref, donner les signes extérieurs d une activité licite tout en rêvant, en bavardant, en s amusant ou en ne faisant rien. Tous les professeurs l ont fait pour réussir leurs études. Pourquoi ont-ils la mémoire si courte dès qu ils ont changé de camp? Les pompiers font la part du feu: face à un incendie, lorsqu on ne peut pas tout préserver, on abandonne à «l ennemi» une partie du territoire menacé pour mieux protéger le reste. Les militaires raisonnent de même. Les politiciens, les négociateurs, tous ceux qui développent des stratégies. L école aurait intérêt à comprendre que le mieux est l ennemi du bien, que la pression optimale n est pas la pression maximale, mais un dosage subtil entre des exigences et des moments de lâcher prise. La plupart des professeurs expérimentés savent qu il vaut mieux fermer de temps en temps les yeux et relâcher la pression pour que la vie scolaire soit vivable. Mais cela reste un savoir d expérience privé, dont on ne fait pas état. Le maître est un contremaître d un genre particulier (Perrenoud, 2009) mais qui, comme les autres, est pris entre le marteau et l enclume: il sait que la vie au travail n est pas tenable sans prendre des distances avec le prescrit et le contrôle constant de tout et de tous, mais il n ose pas le dire, parce que sa propre hiérarchie ne peut ou ne veut l entendre Du coup, le dosage entre pression et laxisme ne fait pas l objet d une discussion Résonances - Octobre 2011 5

professionnelle et n est pas travaillé en formation, abandonnant chacun à sa solitude. Une réflexion sur le métier d élève comme salutaire mécanisme de défense et sur la part du feu pourrait aider à dépasser ce tabou. Références Baeriswyl, E. et Vellas, E. (1994). Le métier de l élève dans les pédagogies actives, Journal de l enseignement primaire, n 48, pp. 26-31. Berge, A. (1953). Le métier de parent. Paris: Aubier. Chamboredon, J.-C. et Prévot, J. (1973). Le «métier d enfant». Définition sociale de la prime enfance et fonctions différentielles de l école maternelle. Revue française de sociologie, XIV, n 3, pp. 295-335. Clot, Y. (2010). Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psychosociaux. Paris: La Découverte. Dejours, Ch. (1998). Souffrance en France. La banalisation de l injustice sociale. Paris: Seuil. Dejours, Ch. (2000). Travail: usure mentale. De la psychopathologie à la psychodynamique du travail. Paris: Bayard, nouvelle édition augmentée. Dupuy, F. (2011). Lost in Management. La vie quotidienne des entreprises au XXI e siècle. Paris: Seuil Gaulejac, V. de (2011). Travail, les raisons de la colère. Paris: Seuil. Jobert, G. (1999). «L intelligence au travail» in Carré, Ph. et Caspar, P. (dir.). Traité des sciences et des techniques de la formation. Paris: Dunod, pp. 205-221. Perrenoud, Ph. (1994). Métier d élève et sens du travail scolaire. Paris: ESF (6 e éd. 2010). Perrenoud, Ph. (1995). Des savoirs aux compétences: les incidences sur le métier d enseignant et sur le métier d élève. Pédagogie collégiale (Québec), Vol. 9, n 2, décembre, pp. 6-10. Perrenoud, Ph. (1995). Les droits imprescriptibles de l apprenant ou comment rendre le métier d élève plus vivable. In Les Sciences de l Education face aux interrogations du public. Genève: Cahiers de la Section des sciences de l éducation, Numéro spécial, pp. 123-135. Perrenoud, Ph. (1996). Métier d élève: comment ne pas glisser de l analyse à la prescription? In UNAPEC, Le métier d élève. Paris: UNAPEC, pp. 15-24. Perrenoud, Ph. (2005). Le métier des élèves leur appartient. Educateur, n 4, 1 er avril, pp. 26-30. Perrenoud, Ph. (2009). Le maître contremaître: métier d enseignant et métier d élève. Université de Genève: Faculté de psychologie et des sciences de l éducation. Zarifian, Ph. (2003). A quoi sert le travail? Paris: PUF. (l auteur Philippe Perrenoud Faculté de psychologie et des sciences de l éducation, Université de Genève. Courriel: Philippe.Perrenoud@unige.ch Internet: www.unige.ch/fapse/sse/ teachers/perrenoud Laboratoire Innovation, Formation, Education (LIFE): www.unige.ch/fapse//life Le dossier en citations Elève-apprenant «L élève. Le mot, dans le Littré, renvoie à l idée de nourrissage, d élevage, ce qui implique de la passivité face aux soins de l éleveur. Beaucoup d élèves sont dans cette posture: ils attendent que ça passe. Ils pensent que rien ne dépend d eux, mais du maître-jardinier, qu ils n ont qu à être obéissants, à faire leur «métier d élève». Le risque de cette position est l activisme occupationnel, on occupe les heures. L apprenant. Le terme vient du Québec et voisine avec celui d entrepreneur. Il souligne qu il y a quelque chose à prendre et que l appropriation est nécessaire. L apprentissage suppose une mobilisation cognitive du sujet car apprendre, c est toujours extraire la pépite (le savoir) de la gangue (les activités). On a pu observer que les ZEP qui ont de bons résultats s appuient sur le fait de rendre les élèves apprenants. Il faut se méfier des élèves qui se limitent à l activité et des pratiques pédagogiques qui ne se sortent pas des activités.» http://francois.muller.free.fr/diversifier/30compet.htm Connaître le nouvel écolier «Avant d enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. Qui se présente, aujourd hui, à l école, au collège, au lycée, à l université? - Ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. En 1900, la majorité des humains, sur la planète, s occupaient de labourage et de pâturage; en 2010, la France, comme les pays analogues au nôtre, ne compte plus qu un pour cent de paysans. Sans doute faut-il voir là une des plus immenses ruptures de l histoire, depuis le néolithique. Jadis référée aux pratiques géorgiques, la culture change. [...] Face à ces mutations, sans doute convient-il d inventer d inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites et nos projets. Nos institutions luisent d un éclat qui ressemble, aujourd hui, à celui des constellations dont l astrophysique nous apprit jadis qu elles étaient mortes déjà depuis longtemps. [...]» Extrait de Petite Poucette par Michel Serres, de l Académie française www.institut-de-france.fr/education/serres.pdf 6 Résonances - Octobre 2011

L e métier d élève vu par un conseiller pédagogique Lire, écrire, regarder, écouter, comprendre, apprendre par cœur et tout respecter, de l adulte à la boîte de craies, en passant par ses camarades: voilà un con densé du métier pratiqué au quotidien par nos chères têtes blondes. Dans le monde réel Le métier d élève, c est l ensemble des compétences de base qu un élève doit avoir développées pour pouvoir atteindre les objectifs fixés par les systèmes scolaires et plans d étude, en répondant aux demandes d un enseignant. Cependant, être élève s avère bien plus complexe. Etre élève aujourd hui demande également d être capable d appliquer des règles/attentes scolaires auxquelles on ne s identifie pas forcément; c est aussi mettre du sens à des activités n existant souvent que dans la réalité/contexte scolaire. Etre élève, c est également posséder une faculté d adaptation importante face aux différentes exigences et pratiques des nombreux enseignants côtoyés durant notre scolarité; c est apprendre que le même comportement n induit pas toujours la même réponse, ce qui peut être aussi déstabilisant que formateur. Etre élève n est pas quelque chose d inné; c est un métier qui s acquiert, évident pour la lecture, le calcul ou l écriture, moins peut-être pour les éléments touchant à l organisation de son travail, les différentes étapes obligatoires pour réussir la résolution d un problème, le sens des apprentissages Un élève qui connaît et peut mettre en application son métier est un élève qui met toutes les chances de réussite de son côté. Le produit fini (but de l école) n est pas toujours simple à percevoir pour l élève: l ébéniste va fabriquer un meuble qui sera rapidement visible et dont la fonction sera évidente aux yeux de chacun; quand on est élève, que «fabrique-t-on»? Des notes? La fierté des parents ou enseignants? La satisfaction personnelle? On doit travailler «pour notre avenir» les enjeux de l avenir ne sont pas simples à percevoir lorsque l on a 8, 10 ou même 14 ans. Dans un monde idéal Il manque encore parfois un travail spécifique sur le sens des apprentissages et la connaissance que l élève a de son propre «fonctionnement»: comment garder son attention, mémoriser le partage des «bonnes pratiques» des élèves entre eux, sous la conduite de l enseignant qui ose le risque de «perdre» du temps; l explicitation et la verbalisation autour du sens des activités, des différents éléments du métier d élève en classe sont, de mon point de vue, primordiales. L appui pédagogique intégré a encore un rôle important à jouer afin de mettre l accent sur cette démarche réflexive d apprentissage du métier d élève qui va amener celui-ci à prendre conscience de son fonctionnement pour pouvoir y amener certaines modifications visant l efficacité. Il serait également utile de s interroger sur les manières de rendre le métier plus cohérent et plus harmonieux au fil des degrés et de faire en sorte que l élève ne doive pas souvent, lors de changement de classe ou d enseignant, s adapter à un nouveau métier sans en avoir les clés. Pour ce faire, les attentes envers le métier devraient être pensées en termes de progression et cohérence au travers des différents degrés d un même établissement scolaire, au-delà des prescriptions du plan d étude. Certaines attentes pourraient être davantage en corrélation avec la réalité vécue par les élèves, par exemple, au niveau des tâches à domicile: on sait que tous les élèves ne sont pas égaux par rapport à l aide à disposition, au degré d autonomie, à l importance accordée à l apprentissage scolaire par les familles. Toutes les compétences du métier d élève ne sont pas acquises une fois pour toutes et il faut, je pense, des piqûres de rappel régulières, quel que soit l âge des élèves. Une évidence que l on a parfois tendance à oublier Guy Dayer, conseiller pédagogique à l Office de l enseignement spécialisé Résonances - Octobre 2011 7

R egards croisés sur le métier d élève Quelques spécialistes de l éducation ont accepté de relever un petit défi: en quelques lignes, ils ont livré leur regard historique ou futuriste, leur avis nuancé ou décalé, leur conseil avisé ou intuitif en lien avec le métier d élève en 2011. Le métier d élève vu par Mireille Betrancourt Revisiter le métier d élève à l ère du numérique Il devient trivial d admettre que les technologies numériques ont changé de manière drastique les comportements humains, que ce soit pour produire un rapport, consulter ses comptes, programmer un voyage ou écouter de la musique. Paradoxalement, une seule activité sociale semble résister à la vague numérique: l école. Internet avec le web fait entrer dans la classe une nouvelle source de savoir qui, à la différence des matériels imprimés traditionnels, n est ni certifiée, ni stable dans le temps, ni nécessairement vraie. La compétence clé de l élève devient la capacité critique à évaluer la fiabilité d une information, à se construire un point de vue argumenté sur la base de différentes sources. Il doit aussi apprendre à gérer de nouveaux risques pour protéger sa vie privée et identifier les canulars et rumeurs. En contrepartie, la classe y gagne en ouverture, puisque virtuellement tout sujet peut être exploré instantanément, et en authenticité, puisque le contenu scolaire rejoint le vécu extra-scolaire de l élève. Mais les technologies numériques ne se résument pas à surfer sur le Web. Elles offrent une multitude d usages à haut potentiel éducatif: exercices interactifs pour s entraîner et s auto-évaluer, multimédia pour les Prochain dossier Les intelligences multiples dans la classe langues, correspondance par email, etc. Elles ouvrent des potentialités d expression et de création encore peu explorées à l école, que ce soit la possibilité de créer un livre de recettes de cuisine, ou un montage multimédia illustrant une histoire inventée par la classe. Rendre les élèves acteurs de leur propre développement d apprenant et de citoyen, tel est l enjeu de l entrée du numérique à l école. Mireille Bétrancourt Professeure en Technologies de l information et processus d apprentissage http://tecfa.unige.ch/perso/mireille Le métier d élève vu par Stéphane Hoeben Métier d élève: aucun changement depuis des siècles! Vous me direz sans doute que j exagère, que les élèves changent, qu ils sont plus difficiles, qu on leur offre plus d attention qu il y a 50 ou 100 ans. Vous me direz sans doute qu ils ont de la chance aujourd hui et que ce n est plus comme dans le temps: moins de punitions, interdiction des châtiments corporels, sport et informatique chaque semaine Vous me direz sans doute que les élèves ont changé: ils sont distraits, ils ne travaillent plus, ils préfèrent jouer qu apprendre, ils ne font plus le travail à domicile OUI, vous avez raison: beaucoup d éléments de con - texte ont été modifiés et pourtant, je persiste, le métier d élève est resté le même dans la tête de beaucoup d enseignants La majorité des collègues rêvent d élèves en rang quand ils rentrent en classe: rêvent que tous les travaux à domicile soient parfaits; rêvent d élèves en silence du matin au soir; rêvent que les exercices de tous soient réalisés jus - qu au bout et avec le moins de corrections possible; 8 Résonances - Octobre 2011

rêvent d élèves qui ne dérangent pas la classe ou ne se chamaillent pas; rêvent que les parents défendent le professeur quelle que soit la situation; rêvent d élèves qui car ce serait tellement plus simple. Vraiment, l élève rêvé de 1800 fait toujours rêver en 2011 Stéphane Hoeben Consultant en Education et Ressources humaines www.shdf.be Un ex-élève pas toujours modèle Un cinquantenaire toujours pas modèle Le métier d élève vu par Patrick Rayou Nécessité du détour réflexif pour devenir citoyen Jamais l école n a été aussi importante pour la formation et la certification désormais nécessaires à une vie «normale», jamais non plus on n a à ce point douté de sa capacité à y faire parvenir tous et chacun. De plus, autrefois dépositaires et médiateurs des savoirs disponibles, les enseignants sont désormais éclipsés par des experts qui aident à répondre à des questions urgentes comme: «Peut-on utiliser sans danger son téléphone mobile?» ou «Faut-il se faire vacciner contre H1N1?». Il est tentant pour des jeunes de se méfier de savoirs dont le bénéfice des apprentissages semble très lointain et le prestige relativisé par une circulation inouïe de connaissances dans des réseaux beaucoup plus accessibles et conviviaux que ceux de l école. Un certain instrumentalisme les guette, fatal aux plus fragiles qui ne voient pas que leur formation les aidera à obtenir un emploi, à s y maintenir en construisant en permanence sur d indispensables fondations. Par ailleurs, le détour réflexif que demande la forme scolaire est plus nécessaire que jamais pour être citoyen d un monde complexe. Le «métier d élève» peut aider à tirer son épingle du jeu en déconstruisant les logiques confuses et contradictoires de l institution et en diminuant la pression scolaire accrue par les angoisses parentales. Il peut aussi inciter à un décrochage plus ou moins brutal qui, malgré l illusion de l appartenance commune à la jeunesse, crée en son sein une fracture difficilement réductible. Patrick Rayou Professeur de sciences de l éducation à l Université Paris VIII Le métier d élève vu par Laurent Lescouarch Métier d élève et métier d apprenant Dans nos observations en milieu scolaire, pour les élèves, l enjeu est bien souvent d être en capacité de «donner sens au non sens» de la forme scolaire qui se caractérise par une grande artificialité des situations, ce que Freinet appelait la «scolastique» 1, terme désignant les situations scolaires relevant d une règle de travail et de vie particulière à l école sans rapport avec la vraie vie. Si les éléments du curriculum caché 2 et du système didactique sont explicites pour l enseignant, les élèves ne perçoivent donc bien souvent que la partie immergée de l iceberg des savoirs. Beaucoup d élèves s inscrivent ainsi dans un rapport au savoir très particulier, jouant à trouver les bonnes réponses avec des stratégies de contournement privilégiant le résultat, la réussite à court terme à la compréhension réelle de notions et de démarches transférables 3 comme cet enfant qui multiplie les réponses au hasard et est très satisfait de luimême quand enfin il finit par formuler la bonne sur un coup de chance. Cet enfant a d une certaine manière compris le métier d élève (lever la main, répondre, «travailler»), mais n est pas du tout rentré dans le métier d apprenant appréhendant les moments scolaires comme une occasion d acquisitions de savoirs et les habitudes sociales de «zapping» de l ère numérique risquent de ne faire que renforcer ce phénomène. Plutôt que de se centrer sur le «métier d élève» restreint au cadre scolaire et à ses normes parfois arbitraires, il serait peut-être intéressant de se poser aujourd hui la question du «métier d apprenant» pour amener les enfants à un rapport personnel aux savoirs et aux apprentissages leur permettant de s inscrire dans la «saveur des savoirs» que Jean Pierre Astolfi appelait de ses vœux 4. Laurent Lescouarch Maître de conférences et directeur du Département des sciences de l éducation à l Université de Rouen Notes 1 Freinet, C. Méthodes naturelles et méthodes traditionnelles (1947), in La méthode naturelle. L apprentissage de la langue, œuvres complètes, volume 2, Seuil, 1994, (p. 227). 2 Perrenoud, P. Curriculum: le formel, le réel, le caché. In J. Houssaye (Ed), La pédagogie: une encyclopédie pour aujourd hui. (pp.61-76). Paris: ESF. 1993. 3 Develay, M. Donner du sens à l école. Paris: ESF éditeur. 1996. 4 Astolfi, J-P. La saveur des savoirs: disciplines et plaisirs d apprendre. Issy les Moulineaux: ESF Editeur. 2008. Résonances - Octobre 2011 9

L e métier vu par des élèves Grâce à la complicité de Pierre-Alain Héritier, directeur du CO des Collines de Sion, Résonances a pu interroger quatre élèves de 3CO et une élève de 2CO bilingue afin d évoquer avec eux «leur métier» et aussi parler de celui des enseignants. Cecilia, Elise, Etienne, Grégory et Omar se sont exprimés avec spontanéité et ont livré une analyse intéressante, proposant des pistes réalistes ou utopiques qui mériteraient certainement d être creusées. Est-ce pertinent de parler de «métier d élève»? Cecilia, Elise, Etienne, Grégory et Omar approuvent l appellation, avec des divergences toutefois sur ce qu il est ou devrait être. Quelles ressemblances et/ou différences entre le métier d élève et un autre métier? Etienne: «Nous avons des horaires, des responsabilités et des règlements.» Omar: «C est vrai, par contre on n a pas de salaire.» Etienne: «Oui, mais on a des bulletins de notes et on aura des diplômes.» Cecilia: «C est différent parce que nous n avons pas choisi ce métier.» Grégory: «Dans un métier normal, quand on fait une faute, on est immédiatement licencié, mais comme notre métier fait partie de l école obligatoire, nous avons des chances supplémentaires.» Elise: «On a aussi des devoirs et des punitions. Plus tard, on ne nous demandera pas de copier 300 mots.» Le métier d élève devrait-il davantage ressembler aux autres? Tous sauf Grégory et Etienne: «Oh oui, on devrait avoir un salaire.» Grégory: «Non, car on ne doit pas avoir trop de responsabilités si jeunes.» Etienne: «A quoi ça nous servirait un salaire, puisque nous recevons de l argent de poche. En plus, nous avons la chance d avoir des activités extrascolaires, ce qui ne serait pas possible en entreprise. Et plus tard, quand on aura un problème avec notre patron, on ne pourra se plaindre à personne alors qu à l école on a des profs différents, ce qui est un avantage.» Quelle est votre principale tâche? Omar: «Faire ce qu on nous demande de faire.» Etienne: «Enrichir nos connaissances.» Elise: «Travailler.» Cecilia: «Etudier.» Grégory: «S ouvrir au monde.» Le métier d élève est-il davantage un effort ou un plaisir? Etienne: «Ça dépend des activités et ça dépend des jours. Dans l ensemble, j aime bien l école, parce que c est un lieu important pour la vie sociale.» Grégory: «Fifty-fifty : le côté agréable, c est surtout qu on découvre de nouvelles choses.» Cecilia: «Il y a des branches où l on a plus de plaisir que d autres.» Omar: «Je n ai pas particulièrement de plaisir à aller à l école.» Elise: «Se lever le matin pour aller travailler est toujours un effort.» Pensez-vous qu on vous a donné tous les outils nécessaires pour bien apprendre? Etienne: «Chaque prof a des méthodes différentes.» Tous sont du même avis qu Etienne. Et vous, quels sont vos trucs pour réussir? Omar (sur le ton de la boutade et dans un éclat de rire): «Tricher.» Grégory: «Faire la plus grande partie des devoirs le week-end et le mercredi après-midi.» Etienne: «Profiter de l étude pour avancer un maximum.» Cecilia: «Travailler régulièrement.» Elise: «Tous les soirs, tout en écoutant de la musique, je fais les devoirs pour le lendemain.» Le métier d élève est-il le même à l école enfantine, primaire ou au CO? Etienne: «Au CO, on juge qu on est capable de se débrouiller, aussi on a davantage de responsabilités.» Grégory: «On a plusieurs profs et donc on doit s adapter à des styles différents.» Cecilia: «On a plus de devoirs, car chaque prof ajoute du travail sans en discuter avec ses collèges.» Elise: «Dans les petits degrés, c était plus plaisant d aller à l école, parce qu on n avait pas de devoir.» Etienne: «En 2 e du CO, je n avais pas de devoir, sauf du vocabulaire à réviser, contrairement à cette année.» Omar: «A l école enfantine, on nous chouchoutait. Au cycle, on nous considère comme des grands.» Etienne: «Actuellement, en dernière année de CO, il y a vraiment trop de règlements. L école valaisanne est peut-être meilleure que la genevoise, mais elle est très stricte.» Grégory: «C est pour nous protéger.» Omar: «Trop de règlements, ça encourage plutôt à faire des bêtises.» 10 Résonances - Octobre 2011

Grégory: «En nous impliquant et en nous responsabilisant davantage, c est vrai qu on serait plus sages.» Alors si vous aviez la possibilité de modifier le métier d élève, que changeriez-vous? Elise: «J aimerais que les élèves cessent de se juger entre eux, par rapport à l habillement par exemple. C est tellement stupide.» Etienne: «J introduirais un permis à points. A chaque bêtise, on nous enlèverait un point et ce ne serait qu une fois sans points qu on pourrait avoir une punition. Avec ce système, les points perdus pourraient être regagnés.» Grégory: «Je serais plutôt pour une carte de fidélité. On cumulerait les tampons et au final on aurait des bonus et, si on est collé, on pourrait les utiliser. Un autre exemple de bonus serait de pouvoir aider le directeur et les proviseurs lors de la rédaction des règlements.» Cecilia: «A mon avis, il faudrait assouplir le règlement qui est trop strict. L enseignement pourrait rester le même, mais il faudrait que certains enseignants soient plus cool pendant les cours. On apprendrait tout autant.» Etienne: «Certains l ont compris, d autres pas!» Grégory: «Je trouverais bien d avoir un journal de l école, mais aussi de nommer un président de tous les élèves et pas seulement au niveau des classes.» Omar: «Pour ma part, je diminuerais les devoirs.» Grégory: «On pourrait faire comme autrefois, six mois d école et six mois de vacances.» Etienne: «C était plutôt six mois de travail à l alpage, donc non merci.» Elise: «On pourrait aller à l école seulement l aprèsmidi, comme cela on pourrait dormir le matin.» Etienne: «On serait probablement plus motivé avec des journées commençant plus tard.» Omar: «Bonne idée.» Quel est votre avis sur les devoirs? Elise: «On apprend déjà à l école, donc je ne comprends pas pourquoi on doit faire encore des devoirs à la maison. Les profs ignorent apparemment qu on a une vie en dehors de l école.» Etienne: «Je suis pour les devoirs, mais à dose raisonnable.» Grégory: «Si on est un peu contre les devoirs, c est probablement parce que nous sommes des élèves.» Trouvez-vous l enseignement suffisamment moderne? Omar: «Ce serait bien d avoir chacun un ordinateur.» Etienne: «Je trouve qu à l école on devrait ajouter des branches plus originales. Il faudrait qu on nous propose des options plus spéciales. On pourrait imaginer un système qui n existe dans aucun autre pays.» Grégory: «Il faudrait introduire des options dès la première année du CO.» Au premier plan: Elise et Omar. Au second plan: Grégory, Etienne et Cecilia. Elise: «Pourquoi ajouter de nouvelles branches?» Cecilia: «Le programme est déjà bien chargé.» Etienne: «Oui, mais on pourrait aussi en supprimer.» Tous n ont pas le même avis sur les branches à enlever du programme. Quel est votre regard sur le métier d enseignant? Etienne: «Je les plains, car il y a des cas dans certaines classes. Les profs nous encouragent à faire ce métier, mais quand on voit l augmentation du niveau d études, ça coupe un peu l envie d exercer cette profession.» Omar: «Moi je trouve qu ils ont de la chance.» Grégory: «Ils ont beaucoup de vacances.» Etienne: «C est vrai que, comparé à d autres métiers, il y a plus de vacances, mais en fait ils doivent corriger les travaux et préparer les cours en dehors du temps d école.» Cecilia: «Tous ne travaillent pas pendant les vacances.» Elise: «Qu ils fassent moins de tests s ils ne veulent pas avoir à les corriger pendant leurs congés.» Etienne: «Je trouve qu ils sont quand même courageux, car c est un métier difficile.» Omar: «Moi cela me plairait d être enseignant. A l école primaire, mes profs travaillaient à l école, de façon à n avoir plus rien à faire en rentrant à la maison. Il suffit d être organisé.» Etienne: «En fait le métier d enseignant ressemble à celui d élève, car ils ont beaucoup de devoirs. Enseignant, c est être élève supérieur.» Grégory: «Avant d être prof, nos enseignants étaient élèves, donc ils connaissent notre métier.» Elise (esquissant un sourire): «Certains ont apparemment oublié!» Propos recueillis par Nadia Revaz Résonances - Octobre 2011 11

L a bibliographie de la Documentation pédagogique Le secteur documentation pédagogique de la Médiathèque Valais - Saint- Maurice propose quelques suggestions de lecture en lien avec le dossier pour aller plus loin. Tous les documents mentionnés sont bien sûr disponibles à la Médiathèque Valais - Saint- Maurice (cf. cotes indiquées) et pour certains à Sion également. AMIGUES R, ZERBATO- POUDOU, M.-T., Comment l enfant devient élève: les apprentissages à l école maternelle. Paris: Retz, 2009. Cote 373.23 AMIG ASTOLFI J.-M., L école pour apprendre: l élève face aux savoirs, «Pédagogie», Issy-les-Moulineaux: ESF, 2010. Cote: 37.02 ASTO FABER A., Parler pour que les enfants apprennent: à la maison et à l école, Cap-Pelé: Relations... plus, 2005. Cote: 37.06 FABE GRANDSERRE S., Faire travailler les élèves à l école: sept clés pour enseigner autrement, «Pédagogies. Outil», Issy-les-Moulineaux: ESF éditeur, 2009. Cote: 371.32 GRAN ISIMAT-MIRIN M., Se détendre pour mieux apprendre, «Savoir communiquer», Lyon: Chronique sociale, 2007. Cote: 613.72 ISIM MEIRIEU P., Lettre aux grandes personnes sur les enfants d aujourd hui, [Voisins-Le- Bretonneux]: Rue du monde, 2009. Cote: 37.011 MEIR PERRENOUD P., Métier d élève et sens du travail scolaire, «Pédagogies», Issy-les-Moulineaux: ESF, 2010. Cote: 37.015.4 PERR SAINT-ONGE M., Moi j enseigne, mais eux apprennent-ils?, «Agora», «Pédagogie/Formation. L essentiel», Montréal (Québec): Ed. Beauchemin; Lyon; Chronique sociale, 2008. Cote: 37.013 STON THEYTAZ P., Motiver pour apprendre: guide pour parents, enseignants et élèves «L aire de famille», Saint- Maurice: Ed. Saint- Augustin, 2009. Cote: 159.947 THEY VIANIN P., La motivation scolaire: comment susciter le désir d apprendre?, «Pratiques pédagogiques», Bruxelles: De Boeck, 2006. Cote: 37.02 VIAN Pour aller plus loin sur internet Les représentations de l élève, thèse de Stéphanie Leloup www.pedagopsy.eu/decalage_eleve.htm Outils du métier d élève http://p.birbandt.free.fr/ressourcesdiverses/metier%20 deleve/metierdeleve-outils/metierdeleve-outils-droite.htm Métier d élève, métier d enseignant à l ère numérique (rapport de Chistine Dioni) http://medias.formiris.org/atoutdoc_rapports_247_1.pdf Mémoires professionnels en lien avec le thème http://ymorin.ep.profweb.qc.ca/metiereleve.pdf http://www.caen.iufm.fr/memoires/lmo0428.pdf http://peysseri.perso.neuf.fr/pe2005/gfp05/memo2006/k.pdf http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/30/74/12/pedagogie/ Memoire -Le-metier-d-eleve.pdf Le métier d élève est-il plus dur qu autrefois? in L Ecole, 2005 ftp://ftp.geneve.ch/dip/ecole38/eleve_10.pdf Extrait d une lettre: demande de bienveillance «Je sais que vous faites un dur métier et que je n étais pas le seul en classe à mettre votre patience à bout. Mais moi, avec mes difficultés de concentration, j ai dû redoubler d effort pour écouter, malgré tant de confusion en classe! J avais besoin de calme vous comprenez? Et j aurais tellement aimé recevoir plus d encouragements face à mes difficultés. J aurais tellement aimé que vous veniez jeter un œil sur ma copie en cours de contrôle pour voir si j étais parvenu à tracer mes lignes pour bien disposer mes calculs, si j avais bien compris la consigne plutôt que faire deux pages de conjugaison au futur plutôt qu à l imparfait Ça vous aurait si peu coûté pourtant!» Court extrait d une lettre qu une maman d un enfant souffrant de trouble du déficit de l attention a remis à l enseignant à la fin de l année scolaire (courrier authentique transmis par Stéphane Hoeben) 12 Résonances - Octobre 2011