ATHLETISME LANCER DU POIDS QUELLE TECHNIQUE? O BRIEN OU BARICHNIKOV INTRODUCTION : Longtemps considéré comme une épreuve de puissance, le lancer du poids a développé des techniques propres. Originellement issu de l Antiquité le lancer mesuré à Olympie avec la Pierre de Bybon n a que très peu de rapports avec sa pratique contemporaine. L évolution de la technique du lancer de poids se caractérise par les étapes successives : sursaut rasant - départ de profil, sursaut rasant départ de dos et technique giratoire. Bien que du point de vue théorique le lancer giratoire (la technique Barichnikov) ait les faveurs des lanceurs, il n a pas encore réussi à supplanter d une manière décisive le lancer avec sursaut rasant (la technique O brien). La répartition des deux variantes techniques parmi les meilleurs lanceurs mondiaux masculins est actuellement assez équilibrée. Cependant chez les féminines le sursaut rasant est nettement prépondérant. La répartition des variantes techniques semble encore fortement en faveur de la technique O Brien sauf pour l élite. Dans une première partie je présenterai la technique en rotation et dans une deuxième partie je ferai l analyse de la technique en translation. En enfin j expliquerai les différentes qualités requises pour réussir dans l une ou l autre. 1. Analyse de la technique Barichnikov Il y a quelques années seulement, les adeptes de la technique du lancer par rotation étaient encore peu nombreux. Cette variante a cependant gagné en popularité ces derniers temps. Si les meilleurs lanceurs masculins du monde l ont adoptés, les filles n ont par contre pas suivi la tendance. Ceci est difficile à comprendre, car les avantages de cette technique se révèlent plus importants encore lors de l utilisation d engins plus légers. La technique du lancer par rotation possède de nombreux éléments communs avec la technique du lancer du disque. - la phase préparatoire : au départ du jet, le lanceur droitier se place dos à l aire de lancer, avec le haut du corps plutôt redressé et avec une flexion des genoux à 90 environ. Le mouvement débute par un élan du haut du corps contre le sens de rotation, dans le sens inverse de rotation, suivi d un pivot sur le pied gauche jusque dans la direction du lancer ; simultanément, le poids du corps est placé sur la jambe gauche. Le bras gauche, qui est allongé en décontraction à hauteur d épaule, permet de maintenir, durant toute la rotation, l axe des épaules décalé par rapport à celui des hanches (prise d avance des appuis). 1
Image de «Les Lancers» de Lothar Hinz Edition Vigot 1993 - le saut en rotation démarre par la pose de la jambe gauche dans la direction du lancer, la jambe droite étant balancée par l extérieur ; on atterrit finalement sur la jambe droite. Après la pose du pied droit, le pied gauche est ramené aussi rapidement que possible à largeur de hanches vers la gauche et placé près de la poutre. En raison du saut en rotation relativement long (0,6s), l écart entre les pieds est plus petit que pour les autres techniques de lancer. Image de «Les Lancers» de Lothar Hinz Edition Vigot 1993 - durant la phase de poussée, la technique par rotation ne se distingue que peu de la technique O BRIEN, si ce n est par la poussée en rotation. Pour un lanceur droitier, les éléments clés de la poussée sont le mouvement rapide de rotation / pousser de la jambe droite, le glissement des hanches vers l avant, la tension au niveau tronc / épaules, le mouvement d extension énergétique de la jambe gauche et le mouvement de lancer explosif du bras droit, légèrement différé par rapport au travail des jambes. - à cause de l importante énergie de rotation, le blocage de la partie gauche du corps se révèle plus difficile qu avec la technique O BRIEN, mais ne doit pas être négligé. Un mouvement de rotation / pousser optimal de la jambe droite entraîne un saut sur l autre jambe à la fin de la phase de lancer. 2. Analyse de la technique O brien - la phase préparatoire commence par une descente du poids en arrière du cercle et flexion sur la jambe droite. La jambe gauche est ramenée fléchie (jambe /cuisse 90 contact des deux genoux) le tronc incliné, dos rond, extension de la jambe gauche vers le butoir, provoquant une poussée oblique et un déséquilibre tout entier du corps dans la direction du lancer. - le sursaut rasant : il se produit un temps de suspension (0,12s) qu il faudra réduire le plus possible afin d éviter la perte de vitesse et les risques d amortissement. D où la nécessité d un sursaut rasant et rapide. Le pied droit se pose sur l axe de lancer, légèrement ouvert pour faciliter le passage du bassin. 2
Image de «Les Lancers» de Lothar Hinz Edition Vigot 1993 - placement en double appui, appui final : la pose des deux appuis se fait presque simultanément. Le pied gauche au contact du butoir est très légèrement décalé par rapport à l axe du bassin (action qui permet d éviter de tourner le bassin pendant la pose d appui). A ce niveau le lanceur a le poids du corps sur la jambe droite, l engin est éloigné vers l arrière, la projection verticale du poids est située devant la pointe du pied droit, le bassin qui est en avance est ouvert par rapport à la ligne d épaules et enfin celle-ci est perpendiculaire à l axe de lancer. Image de «Les Lancers» de Lothar Hinz Edition Vigot 1993 - l action finale : c est une action rapide et dynamique de l appui droit pour soulever / extension de la jambe. Cette action n interviendra que si le pied gauche est placé (éviter de tourner le bassin «dans la vide»). Il y a ensuite transfert du poids du corps de la jambe droite sur la jambe gauche par action des muscles rotateurs (mise en tension / renvoi). Toutes les actions se situent encore au niveau de l étage moteur, et c est justement parce que le haut du corps reste longtemps en «face arrière» que l avance en rotation peut être maximale, jusqu à ce que selon le principe de l enchaînement des forces, les rotateurs ramènent les épaules vers l avant. Et enfin s effectue un pivot sur les pieds et aussi une poussée face avant, au cours de cette demi rotation, le corps prend appui sur la jambe gauche et «monte» sur cet axe semi tendu (on parle de jambe de ½ soutien) et à la poussée finale, la ligne des épaules est perpendiculaire à la direction de lancer. La sortie de la hanche provoque le face avant de la poitrine et grâce à l oubli du poids, cette avance du haut place automatiquement le bras en position c'est-à-dire dessous et derrière l engin ainsi les pectoraux sont étirés et ainsi toute la musculature du tronc va pouvoir agir. Le bras libre participe à la fixation par un effort d abaissement indispensable pour arrêter la rétro projection que le lanceur lui avait appliquée pour aider au face avant du tronc. Si cette fixation énergique n existe pas, le bras libre continue sa rotation et entraîne l épaule en arrière, ce qui a pour effet de transférer le pivot à la colonne vertébrale. Le lanceur termine par un fouetté du poignet qui communique au poids la dernière accélération possible. Les actions rééquilibratrices sont généralement le fait d un changement d appui par sursaut ou d une esquive en rotation. Mais à ce niveau il convient que toutes les actions sur l engin soient terminées avant que les appuis ne quittent le sol. 3
3. Avantages et désavantages des deux techniques Pour un débutant en phase d apprentissage, les techniques de poussée les plus courantes sont de nos jours la technique de pas alternés avec début de la poussée sur la jambe gauche (lanceur droitier, gauche, droite, gauche) puis la technique O BRIEN avec début de la poussée sur jambe droite (droite, droite, gauche) et enfin la technique de lancer par rotation (technique Barichnikov). Le choix de la technique doit tenir compte des prédispositions et des capacités individuelles de chacun. Sur la base des avantages et des désavantages de ces deux techniques, on peut en déduire à quel type d athlète elles conviennent : - la technique O BRIEN convient aux athlètes expérimentés disposant d une force maximale et d une grande vitesse de réaction. En raison de ses exigences, cette technique est exigeante du point de vue de la coordination et requiert une condition physique exceptionnelle. Les très grands et lourds lanceurs se sentent plus à l aise avec cette technique qu avec celle du jet par rotation. - la technique du lancer par rotation est la plus exigeante. Les athlètes moins grands, moins explosifs et moins doués en matière de coordination peuvent compenser de nombreux déficits de constitution grâce à cette technique. Les athlètes expérimentés en lancer du disque bénéficient de dispositions favorables pour la technique du lancer par rotation. Il faut toutefois aussi tenir compte du risque élevé de commettre des «lancers nuls» en compétition et de l investissement de temps plus grand à l entraînement. C est pourquoi elle ne convient qu aux sportifs d élite ambitieux et exige un entraînement intensif. TECHNIQUE AVANTAGES DESAVANTAGES TECHNIQUE O BRIEN Pose rapide de la jambe gauche Faible réduction du tempo après la phase de glisse Convient aux athlètes disposant d une force rapide élevée dans les jambes Difficulté de ramener la jambe droite sous le corps dans la phase de glisse Exige une force rapide élevée TECHNIQUE BARICHNIKOV DE LANCER PAR ROTATION Chemin d accélération du poids plus long que pour les autres techniques L élan (énergie rotative) peut être mis à profit Convient aux athlètes disposant de bonnes capacités de coordination Opportunité pour les athlètes de taille moyenne Technique exigeant d excellentes facultés de coordination Long processus d apprentissage Jets nuls plus fréquents en compétition 4
4. Entraînement de la condition physique La capacité essentielle du lanceur de poids est la force explosive, c'est-à-dire la capacité de transmettre au poids le plus de vitesse possible au moment de l envol. La force explosive dépend avant tout de la force maximale et relève donc plus de la coordination intra musculaire que du profil musculaire. Théoriquement, et en raison du rapport favorable entre le poids du corps et le poids de l engin, (c'est-à-dire que le rapport entre les deux est important, le coefficient à tout intérêt à être le plus grand possible pour que l engin ne semble plus rien peser pour les lanceurs) une masse musculaire importante est un avantage. En ce qui concerne toutefois la technique exigeante du lancer par rotation, ce facteur peut influencer négativement le déroulement du mouvement. Ainsi, la force est un peu moins significative. C est avant tout la force explosive qui fait la différence. Celle-ci peut-être améliorée d une part par un entraînement de coordination intramusculaire avec des charges élevées et un petit nombre de répétitions, et d autre part par un entraînement de la force de saut. En raison de la grande technicité du geste, il faut également développer, par des exercices de force analogues, la force spécifique, c'est-à-dire celle qui doit être produite en lançant par rotation. EN CONCLUSION : Les lanceurs de poids américains, qui ont longtemps privilégié la puissance pour assurer leurs performances, sont en train de défricher une voie dans laquelle beaucoup de techniciens vont sans doute s engouffrer dans les années à venir. Les Européens, qui lancent en translation voire, plus rarement en rotation, cherchent à poser leur pied contre le butoir afin d obtenir un effet de levier, comparable à ce que l on peut observer au saut à la perche. Quelques Américains, dont Adam Nelson et John Godina qui lancent en rotation, cherchent avant tout à faire en sorte que le pied gauche (pour un lanceur droitier), lors de son dernier appui, devienne actif. Ils ne cherchent pas à «faire levier», ni à toucher le butoir, mais à provoquer une accélération, grâce à une torsion importante du pied gauche qui attire le pied et le côté droit. Or, c est surtout dans l accélération finale qu on gagne de la vitesse. C est donc a priori le meilleur système. Tout le monde va chercher à maîtriser cette technique à l avenir, même si «les Européens l ont d abord regardée d un œil sceptique». Avantage du système : on peut attendre la toute fin du lancer, au moment ou on «saute dans le poids», pour devenir explosif, alors que le lanceur en translation est à la recherche de cette qualité tout au long du lancer. Inconvénient : le risque de mordre est plus important, puisque l athlète bondit pratiquement au-dessus du butoir. Mais quand les lanceurs maîtriseront le geste, les records de la discipline risqueront fort de subir «une belle hécatombe». 5