Natuna conflit de puissance sino-indonésien
Que veut la Chine quand elle revendique une zone située au large des côtes des îles indonésiennes : Natuna? Comment se situent les Natuna, dans le rapport de puissance entre la Chine et l'indonésie, deux pays en transition. (d'après "le Dessous des Cartes" janv. 1998)
Situation géographique des Natuna Les Natuna font partie du territoire indonésien, et l'on voit sur la carte leur ZEE, c'est à dire la Zone Économique Exclusive où les navigations maritime et aérienne sont libres, internationales, mais où l'indonésie a l'exclusivité pour l'exploitation des ressources. Or dans cette ZEE des Natuna se trouve une très importante nappe de gaz naturel sous-marine.
les Réserves de gaz et pétrole Les îles Spratley sont un groupe de minuscules îlots, qui présente trois intérêts économiques majeurs. C'est une zone de pêche très riche ; plus de 25% du commerce mondial transite par cette zone ; et et ces îlots renferment de grosses réserves de gaz et de pétrole.
Un conflit de souveraineté Or le problème depuis plusieurs années, c'est un conflit de souveraineté sur ces îlots, qui sont revendiqués à la fois par le Vietnam, la Malaisie, le sultanat de Brunei, les Philippines, Taiwan, et la Chine. L'Indonésie, qui n'a pas de revendication dans les îles Spratley, joue un rôle de conciliateur et essaie d'éviter l'escalade.
la Ligne de revendication chinoise La ligne de revendication de l'espace maritime chinois publiée en 1993 chevauche la ZEE indonésienne à l'endroit où se trouve le gisement de gaz des Natuna ; au-delà des Spratley, commence donc la question des Natuna.
les Besoins croissants en énergie de la Chine Depuis une quinzaine d'année, la production d'énergie chinoise augmente de 2 % par an, alors que la consommation énergétique chinoise augmente chaque année de 8 % : ce peut être une raison pour la Chine d'être tentée de s'approprier des gisements comme celui des Natuna.
Un gisement difficilement exploitable Mais les conditions d'extraction de ce gisement off-shore sont difficiles, donc très coûteuses ; on aurait un prix de revient du gaz élevé. Or le marché asiatique des hydrocarbures est aujourd'hui compétitif ; les plus gros acheteurs de la région, le Japon, la Corée du sud et Taiwan ont tous décliné l'offre des Indonésiens sur le gaz de ce gisement.
l'accès aux gisements Le prix serait d'autant plus élevé pour la Chine qu'il faudrait ensuite évacuer le gaz jusqu'aux côtes chinoises, puis jusqu'aux zones de consommation.
les Conflits de souveraineté de la Chine Et dans le conflit de souveraineté sur les Spratleys, la Chine est déjà opposée à six pays, plus le conflit de souveraineté avec le Japon, autour des îles Senkaku. Alors : l'indonésie peut-elle empêcher la Chine de devenir LA prochaine puissance régionale en Asie?
l'indonésie, future puissance régionale? Car depuis que les Américains ont quitté leurs bases des Philippines, et les Russes celle du Vietnam, il n'y a plus de puissance dominante dans la région, et l'indonésie se présente comme le meilleur candidat.
le Contrôle stratégique de l'indonésie Elle est en effet le pays le plus vaste et le plus peuplé dans la région après la Chine ; et elle contrôle plusieurs détroits stratégiques.
l'indonésie, membre de l'asean Enfin, elle se présente comme leader dans les organisations régionales, notamment à l'asean ; et elle est soucieuse de ménager l'équilibre des puissances dans la région. Elle le fait aujourd'hui en faisant intervenir les États-Unis, et l'australie, notamment sur les questions de sécurité.
Pour compléter les cartes que l'on vient de voir : l'indonésie compte sur son sol une importante diaspora chinoise, les relations avec la communauté indonésienne sont plutôt mauvaises, les Chinois servant régulièrement d'exutoire aux problèmes intérieurs de l'indonésie. On est là en plein exercice diplomatique, car c'est au travers des Natuna que Pékin envoie un message à Djakarta, pour tenter de limiter les ambitions régionales de l'indonésie. L'étonnant, le dangereux, c'est que cette région d'asie du sud-est, ne dispose pas de structure de dialogue pour la sécurité, ce qui permettrait d'empêcher que ce type de litige ne se transforme en fait en conflit ouvert.