La Paix (Table des matières & Introduction)

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Transcription:

La Paix (Table des matières & Introduction) Monique Castillo Hatier, 1997 ISBN : 2.218.71688.7 Ce texte est distribué librement pour une consultation à titre privé. Ce texte est protégé par les dispositions du code de la propriété intellectuelle qui en interdit la reproduction totale ou partielle. Un contrôle suivi est opéré Ce texte peut être cité à condition d'en indiquer les références précise (au minimum: auteur, titre original, date). Les textes non-publiés disponibles ne sont pas toujours rédigés et mis en forme à l'égal d'un ouvrage publié.

SOMMAIRE INTRODUCTION 1. Causes de la guerre, raisons de la paix 2. Le droit et les faits I. L IDÉE DE PAIX 1. La guerre peut-elle être juste? 2. La paix par le droit 3. Du réalisme politique 4. L idée de paix perpétuelle 5. Renoncer à la guerre 6. Une philosophie pour une Société des nations II. L EPREUVE DE L HISTOIRE 1. Des principes à l histoire 2. La guerre selon l histoire 3. Clausewitz et la paix 4. Paix entre les Etats... 5.... guerre entre les nations 6. La paix par la transformation de la guerre III. LA PAIX ET LE MONDE 1. Du pacifisme 2. D un gouvernement mondial 3. L horizon pragmatique 4. Nouvelles incertitudes CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE

INTRODUCTION Le souci de réalisme porte spontanément à admettre la fatalité des guerres. Le vocabulaire courant nomme idéaliste celui qui accorde foi à une idée de la paix capable de faire obstacle à la guerre, et réaliste celui qui s en tient aux lois du monde, qui sont celles des rapports de force. En ce sens, c est être réaliste que de penser que le recours à la violence sera toujours la solution la plus spontanée en cas de conflit. Mais celui qui a la conviction que la guerre est plus probable, plus prévisible que la paix, accepterait-il de se nommer un belliciste convaincu? Admettrait-il que sa conviction le porte à applaudir tout recours à la guerre parce qu il se dit réaliste et convaincu que la force est l unique loi de ce monde? Il n est pas sûr que l incrédulité ou le désenchantement par lesquels il entend se préserver d un certain nombre d illusions sur la paix le conduise à se déclarer pour autant un apologiste de la guerre. Cette nuance conduit au cœur du problème : est-ce la guerre ou bien la paix qui constitue l état normal des relations humaines, entre les individus d abord, entre les Etats ensuite? 1. Causes de la guerre, raisons de la paix Une philosophie de la guerre admettra pour principe que l état normal des relations entre les hommes et entre les peuples est la violence, l hostilité et la malveillance. Machiavel mettait ce principe au fondement de l autorité politique : il est nécessaire à celui qui règle un Etat et lui donne une constitution de présupposer que tous les hommes sont mauvais 1. Au XVII e siècle, Hobbes établit que les hommes sont naturellement ennemis, l état de nature des relations humaines étant la guerre de chacun contre chacun. Plus près de nous, Spengler, qui se fait, après la première la première guerre mondiale, le théoricien de La décadence de l Occident estime que les différences naturelles (entre sexes, races et ordres sociaux) ne se vivent et ne s accomplissent que dans une active et féconde hostilité, dont le destin est de se perpétuer. Dans les années 1930, le juriste allemand Carl Schmitt considère que la politique n a pas d autre rôle que de désigner l ennemi, de donner son unité et son identité à un peuple en lui désignant son ennemi et donc ses raisons de pratiquer la guerre. Qu est-ce que l ennemi? C est l autre, l étranger. Et plus exactement, celui avec lequel on ne peut pas s entendre, avec lequel un accord n est pas possible. La guerre signifie donc la forme extrême de l altérité. 1 Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, Livre I., 3.

Les thèses caractéristiques d une philosophie de la guerre peuvent être regroupées en plusieurs types d argumentations. Le premier est d ordre anthropologique, et il considère que la guerre fait partie de la nature humaine. Le deuxième est d ordre politique, et il considère que toute politique se fonde sur la guerre et se justifie par la guerre. Le troisième allègue les lois de la vie ou les lois de l histoire, et il considère que la guerre est créatrice de valeur, d ordre ou de justice. Par contraste, on nommera philosophe de la paix celui qui admet que la guerre n est pas l état ordinaire des relations humaines et qu il est possible d instituer la paix en tant que situation normale des relations entre les peuples. Le principe réclame, pour faire son chemin, une transformation des manières de penser la guerre. Ainsi Grotius, auteur en 1625 d un ouvrage intitulé Le droit de la guerre et de la paix, conçoit la guerre comme le moyen d aboutir à la paix. Plus spectaculaires sans doute sont les ouvrages du XVII e et du XVIII e siècles qui élaborent des programmes destinés à mettre définitivement fin à toutes les guerres. Les projets de paix perpétuelle conçus par l abbé de Saint-Pierre (1713) et par Kant (1795) refusent de tenir la guerre pour la loi suprême des nations. Plus près de nous, le pacte Briand- Kellog (1928) et la Société des Nations (1919-1945) ont voulu faire du renoncement à la guerre un objectif politique à part entière. Toutes ces tentatives ont en commun une autre norme de jugement, qui suppose que la guerre n est pas inéluctable. 2. Le droit et les faits Mais il y une différence décisive entre une philosophie de la guerre et une philosophie de la paix : une théorie de la paix peut se donner pour objectif soit d humaniser la guerre, soit de la limiter, soit de l empêcher, mais elle ne peut faire prévaloir les moyens du droit qu en se plaçant au niveau des principes et des idées, c est-à-dire des raisons et des justifications, dans un univers de langage où le discours de l ennemi de la paix puisse être jugé théoriquement réfutable ; elle est une pensée qui se veut publique et consensuellement légitime. La thèse de la supériorité de la paix sur la guerre doit donc s imposer par des moyens essentiellement rationnels. La paix peut n être qu un entre-deux guerres, une cessation provisoire des conflits avant la reprise des hostilités. Pour qu elle devienne un objectif international à part entière, il faut qu existe une idée ou un modèle d organisation entre les nations qui fasse l accord des esprits et des volontés. L idée de paix se présente donc d abord comme une construction rationnelle dont la principale efficacité est d associer le sort du monde au progrès de la solidarité entre les

Etats. A la condition de se fonder sur un droit commun des peuples, la paix pourrait être obtenue pas des moyens pacifiques, entièrement juridiques. Mais cet idéal rationnel ne saurait s épargner l épreuve et l instruction de l histoire. Or l histoire enracine les guerres dans l intérêt vital des nations : ce ne sont pas des individus qui s affrontent, mais des masses populaires différenciées par d inégales chances de vie et de liberté. Si la liberté n est rien sans la puissance, et si nul n est libre en dehors d un Etat et du pouvoir des armes, la guerre apparaît comme le prix que les peuples ont à payer pour s assurer l existence et l indépendance. Toutefois, l expérience des guerres mondiales et l entrée dans l âge de la surpuissance nucléaire engendrent un nouveau type d interrogation : dès lors qu à la guerre totale correspond la domination totale ou la capitulation sans condition, la puissance des moyens ne finit-elle par imposer à la paix ses conditions? La mondialisation potentielle des conflits porte à envisager la mondialisation de la paix ou, du moins, à en mesurer les enjeux à l échelle du monde. Chacun est conscient qu une nouvelle histoire, planétaire, s engage avec le sort de la paix, aussi difficile à réaliser que la guerre elle-même. Mais s il est possible de subir la paix, parce qu elle devient désormais moins dépendante du sort des lois que des moyens apocalyptiques de la technique, ne sera-telle pas une paix négative, une absence de guerre génératrice de nouvelles violences? Et si la survie constitue l enjeu suprême, la domination d un gouvernement mondial devrait-elle s imposer, au nom du pire, comme une solution finalement désirable? A moins de s en remettre à un autre réalisme, qui ferait le pari de ne pas tenir pour irrationnelle la volonté des Etats et pour impossible la sagesse des nations... Prof. Dr. Monique Castillo http://www.monique-castillo.net castillo@univ-paris12.fr