Procédure des déséquilibres macroéconomiques: Bilan approfondi pour le Luxembourg



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Transcription:

Procédure des déséquilibres macroéconomiques: Bilan approfondi pour le Luxembourg Commentaires de la Chambre des salariés 25 février 2014 Semestre européen Arsenal de six résolutions législatives («six pack») Procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques (PDM) en vue de renforcer la surveillance budgétaire et macroéconomique 2 1

Semestre européen Novembre 2013 : Rapport sur le mécanisme d alerte Bilan approfondi en cours pour le Luxembourg et 15 autres États membres Sanctions? Mars Avril 2014 : Bilan approfondi Juillet 2014 : Recommandations Avril : Plan national de réforme du Gouvernement 3 Le Rapport sur le mécanisme d alerte publié en novembre dernier a détecté que le Luxembourg dépasse le seuil d alerte pour quatre indicateurs : Résultats du Luxembourg Seuil d'alerte de la Commission Solde du compte courant 7,0% 4% / +6% (moyenne sur 3 ans) Pertes de parts de marché à l exportation 18,3% 6% (variation en % sur 5 ans) Coûts salariaux unitaires nominaux 9,8% 9% (variation en % sur 3 ans) Dette consolidée du secteur privé 317% 133% (en % du PIB) 4 2

A. Solde du compte courant : un double déséquilibre critiqué Bien qu officiellement on ne distingue pas les soldes des échanges de biens et celui des services, la Commission souligne ce double déséquilibre : le déficit concernant les transactions de biens atteignait 14,5% du PIB en 2012 ; l excédent concernant les services atteignait 43,6% en 2012. 5 Les flux commerciaux balance des biens Déficit de la balance commerciale 8 000 7 000 6 000 5 000 4 000 3 000 2 000 1 000 0 Importations Exportations 20% 18% 16% 14% 12% 10% 8% 6% 4% 2% 0% Constat : en valeur absolue le déficit se creuse mais en % du PIB la tendance est stable Donc relativement à son activité, on ne peut constater de détérioration de sa balance commerciale Source : Statec, comptes nationaux 6 3

5 000 4 500 4 000 3 500 3 000 2 500 2 000 1 500 1 000 500 0 Des importations de produits vendus à des non résidents qui pèsent sur le déficit commercial La consommation des non résidents Consommation des non résidents sur le territoire explique en grande partie ce déficit : les importations de biens consommés par des non résidents ne se retrouvent pas 14% dans les exportations de biens mais de 12% services exemple : les carburants, tabac, etc. 10% consommés par les non résidents sont 8% des biens importés mais qui sont inscrits 6% en tant qu exportations de services (tourisme) 4% le déficit commercial 2012 serait en 2% réalité de 4,4 milliards au lieu de 7,4 et 0% représenterait 7 points de PIB en moins la consommation transfrontalière Millions Pourcentage du PIB (droite) explique donc une part non négligeable du déficit commercial luxembourgeois 7 Des importations de biens qui progressent dans le contexte du développement d une économie de services Alors qu en 1995, les flux de services représentaient 4,5 milliards et 30% du PIB, en 2012, ils affichaient 18,7 milliards, soit 44% du PIB Le seul développement des services réduit la part relative de l industrie et, inversement augmente les importations de biens, creusant du même coup le déficit commercial du Luxembourg. Par exemple : lorsqu une banque s implante au Luxembourg, elle va exporter des services financiers mais pour cela elle devra importer des biens du type mobilier de bureau, matériel informatique, etc. 8 4

B. Variation des parts de marché à l exportation 1. Le constat : presque tous les pays européens se situent sous la norme fixée par la Commission 40,0 30,0 20,0 10,0 0,0 10,0 20,0 30,0 40,0 7,7 4,2 19,9 19,0 18,8 18,6 18,3 17,8 16,3 16,0 14,9 14,6 14,0 13,1 12,0 21,2 30,8 26,7 26,6 24,7 23,8 Source : Eurostat Evolution des parts de marché sur 5 ans Evolution sur 5 ans PDM Norme minimale 12,3 4,2 4,5 4,8 5,9 6,5 1,3 29,3 6 Le Luxembourg ne représente nullement un cas isolé qui traduirait une perte de sa compétitivité. C est l Europe qui est en manque de croissance par rapport au reste du monde; à ceci s ajoute le cas particulier du Luxembourg qui exporte principalement des services financiers dans un contexte de crise financière; Hors exportations de services financiers, la baisse des parts de marché n est que de 7,7% sur les 5 dernières années 9 Parts de marché : un effet de base important 40 30 20 10 0 10 20 30 Evolution des part de marché sur 5 ans en pourcentage 18,3 4,0 on regarde l évolution sur 5 ans Or, 2007 était une année record si l on observe ce qui pourrait se passer dans les années à venir, à part de marché constante, c est àdire sans amélioration de la position luxembourgeoise, le Luxembourg sortirait naturellement de la zone rouge en raison de l atténuation de l année de base il ne faut donc pas incriminer les CSU, comme le fait la Commission européenne, car presque tous les pays subissent la même situation dans un contexte où les taux d intérêt sont très bas : la baisse des marges se répercute sur les exportations de SIFIM. Source : Eurostat 10 5

C. Variation des coûts salariaux unitaires 1.Constat 15,0 2012 (T T3 en %) 10,0 5,0 0,0 5,0 Le GDL affiche en 2012 une hausse de son CSU de 9,8% par rapport à 2009 10,0 15,0 Source : Eurostat Irlande Grèce Lettonie Espagne Portugal Lituanie Estonie Slovénie Suède Croatie Chypre Slovaquie Danemark Z Allemagne Italie Pays Bas République tchèque France Autriche Hongrie Pologne UE 28 Roumanie Finlande Malte UE 15 Royaume Uni Belgique Bulgarie Luxembourg 11 Le paradoxe du CSU : le nominal vs CSU réel 12 6

Progression annuelle moyenne (09 12) CSU réel et nominal 4,0% 3,0% 2,0% 1,0% 0,0% 1,0% 2,0% 3,0% 4,0% 1,0% LU 2,0% CSU réel Progression annuelle moyenne 2009 2012 (CSU nominal et réel) 2,0% 1,0% 0,0% 3,0% 4,0% CSU nominal CSU réel : le Luxembourg apparaît en ligne avec les autres pays CSU nominal : le Luxembourg fait figure d exception donc le Luxembourg est particulièrement pénalisé par l utilisation du CSU nominal 5,0% 6,0% CSU nominal Source : Eurostat, calculs : CSL 13 CSU nominal vs CSU réel Evolution 2009 2012 en % Salaires 15,1 Emploi 7,4 Salaires moyens 7,2 PIB en valeur 20,6 PIB envolume 4,9 Inflation, prix à la consommation 8,6 Déflateur 15,0 CSU réel 4,6 CSU nominal 9,8 14 7

Déconnection entre inflation et PIB nominal Valeur ajoutée nominale déflatée par l'inflation (1996 = 100) 220 200 180 160 140 120 100 197 122 Zone euro Luxembourg Sources : Eurostat, Statec ; calculs : CSL 15 Un déflateur de PIB très mal calibré pour une économie relativement surtertiarisée La productivité en volume augmente au Luxembourg, moins vite que la productivité nominale; or, l estimation de la valeur ajoutée/du PIB en volume, pose de nombreux problèmes, particulièrement dans une économie hypertertiarisée comme celle du GDL car le déflateur de PIB (indice des prix du PIB) est difficile à estimer pour les services; l Analyse sectorielle de l économie luxembourgeoise de la CSL a clairement montré les difficultés d estimation des agrégats en volume, particulièrement dans les services, ce qui engendre de gros soucis d évaluation de la «compétitivité» des entreprises (par des indicateurs de type prévisionnel CSU, TCER); la productivité nominale est la seule mesure tangible, véritable, dans une forme monétaire sonnante et trébuchante. La productivité en volume n est pas aussi «réelle» que sa dénomination voudrait le laisser entendre, puisqu elle résulte d une estimation, d une construction économique artificielle à travers le déflateur de PIB; par conséquent, le CSU nominal n est pas pertinent pour jauger le Luxembourg, car son résultat est faussé par le déflateur du PIB difficile à estimer dans une économie à prédominance de services. 16 8

Les consommations intermédiaires : un facteur non abordé 40 35 30 25 20 15 10 5 Agrégats Progressions nominales 2009 2012 (pourcentages) 35 30 28 21 15 Les consommations intermédiaires ont progressé plus vite que la production et que les salaires, lesquels ont même évolué moins rapidement que les bénéfices Conséquence : cela comprime la valeur ajoutée et joue défavorablement sur le CSU Vouloir se concentrer exclusivement sur le CSU reviendrait à dire que puisque les entreprises achètent de plus en plus, il faudrait diminuer les salaires 0 Production valeur Consommations valeurs Valeur ajoutée Bénéfice d'exploitation Salaires 17 La croissance ultra dynamique de l emploi 40,0% 30,0% 20,0% 10,0% 0,0% 10,0% 20,0% Croissance de l'emploi 2002/2009 2012 Lettonie Portugal Lituanie Grèce Roumanie Hongrie Danemark Slovénie Croatie Espagne Estonie France Irlande Italie UE 28 UE 15 République tchèque Pays Bas Suède Royaume Uni Allemagne Bulgarie Zone euro Finlande Slovaquie Belgique Autriche Pologne Chypre Malte Luxembourg Source : Eurostat, calculs : CSL 2002 2012 2009 2012 Que ce soit par rapport à 2009 (+7,4%) ou sur les 10 dernières années (+32%), le GDL a en effet connu une croissance de l emploi inégalée en Europe, 8 fois plus forte que la moyenne des 28 Etats membres la productivité nominale, qui évolue bien plus rapidement que la productivité réelle, ne sort en revanche pas affectée par cette progression du nombre d emplois grâce au dynamisme de son PIB véritable, le PIB nominal; l augmentation de l emploi la plus forte d Europe montre que les entreprises gagnent toujours plus à embaucher et que donc les salaires sont toujours en dessous du niveau de productivité 18 9

Conclusion : La dégradation de cet indicateur ne constitue pas une perte de compétitivité coût étant donné que l évolution des salaires moyens a eu tendance à se tasser depuis le déclenchement de la crise alors que la courbe du CSU nominal continue, elle, de monter en suggérant une dégradation concurrentielle. Décréter un problème salarial sur foi du CSU nominal au Luxembourg serait une erreur de diagnostic : si problème il y a, il se situe au niveau du déflateur mal calibré et du poids considérable des consommations intermédiaires. Statec : «En effet, le coût salarial unitaire nominal ne prend pas en compte le prix de vente d un produit sur le marché. En fait, c est le coût salarial unitaire réel qui constitue l indicateur le plus fiable et le plus pertinent permettant de constater si la compétitivitécoût d une économie évolue favorablement ou non.» 19 D. Dette consolidée du secteur privé 1. Constat : un niveau et un profil d évolution de la dette privée atypiques Dette consolidée du secteur privé en % du PIB 350 300 250 200 150 100 50 0 Lituanie 63 République tchèque 72 Roumanie 73 Slovaquie 73 Pologne 75 Lettonie 92 Allemagne 107 Slovénie 114 Italie 126 Grèce 129 Estonie 129 Hongrie 131 Bulgarie 132 France 141 Belgique 146 Autriche 147 Malte 155 Finlande 158 Royaume Uni 179 Espagne 194 Suède 212 Pays Bas 219 Portugal 224 Danemark 239 Chypre 299 Irlande 306 Luxembourg 317 le Luxembourg présente avec 136.221 millions d euros de dettes consolidées un dépassement du seuil de 133% du PIB établi par la Commission puisqu il affiche 317% en 2012. Seuil d'alerte : 133% du PIB Source : Eurostat 20 10

2. Explications 450 400 350 300 250 200 150 100 50 0 134,7 163,9 Dette consolidée du secteur privé en % du PIB au Luxembourg 399,0 399,6 339,4 328,1 317,4 Le poids de l endettement du secteur privé est certes considérable mais seulement partiellement lié au secteur productif car il résulte en réalité en partie de la comptabilisation d opérations financières par des sociétés non financières La trajectoire irrégulière de l endettement du secteur privé depuis 2006 est due à un biais statistique, à savoir que la série n a été mise à jour que de 2008 à 2012 et elle a subi un changement de méthodologie entre 2007 et 2008. Source : Eurostat Seuil dalerte : 133% du PIB 21 3. Un indicateur trop global qui masque un danger potentiel pour les ménages En 2012, l encours de l endettement des ménages et des ISBLSM au Luxembourg est composé à 96% de crédits à long terme. Cette proportion est en hausse de 94% à 96% au cours des six dernières années sous l effet de l augmentation continue du montant des crédits à long terme accordés aux ménages. L augmentation soutenue de la dette à long terme des ménages et des ISBLSM peut s expliquer par la hausse continue des prix des biens immobiliers ainsi que par l attractivité des faibles taux d intérêts. Cette évolution peut être source de déséquilibres dans la mesure où cette prépondérance des crédits à long terme dans l encours des dettes des ménages s accompagne du fait que 85% des crédits hypothécaires aux ménages sont accordés à un taux variables non plafonnés. Ainsi, dans le scénario d une reprise de la croissance de la zone euro qui s accompagnerait, à terme, d une hausse des taux d intérêts, le danger est que certains ménages ayant souscrit un crédit hypothécaire à taux variable puissent rencontrer des difficultés pour faire face à leurs engagements. 22 11

Conclusion Des indicateurs partiellement contradictoires Des indicateurs partiellement non pertinents pour le Luxembourg 23 12