Edgardo D. CAROSELLA TRAVAUX SCIENTIFIQUES



Documents pareils
Innovations thérapeutiques en transplantation

Première partie: Restitution + Compréhension (08 points)

Hépatite chronique B Moyens thérapeutiques

Les cytokines et leurs récepteurs. Laurence Guglielmi

Transfusions sanguines, greffes et transplantations

La Greffe de Cellules Souches Hématopoïétiques

AMAMI Anaïs 3 C LORDEL Maryne. Les dons de cellules & de tissus.

EXERCICES : MECANISMES DE L IMMUNITE : pages

Les Applications industrielles et commerciales des cellules souches. Inserm Transfert Pôle Création d Entreprises

Cibles et mécanismes d action des traitements par cytokines et anti-cytokines

Mécanismes de l alloréactivité, des rejets de greffe et de la réaction du greffon contre l hôte.

DIAPOSITIVE 1 Cette présentation a trait à la réglementation sur les thérapies cellulaires.

Explorations des réponses Immunitaires. L3 Médecine

Transgene accorde une option de licence exclusive pour le développement et la commercialisation de son produit d immunothérapie TG4010

Item 127 : Transplantation d'organes

Principales causes de décès selon le groupe d âge et plus

IMMUNOLOGIE. La spécificité des immunoglobulines et des récepteurs T. Informations scientifiques

Le don de moelle osseuse :

Mécanisme des réactions inflammatoires

ECOLE PRATIQUE DES HAUTES ETUDES. MEMOIRE Présenté par Caroline FLAMENT

Anticorps, vaccins, immunothérapies allergéniques tout savoir sur les progrès de l immunothérapie en 20 questions

Leucémies de l enfant et de l adolescent

Thérapies par cellules souches dans la SEP

Mécanismes moléculaires à l origine des maladies autoimmunes

ROTARY INTERNATIONAL District 1780 Rhône-Alpes Mont-Blanc Don volontaire de cellules souches

Chapitre III Le phénotype immunitaire au cours de la vie

Rôle des acides biliaires dans la régulation de l homéostasie du glucose : implication de FXR dans la cellule bêta-pancréatique

INAUGURATION LABORATOIRE DE THERAPIE CELLULAIRE 16 FEVRIER 2012 DOSSIER DE PRESSE

plan Transplantation d organe 2 types de donneurs 05/05/ Le don d organe 2 Prise en charge immunologique 3 Le rejet

LES DÉFICITS IMMUNITAIRES COMBINÉS SÉVÈRES

Cytokines & Chimiokines

Article. «Immunologie de la grossesse : faits nouveaux» Philippe Le Bouteiller et Julie Tabiasco

ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE 16, RUE BONAPARTE PARIS CEDEX 06 TÉL : FAX :

INSUFFISANCE HÉPATIQUE

Votre guide des définitions des maladies graves de l Assurance maladies graves express

Dr Pascale Vergne-Salle Service de Rhumatologie, CHU de Limoges. Membre enseignant chercheur EA 4021

Guide de Mobilisation. de cellules souches pour mon. Autogreffe AVEC LE SOUTIEN DE. Carnet d informations et de suivi pour le patient et sa famille

Maladie de Hodgkin ou lymphome de Hodgkin

Lymphome non hodgkinien

Les greffes de cellules souches

Nouveau plan greffe : Axes stratégiques pour l avenir

Le Don de Moelle Ça fait pas d mal!

LE CANCER C EST QUOI? QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE UN ORGANE NORMAL ET UN ORGANE ATTEINT PAR LE CANCER? Organe normal Organe précancéreux Cancer

82 collaborateurs 52 millions

Enseignement de Virologie (part. 2) Pr. Y. BAKRI Plan du cours

Vaccinologie et Stratégie de Développement des Vaccins

Biomarqueurs en Cancérologie

DÉFICITS IMMUNITAIRE COMMUN VARIABLE

Le rôle de l endocytose dans les processus pathologiques

PRINCIPALES ETAPES DE L'HEMATOPOIESE MEDULLAIRE (lignées, maturation, voies de domiciliation tissulaire) Partie II

Les renseignements suivants sont destinés uniquement aux personnes qui ont reçu un diagnostic de cancer

M.S - Direction de la réglementation et du contentieux - BASE DE DONNEES. REFERENCE : B O N 5070 du 2 janvier 2003

Enseignement de Virologie (part. 2) Pr. Y. BAKRI Plan du cours

Profil médico-économique de plerixafor en remobilisation dans le myélome multiple

Cytokines ; Chimiokines

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE. Avis. 23 mai 2007

Le prélèvement et la greffe d organes, de tissus et de cellules

Transplantation de cellules souches du sang

Dossier «Maladies du sang» Mieux les connaître pour mieux comprendre les enjeux liés au don de sang

DON DE SANG. Label Don de Soi

Innovation. Research. Care. Excellence. Dans ce numéro

HTA et grossesse. Dr M. Saidi-Oliver chef de clinique-assistant CHU de Nice

Coombs direct positif (et tout ce qui se cache derrière) : Gestion et interprétation. Dr J.C. Osselaer, Luxembourg,

à Mulhouse un centre pionnier de recherche médicale

Greffes d organes, don de vie DOSSIER. + de 42 % d augmentation du nombre de personnes greffées en 21 ans.

SAUVEZ UNE VIE... EN DONNANT LA VIE!

Don de moelle osseuse. pour. la vie. Agence relevant du ministère de la santé. Agence relevant du ministère de la santé

Transplantation hépatique à donneur vivant apparenté. Olivier Scatton, Olivier Soubrane, Service de chirurgie Cochin

Aspects réglementaires du don et de la transplantation des organes. Mohamed Arrayhani - Tarik Sqalli Service de Néphrologie CHU Hassan II - Fès

TITRE : On est tous séropositif!

Dons, prélèvements et greffes


L INSUFFISANCE CARDIAQUE

Les cellules souches du cordon ombilical

La recherche sur les cellules souches et sur l embryon

Le don de moelle osseuse

CONTROVERSE : IDR OU QUANTIFERON LORS D'UN CONTAGE EN EHPAD?

FICHE D INFORMATION AVANT UNE TRANSFUSION

QUELLES SONT LES OPTIONS DU TRAITEMENT DE LA LMC?

La maladie de Huntington, une maladie du cerveau

Vaccins du futur Atelier «Croisière dans l archipel des nouveaux vaccins»

STRATEGIES DE SURVIE DES VIRUS ET DEFENSE DE L'HOTE

ANEMIE ET THROMBOPENIE CHEZ LES PATIENTS ATTEINTS D UN CANCER

Information à un nouveau donneur de cellules souches du sang

l'institut Paoli-Calmettes (IPC) réunit à la Villa Méditerranée les 29 et 30 mai 2015

HVC CHRONIQUE MOYENS THERAPEUTIQUES ET BILAN PRE-THERAPEUTIQUE CHAKIB MARRAKCHI.

Comment se déroule le prélèvement? Il existe 2 modes de prélèvements des cellules souches de la moelle osseuse:

UE2 CANCEROLOGIE Place de la Médecine Nucléaire

TECHNIQUES D AVENIR LASER DOPPLER IMAGING LASER DOPPLER IMAGING LASER DOPPLER IMAGING

Mise à jour du dossier de presse du 2 février 1999 «Organisation d un réseau de sang placentaire en France»

HEPATITES VIRALES 22/09/09. Infectieux. Mme Daumas

PLAN. Intérêt des cellules souches exogènes (hématopoïétiques ou mésenchymateuses) dans la réparation/régénération

La planification familiale

PUIS-JE DONNER UN REIN?

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE. Avis. 3 septembre 2008

Hépatite B. Le virus Structure et caractéristiques 07/02/2013

Service de Biothérapies

F us u ses c ouc u he h s s po p nt n a t né n es J. L J. an sac CHU H T ou

Transcription:

Edgardo D. CAROSELLA TRAVAUX SCIENTIFIQUES Depuis 1976, E.D. CAROSELLA (EDC) s'est appliqué à l'étude des molécules HLA et plus particulièrement sur leur rôle dans l'immunité cellulaire et la transplantation. C'est par ses travaux sur la molécule HLA-G, que EDC a contribué, de manière décisive, à la compréhension de la tolérance fœto-maternelle. Cette molécule HLA de Classe I non classique est d abord exprimée sur l ovocyte fécondé (ce qui lui permet la nidation utérine), puis à la surface du trophoblaste placentaire où les antigènes classiques de classe I : HLA-A, -B, -C sont absents. En effet, EDC a apporté la première démonstration ex vivo (prélèvements issus des IVG) du rôle protecteur de la molécule HLA-G présente à la surface de cellules cytotrophoblastiques vis-à-vis de la lyse exercée par les cellules NK infiltrant la decidua utérine, tant dans des conditions semi-allogéniques (cytotrophoblaste et cellules NK provenant de la même mère) qu'allogéniques (provenant de mères différentes). Les blocages de cette protéine par des anticorps anti HLA-G déclenchent une cytotoxicité importante envers ces cellules fœtales. Ainsi le fœtus est protégé des réactions de rejet opérées par les cellules alloréactives et les cellules NK maternelles. De plus, il a démontré que l expression de la molécule HLA-G à la surface des cytotrophoblastes permettait leur migration dans la circulation maternelle et leur infiltration dans l épiderme où elles peuvent persister jusqu à 27 ans après l accouchement. Par ailleurs, il démontra aussi pour la première fois le rôle bénéfique de l expression de cette molécule dans la greffe allogénique, et son rôle pernicieux dans les cellules tumorales. Il a décrit ainsi les faits suivants : 1) Au niveau de la fonction immunologique, il a établi que les différentes isoformes de la molécule HLA-G (de G1 à G7), y compris les isoformes tronquées provenant d un allèle dit «null» (HLA-G*0105N incapable de produire les isoformes G1, G4 et G5), sont des inhibiteurs des effecteurs immunitaires : lymphocytes T, cellules NK, cellules présentatrices d antigènes (APC) et cellules B : i) Dans le cadre de la réaction cytotoxique, toutes les isoformes de HLA-G (de G1 à G7) inhibent l activité cytolytique NK des cellules déciduales et mononucléées du sang périphérique ainsi que l activité lytique des lymphocytes T cytotoxiques spécifiques de l antigène. En effet, pendant la synapse entre la cellule NK et sa cible l interaction de la molécule HLA-G avec son récepteur ILT2 induit une inhibition intra cellulaire de la mobilisation du calcium avec une diminution de l accumulation de F-actin et de la polarisation de MTOC dans la cellule NK, entraînant donc une diminution de la polarisation des granules cytolytiques vers la cellule cible ; l interaction HLA-G\ILT2 inhibe aussi la transcription et la sécrétion d IFN γ par les cellules NK. En outre, les taux de granzyme B et de perforine produits par les lymphocytes T cytotoxiques, sont eux aussi réduits après un traitement par HLA-G. Cette molécule est également capable d induire l augmentation de la transcription et de l expression de ses récepteurs inhibiteurs : KIR2DL4, ILT2 et ILT4 sur les cellules NK, les lymphocytes T et les APC. Elle accroît ainsi la capacité d interaction entre les cellules effectrices et les cellules cibles exprimant HLA-G.

2 ii) Dans le cadre de la réponse proliférative allogénique, EDC a d abord prouvé que l inhibition de la réponse proliférative T allogénique était due à la sécrétion de la protéine soluble HLA-G5 par les cellules T CD4 + allo-réactives afin de contrôler l ampleur de la prolifération. Cette molécule agit sur la prolifération lymphocytaire T en inhibant la progression des lymphocytes T allo-réactifs dans le cycle cellulaire à travers la diminution des cyclines D2, E, A et B impliquées dans les différentes phases. Puis, il a montré que lorsque HLA-G est exprimée par des APC allogéniques ou sécrétée, elle inhibe la capacité de réponse des lymphocytes T CD4 + et induit un état de non-réactivité prolongé chez ces lymphocytes. Ces cellules Treg se caractérisent par une perte d expression des co-récepteurs CD4 et CD8 (CD3 CD4 low et CD3 CD8 low ), une capacité très réduite de réponse à un stimulus allogénique et peuvent inhiber la réponse proliférative d autres lymphocytes T, cette inhibition est médiée par la sécrétion de l IL10. Ces cellules T régulatrices jouent ainsi un rôle crucial dans l inhibition précoce des réactions immunitaires. iii) Dans le cadre du transfert de membrane d une cellule à une autre (trogocytose), il a d abord démontré que des fragments membranaires contenant HLA-G sont transférés des APC aux lymphocytes T activés au cours d un contact intercellulaire. Ceci conduit donc à la génération de lymphocytes T exprimant HLA-G à leur surface à partir de lymphocytes ne transcrivant pas HLA-G eux-mêmes. Ces effecteurs ayant capturé HLA-G arrêtent de proliférer et ne répondent plus aux stimulations antigéniques, se comportant non plus comme des effecteurs, mais comme des suppresseurs agissant les uns envers les autres à travers la molécule HLA-G. En deuxième lieu, il a établi que HLA-G était transférée de cellules tumorales vers les cellules NK activées et cytotoxiques. Comme pour les lymphocytes T, les cellules NK HLA-G-positives cessent de proliférer et leur activité cytotoxique est inhibée. De plus, il a démontré que non seulement des molécules de type ligand, mais aussi des récepteurs pouvaient être transférés d une cellule à une autre tout en restant fonctionnels. Ceci représente un mécanisme de suppression d urgence qui utilise les effecteurs immunitaires pour arrêter toute réponse à proximité de tissus exprimant HLA-G. iv) Dans le contexte de la différenciation des cellules B, l isoforme soluble G5 inhibe la prolifération, différenciation et sécrétion des Ig des cellules B normales naïves ou mémoires, dans la réponse T-dépendant ou T-indépendant ; in vitro sur des lignées cellulaires provenant du lymphome de Burkitt et du myélome, elle inhibe la prolifération cellulaire par arrêt du cycle cellulaire en phase G1. Cette inhibition est associée à une diminution de la phosphorylation des protéines signales GSK-3β et Raf. Cette activité de la protéine G5 pourrait être utilisée comme adjuvant de la thérapie anti cancéreuse dans l inhibition de la croissance des cellules B malignes. 2) Au niveau de la moelle osseuse : a) Différenciation des cellules souches mésenchymateuses (MSCs). Les cellules souches mésenchymateuses (MSCs) dérivées à partir de moelle osseuse adulte sont des cellules multipotentes qui possèdent, à travers l expression de la molécule HLA-G, des propriétés immunosuppressives, ce qui leur permet de (i) générer in vitro l expansion de cellules T régulatrices CD4 + CD25 + FoxP3 +, (ii) inhiber la réponse T alloproliférative, (iii) supprimer la fonction cytotoxique des cellules NK de même que le maintien de l expression des récepteurs inhibiteurs ILT-2 et ILT-4 à la surface des monocytes au cours de la réaction allogénique. Des implications cliniques importantes en découlent, particulièrement dans la thérapie anti-rejet.

3 b) Différenciation érythroïde. EDC démontre, au cours des premières étapes du développement embryonnaire, que la molécule HLA-G5 s exprime au niveau de la lignée érythroïde depuis les progéniteurs primitifs jusqu'au foie, rate et moelle osseuse du fœtus. Cette expression perdure chez l adulte au niveau de la moelle osseuse où des cellules érythroblastiques isolées in vitro sécrètent la protéine HLA-G5, mais va disparaître lors de la maturation des globules rouges. La fonction de HLA-G, au cours de cette érythropoïèse est d inhiber la voie de signalisation du récepteur à l'érythropoïétine (EPO) à travers un mécanisme de dephosphorylation de la protéine adaptatrice JAK2. En effet, la liaison de l EPO à son récepteur induit la phosphorylation de cette tyrosine kinase, laquelle engendre une cascade de signaux activateurs conduisant à la prolifération/différenciation des progéniteurs érythroïdes. 3) Au niveau de la régulation de l'expression des gènes, il montre, pour la première fois : i) Trois nouvelles isoformes de la protéine HLA-G (G4, -5 et -7) dont 2 sont solubles (G5 et -7) ainsi que leur polymorphisme génomique où il décrit 7 allèles nouveaux sur 15, puis l influence du polymorphisme de 3 UTR sur la stabilité du transcrit HLA-G. ii) La caractérisation de la cible de l IFN-β, du stress et RREB-1 sur le promoteur de HLA-G, et la cible de HIF (exon 2) sur les gènes de HLA-G. iii) L association différentielle des facteurs de transcription sur la région LCR (Locus Control Region) de HLA-G en fonction de l état d activation du gène. iv) Les mécanismes épigéniques de régulation du gène HLA-G. v) L influence de l IL-10, des interférons, TNF-α, des glucocorticoïdes et du stress sur l expression de la protéine HLA-G ainsi que l activation de la transcription du gène HLA-G par le stress hypoxique (présent dans le développement placentaire et la croissance tumorale). vi) Enfin, il montre que la molécule HLA-G induit la phosphorylation et la dégradation de IκB-α conduisant à la translocation nucléaire de NF-κB dans des cellules NK. Cette activation, opérée par l interaction du domaine α-1 de HLA-G avec le récepteur KIR2DL4, est dépendante de la stabilisation du facteur de transcription HIF-1. L ensemble de ces fonctions constitue la base de la tolérance immunologique opérée par HLA-G et renforce l importance de cette molécule au cours de la grossesse et de situations pathologiques, telles que la transplantation ou le cancer. Afin d'établir la pertinence clinique de ces résultats, il a établi pour la première fois les faits suivants : i) Dans le contexte de la tolérance fœto-maternelle où la molécule HLA-G joue un rôle crucial, des altérations de son expression conduisent au rejet du fœtus. EDC a d abord démontré que, pour des placentas normaux, le degré d invasivité du trophoblaste est corrélé au niveau d expression de HLA-G et que les trophoblastes provenant des avortements spontanés à répétition ne l expriment pas. Ensuite il a démontré que sur les placentas prééclamptiques (pathologie de la grossesse conduisant à un avortement brusque au troisième trimestre de gestation), il y avait un déficit global d expression protéique de HLA-G. Enfin, il a relié cette altération à un polymorphisme de la région 3 non traduite de l ARNm HLA-G. Il a également démontré que l expression de formes solubles de cette molécule par l embryon est indispensable à son implantation. Ceci a été établi par la corrélation entre la concentration de protéines HLA-G solubles

4 dans les surnageants de culture d embryons issus de fécondation in vitro (FIV) et le succès de l implantation et de la grossesse consécutives. ii) Dans le contexte de la transplantation allogénique et en accord avec les résultats obtenus. In vitro, il confirme que a) les cellules mononucléées du sang périphérique provenant de patients transplantés ayant un taux plasmatique élevé de HLA-G ne répondent pas à une stimulation allogénique ; b) ces cellules acquièrent une fonction régulatrice/immunosuppressive (CD3 + CD4 low et CD3 + CD8 low ), comme décrit précédemment dans les expériences in vitro ; c) la forme soluble HLA-G5 purifiée, et non les molécules HLA-A, -B, -C et E, purifiées également à partir de ces plasmas, inhibe l alloprolifération de cellules T. Celles-ci contribuent à la meilleure acceptation du greffon observée chez les patients transplantés présentant des taux élevés de HLA- G dans leur sérum. In vivo, il a démontré que chez les greffés cardiaques quand l expression de la protéine HLA-G était présente dans leurs biopsies de myocardes et leur sérum (expression persistant dans le temps), elle était corrélée à une réduction significative du nombre des épisodes de rejets aigus et à une absence de rejets chroniques. Puis, chez des patients bi-transplantés foie/rein, une expression de HLA-G au niveau du greffon hépatique était corrélée à une acceptation des doubles greffes, caractérisée par une absence de rejet aigu et chronique. Cette expression se faisait particulièrement au niveau des cellules épithéliales tubulaires rénales et des canaux biliaires, cibles du rejet dans les deux organes. En outre, dans une étude multicentrique comportant 711 malades greffés de rein, il a montré que l expression sérique de HLA-G était non seulement corrélée à une absence de rejet chronique, mais surtout à une diminution significative de la production des anticorps anti HLA et à une meilleure fonctionnalité du rein. Par ailleurs, cet effet tolérogène de la molécule HLA-G a aussi été démontré dans la greffe du poumon. Enfin, chez les transplantés rénaux, l'augmentation plasmatique de la molécule HLA-G induite par la molécule CTLA4-Ig (Belatacept) est corrélée à une survie du greffon significativement supérieure à celle des malades traités par des inhibiteurs de la calcineurine. Des cellules dendritiques (CD) ont été identifiées comme la source cellulaire de shla-g chez les patients traités par CTLA4- Ig. Chez la souris, dans un modèle de greffe de peau, les traitements par les différentes formes de protéines recombinantes HLA-G (G1-Fc, G1α-Fc ; G6-Fc et G5-Fc) induisent une survie du greffon très significative. iii) Dans le contexte tumoral : In vitro, EDC démontra pour la première fois, sur des lignées tumorales provenant de malades, le rôle de HLA-G dans la protection de cellules de mélanome contre l action du système immunitaire. HLA-G peut être exprimée à la surface des cellules tumorales ou sécrétée sous forme soluble, ou encore incluse dans des vésicules d exosomes sécrétées par la tumeur leur permettant d échapper à la destruction immunitaire en inhibant la fonction des cellules immunocompétentes infiltrantes telles que les cellules NK, CTL et APC via leurs récepteurs (i.e. ILT-2, ILT-4 et KIR2DL4). Cette démonstration a changé le schéma thérapeutique, surtout dans l utilisation clinique des cytokines (IFN, IL10, TNF) qui induisent l expression de HLA-G. En outre, il a démontré que le mécanisme de trogocytose (transfert de membrane) entre les cellules tumorales HLA-G + vers les cellules tumorales HLA-G - protège ces

5 dernières de l activité NK. De même, la trogocytose entre les cellules tumorales HLA- G + vers les cellules effectrices NK arrête leur prolifération et cytotoxicité, les cellules NK se comportant alors comme des cellules régulatrices capables d'inhiber les fonctions cytotoxiques des autres cellules NK. In vivo, EDC a su établir que l expression de HLA-G dans les cancers est systématiquement associée au processus de transformation maligne. Dans le cadre d une vaste étude clinique, il a décrit l expression de la protéine HLA-G dans le mélanome, le cancer du sein et du rein. Dans le cas de mélanome, il a démontré l'expression de HLA-G à la surface de cellules cancéreuses primitives et métastasiques et, par contre, son absence complète dans la peau saine et les lésions bénignes (nævus, lentigo) de ces mêmes patients. De plus, chez un même patient, l'analyse simultanée de biopsies de tumeur primitive, de la métastase, d'un site de régression tumorale et de la peau saine, a montré une forte expression de la protéine HLA-G dans les deux premières et une absence dans les deux autres. En outre, EDC a montré chez un patient transplanté rénal ayant développé concomitamment des lésions cutanées malignes et bénignes à des endroits différents, que seules les lésions malignes présentaient une activation de l expression de HLA-G. Finalement, il a décrit que l induction d expression de HLA-G dans les cancers du rein était plus fréquente que les déficits d expression en molécules HLA de classe I ou II et était donc plus caractéristique du phénotype malin des cellules rénales. iv) Dans les infections virales, il a montré que : a) Au cours d infections par des virus neurotropes, deux virus l herpès simplex type 1 (HSV-1) et le virus de la rage (RABV) induisent l expression neuronale de plusieurs isoformes HLA-G. b) Dans l'infection HIV, le virus induit l'expression de la protéine HLA-G à la surface de lymphocytes T CD8 + et des monocytes. Les malades exprimant HLA-G avaient présenté une progression rapide de la maladie tandis que l évolution était beaucoup plus longue chez ceux ne l exprimant pas. Ainsi HLA-G peut donc être impliquée dans l évasion de certains virus à la réponse immune. Les travaux de E.D. Carosella apportent la réponse à une question pertinente : le non-rejet du fœtus par sa mère. Il introduit le concept innovant de «molécule HLA de tolérance» au sein des antigènes d'histocompatibilité décrits jusque-là, intervenant dans le mécanisme de défense et de rejet. L expression de la molécule HLA-G, qu'elle soit dans le contexte de la transplantation, de la pathologie tumorale ou des infections virales, constitue un mécanisme d'échappement à l'immuno-surveillance, tout comme les cellules fœtales se protègent de l'agression des cellules immunes maternelles. Ses découvertes ont permis une avancée considérable dans le traitement des avortements spontanés, la greffe d'organes et l immunité anti-tumorale. 4 avril 2011