L enjeu de l évaluation



Documents pareils
Item 169 : Évaluation thérapeutique et niveau de preuve

Présentation: Aline Mendes

CE QU IL FAUT SAVOIR PARTICIPATION À UN ESSAI CLINIQUE SUR UN MÉDICAMENT

L aide aux aidants. Psychologue clinicienne. Capacité de gériatrie mars 2009

Plan «Alzheimer et maladies apparentées»

Hôpitaux de Jour. Accueils de Jour. Hôpitaux de Jour et Accueils de Jour. «Un programme pour la Gériatrie»

L hôpital de jour ( HDJ ) en Hôpital général Intérêt d une structure polyvalente? Dr O.Ille Centre hospitalier Mantes la Jolie, Yvelines

L articulation Hôpital de jour Accueil de jour

iceps 2015 Objectifs de la Présentation Efficacité des Thérapies Comportementales et Cognitives pour les Troubles Mentaux Swendsen

Démence et fin de vie chez la personne âgée

PARTICIPATION À UN ESSAI CLINIQUE SUR UN MÉDICAMENT CE QU IL FAUT SAVOIR

Réseau de Santé du Pays des Vals de Saintonge Pôle de santé du Canton d Aulnay de Saintonge MSP Aulnay et Néré PROJET D AULNAY PSP

La recherche clinique de demain ne se fera pas sans les paramédicaux

Définition, finalités et organisation

«Tout le monde devrait faire une psychothérapie.»

Séminaire du Pôle Santé

Etude MAPT (Multidomain Alzheimer Preventive Trial)

Calendrier des formations INTER en 2011

OUVERTURE ET MISE EN PLACE

Partie 1. Principes. Karmela Krleža-Jerić, An-Wen Chan, Kay Dickersin, Ida Sim, Jeremy Grimshaw, Christian Gluud, for the Ottawa GroupT 1

Révision des descriptions génériques Comment monter un dossier?

Centre Régional de soins Psychiatriques «Les Marronniers» MSP

Maladie d Alzheimer et maladies apparentées : suivi médical des aidants naturels

DOMAINE 7 RELATIONS ET RÔLES

e-santé du transplanté rénal : la télémédecine au service du greffé

EVALUATION DES METHODES D AIDE A L ARRET DU TABAGISME

Questions / Réponses. Troubles du sommeil : stop à la prescription systématique de somnifères chez les personnes âgées

RAPPORT SYNTHÈSE. En santé après 50 ans. Évaluation des effets du programme Les médicaments :

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE AVIS. 1 er octobre 2008

Le dropéridol n est pas un traitement à considérer pour le traitement de la migraine à l urgence

La prise en charge d un trouble dépressif récurrent ou persistant

Estelle Marcault. 20/01/2012 URC Paris Nord 1

Avis 29 mai XYZALL 5 mg, comprimé B/14 (CIP : ) B/28 (CIP : ) Laboratoire UCB PHARMA SA.

ACCUEIL DE JOUR ET HEBERGEMENT TEMPORAIRE POUR PERSONNES AGEES EN POITOU-CHARENTES

Permis de conduire et maladie d Alzheimer. Denise STRUBEL Service de Gérontologie et Prévention du Vieillissement CHU Nîmes

Placebo Effet Placebo. Pr Claire Le Jeunne Hôtel Dieu- Médecine Interne et Thérapeutique Faculté de Médecine Paris Descartes

dans la Loire... I ACCUEILS DE JOUR

Aide kinésithérapeute : une réalité?

La prévention : caractéristique du positionnement de la Mutualité Française sur l ensemble de son offre

Diplôme d Etat d infirmier Référentiel de compétences

Ordonnance collective

Agenda. Prevalence estimates in France PAQUID 23/11/14. Workshop Innovation Alzheimer 6 Novembre Atelier BANQUE NATIONALE ALZHEIMER

ASSOCIATION MEDICALE MONDIALE DECLARATION D HELSINKI Principes éthiques applicables à la recherche médicale impliquant des êtres humains

Décret n du 19 octobre

Estelle Marcault 06/02/2015 URC PARIS NORD 1

Recherche documentaire et autoformation. Lecture critique d un article médical. Recommandations pour la pratique. Les maladies orphelines

Comment la proposer et la réaliser?

d infirmières et d infirmiers Pour être admissible au répit spécialisé sur référence Des services spécialisés intégrés en

2. Rechercher les études

SOINS ET ACCOMPAGNEMENTS. Professionnels de la psychiatrie.

Audit et Inspection Les contraintes extérieures B.Malivoir

PRISE EN CHARGE NON MÉDICAMENTEUSE DE LA MALADIE D ALZHEIMER ET DES TROUBLES APPARENTÉS

La prise en charge d un trouble bipolaire

I. Qu est ce qu un SSIAD?

SOMMAIRE I. INTRODUCTION 4 II. SOURCES D INFORMATION 5

Pacte européen pour la santé mentale et le bien-être

ELABORATION DU PLAN DE MONITORING ADAPTE POUR UNE RECHERCHE BIOMEDICALE A PROMOTION INSTITUTIONNELLE

TRAITEMENT DES MAUX DE TÊTE PAR EMDR INTÉGRÉ

admission directe du patient en UNV ou en USINV

A. Protocole de recherche (ainsi que l abrégé en langue française)

Critères de Choix d une Echelle de Qualité De Vie. Etudes cliniques dans l autisme. Introduction

DOSSIER DE PRESSE. Une nouvelle activité vient de voir le jour. «Le BTP Gériatrique»

MÉMOIRE RELATIF À L ÉVALUATION DU RÉGIME GÉNÉRAL D ASSURANCE MÉDICAMENTS PRÉSENTÉ PAR LA FÉDÉRATION DES MÉDECINS SPÉCIALISTES DU QUÉBEC

N o d organisme. Rendement actuel Cible Justification de la cible

PLACE DES NOUVEAUX ANTICOAGULANTS ORAUX CHEZ LE SUJET AGE

1. Rappel des engagements - Roadmap actuelle (RM) Action 8

Annexe 2 Les expressions du HCAAM sur la coordination des interventions des professionnels autour du patient

Retours d expériences ATELIER EQUILIBRE. Viviane Granseigne Animatrice et formatrice d Ateliers Equilibre et Prévention des Chutes

Evaluation gériatrique standardisée

L approche éthique en gérontechnologie

asdf Deuxième Assemblée mondiale sur le vieillissement Madrid (Espagne) 8-12 avril 2002 madrid

Plan. Introduction. Les Nouveaux Anticoagulants Oraux et le sujet âgé. Audit de prescription au Centre Hospitalier Geriatrique du Mont d Or

Le référentiel professionnel du Diplôme d Etat d Aide Médico-Psychologique

Votre partenaire pour construire une offre de santé adaptée aux territoires. Les services de soins et d accompagnement de la Mutualité Française

OUTIL D'EVALUATION DU TEMPS ARC / CHEF DE PROJET PROMOTEUR REQUIS POUR UNE RECHERCHE BIOMEDICALE V 2.3 DE L OUTIL NOTICE D UTILISATION

Prévention du déclin fonctionnel en EHPAD : rôle du massokinésithérapeute. Dr K.Sudres février 2015

Document d orientation sur les allégations issues d essais de non-infériorité

8 ème Journée d Echanges Interprofessionels du CEFIEC Reims, Mardi 21 Avril 2015

Maison ou un Pôle de santé

HISTORIQUE DES SOINS PALLIATIFS ET ENJEUX POUR LE FUTUR

Évaluation et recommandations

Lépine Providence DOSSIER DE PRESSE

FORMATION CONTINUE RECHERCHE APPLIQUÉE OUTILS PÉDAGOGIQUES. Promouvoir les soins pharmaceutiques

Effets sur la pression artérielle rielle des traitements non-médicamenteux

L ÉDUCATION THÉRAPEUTIQUE DU PATIENT EN 15 QUESTIONS - RÉPONSES

Assurance de soins de longue durée

«Améliorer les parcours de santé des personnes âgées en risque de perte d autonomie»

SUPPLEMENT AU DIPLÔME

L hôpital de jour de gériatrie

CAHIER DES CHARGES INFIRMIER-ÈRE DIPLÔMÉ-E

Autisme Questions/Réponses

Bilan de l activité d accueil de jour et d hébergement temporaire en direction des personnes âgées dépendantes en 2010

Migraine : traitement de la crise. Comment utiliser les triptans?

Danielle D Amour, inf. Ph.D. IUFRS 24 février 2011

Description des résidants dans les IHP et les MSP

Des dispositifs de prise en charge et d accompagnement de la maladie d alzheimer

Responsabilité du promoteur et obligations des soustraitants. cliniques : conformité aux Bonnes Pratiques Cliniques et point de vue de l inspection

Doit on et peut on utiliser un placebo dans la prise en charge de la douleur?

23. Interprétation clinique des mesures de l effet traitement

Transcription:

Joël Belmin Hôpital Charles Foix et Université Paris 6 Ivry-sur-Seine

L enjeu de l évaluation Augmentation du coût de la santé Recentrer les dépenses sur les traitements efficaces Dé remboursement des traitements d efficacité non établie nécessité de preuves pour promouvoir des traitements persuasion, logique, observations ne suffisant plus Remise en cause des traitements anciens classiques Limites à la pise en place de nouvelles thérapies

Essais pour évaluer les médicaments Plan expérimental en groupes parallèles Contrôlé : groupe tt actif vs groupe tt de référence ou placebo Randomisé Tirage au sort pour l allocation des tt comparés En double aveugle Garantit l impartialité des évaluateurs et du promoteur Définition des critères de jugement a priori Calcul de nombre de sujets nécessaires pour pouvoir conclure

Difficultés des interventions non médicamenteuses Plan expérimental Groupes parallèles Avant après Cross over controle intervention Période controle Période intervention controle intervention intervention contrôle

Difficultés des interventions non médicamenteuses Contrôlé Groupe contrôle Sans intervention Ou bien intervention minimale Groupe intervention Définir avec précision l intervention (++ si étude multicentrique ; ++ pour interprétation/diffusion des résultats) Mesurer son degré/qualité d application de l intervention

Difficultés des interventions non médicamenteuses Randomisation Technique difficile Randomisation au niveau du patient Randomisation en grappe (cluster)

Difficultés des interventions non médicamenteuses Double aveugle Le plus souvent impossible ici Essayer de soigner l évaluation du critère de jugement indépendante du promoteur ou de l investigateur, si possible par quelqu un qui ignore si la personne a reçu l intervention Ou par plusieurs évaluateur différents ou par un comité

Méthodologie +++ Recours à un méthodologiste

Graff MJI, et al BMJ 2006

Méthodologie Patients ayant une démence Recrutés à partir d une consultation mémoire et d un hôpital de jour gériatrique Ayant une démence légère ou modérée sans dépression majeure Ayant un aidant informel Acceptant de participer Groupe intervention Groupe contrôle Sans intervention

Intervention étudiée Ergothérapeutes formés à la prise en charge des patients déments 10 séances d une heure au domicile réparties sur 5 semaines Au début : diagnostic et définition des objectifs, les patients et les aidants définissent une activité qu ils souhaiteraient en priorité améliorer. Puis mise en œuvre de stratégies de compensations, de réhabilitation et de stratégies environnementales

Critères de jugement Patients : Echelle de fonctionnement quotidien Echelle de performance pour les ADL Aidants Sentiment de compétence Timing : Base ; 6 semaines ; puis 12 semaines après le début de l intervention

Callahan C et al JAMA 2006

Méthodologie 153 patients avec une maladie d Alzheimer Vivant au domicile Ayant un aidant informel Acceptant de participer Étude randomisée, 2 groupes, Groupe intervention Stratégie collaborative Groupe contrôle Sans intervention Callahan C et al JAMA 2006

Intervention Equipe intervenant à domicile pendant 1 an Médecin traitant + IDE gérontologue de pratiques avancées ayant des fonctions de gestionnaire de cas + encadrement par une équipe de gériatrie (référents) Actions complexes : optimiser le tt médicamenteux de la maladie d Alzheimer, psychoéducation et stratégies de coping avec les aidants, évaluation des patients et des aidants avec actions guidées par des protocoles Conseils sur l activité physique

Résultats 18 16 14 12 10 8 6 4 2 0 J0 6 mois 12 mois * 18 mois Inventaire neuropsychiatrique patient * * * P<0.01 intervention soin usuel * 6 5 4 3 2 1 0 J0 6 mois 12 mois 18 mois Santé de l aidant * P<0.02 intervention soin usuel

Interventions psychoéducatives envers les aidants informels Une revue systématique et méta analyse

Prises en charge multicomposants 11 études randomisées, contre prise en charge usuelle sont positives entre 1991 et 2006 Principales interventions: Psycho éducation Thérapie comportementale à visée cognitive Formation professionnelle/résolution de problèmes Case management Soutien général Stimulation cognitive

EFFET DES INTERVENTIONS TOUT TYPE CONFONDU Fardeau Dépression Bien-être Connaissances Symptômes mes du pt * ** ** * ** ** Effets à immédiat court terme suivi moyen terme -1-0,75-0,5-0,25 0 0,25 0,5 0,75 Effet de l interventionl (différence par rapport au groupe contrôle exprimée e en sd)

Education thérapeutique chez les aidants familiaux 94 aidants avec éducation 34 aidants groupe usuel 7 mois de suivi % d entrée en institution à 7 mois et 18 mois de l intervention % 35 30 25 20 15 10 5 0 P<0,05 intervention contrôle groupe Droes RM, Aging mental health 2004 et 2006

Etude de Mittelman 406 conjoints - aidants de patients Alzheimer Suivi de 9,5 ans Six sessions individuelles et de groupe en éducation Numéro d appel au centre de gériatrie et conseils téléphoniques en cas de besoin jusqu à l entrée en institution Mittelman M, Neurology 2006

Mittelmann M, Neurology 2006 p < 0,025 Diminution de 28,3% du taux d entrée en institution Délai médian entrée en institution: 557 jours dans le groupe intervention

Effets du soutien de patients déments et de leurs aidants Etude randomisée, contrôlée Case management infirmier 2 ans de suivi Education thérapeutique de l aidant Suivi du patient Visites au domicile Soutien téléphonique Eloniemi-Sulkava U, JAGS 2001

Groupe intervention: proportion des patients avec démence sévère non placés en institution: Eloniemi-Sulkava U, JAGS 2001

Méta-analyse récente 13 programmes 9043 patients Diminution significative du risque d institutionnalisation Augmentation significative du temps d institutionnalisation dans certaines de ces études Spijker A et al, J Am Geriatr Soc 2008

Résultat sur la probabilité d entrée en institution Spijker A et al, J Am Geriatr Soc 2008

Résultat sur le délai d entrée en institution Spijker A et al, J Am Geriatr Soc 2008

LES ÉTUDES D INTERVENTION ENVERS LES AIDANTS FAMILIAUX Voie prometteuse pour améliorer la prise en charge de la maladie d Alzheimer au domicile, effets positifs pour l aidant effets positifs pour le patient retarde l entrée en établissement Les interventions qui semblent le plus efficaces : Multicomposantes ou éducatives Nombre de séances important Prises en charges individuelles Les résultats obtenus dans certains pays ne sont pas toujours extrapolables à d autres : différences socioculturelles, de système de santé, ou d implication financière de la maladie pour les patients Plus de recherche : faisabilité, efficacité, coût

Conclusion Pour les patients Alzheimer vivant au domicile : Ergothérapeutes : Effets sur l autonomie Collaborative care : Dim des troubles du comportement Programme éducatif : Retarde l entrée en EHPAD