Sport et maladies métaboliques (obésité, diabète) Chef du service de médecine du sport, CHU de Clermont-Ferrand Monsieur Julien AUCOUTURIER Maître de conférences STAPS 60 % des diabétiques de type 2 sont considérés à haut risque cardiovasculaire. 30 % sont à risque cardiovasculaire intermédiaire. Les recommandations qui ont été formulées lors du précédent exposé sur les maladies cardiovasculaires s'appliquent donc aussi au diabète de type 2. Cette pathologie peut aussi s accompagner de neuropathie périphérique des membres inférieurs, responsable de diminution voire de perte de sensibilité des pieds. En conséquence, les malades doivent quotidienneemnt leurs pieds, en recherchant d'éventuelles ampoules ou mycoses interdigitales. Dans 40 % à 60 % des cas, le diabète de type 2 s accompagne d un surpoids ou d une obésité Or, le surpoids ou l'obésité peuvent entraîner des problèmes d'arthrose. Il est recommandé, pour une personne diabétique de type 2, de pratiquer à la fois une discipline d'endurance et de renforcement musculaire. L'endurance doit être accomplie avec une intensité modérée pendant trente minutes, cinq fois par semaine. Le renforcement musculaire doit être effectué à raison de deux séances hebdomadaires de vingt minutes. L'endurance permet de développer la capacité cardiovasculaire, qui est un facteur indépendant de mortalité et de morbidité chez les diabétiques de type 2 (comme chez les sujets en bonne santé). Les niveaux de VO2max, chez ces sujets sont le plus souvent faibles, parfois compris entre 15ml/kg/min et 25ml/kg/min, du fait du niveau d inactivité physique et d déconditionnement. Entre ces valeurs, la surmortalité est multipliée par deux ou trois. Par contre, l activité physique régulière permet d obtenir un gain significatif de la capacité aérobie. Le renforcement musculaire est bénéfique, car le travail du muscle permet de consommer le glucose présent dans l'organisme. En outre, il permet de prévenir les situations d'obésité sarcopénique, car le diabète de type 2 s accompagne d une perte précoce de la masse musculaire. L'étude «Look AHEAD», qui a concerné plus de 5 000 personnes diabétiques de type 2 en surpoids ou obèses, a montré que 30 % des sujets souffraient de troubles sévères de la mobilité et ne disposaient pas d'une autonomie normale. La pratique d'une activité physique et sportive (APS) a permis de diminuer ces troubles d'environ 48 %. Les diabétiques de type 2 doivent se soumettre chaque année à un bilan. A cette occasion, leur médecin traitant peut délivrer un certificat de non contre-indication à la pratique d'une APS. Les malades qui souffrent d'arthrose peuvent se voir prescrire une activité de renforcement musculaire, de la natation ou du cyclisme. Pour pratiquer une APS, les patients doivent être capables de surveiller leur glycémie avant et après la séance. L'éducateur sportif doit quant à lui être en mesure de repérer les signes d'une éventuelle hypoglycémie. Il doit rappeler aux patients de surveiller leurs pieds, et leur prodiguer des conseils d'hydratation.
Monsieur Julien AUCOUTURIER En matière d'obésité, il est recommandé aux enfants de pratiquer 60 minutes d APS par jour. Cette activité doit être accomplie avec une intensité modérée ou soutenue. Il peut s'agir de renforcement musculaire ou d'endurance. Pour les adultes obèses, les recommandations sont similaires à celles qui s'appliquent aux diabétiques de type 2. Il est conseillé de pratiquer 150 minutes d APS par semaine, avec deux séances dédiées au renforcement musculaire. Les activités à dominante aérobie ont vocation à augmenter la dépense énergétique et à agir sur la balance des lipides. Elles permettent également d'obtenir des bénéfices sur le plan cardiovasculaire. Les activités sportives avec renforcement musculaire induisent des effets positifs sur la plupart des paramètres du syndrome métabolique, qui désigne les complications associées à l'obésité, parmi lesquelles l'augmentation des triglycérides, l'hypertension, la diminution du bon cholestérol. En revanche, le renforcement musculaire est moins efficace que les activités à dominante aérobie pour ce qui concerne l obésité abdominale. Les effets sur le cholestérol total sont également un peu moins satisfaisants. L'augmentation ou le maintien de la masse musculaire induit un effet positif sur la dépense énergétique lors de l'exercice, mais aussi en condition de repos. En conclusion, l APS permet d'obtenir des bénéfices significatifs sur les complications cardiométaboliques associées à l'obésité, sans nécessairement provoquer une perte de poids ou de masse grasse. Questions-réponses avec l amphithéâtre Docteur Frédérique GARDANT, référentes sport santé de la fédération française de pentathlon moderne L'insulinothérapie est-elle indiquée pour les diabétiques de type 2 qui pratiquent une activité sportive? Non. Le traitement du diabète de type 2 s'appuie tout d'abord sur des mesures hygiéno-diététiques. Si celles-ci ne donnent pas satisfaction, le médecin prescrit un comprimé oral (Metformine). Les hypoglycémies par sulfamides et l'insuline ne sont utilisées qu'en dernier recours. L'insuline implique une prise de poids d'environ dix kilogrammes. En outre, le traitement par insuline doit être adapté, ce qui induit de nouvelles règles thérapeutiques en matière d'activité physique. Docteur Gilbert PERES, référents sport santé de la fédération française de canoë-kayak A l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, le professeur Jean-Michel OPPERT impose à ses patients, quelques semaines après qu'ils aient subi une opération de chirurgie bariatrique, de renouer avec une activité physique d'endurance et de musculation. Ce type d'opération implique en effet la fonte de tissus adipeux, mais aussi des muscles. Ces séances d APS sont prises en charge par un éducateur STAPS. Martine DUCLOS J'ai lu la publication de Jean-Michel OPPERT. Cependant, je considère qu'après une opération, les patients doivent d'abord s'adapter à la nutrition. Il est hors de question que ceux-ci rejoignent un club de manière prématurée. Les patients peuvent en effet souffrir de troubles digestifs dans les premiers mois qui suivent l'opération.
Pr Martine DUCLOS Endocrinologue, médecin du sport et physiologiste, Martine Duclos est professeur des Universités-Praticien Hospitalier, chef du service de Médecine du Sport et des explorations fonctionnelles au CHU de Clermont- Ferrand. Son activité de recherche a d abord été orientée sur l'adaptation hormonale à l'entraînement démontrant le continuum adaptatif avec la pratique sportive intensive et la rupture d adaptation liée au surentrainement mais aussi au désentraînement. Elle poursuit actuellement son travail de recherche au sein du Centre de Recherche en Nutrition Humaine (INRA-Université d'auvergne) avec une thématique orientée sur les relations entre muscle, métabolisme et hormones chez le sujet sain et le sujet présentant une pathologie chronique (diabète de type 2, obésité, cancer) mettant en évidence la courbe en U existant entre l activité physique nécessaire pour la santé et aux deux extrémités de la courbe les effets néfastes de l inactivité physique et de la sédentarité (l autre extrémité de la courbe en U, l excès d activité physique et sportive, touchant peu cette population). Auteur de nombreuses publications et conférencière réputée, le Pr Martine Duclos est membre de la commission «activité physique, sport santé» de la SFMES, et membre de la commission mixte CNOSF/SFMES qu elle représente au sein du pôle ressource du CNOSF. Elle est devenue la conseillée scientifique des ministres chargées des sports, le docteur Valérie Fourneyron, puis madame Najat Valaud-Belkacem. Julien AUCOUTURIER, Ph.D Enseignant chercheur en physiologie de l exercice, Julien AUCOUTURIER a obtenu son doctorat d université en sciences de l activité physique à l université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand. Après plusieurs séjours de recherche à l étranger, il confirme son expérience dans le domaine de l obésité de l enfant lors de son séjour post-doctoral au sein du «Children s Exercise and Medicine Program» du Département de Pédiatrie de l université McMaster (Hamilton, Canada). Ancien collaborateur du Laboratoire de Nutrition Humaine et du laboratoire de Biologie des APS de Clermont Ferrand, il est aujourd hui maître de conférences à la Faculté des Sciences du Sport et de l'education Physique de l Université Lille 2, membre de l équipe d accueil EA4488 "Activité Physique, Muscle, Santé" où il poursuit son travail sur les effets de l activité physique sur la santé métabolique chez l enfant et l adulte. Auteur de plusieurs articles scientifiques et conférencier, son intérêt se porte aujourd hui sur la perfusion musculaire en relation, soit avec l aptitude physique aérobie d enfants obèses ou diabétiques de type 1, soit avec les effets de supplémentations alimentaires chez les sportifs. Résumé 1. L activité physique dans le contexte de l obésité En 2000, l Organisation Mondiale de la Santé a déclaré l obésité «première épidémie mondiale non infectieuse» et selon les données françaises les plus récentes, 32,3% des français de plus de 18 ans sont en surpoids et 15% sont obèses. Chez l enfant, un sur six est en surpoids ou obèse. L obésité, particulièrement lorsqu elle est localisée au niveau abdominal, joue un rôle clé dans le développement du syndrome métabolique, c'est-à-dire la combinaison d un ensemble de facteurs de risque des maladies cardiovasculaires et du diabète de type 2. Les bénéfices de l activité physique et sportive pour la santé de l adulte comme de l enfant obèses sont 1) de favoriser le maintien à long terme de la perte de poids après prise en charge nutritionnelle et 2) de diminuer les facteurs de risque du syndrome métabolique et des
atteintes athéromateuses précoces. Au niveau fonctionnel, les paramètres de la condition physique sont améliorés avec en premier lieu une amélioration de l aptitude cardiorespiratoire lorsque des exercices en endurance sont pratiqués, alors que les entraînements de force permettent de préserver la masse musculaire lors des situations de perte de poids. Il est également important de noter que l activité physique et sportive permet une diminution significative des facteurs de risque des pathologies cardiovasculaires et métaboliques sans qu il y ait nécessairement de perte de poids. De fortes disparités sociales, les classes les plus défavorisées étant les plus touchées, et régionales ont été mises en évidence en terme de prévalence de l obésité, les régions les plus concernées étant le Nord-Pas De Calais et la Picardie. Ces disparités mettent en évidence la nécessité d actions ciblées visant à améliorer l état de santé des personnes concernées par cette pathologie par la pratique d activités sportives. Quelques sources d informations complémentaires : Association Française d'etude et de Recherche sur l'obésité : http://www.afero.asso.fr/ The European Association for the Study of Obesity : http://www.easo.org/ Organisation Mondiale de la Santé, : http://www.who.int/dietphysicalactivity/childhood/fr/ Activité Physique et Obésité de l'enfant ; Bases pour une prescription adaptée : http://www.sante.gouv.fr/img/pdf/synthese_obesite-2.pdf Résumé 2. La pratique Sport Santé des personnes vivant avec un diabète de type 2 L incidence du diabète de type 2 (DT2) augmente partout dans le monde et touche des sujets de plus en plus jeunes. Selon certains spécialistes, le DT2 sera la prochaine épidémie mondiale. Ainsi, on estime qu en 2025, 350 millions de sujets seront atteints dans le monde contre 230 millions actuellement. En France, depuis 1988, la prévalence du diabète a été multipliée par 2. En 2007, elle était de 3.95% (France entière, tous régimes) et est estimée à 4,5% de la population à l horizon 2016. Il existe un surrisque masculin à partir de 40 ans. En 2007, près d un homme sur cinq est diabétique à 75 ans. En France, la moitié des diabétiques décèdent de complications cardio-vasculaires. En 2007, 59% des DT2 ont un risque cardio-vasculaire très élevé, 26% un risque élevé, 14% un risque modéré, et seulement 1% ont un risque vasculaire faible. De plus, 39% des DT2 sont en surpoids, 41% ont une obésité, 49% une hypertension artérielle, 42% une hypercholestérolémie et 13% sont fumeurs. L activité physique joue un rôle majeur dans la prise en charge des patients diabétiques de type 2. Les effets de l'activité physique dépassent le cadre de l'obtention d'un meilleur équilibre glycémique car ils participent aussi au contrôle lipidique, du profil tensionnel et des co-morbidités associées au DT2, du risque cardiovasculaire et de la mortalité tout en améliorant la qualité de vie. Nombre des effets favorables de l activité physique sur l état de santé peuvent être obtenus en l absence de modification du poids. Cependant, les effets favorables de l exercice sont de durée limitée dans le temps, soulignant l importance de la régularité de l activité physique dans ce contexte et de son maintien à long terme. La pérennisation d un mode de vie actif chez le patient DT2 nécessite non seulement une coopération entre différents professionnels de santé mais la mise en place de partenariats avec les acteurs de l activité physique et sportive dans la cité. Quelques sources d informations complémentaires : Association française des diabétiques (AFD), http://www.afd.asso.fr/afdquisommesnous/associationsfédérées/tabid/108/default.aspx Union sports & diabète (www.usd.asso.fr) Collectif interassociatif sur la santé (CISS, www.leciss.org/). Duclos M, Oppert JM, Verges B, Coliche V, Gautier JF, Guezennec CY, Reach G, Strauch G, pour le groupe de travail «Activité physique et Diabète» de la Société francophone du diabète (SFD). Activité physique et diabète de type 2. Référentiel de la Société francophone du diabète (SFD), 2011. Médecine des Maladies Métaboliques : 6 (1), 80-96, 2012.
M. Duclos, J.-M. Oppert, B. Verges, V. Coliche, J.-F. Gautier, Y. Guezennec, G. Reach, G. Strauch, for the SFD diabetes and physical activity working group. Physical activity and type 2 diabetes. Recommandations of the SFD (Francophone Diabetes Society) diabetes and physical activity working group. Diabetes & Metabolism 39 : 205 216, 2013