Yao Kudjawu - Michel Ohayon / Sida Info Service



Documents pareils
Infection par le VIH/sida et travail

LE MALI L HÔPITAL GABRIEL TOURE L HÔPITAL DU POINT G INTRODUCTION 2 INTRODUCTION 1 DISPENSATION DES ARV DANS LES HÔPITAUX DU POINT G ET GABRIEL TOURE

1 ère manche Questions fermées

Le VIH-sida, qu est-ce que c est?

Organiser une permanence d accès aux soins de santé PASS

Sélection et Évaluation Quantitative des Médicaments pour la Prise en Charge du VIH/SIDA. Sophie Logez, OMS/PSM Addis Abeba, Ethiopie, Février 2005

La version électronique fait foi

VIH : Parlons-en franchement!

LA CMU COMPLÉMENTAIRE

Dossier de presse 2013

INAUGURATION DU CESU Centre d Enseignement des Soins d Urgence

LA RESPONSABILITE PROFESSIONNELLE DE L INFIRMIER(E) Laurence VENCHIARUTTI, Infirmière Libérale, Expert infirmier, Nantes

Vous et votre traitement anticoagulant par AVK (antivitamine K)

L impact des avis des usagers sur l amélioration de la prise en charge du patient dans un CHU

Les contre-indications au don de sang

A PROPOS DES CRITERES D ATTRIBUTION DES EQUIVALENCES

Implication des Corevih dans l arrivée des ADVIH: Expérience du Corevih LCA

FORMATION CONTINUE RECHERCHE APPLIQUÉE OUTILS PÉDAGOGIQUES. Promouvoir les soins pharmaceutiques

L ÉDUCATION THÉRAPEUTIQUE DU PATIENT EN 15 QUESTIONS - RÉPONSES

Information aux patients et à leurs proches. Espace médiation. Lieu d écoute et de dialogue pour les patients et leurs proches

L hôpital dans la société. L expérience du CHU de Paris, l AP HP. Pierre Lombrail, Jean-Yves Fagon

Assurance collective des RSG-CSQ. Foire aux questions

ptimalis santé ... une solution de santé adaptée au moment où vous en avez le plus besoin [ Santé ] [ Prévoyance profession [ Prévoyance particulier

CERTIFICATION MÉDICALE RAPPORT MÉDICAL POUR LE DROIT DE SÉJOUR

LA CAISSE PRIMAIRE D ASSURANCE MALADIE (CPAM) COMMENT ÇA MARCHE?

Tests rapides d orientation diagnostique Expérience du CASO de Cayenne

GROUPE DE PAROLE SUR L HYGIENE ET LA PRESENTATION

Un Pass santé contraception. pour les jeunes francilien-ne-s

ZOOM ETUDES Les études paramédicales. Auditorium de l Institut Français du Bénin 9 novembre 2013

livret d accueil Frais de santé

L enjeu de la reconnaissance des pharmaciens comme éducateur de santé

Compliance (syn. Adhérence - Observance) IFMT-MS-Sémin.Médict.Nov.05 1

Rapport de mission - Urgence Afrique Niou Burkina Faso

hôpital handicap Santé mutuelle aide médicale d urgence médecin de garde carte SIS maison médicale pharmacie planning familial

Les infirmiers anesthésistes ont les plus hauts salaires, les préparateurs en pharmacie, ceux qui progressent le plus

infirmier kinésithérapeute AMPLI-INDEMNITÉS JOURNALIÈRES TNS avocat La protection de votre revenu, à la carte

La responsabilité des infirmiers et des établissements de santé

Vivre avec le VIH. Point de départ

Le guide du bon usage des médicaments

LA DOULEUR INDUITE C EST PAS SOIGNANT!

TABLE DES MATIERES PREFACE. CHAPITRE PREMIER : PROTECTION GENERALE DE LA SANTÉ PUBLIQUE

avocat architecte expert médecin chirurgien dentiste vétérinaire pharmacien infirmier kinésithérapeute étudiant avocat AMPLI-FAMILLE

LES ACCIDENTS D EXPOSITION AU RISQUE VIRAL Prise en charge & Prévention

Droits des patients et indemnisation des accidents médicaux

Droits des patients et indemnisation des accidents médicaux

Publication des liens

LA PROPOSITION DE LA VACCINATION ANTI-PAPILLOMAVIRUS: INFORMATIONS TRANSMISES ET VECU DE LA PROPOSITION

LE RAISONNEMENT ET LA DECISION EN MEDECINE : LES BASES EN ASSURANCE MALADIE

La recherche et vous. Pourquoi accepter ou refuser de participer à un projet de recherche?

Mieux comprendre la protection sociale

Votre. complémentaire SANTÉ. Livret du salarié

MONSIEUR DELMAS Cadre expert-mission recherche et développement

Questionnaire général (court)

N o d organisme. Rendement actuel Cible Justification de la cible

LE DOSSIER DU PATIENT EN PEDICURIE-PODOLOGIE MAI Service des recommandations et références professionnelles

Mieux vivre avec votre asthme

REUNION D INFORMATION LES ETUDES DE SANTE ET LES METIERS AUXQUELS ELLES MENENT

La recherche clinique de demain ne se fera pas sans les paramédicaux

region guide sante bis:mise en page 1 05/03/13 09:24 Page1 Guide pratique à l attention des professionnels de santé URPS DE BIOLOGIE MÉDICALE PACA

Nouvellement diagnostiqué? Voici un guide pour bien vivre avec le VIH. Numéro 2, mars 2010.

Régime de soins de santé des étudiants étrangers

Etat des lieux du prélèvement et de la greffe d organes, de tissus et de cellules MAROC

Protocole. [anonyme et gratuit] Avec la Région, on en parle, on agit.

Accès aux soins, CMU et AME. Intervention DU Santé / Précarité 6 janvier 2011

R.C. Professionnelle Proposition

Université Saint-Joseph

Z I G U I N C H O R SITUATION ECONOMIQUE ET SOCIALE REGIONALE Service Régional de la Statistique et de la Démographie de Ziguinchor

LE DOSSIER PHARMACEUTIQUE

La prise en charge. de votre affection de longue durée

La prise en charge de votre affection de longue durée

Offre et recours aux soins de premiers recours sur le Pays Sud Charente

Ma vie Mon plan. Cette brochure appartient à :

PLAQUETTE D INFORMATION

L assurance soins de santé en Belgique : une introduction. Thomas Rousseau 12 juin 2014

Santé des étudiants et précarité : éléments de contexte

Le Livre des Infections Sexuellement Transmissibles

Qu est-ce que la PACES?

La mise en ordre de mutuelle

UNIVERSITE MONTPELLIER I UFR de PHARMACIE

Améliorez vos garanties collectives!

Code de déontologie des pharmaciens

Décision du Défenseur des droits MDE-MSP

Résultats d enquête. L épuisement professionnel (Burn Out Syndrom) Qu en pensez-vous? Vous sentez-vous concerné? En partenariat avec

RAPPORT D ACTIVITE AIDEA Sommaire

D A N S L E S PAY S F R A N C O P H O N E S

La Planification Financière Fiscale Personnelle (PFFP) A nouveaux enjeux nouveaux comportements

L accès au suivi et au traitement pour les personnes atteintes de l hépatite C au Québec 1

L hôpital de jour ( HDJ ) en Hôpital général Intérêt d une structure polyvalente? Dr O.Ille Centre hospitalier Mantes la Jolie, Yvelines

CONTRAINTES PSYCHOLOGIQUES ET ORGANISATIONNELLES AU TRAVAIL ET SANTE CHEZ LE PERSONNEL SOIGNANT DES CENTRES HOSPITALIERS:

en KINESITHERAPIE RESPIRATOIRE SAMEDI 23 JUIN 2012

Q. QUELLE EST LA MISSION DU CENTRE DE CRISE POUR LES VICTIMES DE VIOL?

LES AIDES AUX PERSONNES AGÉES

Professions indépendantes. Vos prestations maladie

Pandémie grippale et réorganisation des soins primaires. Le travail de la Maison Médicale de Garde d Ambérieu

Valeur Prévoyance Un capital garanti pour assurer votre patrimoine professionnel

Pathologie VIH. Service maladies infectieuses Archet 1. Françoise ALEXIS, infirmière Monique BORGHI, infirmière 15 octobre 2013

infirmier kinésithérapeute avocat artisan commerçant

Le Développement Professionnel Continu

Valeur Prévoyance. Un capital garanti pour assurer votre patrimoine professionnel

Transcription:

Analyse des motifs de sollicitation par les professionnels de santé d un dispositif téléphonique dédié au VIH/sida : expérience de VIH Info Soignants en France Yao Kudjawu - Michel Ohayon / Sida Info Service

Contexte Depuis le début des années 1980, les questions posées par l infection par le VIH/sida ont amené les professionnels, militants institutionnels ou associatifs à imaginer de nouvelles stratégies d information, de prévention et de prise en charge des populations Conjointement la téléphonie sociale naît et a joué un rôle unique dans l offre proposée aux personnes concernées par l infection du VIH/sida La ligne spécialisée VIH Info Soignants (VIS) crée en 1996, en partenariat avec la direction générale de la santé répond aux besoins spécifiques des professionnels de santé (PS) sur le VIH/sida Cette étude identifie les catégories de PS ayant sollicité VIS entre 1998 et 2003, puis analyse les motifs pour lesquels ils le sollicitent

Présentation de VIH Info Soignants (VIS) : 1 Ouverture de la ligne en 1996, partie prenante du dispositif de prise en charge des accidents d exposition au sang (AES) Le Public concerné : - Victimes d accidents professionnels à risque biologique pour le VIH - Professionnels prenant en charge les victimes d AES - Professionnels de santé (PS) à la recherche d information, d orientation et de références sur la prise en charge de l infection par le VIH - PS vivant avec le VIH (information, écoute et soutien) L équipe de VIS est composée de PS (médicaux et paramédicaux) ayant une pratique professionnelle dans le domaine du VIH

Présentation VIH Info Soignants : 2 Cadre de la réponse : - Numéro Azur (coût d un appel local) métropole et DOM - Anonymat de l appelant et de l écoutant - Counseling ou co-conseil. Pas de consultation médicale téléphonique - Aide à l orientation des victimes d AES - Soutien des victimes d AES pendant la prise en charge - Aide à la décision des praticiens assurant la prise en charge des victimes d accident d exposition professionnels, sexuels, ou liés à un partage de matériel d injection (UDIV) - Informations professionnelles (réglementation sur les accidents de travail, soins aux mineurs, secret professionnel, droits des soignants malades ) - Informations sur les modalités de prise en charge de l infection par le VIH - Soutien aux soignants séropositifs

Matériel et méthodes L étude a porté sur le contenu des fiches d appel remplies à chaque entretien - circonstances factuelles : jour, heure, durée - caractéristiques de l appelant (profession, mode d exercice, sexe, âge ) - demande initiale de l appelant, évolution de l entretien - éléments de réponse ou d orientation fournis par l écoutant L échantillonnage est fait par sondage aléatoire élémentaire 1120 fiches d appel ont été sélectionnées dont 785 faisant l objet de cette étude émanent des PS

Résultats (1) : Les appelants 62% sont de sexe féminin 87% sollicitent la ligne pour la première fois Secteur d exercice : libéral = 34,65% hospitalier public = 33,12% filières institutionnelles = 7,26% cliniques = 6,11% entreprises = 4,46% associations = 0,25%

Résultats (2) : Motifs d appel Demande initiale information (dont orientation) : 85,9% aide à la décision : 11.1% écoute et soutien : 3% Les AES constituent la thématique d appel pour 7 urgentistes sur 10 6 étudiants sur 10 3 infirmières et ou aides soignants sur 10 Les AES constituent le motif initial pour 1 appel sur 3 Les appelants victimes d AES sont plus souvent des infirmières que des médecins (p<0.0001) Les pharmaciens sollicitent la ligne pour obtenir des informations sur l usage et la délivrance des antiretroviraux, notamment au moment où ils ont commencé à être délivrés en officine Les questions des personnels non soignants travaillant en milieu de soin rejoignent celles du grand public (modes de transmission).

Résultats (3) Profession de l appelant Fréquence (%) Médicale 52 généraliste 20,3 spécialiste 5,4 urgentiste 3,9 médecin du travail 5,2 sage femme 0,4 pharmacien 12,2 chirurgien dentiste et/ou assistant dentaire 0,25 Paramédicale 30 infirmier(e) 23,9 aide soignant(e) 5,9 kinésithérapeute 0,2 Biologiste et ou laborantin 2,7 Vétérinaire 0,1 Administration 2,2 Personnel d entretien 1,1 Étudiants, élèves 11,84 médecine, pharmacie, dentaire 1,3 infirmier, aide soignant 10,6

Résultats (4) : Fréquentation de la ligne 3 appelants sur 4 sollicitent la ligne entre 9h et 14h Le trafic devient très faible après 18h La durée moyenne des entretiens est de 10,6 minutes (extrêmes = 1-65) Cette durée moyenne est multipliée par 1,5 si l appelant est une aide-soignante et par 2 s il s agit d un étudiant ou d un élève. Il est à noter que le nombre d appel a décru de façon régulière depuis 1999

Discussion (1) Les appelants : tous les corps de métier sont représentés mais surtout les infirmier(e)s et médecins généralistes : les plus confrontés, mais pas forcément ceux qui ont le plus de ressource (chir.- dent. Id.) pharmaciens : beaucoup d appels au moment de l introduction des ARV en ville chirurgiens : très exposés aux AES, mais ne sollicitent pas VIS Les AES : première thématique abordée, les infirmier(e)s étant plutôt victimes, et les médecins étant plutôt amenés à assurer la prise en charge vécu de l AES particulièrement difficile pour les étudiants (première confrontation au risque) et les agents d entretien et aide-soignants (erreur d un autre professionnel) Les entretiens longs ou les sollicitations multiples témoignent habituellement d une demande de soutien

Discussion (2) Fréquentation de la ligne dépendante de la communication (DGS, CPAM à l occasion de l instauration de la prise en charge des AES ou de la délivrance des ARV en officine) diminution progressive des demandes d information sur la prise en charge (spécialisation croissante de la prise en charge? Internet?) diminution progressive des sollicitations : les filières sont mieux connues et plus efficientes Attentes des appelants le téléphone est utilisé pour obtenir une réponse immédiate à un problème en cours La coexistence d appels informatifs brefs, et d appels de soutien très longs, témoignent de l isolement et des difficultés de nombre de professionnels.

Exemples d appels «J ai prescrit un test à un de mes patients, qui est positif. Je le vois dans 2 minutes. Comment dois-je faire pour le lui annoncer» «Je me suis piquée après avoir fait une prise de sang. Est-ce que je peux prélever un test au patient?» «J ai un patient qui a eu un rapport avec quelqu un de séropositif. Je lui donne quoi?» «J ai reçu une projection de sang, je ne sais pas si j en ai reçu dans l œil. Le médecin n a rien voulu me donner. C est normal?» «Je viens de me piquer avec une aiguille qui débordait d un conteneur. Je suis vraiment obligée de déclarer l accident, parce que la surveillante va encore m engueuler»

Conclusions - Perspectives VIS est un dispositif probablement unique à proposer une écoute, une information, une orientation et un soutien aux professionnels de santé confrontés au VIH VIS a accompagné l évolution des pratiques de prévention et de soin L activité de la ligne témoigne des difficultés qui peuvent encore toucher les professionnels, et de l importance de la problématique VIH dans les craintes ressenties La baisse d activité témoigne de l amélioration de la prise en charge, et de l évolution des outils (Internet) Devant cette évolution, VIS continue de s adresser aux professionnels, mais s oriente désormais principalement vers l aide aux personnes atteintes (thérapeutique, observance).

Remerciements VIS est une ligne de Sida Info Service. Nous remercions l association d avoir choisi de faire vivre ce dispositif et d en encourager l évolution. De nombreux professionnels de grande valeur sont ou ont été écoutants sur VIH Info Soignants. Si nos pensées vont d abord à Dominique Delayance, décédé en 1997, nous remercions tous ceux qui ont contribué à faire vivre ce Service : Jean Derouineau, Charlotte Melman, Mireille Davidson, Arame Mbodje, Catherine Hubert-Walfard, Nadine Meunier, Yveline Robert, Véronique Favre- Félix, Assia Djender, Sylvain Pourchet, Dominique Régnier, Marc Philippe- Joncour, Benedicte Lesurtel, Philippe Dhotte, Daniel Gosset, Hicham Mghafri, Hiep Tan, Jean-Marie Paoletti, Naouel Amirat, Frédéric Courage, Karima Haddadi, Radia Djebbar, Müfide Kahraman, Jean-Marie Habar