Exercices Alternatifs. Une fonction continue mais dérivable nulle part

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Eercices Alternatifs Une fonction continue mais dérivable nulle part c 22 Frédéric Le Rou (copyleft LDL : Licence pour Documents Libres). Sources et figures: applications-continues-non-derivables/. Version imprimable: applications-continues-non-derivables.pdf Séries. DEUG deuième année. Angle pédagogique : Découverte. Objectifs et commentaires. Réfléchir sur les notions de continuité et de dérivabilité, et sur leur interprétation géométrique ; construire une nouvelle fonction à l aide d une série de fonctions, visualiser cette série, étudier ses propriétés. L eercice est long, mais on peut n en faire que la partie II (construction de la fonction de Weierstrass et preuve de la continuité, sans preuve de la non-dérivabilité). Par contre, il me semble que pour faire la partie III, il vaut mieu avoir fait les rappels de dérivabilité de la partie I. Montrer que la fonction de Weierstrass n est pas dérivable est assez difficile, et nécessite des estimées précises. Après avoir présenté cette fonction, on en donne ici une variante, en remplaçant le sinus par une fonction affine par morceau. La preuve de la non-dérivabilité de cette nouvelle fonction repose alors sur des considérations plus géométriques : la remarque clé est qu on a choisi la série pour que les pentes de la somme partielle S n (qui est affine par morceau) sont minorées, en valeurs absolues, par un nombre C n qui tend vers l infini (propriété P ci-dessous). D autre part, la fonction limite F coïncide avec S n sur tous les multiples de /n. Ceci permet d encadrer tout nombre par deu nombres y n et y n en lesquels F et S n coïncident, de manière à ce que quand n tend vers +, ces points tendent vers. D après ce qui précède, la pente entre y n et y n doit tendre vers +, ce qui permet de conclure avec un petit argument sur les pentes des droites (voir I..d). La figure montre l allure de quelques sommes partielles de la fonction F (partie III). Le but de cet eercice est de construire une fonction définie sur l intervalle [, ], à valeur dans R, qui est continue, mais qui n est dérivable en aucun point de l intervalle. À ne montrer au étudiants qu après la question.

.8.4.2.2.4.8 Fig. : La fonction F. I. Rappels préliminaires Question. Pentes des droites a. Sur la route, avant une pente importante, on trouve un panneau indiquant la valeur de la pente (par eemple :%). Que signifie ce nombre?

b. Soit f : a+b une fonction dont le graphe est une droite du plan R 2 ; le nombre a s appelle le coefficient directeur (ou pente) de la droite. Soient et 2 deu réels, et M et M 2 les deu points du graphe correspondant. Le tau d accroissement entre et 2 est le rapport entre la distance verticale et la distance horizontale de M à M 2. Donner la formule du tau d accroissement. Quel est le lien avec la pente de la droite? Quel est le lien avec l angle entre la droite et la direction horizontale? c. Estimer graphiquement les pentes des droites de la figure 2. Que se passe-t-il quand on fait varier la pente entre et +?.8 y.4.2.8.4.2.2.4.8.2.4.8 Fig. 2: Pentes des droites

d. Une propriété des pentes des droites Soient M, M 2, M 3 trois points du plan d abscisses respectives < 2 < 3. Soient, 2, 3 les droites passant respectivement par les points M 2 et M 3, M et M 2, et M et M 2. Epliquer par un dessin (ou deu!) pourquoi la pente de 2 est toujours plus petite que l une des deu autres pentes (en valeurs absolues). Question 2. Dérivée d une fonction a. Estimer graphiquement la dérivée de la fonction de la figure 3 en quelques points. Dessiner l allure de la fonction dérivée. b. Donner la définition géométrique (intuitive) de la continuité, puis celle de la dérivabilité. c. Donner les définitions formelles. d. Dessiner l allure du graphe d une fonction non continue en ; d une fonction continue non dérivable en. e. La fonction de la figure 3 est-elle dérivable en? On utilisera par la suite le lemme suivant (qui est une conséquence immédiate de la définition de la dérivabilité) : Lemme Si une fonction f est dérivable en un point, et si (y n ) n est une suite tendant vers, alors la suite des tau d accroissements tend vers le nombre réel f ( ). f(y n ) f( ) y n

.5.8.4.2.2.4.8.5 Fig. 3: Estimation graphique de la dérivée II. La fonction de Weierstrass La première fonction continue partout mais dérivable nulle part a été construite par Weierstrass (mathématicien allemand, 85-897). Cette fonction a aidé à clarifier les notions de continuité et de dérivabilité, et a obligé les mathématiciens a en donner des définitions précises : auparavant, ceu-ci se contentaient des définitions intuitives, et pensaient qu une fonction continue était toujours dérivable sauf éventuellement en quelques points : la construction de Weierstrass est venue contredire cette idée intuitive.

Idée de la construction L idée de Weierstrass est de partir d une fonction f qui est parfaitement dérivable, puisqu il s agit de la fonction sinus (figure 4). Puis on perturbe cette première fonction en lui ajoutant une autre sinusoïde, de période 5 fois plus petite, et d amplitude 2 fois moins grande ; cette deuième fonction, notée f, est représentée sur la figure 5, à gauche. Quand on ajoute f à f, on obtient une courbe qui zig-zague autour du graphe de f (voir le dessin de droite ; en effet, f est alternativement positive et négative ; quand f est positive, le graphe de f + f est situé au-dessus de celui de f, et il est situé au-dessous lorsque f est négative ; quand f s annule, les deu graphes se rencontrent). f.8 y.4.2.2.2.4.8.2.4.6.8 2 2.2 2.4 2.6 2.8 3.4.8 Fig. 4: Idée de la construction de la fonction de Weierstrass () Et on recommence : on prend la fonction f 2 qui est une sinusoïde de période 5 fois plus petite et

f et f f et f+f 2.8.8 y.4.6.4.2.2.2.2.4.8.2.4.6.8 2 2.2 2.4 2.6 2.8 3 y.8.4.4.8.2.2.4.8.2.4.6.8 2 2.2 2.4 2.6 2.8 3 Fig. 5: Idée de la construction de la fonction de Weierstrass (2) d amplitude 2 fois moins grande que f, et on l ajoute encore à la fonction f + f (voir la figure 6). On recommence le processus à l infini (figure 7). Question. Définition formelle Définir précisément f, f, f 2,..., et F, la fonction limite. Question 2. Continuité Montrer que F est continue.

f,f et f2 f,f+f et f+f+f2 2.8.8 y.4.6.4.2.2.2.2.4.8.2.4.6.8 2 2.2 2.4 2.6 2.8 3 y.8.4.4.8.2.2.4.8.2.4.6.8 2 2.2 2.4 2.6 2.8 3 Fig. 6: Idée de la construction de la fonction de Weierstrass (3) Question 3. Dérivabilité Quelle serait la procédure standard pour montrer que F est dérivable? Essayez! Qu est-ce qui ne marche pas? Pourquoi ne peut-on pas en conclure que F n est pas dérivable? En fait, la fonction F n est pas dérivable, mais c est assez difficile à montrer 2. On va plutôt eaminer une variante de cette première construction, pour laquelle la preuve sera plus facile. 2 L idée est que les graphes des fonctions successives f, f +f, f +f +f 2, etc., présentent de plus en plus d oscillations : quand on promène une tangente le long du graphe de f + f + f 2, par eemple, la pente oscille énormément. À la limite, il n y a plus de tangentes au graphes. Pour transformer cette idée en une preuve rigoureuse, il faut faire des estimations précises des pentes des fonctions successives. Notamment, le nombre 5 qui apparait dans la construction n est pas choisi au hasard, un nombre plus petit peut produire une fonction parfaitement dérivable...

2.5.5.2.4.8.2.4.6.8 2 2.2 2.4 2.6 2.8 3 Fig. 7: Idée de la construction de la fonction de Weierstrass ( ) III. Une version géométrique de la fonction de Weierstrass Idée de la construction Cette fois-ci, on part de la fonction f représentée à la figure 8, dont le graphe a la forme d une dent de hauteur /2 et qui est périodique de période. La fonction f est alors similaire à f, avec huit fois plus de dents, chaque dent étant deu fois moins élevée que la dent de f. Et on recommence : la fonction f 2 a huit fois plus de dents que f, de hauteur encore deu fois moins grande ; etc..

f,f et f2.8.4.2.2.4.8 Fig. 8: Les nouvelles fonctions f, f et f 2. Question. Dessin et définition formelle Dessiner (le plus précisément possible) f + f, et (vaguement) f + f + f 2. Définir précisément f, f 2,..., et F, la fonction limite, en fonction de f. Question 2. Continuité Montrer que F est continue.

Question 3. Dérivabilité On veut montrer que F n est dérivable en aucun point de R. Soient S = f, S = f + f, S 2 = f + f + f 2,... les sommes partielles de la fonction F. L idée de la preuve est d étudier les pentes des fonctions S n, et leur lien avec les tau d accroissements de la fonction limite F. a. Pentes de S n Définition On dit qu une fonction est affine par morceau sur l intervalle [, ] si cet intervalle est découpé en sous-intervalles, sur chacun desquels la fonction est affine (c est-à-dire que son graphe est un segment). Dans ce cas, la dérivée est bien sûr constante sur chaque morceau, et est égale à la pente du segment (voir la section I..b). Soit n >. La fonction S n est affine par morceau. Donner les valeurs de la plus grande pente et de la plus petite pente (en valeur absolue). Montrer la propriété P (voir aussi l aide ci-dessous) : Propriété P Il eiste une suite (C n ) n>, tendant vers +, telle que (pour tout n > ), les valeurs absolues des pentes de tous les morceau de la fonction S n sont supérieures ou égales à C n. 3 Aides pour la preuve de P Soit f une fonction, et g la fonction définie par g() = f(8)/2. Quel lien y a-t-il entre la dérivée de g et celle de f? Déterminer les pentes des fonctions f, f, f 2, etc.. Donner la valeur de la pente sur chacun des morceau de S. Quel est (en valeur absolue) la plus grande pente, la plus petite? Déterminer de même la plus petite pente de la fonction S n. 3 C est pour obtenir cette propriété qu on a choisit huit fois plus de pics quand on passe de f n à f n+.

b. Lien entre F et S n Soit n un entier. Trouver tous les endroits où les fonctions F et S n sont égales ; autrement dit, montrer la propriété P2 (en complétant les pointillés, voir l aide ci-dessous) : Propriété P2 Soit [, ] ; alors F () = S n () {... }. Aides pour la preuve de P2 Quels sont les points de l intervalle [, ] où F s annule? Trouver les points où F () = f () ; puis, pour chaque entier n, ceu où F () = S n (). c. Dérivabilité en 4 On peut maintenant montrer que F n est pas dérivable en. Aides : utiliser le lemme et les propriétés P et P2. d. Lien entre les tau d accroissement de F et des pentes de S n À partir de maintenant, on se donne un nombre ], [. Montrer la propriété P3 : Propriété P3 Pour tout entier n >, il eiste deu réels y n et y n tels que :. y n et y n sont de part et d autre de (c est-à-dire que [y n, y n]) ; 2. la longueur de l intervalle [y n, y n] est inférieure à /8 n ; 3. le tau d accroissement de F entre y n et y n est supérieur (en valeur absolue) à C n (où (C n ) est la suite définie dans la propriété P). Aides pour la preuve de P3 successifs où F = S n? Que peut-on dire du tau d accroissement de F entre deu points 4 Cette question n est pas indispensable, mais elle aide à comprendre la fin de la preuve.

e. On reprend les notations de la question précédente. Soit, pour chaque entier n >, t n le tau d accroissement, pour F, entre et y n et t n celui entre et y n. Montrer que l un des deu tau d accroissement t n et t n est supérieur (en valeur absolue) à C n (aide : utiliser la question I..d). f. Montrer enfin que F n est pas dérivable en (utiliser le lemme, partie I). g. Conclure.