École Nationale Supérieure d Agronomie de Rennes Centre National d Études Agronomiques en Régions Chaudes Développement Institutionnel et Associations Locales pour l Organisation et la Gestion de Services Collectifs Diagnostic agraire du district de Tien Du, province de Bac Ninh, Vietnam Mémoire présenté par : PERRIER Catherine (ESAT 1) EN VUE DE L OBTENTION DE : DIPLOME D INGENIEUR AGRONOME DE L ENSAR DIPLOME D AGRONOMIE TROPICALE DU CNEARC Maître de stage : M. Ripoche Directeur de mémoire : M. Moulin Soutenu en octobre 2004
École Nationale Supérieure d Agronomie de Rennes Centre National d Études Agronomiques en Régions Chaudes Développement Institutionnel et Associations Locales pour l Organisation et la Gestion de Services Collectifs Diagnostic agraire du district de Tien Du, province de Bac Ninh, Vietnam Mémoire présenté par : PERRIER Catherine (ESAT 1) EN VUE DE L OBTENTION DE : DIPLOME D INGENIEUR AGRONOME DE L ENSAR DIPLOME D AGRONOMIE TROPICALE DU CNEARC Membres du jury : M. Bergeret M. Faye M. Moulin M. Pillot Soutenu en octobre 2004
Sommaire Sommaire... I Résumé... III Summary...IV Introduction... 1 I. Contexte et problématique du stage... 2 A. La zone d étude... 2 1. Le Vietnam, au cœur de l Asie du Sud Est... 2 a) Géographie... 2 b) Population... 2 c) Économie et politique... 2 B. Contexte institutionnel et production laitiere... 5 C. Problématique du stage... 6 II. Méthodologie... 8 A. Cadre théorique... 8 1. Les concepts mobilisés... 8 2. Méthode d évaluation technico-économique... 9 B. Mise en œuvre du diagnostic... 11 1. L histoire agricole et le paysage... 11 2. L étude technico-économique des systèmes de production... 12 3. La restitution auprès des agriculteurs... 13 C. Contraintes et limites... 13 1. Le rythme de vie et les contraintes agricoles... 13 2. Les déplacements... 13 3. Le facteur humain... 14 4. Les limites de l étude... 14 III. Paysage et histoire agraire... 16 A. Paysage... 16 1. Le district de Tien Du, présentation générale... 16 2. Pédologie du district... 18 3. Occupation de l espace... 19 a) Habitat et aménagement hydraulique... 19 b) Utilisation des terres agricoles... 21 4. Zonage agro écologique du district... 23 B. L histoire agricole... 26 1. Avant 1960... 26 2. L ère collective, de 1960 à 1981... 26 a) La première vague, de 1960 à 1975... 26 b) La phase d expansion, de 1975 à 1981... 27 3. Le processus de libéralisation, de 1981 à nos jours... 28 a) L ébauche de la décollectivisation : la résolution 100... 28 b) Le glas des coopératives : le Doi Moi... 29 4. Le lait, une nouvelle production au Vietnam... 31 a) Les débuts de la production laitière nationale... 31 b) Les vaches laitières de Tien Du : introduction et organisation de la production... 33 C. Les exploitations agricoles du district : le résultat de l histoire agraire... 36 IV. Mise en valeur de l espace agricole... 40 A. Les systèmes de culture... 40 1. La double saison de riz : la base des systèmes de culture... 40 a) Technique culturale... 40 - I -
b) Efficacité économique... 44 2. Les cultures sèches annuelles... 45 a) Diversité des espèces cultivées... 45 b) Itinéraires techniques... 45 c) Comparaison des cultures sèches annuelles... 47 3. Les cultures pérennes... 49 4. Comparaison des systèmes de culture... 51 a) Les systèmes à base de riz... 51 b) Les systèmes de culture sans riz... 51 B. Les systèmes d élevage... 53 1. Les bovins et bubalins... 53 a) Ressources fourragères... 53 b) L élevage bubalin, un élevage en perte de vitesse... 53 c) L élevage bovin pour le travail... 54 d) L élevage bovin laitier... 54 2. Les porcins... 57 a) Les porcs charcutiers... 57 b) Les truies... 57 3. Les petits élevages... 58 a) L aviculture... 58 b) La pisciculture... 59 4. Analyse comparative des systèmes d élevage... 59 C. Les systèmes de production... 61 1. Présentation... 61 a) Deux exemples de systèmes de production diversifiés... 61 b) Deux systèmes de production laitière... 63 c) Quelques compléments... 68 2. Modélisation... 68 V. Discussion... 71 A. Des systèmes de production intégrés au sein de leur environnement et de systèmes d activité... 71 1. Situation du district... 71 2. Productivité de la terre et du travail... 73 3. Les activités extra agricoles : des systèmes de production aux systèmes d activité... 75 1. De nouveaux éleveurs laitiers?... 77 2. La question du foncier : une inégalité géographique... 78 3. La question de l environnement : le biogaz?... 80 C. Le système VAC : une option pour l avenir?... 81 1. Présentation d un système VAC... 81 2. Efficacité économique... 81 Conclusion... 83 Bibliographie... 84 Annexes... 88 - II -
Résumé Cette étude a été menée dans le district de Tien Du, en périphérie de Hanoi, dans le cadre du projet Dialogs. Ce projet, mené par un consortium d ONG avec le Gret comme chef de file, a pour objectif de favoriser les organisations paysannes. Dans le district de Tien Du, l ONG Afdi Haute Normandie est en charge de l élevage laitier, en pleine expansion depuis 1995. Un diagnostic agraire dans cette zone doit permettre de mettre en évidence les dynamiques agricoles en jeu ainsi que d analyser la situation actuelle. En effet, l augmentation de l élevage laitier dans le district va dans le sens du Plan National Laitier mais soulève de nombreuses questions, en particulier quant à l environnement. L agriculture de Tien Du reste basée sur la riziculture, mais une différenciation importante des exploitations familiales s est produite depuis la fin de la période des coopératives (1960-1981). Alors que certaines exploitations se sont surtout centrées sur les cultures, d autres se sont orientées sur les activités d élevage, parfois avec la mise en place d un atelier d élevage laitier. De plus, de part la localisation périurbaine du district, la place des activités extra agricoles au sein des exploitations ne cesse d augmenter. Ainsi dans certaines exploitations, l activité extérieure occupe une place primordiale dans l économie familiale, au détriment de l agriculture. La contrainte majeure pour l agriculture dans le district est l accès au foncier. En effet, avec une densité de population de 1 200 habitants/km 2, les surfaces par personne sont limitées. Or si l élevage laitier permet de dégager un revenu régulier par la vente du lait, il demande en revanche une surface plus importante du fait des cultures fourragères nécessaires. Dans l optique du développement de la production laitière souhaité par les autorités du district, cette étude met en avant les avantages et contraintes du district. Le potentiel laitier du district, l organisation de la production laitière si le cheptel laitier augmente, l intégration de cette production dans une dynamique de diversification, la garantie d un revenu stable pour les éleveurs laitiers, ceci sont autant de questions et de pistes de réflexion permettant de mener de nouvelles actions dans le district de Tien Du. Mots clefs : Élevage; bovin lait; structure d exploitation agricole; structure de production; système de culture; méthode d élevage; exploitation agricole familiale; enquête sur exploitations agricoles; Viet Nam Fleuve Rouge; Bac Ninh. - III -
Summary This study was realized in the Tien Du district, close to Hanoi, within the Dialogs project. This project has been undertaken by various NGOs, the Gret in charge. Its goals are to promote farmers organizations. In the Tien Du district, the NGO Afdi Haute Normandie is in charge of dairy production, a fast-growing sector since 1995. An agrarian diagnostic assessment in this area will present the agricultural dynamics as well as analyze the current situation. Indeed, the increase in dairy livestock in the district is in the strict accordance with the national dairy plan, but raises some important questions particularly with regard to the environment. Tien Du s agriculture is still based on rice cropping but some major differences appeared between the farming systems after the collective period (1960-1981). Whereas some systems turned towards crops, others developed breeding activities, such as dairy cows. Furthermore, due to the proximity of Hanoi, extra agricultural activities play an increasing role. Therefore, in some systems, these activities are essential to the family s economy, to the detriment of agriculture. The major agricultural constraint in the district is land access. With 1 200 inhabitants/km 2, little land is available per capita. However, even though a good income can be obtained with dairy production, this activity requires more land than other breeding activities, due to fodder growing. It is the local authorities intention to develop dairy production and this study highlights the district s advantages and constraints relating to it. The dairy capacity of the district, the organization of dairy production linked with the potential increase in dairy livestock, the integration of this production within a process of diversification, the promise of a stable income for milk producers, all of these are issues which remain to be considered in order to develop further actions in the district of Tien Du. Keywords: animal husbandry ; dairy cattle ; farming system ; production system ; cropping system ; animal husbandry methods ; family farms ; farm surveys ; Vietnam Red River ; Bac Ninh. - IV -
INTRODUCTION Après 30 années de guerre, le Vietnam a obtenu son indépendance en 1975 et s est progressivement fait une place au niveau mondial. Après avoir atteint l autosuffisance alimentaire, au prix de nombreuses réformes, le pays est même devenu exportateur de riz dès 1989. Le commerce s est développé, le secteur industriel a pris de l importance, mais l agriculture reste un des piliers de l économie nationale. Néanmoins, celle-ci s est modifiée au fil des années. Bien que la riziculture reste primordiale, de nouvelles productions se sont mises en place ces dernières années, et parmi elles la production laitière. Le lait n est pas un aliment traditionnel au Vietnam et l expansion de cette production ne date que du début des années 80. Bien qu elle soit plus présente au sud du pays, la production laitière existe aussi au nord. Ainsi dans le district de Tien Du, au nord est de Hanoi, l élevage laitier est présent depuis 1995. Il a connu depuis un développement important. Dans cette zone, l ONG Afdi Haute Normandie travaille depuis 1998 avec les éleveurs, leur fournissant des conseils techniques et aidant à l organisation de la production. En 2003, l Afdi HN se joint au Gret au sein du projet Dialogs pour continuer le travail dans le district. Mais le contexte du district en 2004 n est plus le même, avec 5 fois plus d éleveurs laitiers qu en 1995, et une présence de plus en plus importante des industries. Afin de pouvoir cibler leurs actions, mais aussi de mieux comprendre les réalités du terrain, ces deux ONG ont fait la demande d un diagnostic agraire. Après une introduction au contexte dans lequel ce diagnostic s est déroulé et à la définition de la problématique, la méthode mise en œuvre est explicitée. La deuxième partie décrit tant le paysage du district que son histoire agricole. Dans une troisième partie, ce document présente à la fois les systèmes de culture et les systèmes d élevage du district, et ce afin de pouvoir analyser les systèmes de production identifiés. L extrapolation des résultats consiste en une modélisation de ceux-ci afin de pouvoir, dans une quatrième partie, les comparer, tant sur le plan de leur fonctionnement agricole que de leurs résultats économiques. Enfin, dans une dernière partie, ce document lance quelques pistes de réflexion et ouvre la discussion quant au devenir de l agriculture, et plus spécifiquement de l élevage laitier dans le district de Tien Du. 1
I. CONTEXTE ET PROBLEMATIQUE DU STAGE A. LA ZONE D ETUDE 1. Le Vietnam, au cœur de l Asie du Sud Est a) Géographie Le Vietnam occupe une position centrale en Asie du Sud Est. Pays frontalier de la Chine, du Laos, et du Cambodge (figure 1) d une superficie totale de 331 000 km 2, il est divisé en trois régions administratives : le Nord, le Centre et le Sud. La province de Bac Ninh, à laquelle appartient le district de Tien Du, lieu du stage, est située dans la région Nord. Les collines et montagnes représentent les trois quarts du Vietnam. Le territoire Vietnamien est quadrillé par des milliers de cours d'eau de petites et grandes dimensions. Les deux systèmes de cours d'eau importants sont le Fleuve Rouge au Nord et le Mékong au Sud, débouchant sur la mer de Chine en deux grands deltas : Le delta du Fleuve Rouge (plaine du Bac Bo), d'une superficie d'environ 15 000 km 2 est formé d'alluvions charriées par le Fleuve Rouge et le Fleuve Thai Binh. Le district de Tien Du appartient à cet ensemble. Le delta du Mékong (plaine du Nam Bo), d'une superficie de quelque 36 000km 2 est le plus grand grenier à riz du pays. De part sa localisation géographique, le Vietnam se trouve régit par un climat de mousson, mais certains endroits proches du tropique du Cancer et les régions d'altitude ont un climat tempéré. Les températures moyennes annuelles sont de 22 à 27ºC et on distingue deux saisons : la saison sèche et froide (de novembre à avril) et la saison chaude et pluvieuse (de mai à octobre), ainsi que le montre la figure 2. b) Population Le Vietnam compte plus de 82 millions d habitants, ce qui le place au 13 e rang mondial et au 2 e pour l Asie du Sud Est. Bien que la densité moyenne de population soit de 240 habitants au km 2, cela recouvre une grande diversité de situations : de moins de 80 habitants/km 2 pour les montagnes du Nord Ouest à 1 100 habitants/km 2 dans le delta du Fleuve Rouge. 86% de la population est de l ethnie Viêt, les 14% restants appartenant à 53 ethnies «minoritaires». Les deux deltas sont majoritairement peuplés de Viêt, les ethnies se trouvant surtout dans les zones de montagne. La population est principalement rurale avec un taux d urbanisation de 24,5% en 2004. c) Économie et politique Le produit intérieur brut du Vietnam se compose à 23 % des produits de l agriculture, 38,5 % des industries et 38,5 % des services (selon les statistiques de la Banque Mondiale de 2002). Le niveau de vie de la population diffère grandement entre le milieu urbain et le milieu rural : il existe un rapport de un à huit entre les revenus urbains et ruraux (Delalande, 2000). Au sein du monde rural, les deltas sont plus riches et développés que les zones de montagne. Le PIB par tête est aussi plus élevé au Sud qu au Nord. 2
Province de Bac Ninh Figure 1 Carte administrative du Vietnam (source : http://www.populationdata.net/cartes) 3
400 35 350 30 300 25 mm d'eau 250 200 150 20 15 degré Celsius 100 10 50 5 0 Jan Fev Mar Avr Mai Juin Juil Août Sep Oct Nov Dec 0 Pluviométrie moyenne (mm) Température moyenne (degré celsius) Figure 2 Diagramme climatique pour Hanoi (source : http://www.asiaticatravel.com) Figure 3 Vue du district de Tien Du 4
Le Vietnam a rejoint l ASEAN (Association of South-East Asian Nations) en juillet 1995 et participe avec le Cambodge, le Laos, la Birmanie, la Thaïlande et la province chinoise du Yunnan au programme Great Mekong Subregion. En juillet 2003, le pays a du réduire ses tarifs douaniers et lever ses barrières non tarifaires dans le cadre de son intégration à la zone de libre échange du Sud Est asiatique (Asean Free Trade Agrement), prévue en 2006. Le pays est donc intégré dans l économie de la région, près de 70% de ses échanges commerciaux se faisant avec les pays d Asie Orientale et du Sud Est (Papin, 2003). B. CONTEXTE INSTITUTIONNEL ET PRODUCTION LAITIERE Le Gret est présent au Vietnam depuis 1988 et travaille en étroite collaboration avec divers partenaires, tant des Organisations Non Gouvernementales européennes que des institutions nationales. Le projet Dialogs (Développement Institutionnel et Associations Locales pour l Organisation et la Gestion de Services Collectifs) s inscrit dans cette dynamique. Il œuvre au renforcement institutionnel d organisations professionnelles et locales du nord Vietnam dans les domaines de la santé humaine, de l agriculture et de l élevage et intervient dans 6 provinces et 11 districts. Dans le domaine de l élevage, Dialogs a pour objectifs de renforcer les capacités techniques et organisationnelles des producteurs, d appuyer la structuration de filières agricoles adaptées aux conditions du marché et le développement de réseaux professionnels articulés aux services de l État, et enfin de favoriser la participation des organisations agricoles de base dans les instances décisionnelles locales de planification du développement agricole. Au sein du projet Dialogs, l ONG Agriculteurs Français et Développement International Haute Normandie (Afdi HN) est le partenaire du Gret en ce qui concerne l élevage laitier dans le district de Tien Du, province de Bac Ninh, dans le delta du Fleuve Rouge. L Afdi HN est une organisation qui s appuie sur les agriculteurs individuels, les techniciens agricoles et les organisations professionnelles agricoles. Elle favorise les échanges de paysan à paysan entre le Nord et le Sud. En collaboration avec l École Nationale Supérieure Agronomique (ENSA n o 1) et le Vietnam Agriculture Sciences Institute (VASI), l Afdi privilégie une approche filière : les actions concernent tant la formation et les conseils techniques que l appui à la commercialisation. Dans la dernière décennie, la consommation de produits laitiers par habitant au Vietnam a été multipliée par 16 et les producteurs laitiers sont actuellement capable de couvrir 10% des besoins en lait (tableau 1) de la population. Le gouvernement vietnamien souhaite développer une filière de production laitière nationale, et le Plan National Laitier de 2002-2010 (Décret Gouvernemental n o. 167/2001/TTg du 26 octobre 2001) fixe comme objectif un cheptel laitier national de 200 000 vaches, soit une production de 350 000 tonnes de lait sous 8 ans, ce qui représenterai 40% de la demande nationale. Année 1990 1995 2000 2001 Consommation en kg/habitant/an 0,47 2,05 6,50 7,50 Production totale en tonnes/an 12 000 17 000 54 000 64 000 Production laitière par habitant en 0,170 0,230 0,690 0,810 kg/habitant/an % de la demande nationale 36 11,2 11,6 10,4 Tableau 1 Données nationales sur la production laitière (source: Agroviet) 5
En 2002, le cheptel bovin national se composait de 3,8 millions de bovins locaux de race Jaune Vietnamienne ou Lai Sind, sans potentiel laitier ou à potentiel laitier faible (1 200 litres par lactation pour une vache Lai Sind), de 6 000 bovins laitiers exotiques à fort potentiel (4 000 litres par lactation) mais sensibles au climat et de 50 000 bovins croisés (de 3 000 à 3 500 litres par lactation). La race laitière utilisée est Holstein-Friesian en pur ou croisement avec des vaches Lai Sind. La principale région de production laitière du pays est le Sud, avec 76% du cheptel laitier national. Le Nord dispose de 20% du cheptel, principalement dans les exploitations de petite taille et familiales, à l inverse du Sud, où l on trouve de grandes unités de production modernes comprenant de 50 à 100 vaches laitières proche de Ho Chi Minh Ville. La production laitière reste peu importante dans les régions de collines et montagnes. En accord avec les objectifs nationaux, le district de Tien Du promeut et soutient l élevage laitier depuis 1995. L Afdi HN, en coopération avec l ENSA n o 1, le VASI et les autorités locales, a démarré un programme d aide à la production laitière en 1998, et le projet Dialogs s est mis en place dans le district en 2003. Durant la période de 1995 à 2004, le nombre d éleveur laitier du district est passé de 20 à 180 et on dénombre maintenant 682 bovins laitiers, vaches et génisses confondues (données de la Province de Bac Ninh). C. PROBLEMATIQUE DU STAGE Le projet Dialogs touche à sa fin, laquelle est prévue pour 2005. Dans cette optique, un diagnostic agraire de la situation du district de Tien Du doit permettre à l Afdi et au Gret de cibler les dernières actions à mener au sein du projet, mais aussi de proposer des actions pour l avenir. Il permet de rendre compte de la réalité paysanne et des dynamiques en œuvre au sein de la zone étudiée. Il doit aussi mettre en exergue les atouts et contraintes de cette région en fonction du thème étudié, l élevage laitier. Dans un contexte de forte pression démographique et urbaine, il est intéressant de déterminer quels seront les éleveurs laitiers de demain et d évaluer leurs besoins, afin réaliser des actions ciblées et efficaces. De plus, caractériser les éleveurs laitiers actuels permet de comprendre leur dynamique, leur trajectoire et d avancer des hypothèses quant à leur évolution. C est un aspect important pour le projet Dialogs car les actions engagées ont pour but, non seulement d aider et de conseiller les agriculteurs, mais aussi de maintenir un tissu social agricole et de lutter contre l exode rural, ce qui ne peut être mené à bien que par une connaissance fine de la situation. En outre, face à l augmentation du cheptel laitier du district de Tien Du, différentes questions se posent : La question des fourrages. La culture du riz reste vitale pour les paysans. Or il faut planter des herbes, des cultures sèches comme le maïs pour assurer l alimentation des vaches laitières. Quel est le potentiel fourrager du district face aux productions vivrières? Existe-t-il assez de surface disponible pour faire face à une future augmentation du cheptel? La saturation de l espace disponible n est-elle pas déjà atteinte? La question de l environnement. Le district de Tien Du est fortement urbanisé et proche de Hanoi. C est d ailleurs ce qui constitue un de ses points forts pour la production laitière, car la commercialisation en est facilitée. Mais se pose le problème du fumier. Où le répandre? Où le stocker? 6
La question de la capitalisation. L achat d une vache laitière suppose un gros effort d investissement. Comment les éleveurs laitiers actuels ont-ils pu réaliser cet investissement? Quelles sont les activités permettant la capitalisation? La question de la commercialisation. Pour l instant, la majeure partie du lait est livrée à l usine de Vinamilk. Mais cela ne représente qu une faible partie du lait utilisé par cette usine. Est-ce que les industriels seront toujours prêts à acheter du lait produit localement si le lait importé est moins cher? Sont-ils prêts à payer le lait à la qualité ce qui pousserait les éleveurs à produire «mieux»? De plus, la filière de commercialisation locale, avec des petits collecteurs, saura-t-elle faire face à un afflux plus important de lait? La question des politiques. Le district a toujours soutenu l élevage laitier, en fournissant des subventions, en organisant des formations et en assurant des services. Quelles seront les orientations futures du gouvernement? Quelles seront les actions menées en faveur de l élevage laitier? Les politiques vont-elles se concentrer sur une autre production jugée prioritaire ou stratégique? Quelles actions retrouve-t-on aux différents échelons de l administration (Province, District, communes)? 7
II. METHODOLOGIE A. CADRE THEORIQUE 1. Les concepts mobilisés Un diagnostic agraire permet d obtenir une vision globale d une région, mais aussi de comprendre les dynamiques agricoles en jeu. Il s agit d un outil de compréhension de l agriculture d une région. Le niveau d organisation le plus général de l agriculture dans une région est le système agraire. Il est défini par Mazoyer (1987) comme «un mode d exploitation du milieu historiquement constitué et durable, un système de force de production adapté aux conditions bioclimatiques d un espace donné et répondant aux conditions et besoins sociaux du moment». Au sein des systèmes agraires, nous trouvons des entités plus spécifiques, et tout d abord les systèmes de production. Ceux-ci correspondent à la combinaison des productions et facteurs de production dans l exploitation agricole. Néanmoins, afin de réaliser un diagnostic agraire, il importe de s intéresser aux éléments de base : les systèmes de culture et d élevage, composants importants des systèmes de production. Tout d abord le système de culture, qui se définit «pour une surface de terrain traitée de façon homogène, par les cultures pratiquées, leur ordre de succession et les itinéraires techniques (combinaison logique et ordonnée des techniques culturales) mis en œuvre» (Gras, 1990). Quant aux systèmes d élevage, Landais (1992) les définit comme «un ensemble d éléments en interaction dynamique organisé par l homme en vue de valoriser des ressources par l intermédiaire d animaux domestiques pour en obtenir des productions variées ou pour répondre à d autres objectifs». Mais ces deux sous ensembles ne suffisent pas à définir la complexité des systèmes de production. En effet, celui-ci n est pas la simple association de systèmes de culture et d élevage, mais il correspond à l interaction des sous systèmes avec des facteurs extérieurs. Il s agit bien d un système ouvert, intégré dans son environnement, tant agricole qu économique. Le diagnostic agricole se base sur des entretiens et enquêtes auprès des paysans mais le traitement des données permet de sortir du cas particulier de l exploitant enquêté, d extrapoler les résultats et de construire une typologie. Cet effort d abstraction permet de présenter la situation de façon synthétique, de tester les hypothèses élaborées au préalable ainsi qu au cours du diagnostic. Cela permet aussi de proposer des pistes de réflexion au vu de la problématique abordée. 8
2. Méthode d évaluation technico-économique Afin de pouvoir comprendre et comparer les sous systèmes des différents types mis en évidence, nous avons calculé les valeurs ajoutées brutes par sao (unité de surface vietnamienne correspondant à 360 m 2 ) et par jour de travail : La productivité de la terre (richesse dégagée par sao) soit VAB/sao=PB/sao - CI/sao avec PB/sao le produit brut par sao, c est-à-dire la quantité produite (vendue ou autoconsommée) par sao x prix unitaire et CI/sao les consommations intermédiaires, les intrants consommés par sao La productivité du travail, VAB/jW, richesse dégagée par jour de travail nécessaire à cette production. Dans le cas du Delta du Fleuve Rouge, et plus particulièrement du district de Tien Du avec une densité de population de 1 200 hab/km 2, le facteur limitant étant la terre, la productivité de la terre est un premier élément de comparaison et d analyse des systèmes rencontrés. La comparaison des systèmes de production fait appel à un autre indicateur, le revenu agricole familial (figure 4). Celui-ci se base sur les VAB des diverses composantes du système de production étudié. Leur somme donne la VAB du système à laquelle il faut alors soustraire les amortissements du capital fixe Am, obtenus en divisant la valeur des équipements nécessaire à la production par leur durée de vie utile. Cet amortissement est à distinguer de l amortissement comptable car il ne représente pas une provision pour le renouvellement du matériel. La valeur obtenue est la valeur ajoutée nette (VAN). Il faut alors retirer d autres frais : les taxes et impôts Im prélevés par l État (ce qui correspond aux taxes agricoles pour les paysans de notre zone d étude, principalement les frais hydrauliques), la rente foncière versée aux propriétaires fonciers Rf (cas pour un type de notre typologie), les salaires Sal pour la main d œuvre extérieure (rare dans notre zone d étude) et les intérêts bancaires Int lorsqu il y a eut crédit (cas rencontré surtout pour les éleveurs laitiers). Raf = VAB Am Im Rf Sal Int Le revenu agricole est comparé au seuil de survie afin de déterminer si l activité agricole permet à l exploitant de vivre. Le seuil de survie est le revenu minimum qu un actif doit dégager de son exploitation pour assurer sa survie et celle de ses dépendants. Pour le district de Tien Du, nous avons calculé un seuil de survie de 5 millions de dôngs par an par actif avec un dépendant à charge (détail du calcul en annexe). Le seuil de pauvreté officiel est de 200 000 dôngs/mois/personne, soit 2,4 millions de dôngs par an. De plus, du fait de la présence d usines, mais aussi de la proximité d Hanoi, il existe un coût d opportunité de la main d œuvre : un actif a la possibilité de travailler hors agriculture. Comparer un revenu moyen ouvrier au revenu agricole peut permettre de mettre en avant les systèmes les plus à même de maintenir un tissu rural et une agriculture dans le district. Un revenu ouvrier moyen s élève à 1 million de dong par mois. À ce stade, il ne faut pas négliger le rôle souvent important des activités extra agricoles. Celles-ci sont très variées dans notre District, et présentes dans un grand nombre de systèmes de production. Il est aussi intéressant de comparer les productivités de la terre et du travail pour les modèles étudiés. 9
Produits vendus Produits autoconsommés Produit brut = Productions x Prix PB consommations intermédiaires = Valeur ajoutée brute VAB Amortissements = Valeur ajoutée nette Semences Engrais Insecticides, herbicides, fongicides Frais vétérinaires Outillage manuel et mécanique Bâtiments d exploitation Animaux de trait Plantation VAN - Rentes foncières Payés au propriétaire - Taxes et impôts Payés à l État - Intérêts sur les prêts Payés aux banques et prêteurs usuriers - Salaires ouvriers temporaires ou permanents (charges sociales comprises) + Subventions directes = Revenu agricole familial (Raf) Figure 4 Les différentes étapes de calcul du revenu agricole familial (Benkahla, Ferraton et Bainville, 2003) 10
La phase finale de l étape économique est la construction de modèles. Les types mis en évidence et caractérisés lors des phases précédentes sont représentés sous forme graphique. Il convient de ramener toutes les données chiffrées par actif afin de pouvoir réaliser des comparaisons pertinentes. Cette phase d extrapolation permet d avoir une vue d ensemble de la situation agricole de la zone d étude et de lancer des pistes de réflexion quant aux actions pertinentes à mener. B. MISE EN ŒUVRE DU DIAGNOSTIC Le stage se déroule du 9 avril au 25 août, avec une phase de terrain du 26 avril au 23 juillet, soit 3 mois. Nous avons discuté de l avancée du travail à plusieurs reprises avec Denis Ripoche et Damien Thibault (coordinateur du projet et représentant du Gret au Vietnam). Avec une autre stagiaire du CNEARC travaillant sur le même sujet dans la province de Thai Binh, nous avons échangé des informations et mené une partie de la réflexion en commun. De plus, tout au long du travail, nous avons sollicité les membres vietnamiens de l équipe du projet, basés à Lim. Une présentation du travail sur le terrain a été organisée en fin de stage. 1. L histoire agricole et le paysage Les premiers contacts avec le terrain ont consisté en des présentations aux autorités : district (sous-chef du bureau administratif du district), présidents ou viceprésidents de Comité Populaire et chefs de la police. Chaque commune était libre d autoriser ou non notre présence. Une fois les autorisations nécessaires obtenues, une journée entière est consacrée à la lecture du paysage, puis cela se poursuit lors des trajets dans les différentes communes. Cette phase de lecture du paysage n est pas à négliger car elle soulève souvent beaucoup d interrogations quant à l utilisation du sol et permet d éviter des questions injustifiées, inadaptées lors des entretiens. De plus, connaître l environnement des paysans, leur cadre de vie facilite les échanges et permettre de situer facilement les localités et endroits auxquels ils peuvent faire référence. Les premiers entretiens ont servi de rodage au guide d entretien élaboré lors de la première phase. De plus, il faut adapter et orienter les questions sur certains sujets en fonction de la personne interrogée. Ces entretiens menés au hasard des rencontres dans toutes les communes du District ont permis d appréhender la diversité de l agriculture de la région et son histoire agricole. Il est important de connaître l histoire agricole de la zone d étude car elle est en relation directe avec la situation actuelle : le système agraire de Tien Du est issu de l histoire agricole nationale et locale. On ne peut comprendre la logique des systèmes de production actuels si on ne connaît pas leur passé et leur évolution. Lors de cette phase, 81 agriculteurs ont été interrogés, parmi lesquels 17 éleveurs laitiers. Un panorama large et varié a été obtenu, les cas rencontrés variant d une quasi spécialisation dans la culture du riz (pas de production sèche, peu d élevage) à une grande diversité de production, associée à de la transformation et des activités extra agricoles. 44 foyers ont un revenu extra agricole, soit par une activité extra agricole (maçon, menuisier ), soit grâce à de la transformation de produits agricoles ou à un service agricole (location de matériel, vente d intrant, service de décorticage). 5 systèmes VAC ont été enquêtés, dont 3 élevaient des vaches laitières. On trouve aussi un élevage spécialisé dans les poules pondeuses, une exploitation spécialisée dans les volailles (caille, canard de Barbarie et poulet) et 2 collecteurs laitiers. 11
Les entretiens sont traités le soir et leur analyse fait apparaître de nouvelles questions qui viennent enrichir le guide d entretien. À l issue de cette phase, la région étudiée a été divisée en zones délimitées en tenant compte à la fois de la lecture du paysage, c est-à-dire des éléments directement observables (route, géographie ), et du panorama de l agriculture obtenu par entretien. L évolution des systèmes de production a permis de construire une première typologie rendant compte de la situation actuelle. 2. L étude technico-économique des systèmes de production La construction de la typologie n est que le premier pas vers la compréhension de l agriculture du District. Lors de cette deuxième phase, après la découverte de l agriculture, il s agit de comprendre le fonctionnement technique des divers ateliers mis en évidence précédemment. Pour cela, 39 personnes sont interrogées, dont 19 éleveurs laitiers, un vétérinaire spécialisé dans les vaches laitières et un inséminateur. Les entretiens sont semi directifs, des exemples sont en annexe. En général, deux à trois ateliers sont étudiés par exploitation. Pour les éleveurs laitiers, l atelier lait a toujours été traité, puis les cultures destinées aux vaches laitières (maïs, herbe à éléphant). Pour les cultures, nous avons réalisé : 12 entretiens sur le riz, 6 sur le maïs, 3 sur le soja, 5 sur l arachide, 5 sur l herbe à éléphant et 7 sur les autres cultures comme les légumes. Pour l élevage, en plus des 20 entretiens sur l élevage laitier, il a été réalisé : 7 questionnaires sur les porcs à l engrais, 10 sur les truies, 5 sur les vaches locales, 3 sur les buffles, 6 sur la pisciculture et 6 pour la volaille. Les données économiques sont issues à la fois des entretiens avec les paysans et des entretiens avec les autorités locales (district et Comités Populaires). Lors des visites aux Comités Populaires, nous avons rencontré soit le vulgarisateur agricole, soit un cadre du cadastre, soit le Président, parfois aussi plusieurs de ces personnes à la fois. Les questions ont alors porté aussi sur : Le foncier : surface agricole totale, surface de chaque type de terre (haute, moyenne, basse, alluvion), qualité de la terre (argileuse, sablonneuse) Les cultures : les cultures menées sur chaque type de terre et les raisons (hydrauliques, pédologiques, autres), les productions sèches principales. L élevage : taille du cheptel bovin, bubalin et porcin, type d élevage principal dans la commune (porcs à l engrais ou truie) et taille (combien de foyers élèvent plus de 30 porcs ou de 5 truies). Les activités : importance des activités extra agricoles, des activités de transformation. Orientations politiques : les objectifs de la commune au niveau agricole, les projets en cours. Des données générales concernant le district sont obtenues auprès du Bureau du Recensement de Tien Du. À l issue de cette phase, la typologie est finalisée. Les systèmes de culture et d élevage sont décrits et les modèles élaborés. Ceux-ci sont une représentation synthétique de la réalité. C est à partir de l étude de ces modèles qu il est possible de 12
répondre aux questions initiales de la problématique et peut-être d en soulever d autres. 3. La restitution auprès des agriculteurs Le travail effectué pendant 4 mois doit être restitué aux agriculteurs afin de recueillir leurs réactions. Cette présentation suivie d un débat offre la possibilité aux agriculteurs de s exprimer sur le travail accompli et de présenter leur point de vue, leur vision de l agriculture du district. De plus, la présence des autorités lors de cette réunion est une occasion de faire remonter dans la hiérarchie les questions des agriculteurs ainsi que les conclusions du diagnostic. C. CONTRAINTES ET LIMITES 1. Le rythme de vie et les contraintes agricoles Mener des entretiens avec des paysans implique qu il faut suivre leur rythme de vie et de travail. La journée est rythmée par les repas et la sieste, qui sont à heures fixes. La majorité des entretiens étant conduits auprès des femmes (ce sont elles qui sont le plus souvent en charge des activités agricoles), il faut tenir compte du fait qu elles doivent préparer les repas en plus de leurs autres activités et donc ne pas poursuivre les entretiens au-delà de 11 heures du matin et après 17 heures. La sieste est plus longue lorsqu il fait chaud, soit dès le mois de juin, les paysans commençant leur journée plus tôt, et il est extrêmement mal vu de se présenter pendant cette période de repos. De plus, juin et juillet sont des mois très occupés du fait tout d abord de la récolte du soja, puis de la récolte du riz et de l arachide et enfin de la récolte du maïs. La préparation du sol des pépinières, le semis et le repiquage du riz suivent de peu. Or c est aussi à cette période que nous commençons les entretiens technicoéconomiques, qui se révèlent longs : il faut compter au moins une heure et demi à deux heures pour la culture du riz, la même durée pour l élevage laitier et entre une heure et une heure et demi pour les autres ateliers d élevage ou de culture. S il était donc possible de réaliser un grand nombre d enquêtes (jusqu à 7 par jour) lors des mois d avril et mai, cela s est avéré difficile en juin et juillet, où les journées comptent en général 2 à 3 entretiens, chacun abordant deux à trois ateliers différents. 2. Les déplacements Les déplacements se font à moto. La commune la plus lointaine du lieu de résidence (à 12 kilomètres) est accessible en 15 minutes par une route goudronnée. Mais certaines communes ne disposent pas de telles routes, ce qui les rend plus difficile d accès. Il faut alors compter 15 minutes pour parcourir 4 kilomètres par la digue en terre. Les trajets les plus longs ne sont donc pas pour se rendre dans les communes les plus lointaines. De plus, par temps de pluie, les chemins en terre se révèlent dangereux et glissants. Il nous a ainsi été impossible de nous rendre dans deux communes de bord de fleuve suite à des pluies incessantes pendant une semaine en juillet. 13
3. Le facteur humain Notre arrivée dans un village cause toujours une grande agitation qui n est pas toujours propice à des entretiens. Les paysans vietnamiens sont en général timides, surtout les femmes qui représentent la majorité des personnes rencontrées. De plus, nous restons des étrangers et les paysans ne se livrent pas aisément. L autorisation du District nous a simplifié les choses et ouverts des portes dans certaines communes. Cela rassure les gens. Aborder les questions historiques est difficile. Les gens ne parlent pas facilement de la collectivisation et à la question «alors l agriculture, quels changements?», les réponses portent sur l amélioration des rendements rizicoles et l introduction des nouvelles variétés de riz. Certains paysans sont plus habitués aux étrangers : ce sont les éleveurs laitiers qui travaillent avec l Afdi HN depuis près de 8 ans. Certains étant par ailleurs d anciens membres de la coopérative, d anciens membres de la commune et parfois des chefs de village, les aspects délicats sont donc traités avec eux. Enfin, les questions trop générales et ouvertes déstabilisent les interlocuteurs, plus habitués à des sondages et à des enquêtes très directifs. 4. Les limites de l étude Un biais important est apparu au cours de notre travail de terrain. Bien que nous tentions de ne pas nous présenter comme membres du projet Dialogs, les paysans nous considéraient comme tel. Cela nous a permis de rencontrer plus de personnes car cette étiquette nous donnait une légitimité. Mais les agriculteurs nous donnaient parfois des données théoriques (par exemple les rendements, les soins aux vaches ou l utilisation des engrais) correspondant à ce que préconise le projet. Le deuxième biais, inévitable, est lié à la traduction et au vocabulaire paysan. Par exemple, pour connaître les élevages au sein d une exploitation, il faut préciser les animaux, faire une liste car le paysan ne considère pas les volailles et les poissons comme un atelier d élevage. De plus, l obtention de certaines données a posé problème. Ainsi, les taxes sont calculées en fonction de la surface et les paysans ne voulaient pas toujours nous livrer cette information, ou alors cela changeait entre deux visites. La compréhension de l utilisation des sols et des successions culturales s est aussi avérée parfois délicate. Nombre de paysans suivent les directives de la coopérative agricole, suivent des conventions et des accords au sein du hameau mais ne le disent pas ouvertement. Enfin, un nombre limité d agriculteurs a été interrogé au cours du travail de diagnostic agraire. Il ne s agit donc pas d une étude exhaustive de l agriculture du district de Tien Du. Des études complémentaires précises dans certaines communes (par exemple les communes où l élevage laitier est présent) pourraient affiner la connaissance des logiques paysannes et de l évolution des systèmes de production. Avant de nous intéresser à l agriculture et l utilisation des ressources présentes, il convient de comprendre l organisation du milieu ainsi que les contraintes inhérentes tant au milieu naturel qu à l organisation humaine. Pour cela, nous allons procéder à une lecture du paysage puis à une analyse de l histoire agraire de la zone étudiée. 14
District de Tien Du Figure 5 Carte de la Province de Bac Ninh et localisation du district de Tien Du (source : Viet Nam administrative atlas) 15
III. PAYSAGE ET HISTOIRE AGRAIRE A. PAYSAGE 1. Le district de Tien Du, présentation générale Frontalière d Hanoi, la province de Bac Ninh est traversée par le fleuve Duong et comporte 8 districts, dont le district de Tien Du à l ouest (figure 5). Situé à 25 kilomètres au nord de Hanoi, le district est divisé en 16 unités administratives (15 communes et un chef lieu, Lim). Il est traversé par deux routes nationales, une autoroute et une voie de chemin de fer. L habitat est regroupé et dense : 131 118 habitants (recensement de 2003) pour une superficie totale de 10 847,4 hectares soit 1 200 habitants/ km 2. La surface agricole totale est de 6 898,21 hectares, soit 526 m 2 par habitant en moyenne. La majorité de la population est rurale, le centre administratif du district ne comptant que 12% des habitants (source : bureau du recensement du district de Tien Du, 2004). D une topographie majoritairement plane, Tien Du dispose de 290 hectares de collines (hauteur maximale de quelques mètres). Les sols du district dont divisés en deux grandes catégories : les terres dedans (protégées par la digue) et les terres d alluvion qui sont inondées par le fleuve Duong toutes les années. Ces dernières représentent 330 hectares. Le système d irrigation et de drainage permet de mettre en valeur les terres dedans. L organisation du système d irrigation est schématisée dans la figure 6. À partir d un canal principal longeant la digue, des stations de pompage alimentent les canaux secondaires. Un système de vanne permet le cloisonnement entre les canaux secondaires et le canal primaire, alimenté directement du fleuve. Les canaux tertiaires permettent d apporter l eau aux parcelles. La gestion des canaux primaires et des stations de pompage principales est du ressort des provinces alors que les canaux secondaires et tertiaires ainsi que les stations de pompage secondaires sont gérés au niveau des communes. Les stations assurent à la fois le pompage dans le canal primaire pour assurer l approvisionnement en eau que le pompage dans les canaux secondaires pour permettre le drainage des parcelles lors de la saison de pluies. Traditionnellement agricole, le district de Tien Du développe depuis quelques années son secteur secondaire et tertiaire ainsi que le présente le tableau 2. 1995 2000 Agriculture 65,8% 59,7% Industrie et construction 11,9 % 17,2% Commerce et services 2,3% 23,1% Tableau 2 Part des différents secteurs dans l'économie de Tien Du (source : bureau du recensement du district de Tien Du) 16
Canaux secondaires Station de pompage secondaire Station de pompage principale Canaux tertiaires Digue Fleuve Canal primaire Figure 6 Organisation du système d'irrigation Figure 7 Un exemple de canal d'irrigation, commune de Canh Hung Présidence de l Etat Assemblée Nationale Comité permanent Etat Gouvernement Cour populaire suprême Parquet populaire suprême Provinces Comité populaire Conseil populaire Tribunal populaire Parquet populaire Districts Comité populaire Conseil populaire Tribunal populaire Parquet populaire Communes Hameaux Blocs Comité populaire Chef de hameau Conseil populaire contrôle dirige Figure 8 L'organisation de l'appareil d'état depuis la Constitution d'avril 1992 (source: Papin 2003) 17
La structure de la production agricole est aussi en changement avec un net développement de l élevage (tableau 3). 2000 2001 2002 2003 Culture 66,1% 64,3% 63% 64% Élevage 27,5% 29,1% 33,7% 33% Services agricoles 6,5% 6,5% 3,3% 3% Tableau 3 Structure de la production agricole (source : bureau du recensement du district de Tien Du) Chaque commune est composée d un nombre variable de hameaux, comprenant eux-mêmes des blocs. À chaque échelon administratif correspond une structure de l appareil de l État, comme présenté dans la figure 8. À ceci se rajoutent les instances du Parti Communiste, présentes à tous les niveaux. 2. Pédologie du district Les terres dedans sont divisées en trois types : Les terres hautes ou «van cao» Les terres moyenne ou «van thap» Les terres basses ou «van trung» La structure géologique du district de Tien Du est essentiellement constituée d alluvions, les collines étant sur base schisteuse. Les alluvions sont de type sablo argileux ou argilo sableux, la granulométrie dépendant des conditions de dépôt, ainsi que de l époque. La pédologie du district est directement liée aux caractéristiques géologiques. Nous retrouvons une grande diversité de sols, de granulométrie variable. De plus, l altitude relative des divers sols influe sur l hydrologie et donc, sur l évolution de ceuxci. Du fait de l endiguement des fleuves, l évolution des terres à l intérieur de la digue est bloquée. Nous pouvons toutefois distinguer deux grandes catégories pour les sols à l intérieur de la digue : 1. les sols peu évolués à hydromorphie permanente ou temporaire (gley ou pseudo-gley). Il s agit des sols inondés en saison des pluies, des terres basses. 2. les sols alluviaux non évolués sur alluvions récentes. Ces terres, en fonction de leurs conditions de drainage et d irrigation, servent à la riziculture ou aux productions sèches. La majorité des sols du district sont sablo argileux, avec une teneur plus ou moins importante en sable selon l éloignement du fleuve et la hauteur. Il faut néanmoins retenir que, lors des réformes agraires, les terres ont été aménagées et aplanies avec parfois apport de matériaux extérieurs. Les terres sont acides, demandant un chaulage régulier. Les collines ont des sols ferrallitiques peu épais. Ils sont acides et comportent peu de matière organique. Les berges du fleuve Duong sont argilo limoneuses. La fertilité des sols est directement corrélée avec leur teneur en argile, déterminant leur capacité d échange, mais aussi avec leur éloignement des villages. En effet, les habitants fertilisent plus abondamment les terres proches des habitations, surtout par apport de fumier. Les sols les plus hauts sont plus sableux, plus légers, que les sols bas ce qui les rend avantageux pour la culture des tubercules. Une terre basse 18
est définie comme basse si «après une pluie de 300 mm, la hauteur d eau y reste à un niveau compris entre 80 et 100 mm pendant au moins 3 jours» (Agriculture familiale et gestion des ressources du milieu dans le bassin du fleuve rouge, 1996). Du fait de ce drainage peu efficace, les terres basses ne sont pas mises en valeur lors des périodes de pluie et mousson. Les communes n ont pas toutes les mêmes capacités culturales du fait des différences entre les sols. Ainsi, une commune disposant d une majorité de terres basses argileuses aura peu de possibilité de développer les cultures sèches, contrairement à une commune disposant de nombreuses terres hautes plus sableuses. Les communes de bord de fleuve disposent en plus d une ressource particulière : les terres d alluvions inondables. 3. Occupation de l espace Comme nous l avons présenté précédemment, le district de Tien Du a deux caractéristiques géographiques principales : des collines en son centre et le fleuve Duong au Sud. Cela détermine structurellement un paysage contrasté. Les collines sont boisées en acacia et eucalyptus. Au Nord, une ligne ferroviaire traverse le district et longe une voie rapide très fréquentée. Une autre route importante passe à l est du district. a) Habitat et aménagement hydraulique L habitat est regroupé et dense. Les villages sont à l abri des crues du fleuve, derrière la digue, et souvent au pied de celle-ci pour les communes de berge. Pour toutes les autres communes, ou lorsque la digue est loin, les hameaux sont situés sur des terres hautes, ou au pied des collines. Ils sont le plus souvent le long des axes de communication. Les maisons sont isolées les unes des autres par des murs entourant les cours privées, jardins et bâtiments, tant d habitation que d élevage. Dans la cour, les foyers les plus aisés ont un puits privé, mais chaque hameau dispose d un puits commun. Les bâtiments d élevage (porcherie ou étable) font le plus souvent face à la maison. Le jardin est planté de légumes et d arbres fruitiers (bananiers le plus souvent). Les figures 9 et 10 présentent l organisation générale du paysage pour deux communes, l une disposant de berges de fleuve, l autre de collines. La paille de riz est stockée dans la cour, en meule. La volaille est libre dans les cours privées, mais aussi les rues des villages. De même, nous rencontrons parfois des truies et des porcs en train de fouir le sol à la recherche de nourriture aux abords des hameaux. Les bovins sont maintenus dans l étable ou sortis pour pâturer. Ils sont alors à la corde, au piquet ou surveillés suivant la localisation des pâtures. En effet, il n existe pas de parc, les pâtures principales étant les digues et diguettes, ainsi que les bords de route Le système d irrigation est développé dans les terres dedans et de nombreux canaux sont bétonnés. Les zones cultivées représentent la majorité des terres du district. Il y a peu de friche de longue durée, et certaines parcelles proches de hameaux sont laissées en eau afin de pouvoir pêcher et cultiver des légumes aquatiques, comme les liserons d eau.. 19
F L E U V E Terre d alluvion Arachide Maïs D I G U E Terre haute Riz Arachide Maïs Soja Herbe à éléphant Terre dedans Terre moyenne Riz Soja Terre basse Riz argile sable Figure 9 Transect d'une commune de bord de fleuve Colline Manioc Fruitiers Acacias, eucalyptus Terre haute Riz Arachide Maïs Soja Herbe à éléphant Terre moyenne Riz soja Terre basse Riz argile sable Figure 10 Transect d'une commune de colline 20
b) Utilisation des terres agricoles Les parcelles agricoles ne sont pas encloses, les seules divisions apparentes sont les digues et diguettes. Ce sont aussi parfois les seuls moyens d accès aux parcelles, en particulier pour les plus éloignées des canaux d irrigation. La densité des arbres diminue en s éloignant des hameaux. Lorsqu ils ne sont pas plantés dans les cours et hameaux, les arbres sont le long des routes principales. Les fruitiers sont aussi plantés autour des mares. Les terres ne sont pas mises en valeur de la même façon suivant leur nature et suivant la logique de l exploitant. De ce fait, les terres d alluvion, situées hors digue, ne sont jamais cultivées en riz, suite à l absence de tout système d irrigation. De plus, lors de la saison des pluies, ces terres sont recouvertes par la crue et donc ne sont plus cultivées. Quant aux terres dedans, il existe une certaine hétérogénéité topographique se caractérisant par une grande diversité de culture. La figure 11 présente la mise en valeur des terres agricoles pour une commune en fonction des saisons. En ce qui concerne les terres dedans, nous pouvons différencier lors de la première saison, saison d hiver printemps, les terres qui sont cultivées en «culture sèche» (maïs, soja ou arachide) de celles qui sont cultivées en riz. Celles-ci sont plus basses et ont une terre plus argileuse que les premières. En deuxième saison, saison d été (période de mousson), certaines des terres précédemment en culture sèche sont alors exploitées en riz tandis que d autres restent en culture sèche. Nous notons une différence de niveau des parcelles, celles mises en valeur avec une double saison sèche étant plus hautes. Lors de la troisième saison de culture, d octobre à février, de nombreuses parcelles sont laissées en friche. Cela peut être du à divers facteurs. Tout d abord, les terres les plus basses sont peu drainantes, et de plus, aucun aménagement n a été réalisé dans ce sens. Suite aux pluies importantes de la mousson, elles ne sont pas cultivables avant deux mois. Il reste alors trop peu de temps pour faire une culture avant la première saison de riz. Ce cas est néanmoins de plus en plus rare, il ne concerne plus que 134 ha pour le district (2% de la surface agricole totale). D autre part, les activités extra agricoles se développant, les habitants de certaines communes ne cultivent pas de troisième saison, jugeant plus rentable de travailler à l extérieur. Enfin, la dernière raison est lié au système d irrigation et à la gestion de l eau : les parcelles d un même lot sont menées de façon homogène. Ainsi, si personne dans le lot ne fait de troisième saison, il n y a pas d approvisionnement en eau, donc personne ne peut planter. La coopérative d irrigation de la commune joue un rôle important dans cette gestion commune, ainsi que les comités populaires, qui incitent ou non les paysans à faire des cultures de troisième saison. 21
500 35 450 400 30 350 25 mmd'eau 300 250 200 20 15 degres celsisus pluviometrie (mm d'eau) temperature (degres) 150 10 100 50 5 0 janv. fev. mars av. mai juin juil. aout sep. oct. nov. dec. 0 1 e saison 2 e saison 3 e saison VAC VAC Légende VAC briqueterie Digue Hameaux Friche Pomme de terre Riz Arachide Soja Figure 11 Mise en valeur de l'espace agricole selon les saisons, cas de la commune de Canh Hung Maïs Herbe à éléphant 22
4. Zonage agro écologique du district Suite à l observation du paysage du district de Tien Du, nous sommes en mesure de différencier 6 zones, représentées sur la carte ci-contre (figure 12). Les critères retenus pour cela sont variés : utilisation des terres, activités extra agricoles, présence ou non de l élevage laitier, voies de communication, industrialisation La zone 1 regroupe trois communes situées le long de la route principale. La principale caractéristique de cette zone est une forte industrialisation, avec 2 zones industrielles, ainsi que de nombreux commerces. Les terres sont toutes à l intérieur de la digue. Comparativement aux autres communes du district, les foyers de ces communes sont plus nombreux à exercer une activité extra agricole (12% contre 6% au niveau du district, données du Bureau du recensement). Il s agit le plus souvent d une activité saisonnière, comme maçon en hiver à Hanoi, mais certains foyers ont développé une importante activité artisanale. Ceux-ci maintiennent encore le plus souvent quelques parcelles cultivées en riz, mais quelques uns louent toute leur terre pour se consacré entièrement à leur commerce. De plus, l installation des zones industrielles a entraîné une reprise des terres agricole, donc une diminution de la surface cultivée. L élevage est moins présent que dans le reste du district, avec principalement de l élevage de volaille et porcin. Au niveau des cultures, les productions sèches sont peu présentes, de nombreux habitants de cette zone n étant en effet pas disponible en saison sèche du fait de leur activité extérieure. La zone 2 se compose de deux communes éloignées l une de l autre, mais présentant les mêmes caractéristiques générales : ce sont deux communes de plaine, sans terre d alluvion ni de colline. Ces communes ont une économie tournée vers les districts limitrophes (Tu Son et Yen Phong). Les métiers traditionnels comme la fabrication de paniers en bambou ou le filage de la soie sont très présents. L élevage est très présent. L élevage porcin est développé, surtout dans la commune de Phu Lam, au nord, avec 10% des truies du district en 2001 (données du bureau du recensement du district). Pour comparaison, les trois communes de la première zone comptent 14% des truies à la même date. La zone 3 recouvre six communes. Leur principale caractéristique est la présence de collines (185,15 ha). Les terres des collines ne sont en effet que peu cultivées, avec quelques parcelles de manioc. L utilisation principale de ces terres est la sylviculture, avec des essences comme l eucalyptus et l acacia de Sydney. En effet, l état a décidé d un programme de reboisement des collines. Celles-ci portent aussi de rares fruitiers (litchi et longanes). Les dénominations paysannes pour les terres de colline sont «terre de pierre» pour les terres sylvicoles et «terre de sable» pour les terre mises en valeur par le manioc. D anciennes terrasses sont encore visibles par endroit, mais plus aucune ne sert actuellement. Cette large zone comprend aussi des élevages laitiers, les exploitations datant de 2000. Ainsi, en 2002, le cheptel bovin laitier de la zone s élevait à 116 têtes, soit 40% du total pour le district. 23
Zone 2 Nord Zone 1 Hanoi Zone 3 Zone 5 Zone 2 Zone 6 Zone 4 Figure 12 Zonage agro écologique du district de Tien Du Zone Surface Élevage Élevage Élevage Population agricole bovin bubalin porcin Ha % têtes % têtes % têtes % Habitants % Proportion de foyers avec une activité industrielle 1 1 550 15 327 4,6 42 7,1 9 025 15,8 25 710 19,6 9,3 % 2 1 394 13,5 842 11,8 146 24,8 10 221 17,8 23 069 17,6 2,4 % 3 3 705 36 2 473 34,8 192 32,6 24 318 42,4 45 010 34,4 4,4 % 4 1 205 12,5 1 610 22,6 50 8,5 5 649 9,8 12 596 9,6 2,6 % 5 1 810 17,5 1 025 14,5 153 26 6 346 11 18 712 14,3 2,3 % 6 597 5,5 830 11,7 6 1 1 891 3,2 5 943 4,5 0,8 % District 10 261 100 7 107 100 589 100 57 450 100 131 040 100 4,3 % Tableau 4 Caractéristiques des zones (source : bureau du recensement, 2004) 24
La zone 4 est caractérisée par une topographie plane et des terres d alluvions hors digue. Les deux communes considérées ont une surface agricole principalement en terre haute, propice à la production sèche. Ainsi, dans cette zone, certaines parcelles sont mises en valeur avec du maïs, de l arachide, du soja et de l herbe à éléphant («co voi», Pennisetum purpureum) toute l année. Les terres d alluvions sont cultivées en arachide ou soja au printemps, puis en maïs après la crue, en automne. Elles sont aussi utilisées par les briqueteries. L élevage est developpé, surtout au niveau des bovins de race Lai Sind (issue du croisement vache Jaune Vietnamienne x zébu Red Sindhi). Quant à l élevage laitier, c est dans cette zone qu il s est initialement installé en 1995 et en 2002, le cheptel laitier représentait 50% du cheptel laitier du district. Une autre zone de plaine est formée par deux communes au sud est du district. Cette zone 5 comprend la majorité des bubalins du district. La pisciculture est présente, marquée dans le paysage par de nombreuses mares et étangs. Le commerce est développé et une route passante traverse ces deux communes, les mettant en relation avec le reste de la province plus facilement qu avec le reste du district. Les parcelles sont essentiellement mises en valeur par la culture du riz, très peu sont en culture sèche du fait du faible pourcentage de terre haute de ces communes. Enfin, la zone 6 correspond à une seule commune. Ce qui caractérise celle-ci est son enclavement relatif : bordée par le fleuve au sud, la principale voie d accès à la commune est la digue, non goudronnée. Le commerce est peu développé et les hameaux moins modernes que dans les communes environnantes. Les briqueteries, présentes sur les terres d alluvions des communes limitrophes, ne se sont pas installées dans celle-ci. L élevage bubalin est quasi absent et l élevage bovin réduit. Les bovins sont avant tout des Jaunes Vietnamiens. Il n y a pas d élevage laitier, bien que toutes les communes riveraines en possèdent. Les cultures sont centrées sur le riz, avec peu de diversification vers les productions sèches. La paysage agricole actuel est aussi le fruit de l histoire agraire et des aménagements que l homme a pu mettre en place au fil du temps afin de tirer partie de son environnement et de produire les aliments nécessaires. 25
B. L HISTOIRE AGRICOLE L histoire agraire du district de Tien Du s inscrit dans celle plus générale du pays. Pour la compréhension de la situation actuelle, il n est pas nécessaire de remonter aux sources de l identité vietnamienne. Nous nous intéresserons uniquement aux 50 dernières années et plus particulièrement aux années de décollectivisation et de libéralisation. 1. Avant 1960 Lors de l accession du pays à l indépendance, en 1945, Ho Chi Minh diminue le prix des fermages de 25%, confisque les terres des colons et les alloue, ainsi que les terres communales, aux paysans pauvres et sans terre. Cela représente 12% de la surface cultivable (Delalande, 2000). L agriculture vietnamienne est alors une agriculture familiale, la terre est la propriété des paysans, même si des systèmes féodaux et des gros propriétaires existent. En 1954, Ho Chi Minh mène la première réforme agraire du pays. Le programme s appelle «De territoire à terre agricole». Les gros propriétaires sont expropriés, le système féodal aboli et la terre est répartie selon les besoins des familles. Le nombre de paysan sans terre diminue fortement. Des terres sont collectivisées afin d assurer l approvisionnement de l armée et des villes en produits agricoles à prix fixes. Les foyers paysans disposent de leurs propres moyens de production et sont autonomes quant au choix des cultures et élevages pratiqués. Ils mènent une petite production de subsistance et pour les marchés locaux en cas de surplus. Les systèmes de production sont organisés selon le principe de poly - culture et poly - élevage. L organisation principale de l agriculture est le système VAC. Il s agit d une association de trois ateliers : le potager ou «Vuon», l étang piscicole ou «Ao ca» et l élevage ou «Chan nuoi». Tous les foyers plantent du riz, mais la production est insuffisante pour nourrir la population. En effet, bien que la majorité des terres soient à l abri des inondations grâce à l endiguement du Fleuve Rouge, il n existe pas ou très peu de système d irrigation, aussi la majorité des terres sont mises en valeur uniquement par une saison de riz. Les rizières les plus basses, inondées en été, portent une récolte d hiver («récolte du cinquième mois») pendant laquelle l eau accumulée en été s évapore et assure ainsi l approvisionnement du la culture. Les rizières les plus hautes manquent d eau en hiver et ne portent donc qu une culture de riz en été («récolte du dixième mois»). Quant aux rizières intermédiaires, elles sont assez hautes pour ne pas être inondées en été, mais assez basses pour être irrigables manuellement grâce aux réserves des dépressions. Ces terres sont les seules à être mises en valeur par deux saisons culturales. 2. L ère collective, de 1960 à 1981 a) La première vague, de 1960 à 1975 L expérience de collectivisation de l agriculture vietnamienne débute en 1959 avec des coopératives de village, dites «coopératives de premier degré». Bien que la terre appartienne toujours aux individus, les cultures (surtout le riz, mais aussi quelques cultures commerciales) sont menées en commun et les coopératives redistribuent le riz produit aux foyers. Les intrants sont fournis par les coopératives, de même les semences. La production est gérée par des brigades de production, pour les opérations culturales du repiquage à la récolte. Les familles ont droit à 5% des terres 26
rizicoles en propre. Sur ces terres, tout ce qui est produit revient de droit à celui qui l a cultivé. Les coopératives sont le canal privilégié pour la vulgarisation des progrès agricoles, pour la diffusion de nouvelles variétés rizicoles, mais aussi pour la réalisation d importants travaux d irrigation. Dans les années 60, l hydraulique du delta est modernisée, des stations de pompage sont installées et des canaux autorisent l irrigation gravitaire dans toutes les parcelles collectives. Les stations de pompage suivent un calendrier fixe déterminé par les autorités provinciales. Ce sont en effet des propriétés de l État et en tant que telles, elles sont gérées au niveau provincial. Ces travaux, ainsi que les nouvelles variétés à cycle plus court, permettent la double culture du riz, ce qui entraîne une hausse progressive mais certaine de la production de riz. Cependant, malgré d évident progrès, le constat de cette première vague de collectivisation est amer. Les paysans ne s impliquent pas sur les terres et cultures collectives mais sur les terres dites «de 5%». Sur celles-ci, proches des habitations, l agriculture est intensive en travail, les paysans apportant beaucoup de soin à la fumure. Ainsi, en 1975, la production de ces terres familiales représente plus de la moitié des revenus agricoles des foyers et plus du tiers de la production agricole (Delalande, 2000). Le système financier est lui aussi centralisé. L état a le monopole des transactions financières via la Banque d État du Vietnam. Celle-ci assure à la fois les fonctions d une banque centrale et d une banque commerciale. Elle est assistée de deux banques spécialisées (la Banque pour le Commerce extérieur et la Banque pour le Développement et les investissements). La banque nationale est la seule source officielle de financement, elle délivre les crédits aux communes, coopératives et fermes d état. Localement, des coopératives de crédit sont mises en place, dès 1956 au nord Vietnam. Elles sont gérées par les comités populaires de façon autonome. Néanmoins, la principale source de financement reste familiale. b) La phase d expansion, de 1975 à 1981 En 1975, le pays sort de la guerre contre les États-Unis et est réunifié. Lors du 4 e congrès du Parti Communiste Vietnamien, en décembre 1976, le gouvernement décide de la stratégie économique du pays. La collectivisation s étend alors au sud et passe à un niveau supérieur : la terre devient propriété de l État. De plus, les coopératives de village sont regroupées en coopératives de commune. La taille des unités de production augmente. Les travaux hydrauliques continuent. En plus des stations de pompage pour l irrigation, le gouvernement met en place des stations de pompage pour le drainage. La majorité des terres est alors utilisable en double saison de riz, et les terres sont même mises en valeur par trois saison, grâce à des variétés rizicole à cycle court. Les cultures suivent des plans établis par les districts. Ceux-ci allouent les intrants nécessaires aux coopératives, qui en contrepartie, ont des livraisons obligatoires à honorer. La coopérative se charge de partager les intrants obtenus du district, elle récupère les récoltes, alimente ses fonds propres et transmet les livraisons obligatoires. Elle peut alors rétrocéder ce qui reste aux brigades, proportionnellement aux points de chacune. La production est en effet toujours organisée autour de brigades («doi»), mais le travail est à présent divisé entre les anciennes brigades de production et de nouvelles brigades spécialisées (labour, irrigation, protection ). Ces groupes mettent en œuvre les plans de culture et assurent la redistribution du riz aux 27
travailleurs en fonction du travail réalisé. La réalisation de chaque culture sur chaque unité donne en effet lieu à des «points travail». Ainsi labourer rapporte 10 points par exemple dans le district de Tien Du. Chaque point représente une certaine quantité de paddy. Les chefs de brigades sont chargés d enregistrer le travail accompli. De plus, chaque activité est décomposée en actes élémentaires soumis à des normes précises. Le travail est divisé au maximum, encadré et taylorisé. L élevage est mené en commun. Plusieurs foyers ont un buffle à charge, l élevage porcin est mené dans de grandes structures, des fermes d État. Néanmoins, celui-ci n est pas totalement centralisé et les familles élèvent quelques porcs dans leur cour, de 2 à 4 porcs par an. De même, l aviculture reste familiale, avec une basse cour présente dans tous les foyers. Les terres de jardins (terres 5%) sont toujours libres de tout plan de culture. L équipement des coopératives en matériel motorisé est important. Il passe par la création de Compagnies de matériel agricole équipées par le gouvernement et qui louent les tracteurs aux coopératives. Accompagnant cette volonté de motorisation, un remembrement des plus petites parcelles a lieu. Mais les parcelles hautes, moyennes et basses suivent la topographie et s imbriquent fortement dans le paysage, ce qui va à l encontre du regroupement des parcelles. Ainsi, le gouvernement procède aussi à un aplanissement, uniformisant le niveau de parcelles et permettant la mise en place d une lame d eau de hauteur homogène pour le repiquage. Malgré les progrès issus des travaux hydrauliques et de l introduction de nouvelles variétés rizicoles, le système centralisé montre vite des signes de faiblesse. Les charges des coopératives s alourdissent tant suite aux investissements des travaux hydrauliques et à la demande accrue en électricité que ces installations génèrent, que suite au fort besoin d intrant qui se fait sentir du fait de l organisation même de la production agricole : les nouvelles variétés ont besoin d engrais et de traitements phytosanitaires. De plus, les soldats sont rentrés de la guerre et la coopérative leur attribue des points sans qu ils ne réalisent de travail agricole. Ainsi, la valeur du point travail diminue rapidement. De surcroît, l approvisionnement des paysans en semences et intrant n est pas assuré. Un système parallèle se met en place pour l approvisionnement en intrants et des contrats officieux sont établis entre certaines coopératives et les agriculteurs. Ceux-ci redonnent une certaine autonomie de production. Enfin, la gestion planifiée des stations de pompage n est pas toujours adaptée aux besoins culturaux et certaines coopératives s équipent donc en pompes. 3. Le processus de libéralisation, de 1981 à nos jours a) L ébauche de la décollectivisation : la résolution 100 Conscient de la situation de l agriculture du pays, face à une crise économique nationale liée à l arrêt des aides chinoises, accentuée par l intervention de l armée au Cambodge et l embargo américain, le gouvernement vietnamien reconnaît l échec du modèle d agriculture centralisée. En janvier 1981, le gouvernement promulgue la «résolution n o 100». Ce décret généralise les contrats de production entre coopératives et familles paysannes. Les terres agricoles sont attribuées aux foyers paysans au prorata des actifs et pour une durée indéterminée. Les terres sont d abord classées par catégories en fonction des rendements rizicoles puis elles sont divisées égalitairement par catégories entre les actifs de chaque hameau et réparties par tirage au sort. Les plans de culture sont toujours en vigueur et les points travail s appliquent aux opérations culturales du 28
semis au repiquage. Mais, à partir du repiquage, les paysans sont autonomes, et ce jusqu à la récolte. Chaque parcelle a un niveau de production déterminé par la coopérative et le paysan doit livrer cette quantité. Tout excédent lui appartient, est libre de toute obligation. Les cultures suivent toujours les modalités mises en place lors de la période collective avec les nouvelles variétés rizicoles, mais les cultures industrielles imposées pas les coopératives sont abandonnées. Ainsi, dans le district de Tien Du, la production de jute disparaît. Les moyens de production (animaux de travail) sont vendus aux enchères et cela constitue la première différenciation au sein des exploitations paysannes dans ce processus voulu égalitaire. En effet, les foyers qui ont pu capitaliser pendant la période de collectivisation grâce à des positions privilégiées (chef de brigade par exemple) sont plus à même d obtenir un buffle, ou une vache, pour travailler leurs parcelles. Au niveau de l hydraulique, l État soutient la mise en place de stations de pompage locales. De plus, la directive 112 d août 1984 scinde les services hydrauliques en un Bureau de l Hydraulique chargé des digues et de la planification des travaux et une Compagnie Hydraulique gérant les captages dans les fleuves ainsi que le drainage et l irrigation des casiers. Contrairement au Bureau, La Compagnie ne reçoit pas de subvention étatique et se voit contrainte de mettre en place une taxe hydraulique afin de s autofinancer. Le système bancaire bénéficie aussi de cette libéralisation. Deux nouvelles structures apparaissent dès 1987 : la Banque pour le Commerce et l Industrie et la Banque pour le Développement Agricole. Bien que prouvant l existence d un secteur privé, ces banques restent orientées vers les entreprises étatiques. Les coopératives d épargne crédit se développent, ce sont en effet les seules sources de financement et de crédit pour les familles rurales. Cette première étape de décentralisation permet une reprise de la production vivrière. Mais les coopératives n assurent plus les services auxquels les paysans peuvent prétendre (approvisionnement en intrants) et les paysans sont de plus en plus nombreux à refuser les prélèvements rizicoles. L État vietnamien réagit alors de nouveau. b) Le glas des coopératives : le Doi Moi Lors de son 6 e Congrès, en décembre 1986, le Parti Communiste Vietnamien prend des mesures qui vont bouleverser l organisation du pays et annonce la politique de Doi Moi (renouveau). En plus de reconnaître le secteur privé, le Parti aboli le contrôle des prix et les monopoles d État sur le commerce des vivres. Le but est de développer une économie à trois secteurs : l État, le privé et le familial. Enfin, le Doi Moi souhaite faire participer le secteur privé au commerce extérieur. En avril 1988, la Résolution 10 du Bureau Politique du Parti Communiste transfère aux foyers paysans l entière responsabilité de la production et de la commercialisation des denrées agricoles. La famille est reconnue comme l unité de base de la production agricole. La reconnaissance du secteur privé permet l apparition de nombreux petits commerces, tant en ville qu à la campagne. Ainsi, des services agricoles et des magasins d intrants voient rapidement le jour. Les coopératives assurent toujours le service d irrigation. Néanmoins, les stations de pompage ne suivent plus de plan mais s adaptent aux besoins et demandes des paysans. La taxe hydraulique est fixée, de même que les autres taxes agricoles, au niveau provincial 29
dans la limite de 8% de la production agricole. Dans le district de Tien Du, la taxe hydraulique s élève à 126 000 dôngs/an/sao. Une nouvelle distribution de la terre est menée, toujours au prorata des actifs, pour une durée de 5 ans et les points travail sont supprimés. Le choix des cultures est libre, bien que toujours encadré. Les Comités Populaires gardent un certain pourcentage (plafonné à 5%) des terres agricoles pour les nouveaux ménages à doter ultérieurement. Ces terres sont mises aux enchères. Cela constitue un deuxième facteur de différenciation entre les foyers disposant de la capacité d investissement nécessaire pour obtenir une partie de ces terres (ceux qui ont pu acheter un buffle le plus souvent) et les autres. L agriculture prend alors un nouveau visage : celui d une petite agriculture familiale insérée dans une économie de marché comprenant à la fois des acteurs privés et publics. Les exploitations fonctionnent toujours sur un mode de poly-culture et poly-élevage, mais des activités extra agricoles se mettent en place, d où une diversification des sources de revenu. Le 14 juillet 1993, l État émet une nouvelle loi foncière. Celle-ci reconnaît que la terre est la propriété du peuple bien que toujours exclusivement gérée par l État. Les foyers ou individus doivent pouvoir échanger, louer, hériter et utiliser le droit d usage de la terre comme garantie pour la terre allouée par l État (Loi foncière de 1993, article 3.2). La terre est distribuée pour un usage «stable et durable». Pour les cultures annuelles ainsi que l aquaculture, elle est allouée pour 20 ans et pour la sylviculture, 50 ans. Chaque foyer ne doit pas recevoir plus de 3 hectares de cultures annuelles. Concrètement, chaque hameau recense sa population et sa surface agricole, la divise en catégories et types suivant le niveau de rendement et l utilisation. Chaque type est alors divisé par le nombre d habitants du hameau. Puis les communes regroupent les données et les soumettent à la Province pour approbation. Enfin, les parcelles sont distribuées localement par tirage au sort. Cette nouvelle loi permet aussi aux paysans d obtenir le Certificat Rouge, une «preuve d allocation» de leur terre, auprès des Comités Populaires des communes. Ce certificat peut alors servir de garantie pour les emprunts. De plus, un nouveau phénomène apparaît : l accumulation foncière. Bien que la terre appartienne toujours à l état, elle est l objet de transactions. En effet, les foyers ont la possibilité de louer leur terre. Certains foyers sont demandeurs car ils disposent d une main d œuvre abondante alors que d autres sont offreurs car ils développent une activité extra agricole ou perdent de la main d œuvre. Cette location peut se faire soit dans des relations de voisinage, soit avec les coopératives. Les foyers qui louent de la surface en plus considèrent cela comme une augmentation de leur capital foncier, bien que les terres ne leur appartiennent pas au même titre que celles distribuées en 1993. Les taxes foncières sont payées par le propriétaire et non par le locataire lorsque la location se fait entre paysans. À l inverse, si la terre est louée à la coopérative, le locataire doit alors payer les taxes, au même titre que pour les terres distribuées. Les terres sont par contre louées pour une période plus courte (en général 5 ans). Les paysans n ont pas de certificat rouge pour les terres louées en plus, elles ne peuvent donc pas servir de garantie pour un prêt. Le secteur financier connaît aussi des changements. En 1991, le gouvernement renforce le rôle de la Banque de Développement Agricole qui devient la Banque Agricole du Vietnam. Un décret détermine sa mission : prêter directement aux familles paysannes. Les crédits sont octroyés pour des investissements agricoles et ils sont plafonnés à 10 millions de dôngs. Le taux d intérêt est de 1,2% par mois. De plus, dans 30
le cadre de la politique nationale de lutte contre la pauvreté, le gouvernement crée en 1995 la Banque des Pauvres qui offre des crédits à taux subventionnés de 0,8% par mois, plafonnés à 1 million de dông. Les systèmes de culture suivent toujours les principes de la Révolution verte menée par le biais des coopératives. L utilisation des engrais est en constante augmentation depuis 1975 (faostat, 2004) mais alors qu à l époque, ils étaient importés, le Vietnam est à présent à même de les produire. Les filières commerciales se développent et dans le milieu rural, l approvisionnement n est plus que rarement assuré par les coopératives. Celles-ci assurent néanmoins toujours ce service et permettent en plus un achat à crédit avec paiement lors de la récolte. Les semences rizicoles sont toujours majoritairement achetées dans les coopératives, qui diffusent toujours de nouvelles variétés. Enfin, la gestion de l hydraulique reste une prérogative des coopératives, et donne toujours lieu au paiement d une taxe hydraulique payée deux fois par an, lors de la récolte rizicole. 4. Le lait, une nouvelle production au Vietnam a) Les débuts de la production laitière nationale Dans les années 20, les français lancent la production laitière par le biais de vaches Lai Sind issues du croisement entre un zébu indien Red Sindhi (race à potentiel laitier) et une vache Jaune Vietnamienne. Mais le niveau de production reste faible, tant à cause de la faible productivité des vaches que du faible développement de l élevage. La production laitière prend réellement son essor en 1960 : la Chine offre au Vietnam 20 taureaux et 200 vaches laitières Noires et Blanches. De grandes fermes étatiques sont installées à Ba Vi (province de Ha Tay), Moc Chau (province de Son La) et Duc Trong (province de Lam Dong) pour accueillir ces animaux. Ce sont des régions de plateau (figure 13) où le climat est semblable à celui des régions tempérées. En 1972, 350 vaches Noires et Blanches sont offertes par Cuba. Celles-ci présentaient l avantage d être déjà acclimatées à un climat tropical. Des recherches sont menées au sein des fermes étatiques afin de déterminer le type génétique le plus adapté au climat. En effet, la qualité et la production des vaches Noires et Blanche pures déclinent au fil des générations comme le montre le tableau 6. Divers essais de croisement sont menés durant les années 70 : Lai Sind x Holstein Friesian, mais aussi zébu Sindhi, Jaune Vietnamienne et Sahiwal x Holstein Friesian. Les vaches Lai Sind disposent d un potentiel laitier, elles sont plus grandes que les vaches Jaunes Vietnamiennes. Leur croisement avec des taureaux Holstein se révèle le meilleur. Le tableau 7 présente quelques critères de comparaison entre les divers types de vaches croisées. Les vaches les plus productives sont les F2, avec 75% de sang Holstein Friesian. Lors de la politique de Doi Moi en 1988, les fermes étatiques sont dissolues et les vaches sont vendues aux agriculteurs. La ferme de Ba Vi maintient malgré tout son activité de centre de reproduction. Encore actuellement, les taureaux Holstein pour les inséminations au Nord Vietnam sont stationnés à Ba Vi. Ce centre dispose de tout l équipement technique nécessaire au prélèvement et à la congélation de semence. Des recherches en transfert embryonnaire en association avec la coopération japonaise sont actuellement en cours à Ba Vi, dans le cadre du Plan Laitier National. 31
Origine des vaches Cuba Moc Chau 1 ère génération Moc Chau 2 ème génération Production de lait, kg/cycle 1 4099 3445 3348 Age au 1 er vêlage, jours 940 955 1064 Intervalle entre vêlages, jours 440 438 451 Poids du veau nouveau né 36,1 31,7 30,4 Tableau 5 Production de lait et capacité de reproduction des vaches Holstein au fil des générations de Moc Chau (Nguyen Xan Trach, 2003) Critères suivis Vaches métissées (Ha-Viet) F1 (1/2 F2 (3/4 F3 (7/8 HF) HF) HF) Production de lait de la 1ère portée, kg/jour 5,6 8,4 7,9 Durée de lactation, jours 209 279 252 Lait/100kg de poids de la vache 329 635 534 Nombre de saillies/fécondation, % 1,52 1,34 1,60 Taux d avortement et de vêlage prématuré, 2,89 6,65 7,15 % Taux de mortalité du veau nouveau né, % 1,60 2,75 8,34 Intervalle entre vêlages, jours 386,9 382,9 390,1 Tableau 6 Quelques critères de comparaison pour les vaches croisées Lai Sind x Holstein à Moc Chau (Nguyen Xan Trach 2003) Année Aide financière totale (millions de Part du gouvernement Part de la province Part district du Part des communes dôngs) 1997 44,2 20,2 24 30 1998 47,6 27,6 20 100 1999 73 35 8 30 250 2000 69 42 9 9 9 400 2001 178 130 10 35 3 600 2002 250 142 10 78 20 1 000 2003 733 200 533 1 500 Total 1394,8 596,8 614 152 32 3 880 Tableau 7 Les aides destinées à l'élevage laitier dans le district de Tien du (rapport de la Province de Bac Ninh, 2004) Emprunts (millions de dôngs) 32
Des taureaux Holstein sont importés des États-Unis et d Australie de 1992 à 1999. De plus, le gouvernement met en place un programme de «réforme» du cheptel bovin en 1993. Il s agit de croiser les vaches Jaunes avec des zébus afin d obtenir un cheptel de vaches Lai Sind. Cela est considéré comme un préambule nécessaire au développement de l élevage laitier au nord Vietnam. À cette fin, des taureaux zébu Red Sindhi sont importés d Inde dès 1992. b) Les vaches laitières de Tien Du : introduction et organisation de la production Les premières vaches laitières du district de Tien Du sont originaires de Phu Dong (province de Trun Mau). Elles sont importées en 1995 et les premiers éleveurs laitiers sont des communes de Tri Phuong et Canh Hung. Ces deux communes sont choisies par les autorités car elles disposent toute deux de terres inondables de bord de fleuve. En effet, les autorités souhaitaient développer la production laitière dans le district de Tien Du, celui-ci ayant été choisi comme le district à vocation agricole de la province. De plus, l élevage laitier était présent dans des districts voisins, ce qui a permis aux agriculteurs de se faire une première opinion. Au vu de la rentabilité affichée par les élevages déjà en place ailleurs, certains agriculteurs étaient disposés à se lancer dans cette production.. Néanmoins, il a été difficile de déterminer quel a été le facteur décisif à la mise en place des premier élevage laitier à Tien Du : la pression des autorités ou l exemple des éleveurs laitiers voisins. De plus, les premiers éleveurs laitiers disposaient déjà d une position sociale au sein de leur commune, souvent grâce à une implication et un rôle important dans le comité populaire. Nous pouvons supposez que cela a été un facteur important lors de la décision d acquisition des vaches. En 1998, le district comptait 13 éleveurs laitiers et 36 bêtes. L état aide à l achat des vaches en fournissant une subvention de 3 millions de dôngs pour une vache et de 1 million de dôngs pour une génisse. Néanmoins, cette aide n intervenant qu à posteriori, elle ne constitue pas un élément important et décisif pour les agriculteurs désireux de se lancer dans la production laitière. Le plus souvent, les agriculteurs cessent toute autre activité d élevage, vendent leurs animaux et investissent dans les vaches laitières. L emprunt joue aussi un rôle important, ainsi que le montre le tableau 8. En effet, les éleveurs bénéficient de facilité d emprunt : ils peuvent emprunter audelà du plafond de 10 millions de la Banque de l Agriculture et à un taux plus avantageux. Les Autorités se portent garant. Ainsi le niveau d emprunt auprès de la Banque de l Agriculture a nettement augmenté pour les trois années de 1999 à 2001 ainsi que le montre la figure 14. Les nouveaux éleveurs procèdent souvent soit à un échange de parcelles (terre basse contre terre haute) afin de disposer de plus de terres propices à la culture de l herbe à éléphant, soit à la location de terres supplémentaires indifféremment auprès des Comités populaires ou des voisins. Le programme 2561 du gouvernement de réforme du cheptel bovin est mené dès 1993 dans le district. Un taureau Red Sindhi est même stationné sur place en 1995 car les agriculteurs ne souhaitaient pas procéder par inséminations artificielles. Actuellement, le cheptel bovin du district comporte 70% des vaches Lai Sind F2. C est à partir de celles-ci que l on obtient les vaches croisées laitières F1 Holstein Friesian. Bien que ces vaches Lai Sind produisent plus de lait, le but reste l obtention de vaches plus grosses, produisant des veaux plus lourds et adaptées à la production de veaux croisés laitiers. En 1998, pour suivre le programme de croisement des vaches, le Centre de Ba Vi a sélectionné des vaches Lai Sind de plus de 229 kg, dont 46 issues du district de Tien Du. 33
Ba Vi Moc Chau Tien Du Figure 13 Localisation de Moc Chau, Ba Vi et Tien Du dans les provinces du nord 90000 14000 millions de dongs 80000 70000 60000 50000 40000 30000 20000 10000 12000 10000 8000 6000 4000 2000 emprunteur niveau d'emprunt du district nombre d'emprunteurs 0 1999 2000 2001 0 Figure 14 L'emprunt auprès de la Banque de l Agriculture dans le district de Tien Du (source: bureau du recensement, 2002) 34
Une deuxième génération d éleveurs laitiers se met en place durant les années 2000. Contrairement aux «pionniers», ces exploitants ne vendent pas la totalité de leur cheptel mais conservent une certaine diversité, à la fois dans l élevage et dans les cultures lors de l acquisition des vaches laitières. En effet, les premiers éleveurs orientent leurs cultures vers l alimentation des vaches laitières : herbe à éléphant, maïs et soja. Bien sûr, la culture du riz est toujours présente. A contrario, la deuxième vague maintient des cultures plus variées, comme les légumes et l arachide. Certains éleveurs laitiers de la première heure se réorientent d ailleurs vers une plus grande diversité en 2003 et 2004, surtout par le biais de la mise en place d un système VAC. Cette deuxième vague d éleveurs laitiers est plus réservée quant à la rentabilité de la production laitière. Les prix des produits agricoles tels que le maïs, augmentent alors que le prix du lait reste constant, ce qui pousse les agriculteurs à conserver une diversité d activité. La filière de production et de commercialisation se met progressivement en place. Si la production de lait s élevait à 220 kg/jour en 1998, en 2002 elle s élève à 2 000 kg/jour et 2 300 kg/jour en 2004. Des centres de collecte se mettent en place et s équipent progressivement, en particulier grâce à l action de l Afdi qui fournit des tanks réfrigérés en contrat de location-vente. Ainsi, en 2004, le district comporte 6 centres de collecte. Ces 6 centres sont gérés de façon individuelle. Le lait est destiné aux industries : Vinamilk et Nestlé, dont les usines sont localisées à Hanoi. Les éleveurs livrent le lait aux centres de collecte deux fois par jour, après la traite. Puis soit un camion de l usine Vinamilk ou Nestlé passe récupérer le lait, soit le collecteur assure lui-même le transport, une fois par semaine. Certains sont donc dotés d un camion à cette fin. Les industriels payent le lait qu ils reçoivent à la qualité, contrôlée par leur soin au niveau du tank du centre de collecte. Le prix varie de 2 800 dôngs/litre à 3 400 dôngs/litre. Les collecteurs n ont pas eu à subir de refus de paiement des industries suit à une mauvaise qualité. Les éleveurs sont payés lorsque le collecteur est lui même payé par les industriels. Du fait de l organisation de la collecte, il n y a pas de paiement au producteur en fonction de la qualité. Des actions sont en cours afin de procéder à un contrôle de qualité au centre de collecte lors de la réception du lait. Un vétérinaire privé est formé aux soins pour les vaches laitières, et dès 1996, des formations pour des inséminateurs sont menées. Ainsi, le district se dote des moyens techniques nécessaire au développement de l élevage laitier. De plus, l Afdi assure des formations et conseils techniques qui se révèlent primordiaux pour les éleveurs. Par le biais de visites, tant des industriels (Vinamilk et Nestlé) que d autres éleveurs dans des secteurs comme Moc Chau ou Ba Vi, les éleveurs partagent leurs expériences et découvrent de nouvelles façons de faire. Ainsi, par exemple, si en 1995 de nombreuses vaches du district souffraient d un manque de calcium, ce problème est aujourd hui réglé grâce à l apport de minéraux. Le nouveau métier de 1995 est maintenant bien intégré au sein des activités agricoles du district. Ainsi, tout en étant en relation avec l histoire nationale, le district s est construit sa propre identité rurale. Malgré une distribution foncière initialement égalitaire, un processus de différenciation a joué, conduisant aux exploitations agricoles actuelles. 35
C. LES EXPLOITATIONS AGRICOLES DU DISTRICT : LE RESULTAT DE L HISTOIRE AGRAIRE Les exploitations du district de Tien Du en 2004 sont variées. Afin de réaliser une typologie et d organiser cette diversité, plusieurs critères ont été retenus. Le premier critère est le foncier. En effet, bien que la répartition ait été égalitaire, deux phénomènes opposés sont en œuvre dans le district : une accumulation foncière par les foyers disposant à la fois des capitaux nécessaires et de la force de travail pour mettre en valeur ces surfaces. Ceci suppose par ailleurs que d autres exploitations libèrent certaines de leurs parcelles. La location se fait le plus souvent dans des relations de voisinage. Une diminution du capital foncier pour d autres exploitations situées dans des zones d expansion industrielle. La construction d une usine amène le comité populaire du district à reprendre des terres contre compensation financière. Ainsi, certains foyers se retrouvent avec moins d un sao par personne. Mais cette diminution foncière est aussi la suite logique de l agrandissement familial post-distribution. Les enfants nés après 1993 n ont en effet pas de parcelles. Le deuxième critère porte sur les activités agricoles. Et tout d abord les cultures. La culture du riz reste primordiale dans le district mais si certains foyers développent les cultures de troisième cycle, d autres ne mettent pas leurs terres en valeur pendant l hiver. Deux grandes raisons sont mises en avant par les agriculteurs pour expliquer cela : L impossibilité de cultiver une troisième saison si les agriculteurs ayant des parcelles au sein du même carré d irrigation ne souhaitent pas faire des cultures sèches. L agriculture est le résultat d un consensus entre les agriculteurs, mais la coopérative a son rôle à jouer puisqu elle est encore responsable de l irrigation. Si les canaux sont vides en hiver, les paysans ne peuvent pas arroser leurs cultures. Néanmoins, la majorité des coopératives, sous l influence des comités populaires, sont favorables aux cultures de troisième saison. Le manque de temps. Les activités extra agricoles se développent, en particulier dans la zone 1. Or les cultures d hiver demandent souvent plus de temps, ne serait-ce que pour l irrigation. De plus, le district est en zone péri urbaine et il existe des opportunités de travail à Hanoi, mais aussi dans les zones industrielles du district. De nombreux paysans trouvent plus rentable de travailler comme maçon en hiver que de cultiver leurs terres. En ce qui concerne l élevage, nous retrouvons dans une grande majorité des exploitations un élevage de porcs à l engrais. Plus rare est l élevage de truie. Ce qui constitue un critère retenu comme discriminant est la présence ou non d un animal de trait, que ce soit un buffle ou une vache. Enfin, l élevage laitier constitue une caractéristique suffisante pour définir un type au sein de la population agricole du district. Le troisième critère porte sur le rôle des activités extra agricoles. Ceci influe directement la capacité d investissement de l exploitation, mais joue aussi un rôle important dans le choix des cultures menées. Le niveau d équipement des exploitations est relativement homogène. En effet, les coopératives disposent de 36
1975 Coopératives du second degré Terre = propriété de l état Moyens de production communs, cultures collectives 1981 Exploitations familiales 2 à 4 porcs par an Riziculture Exploitation familiale 2 à 4 porcs par an, animal de trait Riziculture 1995 2000 2004 Couple âgé Culture de riz Peu élevage Système 1 Culture de riz Élevage de volaille 4 à 6 porcs Système 2 Culture de riz Quelques cultures sèches Location de terre 12 à 20 porcs Animal de trait Système 3 Culture de riz Cultures sèches 12 à 20 porcs Système 4 Culture de riz Cultures sèches 60 à 100 porcs Système 5 Culture de riz Cultures sèches 3 à 5 truies Système 6 3 à 5 vaches laitières Riziculture Production s sèches pour les vaches Système 7 2 à 4 vaches laitières 6 à 12 porcs/an Riziculture Diverses cultures sèches Système 8 Figure 15 L'histoire agraire du district de Tien Du 37
tracteurs et elles effectuent dans de nombreuses communes la travail de la terre basse pour toutes les parcelles. De surcroît, le réseau de services agricoles est développé, chaque hameau disposant d au moins un motoculteur disponible en location. De fait, peu d exploitations s équipent, la surface nécessaire pour rentabiliser un tel achat dépassant de plus nettement la surface moyenne individuelle. En recoupant ces critères (figure 15), nous aboutissons à huit systèmes, tous dérivés d un type de base issu de la fin du système collectif : Système 1 : tenu par un couple de personnes âgées. Alors la seule culture est le riz et l élevage comporte pratiquement exclusivement de la basse cour. La surface du système ne dépasse pas un sao par personne. Système 2 : avec une famille de 4 personnes, l un des membres du couple (en général le mari) a un travail extérieur qui ne lui laisse que peu de temps libre à investir dans l exploitation. L élevage est alors soit avicole avec des poules pondeuses ou des poulets de chair, soit porcin avec de 4 à 6 porcs charcutiers par an. Ces deux élevages demande peu de surface. En effet, là encore, la surface par actif ne dépasse pas un sao par personne. Système 3 : diversifié sur la base de la riziculture. Avec d un animal de trait, acquis le plus souvent dès le début des années 80, cela permet de travailler une surface plus importante que les 2 sao alloués par personne. Il y a donc location de terres rizicoles supplémentaires. L élevage consiste en 12 à 20 porcs à l engrais par an, en plus du buffle ou de la vache pour le travail. Système 4 : Sur la même base que le système précédent, les exploitations dans ce cas ne disposent par contre pas d animal de trait. Il n y a pas location de terres supplémentaires. Les cultures se diversifient plus que dans le type précédent, les cultures sèches, et en particulier l arachide, jouent un rôle plus important. L élevage de base est l élevage porcin, avec de 12 à 20 porcs charcutiers par an. La présence de l élevage de truie est le plus souvent corrélée à la présence d une activité de transformation agricole (tofu, alcool de riz ou vermicelles). Cela reste rare dans le district. Système 5 : type tourné vers l élevage porcin, avec élevage de 60 à 100 porcs à l engrais par an. Les cultures sont moins importantes et il n y a pas de location de terre. Il y a toujours culture à la fois de riz et de cultures sèches. Système 6 : il suit le même modèle que le 5, mais il s agit ici d élevage de truies reproductrices, à raison de 3 à 5. Système 7 : laitier strict, l atelier d élevage ne comporte que des vaches laitières (de 3 à 5) et quelques génisses. Les cultures, mis à part la riziculture, sont destinées au bétail, avec l herbe à éléphant et le maïs principalement. Système 8 : laitier diversifié. En plus d élever de 2 à 4 vaches laitières (plus quelques génisses), il y a aussi de 6 à 12 porcs à l engrais par an. Les cultures sont plus diversifiées, avec à la fois de l herbe à éléphant pour les vaches et des cultures sèches destinées à la vente comme l arachide. Pour mieux définir les types identifiés, nous allons nous intéresser aux systèmes de culture et d élevage qui les composent, tant sur le plan technique qu économique. 38
TYPE DE TERRE Terre basse Terre moyenne Terre haute Berges de fleuve Collines Talus autour des mares PEDOLOGIE L IRRIGATION CYCLE DE RIZ Sol argileux Sol argileux Sol argileux Sol argileux sableux Sol argileux sableux Sol argileux sableux Sol argileux sableux Sol argileux sableux Alluvions Alluvions Sol ferralitique Sol argileux sableux Inondation estivale de juillet à septembre Drainage et irrigation Drainage et irrigation Drainage et irrigation Problème pour irriguer en hiver Problème pour irriguer en hiver Problème pour irriguer en hiver Problème pour irriguer en hiver Pas d aménagement Pas d aménagement Pas d aménagement Proche des mares AUTRE PRODUCTION SYSTEME DE CULTURE 1 0 1 2 0 2 2 0 3 2 Un cycle d hiver 4 2 Un cycle 5 d hiver 1 Un cycle de 6 printemps et un cycle d hiver 0 3 cycles de 7 productions sèches 0 Herbe à 8 éléphant 0 Un cycle de 9 printemps et un d hiver 0 Herbe à 10 éléphant 0 Manioc 11 0 Fruitiers 12 Tableau 8 Les systèmes de culture 39
IV. MISE EN VALEUR DE L ESPACE AGRICOLE A. LES SYSTEMES DE CULTURE L unité de surface choisie ici est le sao correspondant à 360 m 2. Il s agit de l unité de surface paysanne et toutes les données sont présentées par la suite pour 1 sao. Les autres unités sont le mau correspondant à 10 sao et le thuoc. Un thuoc représente 24 m 2, un mau environ 3 600 m 2. Les conditions climatiques ainsi que les aménagements hydrauliques du delta du Fleuve Rouge permettent trois saisons de culture. La première saison, de janvier à juin, bénéficie d une pluviométrie croissante et de température modérée, à l inverse de la deuxième saison, de juin à septembre, où les températures atteignent 40 degrés et les pluies sont abondantes. Enfin, la troisième saison, de septembre à décembre, la température diminue ainsi que la pluviométrie. Les différents systèmes de culture sont distingués sur la base du type de terre, sur l organisation de l irrigation et sur les cultures réalisées. Ils sont présentés dans le tableau 8. Les systèmes de culture les plus présents dans le district sont à base de riz, le plus souvent en double saison. Ce qui les différencie n est pas tant l itinéraire technique que la mise en valeur de terres de types différents et la présence ou non d une troisième saison. 1. La double saison de riz : la base des systèmes de culture Grâce à l amélioration du système d irrigation menée dans les années de collectivisation, la double culture du riz s est généralisée dans le district. Moins de 2% des terres rizicoles du district ne portent qu une saison de riz. Souvent ces terres inondées une grande partie de l année sont mises en valeur avec la culture de légumes aquatiques, comme le liseron d eau, si elles sont proches des habitations. a) Technique culturale Les différences entre les deux saisons rizicoles sont dues aux conditions climatiques. Ainsi, la première saison, de février à juin, bénéficie d un climat relativement sec et de températures plus douces que la deuxième saison, de juin à septembre, correspondant elle à la période de mousson, humide et chaude. La culture de premier cycle est donc en riz irrigué, tandis que la deuxième saison est pluviale. Les variétés utilisées dépendent du type de sol dont dispose l agriculteur, ainsi que de la saison. Les terres basses sont repiquées avec de la variété Q5, plus résistante à l eau que la variété Khang Dan, destinée elle plutôt aux terres hautes. Cette distinction n est cependant pas unanimement acceptée par les paysans et certains repiquent la même variété sur toutes leurs terres. Des variétés à cycle court sont utilisées en deuxième saison. Les semences ne sont pas réutilisées d une année à l autre, et les terres basses sont repiquées en premier. L itinéraire technique du riz est présenté dans le tableau 9. 40
Temps Conduite de la culture Matériel utilisé Objectifs Commentaires - 20 jours Labour de la terre de pépinière - houe - charrue à traction animal - motoculteur 0 Le motoculteur est plus rapide mais moins utilisé que la vache Mise en boue de la parcelle Écope ou panier Les canaux d irrigation sont pleins Fertilisation avec du fumier Manuel 50 kg/thuoc Hersage et aplanissage Herse à traction animale ou motoculteur Éviter les trous d eau nocifs à la croissance des plants Semis des pépinières Manuel 2 kg de Khang Dan ou Q5 par thuoc 700 g de Hai Dam ou Ba Dam par thuoc Préparation du sol rizicole - labour - fertilisation (fumier) - hersage - fertilisation (urée et NPK) - chaulage - houe - charrue et herse à traction animale - motoculteur - tracteur de la coopérative 150 kg/sao de fumier Terre inondée 5 à 7 jours Fertiliser les pépinières (urée et fumier) Manuel 100 kg/sao fumier 3 kg/sao urée 20 jours Arrachage des pépinières Repiquage Manuel Arrachage des plants au stade 3 feuilles Repique 1 sao/jour/personne 25 jours Fertilisation (urée et NPK) Entretien des diguettes Manuel Favoriser la croissance 6 kg/sao urée 15 kg/sao NPK 40 jours Désherbage - manuel En général, manuel Entretien des diguettes - chimique 2,5 mois Fertilisation K Entretien des diguettes Manuel Favoriser le remplissage des grains 3 à 4 kg/sao avant épiaison pas toujours 3,5 à 5 mois Récolte Manuel Selon la durée du cycle de la variété plantée 1 sao/jour/personne Tableau 9 Itinéraire technique du riz 41
Les parcelles de pépinière sont en général situées au champ et menées de façon collective : toutes les pépinières sont au même endroit, parfois même sur des terres destinées uniquement à cela. Ces parcelles sont proches des hameaux. En règle générale, il faut semer un thuoc de pépinière pour repiquer un sao de riz. La densité de semis est variable selon la variété mais aussi selon la saison. Cela est du au climat plus froid de la première saison, néfaste pour les plants. La pépinière dure entre 3 semaines en deuxième saison et un mois et demi en première saison. Le repiquage se fait lorsque les plants de riz sont au stade «trois feuilles». La densité lors du repiquage dépend de chaque variété, mais un espacement moyen est de 18 centimètres entre les poquets. Les paysans repiquent ordinairement deux à trois plants par poquet. Dans la majorité des hameaux, les parcelles rizicoles sont labourées et hersées par le tracteur de la coopérative. Il est plus gros et puissant que les tracteurs des services individuels. Les paysans détruisent les diguettes séparant leurs parcelles. De fait, tous les agriculteurs d un même carré d irrigation sont dans l obligation d utiliser ce service puisqu il est impossible de ne pas labourer une parcelle située au milieu par exemple. Cela s applique essentiellement aux terres basses et moyennes. En effet, les parcelles de terre haute sont plus petites et la terre y est à la fois plus sèche et plus sableuse, rendant le travail avec la vache plus facile qu en terre argileuse humide. Avant le repiquage, les diguettes sont reconstruites à la main, parfois à l aide d une houe. Pour les terres hautes, le travail du sol est le plus souvent réalisé par traction animale. La mise en boue des parcelles basses et moyennes se fait par écoulement naturel de l eau des canaux tertiaires dans les parcelles : des brèches sont faites dans les diguettes à cette fin. Par contre, pour les parcelles hautes, il faut utiliser soit une écope à trépied («cai gau song») ne nécessitant qu une seule personne, soit un panier à corde («cai gau dai») demandant deux personnes. Très peu de paysans sont équipés d une motopompe pour irriguer leurs parcelles. Cette mise en boue est faite avant le labour. Le niveau d eau dans la parcelle est ensuite contrôlé, et ajusté si besoin, tout au long de la culture. Si en première saison, il faut irriguer les parcelles, en deuxième saison, par contre, il faut les drainer suite aux importantes précipitations d été, et tout particulièrement les parcelles basses. Les principales opérations techniques sont la fertilisation, la première avant le repiquage, puis deux autres en cours de cycle, le sarclage et les traitements contre les insectes. Ces derniers sont déterminés par la coopérative. Des agents surveillent les cultures et un avertissement est lancé lorsque le niveau des insectes atteint un certain niveau. Les traitements sont plus fréquents lors de la deuxième saison. Que ce soit la fertilisation par le fumier ou les engrais chimiques, cette opération est effectuée à la main. La pulvérisation d insecticide se fait au pulvérisateur à dos. Le désherbage est réalisé le plus souvent à la main, les paysans utilisant ce passage dans les rizières pour vérifier les diguettes. Chaque hameau dispose d une personne en charge de la protection et surveillance des champs. La récolte se fait à la main, à l aide d une faucille. Si la batteuse automatique est disponible, le riz est battu sur place, puis le paddy est transporté à la maison pour le séchage alors que la paille est étalée sur la route, les digues et les places. Par contre, si le paysan n a pas eut accès à la batteuse automatique, le riz est mis en fagot et transporté par charrette, palanche ou camion jusqu au domicile où une batteuse plus rudimentaire est utilisée. De même que dans le premier cas, la paille est mise à sécher. Le plus souvent, les paysans utilisent ces deux méthodes : ils ont une batteuse rudimentaire et louent la batteuse automatique du service agricole du hameau pour quelques sao. 42
4,5 homme jour 4 3,5 3 2,5 2 1,5 1 0,5 séchage, tri, stockage récolte insecticide entretien diguettes engrais désherbage repiquage arrachage préparation terre rizicole semis préparation terre pépinière 0 1 2 3 4 5 6 Figure 16 Calendrier de travail de la culture du riz Figure 17 Les deux type d'écope 43
Bien que les variétés aient des rendement variant de 180 kg/sao à 250 kg de paddy/sao et que le rendement de la deuxième saison soit plus faible que celui de la première, le rendement moyen utilisé dans les calculs et admis par tous les paysans est de 200 kg de paddy/sao. La production rizicole est destinée à la consommation familiale mais aussi à l élevage, en particulier porcin. Le surplus peut être vendu, mais peu d exploitations en dispose structurellement. La paille de riz sert soit à faire du feu pour la cuisine, soit comme aliment pour les vaches. Elle est stockée dans la cour, en meule. Elle est rarement brûlée sur les parcelles pour servir d engrais. Le son issu du décorticage est conservé comme aliment pour les animaux (volaille, porcin et bovin). b) Efficacité économique La majorité des travaux sont menés à la main et le temps de travail pour un sao de riz est de 13 jour.homme par saison. Cela représente 390 jour.homme par hectare et par saison. La surface maximale cultivable est donc de 0,4 hectares, soit 11 sao par personne. Le calendrier de travail présenté (figure 16) correspond à une parcelle de première saison pendant laquelle la pépinière est plus longue, ainsi que le cycle du riz. Les activités qui demandent le plus de temps dans un cycle rizicole sont la préparation du sol et les opérations post-culturales. L utilisation d un motoculteur pour le labour et le passage de la herse permet de diminuer le pic de travail que cela représente. Néanmoins, l agriculteur dispose de toute la période de pépinière pour mener à bien le labour et le hersage, aussi le pas de temps disponible n est-il pas contraignant (un mois à un mois et demi pour la première saison, deux à trois semaines pour la deuxième pour un travail de trois jour.homme). Par contre, les opérations postculturales sont incompressibles et directement influencées par les conditions climatiques, en particulier en ce qui concerne le séchage. Cette opération qui prend 2 jours dans des conditions favorables, peut se prolonger pendant une semaine en deuxième saison, lors que les pluies sont importantes. Le travail est réalisé par le couple d agriculteur, l emploi de main d œuvre extérieure est exceptionnel. Seules les exploitations louant des terres rizicoles supplémentaires, ou les exploitants ayant une activité extérieure, ont recours à des salariés. Par contre, l entre aide, familiale mais aussi entre voisins est importante. Ainsi le battage du riz est souvent effectué en groupe, la batteuse automatique servant pour plusieurs parcelles. Le repiquage est traditionnellement réalisé par les femmes, alors que les hommes prennent en charge le labour et le hersage. Par contre, la récolte implique toute la famille, enfants compris. Cette opération doit être menée à bien dans un pas de temps court : lorsque le riz est à maturité, Dans les calculs économiques (voir en annexe), la valeur de la paille de riz est prise en compte. En effet, ce sous produit est utilisé dans l exploitation et si l agriculteur n en disposait pas, il devrait acheter un substitut. Afin d estimer la production, rarement quantifiée par les paysans, nous avons estimé que 50% du poids d un plant de riz était du à la paille, laquelle se composait de 85% de matière sèche. Ainsi, pour un rendement moyen de 200 kg de paddy par sao, nous pouvons estimer le rendement en paille de riz sèche à hauteur de 170 kg par sao. Deux procédés de transformation permettent d augmenter le produit brut du riz : la distillation d alcool et la fabrication de vermicelles. Néanmoins, ces activités sont peu fréquentes dans le district, souvent limitées à quelques hameaux. Le tableau 10 compare les résultats économiques de la production de riz, d alcool et de vermicelle de riz. La transformation qui permet de tirer le plus de revenu de tout excédent de riz est la distillation d alcool. Néanmoins, il s agit aussi d un métier qui demande du temps et un investissement en matériel, ainsi que de maîtriser la technique. Certains paysans abandonnent d ailleurs cette production qui 44
est pénible. En effet, la culture du riz est tout d abord pour la consommation, rarement pour en tirer un revenu. QUANTITE ÉQUIVALENT EN PRIX (DONGS) PRODUIT BRUT PADDY (DONGS) 1 kg de paddy 1 kg 2 400 2 400 2,5 kg de vermicelle 1 kg 1 000 2 500 1 litre d alcool de riz 1 kg 5 000 5 000 Tableau 10 Comparaison des produits bruts du riz et des produits transformés 2. Les cultures sèches annuelles a) Diversité des espèces cultivées Les deux espèces principales de culture sèche sont le soja et l arachide, mais les paysans plantent aussi du maïs. Le maraîchage se développe ces dernières années, ainsi que le montre la figure 18. Néanmoins, ces cultures n ont pas les mêmes exigences en terme de sol, ce qui limite leur répartition dans l espace agricole. Ainsi, l arachide demande un sol sableux et léger, adapté au développement des gousses, hors ce type de sol est le plus rare dans le district. Les communes ne sont donc pas équivalentes, ne bénéficiant pas des mêmes terres dans les mêmes proportions, les communes de bord de fleuve disposant de plus de terres hautes que les autres. Les cultures sèches sont avant tout destinées à la consommation familiale et à l élevage, et les surplus éventuels sont vendus au marché. Exception notable, la culture de la tomate est orientée vers le commerce avec de la vente en gros à des négociants en plus de la vente au détail pour le marché local. À l inverse, la culture de pomme de terre est surtout destinée à la consommation familiale. Ces deux cultures sont aussi les plus importante en terme de surface pour le maraîchage avec respectivement 159 ha (15%) et 244 ha (23%) pour un total de 1 073 ha, c est pourquoi nous avons choisi de les modéliser. Enfin, la culture de manioc n existe que sur les terres de colline. Les cultures sèches étaient à l origine destinées à mettre en valeur les parcelles rizicoles pendant la saison hivernale, de septembre à janvier. Néanmoins, ces dernières années, elles se sont développées. Ainsi, la culture de soja peut être réalisée aux trois saisons. Quant au maïs et à l arachide, nous ne les retrouvons qu en première et troisième saison. C est pourquoi certaines parcelles rizicoles, sur terres hautes, sont mises en valeur par trois cultures sèches et que la culture du riz n y est plus pratiquée. De plus, certaines parcelles de jardin proches des maisons ou dans les cours sont destinées au maraîchage toute l année, avec des espèces comme les choux, les courges ou les épinards. b) Itinéraires techniques Les techniques culturales appliquées aux cultures sèches reposent majoritairement sur le travail manuel. La préparation du sol est identique pour les trois grandes espèces cultivées (arachide, soja et maïs) et est le plus souvent effectué à l aide de la traction animale. Après le labour et le passage de la herse qui enterrent les restes des précédents culturaux et ameublissent la terre, des billons de un mètre de large sont construits afin de quadriller la parcelle de canaux de 30 centimètres pour l eau. Ce travail se fait à l aide d une houe. Les sillons sont ensuite tracés, avec un espacement d environ 30 centimètres. Si la culture n est pas semée de suite, les paysans peuvent couvrir la parcelle de paille de riz afin de limiter le développement des adventices. Le plus souvent, les paysans font des cultures pures mais il arrive que certains associent le maïs et le soja. 45
1200 1000 800 ha 600 400 maïs soja arachide maraîchage 200 0 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 Figure 18 Évolution des surfaces de productions sèches à Tien Du (source : bureau du recensement 2004) Figure 19 Parcelles de soja, Canh Hung 46
Le maïs est semé tous les 60 à 70 centimètres, à raison d une graine par trou. Notons toutefois que la culture du maïs peut être réalisée dans le but de produire du fourrage vert pour les vaches laitières. Dans ce cas, la densité de semis est plus importante (intervalle de 40 cm). Pour le soja et l arachide, le semis est plus serré, avec un espacement de 20 centimètres environ. Les principales opérations pour les cultures sèches sont le sarclage et les traitements phytosanitaires. Le sarclage permet à la fois de désherber les parcelles et de rebuter si nécessaire, surtout pour les tubercules. Les insecticides sont de façon plus répétée pour la culture de tomate (un traitement par semaine après floraison) que pour le maïs. De même que pour le riz, un agent de la coopérative surveille les populations d insectes sur les parcelles d arachide, soja et maïs, et un avertissement est lancé si un traitement s avère nécessaire. La récolte est manuelle. Les pieds d arachide sont arrachés, et parfois, le paysan s aide de la houe pour déterrer légèrement les gousses. Le maïs et le soja sont coupés avec une faucille. Les racines sont laissées sur la parcelle afin de servir d engrais vert. La récolte est transportée à la maison, souvent par palanche, où il y a un tri. Les gousses d arachide sont étalées pour séchage, les plants de soja aussi. Après séchage, l arachide est écossée et le soja battu. La récolte est alors stockée en sac. Le maïs est égrené, les tiges et fanes sont séchées et conservées pour servir de fourrage. Les fanes d arachide et de soja sont aussi conservées sèches dans le même but. Les pommes de terre sont triées, les plus grosses sont vendues sur le marché local, les plus petites sont conservées pour la famille. Les tomates sont vendues localement ou à des négociants. c) Comparaison des cultures sèches annuelles L intérêt des productions sèches tient à la fois dans la production d aliments pour la famille que dans la source de revenus complémentaires qu elles offrent. Différents critères sont retenus afin de comparer les cultures sèches. Ils sont présentés dans le tableau 11. Si le soja et le maïs demandent le même temps de travail, l arachide et la tomate sont elles des cultures demandant un investissement important en travail. Néanmoins, la culture de tomate assure une bonne rémunération du travail, ce qui n est pas le cas pour l arachide. Les calendriers de travail présentés (figure 20 et 21) sont deux exemples extrêmes. Ainsi, la culture du maïs est l une des moins intensive en travail, alors que la culture de la tomate est celle qui demande le plus d investissement en temps. Notons d ailleurs qu il est possible pour un actif de travailler presque 4 fois plus de surface de maïs que de tomate. De plus, alors que le travail à accomplir est réparti uniformément tout au long du cycle pour le maïs, le cycle de la tomate présente une demande de travail croissante, avec un pic de travail lors de la récolte. Néanmoins, lors de la période de récolte des tomates, en décembre, il y a peu d autres travaux agricoles à réaliser. Le travail est majoritairement réalisé par les femmes, en particulier tout ce qui concerne les cultures maraîchères. De même que pour le riz, certains foyers font de la transformation de produits agricoles. Il s agit ici du soja qui peut être utilisé pour faire du tofu. Cette activité est traditionnellement réalisée dans une commune de la zone 3. Il faut compter 1,4 kg de soja pour faire 18 morceaux de tofu à 800 dôngs le morceau. Ainsi, pour un sao de soja, la hausse de valeur ajoutée brute lorsque toute la production est transformée est de 233 000 dôngs. Néanmoins, cela demande un investissement en temps (10 heures pour transformer 1,4 kg de soja) qui ne justifie pas, pour beaucoup de paysans, l augmentation de valeur ajoutée. 47
Culture Temps de rendement Surface Productivité de la Productivité travail par (kg/sao) maximale terre travail cycle (hj) par personne (sao) (dôngs/sao) (dôngs/hj) Maïs 5,7 200 26 367 500 64 474 Soja 5,6 60 21 341 000 60 893 Arachide 15,5 100 10 556 500 35 903 Tomate 17,1 1 200 7 2 152 200 125 860 Pomme de terre 9,1 400 10 1 108 000 121 758 Manioc 6,8 300 35 383 000 55 912 Tableau 11 Comparaison des cultures sèches annuelles du homme jour 1,8 1,6 1,4 1,2 1 0,8 0,6 0,4 0,2 séchage, tri, stockage récolte insecticide engrais sarclage semis préparation terre 0 1 2 3 4 Figure 20 Calendrier de travail du maïs, pour un sao (source : les entretiens) 8 homme.jour 7 6 5 4 3 2 1 vente récolte arrosage tuteurage et taille engrais sarclage insecticide semis préparation terre 0 1 2 3 4 Figure 21 Calendrier de travail de la tomate, pour un sao (source : les entretiens) 48
3. Les cultures pérennes Dans le district, deux grands types de cultures pérennes sont présents. Il s agit des arbres fruitiers et de l herbe à éléphant (Pennisetum purpureum). L herbe à éléphant est une nouvelle culture pour le district, datant des premières vaches laitières (1995). Se reproduisant par multiplication végétative, cette herbe est adaptée aux climats tropicaux et subtropicaux. Les boutures sont plantées pour 2 à 5 ans selon le type de sol, bien que cette culture ne se fasse que sur les terres hautes pour les terres dedans. Lorsque la culture est sur les bourrelets de berge, la culture est mise en place sur les terres les plus hautes, celles qui ne sont pas inondées toutes les années. Avant de remettre la parcelle en herbe à éléphant, les paysans plantent fréquemment une saison de soja. Le période pour bouturer est au printemps (février ou mars) ou en début d automne (septembre). Il s agit des boutures des pieds précédents. Le sol est préparé à la houe, en billons de 30 centimètres de large. Les boutures sont plantées à 20 centimètres d intervalle, et fertilisées avec du fumier. Peu intensive en travail, la culture de l herbe à éléphant n a d autre intérêt que de fournir des fourrages aux vaches laitières. Les éleveurs investissent donc peu en intrants. Ils ne traite pas l herbe contre les insectes et ne procèdent qu à un seul sarclage, après la coupe. L engrais principal, souvent unique, est le fumier. Les agriculteurs en épandent lors du bouturage puis après chaque coupe. L herbe à éléphant est coupée en moyenne huit fois par an. En été, la croissance est plus rapide, aussi il est possible de couper toutes les 3 semaines. À l inverse, en hiver, période où la croissance est ralentie, les coupes sont espacées de 2 mois. L herbe est transportée dès la coupe, pour une distribution aux vaches laitières immédiate. Le rendement moyen est de 8 t/sao/an (soit 240 t/ha/an) en matière fraîche. Lorsque les tiges sont trop dures, les paysans les broient. Des essais d ensilage d herbe sont menés sur le district, afin de parer à la pénurie de fourrage hivernale, due au ralentissement de la croissance de l herbe à éléphant. Les fruitiers sont surtout des bananiers, papayers, jambosiers, arbres à litchi et orangers. Si la majorité des foyers ont des fruitiers dans leur cour afin de disposer de fruits pour la famille mais aussi pour faire de l ombre, certains destinent leur production au marché. Les arbres sont alors plantés autour d une mare le plus souvent. L espacement varie de 2 mètres à 4 mètres pour les plus grosses essences comme le litchi. En plus des traitements contre les insectes, les arbres sont fertilisés avec un mélange de fumier, de chaux et d engrais chimique complexe NPK. Il faut replanter les bananiers tous les ans. Le tronc débité en petites tranches est utilisé comme aliment pour les bovins et les volailles. Par contre, les autres arbres n entrent en production qu au bout de trois à cinq ans et ne sont renouvelés que tous les 25 ans environ. 49
3 500 000 80 000 3 000 000 70 000 2 500 000 60 000 dôngs/sao/an 2 000 000 1 500 000 50 000 40 000 30 000 dôngs/jw productivité de la terre productivité du travail 1 000 000 20 000 500 000 10 000 0 2 riz puis friche 2 riz et mais 2 riz et soja 2 riz et arachide mais, riz, arachide arachide, riz, arachide arachide, riz, tomate soja, riz, soja arachide, riz, soja 0 Figure 22 Productivité de la terre et du travail des systèmes de culture rizicoles (source : les entretiens) dôngs/sao/an 2 000 000 1 800 000 1 600 000 1 400 000 1 200 000 1 000 000 800 000 600 000 400 000 200 000 0 arachide, soja, mais mais, soja, mais soja, soja, arachide soja, soja, mais soja, soja, pomme de terre 100 000 90 000 80 000 70 000 60 000 50 000 40 000 30 000 20 000 10 000 0 dôngs/jw productivité de la terre productivité du travail Figure 23 Productivité de la terre et du travail des systèmes "productions sèches" (source: les entretiens) 50
4. Comparaison des systèmes de culture a) Les systèmes à base de riz Les système de culture basés sur la culture du riz sont de deux types : soit avec deux cycles rizicoles, soit avec un seul en deuxième saison. Le cas d un seul cycle de riz suivi de deux saisons de friche est devenu extrêmement rare dans le district depuis les travaux sur le système d irrigation du district. Les systèmes à double saison rizicoles se retrouvent sur des terres plus basses que les systèmes avec une seule saison rizicole. La figure 22 présente la productivité de la terre de ces systèmes de culture, et la productivité du travail. En effet, le district de Tien Du a une densité de population de 1 200 hab/km 2, la pression foncière est importante, mais il est aussi en zone péri urbaine et le coût d opportunité de la main d œuvre n est pas nul. Néanmoins, si le système avec une culture maraîchère sort nettement du lot, il n apparaît pas de différence significative entre ces systèmes de culture à base de riz. Le choix du système de culture ne semble donc pas lié à des raisons économiques, mais plus fondé sur les débouchés et les utilisations des produits agricoles. Les systèmes avec le plus de productions sèches sont plus présents dans les zones 3 et 4. En plus de disposer d une surface supérieure de terres hautes propices à ces systèmes, ces zones sont celles où l élevage est le plus important. En effet, les sous produits agricoles (fanes d arachide, tiges et feuilles de maïs) sont utilisés comme aliment pour les bovins, et plus particulièrement les bovins laitiers. Enfin, le facteur social joue un rôle important. Les paysans sont attachés aux habitudes et à la continuité. Ainsi, si personne dans un hameau ne plante de maïs, ou même de troisième saison, les habitants acceptent cet état de fait et le perpétuent. b) Les systèmes de culture sans riz Ces systèmes sont présents uniquement dans la zone 4, là où l élevage laitier s est développé, et sur des terres hautes. La figure 23 présente les indicateurs économiques déjà utilisés pour les systèmes rizicoles. Hormis le système avec culture de pomme de terre, le système présentant la meilleure productivité est celui avec de l arachide. Mais cette culture est exigeante au niveau des sols. Elle demande en effet un sol léger, or ce type pédologique est rare dans le district où l argile prédomine. De même la culture de la pomme de terre. Si ces systèmes sont peu présents, cela tient tout d abord à des raisons pédologiques, mais aussi à des raisons de sécurité alimentaire. En effet, il est primordial pour les paysans de produire leur propre riz, cette céréale étant la base de l alimentation. Peu de foyers se déclarent prêts à abandonner la culture du riz. De plus, ils n en ont pas la possibilité, les parcelles étant menées de façon homogène au sein d un carré d irrigation, et peu de culture supportant une mise en boue de 4 mois. Bien que le maraîchage permette de dégager des revenus plus importants, c est au prix d un investissement en travail important et peu de foyers investissent dans ces cultures à une échelle commerciale. La principale source de revenu, mais aussi le principal facteur de différenciation actuel des exploitations est l activité d élevage. 51
Figure 24 Calendrier d'occupation des sols (source : les entretiens) 8000 7000 6000 nb de tete 5000 4000 3000 2000 1000 0 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 buffles vaches vaches laitieres Linéaire (vaches laitieres) Figure 25 Évolution du cheptel bovin et bubalin dans le district (source : bureau du recensement, 2004) Figure 26 Les deux types de bovin dans le district : à gauche laitier, à droite Lai Sind pâturant sur la digue 52
B. LES SYSTEMES D ELEVAGE 1. Les bovins et bubalins a) Ressources fourragères Ainsi que le montre la figure 24, les terres agricoles offrent des ressources fourragères pour le bétail. En effet, peu de parcelles sont cultivées toute l année, mis à part pour la culture de l herbe à éléphant. Aussi les périodes d inter culture permettent la vaine pâture, pratique favorisée par la conduite homogène des cultures au sen d un carré d irrigation. Les agriculteurs laissent en effet leurs animaux sur les parcelles dès la fin de la récolte. Ainsi, pendant le mois de juin, toutes les parcelles sont récoltées et accessibles pour le bétail, tant les bovins que les bubalins. Il n y a alors que peu de surveillance. Par contre, en hiver, certaines parcelles sont cultivées. Si cela ne représente que peu de surface, cela impose plus de surveillance des animaux. Les digues sont accessibles et utilisées toute l année, de même les bords de route et les cimetières. Les alentours des briqueteries, implantées sur des terres d alluvions proches de la digue, ne sont jamais cultivés. Selon les agriculteurs, les fumées sont néfastes aux cultures. Ces surfaces sont donc des pâturages, à la fois pour le bétail et pour les chevaux utilisés par les briqueteries. La crue n atteint que tardivement ces terres et non systématiquement. b) L élevage bubalin, un élevage en perte de vitesse Animal de traction par excellence du temps de la collectivisation, le buffle est de moins en moins présent dans le district, ainsi que le montre la figure 25. Les bubalins sont des animaux puissants mais cette caractéristique n a plus la même importance aux yeux des agriculteurs, qui peuvent aujourd hui louer un motoculteur. Peu sensibles aux maladies, les bubalins souffrent néanmoins de la chaleur et ils doivent se baigner fréquemment en été. Enfin, ils sont moins fertiles que les bovins, avec deux mises bas tous les 3 ans en moyenne. Or suite à la moto mécanisation, les agriculteurs souhaitent pouvoir vendre des produits animaux (bufflons et veaux) plus que de disposer de force de travail. L élevage des buffles demande peu de technique. En effet, l alimentation se compose principalement d herbe pâturée et de paille de riz. Les buffles sont conduits pâturer les digues, diguettes, bords de routes tous les jours. Il s agit de gardiennage, les buffles n étant pas mis au piquet. Les zones de pâture (digues, diguettes et berges de fleuve) sont exploitées en commun par les habitants d un même hameau mais chacun reste en charge de ses animaux. Il n y a pas désignation d un responsable chargé de la surveillance de tous les animaux. Ainsi, l activité de surveillance demande de disposer de main d œuvre toute l année. La reproduction se fait par monte naturelle. La mise à la reproduction se fait à 2 ans. Les buffles sont vaccinés une fois par an, lors des campagnes de vaccination organisées par le district. Le plus souvent, les buffles ne sont pas vermifugés. Les bufflons sont vendus à l age de 18 mois, soit pour la boucherie, soit aux voisins pour le travail des champs. Actuellement, le débouché principal est la boucherie, peu de paysans souhaitant investir dans un buffle. Si il existait des foyers élevant 3 ou 4 buffles afin de pouvoir louer cette force de travail pour le labour, aujourd hui, les quelques foyers qui ont encore des buffles n en ont plus qu un. Souvent, il s agit d une tradition familiale, la famille élevant des buffles depuis la fin des coopératives, voir même pendant l époque collective. Les bubalins sont mis au travail 53
dès l age d un an. Lors des périodes de labour (janvier, juin et novembre), les animaux travaillent le matin et pâturent l après midi. Hors ces périodes, les animaux sont à l étable toute la matinée. L étable est nettoyée tous les jours, le fumier est stocké dans une fosse soit à la maison, soit au champ. c) L élevage bovin pour le travail L utilisation des bovins pour le travail est en pleine expansion au dépends de l utilisation des bubalins. Mais une évolution de ces dernières années porte sur la race utilisée. Si la majorité du troupeau se composait de vaches Jaunes Vietnamiennes en 1980, la race Lai Sind la supplante progressivement. Les exigences des paysans ont changé : ils veulent des animaux plus grands, plus gros, produisant des veaux plus lourds. De plus, des animaux plus grands sont plus aptes à tirer des charrettes. En effet, la moto mécanisation permet aux paysans d utiliser des motoculteurs pour le labour, mais le transport des intrants, des semences et des produits agricoles se fait toujours par traction animale. Les foyers possèdent rarement plus d un bovin. L alimentation des bovins est plus poussée que celle des bubalins, bien que toujours basée sur les herbes spontanées des digues et berges de fleuve. Les buffles et les vaches paissent sur les mêmes pâtures, mais les bovins sont aussi menés à la corde au bord des routes et des parcelles. Les rizières deviennent une zone de vaine pâture libre d accès après la récolte. Les animaux ne sont pas surveillés pendant cette période, aucune culture ne risquant d être détruite. En plus de l herbe pâturée, la vache reçoit du son de riz et des légumes (en particulier le manioc et les patates douces). Parfois, au moment du vêlage, les paysans préparent une «soupe de riz» qu ils distribuent en trois repas au lendemain du vêlage. Les animaux sont vaccinés tous les ans, au cours des mêmes campagnes que les buffles. Les bovins sont vermifugés tous les ans, ou tous les deux ans selon les familles. La reproduction se fait soit par monte naturelle, la plupart des hameaux disposant d un taureau, soit par insémination artificielle à l âge de 18 mois. Le coût est similaire. De nombreux foyers utilisent indifféremment l une ou l autre méthode selon les années. Après le vêlage, la vache et son veau restent toujours ensemble et tout le lait est destiné au veau. Ceux-ci sont destinés à la boucherie, bien que les veaux femelles puissent aussi être vendus aux voisins. Le sevrage a lieu à 6 mois et les veaux sont vendus tout de suite après. Pour renouveler leur bovin, les foyers gardent un veau femelle lorsque leur vache atteint environ 15 ans. Mais les foyers qui ont beaucoup de surface à cultiver peuvent renouveler leur vache au bout de 2 ans. d) L élevage bovin laitier Présent dans 9 communes du district, l élevage laitier ne cesse de se développer. Si les plus grosses exploitations laitières en 1995 comptaient 2 à 3 vaches, le district comprend à présent des exploitations laitières de 10 vaches en production. Le nombre moyen de vaches laitières par exploitation varie de 3 à 5 vaches en production. Le plus souvent, 1 à 2 génisses sont élevées afin d assurer le renouvellement, mais aussi l augmentation du troupeau et du niveau de production. L alimentation se base sur l herbe à éléphant, avec une complémentation avec des concentrés (maïs et soja). Le tableau 12 compare l alimentation pour les bovins laitiers et locaux. La catégorie «sous produits agricoles» comprend les tiges et feuilles de maïs et les fanes d arachide. L alimentation est distribuée trois fois par jour, l herbe à éléphant est coupée quotidiennement puis distribuée. Les tiges les plus grosses sont broyées. La majorité des éleveurs laitiers disposent de parcelles de maïs et de soja 54
afin de subvenir aux besoins de leurs vaches mais cela n est le plus souvent pas suffisant. Les dépenses alimentaires sont importantes pour l élevage laitier malgré la valorisation des sous produits agricole type fane d arachide et tige de maïs. La période critique pour l alimentation des vaches est en hiver, de novembre à février. En effet, l herbe à éléphant pousse moins et la production n est plus suffisante pour couvrir les besoins du troupeau. Ainsi, si on estime qu il faut 2 sao d herbe à éléphant pour nourrir une vache laitière en production en été, il en faut le double en hiver. Les éleveurs doivent alors couper des herbes spontanées sur les digues, ce qui représente beaucoup de travail. Souvent, l après midi est destiné à cette activité. Au niveau équipement, rare sont ceux qui ont construit une étable lors de l achat des vaches. Il s agit le plus souvent de l ancienne porcherie rénovée. La traite se fait à la main, et le lait est stocké dans des bidons le plus souvent en plastique. Les mieux équipés disposent de bidons en aluminium. La durée de lactation est de 10 mois en moyenne, suivie de 3 mois de tarissement. La production quotidienne d une vache oscille entre 10 et 14 litres de lait. Les variations sont dues au type génétique, une vache F1 produisant moins qu une vache F2. Il y a aussi une différence entre la première lactation et les autres, la vache étant moins productive en première lactation. La reproduction se fait par insémination artificielle. Les semences proviennent du centre de Moncada à Ba Vi, via les services vétérinaires provinciaux et du district. Les vaches sont vaccinées avant la première gestation puis le sont rarement. En effet, la majorité des paysans craignent de faire vacciner leurs vaches lorsqu elles sont pleines. Ils pensent que cela présente trop de risque (mort du fœtus voir de la vache). Les campagnes de vaccination du district sont destinées à tous les animaux, bovins laitiers y compris. Mais elles suivent des calendriers précis qui ne tiennent pas compte de l état physiologique des animaux. Or il arrive fréquemment que les vaches laitières soient pleines au printemps et en automne, période des ces campagnes. Les éleveurs sont toutefois disposés à vacciner leurs vaches mais par un service personnalisé, avec déplacement d un vétérinaire sur place. Pour l instant, cela ne se fait que rarement, le vétérinaire ne se déplaçant que pour soigner les maladies (mammites ou autres). Les vaches sont vermifugées en général une fois par an. Les vêlages ont lieu indifféremment toute l année. Mais nombreux sont les éleveurs qui souhaitent les concentrer soit au printemps, lorsque l herbe est abondante pour nourrir les vaches, soit en automne pour que le tarissement coïncide avec la période où les vaches mangent moins à cause de la chaleur. Pour les besoins de l étude, nous avons considéré un vêlage en avril, ce qui nous est apparu comme le plus fréquent dans le district. Les veaux mâles sont séparés de la vache dès le deuxième jour et vendu à la boucherie. Les veaux femelles sont aussi séparés de la mère mais sont gardés jusqu à 6 mois, âge du sevrage. Les génisses sont alors soit vendues à d autres éleveurs désireux d augmenter leur troupeau laitier ou de se lancer dans la production, soit conservées au sein de l exploitation. Les animaux restent dans l étable toute la matinée. L après midi, les vaches sortent en moyenne 3 heures, soit sur les terres autour des briquteries pour les communes disposant de ces ressources, soit sur les diguettes et dans les cimetières. L étable est nettoyée tous les jours à grande eau après ramassage des bouses. Les vaches sont aussi lavées tous les matins, sauf en hiver si les températures sont trop basses. 55
Aliment Vache Holstein Frisonne Vache Lai Sind Herbe à éléphant Herbe spontanée en hiver, en complément Paille de riz pour le tarissement et les génisses Sous produits agricoles en hiver en complément toute l année selon disponibilité Maïs broyé Soja Drèches de brasserie Son de riz pour les génisses et le tarissement Légumes parfois des carottes chez quelques éleveurs patate douce, manioc, taro Minéraux Tableau 12 Comparaison de l alimentation des bovins laitiers et locaux (source : les entretiens) non distribué distribué 80000 70000 60000 nombre de porc 50000 40000 30000 20000 10000 0 96 97 98 99 2000 2001 2002 2003 Figure 27 Évolution du nombre de porc à Tien Du (source: bureau du recensement, 2004) 56
2. Les porcins a) Les porcs charcutiers Il s agit de l élevage traditionnel des familles vietnamiennes. Peu de foyer n élève pas de porc et même lors de la collectivisation cet élevage était toujours présent au sein des familles. Ainsi que le montre la figure 27, le cheptel porcin du district est en constante augmentation depuis 1996. Alors qu au temps de la collectivisation, une famille ne pouvait élever que 2 à 4 porcs une à deux fois par an, actuellement, une famille moyenne élève 6 à 10 porcs charcutiers deux fois par an. Néanmoins, cela peut varier en fonction des capacités financières du foyer et des conditions du marché. Le district compte aussi quelques élevages qui ont développé leur activité d engraissement, avec plus de 60 porcs charcutiers par an. La méthode d élevage reste celle qui existait dans les années 70 mais les races de porcs ont changé. Alors qu il s agissait de porcs Mong Cai ou chinois il y a 20 ans, les paysans recherchent actuellement des porcs croisés exotiques comme Landrace ou Yorkshire. La viande, plus maigre, correspond mieux à la demande du marché de consommation urbain. En effet, l élevage de porcs est destiné à la vente. L achat des porcelets constitue un placement de capital pour le foyer. Les porcelets sont achetés à l âge de 2 mois au marché local et engraissés pendant 4 à 6 mois. Les animaux finis dont vendus soit au boucher local, soit à un négociant. L alimentation des porcs se base sur le riz et son de riz ainsi que les restes des repas. Dans les exploitations où l élevage est plus important, il y a achat de concentrés du commerce, plus rarement dans les élevages de taille plus restreinte. Les animaux restent dans la porcherie toute la journée. Elle est nettoyée une à deux fois par semaine et le lisier est stocké dans une fosse située soit à la maison, soit au champ. Les porcs ne sont pas vaccinés ou vermifugés. b) Les truies Bien que moins présent dans le district, l élevage de truie se développe ces dernières années. Cela est du à la fois à l amélioration des rendements rizicoles, permettant de nourrir une truie toute l année, et à l expansion des activités extra agricole et en particulier des activités de transformation agricole, les truies valorisant les sous produits. L élevage de truie est considéré comme «technique et difficile» par les agriculteurs du district. Les truies sont de race Mong Cai. Les foyers ont rarement plus d une truie, à moins de s orienter vers cet élevage, auquel cas on peut trouver jusqu à 5 truies. Pour se lancer dans cette production, les paysans achètent la truie à l âge de3 mois et la mise à la reproduction est à 7 mois. Cela se fait à la fois par insémination artificielle et monte naturelle. L activité d élevage de verrat est traditionnellement le rôle de certains foyers mais tend à disparaître. En effet, les paysans ne veulent plus produire des porcelets purs Mong Cai, ce qui favorise l insémination artificielle. La truie est réformée après 20 à 30 mises bas, soit vers l âge de 10 ans. En effet, une truie dans les systèmes d élevage familiaux du district peut mettre bas deux fois tous les trois ans à deux fois par an. La taille d une portée varie de 12 à 18 porcelets. Les porcs sont vendus à divers âges. Ainsi, si la truie a une portée de 18 porcelets, cela représente une charge trop importante et de 4 à 6 porcelets sont vendus à deux jours. Puis, suivant les besoin en trésorerie mais aussi en fonction des capacités d alimentation du foyer, certains porcs peuvent être vendus au sevrage, à 1,5 mois, soit au boucher soit aux voisins pour engraissement. Enfin, la majorité des porcs est 57
engraissée jusqu à 6 ou 8 mois. Ils sont alors vendus soit au boucher soit à un négociant. L alimentation d une truie se base sur le riz et le son de riz, comme pour les porcs charcutiers. Elle a aussi des légumes (liseron d eau). Lors de la période d allaitement, la truie bénéficie souvent de concentré afin qu elle produise plus de lait. Sinon, la quantité de riz augmente, passant de 1 kg à 2. Les porcelets sont sevrés à deux mois et déplacés dans une autre case. Leur alimentation est alors basé sur le même schéma que celle de la truie, bien que l utilisation de concentré semble prendre de plus de plus d importance en complément du riz. Bien que les animaux soient en général maintenus dans la porcherie, il arrive que les truies (avec leur portée ou lorsqu elles ne sont pas suitées) sortent et fouissent dans les alentours du village. La porcherie est nettoyée toue les semaine lorsque seule la truie l occupe, puis tous les jours lorsque les porcelets sont nés. La truie est vermifugée et vaccinée avant la première saillie. Par la suite, elle est vermifugée deux fois par an, en même temps que les porcelets. Ils sont eux vermifugés après le sevrage. À la naissance, Le paysan coupe les dents des porcelets avec une tenaille et leur fait une injection de fer afin de les fortifier. Après 20 jours, les porcelets sont vaccinés. 3. Les petits élevages a) L aviculture L élevage avicole a subi de plein fouet la crise de la grippe aviaire et le cheptel du district a fortement diminué au début de l année 2004. Il se reconstruit progressivement. Il s agit le plus souvent d un élevage de basse cour, avec quelques dizaines de poules et de canards. Les productions (poulets, œufs et canards) sont majoritairement destinées à la famille. En cas de surproduction par rapport aux besoins, les produits sont vendus aux voisins ou au marché. Il existe néanmoins quelques élevages intensifs avicoles avec des ateliers de poules pondeuses, de canards de chair et de poulets de chair. Un nouvel élevage se développe depuis 2001, l élevage de canard de Barbarie. Ces animaux sont plus gros et plus recherchés que les canards communs. Le prix de vente de la viande de canard de Barbarie atteint 25 000 dôngs/kg alors que pour du canard courant, il n est que de 15 000 dôngs/kg. Certains foyers élèvent des cailles, des pigeons et des dindes, mais cela reste anecdotique. Dans notre étude, l élevage qui nous a paru le plus intéressant est la production d œufs de poule. Il s agit en effet de l activité d élevage avicole intensif qui est le plus présent dans le district. Composé de 1 000 poules pondeuses, cet élevage demande peu de surface puisque toute l alimentation est achetée à l extérieur. Les poussins sont achetés à quelques jours dans un grand centre du district voisin et les poules commencent à pondre à 4 mois. Elles sont vendues au bout d un an, par lot de 500, à 4 mois d intervalle. De l achat à 2 mois, les poussins demandent un soin particulier avec des vaccins réguliers. La vente des œufs a lieu deux fois par semaine, un négociant se déplaçant pour les collecter. Le poulailler est nettoyé tous les deux jours. L alimentation des poules se compose uniquement de concentré du commerce, avec des formules différentes selon les âges. 58
b) La pisciculture L activité de pêche est très fréquente dans les exploitations du district sous deux formes. Tout d abord, il s agit le plus souvent de pêche dans les canaux d irrigation ou les mares communes. Mais la pisciculture prend de l ampleur ces dernières années avec la mise en place d une activité plus intensive, avec apport d aliments et gestion du stock de poisson des mares. Ainsi se met un place un production entièrement tournée vers le commerce, la production étant trop importante pour la seule consommation familiale. Les mares gérées ainsi sont alors empoissonnées tous les ans avec des carpes, des brochets, des labéos et des hypophtalmichtys principalement. Les alevins sont achetés au centre aquacole de Bac Ninh. Le principal intrant dans les mares est le fumier, la consommation journalière pouvant atteindre 100 kg/jour si le paysan dispose d une source importante. Le fumier le plus apprécié est celui des vaches laitières. En effet, elles sont mieux nourries que les autres animaux et leur fumier est plus riche. Néanmoins, n importe quel type de fumier disponible est utilisé. Si le foyer ne produit pas assez de fumier pour les poissons, il y a achat à l extérieur. En plus du fumier, il y a apport de maïs et de chaux si l eau de la mare est trop acide. Pour vendre les poissons, il faut vider les deux tiers de la mare à l aide d une pompe. La majorité des pisciculteurs ont investit dans une pompe bien qu il soit possible d en louer auprès des services et des coopératives. Une fois par an, les négociants viennent et achètent la production pour alimenter le marché de Hanoi. Après la vente, la mare est entièrement vidée afin de pouvoir l assainir avec de la chaux. 4. Analyse comparative des systèmes d élevage Le choix d un atelier élevage au sein d une exploitation repose tant sur des critères de préférence personnelle et de surface disponible que sur des critères de rentabilité. Ainsi, la diversité des systèmes d élevage présentée précédemment peut être analysée et comparée selon différents critères. La figure 28 présente la productivité du travail des systèmes d élevage. Si un élevage produit une forte valeur ajoutée mais au prix d un investissement en travail très important, le facteur travail devient limitant pour l expansion de l atelier considéré. L élevage laitier présente une relativement faible productivité du travail par rapport aux élevages porcins. En effet, cet atelier a pour caractéristique une contrainte de travail importante : la traite biquotidienne. L élevage de bovin local, produisant autant de valeur ajoutée que l élevage porcin est aussi affecté par des contraintes de travail importante : il s agit cette fois du gardiennage, activité occupant 4 heures par jour toute l année. De plus, cette activité est indépendante du nombre d animaux. Ces deux systèmes d élevage sont ceux qui demandent le plus d investissement en travail, ainsi que l illustre la figure 29. Néanmoins, comparativement aux autres systèmes d élevage, l élevage laitier est le seul à fournir un revenu régulier toute l année par la vente du lait. Cela permet d assurer une certaine stabilité et sécurité pour la famille alors que la vente ponctuelle des porcs est plus aléatoire au niveau rentabilité. Si le prix de la viande de porc a chuté, le revenu escompté n est pas atteint. 59
140000 120000 100000 VND/jW 80000 60000 40000 20000 0 1 VL 1 Lai sind 6 porcs 2 fois par an 1 truie, 2 mises bas pisciculture (1 sao) aviculture (1000 pondeuse) Figure 28 Productivité du travail des systèmes d'élevage (source : les entretiens) 450 400 350 homme.jour 300 250 200 150 100 50 0 VL Lai Sind 12 porcs par an truie pisciculture (1 sao) aviculture (1000 poules) Figure 29 Temps de travail nécessaire par an (source : les entretiens) 60
C. LES SYSTEMES DE PRODUCTION 1. Présentation Dans notre zone d étude, nous avons identifié 8 systèmes de production issus de l histoire agricole et des conditions du milieu. Afin de pourvoir modéliser et comparer ces systèmes, nous avons défini leurs caractéristiques au niveau des systèmes de culture et d élevage. Celles-ci sont présentées dans le tableau 13. Les systèmes de production sont les suivants : Système de production 1 : couple de personnes âgées avec peu de surface et peu d élevage. Système de production 2 : foyer installé après 1993, l un des membres du couple travaille à l extérieur, élevage intensif de volaille. Système de production 3 : orientation vers la riziculture avec location de terres supplémentaires, présence d un animal de trait. Système de production 4 : diversité à la fois dans les cultures et l élevage. Système de production 5 : orientation vers l élevage porcin avec 60 porcs charcutiers par an. Système de production 6 : orientation vers l élevage porcin avec 3 truies. Système de production 7 : orientation vers l élevage laitier avec 4 à 5 vaches, pas d autre élevage. Système de production 8 : élevage laitier avec 2 à 3 vaches et porcin avec 6 à 10 porcs charcutiers par an. Au vu de la problématique orientée élevage laitier, nous avons choisi de présenter dans le détail 4 systèmes de production, en insistant particulièrement sur les systèmes laitiers. a) Deux exemples de systèmes de production diversifiés Le système de production 3 est orienté vers les cultures. Le but est de produire du riz pour la vente. Ainsi, il y a location de 4 à 10 sao de terre supplémentaire, soit auprès de la coopérative, soit auprès des voisins. Le plus souvent, il s agit d une combinaison des deux. Dans ce système, il y a élevage d un animal de trait, soit un bubalin, soit un bovin, et c est la présence de cette force de travail qui permet de mettre en valeur toute la surface de l exploitation. Le plus souvent, il y a aussi un élevage de quelques porcs (12 à 20 par an). Plus rarement, cet élevage porcin est mené avec une truie. L étable et la porcherie forment un seul bâtiment, dans la cour. L élevage d un animal de trait n est pas une activité nouvelle, le premier ayant généralement été acquis dès la fin des coopératives. Il s agit le plus souvent d une vache Lai Sind, présentant l avantage par rapport à un taureau de produire des veaux. Il y a parfois eut une évolution au cours du temps, avec tout d abord l élevage d une bufflonne puis d une vache après quelques années. Leur alimentation n est liée à aucune culture en particulier. En effet, ces animaux mettent en valeur les digues et diguettes et ne reçoivent pas de concentré. Mais malgré la présence d une vache, le tracteur de la coopérative travaille quand même les terres basses et moyennes, la vache assurant des labours et hersage supplémentaires, ainsi que la préparation des terres hautes. 61
SP 1 SP 2 SP 3 SP 4 SP 5 SP 6 SP 7 SP 8 nombre de personne 2 4 5 5 5 5 5 5 surface totale (sao) 2 4 16 10 10 10 14 11 surface distribuée 2 4 10 10 10 10 10 10 (sao) surface louée (sao) 6 4 1 les cultures (sao) terres basses à moyennes 2 saisons de riz terres moyennes à hautes 2 saisons de riz 1 saison sèche terre haute 2 saisons sèches 1 saison de riz terre haute 3 saisons sèches terre haute herbe a éléphant l'élevage effectif (tête) 2 3 10 6 8 8 4 2 2 porcs à l'engrais Tableau 13 Caractéristiques des systèmes de production 4 2 2 3 1 3 2 1 000 poules pondeuses 12 porcs à l'engrais 1 vache Lai Sind 12 porcs à l'engrais 60 porcs à l'engrais 3 truies reproductrices 2 8 4 4 vaches laitières 6 porcs à l'engrais 2 vaches laitières Figure 30 Travail de la terre rizicole 62
La riziculture est primordiale dans ce système puisqu il y a vente du riz. Les productions sèches sont relativement peu présentes, bien que l on trouve quelques parcelles ne portant jamais de riz. Ces parcelles destinées à la production sèche assurent surtout la production d arachide pour la vente, et de soja. La culture de maïs n est pas présente. Le maraîchage est présent à la fois dans les jardins des cours que sur quelques petites parcelles proches des habitations. Mis à part les pics de travail dus à la récolte et à la préparation de la terre, ce système permet de conserver du temps pour une activité extra agricole. Il s agit le plus souvent d artisanat, avec fabrication de paniers ou de boîtes d allumettes. Cela offre une autre source de revenu au foyer. De plus, il s agit d activités n occupant que les mois «creux», entre le semis et la récolte. Le système de production 4 quant à lui comporte un atelier porcin développé. Une certaine diversité se maintient au niveau des cultures. Il ne s agit pas d une exploitation spécialisée porcine avec un élevage hors sol bien que certaines exploitations semblent prendre cette option de développement. L élevage compte de 50 à 100 porcs charcutiers par an. L alimentation est assurée principalement par du concentré du commerce, bien que les restes de la famille soient aussi utilisés ainsi que le son de riz. Mais les surfaces disponibles ne permettent pas de nourrir les porcs uniquement avec les productions végétales du système. Bien que quelques exploitations de ce type louent de la terre en plus, ce n est pas le cas le plus courant du fait du manque de main d œuvre et de force de travail. Il n y a pas de vache ou de buffle pour assurer le travail de la terre ainsi que le transport des intrants et produits. La double saison de riz sans troisième saison est le mode de mise en valeur principal dans ce système de production. Avec peu de terres hautes (ressource limitée dans le district) et les cultures sèches n étant pas une production importante pour l élevage du système de production, les quelques parcelles cultivées en hiver portent du soja et des cultures maraîchères. b) Deux systèmes de production laitière Le type d élevage laitier le plus ancien correspond au système de production 7. Avec 5 actifs en moyenne, la surface disponible suite à la distribution de 1993 est de 10 sao. Mais en raison de la présence d un atelier lait, il y a location de terres hautes destinées à la culture d herbe à éléphant. La surface louée dépend tout à la fois de la localisation géographique de l exploitation que des capacités financières du foyer. Ainsi, une exploitation de ce type située dans un hameau disposant de beaucoup de terres hautes aura plus de facilité d accès à celles-ci. La terre est louée soit aux voisins, soit à la coopérative. Pour nourrir une vache laitière, il faut disposer d au moins 2 sao d herbe à éléphant. Mais cela ne suffit qu en saison d été, lorsque la pousse de l herbe est rapide. En hiver, de décembre à mars, les paysans considèrent qu il faut plutôt 4 sao par vache. La mise en place d un atelier lait entraîne le plus souvent la rénovation de la porcherie. En effet, construire une étable neuve représente un investissement important, souvent trop important pour les foyers concernés. Néanmoins, certaines exploitations passent ce cap une fois l élevage installé, après quelques années. Rénover la porcherie consiste principalement à rehausser le toit. Le seul autre investissement en matériel porte sur les abreuvoirs et les bidons pour stocker et transporter le lait. Les abreuvoirs sont à niveau constant avec flotteur, ce qui simplifie les travaux de l éleveur : il n est pas nécessaire de surveiller le niveau de l eau et de remplir l abreuvoir. Les bidons sont soit en plastique, soit en aluminium. 63
8 sao d herbe à éléphant 2 sao de cultures sèches (2 soja et un maïs) 4 sao de riz 11,52 tonnes de matière sèche Soja grain: 216 kg de matière sèche Maïs grain: 360 kg de matière sèche Paille de riz (1 280 kg de matière sèche) 4 vaches laitières 1 600 kg de paddy Famille de 5 personnes Figure 31 Devenir des cultures au sein du système de production 7 Figure 32 Production annuelle d'une vache laitière 64
Le cheptel laitier varie de 3 à 5 vaches en production selon les exploitations. L achat des vaches représente un investissement initial important, une génisse de 18 mois coûtant 13 à 14 millions de dôngs. Néanmoins, vu le long laps de temps pendant lequel elles restent dans l exploitation (les vaches achetées en 1995 sont toujours en production après 9 ans, et les éleveurs n ont pas l intention de les vendre), l amortissement de l achat est négligeable. Les génisses naissant sur l exploitation sont conservées et cela assure l augmentation du troupeau. Cela étant, peu d exploitation de type 7 souhaite avoir plus de 5 vaches en production, pour des raisons de temps de travail. En effet, il s agit le plus souvent d un couple âgé de 40 à 50 ans en charge de l élevage laitier. Les enfants qui sont toujours à la maison vont probablement s installer dans quelques années, ce qui fera moins de main d œuvre. Les génisses peuvent aussi être vendues, ce qui assure une rentrée d argent utilisée souvent pour payer les études des enfants ou leur installation. Pour nourrir un troupeau de 4 vaches laitières en production, en plus des 8 sao d herbe à éléphant, il faut produire du soja et du maïs grain. Si certaines exploitations disposent de suffisamment de terre pour les productions sèches, la majorité doit acheter ces produits à l extérieur. En plus de l herbe à éléphant distribuée, la ration quotidienne d une vache en production se compose de 5 kg de maïs en grain broyé, 600 g de soja en grain, 6 à 7 kg de drèches de brasserie et 100 g de minéraux. Une telle ration suppose donc qu une vache laitière consomme 1 500 kg de maïs grain et 180 kg de soja grain par lactation de 10 mois. Dans le système de production 7, en plus des 8 sao de surface en herbe à éléphant, 2 sao dont cultivées en soja (2 saisons) et maïs (1 saisons) pour les 4 vaches du système. Au vu des rendements actuels du district, cela représente donc une production de 240 kg de soja grain et de 400 kg de maïs grain (figure 31), soit 60 kg de soja et 100 kg de maïs par vache laitière. Au sein du système de production 7, l éleveur doit acheter pratiquement la totalité du maïs (93%) nécessaire et les deux tiers du soja (66%). L organisation de la production laitière fait largement appel à des produits de l extérieur. Ainsi que le montre la figure 32, la lactation dure 10 mois, et est suivie d un tarissement de 3 mois. Néanmoins, l intervalle entre deux vêlages peut atteindre 14 mois. À raison d une production quotidienne de 12 kg de lait, une vache laitière produit donc 3 600 kg de lait par lactation, soit 3 323 kg de lait/an. Avec la vente des veaux (mâles et femelles), une vache fournit un revenu de 12 millions de dôngs pour un cycle de 13 mois, soit 11,5 millions/an. Au niveau de la production laitière, le système de production 7 permet de produire 13 292 kg de lait pour 8 sao d herbe à éléphant et pour 12 mois, soit 49 846 kg de lait/ha de fourrage. Ce niveau de production est 6 fois supérieur à celui des exploitations laitières en France (8 176 litres de lait/ha de fourrage, Institut de l élevage 2004). Ce haut niveau de production est expliqué par une conduite quasi hors sol de l élevage bovin laitier (achat de 87% du maïs et soja contre 77% pour les élevages français). De plus, un chargement de 4 vaches pour 8 sao de fourrage correspond à 15 vaches par hectare, ce qui largement supérieur au chargement rencontré dans les systèmes laitiers français (1,7 vache laitière/ha, Institut de l élevage 2004). Cela est permis grâce à l important rendement en herbe à éléphant obtenu. En effet, le rendement moyen en herbe à éléphant est de 8 tonnes de matière fraîche/sao (8 coupes par an). Cela représente donc un rendement de 42 tonnes de matière sèche par hectare, ce qui est élevé pour Pennisetum pupureum (dans la littérature : 30 t MS/ha). La différence peut s expliquer par des raisons climatiques (le chiffre de référence ne provient pas de culture au Vietnam). De plus, les données utilisées ici sont issues des entretiens paysans (mais aussi des techniciens Afdi) et non pas de calculs et de mesures de rendement effectués sur le terrain. 65
Figure 33 Calendrier d'alimentation pour une vache laitière kg matière fraîche/jour kg MS/jour UF/kg MS PDIN (g/kg MS) PDIN (g/jour) PDIE (g/kg MS) PDIE (g/jour) % MS UF/jour herbe à éléphant 50,00 18 9,00 0,80 7,20 50,00 450,00 80,00 720,00 maïs 5,00 90 4,50 1,20 5,40 85,00 382,50 122,00 549,00 soja 0,60 90 0,54 1,23 0,66 244,00 131,76 86,00 46,44 drèche de brasserie 6,00 20 1,20 0,90 1,08 223,00 267,60 189,00 226,80 15,24 14,34 1 231,86 1 542,24 UF PDIN (g) PDIE (g) fourni 14,34 1 231,86 1 542,24 besoin d'entretien 4,40 345,00 345,00 reste 9,94 886,86 1 197,24 besoin/kg lait 0,44 48,00 48,00 production de lait permise (kg) 22,60 18,48 24,94 Tableau 14 Rationnement d'une vache et production laitière 66
L alimentation annuelle d une vache laitière vêlant en avril est présentée en figure 33. La quantité de paille de riz distribuée dépend à la fois de l herbe à éléphant disponible et du stade physiologique de la vache. En tarissement, une vache laitière reçoit une alimentation progressivement enrichie en herbe à éléphant, la quantité distribuée étant nulle pendant les 10 premiers jours. Enfin la ration distribuée aux vaches laitières (tableau 14) permet d atteindre une production quotidienne de 18 kg de lait. Hors les vaches dans le district produisent en moyenne 12 kg/jour. La différence peut s expliquer par une surévaluation de la consommation des vaches (gaspillage et refus alimentaires), mais aussi par le fait que les éleveurs nous ont peutêtre donné la ration recommandée par l Afdi HN. Des études plus précises de l alimentation des vaches laitière permettraient de déterminer les aliments réellement consommés par les vaches. Le système de production 8 présente une autre organisation de l élevage laitier. En plus d un atelier lait, il comporte un atelier porcin. Mais ces deux ateliers sont de taille plus modeste que dans les cas des systèmes de production 5 et 7 puisque il y a 2 à 3 vaches laitières et une dizaine de porcs charcutier par an. Moins de vache laitière suppose une moindre demande en terre haute pour l herbe à éléphant. Aussi, la location de terre est moins importante que dans le système 7. Maintenir un élevage porcin implique la construction d une autre porcherie, l ancienne étant rénovée pour devenir l étable des vaches, ou bien plus rarement d agrandir l ancienne. Parfois, les porcs sont en liberté dans la cour ou enfermés dans des cages au lieu de disposer d une porcherie. De même que dans le système 7, l équipement nécessaire pour les vaches n est pas important, il se compose uniquement de seaux et de bidons. Si l organisation de la production laitière est la même que pour le système 7, le maintien de l élevage porcin permet de dégager un revenu important deux fois par an. L alimentation des porcs se fait en même temps que pour les vaches. Les porcins sont nourris avec les restes à la fois de la famille et des vaches. Cela n entraîne donc pas de frais supplémentaire pour leur alimentation. Le plus souvent, l un des membres du couple est en charge de l élevage porcin en plus de participer sur l atelier laitier. Au niveau des cultures, le riz et l arachide représentent une part plus grande des cultures que dans le système 7. L arachide est destinée à la vente, ce qui assure une autre source de revenu. De plus, produire suffisamment de riz pour la famille reste une des priorités dans ces exploitations. Si la production de maïs est destinée aux bovins laitiers, la production de soja est souvent vendue pour partie. Il n y a pas de mise en culture par trois productions sèches, les quelques parcelles de terre haute autorisant cela étant cultivées en herbe à éléphant. Dans ces deux systèmes de production, de 1 à 5 génisses sont présentes. Il s agit soit d animaux conservés pour augmenter la taille du cheptel, soit d animaux destinés à la vente. Du fait d une certaine stagnation de l élevage laitier dans le district, certains éleveurs qui avaient conservées leurs génisses pour les vendre à 6 mois se sont retrouvés sans acheteur. Les animaux sont donc conservés plus longtemps. Leur alimentation est moins riche que pour les vaches en production. Elle se base sur la paille de riz et les herbes spontanées. Les génisses reçoivent aussi des minéraux, mais seulement 50 grammes, et les refus des vaches laitières. Les génisses sont séparées des vaches, ce qui permet de leur distribuer une alimentation différente. 67
c) Quelques compléments Dans tous les systèmes de production, l activité piscicole peut être présente mais de façon extensive et dans des mares ne dépassant pas 1 sao. Il n est pas possible de rattacher cette activité à un type en particulier. De surcroît, au sein des hameaux, il arrive que le droit de pêche dans les canaux et les mares communes soient redistribués régulièrement. De plus, certains systèmes de culture étant géographiquement limités (systèmes 9, 10 et 11), ils se retrouvent dans différents systèmes de production mais ne sont directement lié à aucun en particulier. Aussi pour les besoins de la modélisation, il n en a pas été tenu compte. Quant à la basse cour, composée de quelques dizaines de volaille, elle n a pas non plus été prise en compte. Comme elle est présente dans tous les systèmes de production, cela n induit donc pas de biais. Une famille paysanne dans le district de Tien Du se compose en général de 5 personnes : un grand parent, un couple et deux enfants. Tous les membres de la famille participent à l activité agricole, les enfants en surveillant le animaux et en aidant lors de la récolte, les personnes âgées se chargeant des activités comme le battage du soja. La figure 34 présente les contributions des activités d élevage et de culture au sein des systèmes de production. Les systèmes de production 1 à 4 peuvent être définis comme des systèmes basés sur les cultures alors que les systèmes de production 5 à 8 sont orientés élevage. Néanmoins, cette distinction ne se base que sur la comparaison des VAB des systèmes de production. Par rapport au temps de travail impliqué dans chaque atelier, cette catégorisation n est plus tout à fait la même. 2. Modélisation La figure 35 présente la modélisation des systèmes de production. L axe des abscisses représente la surface par actif. L extrémité des segments représente la surface maximale qu un actif peut travailler pour le système de production considéré. Cette surface maximale est calculée à partir des temps de travaux pour chaque activité. L axe des ordonnées représente le revenu agricole par sao et par an. La limite des segments représente donc le revenu agricole maximal que le système de production considéré peut dégager par actif. L ordonnée à l origine représente les amortissements des systèmes de production. Du fait de la faible valeur de ceux-ci, ils n apparaissent pas sur le graphique. Deux grands ensembles se dégagent : les systèmes de production «culture» (1 à 4) et les systèmes de production «élevage» (5 à 8). Les systèmes de production de 1 à 4 sont très en dessous du seuil de survie, estimé à 5 millions. Mais, contrairement au système 1, les trois autres systèmes de production sont viables grâce au rôle important joué par les activités extra agricoles. Ainsi, dans le système 2, un membre de la famille travaille à l extérieur, ne s impliquant dans les activités de l exploitation uniquement lors des pointes de travail (labour et récolte). Dans le système 3, l artisanat est fréquemment associé, par exemple la menuiserie ou la fabrication de paniers. Néanmoins, la question se pose : quel est leur devenir en temps qu exploitation agricole si le seuil de survie augmente suite à l augmentation de la qualité de vie? Les exploitations de type 2 vont-elles se maintenir dans le paysage agricole ou vont-elles au contraire s orienter totalement vers l activité qui les fait vivre, c est-à-dire une activité hors agriculture? Le système 2 est celui qui présente la plus faible surface maximale par actif. Cela est du à la présence du système d élevage de volaille, activité qui demande beaucoup de temps (toute la matinée est prise par la collecte des œufs et 68
10 0 % 80% 60% VAB syst eme de cult ure VAB syst eme d'elevage 40% 20% 0% SP1 SP2 SP3 SP4 SP5 SP6 SP7 SP8 Figure 34 Contribution des différents systèmes à la VAB des systèmes de production (source : les entretiens) 14 000 000,00 12 000 000,00 10 000 000,00 8 000 000,00 dôngs/sao/an 6 000 000,00 4 000 000,00 2 000 000,00 0,00 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4-2 000 000,00 sao/actif SP1 SP2 SP3 SP4 SP5 SP6 SP7 SP8 seuil de survie cout d'opportunite Figure 35 Modélisation des systèmes de production (source : les entretiens) 69
leur vente). Le système 1 atteint une surface maximale plus importante que tous les autres systèmes. Il s agit du système de production le plus extensif de la zone. Dans les systèmes 5 à 8, bien que les activités extra agricoles soient aussi présentes, elles jouent un rôle beaucoup moins vital puisque ces systèmes dégagent suffisamment de revenu pour assurer leur reproductibilité. Si le système de production 7 (laitier) dégage sensiblement le même niveau de revenu que le système de production 5, il subit par contre une contrainte au niveau de la surface nécessaire plus importante. En effet, si il faut des terres hautes pour l élevage laitier, l élevage porcin est pratiquement hors sol et en temps que tel, peu lié aux terres cultivées. Entre les deux systèmes de production porcin, l élevage de truies dégage un revenu supérieur pour une surface un peu inférieure. Ce système plus intensif est intéressant dans un contexte de forte pression démographique. Dans le district, il existe quelques rares exploitations associant l élevage de truie à l élevage de procs charcutiers à un niveau important (plus de 60 porcs et 3 truies en général). La combinaison de ces deux ateliers semble être une solution intéressante pour rentabiliser au mieux le travail disponible. Les modèles présentés posent diverses questions et tout d abord concernant le passage d un système de production à un autre. Ainsi, une nette différence de revenu sépare les systèmes 1 à 4 des systèmes 5 à 8. Si, historiquement, le passage de 3 (diversifié avec une vache locale) à 7 (laitier strict) s est fait, il semble peu probable dans le contexte actuel. En effet, les agriculteurs se disent peu disposés à investir dans l élevage laitier et à abandonner des activités qu ils connaissent et maîtrisent. De plus, les systèmes porcins sont nettement plus rentables que les autres. Pourquoi n en existe-t-il pas plus? Mais développer un élevage porcin d importante taille suppose d avoir une porcherie assez grande et donc de la place dans la cour pour la construire. En effet, pour l instant, toutes les exploitations porcines sont installées dans les cours des maisons. Hors, vu la densité de population, il reste peu d espace disponible autour des maisons. Certaines construisent des porcheries plus grandes lorsqu ils investissent dans un système VAC, donc à l écart des zones d habitations. Mais cette pratique reste peu courante dans le district. Un autre point important mis en évidence par la modélisation est l écart important entre les revenus agricoles les plus élevés et le coût d opportunité de la main d œuvre. Cela explique les départs de jeunes vers la ville. Ainsi, certaines communes voient partir 10 jeunes par an dans le district. Cela explique aussi le rôle très important des activités extra agricoles, qui permettent d améliorer le revenu familial. Mais le coût d opportunité n est aussi élevé qu à condition qu il y ait du travail disponible. Enfin, il existe peu de différence entre les surfaces maximales des divers systèmes de production. En effet, tous les travaux agricoles sont manuels. Aussi, les systèmes de production orientés vers les cultures ne peuvent pas valoriser beaucoup plus de terre que ceux engagés dans l élevage. Mais sur le terrain, une différence de 0,5 sao représente quelque chose d important au vu de la pression sur la terre issue de la forte densité de population du district. Au vu des questions soulevées par la modélisation quant aux exploitations et à leur devenir dans le district, d autres indicateurs sont intéressants. 70
V. DISCUSSION A. DES SYSTEMES DE PRODUCTION INTEGRES AU SEIN DE LEUR ENVIRONNEMENT ET DE SYSTEMES D ACTIVITE 1. Situation du district Afin de pouvoir pousser plus loin l analyse des systèmes de production et proposer tant des conclusions que des propositions, il faut replacer les systèmes de production au sein de la réalité agricole du district. Ainsi que le montre la figure 36, le district de Tien Du produit nettement plus de produits végétaux qu animaux. Les pourcentages correspondent aux produits agricoles finaux, en dôngs. Aussi, les types 5 à 8 sont-ils les moins présents dans le district. Bien qu aucune classification des foyers selon les activités agricoles ne soit disponible, il est possible, suite au travail de terrain de 4 mois, d estimer des proportions d exploitation correspondant à chaque système identifié. De plus, nous disposons des données du bureau du recensement de Tien Du recensant le nombre d animaux et les surfaces de chaque culture pour l année. 3% 33% 64% cultures elevage services Figure 36 Part de chaque type de production agricole au sein du district (source: bureau du recensement de Tien Du, 2004) Au sein de chaque zone mise en évidence dans le zonage, les différents systèmes de production ne représentent pas la même proportion. Ainsi, si le système 2, où les activités extra agricoles jouent un rôle très important, est très présent dans la zone 1, zone de forte présence d industries et de commerces. Il est quasi absent des autres zones. Le système 4, le plus diversifié de la typologie avec à la fois un élevage porcin et des cultures variées, est le plus représenté avec une estimation de 60% des exploitations du district. Les systèmes 7 et 8 (élevages laitiers) sont localisés uniquement dans les zones 3, 4 et 5, zones où il y a des terres disponibles pour les fourrages. Mais le système 7, celui des laitiers stricts, se rencontre quasi exclusivement dans la zone 4, zone où se trouvent la majorité des exploitations laitières. Il s agit des deux communes des premiers éleveurs, ceux qui se sont totalement spécialisés dans le lait. Il est par contre difficile de déterminer, au sein de la population des éleveurs laitiers, la proportion de chaque type (7 et 8). 71
3 000 000,00 2 500 000,00 dongs/sao/an 2 000 000,00 1 500 000,00 1 000 000,00 500 000,00 0,00 SP1 SP2 SP3 SP4 SP5 SP6 SP7 SP8 Figure 37 Productivité de la terre des systèmes de production (source : les entretiens) 70 000,00 60 000,00 50 000,00 dongs/jw 40 000,00 30 000,00 20 000,00 10 000,00 0,00 SP1 SP2 SP3 SP4 SP5 SP6 SP7 SP8 Figure 38 Productivité du travail des systèmes de production (source : les entretiens) 72
2. Productivité de la terre et du travail La comparaison des systèmes de production selon le critère de productivité de la terre et du travail (figure 37 et 38), en ayant précédemment replacé les systèmes de production dans les zones, permet de s interroger sur l adéquation entre les exploitations et leur milieu et de comprendre les stratégies permettant aux agriculteurs de tirer parti de la situation agricole du district. La productivité de la terre est le premier facteur qu il importe d analyser face à une situation de forte pression démographique. Ainsi, les systèmes tournés vers l élevage sont ceux qui permettent de tirer le plus fort revenu d un sao. Si l élevage laitier demande relativement plus de terre que les autres élevages, la valeur ajoutée du lait compense largement cela et le système de production 7 dégage autant de revenu par sao qu un élevage de porcs charcutiers. Au sein des systèmes tournés vers les cultures, peu de différences notables sont à signaler, même si l association entre un atelier culture et atelier porcin de taille modeste dégage une meilleure productivité de la terre. La productivité du travail, à considérer en parallèle avec la productivité de la terre précédemment présentée, est aussi intéressante puisque le district de Tien Du est en zone péri urbaine et comporte des zones industrielles. Le coût d opportunité de la main d œuvre n est donc pas nul. Si les systèmes avec une forte proportion d élevage étaient les plus intéressant pour mettre en valeur la terre, pour mettre en valeur le travail, le système 1, avec une faible surface par personne, peu de culture et d élevage, dépasse les systèmes 7 et 8. Cela est du à la forte contrainte de travail liée à l élevage laitier, et que ne contrebalance pas la forte valeur ajoutée des produits. Au sein des systèmes laitiers, le système le plus spécialisé met le mieux en valeur la terre mais celui plus diversifié met mieux en valeur le travail. Apparu plus tardivement que le système 7, le système 8 est plus fréquent actuellement dans le district puisque certaines exploitations suivant le système 7 ont choisi de re-diversifier leurs activités. Les systèmes qui présentent les meilleures caractéristiques selon ces deux critères sont donc les systèmes 5 et 6, d élevage porcin, valorisant à la fois le travail et la terre. Le système 2, avec un élevage intensif de volaille, ne valorise pas le travail de façon aussi intéressante que le système 1, mais vu la faible surface disponible, tant pour les cultures que pour l élevage (l espace de la cour étant limité du fait d une forte concentration humaine), il s agit d une option intéressante. N ayant pas assez de place pour élever un porc ou une truie, développer un petit élevage de type volaille permet de valoriser malgré tout la surface disponible. Il est de plus intéressant d associer des productions végétales à des productions animales. En effet, ainsi que le montre la figure 39 pour le cas du système d élevage porcin et du système de culture 2, si le travail est constant pour l élevage de porc, les cultures présentent elles de grandes variations dans l année. L élevage permet de valoriser la main-d œuvre dans les périodes de creux des cultures, dans l exemple présenté, l hiver. De plus, l élevage de porcs charcutiers peut être déplacé dans le temps sans conséquence, afin d éviter les surcroîts de travail. L élevage présente une flexibilité qui n existe pas dans les systèmes de culture. 73
9 8 7 6 5 4 3 2 1 0 janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre SC 2 SE porc Figure 39 Comparaison des calendriers de travail pour un système d'élevage et un système de culture (source : les entretiens) Figure 40 Élevage de porcs charcutiers 74
3. Les activités extra agricoles : des systèmes de production aux systèmes d activité Les systèmes de production sont intégrés au sein de système d activité. Les activités et revenus extra agricoles jouent un rôle non négligeable au sein des exploitations. Il peut s agir soit d une pension ou d une retraite, soit d une activité extérieure en lien ou non avec l agriculture. Les activités de transformation des produits agricoles sont en recul alors que les services agricoles et magasins agricoles se développent dans le district. Le district a connu une hausse de 2% du nombre de commerces en 2004 (Bureau du recensement, 2004). Certaines activités sont totalement inféodées (jusqu à aujourd hui pour le moins) à une activité agricole précise. Ainsi, tous les collecteurs laitiers sont aussi des éleveurs laitiers. Néanmoins, l un d entre eux semble se tourner de plus en plus vers le commerce du lait et délaisser la production en elle-même. Le métier de collecteur peut-il s imposer hors élevage? L activité générée sera-t-elle suffisante? Les débouchés suffisamment sûrs? Une des possibilités de travail hors agriculture pour le district de Tien Du tient dans ses briqueteries. Situées à proximité des habitations, le travail dans ses usines permet d avoir un revenu supplémentaire tout en gardant la possibilité de travailler sa terre. De plus, les briqueteries sont sous le contrôle des comités populaires, qui fixent leurs horaires d ouverture. Ainsi, en période de semailles, labour et récolte, elles sont fermées afin de libérer la main d œuvre. Néanmoins, le travail étant pénible, l embauche concerne surtout la main d œuvre masculine. Parmi les activités extra agricole réalisable à domicile et mettant en valeur toute la main d œuvre familiale, le tissage de panier nous est apparu intéressant. D introduction récente (depuis 2000), cette activité s est mise en place dans une commune de la zone 3 sous l influence d industriels. Le district ne produisant pas le bambou nécessaire à la fabrication des paniers, une filière d approvisionnement s est organisée, l industriel fournissant le bambou et récupérant les paniers finis. À raison de 15 paniers par jour pendant 8 mois, 4 mois par an étant totalement consacrés aux cultures avec la récolte, les semailles et le labour, une famille de 5 personnes peut dégager un revenu supplémentaire de 4 millions par mois. Ce revenu non négligeable est obtenu au prix d un travail important mais il permet d uniformiser le flux de trésorerie. En effet, les 4 mois de non fabrication de panier sont ceux où les activités de culture assurent une rentrée d argent, avec la récolte et la vente des produits agricoles. Les huit autres mois sont à la fois des mois de faible activité agricole et de faible source d argent. Mais cette activité suppose la mise en place d un réseau de commercialisation et d approvisionnement. Le débouché est assuré par l industriel, ainsi que le transport. 75
Trajectoire d exploitation laitière: cas de M. Quy, éleveur à Canh Hung Lors de la distribution de la terre de 1981, ma famille a reçu 7 sao. En 1990, on décide de louer 8 sao de plus aux voisins puisque les enfants restaient à la maison et qu on avait de l argent disponible. Pas de problème de main d œuvre! Alors, on plantait du riz, du soja, de l arachide et du maïs. La majorité du soja et de l arachide était pour la vente. On avait une truie et des canards. Grâce à cette production, on avait 50 à 60 000 dôngs par jour, on vendait les œufs. Mais en 1998, je veux changer de production. On vend la truie et les canards, et on achète une vache laitière. Bien qu on ait déjà 15 sao, la coopérative nous permet de louer 7 sao de plus pour planter de l herbe à éléphant. Fin 1998, le cheptel s agrandit d une deuxième vache. Pour nous aider, la province nous a donné 2,8 millions de dôngs par vache en 1998. Et puis, on a pu emprunter à un taux favorable de 0,6% auprès de la Banque du Développement Rural. Pour les vaches, je construis une étable en 1998. L Afdi nous fournit une aide technique pour la construction de l étable, et puis pour élever les vaches laitières. En 1999, j achète une troisième vache et puis une quatrième en 2000. Entre temps, j ai gardé toutes les génisses alors maintenant, j ai 8 vaches. Au total, j ai reçu 5,4 millions de dôngs d aide pour l achat des vaches laitières. C est en 1999 qu on décide aussi de mettre en place un centre de collecte. On n avait pas de tank à lait jusqu en 2000, date où l Afdi nous en a fournit un en contrat location vente. Avant, il fallait qu on amène le lait en moto, mais maintenant, on loue un camion pour livrer le lait à l usine de Vinamilk. Elle est à Hanoi, à 18 km d ici, mais le camion de l usine ne peut pas venir jusqu à ma ferme. Aujourd hui, 28 paysans nous livre du lait, 2 fois par jour. Mon tank fait 1 000 litres, il faut transporter le lait une fois par jour mais Vinamilk me paye tous les 10 jours. Alors je paye les paysans tous les 10 jours aussi. En 2003, on met en place un système VAC pour pouvoir profiter de terre disponible aux enchères. En plus, associer la pisciculture à l élevage laitier, c est une bonne façon de développer l élevage laitier. Donc maintenant, j ai, en plus des 22 sao, 15 sao de système VAC. En plus, cela fournit du travail pour toute ma famille avec les activités supplémentaires (pisciculture et arboriculture). Si c était à refaire, je me lancerai à nouveau dans l élevage laitier, parce que c est la production la plus rentable. En plus, on est proche d Hanoi et le marché de consommation est stable. Autre exemple, cas de Mme Quyen, Canh Hung J achète 2 vaches laitières sur la commune en 2001. J avais déjà une vache locale et j élevais des porcs charcutiers. Je n ai rein changé à cela, j élève toujours 10 porcs par an environ. Ma famille disposait de 10 sao de terre mais j ai loué 1,5 sao de plus pour planter de l herbe à éléphant. La province m a fourni une aide de 2,4 millions pour l achat de mes vaches mais ce n est pas ce qui m a décidé. L Afdi m a fournit des bidons en aluminium et un abreuvoir. Il a aussi fallu que j achète des seaux. L étable était déjà construite. Elle est au bord du canal, à part de ma maison. Au niveau des cultures, j ai juste arrêté les légumes, mais je fais toujours 6 sao de riz. Pour les productions sèches, je fais de l arachide, du maïs et du soja. Et puis bien sûr de l herbe à éléphant pour les vaches. D ailleurs, si je n avais pas pu louer 1,5 sao de plus, j aurai fait des échanges de parcelles avec mes voisins : des terres rizicoles contre des terres hautes. Mais maintenant, je préfère utiliser les sous produits agricoles plutôt que de diminuer ma surface rizicole. Avec 6 sao, j ai juste ce qu il faut pour ma famille. Mon mari est policier, alors je suis seule en charge des vaches laitières. En plus, j ai un service de décorticage et broyage. Il faut que je reste là toute la journée. Alors 2 vaches laitières, cela me suffit. Il n y a pas de main d œuvre disponible à la maison pour en élever plus! Figure 41 Un exemple de trajectoire de vie d'éleveurs laitiers de Canh Hung 76
B. LE DEVELOPPEMENT DE L ELEVAGE LAITIER La province de Bac Ninh et le district de Tien Du affichent clairement leur souhait de développer l élevage laitier dans le district. Ainsi, dans un rapport de mai 2004, la province réaffirme sa volonté d atteindre un troupeau laitier de 10 000 bêtes en 2010 et le district maintient sa politique de subvention à l achat de vaches laitières. Mais quelles sont les potentialités du district et les contraintes? 1. De nouveaux éleveurs laitiers? L analyse des résultats économiques ainsi que la compréhension des dynamiques (figure 41) qui ont amenées historiquement à la mise en place de l élevage laitier dans le district de Tien Du ouvre des pistes de réflexion quant à l avenir de l élevage laitier. L achat d une vache ou d une génisse laitière représente toujours un investissement important pour les exploitants. Les systèmes de production disposant d une capacité de capitalisation suffisante pour réaliser cet achat sont les systèmes avec des élevages de porcs de taille importante. Or les résultats économiques de l élevage porcin sont aussi bons, voir meilleurs que ceux de l élevage laitier. La motivation économique n est donc pas suffisante pour que ceux-ci se convertissent à l élevage laitier. De plus, le palier est important entre les systèmes «culture» et les systèmes «élevage». De nombreux éleveurs laitiers se plaignent du prix du lait, trop faible face aux prix des aliments (maïs en particulier) et souhaitent une hausse du prix du lait de 3 100 dôngs/litre à 3 500 dôngs/litre. La consommation de maïs est de 420 g/kg de lait produit. Avec un prix du lait de 3 100 dôngs/kg et un prix du maïs de 2 500 dôngs/kg, l achat de maïs représente 1 050 dôngs/kg de lait produit,soit 34% du prix de vente du lait. dongs/sao/an 8 000 000,00 7 000 000,00 6 000 000,00 5 000 000,00 4 000 000,00 3 000 000,00 2 000 000,00 1 000 000,00 0,00-1 000 000,00 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 sao/actif SP 5 SP 7 SP 7bis Figure 42 Modélisation avec prise en compte d'une hausse du prix du lait La figure 42 présente la nouvelle modélisation en tenant compte de ce prix du lait dans le système 7 bis. Par rapport au système 5, l élevage laitier devient intéressant puisqu il dégage un meilleur revenu par unité de surface. Néanmoins, le prix est fixé par les industries (Nestlé et Vinamilk pour le district de Tien Du). Si le prix a évolué de 2 800 dôngs/litre à 3 100 dôngs/litre au cours des 10 dernières années, cela était lié à une amélioration de la qualité du lait fourni. Les éleveurs peuvent-ils techniquement assurer une meilleure qualité du lait afin de justifier cette hausse du prix? Le volume de lait de Tien Du est-il assez important pour justifier ce coût supplémentaire pour les industries, alors que 80% du lait qu ils utilisent est importé? 77
Lors des entretiens, les éleveurs laitiers ont mis en exergue l importance des formations et du soutien technique, tant de l Afdi que de la Province. À l inverse, l effet des subventions parait nul. Elles sont effet distribuées après l achat de la vache ou de la génisse, dans un laps de temps variable. De plus, elles sont souvent payées pour partie en argent et pour partie en riz, cette deuxième part représentant souvent plus de 50% du montant de la subvention. Le rôle des institutions (officielles ou ONG) est donc essentiel pour le développement de la production laitière. L organisation de la filière pour faire face à une production de lait plus importante, avec des centres de collecte plus nombreux et couvrant mieux de territoire (actuellement, parmi les 6 collecteurs, 3 sont dans la zone 4), semble être une piste de réflexion pour déterminer des actions futures. Les groupes d élevage déjà en place sont des lieux d échange et de dialogue, mais aussi de formation très appréciés des éleveurs. Enfin, réfléchir ensemble l organisation des unités de production de lait est aussi une priorité pour l accroissement du cheptel laitier. Faut-il construire des fermes de taille importante (10 vaches) à l écart des hameaux ou maintenir des petites unités de production au sein des hameaux? Faut-il mener une nouvelle répartition des terres, en allouant les terres hautes aux éleveurs? La dynamique actuelle est plus la création de nouvelles unités laitières que l agrandissement des élevages déjà existants. De plus, la conduite du cheptel laitier change avec son augmentation. Ainsi, les quelques exploitations laitières du district dont le cheptel laitier est de 10 vaches (ou plus) ne sortent plus leurs animaux. 2. La question du foncier : une inégalité géographique Le développement de l élevage laitier est étroitement lié à la gestion du foncier. En effet, l alimentation d une vache laitière suppose de cultiver de l herbe à éléphant sur des terres hautes. Le tableau 15 présente la surface du district pouvant être affectée à la production d herbe et le nombre de vache qui pourrait être élevées. Deux cas sont présentés. Tout d abord, nous avons considérés le calcul en suivant l organisation actuelle de la production. Dans un système de production 7, une vache laitière demande 2,5 sao de terre haute, à la fois pour la production de fourrage que pour la production de concentré (maïs et soja). Dans la dernière colonne du tableau, nous avons supposé un nouveau système où une vache ne demande plus que 2 sao de terre haute pour produire des fourrages, tout le concentré étant acheté à l extérieur. Nous avons considéré les terres de collines comme propices à la culture d herbe à éléphant, cela se faisant dans des zones de collines situées plus à l ouest d Hanoi. Organisation de la production actuelle Organisation de la production avec achat total des concentrés Surface agricole totale 6 898, 21 ha 6 898,21 ha Terres hautes 914,91 ha 914,91 ha Cheptel laitier potentiel 10 979 vaches 13 723 vaches Surface de colline 407,74 ha 407,74 ha Total de surface potentielle 1 322, 65 ha 1 322,65 ha en herbe Cheptel maximum 15 872 vaches 19 839 vaches potentiel Tableau 15 Calcul du cheptel maximum potentiel du district 78
Le cheptel maximal est bien de plus de 10 000 vaches mais l atteindre sous entend que toutes les terres possibles soient cultivées en herbe à éléphant et productions sèches destinées aux vaches, même les terres de colline actuellement sous le programme de reboisement de l état. Or si le pied des collines est accessible, leur sommet, et même leur pentes, le sont beaucoup moins : il n y a aucune route et très peu de chemins. Se pose donc la question de l accessibilité et de la valorisation du fourrage produit sur ces terres. Enfin, si toutes les terres possibles produisent de l herbe à éléphant, cela suppose qu elles sont entre les mains d éleveurs laitiers, ce qui n est actuellement pas le cas. La répartition de la terre étant équitable et égalitaire, donner des terres hautes pour l herbe aux éleveurs signifie la reprendre à d autres, ce qui n est possible que par le biais d un échange de parcelles, afin qu aucune des deux parties ne soit lésée. Mais les éleveurs laitiers ne sont pas tous prêts à ne plus cultiver de riz. Il serait envisageable théoriquement de destiner une partie du district à la production de fourrage, celle disposant des terres adaptées, et de la charger d approvisionner les éleveurs laitiers concentrés dans une autre partie du district. Mais cette spécialisation est-elle réalisable? En effet, cela n est envisageable que si il y a stockage de l herbe à éléphant. L ensilage est une première forme de stockage, mais alors les coûts de transport sont élevés du fait des infrastructures et de la manutention nécessaires. De plus, pour l instant, les éleveurs ne sont pas prêts à utiliser de l ensilage. Une autre forme de stockage de l herbe est sous forme de foin, ou d herbe déshydratée. Mais cela parait peu réalisable vu les conditions climatiques du district et l organisation de la production : aucune exploitation laitière ne dispose d espace de stockage de fourrage, ou de grange. Les investissements nécessaires seraient importants. Une autre option serait de cultiver un autre type d herbe, adapté aux terres basses et plus productif. Des essais sont en cours avec de l herbe d Australie. Enfin, l utilisation d ensilage (d herbe ou de maïs) permet de diminuer le besoin en fourrage en hiver grâce à un report des ressources fourragères abondantes de l été en hiver. En effet, si pour les besoins de la modélisation, nous avons considéré qu une exploitation laitière disposait de la surface en fourrage minimum (2 sao par vache laitière présente), ce n est pas le cas sur le terrain, où la surface en herbe varie grandement d une exploitation à l autre, sans toutefois passer sous le seuil des 2 sao/vache. Il y a donc production d excès en été pour certaines exploitations. Afin d aider ces exploitants, des fosses d essai ont été creusées et des éleveurs se sont portés volontaires. Mais pour l instant, les agriculteurs n ont pas adopté cette pratique : les vaches ne consomment pas l ensilage. Est-ce du à une mauvaise maîtrise de l ensilage ou à un problème d habituation, tant des vaches que des éleveurs? Une autre question liée au foncier est la production de concentré (maïs et soja). Dans l organisation actuelle de la production laitière, les exploitations achètent la majeure partie de l alimentation concentrée des vaches. Ne serait-il pas plus intéressant de destiner plus de terres à la production de maïs, avec trois saisons de cette culture, et d ainsi diminuer la dépendance qui existe? De plus, si le cheptel laitier du district augmente, la quantité de maïs et de soja nécessaire augmentera d autant. Où est produit le concentré consommé actuellement? La production est-elle assez importante pour couvrir les besoins d un cheptel de 10 000 têtes? Quelle politique foncière le district doit-il adopter afin de développer l élevage laitier? 79
3. La question de l environnement : le biogaz? La deuxième question soulevée dans le cas d un accroissement du cheptel laitier est le devenir des effluents. Pour l instant, le lisier des vaches laitières est épandu sur les parcelles d herbe à éléphant. Mais si le cheptel laitier atteint les 10 000 bêtes souhaitées, la production d effluent atteindra environ 120 000 kg/jour de matière fraîche. En plus d être une source de mauvaises odeurs, une telle quantité de lisier quotidienne représente un volume de stockage trop important pour s intégrer dans les structures et fosses de stockage actuellement présentes dans les exploitations. De plus stocker autant d effluents présente un fort risque de développement de pathogènes. Dans des zones d élevage porcin intensif du delta du Fleuve Rouge, ainsi que chez quelques éleveurs porcins du district de Tien Du, les systèmes de biogaz ont été mis en place. Le principe du biogaz est de traiter les déjections et résidus de récolte par méthanisation. Le traitement anaérobie produit à la fois un combustible, le biogaz, et un effluent de grande valeur pour l agriculture, puisqu il est plus concentré. La transformation méthanique permet de traiter toute sorte de substrat, humide ou liquide par dégradation de la matière organique qu ils contiennent. La seule condition est que le substrat contiennent au moins 2% de matière organique. Lors de ce traitement, il y a aussi diminution du nombre de micro-organisme et donc assainissement. L effluent obtenu est plus «propre». La production de gaz débute après quelques jours, le temps que la fermentation ait lieu. Un dispositif de biogaz comporte une cuve (le digesteur) construit en brique et ciment et enterré, ainsi que la mise en place de tuyaux pour transporter le biogaz jusqu aux brûleurs et sites d utilisation. Cette installation demande un investissement important, environ 3 millions de dôngs pour une cuve de 3 m 3 (Agridoc, 2000). Si l approvisionnement doit être important pour lancer le mécanisme (1 500 kg de lisier), il suffit par la suite d un apport de 25 kg/jour pour que le gaz produit suffise à une famille pour ses besoins de cuisine. Avec un niveau de production d effluent important, il est possible d envisager la construction de système de biogaz pour plusieurs élevages, afin de diviser le coût initial, puis une distribution du gaz produit entre les exploitations. Enfin, l excédent pourrait être vendu auprès de foyers voisins et ainsi assurer à la fois le traitement des effluents d élevage et la rentabilité de l installation. Fumier produit (kg/jour) Gaz (m 3 /jour) Une vache 12 0,42 Cheptel actuel 8 184 286 Cheptel souhaité 120 000 4 200 Besoins d une famille pour la cuisine Production de gaz de 4 vaches 0,75 m 3 /jour 1,68 m 3 /jour Tableau 16 Intérêt du biogaz dans le district de Tien Du (source : Biogaz, 1983) Ainsi que le montre le tableau 16, un élevage de 4 vaches produit assez de lisier pour que, une fois traité par le digesteur, le biogaz produit couvre les besoins du foyer pour le brûleur de la cuisine et permet d obtenir un excédent commercialisable. De plus, si le biogaz est utilisé pour la cuisine, alors la paille de riz est totalement disponible à la fois comme engrais vert sur les parcelles et comme fourrage pour les vaches. 80
C. LE SYSTEME VAC : UNE OPTION POUR L AVENIR? 1. Présentation d un système VAC Présent dès la centralisation, le système VAC comprend trois ateliers : de la pisciculture, de l élevage et des cultures avec tout particulièrement des fruitiers autour de la mare. Ils peuvent être considérés comme l extrême diversification des exploitations agricoles. Dans le district de Tien Du, le nombre de système VAC augmente depuis 2000. Ils sont mis en place sur des terres basses autrement peu productives en riz car mal drainées. Les autorités locales (comité populaire des communes) soutiennent la mise en place de ces systèmes en accord avec la politique 06 de la Province de transformation des terres basses en terres piscicoles. Les surfaces attribuées aux familles désireuses de se lancer dans cette nouvelle activité sont plus importantes, avec un maximum de 20 sao par foyer dans certaines communes. L intérêt de l association pisciculture/élevage réside dans l utilisation des effluents pour nourrir les poissons. Ainsi, l activité d élevage contribue à l amélioration globale du niveau de production et donc au revenu agricole. L association que les comités populaires préconisent est porcs/canards avec la pisciculture. Mais même si la majorité des systèmes VAC du district sont à base d élevage porcin, certains ont des vaches laitières et, cas extrême de diversification, à la fois des porcs charcutiers et des vaches laitières. En effet, pour nourrir les poissons, le fumier de vache laitière est intéressant puisque les vaches laitières ont une alimentation plus riche. 2. Efficacité économique Afin de pouvoir comparer l efficacité économique des systèmes VAC à des systèmes plus conventionnels d élevage porcin (système 5) et laitier (système 7), nous avons construit un modèle de système VAC. Ainsi, avec 5 sao de mare, le modèle VAC dispose aussi de 3 sao terres mises en valeur par le système de culture 2 (deux saisons de riz suivies d une friche). Vingt arbres fruitiers sont plantés sur le pourtour de la mare, avec un arbre à litchi, des bananiers, des papayers et des orangers. Il s agit des arbres fruitiers les plus courant dans le district de Tien Du. L élevage porcin comporte 60 porcs tandis que dans le modèle laitier, l atelier est de 4 vaches en production. Enfin la mare est empoissonnée tous les ans avec des carpes, des brochets, des hypotphtalmichtys et des labéo. La figure 43 présente les revenus agricoles pour ces deux modèles, ainsi que pour les systèmes de production 5 et 7. Un système VAC valorise très nettement mieux à la fois la terre et le travail. En effet, l activité piscicole dégage un fort revenu pour un investissement en travail minimum. Néanmoins, la réalisation d un système VAC implique des coûts non pris en compte ici. Il s agit de la location de la pelleteuse pour le creusement de la mare. Avec une location horaire de 220 000 dôngs, et un travail de 3,5 jours pour creuser une mare de 5 sao, il s agit d un investissement non négligeable. Ensuite, les fruitiers représentent certes une activité très rentable, mais les arbres ne produisent pas dès la première année. Dans le calcul, nous avons considéré des systèmes VAC déjà en production fruitière, dans leur rythme de croisière. Mais un arbre à litchi ne produit que au bout de 5 ans, quant aux papayers et orangers, il faut attendre 2 à 3 ans. 81
VND 8 000 000 7 000 000 6 000 000 5 000 000 4 000 000 3 000 000 2 000 000 1 000 000 Ra/mois Ra/sao 0 VAC porc SP 5 VAC lait SP 7 Figure 43 Comparaison des revenus agricoles entre systèmes VAC et autres systèmes de production Figure 44 Un système VAC 82
CONCLUSION Différentes options s offrent donc, tant aux agriculteurs de Tien Du qu aux autorités locales impliquées dans le maintien et le développement de l agriculture dans le district. Des solutions existent pour permettre l expansion de l élevage laitier tout en préservant l environnement et en assurant un revenu aux éleveurs. Néanmoins, ceuxci ont certes fait preuve d une grande réactivité en 1995 lorsqu ils ont adopté la production laitière, mais cette réactivité ne peut-elle pas permettre l opposé, avec une revente tout aussi rapide du cheptel laitier si l éleveur n y trouve plus son compte? Cela s est d ailleurs déjà produit dans le district cette année. De plus, les autorités mettent en avant leur volonté de développer l élevage laitier. Pour cela, diverses actions sont menées, avec des subventions dont le rôle reste limité mais aussi indirectement en augmentant le cheptel de vaches Lai Sind. Si cela doit permettre la production de génisses F1, et donc pousser certains éleveurs à obtenir ainsi plus facilement des vaches laitières, les dynamiques en œuvre dans le district actuellement ne suivent pas cette logique. Les nouveaux éleveurs achètent des génisses laitières directement auprès d éleveurs laitiers déjà installés. Si certains agriculteurs ont émis l hypothèse de produire des génisses F1 pour les revendre, les prix du marché ne les y incitent pas. Promouvoir l élevage laitier semble donc nécessiter d autres actions, d autres programmes au niveau des autorités. Les différentes questions mises en avant dans la problématique ne sont pas toutes résolues à l issue du travail de diagnostic agraire. Nous avons montré que le district disposait de suffisamment de terres adaptées à la culture de fourrage. Néanmoins, opter pour une production importante d herbe à éléphant (liée à l augmentation du cheptel laitier) implique de repenser les politiques foncières en œuvre dans la zone, mais aussi l organisation de la production. La question de l environnement et de la gestion des effluents ne constitue pas un blocage pour le développement de l élevage laitier. Mais la mise en place des dispositifs de biogaz (hypothèse présentée dans ce document) nécessite un appui financier et technique. En ce qui concerne la question de la capitalisation, les activités extra agricoles apparaissent clairement comme le moyen privilégié de capitalisation dans le district. Cela ne risque t-il pas à terme de provoquer le départ de nombreux actifs et l abandon de l activité agricole par un grand nombre de foyers? Cependant, la question qui reste à approfondir porte sur la filière et la commercialisation. En effet, un diagnostic agraire offre une approche générale d une situation locale. Mis en œuvre sur un laps de temps relativement court, il peut être utilement complété par d autres études. Dans le cas de l élevage laitier, une étude de la filière, mais aussi peut-être du marché afin de définir de nouveaux débouchés pour le lait, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de développement. Une étude exhaustive des éleveurs laitiers permettrait de mettre en évidence de façon plus précise leurs dynamiques et leurs projets, ce qui offrirait d autres pistes de réflexion quant aux action nécessaires. 83
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Table des illustrations Figures : Figure 1 Carte administrative du Vietnam (source : http://www.populationdata.net/cartes)... 3 Figure 2 Diagramme climatique pour Hanoi (source : http://www.asiaticatravel.com).. 4 Figure 3 Vue du district de Tien Du... 4 Figure 4 Les différentes étapes de calcul du revenu agricole familial (Benkahla, Ferraton et Bainville, 2003)... 10 Figure 5 Carte de la Province de Bac Ninh et localisation du district de Tien Du... 15 Figure 6 Organisation du système d'irrigation... 17 Figure 7 Un exemple de canal d'irrigation, commune de Canh Hung... 17 Figure 8 L'organisation de l'appareil d'état depuis la Constitution d'avril 1992 (source: Papin 2003)... 17 Figure 9 Transect d'une commune de bord de fleuve... 20 Figure 10 Transect d'une commune de colline... 20 Figure 11 Mise en valeur de l'espace agricole selon les saisons, cas de la commune de Canh Hung... 22 Figure 12 Zonage agro écologique du district de Tien Du... 24 Figure 13 Localisation de Moc Chau, Ba Vi et Tien Du dans les provinces du nord... 34 Figure 14 L'emprunt auprès de la Banque de l Agriculture dans le district de Tien Du (source: bureau du recensement, 2002)... 34 Figure 15 L'histoire agraire du district de Tien Du... 37 Figure 16 Calendrier de travail de la culture du riz... 43 Figure 17 Les deux type d'écope... 43 Figure 18 Évolution des surfaces de productions sèches à Tien Du (source : bureau du recensement 2004)... 46 Figure 19 Parcelles de soja, Canh Hung... 46 Figure 20 Calendrier de travail du maïs, pour un sao (source : les entretiens)... 48 Figure 21 Calendrier de travail de la tomate, pour un sao (source : les entretiens)... 48 Figure 22 Productivité de la terre et du travail des systèmes de culture rizicoles (source : les entretiens)... 50 Figure 23 Productivité de la terre et du travail des systèmes "productions sèches" (source: les entretiens)... 50 Figure 24 Calendrier d'occupation des sols (source : les entretiens)... 52 Figure 25 Évolution du cheptel bovin et bubalin dans le district (source : bureau du recensement, 2004)... 52 Figure 26 Les deux types de bovin dans le district : à gauche laitier, à droite Lai Sind pâturant sur la digue... 52 Figure 27 Évolution du nombre de porc à Tien Du (source: bureau du recensement, 2004)... 56 Figure 28 Productivité du travail des systèmes d'élevage (source : les entretiens)... 60 Figure 29 Temps de travail nécessaire par an (source : les entretiens)... 60 Figure 30 Travail de la terre rizicole... 62 Figure 31 Devenir des cultures au sein du système de production 7... 64 Figure 32 Production annuelle d'une vache laitière... 64 Figure 33 Calendrier d'alimentation pour une vache laitière... 66 Figure 34 Contribution des différents systèmes à la VAB des systèmes de production (source : les entretiens)... 69 Figure 35 Modélisation des systèmes de production (source : les entretiens)... 69 86
Figure 36 Part de chaque type de production agricole au sein du district (source: bureau du recensement de Tien Du, 2004)... 71 Figure 37 Productivité de la terre des systèmes de production (source : les entretiens) 72 Figure 38 Productivité du travail des systèmes de production (source : les entretiens). 72 Figure 39 Comparaison des calendriers de travail pour un système d'élevage et un système de culture (source : les entretiens)... 74 Figure 40 Élevage de porcs charcutiers... 74 Figure 41 Un exemple de trajectoire de vie d'éleveurs laitiers de Canh Hung... 76 Figure 42 Modélisation avec prise en compte d'une hausse du prix du lait... 77 Figure 43 Comparaison des revenus agricoles entre systèmes VAC et autres systèmes de production... 82 Figure 44 Un système VAC... 82 Tableaux : Tableau 1 Données nationales sur la production laitière (source: Agroviet)... 5 Tableau 2 Part des différents secteurs dans l'économie de Tien Du (source : bureau du recensement du district de Tien Du)... 16 Tableau 3 Structure de la production agricole (source : bureau du recensement du district de Tien Du)... 18 Tableau 4 Caractéristiques des zones (source : bureau du recensement, 2004)... 24 Tableau 5 Production de lait et capacité de reproduction des vaches Holstein au fil des générations de Moc Chau (Nguyen Xan Trach, 2003)... 32 Tableau 6 Quelques critères de comparaison pour les vaches croisées Lai Sind x Holstein à Moc Chau (Nguyen Xan Trach 2003)... 32 Tableau 7 Les aides destinées à l'élevage laitier dans le district de Tien du (rapport de la Province de Bac Ninh, 2004)... 32 Tableau 8 Les systèmes de culture... 39 Tableau 9 Itinéraire technique du riz... 41 Tableau 10 Comparaison des produits bruts du riz et des produits transformés... 45 Tableau 11 Comparaison des cultures sèches annuelles... 48 Tableau 12 Comparaison de l alimentation des bovins laitiers et locaux (source : les entretiens)... 56 Tableau 13 Caractéristiques des systèmes de production... 62 Tableau 14 Rationnement d'une vache et production laitière... 66 Tableau 15 Calcul du cheptel maximum potentiel du district... 78 Tableau 16 Intérêt du biogaz dans le district de Tien Du (source : Biogaz, 1983)... 80 87
Annexes Annexe 1 : Trame de questions pour les premiers entretiens de découverte Annexe 2 : Questionnaire vache laitière Annexe 3 : Performance économique de la culture du riz Annexe 4 : Performance économique de la culture de maïs Annexe 5 : Performance économique de la culture du soja Annexe 6 : Performance économique de la culture de l arachide Annexe 7 : Performance économique des cultures maraîchères (tomate et pomme de terre) Annexe 8 : Tableau récapitulatif pour les systèmes de culture Annexe 9 : Performance économique de l élevage bovin laitier Annexe 10 : Performance économique de l élevage bovin local Annexe 11 : Performance économique de l élevage de porcs à l engrais Annexe 12 : Performance économique de l élevage de truie reproductrice Annexe 13 : Performance économique de la pisciculture Annexe 14 : Performance économique de l aviculture Annexe 15 : Les amortissements, taxes et intérêts bancaires Calcul du seuil de survie Annexe 16 : Les systèmes de production 88
Annexe 1 : Trame de questions pour les premiers entretiens de découverte Questions historiques : - Depuis quand êtes vous agriculteur? Vous travailliez pour la coopérative au début? Quelles étaient les productions agricoles de la coopérative? - Quel était le fonctionnement de la coopérative? Utilisation d engrais, de tracteur? - Quand la terre a-t-elle été distribuée? Selon quelles modalités (nombre de sao par personne, type de personne concernée)? Il y a eut une deuxième distribution? Quels sont les droits sur la terre? Il y a une taxe à payer? - De quand date l électricité? Les premiers tracteur, de la coopérative et privés? - Est-ce qu il y a eut des changements dans la production agricole du hameau? Dans les techniques? Dans l élevage? Questions foncières : - Quelle surface avez-vous actuellement? Divisée n combien de parcelles? Sontelles loin ou proche de la maison? Quelle est la surface en terre basse et en terre haute? - Louez vous des terres en plus? Depuis quand? Pour un bail de combien? Pour quelle prix? Comment avez-vous eut accès à ces terres? - Est-ce qu il y a des terres disponibles dans le hameau? Dans la commune? Questions productions végétales : - Quelles cultures faites vous sur votre surface? Différencier les 3 saisons. - Définir les rotations. - Pour chaque culture, avoir le rendement, les dates de culture et le devenir de la production. Questions production animales : - Quels sont les animaux que vous élevez? - Pour les «gros» animaux (vaches, truies), définir le renouvellement, le nombre de mise bas, le nombre de petits obtenus et leur devenir. Quelle est le mode de reproduction : insémination ou monte naturelle? - Pour les vaches laitières, quel est l historique? Quel est le devenir du lait? - Pour la volaille, y a-t-il des mères pour la production ou bien il y a achat chaque année? La production est la viande ou les œufs? Quel est le mode de commercialisation? - Pour tous les animaux, quelle est l alimentation? Questions «personnelles» : - Combien de personnes vivent dans la maison? - Est-ce qu il y a un revenu extra agricole, une activité extra agricole? - Est-ce qu il y a de la transformation de produits agricoles? - Quel est l équipement : charrue, charrette Qu est ce qui est loué? - Est-ce que vous avez introduit de nouvelles productions depuis que vous êtes agriculteur, ou bien abandonné certaines? - Est-ce que vous avez l intention de diversifier votre production? 89
Annexe 2 : Questionnaire vache laitière Mise en place de l élevage L achat des vaches laitières : pourquoi, comment (prêt ou vente d animaux). Cet achat a-t-il nécessité la réalisation de travaux (construction d une étable) ou la location de terres supplémentaires? Dans ce dernier cas, quel type de terre était-ce et pourquoi était-elle libre? Les animaux viennent de quel district ou province? Quel âge? A-t-il fallu arrêter une production végétale importante car destinée à la commercialisation pour libérer de la surface pour les fourrages? Quelles ont été les aides lors de la mise en place de l élevage, que ce soit des subventions ou de l équipement? Quel a été le rôle de la commune et du district dans la prise de décision d achat des vaches laitières? Données techniques reproduction et production laitière Age de mise à la reproduction Nombre d insémination nécessaire Intervalle entre vêlages Période de vêlage Remise à la reproduction après vêlage Durée de lactation Durée de tarissement Production par lactation et différence entre lactation L alimentation La ration d une vache en production, en tarissement et d une génisse. Les cultures pour nourrir les vaches sont sur quelles terres? Les différences entre saison : en hiver, qu est ce qui compense la plus faible quantité d herbe à éléphant disponible? Quelle est la période difficile? Utilisation de sous produits agricoles : les tiges et feuilles de maïs et d arachide, la paille de riz. Conservation des aliments, transport des fourrages. L ensilage de maïs ou d herbe leur parait-il intéressant? Quelle surface en herbe est nécessaire pour nourrir une vache laitière en production? L éleveur pourrait-il organiser les cultures différemment, allouer plus de terre pour les fourrages si il augmente son troupeau? La conduite du troupeau Les vaches sortent-elles? Si oui, où, combien de temps et selon quelles modalités. Gestion des veaux : quand sont-ils séparés des mères? Les males sont vendus à qui et à quel âge? Les femelles sont sevrées à quel âge et si elles sont vendues, à qui? L entretien des vaches : durée, nombre de travailleur, soins prodigués et répartition du travail. Soins vétérinaires : vermifuge, vaccin, soins particuliers (pieds, mamelle ).\ tant pour les vaches que pour les veaux. Devenir du fumier : stockage sur place ou au champ, transport au champ tous les jours? Point de vue sur l avenir de l élevage laitier dans la commune. Projets de l éleveur. 90
Annexe 3 : Performance économique de la culture du riz Produit brut quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) paddy (kg) 200 2 000 400 000 paille de riz (kg) 177 600 106 200 506 200 Consommation intermédiaire quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) urée (kg) 7 4 000 28 000 engrais NPK (kg) 20 1 600 32 000 engrais potassique (kg) 10 4 000 40 000 engrais phosphaté (kg) 7 1 500 10 500 fumier (100 kg) 3 2 500 7 500 chaux (kg) 5 1 200 6 000 insecticide (traitement) 1 3 000 3 000 semences (kg) 2 4 500 9 000 136 000 VAB 370 200 dôngs/sao/saison janvier février mars avril mai juin juillet août septembre préparation terre pépinière 0,5 0,5 semis 0,1 0,1 préparation terre rizicole 3 3 arrachage 0,25 0,25 repiquage 1 1 désherbage 0,5 0,5 engrais 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 entretien diguettes 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 1 insecticide 0,5 0,5 0,5 récolte 1 1 séchage, tri, stockage 2,5 2,5 91
Annexe 4 : Performance économique de la culture de maïs Produit brut quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) grains de maïs (kg) 200 2 500 500 000 500 000 Consommation intermédiaire quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) urée (kg) 15 4 000 60 000 engrais NPK (kg) 10 1 600 16 000 fumier (100 kg) 3 2 500 7 500 engrais potassique (kg) 5 4 000 20 000 insecticide (traitement) 4 3 500 14 000 semence maïs (kg) 1 15 000 15 000 132 500 VAB 367 500 dôngs/sao/saison janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre préparation terre 0,1 0,1 semis 1 1 sarclage 0,8 0,3 0,8 0,3 engrais 0,6 0,6 0,6 0,6 insecticide 0,8 0,8 récolte 1 1 séchage, tri, stockage 0,5 0,5 92
Annexe 5 : Performance économique de la culture du soja Produit brut quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) soja grain (kg) 60 7 000 420 000 420 000 Consommation intermédiaire quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) urée (kg) 3 4 000 12 000 engrais potassique (kg) 3 4 000 12 000 insecticide (traitement) 1 10 000 10 000 semence (kg) 5 9 000 45 000 79 000 VAB 341 000 dôngs/sao/saison janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre préparation terre 0,1 0,1 0,1 semis 1 1 1 sarclage 1,3 1,3 1,3 engrais 0,5 0,3 0,5 0,3 0,5 0,3 insecticide 0,4 0,4 0,4 0,4 0,4 0,4 récolte 1,3 1,3 1,3 séchage, tri, stockage 0,3 0,3 0,3 93
Annexe 6 : Performance économique de la culture de l arachide Produit brut quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) cacahuète 100 7 000 700 000 700 000 Consommation intermédiaire quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) engrais potassique (kg) 2 4 000 8 000 engrais phosphate (kg) 10 1 500 15 000 fumier (100 kg) 3 2 500 7 500 insecticide (traitement) 13 000 semences (kg) 10 10 000 100 000 143 500 VAB 556 500 dôngs/sao/saison janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre préparation terre 0,1 0,1 semis 1 1 sarclage 2 1 0,8 0,8 2 1 0,8 0,8 engrais 1,5 1,5 1,5 1,5 insecticide 0,6 0,6 récolte 1 1 séchage, tri, stockage 4,9 4,9 vente 0,3 0,3 94
Annexe 7 : Performance économique des cultures maraîchères (tomate et pomme de terre) Produit brut Produit brut quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) tomate (kg) 1 200 2 000 2 400 000 pomme de terre (kg) 400 3 000 1 200 000 2 400 000 1 200 000 Consommation intermédiaire Consommation intermédiaire quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) plants (nb pied) 1 000 150 150 000 urée (kg) 2 4 000 8 000 urée (kg) 5 4 000 20 000 engrais NPK (kg) 5 1 600 8 000 engrais NPK (kg) 3 1 600 4 800 engrais potassique (kg) 1 4 000 4 000 fumier (100 kg) 2 2 500 5 000 fumier (100 kg) 2 2 500 5 000 engrais potassique (kg) 2 4 000 8 000 semences (kg) 15 4 000 60 000 insecticide traitement 1 60 000 60 000 insecticide (traitement) 1 7 000 7 000 247 800 92 000 VAB 2 152 200 dôngs/sao/saison VAB 1 108 000 dôngs/sao/saison tomate septembre octobre novembre décembre pomme de terre octobre novembre décembre préparation terre 0,1 préparation terre 0,1 semis 0,5 semis 0,5 insecticide 1 1 insecticide 0,5 sarclage 2 2 sarclage 1 1 engrais 0,5 2 2 engrais 0,8 0,2 tuteurage et taille 1 arrosage 0,5 0,5 arrosage 0,5 0,5 récolte 4 récolte 2 vente 2 95
Annexe 8 : Tableau récapitulatif pour les systèmes de culture terre SC nb riz autre culture PB total (dôngs) CI total (dôngs) VAB dôngs/sao/an jw (h.j) VAB/jW (dôngs/h.j) TB SC1 1 non 506 200 136 000 370 200 11 34 761 SC2 2 non 1 012 400 272 000 740 400 21 34 761 SC3 2 ma non 1 012 400 272 000 740 400 27 27 730 2 mo non 1 012 400 272 000 740 400 21 34 761 2 ma maïs 1 512 400 404 500 1 107 900 32 34 194 TM 2 ma soja 1 432 400 351 000 1 081 400 32 33 480 SC 4 2 mo maïs 1 512 400 404 500 1 107 900 27 41 033 2 mo soja 1 432 400 351 000 1 081 400 27 40 201 2 ma maïs 1 512 400 404 500 1 107 900 32 34 194 2 ma soja 1 432 400 351 000 1 081 400 32 33 480 SC 5 2 ma arachide 1 712 400 415 500 1 296 900 42 30 732 2 mo maïs 1 512 400 404 500 1 107 900 27 41 033 2 mo soja 1 432 400 351 000 1 081 400 27 40 201 2 mo arachide 1 712 400 415 500 1 296 900 37 35 242 1 arachide et soja 1 626 200 358 500 1 267 700 34 36 798 1 2 fois arachide 1 906 200 423 000 1 483 200 44 33 443 TH SC6 1 arachide et maïs 1 706 200 412 000 1 294 200 35 37 459 1 arachide et tomate 3 606 200 527 300 3 078 900 46 67 005 1 2 fois soja 1 346 200 294 000 1 052 200 25 42 859 0 arachide, soja, maïs 1 620 000 355 000 1 265 000 27 47 201 SC7 0 2 maïs 1 soja 920 000 344 000 576 000 17 33 882 0 2 soja 1 arachide 1 540 000 301 500 1 238 500 27 46 386 0 2 soja 1 maïs 1 340 000 290 500 1 049 500 17 62 101 0 2 soja 1 pdt 2 040 000 250 000 1 790 000 20 88 177 TA SC9 0 arachide et maïs 1 200 000 276 000 924 000 21 43 585 0 soja et maïs 920 000 211 500 708 500 11 62 699 colline SC11 0 manioc 600 000 217 000 383 000 7 55 912 96
Annexe 9 : Performance économique de l élevage bovin laitier Produit brut quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) lait (kg) 3 323 3 100 10 301 300 veaux 0,46 150 000 69 000 veaux femelle 0,46 5 000 000 2 300 000 fumier (100 kg) 72 2 500 180 000 12 850 300 Consommation intermédiaire prix unitaire quantité (dôngs) total (dôngs) IA 23 50 000 1 150 000 minéraux (kg) 36 20 000 720 000 drèches (kg) 2 160 500 1 080 000 soja (kg) 180 6 000 1 080 000 maïs (kg) 1 800 2 500 4 500 000 vermifuge 1 18 000 18 000 8 548 000 VAB 4 302 300 dôngs/vache/an 8 7 6 5 4 3 2 1 0 janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre traite alimentation entretien gardiennage vente du lait couper les herbes à éléphant couper les herbes spontanées 97
Annexe 10 : Performance économique de l élevage bovin local Produit brut quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) veau 0,5 5 000 000 2 500 000 génisse 0,5 3 000 000 1 500 000 vache réforme 0,1 2 100 000 210 000 fumier (100 kg) 43 2 500 107 500 4 210 000 Consommation intermédiaire quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) IA ou MN 1 40 000 40 000 vermifuge 1 150 000 150 000 riz (kg) 800 2 400 1 920 000 achat veau renouvellement 0,1 3 000 000 300 000 2 410 000 VAB 1 800 000 dôngs/vache/an 16 14 entretien 12 10 8 6 4 2 0 janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre gardiennage couper les herbes spontanees alimentation vente du veau 98
Annexe 11 : Performance économique de l élevage de porcs à l engrais Produit brut quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) porc de 6 mois 1 875 000 875 000 lisier (100 kg) 0,5 2 500 1 250 876 250 Consommation intermédiaire quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) porcelets 2 mois 1 175 000 175 000 concentré (kg) 60 7 000 420 000 vaccin 1 2 000 2 000 vermifuge 1 1 500 1 500 598 500 VAB 277 750 dôngs/porc 2 1,8 1,6 1,4 1,2 1 0,8 0,6 0,4 0,2 0 janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre entretien alimentation vente 99
Annexe 12 : Performance économique de l élevage de truie reproductrice Produit brut quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) porcelets 2 jours 4 10 000 40 000 porcelets 2 mois 6 175 000 1 050 000 porcelets 6 mois 16 875 000 14 000 000 truie réforme 0,1 900 000 90 000 lisier (100 kg) 3 2 500 7 500 15 187 500 Consommation intermédiaire quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) vaccin truie 1 2 000 2 000 IA 4 20 000 80 000 injection fer porcelets 30 1 000 30 000 truie renouvellement 0,1 230 000 23 000 vermifuge truie 1 1 500 1 500 vermifuge porc 30 1 500 45 000 riz (kg) 2 280 2 400 5 472 000 vaccins porcs 30 2 000 60 000 Concentré allaitement (kg) 30 7 000 210 000 Concentré porcelet (kg) 150 8 500 1 275 000 concentré après sevrage (kg) 240 7 000 1 680 000 8 878 500 VAB 6 309 000 dôngs/truie/an 6 5 4 3 2 alimentation entretien vente soins au porcelets 1 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 100
Annexe 13 : Performance économique de la pisciculture Produit brut quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) carpe (bête) 30 23 000 690 000 brochet (bête) 10 18 000 180 000 labeo (bête) 150 13 000 1 950 000 hypophtalmichtys (bête) 130 10 000 1 300 000 4 120 000 Consommation intermédiaire quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) maïs broyé (kg) 365 2 500 912 500 chaux (kg) 30 1 200 36 000 fumier (100 kg) 9 2 500 22 500 alevin hypophtalmichtis (kg) 13 7 000 91 000 alevin carpe (kg) 3 10 000 30 000 alevin brochet (kg) 10 7 000 70 000 alevin labeo (kg) 15 7 000 105 000 1 267 000 VAB 2 853 000 dôngs/sao/an 1,2 1 0,8 0,6 0,4 0,2 alimentation vidange mare vente assainissement remplissage et empoissonnement 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 101
Annexe 14 : Performance économique de l aviculture Produit brut quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) poules réforme (bêtes) 1 000 75 000 75 000 000 oeufs 8 500 1 000 8 500 000 fumier (100 kg) 0,6 2 500 1 500 83 501 500 Consommation intermédiaire quantité prix unitaire (dôngs) total (dôngs) Concentré poussin (kg) 60 120 000 7 200 000 concentré poulet de réserve (kg) 120 100 000 12 000 000 Concentré poule (kg) 600 96 000 57 600 000 vaccins 1 000 3 000 3 000 000 poussins (bêtes) 1 000 3 000 3 000 000 82 800 000 VAB 701 500 dôngs/an 8 7 6 5 4 3 2 1 alimentation collecte oeufs vente oeufs achat poussins vente poules soins poussins (vaccins) nettoyage poulailler 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 102
Annexe 15 : Les amortissements, taxes et intérêts bancaires Calcul du seuil de survie Prix (dôngs) durée de vie (an) Amt (dôngs) motoculteur 10 000 000 25 400 000 batteuse 700 000 30 23 333 charrette 20 000 25 800 pompe 5 000 000 20 250 000 charrue 50 000 40 1 250 herse 40 000 40 1 000 plantation arbres 10 000 25 400 rénovation porcherie 2 000 000 40 50 000 porcherie 2 000 000 40 50 000 en dôngs taxe hydraulique 126 000 taxe de sécurité 1 800 taxe de protection 3 600 budget de la terre 1 800 133 200 dôngs/sao/saison location du tracteur de la coop 18 000 dôngs par sao location moto 40 000 dôngs par sao location terre 70 000 dôngs par sao intérêts des emprunts 160 000 dôngs par an, taux de 0,8%, emprunt 30 millions dôngs par an, taux de 1,1%, emprunt de 25 275 000 millions, pour les non laitiers seuil de survie dôngs par mois dôngs par an alimentation 240 000 2 880 000 thé 20 000 240 000 habillement 2 500 30 000 autre 10 000 120 000 total / 3 270 000 pour 1,5 actif (0,5 dépendant) / 4 905 000 soit 5 000 000 dôngs/an 103
Annexe 16 : Les systèmes de production SP1 SP2 SP3 SP4 SP5 SP6 SP7 SP8 jw (h.j) 57,53 281,95 866,30 318,35 427,40 547,30 1 335,40 795,00 pointe de travail (h.j) 16,80 48,65 156,10 87,80 99,00 106,80 155,00 108,90 Smax (sao) 3,57 2,47 3,07 3,42 3,03 2,81 2,71 3,03 PB SE (dôngs) 1 752 500 83 501 500 14 725 000 10 515 000 52 575 000 45 562 500 61 580 000 36 047 500 PB SC (dôngs) 2 024 800 4 683 400 18 723 600 12 368 000 11 044 000 11 044 000 9 504 400 10 214 400 CI SE (dôngs) 1 197 000 82 800 000 9 592 000 7 182 000 35 910 000 26 515 500 31 232 000 19 207 000 CI SC (dôngs) 544 000 1 187 875 4 876 500 3 070 375 2 931 500 2 931 500 5 099 900 4 302 600 VAB SE (dôngs) 555 500 701 500 5 133 000 3 333 000 16 665 000 19 047 000 30 348 000 16 840 500 VAB SC (dôngs) 1 480 800 3 495 525 13 847 100 9 297 625 8 112 500 8 112 500 4 404 500 5 911 800 VAB SP (dôngs) 2 036 300 4 197 025 18 980 100 12 630 625 24 777 500 27 159 500 34 752 500 22 752 300 VAB/sao (dôngs/sao) 1 018 150 1 049 256 1 186 256 1 263 063 2 477 750 2 715 950 2 482 321 2 068 391 VAB/actif (dôngs/actif) 1 018 150 1 049 256 3 796 020 2 526 125 4 955 500 5 431 900 6 950 500 4 550 460 Amt (dôngs) 3 050 26 383 26 383 26 383 76 383 76 383 76 383 76 383 VAN (dôngs) 2 033 250 4 170 642 18 953 717 12 604 242 24 701 117 27 083 117 34 676 117 22 675 917 VAN/sao (dôngs/sao) 1 016 625 1 042 660 1 184 607 1 260 424 2 470 112 2 708 312 2 476 865 2 061 447 location de matériel (dôngs) 72 000 108 000 360 000 216 000 288 000 288 000 216 000 72 000 Rentes (dôngs) 0 0 420 000 0 0 0 280 000 70 000 Taxes (dôngs) 532 800 1 065 600 2 664 000 2 664 000 2 664 000 2 664 000 2 664 000 2 664 000 intérêt des emprunts (dôngs) 0 0 0 0 0 0 160 000 160 000 Ra (dôngs) 1 961 250 4 062 642 18 173 717 12 388 242 24 413 117 26 795 117 34 020 117 22 373 917 Ra/actif (dôngs/actif) 980 625 1 015 660 3 634 743 2 477 648 4 882 623 5 359 023 6 804 023 4 474 783 Ra/mois (dôngs) 163 438 338 553 1 514 476 1 032 353 2 034 426 2 232 926 2 835 010 1 864 493 Ra/sao (dôngs/sao) 980 625 1 015 660 1 135 857 1 238 824 2 441 312 2 679 512 2 430 008 2 033 992 charges proportionnelles/sao (dôngs/sao) 36 000 27 000 48 750 21 600 28 800 28 800 35 429 12 909 charges non proportionnelles/actif (dôngs/actif)) 1 525 6 596 5 277 5 277 15 277 15 277 47 277 47 277 104