1 MISSION DE VERIFICATION D'INFORMATION ET PROTECTION DES CIVILES - AGUEL-HOC IEDA Relief 25 au 27 Juin 2014 Participants : Chef du bureau MINUSMA de Kidal ; Chef de mission IEDA-Relief ; Section Droits de l Homme MINUSMA Kidal ; Section Affaires civiles MINUSMA; Section Police Civile MINUSMA.
2 Objectif de la Mission Une Mission s est rendue à Aguelhok du 25 au 27 Juin 2014 afin de vérifier des informations relatives aux PDI s du camp de la force Tchadienne basée aux abords de la localité ainsi que de leurs familles. Il fallait vérifier le statut des personnes concernées; si elles ou leurs familles avaient des besoins du domaine de l humanitaire ; explorer des pistes de solutions et enfin déterminer les responsabilités pour leur prise en charge. Une évaluation sommaire des besoins de la ville a aussi été faite. Composition de la mission La mission était composée de IEDA Relief, la section des affaires civiles ainsi que de la section des droits de l homme et la police civile de MINUSMA a procédé par des échanges en focus groupe avec les déplacés du camp, leur familles mais aussi par des rencontres avec les nouvelles autorités d Aguelhok y compris les leaders des groupes armés MNLA et HCUA. Accès Humanitaire Seules quelques ONGs (MDM ; CICR, ADG et IEDA Relief) avec une capacité de réponse très limitée face aux besoins, restent actives dans la localité. IEDA Relief ne faisant que du monitoring de protection et profilage des zones de retours, il ne reste que MDM pour la santé ; le CICR et ADG la distribution alimentaire. La raison principale du manque d accès est liée à l insécurité due à la présence de groupes extrémistes que n arrivent pas à contrôler les groupes armés modérés (MNLA et HCUA). Les conflits inter et intracommunautaires sont aussi fréquents et source d insécurité. L état des routes est mauvais sans qu elles soient impraticables par des véhicules adaptés. Causes de déplacement Ces personnes se sont réfugiés dans le camp suite aux attaques du 17 mai 2014 à Kidal, afin d échapper à des représailles de la part des nouvelles autorités de la ville (MNLA et HCUA) qui ont occupé les lieux suite au retrait des FAMA. Certaines sources affirment que les FAMA se sont retirées pour éviter un bain de sang dans la population civile d Aguelhok. Suite aux entretiens avec des personnes ressources d Aguelhok, Il est reproché (allégations) aux PDIs du camp Tchadien qu ils étaient ou des indicateurs, ou des espions ou des milices au compte des FAMA ; mais aussi leur appartenance à «l idéologie d un Mali Uni» ; il est aussi reproché à certains parmi eux d avoir commis quelques exactions contre les populations l ors de l administration/ contrôle de la ville par les FAMA. Pour les leaders des PDIs ils n ont rien à se reprocher et déplore le fait qu ils soient obligés de vivre dans des conditions de reclus par le simple fait de leur appartenance ou croyance a «l idéologie d un Mali uni». Ils affirment qu ils 1 - Les PDI du camp Tchadien
3 pourraient sortir librement du camp et retourner dans la ville si et seulement si ils acceptaient de s allier à un des groupes armés (HCUA ou MNLA) dans la cadre du projet AZAWAD. Mais ils sont déterminés à ne pas céder à cette solution facile. Ils craignent pour la sécurité de leurs familles à Aguelhok et à Doussakat; aussi la satisfaction de leur besoins de base : alimentaire, médicaux etc. Leur inquiétude s est agrandie depuis l attentat du camp qui a tué 4 militaires Tchadiens car depuis lors et par mesure de sécurité toutes les communications téléphoniques avec les familles ont été coupées. Une partie des PDIs a rapporté la dispersion de leurs familles qui vivaient à Doussakat vers des directions inconnues. Une partie de ces familles se seraient dirigé vers Aguelhok mais hésiteraient d y rentrer de peur de représailles. Etant désormais retenus dans le camp avec aucune liberté de sortie ni de visite familiale, mais aussi avec les conditions d hygiène précaires dans le site, le stress et l impatience commence à les ronger avec des conséquences inconnues. 2 - Epouses des PDI du camp Les femmes des PDI du camp disent souffrir du manque de communication du fait du retrait des téléphones de leurs maris qui à travers ce moyens pouvaient leur faire livrer des vivres par des commerçants. Elles disent aussi ne pas bénéficier des aides alimentaires du CICR ni celles du PAM à travers ADG. Elles n ont pas été victime d agression particulière de la part des groupes armés à part deux altercations avec des femmes qui leurs tenaient des propos injurieux liés au statut de leurs maris. Le plus grand souhait de ces personnes est que le dialogue aboutisse rapidement à un accord global qui puisse garantir une paix durable ainsi que leur sécurité. Le contexte évoluant rapidement, des PDI du camp au nombre de 30 lorsque nous les avions rencontrés du 25 au 27 Juin, il ne reste plus que deux car le 02 Juillet il nous a été rapporté qu'une vingtaine d'entre eux a quitté le camp tôt le matin pour se rendre à Gao. Certains parmi eux ont décidé de rester a Aguelhok, ainsi le moniteur de protection de IEDA a été appelé par la MINUSMA pour accompagner ces derniers dans la ville. Un suivi de protection s'effectuera autour de ces personnes par IEDA Relief. Les leaders des groupes armés rencontrés (MNLA et HCUA) ont démentis le fait qu ils auraient dit que la seule condition pour que les PDI du camp soient libres de revenir en ville est qu ils se joignent à leur idéologie. Ils ont par contre dit que les PDI du camp peuvent sortir librement mais qu ils devraient s abstenir de «propager leurs idéaux diaboliques» : un Mali uni. Techniques d approche et accès humanitaire Une nouvelle stratégie de l aide humanitaire à la région de Kidal en générale s impose du fait de la combinaison de situations d urgences complexes liées aux conditions climatiques aux
4 conflits intercommunautaires, aux groupes armés modérés ainsi que les groupes armés extrémistes. Approche communautaire: une fenêtre d opportunité s entre ouvre à Aguelhok pour les humanitaires car nonobstant la situation sécuritaire et la complexité du contexte, il leur est possible d y travailler en prenant les précautions nécessaires vue que le risque zéro n existe nul part. Ne rien faire en ce moment n est pas une solution, il faudra pour cela plus d acteurs pour favoriser la protection par la présence. Il faudra également considérer avec attention la gestion des risques (mesures de mitigation) et les modes de sécurisation à utiliser (ouverture de route, sécurisation de zones, patrouilles avancées ou escortes en dernier recours.). Plusieurs initiatives sont en effet en cours pour assister les populations. Le conseil régional de Kidal soutient divers projets dans la région Aguelhok Tessalit - Kidal (pour environ 750 000 EUR) A défaut de réaction favorable de la part de la communauté humanitaire pour une assistance aux déplacés civiles du camp, la MINUSMA ainsi que la force Tchadienne se voient contraints en dernier recours - à faire de l humanitaire en assistant ces PDI comme ils le peuvent. Il faut noter qu ils exercent une pression énorme sur les infrastructures sanitaires des Tchadiens, les rendant insalubres et difficile d accès. Aussi pour leur sécurité et celle des Tchadiens, un espace contigu au camp est en aménagement afin de transférer les civils à l extérieur du site militaire. Une collaboration avec les humanitaires est encore demandée afin de respecter les normes sphère pour la mise en place d un camp de déplacé. Précautions Il est évident que nous sommes en présence de plusieurs groupes avec des intérêts divergeant d où la précaution dans l analyse des propos des uns comme des autres. Au-delà de tout cela nous devons nous résoudre à l évidence qu en tant qu humanitaire nous avons la responsabilité de venir en aide aux personnes vulnérables tout en évitant de se faire utiliser et ou instrumentaliser. Aussi par trop de précautions la communauté humanitaire n a pas répondu d une façon adéquate aux besoins des populations déplacées de la région de Kidal en général mais particulièrement de la localité d Aguelhok ainsi que des déplacés du camp d Aguelhok et leurs familles. Les besoins des habitants d Aguelhok sont de tout ordre, mais en urgence une aide alimentaire et médicale supplémentaire contribuerait à atténuer les souffrances des populations ; une solution intermédiaire pour résoudre le problème d eau et d électricité par la provision de deux générateurs de 25 et 100 KVA permettrait de consolider les efforts des partenaires mais aussi permettre la reprise des activités économiques des habitants. Le secours d'urgence préconisé visera 200 ménages comprenant les familles des PDI du camp vivant a Aguelhok ainsi que ceux de Doussakat dispersés sur les 4 sites soit environ 100 ménages mais aussi des populations vulnérables d'aguelhok au nombre de 100 afin de ne pas stigmatiser ceux qui recevrons l'aide. Les 13 ménages qui ont été victimes des pluies diluviennes du 28 Juin, pourront aussi faire partir des 100 à prendre en charge avec des kits prévus.
5 «Akfahi Afouss» ou encore «Donnes-moi ta main» en tamashek est une initiative locale des habitants d Aguelhok pour la paix, la résolution pacifique des conflits et la cohésion sociale. Le comité exécutif de cette initiative a tenu plusieurs séances de sensibilisations sur la paix mais aussi résolu plusieurs conflits inter communautaires. Maintenant éprouvé par les diverses crises politico climatiques et sécuritaire, ils en appel à un appui technique et financier pour poursuivre l œuvre qui est la seule voie salutaire pour une reprise durable des activités socioéconomiques de la ville et peut être même de la région, car selon plusieurs sources, Aguelhok constitue l épicentre même des conflits de toute la région de Kidal. IEDA Relief appui techniquement le comité dans la documentation de leur stratégie et plan d action afin de développer une proposition qui permettra la mobilisation des ressources pour l exécution d un projet pilote de Juillet à Décembre 2014. Les résultats de cette phase pilote si satisfaisants, serviront comme base pour de nouveaux projets en 2015 dans toute la région. Points de réflexion : solutions globales pour réussir l appui d urgence efficacement et en sécurité: Vue la multitude des déplacements de population dans une zone d insécurité limitant l accès humanitaires il est pertinent de se poser la question de savoir dans quelle mesure il serait judicieux et plus efficace d apporter de l aide aux populations sinistrées dans un environnement plus sécurisé. Plusieurs solutions sont envisageables pourvu que des mesures d accompagnement les soutiennent : 1. Procéder à une localisation précise des sites de déplacés les maintenir là où ils se sont établis; sécuriser la zone avec des patrouilles renforcées de la MINUSMA (Force Tchadienne), et de Serval et organiser la distribution de l aide d urgence avec tous les acteurs. 2. Délimiter une zone sur un espace ou plusieurs établissements humains peuvent se former donnant l impression d un camp ouvert mais homogène et formant un corridor de sécurité sans clôture. Exemple d un camp de refugié de Mentao/Djibo au Burkina Faso étalé sur 12 Kilomètres ou vivent les réfugiés par affinité mais en utilisant communément les services humanitaires stratégiquement positionnés afin de les rendre accessibles à tous. RECOMMANDATIONS : 1. Back to basics : mettre plus l accent sur les principes humanitaires élémentaire qui aide les bénéficiaires et non sur ceux qui maintiennent les humanitaires à Bamako. 2. Eviter de faire et refaire des évaluations car les populations se plaignent de trop de questions qui leurs sont posées par divers humanitaires mais sans réponse humanitaire adéquate de leur part.
6 3. Formation en droits de l homme de la force Tchadienne ainsi que des autorités locales d Aguelhok 4. Pré-positionnement de kits divers NFI et alimentaires incluant surtout des tentes à Kidal/Aguelhok. (Minimum 200 familles incluant aussi les familles victimes des pluies torrentielles du 28 Juin à Aguelhok). Liste des bénéficiaires établie par IEDA. 5. Mobilisation de tous pour un appui conséquent aux efforts et initiatives locaux de paix, cohésion sociale et résolution des conflits «Akfahi afousse» 6. «Very Fast QIPs» : Générateurs pour eau et électricité ; réhabilitation de la radio communautaire. 7. Appui supplémentaire à MDM pour la couverture santé avec des intrants supplémentaires et en augmentant les capacités des équipes mobiles de MDM. 8. Mission conjointe des ONG de protection en urgence pour une évaluation pour juger de la pertinence de mettre en place un ou deux camps de rassemblement qui permettrait de centraliser l aide humanitaire avec plus de sécurité. 9. Revoir les critères de sélection/vulnérabilité et s assurer d y inclure les nouveaux vulnérables suite aux déplacements récents ainsi que les familles des PDI du camp. 10. Appui au comité de gestion scolaire d Aguelhok pour réussir la rentrée scolaire 2014-2015 les évènements de mi-mai ayant mis un terme aux efforts de réouverture de l année scolaire 2013-2014. Voir la possibilité de valider l année interrompue par les évènements. Le comité de gestion scolaire est très motivé pour la réouverture et veut compter sur tout efforts y affèrent. Sauvons l école publique à Aguelhok!