Mycoses tropicales profondes



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Transcription:

Mycoses tropicales profondes Histoplasmoses: histoplasmose à H capsulatum, à H duboisii Penicilliose Blastomycose Coccidioïdomycose Paracoccidioïdomycose

Histoplasmose à Histoplasma capsulatum var capsulatum Champignon dimorphique Réservoir: sol, fientes d oiseau, de chauvesouris, végétaux en décomposition Centre et est des USA, Amérique centrale et du sud, caraïbes, Afrique intertropicale, Inde, Asie du sud-est Contamination par inhalation de spores Survenue par petites épidémies

Clinique de l histoplasmose Primo-infection Histoplasmose disséminée Forme tertiaire chronique pulmonaire

Primo-infection histoplasmose Asymptomatique dans 95 % des cas Symptomatique si grande quantité de spores ingérée Syndrome pseudo-grippal 7 à 15 j après: fièvre, toux expectoration, céphalées, arthralgies, myalgies, pf EN, E polymorphe Guérison spontanée, dissémination dans 0,1% des cas

Formes disséminées de l histoplasmose Formes chroniques Terrain favorisant: alcoolo-tabagisme, diabète, corticothérapie Ulcérations des muqueuses digestives Atteintes viscérales multiples: hépatosplénomégalie, adénopathies Autres: reins, surrénales.

Histoplasmose du Sidéen CD4 inférieurs à 150/mm³ Fièvre et amaigrissement (95 %) Pneumopathie (50 %) Hépatospénomégalie (25 %) Adénopathies (20 %) Atteinte du SNC, digestives, cutanéomuqueuses, moelle osseuse (pancytopénie)

Diagnostic biologique de l histoplasmose Mise en évidence des levures, 2 à 5 µm, intra-histiocytaires, MGG, Grocott, sur LBA, frottis, urines, sang, ponction médullaire, biopsie Culture à 27 C, forme filamenteuse, danger Culture sur milieu au sang à 37 C, levures Sérologie, méthodes de précipitation Recherche d antigène circulant dans les fluides biologiques, important chez sidéen

Traitement de l histoplasmose à H capsulatum var capsulatum Abstention possible pour la primo-invasion, si traitement itraconazole 200 mg/j 2 à 3 m Forme disséminée: amphotéricine B: 1mg/kg/j pt 15 j puis itraconazole 6 à 18 mois Prophylaxie jusqu à CD4 > 300 pt 6 mois Forme chronique: sévère amphotéricine B puis itraconazole, modérée: itra d emblée 1 à 2 ans Méningite: ampho B puis fluconazole pendant 1 an

Histoplasmose africaine Histoplasmose à «grandes formes», Histoplasma capsulatum var duboisii Mode de contamination? Champignon dans le milieu extérieur, Maladie rare: quelques centaines de cas Association avec VIH? Afrique intertropicale, Madagascar

Clinique de l histoplasmose africaine Souvent confondue avec tuberculose Signes cutanés: pseudo-molluscum, papules, abcès, gommes, ulcérations Adénopathies se fistulisant Atteinte osseuse: lésions lytiques évoquant une φ, côtes, sternum, clavicule, crâne, vertèbres Poumons, tube digestif

Diagnostic biologique de l histoplasmose africaine Mise en évidence de grosses levures: 8 à 15 µm Examen direct du pus Anatomopathologie Culture à 27 C, même aspect que H capsulatum, dangereuse à manipuler Culture à 37 C, forme levure

Traitement de l histoplasmose africaine Amphotéricine B dans les formes graves Itraconazole en relais ou d emblée dans les formes moins graves Récidives fréquentes Traitement chirurgical des abcès

Penicilliose à Penicillium marneffei Champignon dimorphique Terrain immunodéprimé, VIH en particulier Réservoir, rat de bambou, terrier Contamination par voie aérienne probable Asie du sud-est, Thaïlande+++, Chine, Vietnam, est de l Inde

Clinique de la penicilliose Fièvre Perte de poids Signes cutanés: papules ombiliquées, visage, tronc, membres supérieurs Toux, adénopathies, hépatosplénomégalie, diarrhées Radio: lésions réticulo-nodulaires, infiltrats alvéolaires localisés

Diagnostic biologique de la penicilliose Pus, frottis ou biopsie de peau, moelle, ganglion Etat parasitaire: éléments de 2 à 6 µm, septés au centre, sans bourgeonnement, souvent intracellulaires Culture (hémoculture, moelle osseuse, biopsie cutanée), 27 C, Penicillium à pigment rouge

Traitement de la penicilliose Amphotéricine B pendant deux semaines Puis itraconazole 400 mg/j pendant dix semaines Traitement par itraconazole jusqu à rétablissement de l immunité

Blastomycose (maladie de Gilchrist) Mycose granulomateuse et suppurative évoluant surtout de façon chronique, due à Blastomyces dermatitidis Réservoir mal connu, végétaux, eau Mycose rare, Centre des USA, Canada, Afrique du nord, centrale, australe Porte d entrée pulmonaire

Clinique de la blastomycose Pneumopathie aigue ou chronique (tuberculose ou cancer) Localisations extra-pulmonaires: cutanées++: dermatite verruqueuse, osseuses (vertèbres, os du crâne), viscérales: rein, prostate, méningite, abcès cérébraux

Diagnostic biologique de la blastomycose Mise en évidence de la forme parasitaire dans les prélèvements: pus, sérosités LBA... Levures de 8 à 15 µm de long, bourgeonnement à base large Examen anatomopathologique Culture à 27 C, forme filamenteuse, dangereuse à manipuler, inoculation animal Sérologie

Traitement de la blastomycose Formes sévères de primo-infection ou de forme disséminée: amphotéricine B puis itraconazole Formes modérées: itraconazole voire fluconazole plus de six mois Formes méningo-encéphalitiques: amphotéricine B ou fluconazole à fortes doses

Coccidioïdomycose maladie de Posadas et Wernicke Mycose américaine des régions désertiques (ouest USA, Amérique centrale et du sud) Champignon Coccidioïdomyces immitis et Coccidioïdomyces posadasii : spores ou arthroconidies dans le sol Contamination par voie aérienne Formes graves terrains affaiblis (sujet âgés, femmes enceintes), VIH

Clinique de la coccidioïdomycose Formes asymptomatiques Syndrome grippal avec éruption ou EN Formes fulminantes de primo-infection Evolution pulmonaire chronique: nodules, cavitations ou fibrose Formes disséminées (VIH), peau (granulomes verruqueux et ulcérations), os et articulations, méningite chronique

Diagnostic biologique de la coccidioïdomycose Mise en évidence dans les produits de prélèvement de «sphérules» de 10 à 80 µm de diamètre contenant des spores Mise en évidence de sphérules à l examen anatomopathologique Sérologie: f du c, ELISA, latex, IgM puis G Cultures à 27 C, dangereuses+++ IDR à la coccidioïdine

Traitement de la coccidioïdomycose Primo-invasion: sévère: amphotéricine B puis itra ou fluco pt au moins 1 an, modérée: rien ou itra, fluco pt 3 à 6 mois Formes disséminées: sévères: amphotéricine B puis itra ou fluco, modérée: itra ou fluco Formes chroniques: itra ou fluco pt 1 an Méningite: fluco à vie amphotéricine B intrathécale Sujet VIH: amphotéricine B puis itra jusqu à rétablissement de l immunité

Paracoccidioidomycose (Maladie de Lutz-Splendore-Almeida) Mycose granulomateuse, champignon dimorphique: Paracoccidioïdes brasiliensis Amérique latine: 20 N à 35 S, régions forestières humides, Brésil 80 % des cas Champignon isolé du sol et du tatou Contamination par voie aérienne, inoculation traumatique

Formes cliniques de la paracoccidioïdomycose Paracoccidioïdomycose-infestation (IDR+) Paracoccidioïdomycose-maladie Forme aiguë ou subaiguë:homme jeune, grave, 10 à 25 %, AEG, adénopathies, hépatosplénomégalie, peau, cavité buccale Forme chronique: homme > 30 ans, forme oro-cutanéo-pulmonaire, atteinte buccale granulomateuse, adénopathies Formes chez le sujet VIH

Diagnostic biologique de la paracoccidioïdomycose Examen direct: produits pathologiques: levure de 10 à 60 µm multibourgeonnante en «roue de timmonier» Examen anatomopathologique; levure plus difficile à reconnaître Sérologie: electrosynérèse, ELISA, suivi après traitement Culture à 37 C: forme levure, à 27 C forme filamenteuse difficile à obtenir

Traitement de la Paracoccidioïdomycose Sulfamides, cotrimoxazole utilisés si antifongiques contre-indiqués Amphotéricine B dans les formes graves Itraconazole pendant au moins un an, le risque de rechute est particulièrement élevé les trois années suivantes, suivi clinique, radiologique et sérologique