L histoire du service des eaux de l agglomération bordelaise



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L histoire du service des eaux de l agglomération bordelaise L eau à Burdigala La première adduction d eau bordelaise fut construite par les Romains qui allèrent capter l eau d un ruisseau de Talence au Moulin d Ars pour alimenter un aqueduc. Celui-ci, à partir d un tronçon commun route de Toulouse, se divisait en deux branches parallèles au fleuve, l une empruntant l actuelle rue Sainte-Catherine, l autre implantée sur la rue des Palanques et la rue du Temple et atteignant le marché des Grands-Hommes. Burdigala était abondamment pourvue en eau car aux sources disponibles dans la cité même s ajoutaient les eaux du Peugue ou de la Divone (la Devèze) qui étaient d excellente qualité, ainsi qu en témoigne le poète Ausone lorsqu il décrit la «fons DIVONA» qui avait été aménagée dans l avant-port à partir d une retenue sur le cours de la Devèze. Ce barrage permettait ainsi de mettre à la disposition de la population et des navigateurs une eau qui n était pas chargée de vases à chaque marée et qu il n était pas nécessaire de puiser. La cité aurait donc pu se passer d aqueduc si ce n était la nécessité pour les thermes et les fontaines publiques de disposer d eau à une côte sensiblement plus élevée que celle où l on pouvait trouver les sources. Ces dernières à Bordeaux, issues de la nappe phréatique libre, sourdent en général à une côte assez basse. L existence de deux autres aqueducs allant chercher les eaux de l Eau Blanche et de l Eau Bourde et construits sous le règne de Tibère reste une hypothèse de même que la date à laquelle les aqueducs ont été détruits (par les invasions successives) ou simplement laissés à l abandon. -1/16-

Au Moyen-âge Au Moyen-âge, avec les vicissitudes causées pas les invasions barbares, la ville se replie sur son castrum. Les besoins en eau sont moindres car la population a décru. Ce n est qu à partir du XIIème siècle que Bordeaux sort de ses murs. Les faubourgs se développent, les activités artisanales exigeantes en eau s implantent sur les bords du Peugue et de la Devèze : elles pollueront largement ces rivières qui leur servent aussi d égout et elles priveront progressivement les riverains de l usage alimentaire de cette eau. Cela sera compensé par l utilisation des nouvelles sources périphériques et par la réalisation de nombreux puits publics. En 1521, Josse CORNILHOT, maître fontainier, originaire de Rouen, passe un contrat avec les Echevins de Bordeaux pour la construction de trois fontaines, Place de l Eglise Saint- André, Place du Marché et Place de l Ombrière, alimentées par une amenée d eau groupée des trois sources de Brachet, de Maurian et du Mirail. Ce contrat est le plus ancien document d archives concernant la distribution d eau à Bordeaux. Il traduit le souci des édiles municipaux de mettre l eau à la disposition de la population grâce à des fontaines publiques situées en des lieux très fréquentés de la cité et sous une forme plus commode que celle du griffon des sources. Les sources ou les puits importants à l époque étaient la Font d Audège, la source Bouquière, la Fontaine Daurade, les sources de Figueyreau et de Labrousse, la fontaine de Sainte-Croix, la fontaine Poitevine, la Font-de-l Or,... Au XVIIIème siècle Au milieu du XVIIIème siècle, sous le règne de Louis XV, la ville connut, sous l impulsion de ses grands intendants, une importante expansion économique. On se préoccupa de faciliter l approvisionnement en eau des hauts quartiers moins pourvus en sources, où la nappe était plus profonde à atteindre. De cette époque date la première adduction notable qui capta des sources abondantes : les eaux de la source du Tondu et de la source voisine des Carmes ainsi que celles de la source d Arlac qui était située à quatre kilomètres du centre de Bordeaux à -2/16-

l origine d un petit affluent du Peugue. Constitué par des canalisations en terre cuite, le réseau alimenta trente deux fontaines dont certaines avaient un caractère monumental, comme la fontaine Saint-Projet construite en 1737 et qui seule subsiste aujourd hui. Les marins venaient se ravitailler à la Font-de-l Or qui se trouvait sur le port, entre la Porte- Neuve de la Monnaie et celle de la Grave. Cette fontaine était alimentée par une source captée rue Carpenteyre aux eaux abondantes mais très moyennes en qualité et se troublant en période de fortes pluies. Toutefois, pour les navires, elle était la plus accessible et ces derniers étaient souvent obligés d aller à l aiguade sur la rive droite, à Lormont. En 1759-1760, le fontainier LUCAS établit neuf fontaines échelonnées le long des quais : elles étaient alimentées par une citerne en plomb que remplissait une machine élévatoire (une pompe aspirante à manège, mue par un cheval) qui relevait l eau de la Font-de-l Or de quelques mètres. C est à cette époque qu on remplaça pour la première fois les tuyaux en terre cuite venant de Sadirac par des tuyaux en plomb. La machine hydraulique, le réservoir et l écurie pour les chevaux furent regroupés dans un immeuble appartenant à la ville, la tour du Croupet, confié en fermage à un directeur qui logeait sur place. Nous avons conservé de cette ancienne distribution le cippe aujourd hui érigé sur le terreplein herbeux du quai de la Grave, face à la rue des Faures. Celui-ci n est autre que l ancienne fontaine de la Grave, dont les plans avaient été dressés par l architecte GABRIEL et qui a été déplacé par rapport à sa situation primitive. -3/16-

Ce dispositif n évolua guère pendant des décennies en dépit du développement de la population. Jusqu à la première moitié du XIXème siècle Bordeaux manqua d eau : les sources utilisées n avaient plus un débit suffisant. La population utilisait des puits publics ou privés qui risquaient à tout instant d être pollués. Sous la monarchie censitaire, les porteurs d eau venaient proposer de l eau puisée dans le fleuve! La corporation des marchands d eau avait été établie à Bordeaux en 1755. Aux porteurs d eau qui venaient s approvisionner avec des seaux en bois aux fontaines de substituèrent des tonnes jaugées, montées sur roues et tractées par un cheval. Cette distribution par tonnes était réglementée par l autorité municipale car elle était réquisitionnable en cas d incendie. Au fur et à mesure que la qualité des sources et des puits se dégrada, leur approvisionnement fut limité aux fontaines de Figueyreau et de Lagrange. Lorsqu en 1860, le service des eaux de la ville de Bordeaux fut en mesure de fonctionner, la corporation se maintint car il y avait peu d immeubles disposant d une alimentation particulière : les marchands d eau remplissaient leurs tonnes aux bornes-fontaines et livraient l eau de la distribution publique à domicile. En revanche, l exploitation des anciennes sources situées dans la ville cessa entre 1850 et 1860. Au XIX e siècle Le XIX e siècle marque le début d une nouvelle ère en matière d alimentation en eau potable : le passage de l eau du puits à l eau du robinet. Pendant la première moitié du XIX e siècle, la distribution d eau potable dans Bordeaux est assurée essentiellement par des puits et des -4/16-

fontaines. Les citadins s approvisionnent à l aide de seaux et les plus riches se font livrer à domicile. En 1850, Bordeaux vit une véritable crise de l eau : croissance démographique, sources urbaines insuffisantes, puits pollués, distribution insalubre. La recherche de l eau s oriente vers des sources situées à l extérieur de Bordeaux ; c est ainsi que durant cette deuxième moitié du XIX e siècle va se dérouler la construction d infrastructures importantes et structurelles du réseau de distribution encore en activité aujourd hui. 1. 1850-1900 : Construction des principales adductions d eau potable du service de l eau de l agglomération bordelaise L idée de Joseph Jouis (directeur de l établissement hydraulique de la Font d Or) qu un aqueduc pourrait amener les eaux du Taillan jusqu au centre de Bordeaux, reçoit l approbation de l ingénieur Mary, inspecteur général des Ponts et Chaussées (ancien responsable des adductions d eau de Paris). Le maire de Bordeaux Nathaniel Jonhston confie à Mary et à Devanne, ingénieur hydraulique de la ville, la direction des travaux. Messieurs Mary et Devanne se chargent de mettre en place le projet qui est présenté au conseil municipal le 14 décembre 1841 et approuvé par le conseil municipal le 4 février 1842. Mais il fallut attendre 10 ans, soit le 2 mai 1851 pour que le conseil municipal adopte le projet définitif. Le 7 juin 1852, Louis Napoléon, Président de la République Française, déclare d utilité publique les travaux de conduite et de distribution d eau votés par la ville de Bordeaux. Entrepris en 1854, sous l impulsion du maire Antoine Gautier, l aqueduc du Taillan est construit en 3 ans. D une longueur de 12 kilomètres, son canal voûté amène les eaux du Thil et des autres sources voisines vers la station de pompage de la rue Paulin à Bordeaux. Cette usine, actionnée par une double machinerie à vapeur, possède en outre un réservoir de 13 000 m 3 de capacité. Jusqu au début du XX e siècle, le colportage se maintient en parallèle car il y a peu d immeubles disposant d une alimentation particulière : les marchands d eau remplissent leurs tonneaux aux bornes fontaines et livrent l eau de la distribution publique à domicile. Les ressources s avèrent toutefois insuffisantes, la recherche de l eau s oriente alors vers les sources de Budos situées à 40 kilomètres au sud de Bordeaux. Marcel Wolff, ingénieur de la ville de Bordeaux, réalise en 1872 la première étude tendant à améliorer le volume d eau qui alimente la ville. Après l analyse de plusieurs projets, ce n est qu en 1878 que l exploitation de la source de Fontbanne sur la commune de Budos est sérieusement envisagée. L année -5/16-

suivante un crédit est voté par l administration permettant de financer les études de nivellement entre les communes de Budos et de Bordeaux. Le 10 juin 1880, sur proposition du rapporteur de la Commission des Finances, le projet est retenu mais un complément d enquête est demandé avant de lancer la construction de l aqueduc. Le 10 août 1880 la Ville de Bordeaux achète la propriété, sise à Budos, dans laquelle affleurent les sources de Fontbanne. Ce n est qu en avril 1883 que le Conseil municipal approuve le projet de construction de l aqueduc. Le 4 juillet 1887 à 10 heures du matin pour la première fois les pompes sont actionnées refoulant vers Bordeaux l eau en abondance. Ces sources sont captées et acheminées par un aqueduc de 41 kilomètres de long, jusqu au réservoir enterré de l usine du Béquet à Villenave-d Ornon. Adoptée en 1883 par la municipalité d Albert Brandenburg, la construction de cet ouvrage sera achevée et inaugurée en 1887 par Alfred Daney, le nouveau maire de Bordeaux. À la fin du XIX e siècle, grâce aux aqueducs du Taillan et de Budos, Bordeaux bénéficie de 38 000 m 3 d eau de source par jour. Une fois les principales adductions d eau potable construites, le service des Eaux de Bordeaux peut s organiser. -6/16-

2. 1900-1950 : recherche de nouvelles sources et organisation des services des Eaux Tout au long de la première moitié du XX e siècle, les besoins en eau potable de Bordeaux se multiplient et nécessitent le captage de nouvelles sources, le forage de puits, la création de stations de pompage. Ainsi en 1902 et 1903, plusieurs opérations ont lieu dans les environs de Bordeaux : captage de la source de Bellefond à 20 kilomètres au sud de Bordeaux qui transite vers la ville par l aqueduc de Budos. Malgré cela, la pénurie continue à sévir périodiquement à Bordeaux, les ressources sont à peine suffisantes et surtout le réseau subit des pertes importantes. Il faut dire que l eau est perçue comme un dû et elle est largement gaspillée. Elle est encore fournie gratuitement par des fontaines où tout le monde peut puiser. Cette gratuité de l eau reste un principe de base. Pour limiter le gaspillage, la municipalité remplace les fontaines à écoulement permanent, par des bornes, ne fonctionnant qu à la demande, et par les fontaines Wallace. Elle finit par toutes les supprimer. Si les industriels commencent à payer leur eau dès le début du siècle, les particuliers continuent de bénéficier du robinet libre. Ce n est qu en 1924 que les compteurs commencent à se généraliser avec la mise en place de la haute pression. Cela permet de réformer radicalement les habitudes de consommation et de lutter, déjà à l époque, contre le gaspillage très ancré au sein de la population. Le service s est alors beaucoup amélioré sous l impulsion de la municipalité d Adrien Marquet élue en 1925. Cette dernière engage une politique de grands travaux pour réduire le retard technique accumulé depuis le début du siècle et s attache en priorité à la distribution d eau. Grâce à la construction en 1926 du réservoir surélevé de Lavardens à Talence et de celui de Cap-Roux à Mérignac et au remplacement des machines à vapeur par des machines électriques en 1929, les réservoirs primitifs situés sur les points culminants de la ville ou encore dans les combles des maisons sont abandonnés. À partir de cette époque, l eau arrive aux étages des maisons et toutes les concessions sont équipées d un compteur. Les consommateurs paient l eau au mètre cube consommé, sans forfait et prennent ainsi conscience de la valeur de cette ressource. Si la distribution de l eau potable dans Bordeaux s organise, il n en demeure pas moins qu il faut encore chercher de nouvelles ressources. En 1926, le conseil municipal adopte les plans des travaux de captage de Gamarde à Saint-Médard-en-Jalles. En 1928, quand l usine de Gamarde est inaugurée, la ville dispose de trois stations de pompage : Paulin qui accueille les eaux de l aqueduc du Taillan, Béquet les eaux de Budos, et Gamarde. L apport moyen peut être évalué à 311 litres par habitant et par jour pour une population de 258 000 habitants. Le service ne peut toutefois pas répondre aux demandes de pointe. C est ainsi qu à l été 1929, qui est très sec, faisant suite à un hiver pauvre en précipitations, le débit total des sources en juin atteignit seulement 59 000 m 3 par jour alors que la demande s élevait à 68 000 m 3. Et comme toutes les sources dans un rayon de 40 kilomètres autour de Bordeaux sont à présent exploitées, il faut trouver une autre solution : le captage des nappes profondes. -7/16-

Les sources sont en effet gérées soit par la régie municipale de la ville de Bordeaux, soit par la Société Lyonnaise des Eaux et de l Electricité (SLEE) qui alimente les communes périphériques, soit par la régie de la ville de Cenon qui exploite les sources de Monrepos à Bellefont. M. Hugon, ingénieur en chef de la ville propose, en mai 1934, l exploitation des ressources profondes par des forages de 200 à 300 mètres. Cette solution n est pas retenue, elle ne le sera que 8 ans plus tard. Au lieu de recourir à ce nouveau mode d exploitation des ressources, la ville de Bordeaux préfère attendre les résultats d une étude sur le captage d eau en Garonne. Comme aucune suite n est donnée à ce projet, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Bordeaux est alimentée par les 3 seules sources du Taillan, Budos et Gamarde. D autres services des eaux se constituent dans les communes périphériques de Bordeaux au début du XX e siècle. Ces dernières, démunies d équipements et promises à une forte croissance démographique, se tournent alors souvent vers la SLEE. En 1906, les communes de Caudéran et du Bouscat s associent à la SLEE pour créer un syndicat pour l exploitation de la source Cap-de-Bos. Celle-ci, à 15 kilomètres à l ouest de Bordeaux, est propriété de la SLEE. Cette dernière obtient l autorisation de capter les eaux en 1906. C est entre 1925 et 1933 que la SLEE connaît une forte expansion et dessert de plus en plus de communes : elle prend en charge la distribution de Mérignac et de Pessac (1925), puis de Bègles (1926), de Saint-Médard-en-Jalles (1928), et de Bruges (1933). Elle franchit la Garonne en assurant le service d alimentation en eau du port autonome de Bassens et des communes du syndicat de Carbon-Blanc. Entre 1936 et 1940, elle dessert Le Haillan, de Villenave-d Ornon, de Blanquefort, d Eysines et Le Taillan-Médoc. Pour répondre à cette forte demande, la SLEE entreprend de nombreux travaux entre 1927 et 1947 : le captage des eaux de Gamarde, des puits profonds à Bacalan et, sur la rive droite, deux forages à Gajac, trois à Bègles et un au Bouscat. L usine de Gajac est équipée de cuves de déferrisation et de chloration. Trois nouveaux réservoirs sont construits à Haut-Brion, Capeyron et Blanquefort. En 1940, les besoins en eau de la ville de Bordeaux augmentent : le service des eaux doit assurer l alimentation d usines, travaillant pour la Défense nationale, qui se sont repliées à Bordeaux. Le maire, Adrien Marquet, remet au goût du jour le programme d exécution de 10 puits artésiens, présenté par l ingénieur Hugon en 1934. La nappe souterraine peut être exploitée à proximité des zones de consommation déficitaires, sans nécessiter de grands travaux d adduction. Les quantités disponibles paraissent suffisantes à moyen terme et la qualité est bonne sur le plan bactériologique et fortement minéralisée. Aussi le programme d exécution de 7 puits situés à Bacalan et rive droite est adopté le 10 mai 1940 par le Conseil municipal. En même temps en 1940, la municipalité fait appel à la SLEE, à travers une convention d une durée de 20 ans, pour que cette dernière fournisse à la ville de Bordeaux de l eau, notamment pour la rive droite. Au lendemain de la Libération, la SLEE se trouve à la tête de nombreux équipements qui font d elle le partenaire de la ville de Bordeaux et de son agglomération : 10 captages et forages, 10 stations de pompage, 3 usines de traitement, 4 réservoirs. Après des débuts prometteurs, puis une croissance entravée par les deux guerres mondiales, la SLEE doit faire face à la nationalisation d une partie de ses activités, notamment l électricité en 1946. Par ailleurs, la loi du 30 juillet 1947 donne le droit aux collectivités locales, autorités concédantes de l eau, de demander la résiliation ou la révision de tous leurs contrats. Cette loi n entraîne pas de modification quant à l organisation des différents services. Les ressources du service des eaux de la ville de Bordeaux évaluées à 3000 m 3 par heure restent insuffisantes pour remplir les réservoirs entre les pointes de consommation, qui s élèvent à 6000 m 3 par heure. Les coupures se succèdent l été, et en particulier en 1949, alors que les communes périphériques disposent, elles, de ressources suffisantes. Elles pouvaient atteindre 1500 m 3 par heure, mais ne pouvaient pas être stockées faute de réservoirs suffisants. -8/16-

M. Faure, conseiller municipal chargé du service des eaux de la ville de Bordeaux, déclare à ce sujet-là lors du conseil municipal du 1 er mars 1949 : "N est-il pas inconcevable que dans les jours de sécheresse, selon le côté des boulevards qu ils habitent, ceux qui s intègrent dans la ville n ont que peu ou pas d eau à leurs robinets, alors que leurs vis-à-vis en disposent en abondance, et ce parce qu il y a changement de commune et dualité de réseau? ". Il était donc devenu indispensable de mettre un terme à cette situation en créant un organisme unique chargé du captage, du traitement, de l adduction et de la distribution de l eau dans l agglomération. Ce que M. Faure résume très bien lors du conseil municipal du 15 juillet 1949 : "l énoncé du problème de la distribution des eaux se présente sous une forme simple : Fournir le plus économiquement possible à tous les membres de l agglomération une eau de bonne qualité, et en quantité suffisante pour tous leurs besoins, collectifs et individuels. La résolution du problème est toutefois moins simple que son énoncé ; elle comporte trois termes : trouver l eau, l amener dans l agglomération, la distribuer de manière à donner toutes satisfactions aux besoins". 3. 1950 : Les débuts d une gestion commune de l eau Le Syndicat Intercommunal de l agglomération bordelaise pour l adduction et la distribution d eau La création du Syndicat Intercommunal de l agglomération bordelaise pour l adduction et la distribution d eau (SIABADE) fut décidée "afin de résoudre une fois pour toutes et par une solution d ensemble qui paraît seule pouvoir être efficace, le problème que posent depuis plusieurs dizaines d années le captage, le traitement, l adduction et la distribution de l eau, et plus spécialement de l eau potable" 1. Cette décision est approuvée par les communes de la périphérie de Bordeaux et par la SLEE et confirmée par un arrêté préfectoral du 21 juin 1949. À partir du 1 er janvier 1950, c est donc un Syndicat Intercommunal à Vocation Unique (SIVU) qui a la responsabilité de la production et de la distribution d eau potable de l agglomération bordelaise. "Ayant constaté l insuffisance des solutions purement locales, [les communes] ont décidé de mettre en commun l usage et l exploitation de la totalité des ouvrages [ ] au moyen desquels elles assurent actuellement, mais dans des conditions qui laissent beaucoup à désirer, leurs services de distribution publique d eau" 2. Au total ce sont 13 communes qui se regroupent en syndicat et mettent en commun leurs ressources et installations : Blanquefort, Bordeaux, Le-Bouscat, Bruges, Caudéran, Mérignac, Pessac, Villenave-d Ornon puis plus tard, Le-Haillan, Le-Taillan-Médoc, Eysines, Saint-Médard-en- Jalles, Bègles et Gradignan. Les autres communes de l agglomération adoptent soit un autre mode d exploitation comme Lormont, Cenon et Floirac qui font appel à la régie d électricité de la Gironde, soit restent fidèles au syndicat auquel elles adhèrent, ou assument la gestion de leur service en régie directe. La SLEE est retenue comme régisseur d exploitation du SIABADE pour une durée de 30 ans à partir du 1 er janvier 1950. Elle doit remettre au syndicat, en vue de leur intégration dans le patrimoine syndical, en plus des ressources en eau dont elle disposait, toutes les installations, canalisations et outillage en sa possession. Avec la ville de Bordeaux qui fait de même, elle contribue ainsi à la constitution du patrimoine du SIABADE. Tous ces équipements sont hétérogènes. L un des premiers objectifs du syndicat est donc d homogénéiser son réseau de façon à accroître son efficacité tout en trouvant de nouvelles ressources pour faire face à une augmentation constante de la demande en eau. Dès l été suivant la constitution du SIABADE, la production est augmentée de 15 000 m 3 par jour. Sur la période 1950-1967, d importants travaux de rénovation et d amélioration sont réalisés sur les aqueducs et les sources (désensablage et aménagement des sources, 1 Cahier des charges du régisseur - SIABADE 2 Cahier des charges du régisseur - SIABADE -9/16-

consolidation des aqueducs, mise en service de nouvelles ressources à Cantinolle et Bruges) ainsi que la restructuration de l ensemble des ouvrages (modernisation des usines, canalisations de maillage entre réseaux, création de la station de traitement de Gamarde par exemple). Cette politique permet l économie des investissements (adduction, stockage, distribution). La réserve est dans le sol et la production plus ou moins réglée sur la demande. Le plafond de la production journalière passe de 90 000 m 3 en 1950 à 180 000 m 3 en 1964. A partir de 1950, Bordeaux ne connaît plus de pénurie d eau. La demande de pointe est toujours satisfaite même en 1952, année de une sécheresse. C est un bon test de fiabilité du nouveau syndicat comme en témoigne Virgile Miroir, vice-président du SIABADE : "1952 a été une année particulièrement dure pour les distributions d eau en général. Bordeaux avec son agglomération est une des rares cités de France qui n a connu aucune restriction, même pendant la période la plus chaude et la plus sèche. Si l on se rapporte aux années antérieures à 1950 où la situation a été parfois catastrophique, on peut mesurer l ampleur des résultats obtenus. Les causes principales de ce succès sont : la remise en état des sources, des aqueducs et des forages existants, la mise en service de nouveaux points d eau récemment découverts, la réorganisation et la mise en ordre de la distribution supprimant les gaspillages" 3. La Communauté urbaine de Bordeaux Une nouvelle étape majeure dans l alimentation en eau de l agglomération Bordelaise intervient fin 1966. La loi du 31 décembre 1966 crée les Communautés urbaines et pour initier cette politique, 4 Communautés urbaines sont créées en France : Lyon, Lille, Bordeaux et Strasbourg. La Communauté urbaine de Bordeaux (Cub) a ainsi été mise en place le 1 er janvier 1968, sous la présidence de M. Chaban Delmas et de huit vice-présidents, la distribution de l eau étant une de ses douze compétences obligatoires. Le regroupement des différents réseaux de distribution est assez complexe. Sur les 27 communes composant la Cub, seules 22 transfèrent leur compétence et 5 sont demeurées rattachées à leur Syndicat d origine : Bouliac au Syndicat de Latresne, et Ambarès, Artigues, Bassens et Carbon-Blanc au Syndicat de Carbon-Blanc (devenu depuis le SIAO). Le 1 er janvier 1970, par un contrat de gestion, la Communauté urbaine de Bordeaux confie à Lyonnaise des Eaux la gestion du Service Public de l eau sur les 22 communes regroupées. L objectif aussitôt recherché, est l accroissement des ressources, l interconnexion des réseaux, ainsi que le renforcement des réseaux d adduction et le développement des réseaux de distribution (embryonnaires à l époque dans certaines communes périphériques, notamment Parempuyre). Dès 1971, une usine de traitement est mise en œuvre à Budos afin de pouvoir disposer de la ressource en permanence. Jusqu alors en effet, l eau des sources de Budos était acheminée sur Bordeaux sans traitement, avec une turbidité lors des périodes pluvieuses qui parfois imposait l arrêt de la distribution. L usine mise en service en 1972 permet d apporter sur l agglomération 1000 m 3 par heure d eau de source toujours limpide et d excellente qualité. Dans le même temps, 12 nouveaux forages ont été créés sur le territoire communautaire, ce qui permet d augmenter la ressource de 50 000 m 3 par jour. Néanmoins, le système de production reste fragile et l extension de l urbanisation nécessite la recherche de nouvelles ressources, en dehors du territoire communautaire, pour ne pas trop solliciter la nappe de l Éocène sous Bordeaux, au risque de créer un creux piézométrique dans la nappe, préjudiciable à son équilibre. Un important programme est mis en œuvre dès les années 1970 pour apporter 100 000 m 3 supplémentaires par jour sur la Cub. Appelé «le programme des 100 000 m 3», il a consisté en la création d un nouveau champ captant à une 3 Richesses de France,"Bordeaux, sur les routes du monde", 2 ème trimestre 1953, n 2, p. 93-10/16-

trentaine de kilomètres au sud-est de l agglomération, sollicitant à la fois la nappe de l Éocène et la nappe de l Oligocène et composé de : 29 forages avec déferrisation répartis sur 125 km 2, et 13 communes, une usine élévatoire «Saussette», située sur la commune de Léognan, permettant de stocker 16 000 m 3, un réservoir d équilibre «Brown» de 4000 m 3 sur la commune de Léognan, le tout relié au site de Cap-Roux, à l ouest de l agglomération bordelaise, sur la commune de Mérignac. 71 kilomètres de canalisations de gros diamètres (Ø800, Ø1200 et Ø1400 mm) ont été posés et dimensionnés dans le but de pouvoir acheminer, si nécessaire, de l eau issue d une usine de traitement d eau de Garonne qu il faudrait peut-être réaliser très en amont de la Cub le plus tard possible. Ce programme des 100 000 m 3 a été presque totalement achevé, de 1970 à 1986. Seuls les 5 derniers forages réalisés n ont pas été mis en service, ni raccordés car la production de tous les forages déjà mis en œuvre permettait de satisfaire la demande. Dès lors, la Communauté urbaine oriente son action sur l amélioration des sites de production. Le premier télécontrôle centralisé est mis en place sur le site de Paulin à Bordeaux, avec entre autres, un énorme aquarium de truites, alimenté en direct par l eau en provenance du Thil. La première alerte majeure a lieu le 20 juin 1989 : un mois particulièrement chaud, coïncidant avec le Salon -11/16-

Vinexpo dont tout le monde du vin se souvient à Bordeaux car le hall des expositions, site de Vinexpo, n est, à l époque, pas n étaient pas les meilleures ne sont donc pas du meilleur goût. Cependant, si les vins sont un peu chauds, la température de l eau du robinet autorise les rafraîchissements : tous les hôtels de l agglomération sont alors pleins, avec des clients prenant plusieurs douches par jour. Si l on ajoute à cela que les très nombreux jardins de l habitat bordelais nécessitent de nombreux arrosages pour rester bien verts, on comprend alors que ce vendredi 20 juin 1989, en fin de journée, la consommation d eau s envole. Alors qu en moyenne annuelle, la consommation est de l ordre de 130 000 m 3 par jour, celle du 20 juin atteint 272 000 m 3. Toutes les installations sont en service, toutes les équipes de Lyonnaise des Eaux sont mobilisées pour intervenir à la moindre défaillance, tous les yeux des responsables de Lyonnaise des Eaux et de la Cub sont rivés sur les écrans du télécontrôle pour suivre les comportements des sites. En fin de soirée, la pression a fortement diminué sur certains secteurs car, malgré la mise en production de tous les sites, certains réservoirs sont pratiquement vides et le manque d eau devient préoccupant en cas d incendie. Le stress cesse dès le lendemain, avec le début du week-end et la fin de Vinexpo. Dès lors, les enseignements de cette journée conduisent la Communauté et son délégataire à rechercher l amélioration de la production des sites existants, afin de disposer de ressources suffisantes, notamment pour assurer la protection incendie de la collectivité en cas de très forte consommation. La construction du réservoir Jean Mermoz au Haillan (4000 m 3 : Architecte Xavier Arsène-Henry), s est ainsi inscrit dans la volonté de renforcer les réserves et de sécuriser les pressions sur le quadrant nord-ouest de l agglomération. C est le dernier investissement majeur financé par la Communauté urbaine en matière d eau potable, inauguré le 28 mai 1990 par Jacques Chaban Delmas, alors président de la Communauté urbaine de Bordeaux. En effet, depuis sa création jusqu à la fin 1992, la Communauté urbaine de Bordeaux avait confié à Lyonnaise des Eaux l exploitation de ses services d eau et d assainissement au travers de contrats d exploitation, les investissements étant directement pris en charge par la Communauté urbaine sur ses budgets annexes de l eau potable et de l assainissement. Ce type de contrat, apparenté à une régie intéressée, ne pouvant plus s envisager de la sorte car il n y a aucun risque financier pour le Gestionnaire, deux contrats de délégations de Service Public sont signés avec Lyonnaise des Eaux : un contrat de concession d une durée de 30 ans pour l eau potable, signé le 14 janvier 1992 et pour l assainissement, un contrat d affermage d une durée de 20 ans pour les eaux usées, complété d un mandat pour les eaux pluviales, signé les 22 et 24 décembre 1992. -12/16-

Le contrat Eau est articulé autour de quatre étapes d un schéma directeur qui indique les grandes orientations qui seront complétées ensuite par des schémas plus précis : 1992-1995 : Renouvellement des usines et des réseaux, début de résolution du problème des eaux rouges et amélioration du goût de l eau, 1996-1998 : Cette phase constitue la première véritable période du schéma directeur. L objectif est l amélioration de la qualité de l eau (fluor et sulfates, eau rouges..) sur la rive gauche secteur Nord et la totalité de la cote 100 sur la rive droite, et la poursuite de la réalisation des engagements contractuels en matière de ressources nouvelles et de réserves (construction de réservoirs) 1999-2001 : cette troisième étape verra s achever les réalisations explicitement quantifiées dans le traité de Concession, pour atteindre au minimum 320000 m3 par jour de ressources mobilisables en 2001, ainsi que le programme «eaux rouges». 2002-2021 : Selon les prévisions de l évolution des besoins, l effort portera essentiellement sur le renouvellement. Au fil des années, un certain nombre d avenants sont venus compléter ou modifier le contrat initial, notamment l avenant n 2 pour l eau, signé le 13 janvier 1998, qui instaura une révision quinquennale du traité de concession. Cette clause de révision permet à la Communauté urbaine de rediscuter un certain nombre de points, notamment les programmes d investissement et le prix de l eau, au vu des marges financières que les bilans du délégataire ont fait apparaître sur les premières années du contrat. L avenant n 7 au contrat de l eau, signé le 26 décembre 2006 est ainsi particulièrement relayé par la presse nationale du fait de son exemplarité en matière de renégociation d un contrat de délégation de service public. Parmi les opérations significatives du programme d investissement en découlant, celui qui a le plus d impact sur la vie locale, notamment en matière de circulation, est sans aucun doute la suppression des branchements plomb, imposé par la directive européenne 98/83/CE qui exige, qu en 2013, la teneur en plomb dans l eau ne dépasse pas 10 µg/m 3 : 65 000 branchements sont à changer d ici le 25 décembre 2013, soit près de 9000 par an en moyenne, c'est-à-dire environ 90 kilomètres de voirie touchés chaque année. Quelle eau demain? Le souci de préservation des nappes reste une priorité pour la Communauté urbaine qui, dès 1992, cherche à réduire ses prélèvements dans la nappe de l Éocène. Toutefois, la Cub n étant pas la seule collectivité du département à prélever, les suivis annuels de l état des nappes profondes sous le département, réalisés par le BRGM (Bureau d Études Géologiques et Minières), mettent régulièrement en évidence l accroissement d un creux piézométrique dans la nappe de l Éocène sous l agglomération, du fait de la concentration des forages, et son extension au sud et à l est du département, suite à l augmentation des prélèvements dans ces secteurs. Alimentée par les pluies sur les contreforts du Massif Central, et mettant plus de 20 000 ans pour aller déverser son trop plein dans l océan et l estuaire de la Gironde, la nappe de l Éocène apparaît en grand danger : si la dépression sous le département devient trop importante, le risque d intrusion d eau salée peut lui porter un préjudice très difficilement réparable. Afin de mettre en place un plan d urgence, la Communauté urbaine de Bordeaux, le Département de la Gironde et l Agence de l Eau Adour Garonne ont initié dès 1997 un Schéma Directeur de l Eau Potable. Ce schéma directeur s est attaché à rechercher des ressources nouvelles afin de réduire les prélèvements dans la nappe de l Éocène. Quelques ressources sont identifiées : la nappe alluviale de la Garonne, la nappe de l oligocène et le -13/16-

prélèvement d eau superficielle dans l Isle. Néanmoins, les nombreuses interrogations sur les prélèvements, sur les usages et les usagers, sur les comptages, ont amené les autorités locales à prendre en 1998 la décision de mettre en place un SAGE pour mieux gérer les nappes profondes, en disposant d un outil réglementaire opposable. Découlant du SDAGE du Bassin Adour Garonne (Schéma Directeur d Aménagement et de Gestion des Eaux), adopté le 6 août 1996, le SAGE (Schéma d Aménagement et de Gestion des Eaux) est un document de planification à portée règlementaire. Il est élaboré par une Commission Locale de l Eau (CLE) qui est une instance de concertation locale comprenant trois collèges : un collège d élus locaux (50 %), un collège de représentants de l Etat (25 %), un collège des usagers (25 %). La première décision du SAGE est de reformuler la problématique : "Comment réduire les prélèvements dans les nappes surexploitées, tout en satisfaisant la demande à moyen et long terme, et en recherchant à maîtriser la demande avant d augmenter l offre?". Priorité est donc donnée aux économies d eau et à la maîtrise des consommations. Le SAGE Nappes Profondes est approuvé par arrêté préfectoral du 25 novembre 2003. Les 72 mesures du SAGE portent sur l organisation territoriale, la gestion quantitative des prélèvements, les économies d eau et la maîtrise de la consommation, les ressources de substitution, la qualité des eaux souterraines, ainsi que sur les mesures d accompagnement économique, les modalités de suivi et de révision, de même que les actions de communication. C est dans ce contexte et pour montrer son engagement dans la protection de la nappe de l Éocène que la Communauté urbaine initie et met en œuvre un projet visant à proposer aux industriels de la presqu île d Ambes, une ressource de substitution à l eau qu ils prélevaient jusqu alors directement dans la nappe de l Éocène. Ce projet part de plusieurs principes : proposer une eau d une qualité basique satisfaisante pour être utilisée en l état par certains, et pour les autres, après traitement complémentaire adapté à leurs usages industriels spécifiques, proposer cette eau industrielle au prix le plus faible possible. Des diverses solutions étudiées, celle retenue et mise en œuvre par la Communauté urbaine consiste à utiliser l eau de nappe superficielle contenue dans les 7 hectares d anciennes gravières exploitées sur les communes d Ambarès-et-Lagrave et Saint-Louis-de-Montferrand et d assurer leur réalimentation à partir de la Garonne, par l intermédiaire d une usine de traitement d eau ne prélevant que lorsque la qualité de la Garonne le permet, notamment en fonction des teneurs en chlorures et en matières en suspension. -14/16-

Cet important projet, d un montant de près de 12,1 millions d euros HT, est financé par la Communauté urbaine de Bordeaux, maître d ouvrage, avec l aide du Conseil Général, de la Région, de l Europe et de l Agence de l Eau Adour-Garonne. Malgré une montée en puissance très progressive du fait d adaptations plus ou moins complexes et délicates des process de certains industriels, ainsi que des réductions de consommation, c est plus d 1 million de m 3 qui est aujourd hui économisé annuellement à l Éocène : de plus, des demandes nouvelles ont vu le jour, de la part d industriels prêts à utiliser en l état cette nouvelle ressource dont le coût est compétitif pour des usages ne nécessitant pas la potabilité de l eau (coût 2007 hors abonnement : 0,3637 HT/m 3 alors que l eau potable est à 1,44 HT/m 3 ). Parallèlement à cette réalisation, de nombreuses études ont permis d identifier des ressources de substitution potentielles (la nappe de l Oligocène sur Sainte-Hélène, l Éocène sur Villagrains, la nappe alluviale vers Podensac) pour lesquelles les modalités de mise en œuvre sont aujourd hui à l étude, car la Communauté urbaine de Bordeaux n est pas la seule collectivité concernée. Dans le même temps, les objectifs du SAGE en matière de sensibilisation aux économies d eau ont conduit à de très nombreuses actions pédagogiques, notamment auprès des écoles, afin de mieux faire redécouvrir l eau à tous. Aujourd hui, avec les objectifs majeurs suivants : économiser et préserver les ressources d eau potable : protéger et économiser les ressources en eau et maîtriser l ensemble des prélèvements (qu il s agisse de l eau prélevée par le service, utilisée par les collectivités communautaires, par les professionnels et les particuliers), rechercher et mettre en œuvre d autres ressources ; adaptées aux usages, pour accompagner le développement de l agglomération, améliorer la qualité et la sécurité du service à l usager : continuer à délivrer, de manière continue, une eau d excellente qualité qui préserve la santé de l usager, améliorer les liens et la confiance acquise avec les usagers (transparence, contrôle, écoute, information), valoriser le patrimoine, qui constitue la richesse du service, après la ressource, et améliorer ses performances, chercher à assurer le service public de l eau potable au meilleur prix pour l usager, à l aube du XIX e siècle, la Communauté urbaine de Bordeaux s est fixée les grands axes d une politique de l eau, pour garantir, dans le temps, la gestion de l eau potable, un patrimoine inestimable qu il convient à tous de protéger et de transmettre aux générations futures. Éléments bibliographiques Lavertujon, A., L eau à Bordeaux, Bordeaux, 1858. Miroir, V., "le problème de l eau résolu par la SIABADE", Richesses de France revue économique et touristique, Bordeaux sur les routes du Monde, n 2, 2 ème trimestre 1953. Larroüe Castera S, Bourgogne P.,, Revue historique de l eau et du département de la Gironde Mémoires, rapports de stage : Cassan, J.-P, l adduction d eau potable dans l Agglomération Bordelaise, Mémoire d études IEP Bordeaux, 1962, non publié. -15/16-

Deyres, J., Les établissements Paulin histoire du site, Mémoire d études, 1994, non publié. Riom, N., L alimentation de Bordeaux en eau potable, Mémoire d études, novembre 1997, non publié. Bulletins d information : Chamard, J.-J., Centenaire de Budos, Lyonnaise des Eaux, 1987. Garaccio, C., La société Lyonnaise des Eaux et de l Eclairage à Bordeaux, Revue Cortambert (bulletin de liaison SLEE), numéro 9, 1962. Valat, J. L., Ouzoulias, A., Le Service des Eaux de l agglomération bordelaise, historique de l alimentation en eau potable, Lyonnaise des Eaux. L amenée de 100 000 m3 / jour d eau potable dans l agglomération bordelaise, Communauté urbaine de Bordeaux, 1969. La source de Fontbanne à Budos, Communauté urbaine de Bordeaux et Lyonnaise des Eaux. Larroüe Castera S, Bourgogne P.,, Revue historique de l eau et du département de la Gironde Documents administratifs : Faure, A., rapport au conseil municipal, 15 juillet 1949. Hatinguais, M., Historique de l alimentation en eau potable de l agglomération bordelaise, note non publiée. Cahier des charges du régisseur SIABADE 1949. Conventions entre le syndicat intercommunal et la SLEE SIABADE 1949-16/16-