tableau n 98 fiche de sécurité H2 F 20 01 MANUTENTION MANUELLE affections chroniques du rachis lombaire 1 La définition de la nuisance et du risque Les «affections chroniques du rachis lombaire» concernées par le tableau n 98 sont la sciatique par hernie discale et la radiculalgie* crurale par hernie discale. Selon les définitions de la Société Française de Rhumatologie: La lombalgie pure est une douleur lombaire basse ou lombo-fessière, n irradiant pas au dessous du pli cruro-fessier*. À l inverse, la lombosciatique est une douleur lombaire accompagnée d irradiation complète au membre inférieur jusqu à son extrémité (orteils ou au moins pied) et selon un trajet radiculaire, ou accompagnée de signes neurologiques déficitaires. La sciatique correspond à une atteinte radiculaire ou S1 (VOIR PAGEX SCHÉMA2), la cruralgie (ou radiculalgie crurale) à une atteinte radiculaire (face antérieure de la cuisse) ou (face antérieure de la cuisse et antéro-interne de la jambe jusqu au dos du pied). Dans la cruralgie (en particulier ), la présence de signes neurologiques déficitaires est d une importance majeure pour pouvoir affirmer l atteinte radiculaire. En ce qui concerne l origine discale, elle peut être présumée sur des critères (SCHÉMA1 ET1BIS) Kg 30 25 20 15 10 12 15 12 30 15 25 cliniques. Elle peut aussi être établie, dans les cas où la clinique n est pas suffisamment démonstrative, par les données de l imagerie (TDM*, IRM*, ou parfois encore radiculographie) démontrant l existence d une hernie discale et surtout d un conflit discoradiculaire correspondant à l atteinte radiculaire clinique. 2 Les professions exposées Le risque existe lorsque l on effectue des manutentions telles que définies dans le Décret n 92-958 du 3 septembre 1992 (JO du 9 septembre 1992) et les arrêtés du 29 novembre 1993 et du 15 juin 1993, précisées aussi dans la norme NF X-35-109 d avril 1989. LA MANUTENTION EST UN TERME GÉNÉRAL QUI REGROUPE: le transport de charges : déplacement d une charge dans un plan horizontal, le soulèvement et la dépose de charges : déplacement vertical d une charge, le port de charges : le déplacement d une charge d un point à un autre pouvant comporter à la fois le soulèvement et le transport. Kg 30 25 20 Hommes 15 12 12,5 12,5 10 10 Femmes LA CHARGE LOURDE EST UNE NOTION PLUS DIFFICILE À PRÉCISER. Dans le décret est abordée la notion de «poids limite» (au sens réglementaire). Dans la norme NF X-35-109 sont fixées les limites physiologiques acceptables pour le port occasionnel de charges, pour le port répétitif et pour le tonnage (masse par unité de temps). [SCHÉMAS1 & 1BIS] Peut-on assimiler la notion de charge lourde comme étant au-delà du poids limite réglementaire ou au-delà des limites physiologiques acceptables? Cela serait malheureusement un concept trop loin de la réalité, car il faut bien entendu pondérer : S ELON UN FACTEUR «CONDITIONS DE TRAVAIL» : les caractéristiques de la charge : poids, volume, équilibre l effort physique requis, la posture les caractéristiques du milieu de travail : type de sol, espace libre, ambiance physique, température, humidité, éclairage le type d activité : fréquence et durée des efforts physiques le délai d exécution: temps court imposé, délai raisonnable ou absence de délai autres : inadéquation des vêtements de travail, défaut de formation. 25 12,5 20 10 Hommes PIER /m 2 Femmes 15 18 45 65 Âge 15 18 45 65 Âge Recommandations pour le port occasionnel de charges Recommandations pour le port répétitif de charges D après la Norme NF X-35-109 S hé S hé bi Edition novembre 2002. 1
H2 F 20 01 fiche de sécurité tableau n 98 SELON UN FACTEUR HUMAIN : sexe âge morphologie antécédents médicaux. Ainsi, les notions de poids limite ou de limites acceptables doivent être reconsidérées vers des seuils plus faibles en fonction de ces deux facteurs. Le tableau n 98 du régime général de la sécurité sociale comporte, dans sa 3 e colonne, une liste limitative de travaux susceptibles de provoquer les affections chroniques du rachis lombaire indemnisables (cela signifie que les travaux qui n y sont pas expressément désignés ne permettent pas une prise en charge). Les chantiers du bâtiment, du gros œuvre, des travaux publics étant cités dans cette liste, le risque est considéré comme existant dans l ensemble de ces secteurs. 3 Le mécanisme physiopathologique La colonne vertébrale est la «poutre maîtresse» du squelette. Elle est constituée par la superposition d os appelés vertèbres, séparés par des coussins amortisseurs: les disques intervertébraux. Les vertèbres sont reliées les unes aux autres, au niveau de leur partie postérieure, par des articulations. LE RACHIS DANS SON ENSEMBLE Le rachis, ou colonne vertébrale, forme l axe du corps. Il comprend 33 vertèbres dont 7 cervicales (C1 à C7), 12 dorsales (D1 à D12), 5 lombaires (L1 à ), 5 sacrées (S1 à S5) et le coccyx (3 à 5). Vertical dans un plan frontal*, il décrit dans un plan sagittal* trois courbures (SCHÉMA 2), l une convexe en arrière (cyphose dorsale), les deux autres concaves en arrière (lordose cervicale et lombaire). Ces courbures augmentent la résistance du rachis aux pressions (en particulier dans le port de charges). UN PEU D ANATOMIE Les vertèbres comprennent chacune deux parties: le corps et l arc postérieur. (SCHÉMA 3) Le corps vertébral peut être volumineux (5 cm de hauteur pour les vertèbres lombaires). L arc postérieur constitue une moitié d anneau rattachée au corps vertébral délimitant le canal rachidien, canal dans lequel passe la mœlle épinière. Par ailleurs, l arc postérieur porte, pour chaque vertèbre, deux s transverses et deux paires d s s. (SCHÉMA 4) LES ARTICULATIONS INTERVERTÉBRALES SE COMPOSENT : Du disque intervertébral Il peut être comparé à un coussin amortisseur qui répartit de façon équilibrée les efforts s exerçant sur la colonne vertébrale. Il agit comme un joint élastique. Il est composé d un noyau (nucleus pulposus) et d un anneau fibreux (annulus fibrosus). (SCHÉMA5) Des articulations postérieures Les ligaments assurent la stabilité et la mobilité de l ensemble permettant, avec la musculature, le maintien de la posture. Enfin, de la moelle épinière, qui descend chez l adulte jusqu en L1-L2. Des racines nerveuses naissent et sortent du canal rachidien à chaque étage vertébral (par exemple, le nerf sciatique à l étage - ou -S1, c est-à-dire entre les vertèbres et ou entre et S1). > Trois courbures de vertèbres lombaires > Vertèbre lombaire vue de dessus > Vertèbre lombaire dans le détail (SCHÉMA 2) (SCHÉMA 3) corps vertébral trou vertébral transverse (SCHÉMA 4) UN PEU DE PHYSIOLOGIE Le rachis remplit trois rôles : il protège la moelle épinière et les racines nerveuses qui en sont issues, il forme l axe du corps, solide, sur lequel sont appendus les organes thoraciques et abdominaux, il possède une grande mobilité dans toutes les directions (flexion, extension, inclinaison latérale, rotation) et en particulier au niveau de la charnière lombosacrée (-S1) où les mouvements sont les plus amplifiés. Les muscles assurent 2 fonctions : la contraction dynamique permettant les mouvements, la contraction statique permanente, nécessaire pour maintenir l équilibre. Lors de l activité physique, le rachis subit de nombreuses contraintes, prestrou de conjugaison supérieure corps vertébral transverse épineuse L1 L2 S1 L1 L2 S1 supérieure facette Schéma 4 inférieure vue de dos vue de profil vue de face Schéma 3 COLONNE VERTÉBRALE exemple de cyphose dorsale, de lordose cervicale et de lordose lombaire. ANATOMIE le corps vertébral et l arc postérieur constituent les 2 parties de chaque vertèbre. ARC POSTÉRIEUR il délimite le canal rachidien par lequel passe la mœlle épinière. 2
tableau n 98 fiche de sécurité H2 F 20 01 sions, sollicitations en particulier au niveau du disque. Les deux corps vertébraux adjacents agissent comme les branches d un «casse-noisette» qui appliquent au disque des contraintes importantes. (SCHÉMA 6) Le noyau, pivot des mouvements, absorbe les contraintes mécaniques et se déplace en fonction des mouvements (vers l arrière, lors de la flexion; vers l avant, lors de l extension ; vers la droite, lors de l inclinaison latérale gauche etc.). Les différentes pressions, sollicitations, vont provoquer à la longue une dégénérescence, déjà amorcée par l âge, des éléments constitutifs du noyau. Il en résulte ainsi une déformation du disque qui peut entraîner une irritation des racines nerveuses, voire une rupture du disque entraînant une compression des nerfs (hernie discale) (SCHÉMA7). Ainsi, sur le plan physiologique, les contraintes les plus nocives pour le rachis sont: une position extrême prolongée, le port de charges lourdes, un mouvement brutal. Ces contraintes seront aggravées par l insuffisance de la musculature paravertébrale et de la sangle abdominale. LES FACTEURS FAVORISANTS L âge joue un rôle indiscutable ainsi que l obésité et le manque d activité physique. Parmi les facteurs locaux, la notion de traumatisme violent et brusque est classique, mais les microtraumatismes, si fréquents dans la vie courante et professionnelle, constituent des facteurs aggravants. Les vibrations (tableau n 97) accentuent également le risque et peuvent faire le lit des lombalgies. Différentes pathologies peuvent aggraver les manifestations vertébrales. Citons la scoliose (déviation latérale du rachis), l hyperlordose (dos cambré), l hypercyphose (dos rond), des anomalies vertébrales, des atteintes discales. Toutes ces notions confirment l intérêt d une bonne hygiène de vie et la nécessité pour le médecin du travail d une bonne connaissance des possibilités du salarié et des contraintes posturales et mécaniques du poste de travail. 4 La pathologie professionnelle LE DIAGNOSTIC CLINIQUE ET RADIOLOGIQUE Dans la plupart des affections chroniques du rachis lombaire, la douleur est le seul signe fonctionnel directement accessible à l examen clinique et à partir duquel le médecin doit fonder son diagnostic. On parlera de lombalgie commune, en opposition aux lombalgies secondaires à une cause organique particulière (telle une infection, une tumeur, une affection rhumatismale inflammatoire, une affection métabolique). Même si cette douleur peut parfois orienter le diagnostic, son manque de spécificité fait qu il est souvent difficile d apprécier sa source précise. Elle est essentiellement engendrée par l irritation de structures sensibles, identiques d un étage à l autre de la colonne vertébrale: os, disques intervertébraux, articulations, structures nerveuses, muscles et tissus, tendons, ligaments. Dans la quasi-totalité des cas, la douleur est supposée être d origine mécanique par son intensité, augmentée à l effort et diminuée par le repos. Ainsi, dans les lombalgies chroniques, des circonstances particulières réveillent la douleur: mauvaise posture, effort, mouvements incontrôlés C est pourquoi beaucoup d auteurs considèrent que le milieu professionnel, avec ses contraintes répétées, peut constituer un facteur favorisant le passage à la chronicité. Dans la lombosciatique et la radiculalgie crurale, seules prises en compte dans le tableau, à la douleur locale rachidienne souvent très intense s associent des irradiations (à caractère lancinant) dans les membres inférieurs. En cas d irradiation sciatique, la douleur lombaire est associée à une douleur descendant dans la fesse, la face postérieure de la cuisse et de la jambe ainsi que dans le pied ceci dans les formes les plus complètes. Ces douleurs sciatiques, AMORTISSEUR il répartit les efforts qui s exercent sur la colonne vertébrale. > Disque intervertébral (SCHÉMA 5) trou de conjugaison noyau > Compression des nerfs (SCHÉMA 7) UN EFFORT......ou une MAUVAISE POSITION de votre dos... anneaux fibreux inférieure > Types de pression s exerçant sur le rachis Les vertèbres sont des OS entre lesquels sont placés des DISQUES élastiques. (SCHÉMA 6) La pression est transmise d'une vertèbre à l'autre par le disque intervertébral. Le NOYAU gélatineux répartit la pression. Les vertèbres sont percées au centre, formant un canal par où passe la MOELLE ÉPINIÈRE. moelle épinière disque De la moelle épinière partent les NERFS RACHIDIENS. DISQUES VERTÉBRAUX le noyau du disque se déplace en fonction des mouvements et des efforts que subit la colonne vertébrale....peuvent DÉFORMER ou ÉCRASER les disques et DÉPLACER les noyaux......qui vont COMPRIMER les nerfs rachidiens, provoquant des DOULEURS tout au long de ceux-ci (lombalgies, sciatiques, arthroses, scolioses, etc.) HERNIE DISCALE elle est due à une compression des nerfs résultant d une rupture du disque. 3
H2 F 20 01 fiche de sécurité tableau n 98 fréquentes en pathologie professionnelle, touchent le territoire innervé par les racines du nerf sciatique ou S1. (SCHÉMA 8) Dans la sciatique dite, le disque intervertébral situé entre et comprime la racine, créant une douleur qui descend de la face postéro-externe de la cuisse à la face postérieure ou externe du mollet et se propage jusqu au dos du pied et au gros orteil. (SCHÉMA 8) Dans le cas de la sciatique dite S1, le disque intervertébral situé entre et S1 comprime la racine S1, créant une douleur qui siège à la face postérieure de la cuisse et de la jambe, au talon et se propage jusqu au bord externe du pied et aux deux ou trois derniers orteils. (SCHÉMA 8) Dans la radiculalgie crurale, la douleur lombaire est associée à une douleur descendant dans la fesse, le pli de l aine, la face antérieure de la cuisse jusqu au genou. Elle est moins fréquente que l irradiation sciatique, mais peut être aussi d origine professionnelle. Le plus souvent, elle est en rapport avec une atteinte de l étage lombaire ou. (SCHÉMA 9) Lors de l examen médical, le médecin fera préciser au patient le trajet de la douleur et ses caractéristiques. L examen neurologique permet de rechercher des signes de souffrance nerveuse, sciatique ou crurale : diminution ou abolition des réflexes rotuliens et/ou achilléens, diminution ou perte de la sensibilité, déficit moteur si le malade se plaint de dérobement du membre inférieur à la marche ou à la descente des escaliers (SCHÉMA 8). On recherchera également une amyotrophie* par la mesure des différents territoires musculaires et d autres signes cliniques. Cet examen permettra au médecin et au chirurgien de préciser le traitement à envisager. TRAITEMENTS Traitement médical : Toujours choisi en première intention, le traitement médical comprend : l administration en comprimés ou par injection d anti-inflammatoires, d antalgiques et de décontracturants, le recours si nécessaire aux infiltrations, l utilisation de moyens de rééducation fonctionnelle. 9 malades sur 10 guérissent en quelques semaines avec le traitement médical. Un délai de 6 à 8 semaines est nécessaire avant d envisager d autres thérapeutiques plus «agressives». En fonction de l examen clinique et de l état général du salarié, le médecin décide d effectuer ou non des examens complémentaires, en particulier radiologiques. Il s agit alors de la radio simple, pour rechercher une cause non mécanique (infection des vertèbres, etc.), ou du scanner (tomodensitométrie), voire de l IRM*, essentiellement destinés à poser l indication d un geste chirurgical. Le repos au lit ne doit être prescrit que si la douleur le nécessite. Il ne doit pas être trop prolongé. Il faut conseiller aux patients de rester aussi actifs que possible, en poursuivant leurs activités de la vie quotidienne. L arrêt de travail doit être adapté à l intensité de la douleur et au type de travail exercé. Il ne faut pas négliger ou sous estimer les répercussions psychiques des lombalgies chroniques. Elles doivent donner lieu au besoin à une prise en charge spécifique (consultation spécialisée, traitement médicamenteux adapté au cas par cas). En parallèle, le patient doit ré-apprendre à utiliser son dos et la maîtrise du positionnement du bassin et de la colonne lombaire dans les gestes de la vie quotidienne. Tout geste brusque, se pencher en avant, en arrière ou latéralement, est à éviter. Pour ramasser un objet, le sujet devra plier les genoux et non le buste. De même, on recommandera aux lombalgiques de ne pas manipuler sans précaution des charges lourdes. La reprise de l activité professionnelle pourra s appuyer sur des stages de ré-entraînement à l effort ou une prise en charge dans le cadre de «l École du dos». Traitement chirurgical : LA CHIRURGIE PEUT ÊTRE ENVISAGÉE : en urgence, devant une paralysie et / ou des troubles sphinctériens* ; > Symptomatologie topographique > Radiculalgie crurale (SCHÉMA 8) Radiculopathie Douleur Paresthésies Réflexes diminués (atrophie, parésie) ou abolis (SCHÉMA 9) Névralgie crurale S Rotulien Caractérisée par des douleurs intenses, souvent diurnes et nocturnes, à type de brûlures S Ischio-Jambier S1 S Achiléen Siège : face antérieure de la cuisse () face antéro-interne de la jambe () IRRADIATION lors d une sciatique les douleurs peuvent descendre dans la jambe jusqu aux orteils, provoquant parfois un déficit moteur. DOULEUR elle touche dans ce cas la face interne de la cuisse et peut se propager jusqu au genou. 4
tableau n 98 fiche de sécurité H2 F 20 01 à froid, en cas d échec d un traitement médical bien conduit. Actuellement, la microchirurgie vidéoassistée est un progrès incontestable. Cette chirurgie donne 90% de bons résultats. Elle nécessite une parfaite justesse de son indication, c est-à-dire l authentification d un conflit disco-radiculaire*,en pratique, une hernie discale importante décelée à l IRM* ou à la TDM*. En cas de récidive herniaire, une nouvelle intervention peut être tentée avec 70 % de bons résultats. Malgré la chirurgie, des douleurs lombaires parfois invalidantes peuvent persister après l intervention, posant alors de difficiles problèmes lors de la reprise du travail. Ces avancées chirurgicales ont permis de réduire l utilisation d autres techniques, telles que la nucléolyse ou la nucléotomie. LA NUCLÉOLYSE ET LA NUCLÉOTOMIE : La chimio-nucléolyse consiste à injecter une enzyme végétale (la papaïne) dans le disque intervertébral afin d entraîner son ramollissement et donc celui de la hernie. La nucléotomie, permet d enlever à l aide d un tube de faible calibre appelé nucléotome, la partie centrale du disque intervertébral d où la hernie discale est issue. 5 DÉMARCHE DE PRÉVENTION (LOI DU 31 DÉCEMBRE 1991 PRINCIPES GÉNÉRAUX DE PRÉVENTION) PRÉVENTION TECHNIQUE Éviter le risque créé par la manutention de charges et par les postures inadaptées pendant le travail est un important problème de prévention et d organisation de chantier, car les manutentions manuelles sont au cœur de l activité de travail de la quasi-totalité des corps d état. L utilisation optimale des moyens de manutention mécanique et la gestion des flux de matériels et matériaux font partie des missions fondamentales du coordonnateur SPS (de conception et de réalisation). Il a la vision de la totalité du chantier dans sa durée, ce qui lui permet de proposer des solutions innovantes et bien dimensionnées. Ces techniques impliquent la mise au point d un planning précis de livraison. Cela permettrait de programmer les manutentions mécaniques sans interférer avec les cycles de production. Des modes d organisation plus poussés, tels que la mise en œuvre de techniques de logistique déjà utilisées dans l industrie (automobile), permettraient de préparer des lots d équipement conditionnés, par exemple, par appartement et de les distribuer directement sur chaque lieu de montage (cela est un exemple de l intérêt d une coordination de l ensemble des phases du chantier). Évaluer le risque qui ne peut être totalement évité, est de la responsabilité de l employeur: La manutention est inévitable en pratique sur chantier. L évaluation des risques ainsi générés doit être un souci permanent pour les responsables du chantier. Elle doit tenir compte de très nombreux facteurs : le matériau lui-même (par exemple, le sac de ciment, le parpaing ), le matériel (par exemple les banches, les étais, les brises béton et les machines outils vibrantes ), la tâche à effectuer, l organisation du travail (par exemple, informations sur les difficultés que l on rencontrera sur le chantier, la composition des équipes, les moyens de manutention mis à la disposition de l équipe ) et les contraintes de temps. Ces chapitres doivent être intégrés les uns aux autres dans une compréhension globale du travail telle que la propose l approche ergonomique. Dans le BTP, différents outils d évaluation sont à notre disposition : la MAECT (Méthode d Analyse et d Évaluation des Conditions de Travail; OPPBTP - GERN), la MAPC (Méthode d Aide à la Préparation de Chantier; OPPBTP). Adapter le travail à l Homme Respecter la législation. Il existe une législation protégeant les apprentis et les jeunes travailleurs de ces risques induits par la manutention et l utilisation des machines et outils de chantier (SCHÉMAS 1 ET EFFORT Machine à poser les bordures de trottoir réduit les risques liés à la manutention. 5
H2 F 20 01 fiche de sécurité tableau n 98 1 BIS). L homme jeune, entre 16 ans et 20ans, se développe encore sur le plan ostéo- notamment. Le médecin du travail doit tenir compte de ce fait lors de l examen médical et donner son avis et ses recommandations. Limiter la masse unitaire des charges à manutentionner manuellement. La norme NF X 35-109, élaborée à partir de travaux de physiologistes, doit servir de guide. On peut retenir pour un homme d âge moyen: 25 kg lorsque la manutention est habituelle, au plus 30 kg lorsqu elle est occasionnelle (SCHÉMAS 1 ET 1BIS). Il faut comprendre ces limites comme des repères à interpréter dans le cadre global de chaque tâche. Il existe d autres repères tels que la recommandation R344 (de la CNAM) relative au transport manuel des charges et pour préciser l analyse, l équation révisée du NIOSH* (USA). Ménager des temps de pauses suffisants et effectuer des rotations fréquentes du personnel peuvent également être des moyens de lutter contre le risque des manutentions sur chantier ou à l atelier pour des manutentions exceptionnelles où la mécanisation est impossible : c est le cas pour les approvisionnements manuels importants en immeubles collectifs sans ascenseur. Privilégier la mécanisation des tâches. Pour combattre le risque, «il n y a pas de honte à se faciliter le travail», à utiliser ou mettre à disposition des bennes à béton, des chariots et autres conteneurs, des élingues, des cordages, des palonniers, des poulies simples avec treuil électrique, des pinces à bordures à ventouses Anticiper est indispensable car il faut avoir commandé ces matériels pour qu ils se trouvent sur le chantier au moment utile (utilisation appropriée du PPSPS). Améliorer le confort du personnel et diminuer les contraintes thermiques. Dans les régions soumises aux rigueurs du climat (facteur d aggravation de la pénibilité de la tâche), la procédure «d intempérie» doit être prononcée en temps utile. Tenir compte de l état d évolution des techniques tant dans les moyens d aide à la manutention et notamment sur les petits chantiers (petites grues sur camion, palans) qu en ce qui concerne les matériaux. Par exemple la réflexion sur le poids optimum de certains matériaux doit aboutir à la réduction du risque (sacs de ciment de 25kg, parpaings et blocs de béton avec poignées intégrées, pinces à bordures). De même, on peut étudier le choix de blocs calibrés en remplacement des agglos pleins, par exemple : 20 x 20 x 50 la masse unitaire passe de 37 kg (plein) à 21 kg (bloc calibré). La consultation des catalogues de matériels nouveaux doit être fréquente. Ainsi, soulignons par exemple, l intérêt de matériels de coffrage de plancher en aluminium, dont les éléments sont de faible poids unitaire. Planifier la Prévention Planifier les interventions de maintenance et d entretien. Le matériel utilisé sur chantier doit être entretenu et nettoyé. S il l est sur le plan individuel (truelle, marteau ) il doit également l être sur le plan collectif. Par exemple la maintenance des étais et leur entretien permet une économie d effort dans les mouvements de rotation de la colonne vertébrale, il en est de même pour un graissage de poulie de maçon, etc. Un chantier doit être rangé et ordonné de façon à permettre le roulage de matériels de manutention, type transpalette par exemple. Ainsi, la distribution électrique pour les outils portatifs doit faire l objet d une attention spéciale. Que de «pathologies» provoquées par un chantier désordonné, obligeant le travailleur à faire des détours, des contorsions, des efforts inutiles. Prévoir les procédures d intervention et de sécurité. De même, tout accident du travail lié à un problème de manutention doit faire l objet d analyse et ne doit pas être banalisé. La mise en place, avec les salariés concernés, de «façons de faire» non traumatisantes pour le dos doivent être étudiée. Formation, information des salariés Procéder à des exercices pratiques avec des organismes compétents et à des répétitions régulières. Enseigner les méthodes d hygiène posturale et de FORMATION La manutention correcte des machines permet l économie d efforts. 6
tableau n 98 fiche de sécurité H2 F 20 01 manutention manuelle. Une action de formation et d information, répondant à une démarche d un employeur et/ou à une demande des salariés, doit présenter les caractéristiques suivantes : être conçue sur mesure, c est-à-dire adaptée aux conditions réelles de manutention, faire usage des charges effectivement manipulées durant le travail, et se dérouler sur le lieu même du travail, associer maîtrise et encadrement, être étroitement liée à l étude ergonomique des postes de travail, des outils utilisés, de la disposition des machines, et des plans de travail posant des problèmes de pathologie lombaire ; s insérer dans une politique à long terme de sécurité et d amélioration des conditions de travail et faire ultérieurement l objet de rappels réguliers. L organisation des chantiers est absolument fondamentale. Il faut gérer les approvisionnements, mettre à profit la présence de la grue à tour du gros œuvre, organiser la circulation des engins etc. Le coordonnateur SPS (aussi bien de conception que de réalisation) joue, à cet égard, un rôle fondamental. PRÉVENTION MÉDICALE Jeunes travailleurs Apprentis Les jeunes travailleurs et les apprentis âgés de moins de 18 ans sont particulièrement sensibles aux conséquences de manutentions excessives car leur croissance osseuse n est pas achevée. Une hypersollicitation du rachis peut provoquer des séquelles définitives. Il existe pour eux une réglementation spécifique quant au port de charges. Les jeunes travailleurs masculins de moins de 18 ans ne peuvent porter, traîner ou pousser des charges de plus de 15 kg (14 ou 15 ans), ou de plus de 20 kg (16 ou 17 ans) (cf. article R 234-6 du code du travail). Enfin replacer le problème du mal de dos dans la vie du jeune, qui n est pas uniquement professionnelle mais aussi sportive, associative, personnelle. Dans toutes ces circonstances le dos peut être mis à contribution d une manière ou d une autre, et les principes d une hygiène de son dos doivent pouvoir être rappelés. Le respect des bonnes pratiques en matière de gestes et postures doit s intégrer très tôt dès l apprentissage au C.F.A. et faire l objet d une évaluation au même titre que les acquis techniques lors des examens. CONSULTATION MÉDICALE Le médecin du travail doit : Donner un avis médical sur les autorisations de conduite d engins de manutention par la délivrance de l aptitude médicale à la conduite. Sensibiliser les salariés au cours de la visite médicale par des documents, fiches, réflexion sur les conditions de travail. Promouvoir les stages de gestes et postures et également «l École du dos». Encourager le salarié à pratiquer régulièrement une activité physique adaptée. Lorsqu un salarié a été opéré d une hernie discale, l accueil du salarié en visite de reprise du travail doit être préparé (intérêt de la visite de pré-reprise du travail). Tout opéré du dos n est pas nécessairement un handicapé ou un invalide. Bien souvent, sa maladie doit être considérée comme l indice de conditions de travail contraignantes. Cependant, la reprise du travail peut être délicate. Le médecin du travail peut mettre en œuvre des moyens spécifiques de façon à permettre le maintien dans l emploi du salarié. En particulier grâce aux aides apportées par l AGEFIPH (Association nationale pour la gestion des fonds pour l insertion professionnelle des personnes handicapées) et la COTOREP (Commission Technique d Orientation et de Reclassement Professionnel). PORT DE CHARGES Des tâches parfois inévitables sur les chantiers. 6 L enjeu économique Le «mal de dos» avec ses degrés de gravité, est reconnu comme un important problème de santé au travail. De ce fait, il implique un enjeu économique non négligeable pour tous : pour le travailleur «malade» sous forme de souffrance, perte de ses capacités physiques voire inaptitude ; pour l employeur sous forme de coûts directs (cotisations accidents du travail maladies professionnelles) et indirects induits par l absentéisme et ses conséquences (par exemple l absence d un chef d équipe qui va désorganiser le fonctionnement de l équipe, appel d un remplaçant ou d un intérimaire à former, etc.) Le tableau n 98 (p. 40) permettra un recensement des affections chroniques du rachis lombaire qui grèvent lourdement la santé des travailleurs du BTP. > GLOSSAIRE Ambulatoire: qui n exige pas l hospitalisation. Amyotrophie : diminution de volume des muscles. Conflit disco-radiculaire: conflit entre le disque malade et une racine nerveuse. Crêtes iliaques : crêtes osseuses situées à la partie supérieure de l os du bassin appelé os iliaque. I.R.M. : Imagerie par résonance magnétique. Lombo-sacrée (douleur) : douleur siégeant au niveau des vertèbres lombaires basses et du sacrum (au-dessus du coccyx). NIOSH : National Institute for Occupational Safety and Health Plan sagittal : plan vertical orienté d avant en arrière. Plan frontal : plan vertical perpendiculaire au plan sagittal. Pli cruro-fessier : pli entre la fesse et la cuisse. Radiculalgie : Douleur due à l irritation des racines des nerfs rachidiens, (en particulier du nerf crural ou du nerf sciatique). T.D.M. : tomodensitométrie, appelée plus communément scanner. Troubles sphinctériens : perte de tonicité des sphincters (entraînant par exemple une incontinence ). 7
H2 F 20 01 fiche de sécurité tableau n 98 7 La réglementation Affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes Date de création : 16 février 1999 Tableau n 98 du régime général (Décret du 15 février 1999) Désignation Délais Liste limitative des travaux des maladies de prise en charge susceptibles de provoquer ces maladies Sciatique par hernie discale 6 mois Travaux de manutention manuelle - ou -S1 avec (sous réserve d une durée de charges lourdes effectués : atteinte radiculaire de d exposition de 5 ans) - dans le frêt routier, maritime, topographie concordante. ferroviaire, aérien Radiculalgie crurale par - dans le bâtiment, le gros-œuvre, hernie discale L 2-L 3 les travaux publics ou L 3 - ou -, - dans les mines et carrières avec atteinte radiculaire - dans le ramassage d ordures ménagères et de topographie concordante. de déchets industriels - dans le déménagement, les gardes meubles -dans les abattoirs et les entreprises d équarrissage -dans le chargement et le déchargement en cours de fabrication, dans la livraison, y compris pour le compte d autrui, le stockage et la répartition des produits industriels et alimentaires, agricoles et forestiers - dans le cadre des soins médicaux et paramédicaux lors de la manutention de personnes - dans le cadre du brancardage et du transport de malades - dans les entreprises funéraires. DERNIÈRE MINUTE 429 maladies professionnelles n 98 ont été reconnues en 1999, dont 110 dans le secteur BTP. > TEXTES RÉGLEMENTAIRES Loi du 31 décembre 1991 Décret n 92-958 du 3 septembre 1992 Code du travail, articles R 231-66 à R 231-72, R 234-5 et 6, R 234-11 à 19, R 234-20 et 21. Arrêté du 29 janvier 1993 Norme NF X 35.109 : limites acceptables de port manuel de charges par une personne, AFNOR, 1989 > DOCUMENTS OPPBTP À CONSULTER Les manutentions manuelles, A5 M 01 Manutentions manuelles, tiré à part, A5 T 01 Recommandations pour le port manuel de charges, A5 M 02 Dépliant «gestes et postures», A5 H 01 Le port manuel des charges, MPP n 4, A5 P 01 Limiter le port manuel des charges, A5 F 01 Audiovisuels : Le pont, VHS A5 V 01 Objectif «0 accident» de manutention manuelle, VHS A5 V 02 8 Manutentions manuelles et mécanisées : le parpaing, VHS A5 V 03 Affiches : Je pense à mon dos, oui non, A5 A 01 Je pense à mon dos, oui, A5 A 02 La MAECT (Méthode d Analyse et d Évaluation des Conditions de Travail) A7 M 02 MAECT, tiré à part, A7 T 01 MAPC (Méthode d Aide à la Préparation de Chantier), AI G 10 La démarche ergonomique, A7 F 01 Équipements de protection individuelle, MPP n 5, A2 P 01 A = Affiche F = Fiche de sécurité G = Guide pratique et guide de sécurité P = Manuel pratique de prévention (MPP) M = Mémo-pratique T = Tiré à part V = Audiovisuel POUR EN SAVOIR PLUS SUR LA PATHOLOGIE : Site Internet de la Société Française de Rhumatologie : www.sf-rhumato.org > ONT PARTICIPÉ À CETTE ÉTUDE POUR L OPPBTP : RÉDACTEURS : Dr J.F. Boulat (C. National) Dr G. Artus (C. Régional Auvergne) Pr. P. Frimat (C. Régional Nord-Picardie) Dr L. Gucève (C. Régional Alsace - Moselle) Dr G. Serrano-Duchalet (Mme) (C. Régional Midi- Pyrénées) RELECTEURS : Dr J.C. Abécassis (C. Régional Paris-Ilede-France) Dr J.P. Baud (C. Régional Rhône-Alpe) Dr N. Chemin (Mme) (C. Régional Limousin-Poitou-Charentes) Dr V. Delorge (C. Régional Aquitaine) Dr J.Y. Dubré (C. Régional Pays-de-la-Loire) Dr F. Matha (C. Régional Languedoc - Roussillon) Dr G Péguin (C. Régional Sud-Est) Dr A. Pelé (C. Régional Bretagne) Dr A Poirier (C. Régional Normandie) Dr C. Robert (Mme) (C. Régional Centre) M. G. Dieudonné (Ingénieur au Service Technique du C. National)