L estime de soi : un miroir différent pour les filles et les garçons



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Transcription:

Les ados sur le dos 2010 auteure : Lara Lalman L estime de soi : un miroir différent pour les filles et les garçons Introduction Analyse Valider l expérience quotidienne nourrit l estime de soi, facteur de bonne santé mentale. C est ce qui en fait le centre des démarches psychothérapeutiques. Bruno Humbeeck 1 a abordé cette question lors d une soirée débat organisée par le CEFA asbl, sous l angle de l éducation de l enfant et de l adolescent. Certaines études, dont les plus récentes ont été réalisées en Communauté Française de Belgique, apportent un éclairage sur la différence de situation entre filles et garçons, notamment à travers leur scolarité. Dans quel contexte cette estime de soi peut-elle émerger ou au contraire être défavorisée? La référence à des normes collectives irréalistes, le formatage, la catégorisation ont un impact sur les lieux les plus en prise avec la fondation de l estime de soi : l apprentissage, l image du corps, les liens affectifs.

Définitions L estime de soi est un concept quelque peu trouble à force d être mis à toutes les sauces, et par conséquent prête à confusion. Une définition simple pourrait être celle de Renald Legendre : «la valeur qu un individu s accorde globalement» 2. Dans une démarche éducative ou thérapeutique, renforcer l estime de soi se comprend à travers un travail sur la connaissance de soi, l amour de soi et l image de soi, trois composantes essentielles selon Bruno Humbeeck lorsque «nous sommes confrontés à un apprentissage nouveau, à un choix déterminant ou plus généralement à une situation difficile» 3. Renald Legendre précise plus tard que «l estime de soi, propre à une situation pédagogique, s appelle le moi scolaire, lequel est directement relié à la réussite ou non d apprentissages» 4. Apprendre : du plaisir au formatage Bruno Humbeeck 5 pointe la différence entre ce qui provoque une hausse d estime de soi fragile à travers une valorisation ponctuelle, et ce qui stabilise l estime de soi. Selon le psychothérapeute, l estime de soi consiste à oser risquer l échec. Elle se nourrit en effet de réussites qui ne peuvent arriver que si l on expérimente. Les enfants sont naturellement curieux, et apprendre constitue pour eux un plaisir. Plaisir qui tend à disparaître dès que l apprentissage entre dans la logique scolaire de sélection sur base de critères de performance. Apparaissent alors la crainte de l échec et la catégorisation. Plutôt que d être jugés «dignes de découvrir le monde» 6, il faut aux enfants correspondre à des attentes de compréhension et d assimilation dans des limites temporelles identiques pour tous, sans quoi ils sont jugés définitivement incompétents Le facteur temps a une influence majeure en tant que cadre restrictif et génère une certaine angoisse chez les parents aussi, notamment via la pression des devoirs. Une pédagogie fermée? En tout cas, cela a des répercussions à long terme sur l estime de soi. Monsieur Humbeeck prend l exemple des mathématiques, discipline particulièrement valorisée comme baromètre de l intelligence : la réussite ou non dans cette matière conditionne durablement «faibles» et «forts». Or chaque personne a son propre rythme d assimilation et les méthodes devraient être diversifiées et adaptées. De plus, comme le décèle une étude récente, «il est fréquent d entendre dire que les garçons seraient «naturellement» bons en sciences ou mathématiques alors que les filles seraient plus douées en lettres» 7, ce qui ne se vérifie pas au niveau des résultats. Un préjugé qui fonde une discrimination dans l orientation des filles et des garçons dès le début de leur parcours scolaire. Si bien que ceux-ci seront moins exigeants que les premières quant à leurs résultats pour s autoriser à poursuivre dans ces branches. De plus «les filles attribuent plus souvent leurs échecs à leur incapacité et leurs réussites à leur effort tandis que les garçons attribuent plus souvent leurs échecs à leur manque de travail et leurs réussites à leur capacité intellectuelle» 8. Aussi, les différents types d enseignement secondaire sont hiérarchisés alors qu ils devraient être considérés comme des manières d apprendre différentes mais équivalentes dans une démocratie qui se prétend égalitaire. L orientation vers le technique ou le professionnel ne devrait pas, comme c est le cas actuellement, être liée aux performances de l élève dans le général. C est entretenir une hiérarchie de classes dans la société. Aujourd hui, la pression s exerce par rapport à la réussite matérielle, associant le niveau de revenus au niveau d études et à la corrélation entre le type d études et une activité à haute valeur économique. Ceci nous amène à un autre constat d inégalité : les exigences seront différentes en ce qui concerne les filles pour qui le travail à temps partiel peut être envisagé, parce que son revenu peut être perçu comme complémentaire et non principal au sein d un couple 9. Il y a d ailleurs très souvent un décalage entre le niveau d études des filles et leur niveau de revenus! Or il ressort que les filles se voient rarement endosser le rôle de femme au foyer et attendent une reconnaissance sociale. Quant à l orientation professionnelle, les filles sont attendues dans les créneaux les moins valorisés au niveau des salaires : santé, éducation, aide aux personnes. Une ségrégation qui en dit long sur le lien entre d une part le conditionnement global des représentations de la place des hommes et des femmes, et d autre part les priorités d une société néolibérale au niveau de la valeur accordée aux différents secteurs d activités. Des enseignants pointent du doigt un modèle scolaire répandu, qu une étude définit comme entrepreneurial 10, attentif à former ses élèves au service du marché de l emploi bien souvent au détriment du développement de la citoyenneté. Cette option soutient le clivage dénoncé plus haut en termes d orientation professionnelle.

En somme, vu les limites que le système scolaire rencontre dans la formation de futurs adultes acteurs de leur vie et de la société, ne serait-on pas en droit d attendre une réforme globale qui s attache peut-être moins à servir l évolution d un système économique qui a intérêt à soutenir les inégalités? 11 Les filles plus sévères avec elles-mêmes que les garçons, une question de normes irréalistes Au Québec 12 et aux États-Unis, des associations ont initié des camps d estime de soi pour filles suite à un constat réel d écart entre filles et garçons dans leur construction identitaire 13. Même le secteur privé s empare de la cause : le Fonds Dove 14 propose aux jeunes filles (et à leurs mères) un site web ludique où mesurer son estime de soi et dispense des conseils. En effet des études menées Outre-Atlantique et chez nous montrent la plus faible estime que se portent les filles par rapport aux garçons 15. Les filles sont généralement plus sévères et plus critiques vis-à-vis d elles-mêmes. L apparence physique semble prendre dans cette différence d appréciation entre les sexes une place prépondérante. Les changements qui s opèrent à la puberté perturbent évidemment l image que l on a de soi, pour les garçons comme pour les filles mais le décalage prend de l ampleur avec l âge : alors que les garçons gagnent en tonus musculaire, conformément au stéréotype masculin valorisé dans notre société, les filles peuvent s éloigner davantage de l «idéal» féminin actuel de minceur par exemple. Les filles ressentent davantage de pression, même si les garçons peuvent être marginalisés ou se sentir mal dans un corps qui ne tend pas vers le modèle sportif. Beaucoup de voix citoyennes s élèvent contre les dictats culpabilisants de la publicité et des medias. En effet les corps photographiés sont retouchés et sont donc à ce titre des modèles inaccessibles, ce qui renforce le sentiment d échec si l on n arrive pas à prendre distance. Par ailleurs, quel magazine féminin ne propose pas son chapitre minceur, plus encore à l approche de l été? La Meute, mouvement français de lutte contre la publicité sexiste dénonce : «À propos des mannequins 8 femmes dans le monde sont des top-models, 3 milliards ne le sont pas. Si les mannequins dans les vitrines étaient des femmes réelles, leur bassin serait trop étroit pour qu elles puissent avoir des enfants. Si la poupée Barbie était une femme réelle, elle serait obligée de marcher à quatre pattes : avec ses proportions, elle ne tiendrait pas debout. Dans les images, le visage et le corps des top-models sont retouchés par ordinateur, en particulier leurs jambes sont allongées. Marilyn Monroe s habillait dans l équivalent français de la taille 42. Le 42 de son époque correspond au 46 actuel. La femme moyenne pèse environ 66 kilos. En France, la moitié des femmes s habillent en taille 44 et au-delà. Il y a 20 ans, les top-models pesaient 8 % de moins que la femme moyenne. Aujourd hui, elles pèsent 23 % de moins.» 16 Or Bruno Humbeek cite en exemple la reconnaissance d une beauté relative, donnée subjective, comme une valorisation éphémère : cela ne favorise pas une estime de soi stable 17. Se définir une image propre hors des normes imposées est donc un enjeu important pour les filles. La prise de conscience du lien entre son mal être et une construction sociale amène non seulement à changer de point de vue sur soi, mais aussi à agir vers la collectivité. C est ainsi que l on voit fleurir tags et autocollants divers sur certaines publicités dans l espace public du style «Ceci n est pas une femme». Autant d actes citoyens courageux, considérés injustement comme actes de vandalisme alors que la régulation éthique de la publicité, qui n est pas une expression artistique faut-il le rappeler mais bien un argument de vente abreuvé à dessein de stéréotypes 18, est bien faible. La confiance de Blanche-Neige L intérêt du film de Walt Disney pour Bruno Humbeeck 19 réside dans cette déclaration célèbre de la chanson de Blanche-Neige : «un jour mon prince viendra», qu il traduit par : «un jour quelqu un m aimera», certitude qui fonde l estime de soi, la dignité d être aimé sans condition. De prime abord, cela évoquerait plutôt l attente passive et illusoire du prince charmant, la destinée d épouse, idéal stéréotypé Le propos n est pas ici de faire l analyse du conte mais précisons que les contes ne sont pas à prendre au pied de la lettre, que leurs héros sont des archétypes symboliques et les interprétations nombreuses selon les écoles littéraires, psychanalytiques, etc. Empruntons donc l interprétation décalée de Bruno Humbeek qui parie sur la survie du personnage principal grâce à sa confiance en la vie : c est donc moins le rêve du prince charmant qui importe que l amour inconditionnel évoqué plus haut indispensable à l estime de soi? La confiance accordée explicitement à un enfant, un jeune ou même un adulte par autrui, et ce au-delà des erreurs ou échecs rencontrés, est à l évidence un facteur essentiel. La vie affective prend beaucoup de place dans l estime de soi, et cela commence avec les parents, pour continuer dans les relations amicales et amoureuses que nous sommes en mesure de créer et de nourrir. Les expériences de sociali-

sation sont différentes pour les garçons et les filles : ainsi le domaine relationnel relevant des compétences attribuées traditionnellement au sexe féminin, la perception que les filles ont d elles-mêmes va davantage inclure le paramètre de leurs compétences dans les relations sociales 20. Attentes plus grandes donc, déplacées vers un savoir-être soi-disant inné. Un conditionnement là où une absence de conditions serait nécessaire? «Si [ ] l estime de soi résulte de la combinaison de la compétence que s attribue la personne dans un domaine et de l importance qu elle accorde à celui-ci» 21, c est là que l on remarque un décalage avec les garçons, moins soucieux semble-t-il des relations sentimentales comme domaine de compétence que les filles. Toujours le poids d attentes sociales différentes qui vont biaiser une juste et saine image de soi. Conclusion L estime de soi se mesure à la capacité d oser risquer l échec et se voir par conséquent renforcé par des réussites. Comme nous l avons vu dans l exemple de l école, il importe dans la construction de l estime de soi de ne pas enfermer les individu.e.s, a fortiori les enfants, dans un personnage, un schéma trop étroit, parce que l identité est multiple et destinée à évoluer. Cela se vérifie dans trois domaines identifiés comme essentiels dans la construction de l estime de soi des adolescent.e.s : l apprentissage, les relations affectives et le rapport au corps. Un décalage ressort entre garçons et filles, né d attentes genrées, c est-à-dire construites sur des représentations sociales liées à l identité sexuelle. Et ce décalage trouve un amplificateur dans les enjeux économiques qui s emparent des lieux de construction identitaire ou de socialisation que sont le corps, l éducation ou les relations affectives. Une fois de plus, force est de constater l inégalité des chances que cela produit, à commencer par la perception de soi. Dans toutes ses structures, la société est responsable des clivages qu elle perpétue de par les choix qu elle pose en termes d investissement. Pour reprendre l exemple de l école, celle-ci pourrait être réinvestie comme terrain où s exercent réellement la citoyenneté et l égalité en commençant par la soustraire du champ économique, tout en la considérant comme priorité budgétaire. Pour enrayer sa contribution à reproduire les stéréotypes sexués, entre autres, les études dont fait état le dernier numéro de Faits et Gestes, cité plus haut, s accordent pour encourager la prise de conscience des inégalités dès le début du parcours scolaire, la sensibilisation du corps enseignant, une réelle politique égalitaire au niveau des supports pédagogiques, et une attention particulière à l ouverture, pour chacun.e, du champ des possibles en termes d orientation. Notes 1. Psychothérapeute, chargé de recherche à l Université de Mons-Hainaut, directeur du service Jeunesse et Famille «le Gallion» à Péruwelz, formateur au CREAS. 2. LEGENDRE R., 1993, cité sur www.uquebec.ca/edusante/mentale/estime_de_soi.htm 3. HUMBEECK B., Naviguer à l estime extrait cité sur le site www.lesoutilsdelaresilience.com 4. LEGENDRE R., 2000, cité sur www.uquebec.ca/edusante/mentale/estime_de_soi.htm 5. HUMBEECK B., Stimuler l humour et l estime de soi chez l adolescent, conférence, CEFA asbl, 1/4/2010. 6. CAMUS M., Le premier homme, cité par HUMBEECK B., ibid. 7. «Filles-Garçons, égaux dans l enseignement?», in : Faits&Gestes n 33, printemps 2010, p. 7 : la revue trimestrielle relate les principaux constats émanant de 7 études réalisées en Communauté française récemment. 8. Ibid., p. 8. 9. Ibid. 10. Les déterminants de l orientation scolaire. Une recherche-action sur les trajectoires des filles et des garçons dans l enseignement secondaire général, technique et professionnel, CES, cité in : «Filles-Garçons, égaux dans l enseignement?», in : Faits&Gestes n 33, printemps 2010, p. 11. 11. Voir à ce propos les articles publiés par l APED sur le site www.skolo.org, notamment ceux de Nico Hirtt. 12. par exemple : girlsrockmontreal.org 13. voir par exemple : www.girlsactionfoundation.ca/fr/fr/les-fondements 14. www.pourtouteslesbeautes.com 15. GODIN I., DECANT P., MOREAU N, de SMET P., BOUTSEN M., La santé des jeunes en Communauté française de Belgique. Résultats de l enquête HBSC 2006. Service d Information Promotion Éducation Santé (SIPES), ESP-ULB, Bruxelles, 2008. ; SEIDAH A., BOUFFARD T., VEZEAU C., Perceptions de soi à l adolescence : différences entre filles et garçons, PUF, 2004 ; McKenzie C., Boite à outils Résonance, Fondation Filles d Action, 2007-2009. 16. www.lameute.fr/documents/arguments.php3 17. HUMBEECK B., Stimuler l humour et l estime de soi chez l adolescent, conférence, CEFA asbl, 1/4/2010. 18. voir à ce propos LALMAN L., L alcool, une drogue culturelle, sortir des mythes et des stéréotypes, CEFA, mars 2010, p. 4-5. 19. Ibid. 20. SEIDAH A., BOUFFARD T., VEZEAU C., Perceptions de soi à l adolescence : différences entre filles et garçons, PUF, 2004. 21. Ibid., p. 409.

Bibliographie GODIN I., DECANT P., MOREAU N, de SMET P., BOUTSEN M., La santé des jeunes en Communauté française de Belgique. Résultats de l enquête HBSC 2006. Service d Information Promotion Éducation Santé (SIPES), ESP-ULB, Bruxelles : 2008 MCKENZIE C., Boite à outils Résonance, Fondation Filles d Action, 2007-2009 SEIDAH A., BOUFFARD T., VEZEAU C., Perceptions de soi à l adolescence : différences entre filles et garçons, PUF, 2004 HIRTT N., L école démocratique, n 39, septembre 2009 HUMBEECK B., www.lesoutilsdelaresilience.com www.uquebec.ca/edusante/mentale/estime_de_soi.htm www.skolo.org www.asblcefa.be Avec le soutien de la Communauté Française de Belgique et de la Province du Brabant wallon Éditrice responsable : Emmanuelle Mélan, 8 Sentier du Goria 1348 Louvain-La-Neuve Conception graphique :