Dr Thierry VIMARD. Madame Pascale PERDON. Réseau L Estey Bordeaux.



Documents pareils
2È JOURNÉE NATIONALE DE FORMATION DES PHARMACIENS CANCER ET ACCOMPAGNEMENT DU PHARMACIEN : UN PREMIER PAS VERS LA RÉSILIENCE.

Diplôme d Etat d infirmier Référentiel de compétences

Assises Nationales du Maintien à Domicile juin 2000 La douleur Les soins palliatifs. EXPERIENCE DE SOINS D'UNE EQUIPE A DOMICILE Dr AVEROUS

«Le regard des Français sur les Aidants»

CAHIER DES CHARGES INFIRMIER-ÈRE DIPLÔMÉ-E

La notion de soutien dans le cadre d une équipe belge de soins palliatifs à domicile INTRODUCTION

Quel avenir pour les équipes mobiles de soins palliatifs?

Démence et fin de vie chez la personne âgée

LA FIN DE VIE AUX URGENCES: LES LIMITATIONS ET ARRÊTS DES THÉRAPEUTIQUES ACTIVES. Dr Marion DOUPLAT SAMU- Urgences Timone

SUPPLEMENT AU DIPLÔME

Droits des malades en fin de vie. Connaître la loi Leonetti et l appliquer

Circulaire n 5051 du 04/11/2014

Ministère chargé de la santé Diplôme d Etat d infirmier. Portfolio de l étudiant

Le prélèvement d organes anticipé/prémédité. Ethique et Greffe Journée du 9 octobre 2012 Dr Laurent Martin-Lefèvre Réanimation La Roche-sur-Yon

HISTORIQUE DES SOINS PALLIATIFS ET ENJEUX POUR LE FUTUR

Annexe 2 Les expressions du HCAAM sur la coordination des interventions des professionnels autour du patient

droits des malades et fin de vie

Droits des personnes malades en fin de vie

Suivi ADOM. Claude Boiron Oncologie Médicale

Résidence MBV Les FIGUERES -Capendu-

Information au patient

L infirmier exerce son métier dans le respect des articles R à R et R à du code de la santé publique.

L hôpital de jour ( HDJ ) en Hôpital général Intérêt d une structure polyvalente? Dr O.Ille Centre hospitalier Mantes la Jolie, Yvelines

Allocution d ouverture de Jean DEBEAUPUIS, Directeur Général de l Offre de soins

Doit on et peut on utiliser un placebo dans la prise en charge de la douleur?

Accompagnement de fin de vie des enfants et adolescents polyhandicapés en établissements et services médico-sociaux

Plan thérapeutique infirmier et stratégies pédagogiques

Critères de qualité de l annonce du diagnostic : point de vue des malades et de la Ligue nationale contre le cancer

Présentation de la note Perspectives & Propositions Fin de vie, penser les enjeux, soigner les personnes

médicale canadienne, l Institut canadien d information sur la santé, Santé Canada et le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada.

Depuis l'an 2000, le Ministère de la Santé Publique (MSP) a mis en place une procédure d accréditation pour améliorer la qualité des services

Découvrez L INSTITUT UNIVERSITAIRE DU CANCER DE TOULOUSE

Maurene McQuestion, IA, BScN, MSc, CON(C) John Waldron, MD, FRCPC

Plan «Alzheimer et maladies apparentées»

Business Plan. Belfort 21 décembre Frédéric de Thezy / Laetitia B.

projet individuel de RH 1

RAPPORT SUR LE SONDAGE DES INTERVENANTS. Réseau canadien pour la prévention du mauvais traitement des aînés

PRISE EN CHARGE DE LA FIN DE VIE

Equipe mobile SMES CH Sainte-Anne (Paris)

DÉFINITION ET INSCRIPTION DE LA PRATIQUE AVANCÉE DANS LE PAYSAGE SUISSE DES SOINS INFIRMIERS

DESCRIPTION DES STRESSEURS LIÉS AUX SOINS DE FIN DE VIE CHEZ LES INFIRMIÈRES OEUVRANT EN USI

La mobilité des demandeurs d emploi et des stagiaires en formation

ATELIER FORMATION. «Identifier un projet motivant pour la retraite»

LE MALADE EN FIN DE VIE

Les soins infirmiers en oncologie : une carrière faite pour vous! Nom de la Présentatrice et section de l'acio

Epilepsies : Parents, enseignants, comment accompagner l enfant pour éviter l échec scolaire?

2 ans du Pôle Autonomie Santé Information en Essonne : Un GCSMS au service d un projet coopératif de santé

L aide aux aidants. Psychologue clinicienne. Capacité de gériatrie mars 2009

Intervention de Marisol TOURAINE. Ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des. femmes. Maison de Santé Pluridisciplinaire

Causes d insatisfactions du patient pris en charge en ambulatoire

Référentiel Officine

Des formations pour la prévention du stress et des performances managériales

TIC pour la santé et l'autonomie : évaluation des services rendus et modèles économiques, une approche nécessairement pluridisciplinaire

Groupe Eyrolles, 2006, ISBN :

La prise en charge d un trouble dépressif récurrent ou persistant

Lisez ATTENTIVEMENT ce qui suit, votre avenir financier en dépend grandement...

Nouveau plan greffe : Axes stratégiques pour l avenir

Annexe 7 Rapport détaillé des focus group

Analyse des questionnaires d évaluation parents et enfants Juin 2015

Améliorer la coordination des soins : comment faire évoluer les réseaux de santé?

PSYCHOLOGUE AU DOMICILE : PRATIQUES SINGULIERES OU PLURIELLES?

Etat des lieux de l accès aux plateformes de génétique moléculaire

Hospitalisation à domicile Mauges Bocage Choletais. Livret d accueil. Siège administratif PERMANENCE 24H/24 AU

«Améliorer les parcours de santé des personnes âgées en risque de perte d autonomie»

L écoute active est une attitude destinée à augmenter la qualité de l écoute. Elle permet à l interlocuteur de se sentir entendu et compris.

Evaluation de la qualité de la formation en stage

Guide à l intention des familles AU COEUR. du trouble de personnalité limite

Projet de Loi no 98 Loi modifiant la Loi sur l assurance médicament et d autres dispositions législatives

NEPALE NORD ESSONNE PALLIATIF

JE NE SUIS PAS PSYCHOTIQUE!

les télésoins à domicile

L infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne (IPSPL) : Portrait des pratiques en UMF sur le territoire Abitibi-Témiscamingue

LES PROFESSIONNELS DE LA SANTE

Le licenciement économique

Calendrier des formations INTER en 2011

ENQUETE SUR LES AIDES TECHNIQUES CHEZ LES SOURDS ET MALENTENDANTS

Journée d étude des leaders en soins infirmiers

CONTRAINTES PSYCHOLOGIQUES ET ORGANISATIONNELLES AU TRAVAIL ET SANTE CHEZ LE PERSONNEL SOIGNANT DES CENTRES HOSPITALIERS:

Questionnaire général (court)

HABITAT INDIGNE, SOUFFRANCE PSYCHIQUE. ET DEFENSES DELIRANTES DANS LES EXCLUSIONS (internes et externes) Lyon, 2014

Des dispositifs de prise en charge et d accompagnement de la maladie d alzheimer

La communication engageante dans la campagne de vaccination contre la grippe

La santé. Les établissements de l entité Mutualité Santé Services

P atients S anté T erritoires

De meilleurs soins :

MINISTÈRE DES AFFAIRES SOCIALES ET DE LA SANTÉ

Réseau de Santé du Pays des Vals de Saintonge Pôle de santé du Canton d Aulnay de Saintonge MSP Aulnay et Néré PROJET D AULNAY PSP

«LES FRANÇAIS & LA PROTECTION DES DONNÉES PERSONNELLES» Etude de l Institut CSA pour Orange. Février 2014

LE RÉGIME FRAIS DE SANTÉ DES SALARIÉS DU SECTEUR DES TRANSPORTS ROUTIERS

Nouveaux rôles infirmiers : une nécessité pour la santé publique et la sécurité des soins, un avenir pour la profession

Résultats d enquête. L épuisement professionnel (Burn Out Syndrom) Qu en pensez-vous? Vous sentez-vous concerné? En partenariat avec

LE FINANCEMENT. MSPD Eric Fretillere Conseil Régional de l Ordre des Médecins d Aquitaine CDOM 47Page 1

Notes d allocution au Comité permanent des banques et commerce du Sénat

Rapport d'activité 2010

La planification familiale

TROUBLES MUSCULO-SQUELETTIQUES (TMS)

Les prérogatives du mineur sur sa santé

G U I D E P A T I E N T - A F F E C T I O N D E L O N G U E D U R É E. La prise en charge du cancer du foie

Le Rôle de la Télémédicine en Allemagne Une Vue d Ensemble

Transport. Dossier de Presse Septembre 2013

Transcription:

Soins Palliatifs à domicile, l'indispensable réunion de concertation pluridisciplinaire. Congrès de Montréal. Mai 2013. Atelier C6. Dr Thierry VIMARD. Madame Pascale PERDON. Réseau L Estey Bordeaux. --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Introduction -Les réseaux de soins palliatifs coordonnent les soins palliatifs à domicile. Ces réseaux sont pilotés par une équipe de coordination. Celle-ci assure non seulement la coordination mais également l expertise en soins palliatifs et la formation des professionnels. - Il arrive bien souvent que les acteurs de soins palliatifs à domicile, notamment les acteurs libéraux, ne se connaissent pas. Ils interviennent les uns après les autres sans véritablement former une équipe -L équipe de coordination du réseau lorsqu elle est sollicité va commencer son accompagnement en organisant une réunion de concertation au domicile du patient en sa présence, celle de ses proches et les différents professionnels de santé intervenant au domicile. Depuis 6 ans que le réseau de soins palliatifs de Bordeaux existe, nous sommes surpris par deux choses : 1/Cette réunion dure en moyenne 90 minutes. Il est exceptionnel que des professionnels de santé passent autant de temps pour une visite d un malade. Qu est ce qu ils y trouvent? 2/avant même que les préconisations aient pu se mettre en place, nous constatons bien souvent que la seule tenue de cette réunion produit des effets bénéfiques pour la personne malade, pour ses proches mais aussi pour les professionnels de santé. -Comment cela se fait-il? VCI : Qui la demande? Présence obligatoire du médecin traitant. Qui y est invité? Nous avons quotidiennement des signalements de situations complexes provenant majoritairement du domicile : professionnels de santé en ville, patients et familles. Nous sommes aussi sollicités par les services d hospitalisation à domicile et les établissements médico-sociaux tant pour les personnes handicapées que pour les personnes âgées. Enfin nous recevons des signalements provenant des établissements de santé. Le médecin traitant est indispensable lors de cette réunion. Il est toujours présent même s il arrive parfois qu il ne reste pas jusqu à la fin. Il connait généralement bien la situation et le patient. Il demeure le seul prescripteur et le seul décideur. Tous les professionnels de santé du domicile intervenant auprès du patient sont conviés. Définition de la Haute Autorité de Santé du 31 janvier 2013 de la Réunion de concertation pluridisciplinaire : «Les réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) regroupent des professionnels de santé de différentes disciplines et dont les compétences sont indispensables pour prendre une décision accordant aux patients la meilleure prise en charge en fonction de l état de la science du moment. Les décisions peuvent concerner la stratégie diagnostique et thérapeutique -initiale ou lors d une reprise évolutive -ou la décision d une stratégie palliative. Les RCP sont la règle pour la prise de décision en oncologie 1

(cancérologie, hématologie), depuis le plan Cancer 2003-2007, consolidé par le plan Cancer 2009-2013. Toutefois elles ne sont pas exclusives à l oncologie et cette méthode peut être utilisée dans d autres spécialités, notamment pour des prises en charge complexes. Au cours des RCP, les dossiers des patients, présentés par le médecin référent ou un autre professionnel, sont discutés de façon collégiale. La décision prise est tracée, puis est soumise et expliquée au patient» La différence avec ce qu on fait. L intérêt pour le patient -Cette réunion permet au patient d être au centre des préoccupations, d être entendu, de redire son histoire telle qu il la perçoit. -Elle permet d abord et avant tout de faire une évaluation précise des symptômes ainsi qu une évaluation psycho sociale. -Elle lui permet d être rassuré : les professionnels de santé se connaissent désormais et vont définir ensemble, avec lui, le patient et ses proches, un projet de santé. Le chemin est balisé, et le patient aura eu sa part dans l élaboration du projet.-cela contribue à lutter contre le sentiment d abandon que peuvent éprouver les personnes malades et les proches : Une équipe est constituée pour eux, ils en font partie. Des liens sont instaurés entre les membres de l'équipe, qu'ils soient la famille, les professionnels ou les bénévoles d'accompagnement. -Ce temps passé ensemble permet de recueillir le désir du patient et que chacun l entende. -Et puis il faut du temps pour proposer des outils comme la personne de confiance ou les directives anticipées telles que la loi française le prévoit. -Cette réunion permet dans un cadre familial d approcher les questionnements existentiels. Non pas de les travailler sur place mais d aider la personne malade à discerner ce qui fais sens pour elle, ouvrir une porte à l émergence de ces questions. C'est parfois-nous disent certaines familles-le premier moment où l'on évoque la mort. Cela permet de s'autoriser à en reparler après dans un cadre plus intime. Diapo 4 Pascale: Intérêt pour les proches Cette réunion, permet aux proches d exprimer devant les professionnels leurs désirs et leurs craintes par rapport à cet accompagnement à domicile. Cette réunion renforce la confiance envers les professionnels de santé. Les proches contribuent ainsi aux projets d accompagnement. Ils se sentent écoutés, soutenus, ils se sentent moins seuls dans cet accompagnement : ils peuvent compter sur d autres en cas de problèmes. La réunion permet prévenir un éventuel épuisement des proches, en proposant parfois une hospitalisation de répit du patient. Intérêt pour les professionnels se connaître, faire équipe : -Il arrive fréquemment, dans une grande ville comme Bordeaux que les professionnels intervenants auprès d'une personne malade ne se connaissent pas. Ils interviennent successivement auprès du patient, souvent sans se rencontrer. Parfois, ils se connaissent uniquement par le téléphone. Cette réunion leur permet de se connaître d'échanger leurs coordonnées, de constituer une équipe pour un patient donné. Intérêt de la pluridisciplinarité C est dans la co-contruction qu un projet va s élaborer. Ce travail en commun va renforcer la compétence de chacun va renforcer la performance. 2

S appuyer les uns sur les autres permet d éviter le burn out : la multiplicité des approches nous protège. L interdisciplinarité nous permet de «tenir»ensemble. Position de tiers : -Le temps passé ensemble peut permettre de poser un regard nouveau sur une situation complexe. Le binôme du réseau a la position de tiers qui vient parfois révéler ce qui n'était plus visible par les professionnels intervenant depuis longtemps. Formation pratique : -Le temps passé ensemble permet un véritable compagnonnage entre l'équipe du réseau, le médecin traitant et les infirmiers. Il contribue considérablement à la formation en apportant des éléments pouvant être directement mis en pratique, loin d'une formation théorique (que les professionnels de terrain n'ont ni le temps ni le désir de faire). Collégialité pour les questions éthiques : -Cette réunion permet une véritable collégialité quand celle çi est nécessaire pour une décision qui touche à l'éthique telle la question d'un arrêt de certaines thérapeutiques, un arrêt d'alimentation ou bien une demande d'euthanasie. Plus globalement -Plus globalement, cette réunion permet de créer (ou recréer) une confiance entre les acteurs et une confiance entre la personne malade et les acteurs professionnels. -Elle permet à chaque personne présente et pas seulement au patient d'exprimer quelque chose qui puisse être entendu par tous. - Cette réunion permet de faire du lien entre les humains à un moment crucial de la vie. Nous ne sommes plus tout à fait des patients des proches, des professionnels mais simplement des hommes et des femmes qui tentons d avancer ensemble. Elle facilite le maintien à domicile avec un triple intérêt : -Ce maintien à domicile correspond au désir d'une grande majorité de personne (81% des français) - Il est considéré comme plus économique que les soins palliatifs en établissement -Il permet à la personne malade, dans son cadre, de mieux pouvoir exprimer ses souhaits. Cette réunion permet de décider avec la personne malade et ses proches des mesures utiles pour anticiper les crises telles un symptôme intense ou une hospitalisation en urgence. Le projet se santé est élaboré par cette équipe constitué du patient, de ses proches, des professionnels de santé Nous pouvons témoigner de l intérêt pour cette réunion tant des professionnels de santé que des proches, grâce à des questionnaires de satisfaction qui leur sont envoyés après chaque prise en charge. Quelles sont les conditions pour qu'une telle réunion porte du fruit? -Que le patient et les proches soient d'accord -Que le médecin traitant soit d'accord 3

-Que les autres professionnels soient informés notamment les infirmières (que ce soit les services d'hospitalisation à Domicile, les infirmières libérales ou de centres de santé) -Nécessité d'une personne compétente dans l'animation d'une telle réunion. Un(e) animateur (trice) dont l'autorité est reconnue et qui sache la conduire dans une logique reconnue par tous. Le compte rendu -Un procès verbal de cette réunion de concertation est élaboré par le binôme du réseau, reprenant le motif de la demande, l'histoire de la maladie, quelques éléments de l'histoire de vie et les liens familiaux. Ce compte rendu analyse aussi les éléments principaux de l'évaluation physique, psychologique, sociale, familiale et existentielle. Il constitue une véritable synthèse fort utile à des professionnels sensés tout connaître de la personne qui n'auraient pas osé reprendre avec un patient connu depuis longtemps les éléments manquants de son histoire. Ce compte rendu est envoyé à tous les professionnels de santé concernés, qu'ils fassent partie de l'équipe de proximité ou des établissements de santé qui ont accueilli cette personne. Il est envoyé sous 48h. Il constitue la base du projet personnalisé de santé qui ne serait pas élaboré par les professionnels libéraux sans cette réunion. Écueil et limites de la concertation -Violence des mots posés : pris dans une discussion interdisciplinaire, les professionnels peuvent lâcher une information inconnue jusqu alors par le patient et en premier lieu le terme de soins palliatifs quand il fait violence au patient. -Incompétence du meneur de la réunion : si l animateur d une réunion de concertation est inexpérimenté ou ne joue pas son rôle de meneur des débats, les conséquences peuvent être dramatiques. Il ne suffit pas de réunir des personnes ensemble pour que ça produise du fruit. - Ces réunions de concertation peuvent être l occasion de manifestations d'émotion forte, qui peuvent être positive mais parfois gênantes aussi. -Les professionnels présents passent rarement autant de temps auprès d un patient. S ils restent dans la grande majorité des cas, c est qu ils y trouvent un intérêt majeur. Reste toutefois la question du «Coût» pour les professionnels libéraux. Ils ne sont pas rémunérés pour une telle réunion alors que certains auraient pu gagner dans le même temps 150 à 200 euros. Couteux pour les libéraux et couteux pour la société toute entière, mobiliser pendant un si long temps autant de professionnel a un coût. -Pour les personnes malades, ça peut être très fatiguant d assister à une telle réunion. Il nous arrive d aller, avec les proches, dans une pièce à côté pour poursuivre la réunion. La coordination n est pas concertation Certains pensent que la concertation peut être réalisée par téléphone ou par mail. Il nous semble indispensable que les acteurs se retrouve physiquement dans un même lieu. Ce lieu n est pas neutre puisqu il se trouve être le domicile du patient. Concertation : Quel concept? Le tout est supérieur à la somme des parties qui le constitue. Cette réunion s inscrit dans un concept de «clinique de concertation» porté notamment par le docteur Jean Marie Lemaire, neuropsychiatre, directeur de l Institut Liégeois de thérapie familiale.l approche contextuelle est une des bases de la clinique de concertation. 4

Avant de conclure, nous pouvons reprendre directement les mots du Dr Lemaire présentant le concept de clinique de concertation. Ce concept de «clinique de concertation» permet de : -Répondre aux convocations des familles en situation de détresse multiple - Répondre aux demandes des professionnels et des politiques «déconcertés» par la fragmentation, parfois l incohérence, des interventions d aide, de soin, d éducation et de contrôle - Améliorer les situations de détresse multiples, par une pratique et une politique de Travail Thérapeutique en Réseau, en partant des ressources humaines et relationnelles encore disponibles - Elargir les zones de «considération» réciproque entre les membres des familles, les professionnels et les institutions Conclusion - si nous reprenons les mots du récent rapport Sicard : «Le travail en équipe pluri professionnelle, par le partage des expériences et des compétences, permet de coordonner les différents acteurs concernés par la situation complexe, d anticiper les éventuelles complications et de limiter les réponses inadaptées et souvent très coûteuse d une biomédecine relevant d une forme d acharnement thérapeutique. Autant d économies de dépenses inappropriées, autant de souffrances évitées.» «En France, il est particulièrement difficile de favoriser une culture commune faite de concertation, de questionnements, d échanges des savoirs» - Et pour terminer avec les mots du Docteur Lemaire «Lors de la réunion de concertation, il s agit de repérer comment s articulent les conflits d intérêts intrafamiliaux et les conflits de pouvoirs, de compétences, voire les partages de responsabilité entre professionnels, associations, services et institution» Il s agit de la base du travail de réseau. 5