Linguistic Insights 99 Les interactions quotidiennes en français et en anglais De l approche comparative à l analyse des situations interculturelles Bearbeitet von Christine Béal 1. Auflage 2010. Taschenbuch. 424 S. Paperback ISBN 978 3 0343 0027 8 Format (B x L): 15 x 22 cm Gewicht: 600 g schnell und portofrei erhältlich bei Die Online-Fachbuchhandlung beck-shop.de ist spezialisiert auf Fachbücher, insbesondere Recht, Steuern und Wirtschaft. Im Sortiment finden Sie alle Medien (Bücher, Zeitschriften, CDs, ebooks, etc.) aller Verlage. Ergänzt wird das Programm durch Services wie Neuerscheinungsdienst oder Zusammenstellungen von Büchern zu Sonderpreisen. Der Shop führt mehr als 8 Millionen Produkte.
Avant-propos Cet ouvrage explore le lien entre façons de parler et culture à travers l analyse des échanges ordinaires de tous les jours, en français et en anglais. Il élucide aussi un certain nombre de malentendus interculturels causés par ces pratiques langagières différentes. La recherche qu il présente vise donc des destinataires variés. Elle s adresse certainement aux enseignants (et aux étudiants avancés) de la langue anglaise et aux enseignants (et futurs enseignants) de français langue étrangère, mais aussi aux linguistes intéressés par les approches interactionnistes et par la question de l interculturel, qu ils soient anglicistes ou non. Enfin, elle apporte aux anglophones qui séjournent en France et aux francophones qui partent vivre dans un pays anglophone des clefs pour résoudre leurs problèmes de communication. L étude qui suit est le fruit de mon expérience professionnelle et personnelle. Mon parcours professionnel m a amenée à enseigner successivement les deux langues, puis la linguistique et la communication: initialement professeure agrégée d anglais, je suis devenue professeure de français langue étrangère aux États-Unis (New York) puis dans deux universités en Australie (à Sydney et à Melbourne). L enseignement de ma langue maternelle en pays étranger m a incitée à reprendre des études en linguistique et à passer un doctorat. De retour en France, j enseigne la linguistique et la communication au département des Sciences du Langage de l université Montpellier III. Mais ce parcours n aurait sans doute pas suivi cette trajectoire particulière s il ne s était doublé, sur le plan personnel, d un mariage interculturel et donc aussi d une belle-famille et d un réseau d amis hétéroculturels, bref, d un degré d immersion dans la culture anglo-saxonne qui m a fait prendre conscience de façon tout à fait tangible de la différence entre compétence linguistique et compétence communicative. Ce sont les relations interpersonnelles proches qui m ont fourni la plupart des pistes de recherche que j ai par la suite cherché à explorer en tant que chercheuse; mais c est ma formation de linguiste qui m a poussée à 13
chercher des réponses du côté de l analyse de conversation et de la pragmatique interculturelle, plutôt que du côté de l ethnologie ou de l anthropologie. Je suis convaincue qu au quotidien, le degré d intégration dans une société donnée passe d abord par la maîtrise des usages langagiers, et que ces derniers reflètent la façon d être ensemble d une culture de toutes sortes de manières, certaines indirectes et diffuses, d autres brutalement révélatrices. On sait que les apprenants d une langue seconde ont souvent des difficultés à communiquer (même s ils ont d assez bonnes compétences linguistiques) lorsqu ils se retrouvent finalement à l étranger pour un séjour prolongé, voire, de nos jours, pour une installation professionnelle. On parle alors de choc culturel. On sait aussi que les personnes qui vont vivre à l étranger n atteignent pas toujours le niveau de langue des locuteurs natifs, surtout quand elles se sont expatriées à l âge adulte: on appelle cela la fossilisation. Elles ont atteint une sorte de plafond de compétence qu elles n arrivent pas à dépasser. C est souvent parce que, sans s en rendre compte, elles n ont pas réussi à se défaire complètement des façons de parler de leur première langue. C est ce dont il est question ici. Cet ouvrage décrit le fonctionnement des interactions en français et en anglais, dans différents contextes représentatifs de la vie quotidienne, en les comparant du point de vue des contenus (de quoi peuton parler, à qui, dans quelles circonstances) et du point de vue des formes (manières de prendre la parole, degré de politesse, formulation du message). Il montre comment ces fonctionnements forment système, parce qu ils sont sous-tendus par des valeurs culturelles qui leur donnent leur logique et leur cohésion: chacune des deux langues-cultures a son propre ethos communicatif. Enfin, il fait voir quelles sortes de tensions et de malentendus se produisent lorsque ces deux ethos se rencontrent dans des situations interculturelles où la langue maternelle des uns est une langue étrangère pour les autres. Les questions du sens et de l interprétation sont donc au cœur de l ouvrage. Pour mettre en évidence ces usages langagiers, cette étude s appuie sur des échanges authentiques enregistrés, puis transcrits et analysés en utilisant différentes approches méthodologiques (analyse conversationnelle, pragmatique, énonciation). Les données utilisées comprennent des échanges de bureaux entre collègues, collectés dans une 14
entreprise française installée en Australie, des entretiens d embauche, des visites entre amis, des conversations entre étudiants organisées autour d un thème, des témoignages dans des documentaires. Les locuteurs anglophones sont majoritairement Australiens, mais aussi Anglais, Ecossais et Irlandais. Les observations sont corroborées par celles d autres études menées sur des données similaires, mais aussi sur d autres terrains d investigation (débats télévisés, par exemple), ainsi que dans d autres pays, notamment aux États-Unis. L ouvrage se compose de cinq grands chapitres. Le premier présente le cadre théorique de la recherche, les notions-clefs de la terminologie employée, les ambitions et les limites du projet. Les trois chapitres suivants consistent en des analyses de corpus. Chacun d eux est organisé sur le même modèle: description et analyse d exemples d échanges entre Français, puis entre locuteurs de langue anglaise, enfin analyse de malentendus interculturels (perception des Français par les anglophones et vice-versa). Cette dernière étape est validée par des entretiens a posteriori avec les participants. Ils présentent chacun un aspect crucial de la gestion des interactions. Le chapitre deux décrit le système des tours de parole (prise de parole, chevauchements, interruptions, co-construction d un même tour par deux interlocuteurs). Le chapitre trois est consacré aux aspects rituels des échanges (ouvertures de conversations téléphoniques, abordage des collègues dans les demandes de renseignements, salutations et retrouvailles dans les visites, conversations de politesse). Le chapitre quatre présente une analyse comparative des actes de langage directifs (comment faire agir l autre: requêtes, instructions, conseils ). Enfin, le cinquième et dernier chapitre propose une synthèse des traits distinctifs dégagés pour chacune des deux communautés linguistiques, montre leur convergence et établit le lien avec les valeurs culturelles sous-jacentes. Deux ethos communicatifs émergent ainsi, présentés de façon contrastive autour de valeurs-clefs telles que le self-control, la spontanéité, la franchise, le tact, l affirmation des opinions, l harmonie sociale, l égalitarisme, la liberté d action. Le livre offre ainsi à la fois des exemples très concrets dans des situations bien identifiées (dans les chapitres consacrés à l analyse des corpus) et des explications, de nature plus idéologique et générale, qui doivent permettre au locuteur de langue seconde de mieux com- 15
prendre et anticiper les attentes des locuteurs natifs, quand il se trouve confronté à des situations auxquelles il n a pas été préparé. Je ne prétends pas faire dans cet ouvrage une synthèse exhaustive des points communs et des différences dans l interaction en français et en anglais, ce qui serait bien présomptueux. Je reste cependant convaincue que ces analyses apportent un cadre de référence très utile pour tous ceux qui tentent l aventure de l interculturalité. Pour terminer cet avant-propos, je voudrais remercier très sincèrement les nombreuses personnes grâce à qui ce livre a pris forme: L équipe de recherche Praxiling et sa directrice, Chantal Charnet, pour avoir accepté les interactions interculturelles comme programme de recherche du laboratoire, et l Université Montpellier III, qui m a accordé un semestre de congés d études pour permettre la rédaction du manuscrit; tous ceux et celles qui ont accepté de se laisser enregistrer sur le vif, sans aucune censure, dans leurs activités quotidiennes, et tous ceux qui ont eu aussi la patience et la bonne volonté de livrer leurs impressions et leurs interprétations dans des interviews. Je remercie également Véronique Traverso, qui m a très généreusement donné accès à l ensemble de son corpus de visites, et Kerry Mullan, qui m a aidée à confectionner en Australie un corpus sur mesure pour les besoins de la comparaison. Je remercie mes nombreux collègues et mes étudiants de m avoir écoutée, de m avoir lue et d avoir apporté leur contribution à la discussion. Pour le temps qu elle a consacré à mon manuscrit et ses commentaires toujours judicieux, je remercie Catherine Kerbrat-Orecchioni. Pour ses conseils et son aide pour la présentation des données quantitatives, je remercie Laurent Fauré. Je remercie enfin mes amis et ma famille, en France, en Australie et en Grande- Bretagne pour le dialogue sans cesse renouvelé sur nos différences, pour nos discussions passionnantes, et pour nos éclats de rire quand, malgré notre longue accointance, nous nous faisons encore piéger par nos réflexes culturels. Je remercie en particulier Mink Schapper, James Dalgliesh, Glenn et Agnès Waller, Tracey Callander, Kate Osborne, Cynthia Fenton, Dennis Jones, Poppy Burton, Philippe Charluet, Robin Hill et bien sûr surtout Edwin Hill, qui a accepté de tenter l aventure en sens inverse en venant s installer en France. 16