es techniques culturales sans labour () en pomme de terre De par son mode de culture en buttes, la culture de pomme de terre est particulièrement sensible aux problèmes de ruissellement et d érosion sur des parcelles en pente. Certains projets pilotes ont déjà démontré que le cloisonnement des interbuttes pourrait limiter l érosion. Dans cet article, l attention est plutôt portée sur les techniques de travail du sol sans labour qui, par leur absence de retournement de la terre, maintiennent les résidus de culture et la matière organique dans la couche supérieure du sol. Or, il est bien connu que la présence de résidus et matière organique améliore la structure et la perméabilité du sol et permet de limiter les problèmes de battance et de ruissellement. e mélange fréquent et intensif de la terre lors du buttage et de la récolte des pommes de terre ne favorise cependant pas l expression de ces effets. C est pourquoi les techniques de culture sans labour () sont essentiellement pratiquées en culture de céréales, de betterave et de maïs. Ces dernières années, des essais de Techniques de Culture Sans abour () ont cependant été menés en culture de pomme de terre dans le cadre du Centre d Essai Interprovincial pour la pomme de terre à Rumbeke-Beitem et du projet interreg PROSENSOS. impact des sur l état du sol et de la culture, les rendements et la qualité des produits récoltés a été étudié. Essais e Centre d Essai Interprovincial pour la pomme de terre à Rumbeke-Beitem (PCA) a réalisé des essais de pendant 3 ans à Poperinge (Bintje sur limon sableux), 3 ans à Tongres (Cilena sur limon) et 2 ans à Heestert (Bintje sur limon léger). A Tongres et à Poperinge, la culture de pommes de terre a été précédée chaque année d une culture d engrais verts semée en arrière-saison. A Tongres, le radis fourrager a été semé pendant deux ans et la moutarde jaune pendant un an (sur paille hachée de froment d hiver). es engrais verts ont chaque fois été hachés en fin d année. A Poperinge, un engrais vert différent a été semé chaque année, présentant un développement faible ou modéré. A Heestert, aucun engrais vert n a été semé avant la culture. Avant les essais, les parcelles avaient toutes été cultivées en labour conventionnel. Dans le cadre des essais à Tongres et Poperinge, les parcelles ont été labourées à l exception d une bande. Cette bande a été reprise avec un outil de non-labour peu avant plantation (décompacteur à dents Michel à Poperinge ; décompacteur du type Kuhn (2009) et décompacteur à dents à ailettes de type Smaragd (2010) à Tongres). A Heestert, une bande non-labourée a été travaillée avec trois outils différents de non-labour (décompacteur à lame de type Beken, décompacteur à pattes d oie, déchaumeur à 1
dents). On a toujours veillé à laisser la parcelle se ressuyer avant plantation. es photos présentées ci-dessous illustrent bien les différents outils aratoires sans labour utilisés lors des essais. Décompacteur du type Kuhn (Tongres) Décompacteur à dents «Michel» (Poperinge) Décompacteur à lames de type Beken (Heestert) Déchaumeur (Heestert) Décompacteur à pattes d oie (Heestert) Décompacteur à dents à ailettes de type Smaragd (Tongres) 2
Résultats Etat du sol et de la culture Pendant la saison de culture, la bande non labourée semble montrer des buttes plus stables et donc plus résistantes aux pluies intenses. C était clairement le cas à Tongres, qui a été touché à plusieurs reprises au printemps par de violents orages. es buttes dans la bande non labourée sont restées plus humides pendant toute la saison. Ceci limite les risques de rejets en culture qui peuvent se présenter en périodes sèches. Différence d humidité des buttes à Heestert (à gauche : décompacteur à lames de type Beken ; à droite : labour) En matière de désherbage, le travail sans labour ne présente généralement pas d inconvénients. Après traitement, l ensemble des parcelles est resté propre, hormis à Tongres en 2009. Sur la bande non-labourée on trouvait, malgré le désherbage chimique, clairement plus de restes d escourgeon provenant de la culture précédente. Selon l engrais vert utilisé ou la culture précédant la culture de pomme de terre, on observe plus de résidus végétaux dans les parcelles non-labourées (mottes d herbes, pieds de maïs, etc.). Un bourrage des outils (par des chaumes de maïs) n a été observé qu à Heestert en 2010. année précédente, ces chaumes n avaient pas posé de problèmes car ils avaient été légèrement incorporés au sol à l arrière-saison. Notons qu en présence de résidus de culture, les buttes sont moins bien formées, sans toutefois d effet négatif ultérieur. Concernant la levée des plantes, aucun problème particulier n a été observé. Il est toutefois possible que la levée soit retardée de quelques jours après un travail sans labour. Ceci peut être expliqué par le fait que le sol soit moins bien ressuyé et moins réchauffé lors de la plantation. Un sol en nonlabour nécessite un peu plus de temps pour parvenir aux conditions favorables de plantation. 3
Rendements (T/ha) Aucune différence n a été observée du point de vue du développement végétatif de la culture. Etant donné que la préparation du sol est plus grossière en non labour, on peut trouver davantage de mottes dures à la récolte (p.ex., automne 2009). es essais ont par ailleurs montré que les peuvent mener une tare terre (mottes) plus élevée lors de la récolte par rapport aux parcelles labourées. Rendements A Tongres, la variété Cilena a été plantée pour les essais. Il s agit d une variété pour le marché du frais dont la fraction de calibre 30-60mm est commercialisable. En 2008, les essais ont démontré un rendement total identique en labour et non-labour, mais significativement plus élevé pour la fraction commercialisable de 30-60mm. En 2009 par contre, les parcelles labourées présentaient des rendements plus élevés en calibre commercialisable. En 2010, aucune différence n'a été mis en évidence pour la fraction 30-60mm entre les parcelles labourées et non-labourées. Rendements de pommes de terre (calibres 30-60 et >60 mm) cultivées en abour () ou Techniques culturales sans labour () pour trois années consécutives à Tongres 60 50 40 > 60 mm 30-60 mm 30 20 10 0 2008 2009 2010 A Poperinge et à Heestert, la variété à frites Bintje a été cultivée. Pour cette variété, le calibre +35mm est intéressant et plus particulièrement le calibre +50mm. Seul en 2008 une perte de rendement a été observée avec le non labour, dont la cause est liée aux conditions de plantation. En 4
rendements (T/ha) effet, la plantation a eu lieu simultanément sur la parcelle labourée et sur la bande non labourée. En non labour, le sol met plus longtemps pour se ressuyer et se réchauffer. ors de la plantation, la bande non labourée n était pas encore assez réchauffée, ce qui a mené à une levée plus lente. Par contre la sénescence a eu lieu simultanément, de sorte que les pommes de terre en labour auront finalement eu davantage de jours de croissance qu en non labour. Il en résulte un rendement plus élevé et surtout un calibre plus gros. es deux autres années de culture n ont montré aucune différence de rendement, tant pour le calibre +35mm que pour le calibre +50mm. A Heestert aucune différence de rendement n a été observée en 2009 entre les différentes modalités de travail du sol. es données de 2010 étaient inutilisables du fait des conditions de récolte difficiles (énormément de pourriture), quel que soit le traitement. Rendements de pommes de terre (calibres 35-50 et >50 mm) cultivées en abour () ou Techniques culturales sans labour () pour trois années consécutives à Poperinge 90 80 +50 mm 70 35-50 mm 60 50 40 30 20 10 0 2008 2009 2010 Ces essais démontrent que les risques de pertes de rendement lors d un travail cultural sans labour sont faibles et très variables d une année à l autre. es conditions du sol apparaissent déterminantes. Si la plantation a lieu dans de bonnes conditions, il ne faut pas craindre des baisses de rendement en non labour. Il faut veiller à ce que le sol soit suffisamment réchauffé et ressuyé, ce qui prend quelques jours de plus qu en labour. 5
D autre part, le non labour pourrait réduire le risque de ruissellement et d érosion en cas de fortes pluies précoces (sol non couvert) car les buttes sont plus stables et résistent mieux aux orages. Qualité En ce qui concerne la qualité, les différences entre les parcelles labourées et non-labourées sont faibles. Sur base des diverses années et des divers sites d essais, il apparaît que le poids sous eau, la couleur de friture (Bintje) et le goût après cuisson à la casserole (Cilena) sont peu différents. a seule différence observée provient du site de Heestert en 2010, où le poids sous eau en labour était plus élevé, avec une meilleure couleur de friture. es divers modes de travaux du sol n ont pas montré de différences significatives en matière d infections des tubercules par les divers types de gales et par la dartrose. Conclusions A condition que le sol soit assez ressuyé et réchauffé à la plantation, la culture de pomme de terre sans labour n a pas posé de problèmes. Ceci implique qu il faut planter quelques jours plus tard qu en culture après labour. Si on plante trop tôt, on s expose à un risque de levée lente, avec pertes de rendement à la clé. Par ailleurs, le travail du sol sans labour mène à des buttes plus stables (2008) qui résistent mieux aux pluies intenses, surtout entre la plantation et la levée. En bonnes conditions de plantation, on n observe pas de différences de levée ni de développement de plantes. e contrôle des adventices ne pose généralement pas de problèmes. Pour éviter les problèmes liés aux résidus végétaux (de l engrais vert ou du précédent cultural), il peut être utile de les hacher ou de les incorporer légèrement au sol. a qualité des pommes de terre (poids sous eau, couleur de friture, goût après cuisson casserole, infections des tubercules par les gales et par la dartrose) n a pratiquement pas été influencée par le non-labour. Etant donné que la préparation du sol est plus grossière en non labour, on peut cependant trouver davantage de mottes dures à la récolte (automne 2009). Pour le projet PROSENSOS, Interprovinciaal Proefcentrum voor de Aardappelteelt C. Bielders, UC 6