SEZANNE EGLISE SAINT-DENIS CONSOLIDATION DES VOÛTES PATRIMOINE
Longueur : 34m Largeur : 23m hors oeuvre. En oeuvre, nef centrale : 4,95m, bas-côté Nord : 4,50m avec la chapelle de 1,94m, bas-côté Sud : 4,80m de largeur et chapelle de 2,40m de profondeur. Hauteur des voûtes : 18,50m Hauteur de la tour : 42m Historique L église Saint-Denis de Sézanne, classée au titre des monument historiques depuis le 27 janvier 1912, apparaît dans les textes à la fin du Xlème siècle, sous le vocable Saint- Julien : elle est donnée en 1079 à l abbaye de Cluny, à charge pour celleci d y fonder un prieuré. Dans les années suivantes l édifice est reconstruit, le chœur et le transept formant l église du prieuré (les baies de la face Est du clocher sont encore visibles aujourd hui) et la nef, celle de la paroisse. Un mur de séparation viendra matérialiser plus tard cette séparation. Les paroissiens entreprennent au XVIème siècle la reconstruction de leur église, en l agrandissant du côté sud sur l emplacement de l ancien cimetière converti en lieu de marché. Le nouveau plan prévoit un vaisseau central de 7 travées, et deux vaisseaux latéraux accompagnés chacun d une suite de chapelles. Cette disposition ainsi que certaines caractéristiques proprement architecturales (forme des piliers par exemple) furent conservées tout au long du chantier. Elles se retrouvent dans d autres grands édifices reconstruits à la même époque dans le diocèse de Troyes comme les églises Saint-Pantaléon ou Saint-Nicolas à Troyes. Les chapelles sont souvent pourvues des blasons des riches familles qui ont dû payer leur construction. Le mur Nord de la nef n a pas été déplacé car il délimitait l espace réservé aux moines. 2 Baies romanes de la face Est du clocher, restaurées par Jean Rocard en 1976 (Jean Fusier, CRMH)
La première chapelle au sud-est est achevée en 1521. Une porte est créée dans le mur Est pour accéder au choeur monastique (une deuxième sera percée à droite en 1619 pour les paroissiens). Le portail sud achevé vers 1525 est pourvu de beaux vantaux sculptés portant la date 1534. Il est conçu comme l entrée principale de l édifice avec un décor sculpté présentant les scènes de la vie de saint Denis. Au sud des échoppes sont construites dès le XVIème siècle entre les différents contreforts de l édifice. Vue générale des voûtes du vaisseau central, avant restauration (Jean Fusier, CRMH) Le style de l édifice est un remarquable exemple de l architecture gothique flamboyante en Champagne : ampleur de l espace intérieur, piliers de forme ondulée, nervures en pénétration directe, voûtement dont le dessin complexe diffère suivant les parties de l église (chœur, partie médiane, nef). L évolution vers un style légèrement marqué par l art de la Renaissance apparaît dans la forme du remplage des baies. Les voûtes sont achevées avant la pose, entre 1547 et 1550, des vitraux des baies hautes. La grande tour, plus haute que le clocher de l église prieurale, ne sera terminée qu en 1582, la progression des travaux s effectuant de l Est vers l Ouest. L évêque de Troyes vient solennellement procéder à la dédicace de la nouvelle église, à Saint-Denis, le 19 septembre 1621. Des travaux importants sont entrepris après l incendie qui dévaste la ville en mai 1632. La couverture est refaite rapidement et, en 1656, les arcs-boutants du côté Nord sont reconstruits et renforcés. La Révolution supprime le prieuré Saint-Julien en 1790 ; l église, en très mauvais état, est rasée en 1801. La mairie occupe dès 1792 les bâtiments du prieuré situés au Nord. Vue générale, après restauration (Jean Fusier, CRMH) 3
Restauration La stabilité de l édifice semble avoir été dès le XVIIème siècle une source d inquiétude pour les paroissiens, en témoignent les travaux réalisés en 1656 du côté Nord et les nombreux renforts métalliques posés au-dessus des voûtes et à l intérieur, à la retombée des nervures. Ces dernières années le service des Monuments Historiques a restauré la toiture du vaisseau central et du bascôté Nord (1974-1977). Ont également été consolidés, à cette occasion les arcs-boutants Nord des trois premières travées, en insérant dans les maçonneries des poutrelles en béton armé. Les baies romanes du mur Est ont été dégagées et restaurées. En 1985 et 1990, les façades Nord et Ouest ainsi que l étanchéité de la tour du clocher ont été traitées. Toutefois les problèmes liés à la stabilité de l édifice loin d être résolus avaient, au contraire, nécessité la pose d étalements dans toute la partie Nord de l église. Une étude préalable a donc été confiée à M. Gatier, architecte en chef des monuments historiques, afin de comprendre ces déséquilibres et de proposer des solutions pour leur restauration. L examen des fondations a permis de constater qu elles prenaient assise sur une formation rocheuse (craie) située à faible profondeur (0,65m de la surface du sol) présentant une déclivité naturelle du Nord au Sud. L étude géotechnique réalisée par le Centre Expérimental de Recherches et d Etudes du Bâtiment et des Travaux Public en mars 1996 ainsi que les sondages manuels pour la reconnaissance des massifs de fondations ont confirmé le bon état de conservation des maçonneries enterrées (réalisées en moellons de silex ) ainsi que de la couche superficielle du sol de fondation, craie homogène et résistante. Les désordres n étaient donc pas directement liés à un défaut des fondations. Désordre des voûtes du vaisseau central (Christian Lécai/le, entreprise Léon Noël) 4 Etalement du bas-côté Nord (Christian Lécaille, entreprise Léon Noël)
Seule une étude des éléments de contrebutement permettait de les expliquer. En effet, les arcs-boutants, trop fins, placés légèrement trop haut par rapport au point d application des poussées de la voûte n ont assuré que partiellement leur rôle de contrebutement. Les murs gouttereaux de la nef, de faible épaisseur (72,2 cm), réalisés en maçonneries de moellons, se sont déformés sous la poussée des voûtes hautes, entraînant des fissurations dans les nervures et des ouvertures dans les joints des pierres. Les voûtains ont aussi eu tendance à se décoller des murs. Ces déformations ont été renforcées par la dissymétrie des éléments de contrebutement entre le mur Sud et le mur Nord. Du côté Nord, contrairement au Sud, les piles des culées d arc-boutant ne sont épaulées par aucun contrefort. En effet il n était pas possible à l architecte d empiéter sur le terrain du prieuré délimité par le mur Nord de l église. Complément de maçonnerie ajouté au XVIIéme siècle, et supprimé lors de la restauration (Christian Lecaille, entreprise Léon Noël) La reconstruction des arcs-boutants en 1656 devait corriger ces désordres grâce, en particulier, à l agrandissement des maçonneries des arcs. En réalité le remède n a pas été aussi efficace qu on le prévoyait. Si la largeur des nouveaux arcs a mieux contrebuté les voûtes hautes, leur poids a conduit à accentuer le déversement des contreforts et à désorganiser les voûtes du bas-côté Nord. Le problème posé par la position un peu trop haute des arcs-boutants du côté Sud n avait de toute manière pas trouvé de solution. Arcs-boutants côté Sud (Jean Fusier, CRMH) 5
Modélisation Une étude sous forme de simulation par ordinateur, réalisée par la société Renofors, a permis de mieux étudier les points les plus fragiles de la structure, ceux que le poids des voûtes risquait en priorité de déformer. Après avoir comparé la structure existante avec une structure symétrique exempte des rajouts du XVIIème siècle, elle a montré que la faiblesse de l édifice était bien liée à la forte dissymétrie entre les éléments de contrebutement Nord et Sud (modélsation 2), mais également au mauvais contrebutement des arcs-boutants, placés trop haut (modélisation 3). On constate que même en l absence de cette dissymétrie, la faiblesse seule des arcs-boutants était suffisante pour causer de graves affaissements. Une voûte du vaisseau central avant restauration (Christian Lécaille, entreprise Léon Noël) La position des appuis des forces a également été mieux définie (modélisation 1) ainsi que les contraintes sur les maçonneries. Modélisation 2 géométrie du système dissymétrique (entreprise Renofors) 6 Modélisation 1 Elévation de la structure - Définition des appuis (entreprise Renofors) Modélisation 3 contraintes de traction maximales dans les barres modèle dissymétrique (entreprise Renofors)
Etude des poussées La coupe (entre la 3e et la 4e travée) montre la dissymétrie des contrebuterrients avec au Sud le contrefort extérieur. L équilibre des poussées n est pas vertical (en particulier à cause du positionnement un peu trop élevé de l arc-boutant). Au Sud la structure est maintenue en équilibre par les massifs enterrés liaisonnant les piles. Du côté Nord, la situation est plus critique. L élargissement de l arc-boutant a permis de rééquilibrer les poussées sur le mur gouttereau, mais il a eu un effet de poussée sur la culée que l absence de fondation n a pas permis d équilibrer. Les désordres des voûtes du bas-côté sont en partie expliqués par ce phénomène. La suppression en fin de travaux de l élargissement de l arc-boutant s avère indispensable, la consolidation des voûtes lui ayant enlevé par ailleurs toute utilité dans le contrebutement du vaisseau central. Etude des poussées ayant conduit aux désordres des structures (étude préalable, Pierre-Antoine Gatier) 7
La restauration devait donc substituer à cette mauvaise organisation une nouvelle entièrement symétrique. Il ne pouvait être question de reconstruire le contrebutement existant. Cette solution aurait été la seule possible à l époque de Viollet-le-Duc. Un élément déficient et dangereux pour la bonne conservation de l édifice devait être repris. «Certes, concède le grand architecte, il est périlleux lorsqu on restaure un vieux monument, d entrer dans la voie des modifications sous prétexte d améliorations, mais lorsqu il s agit d une reconstruction, il serait puéril de reproduire une disposition vicieuse et pouvant conduire à des déceptions». Les procédés techniques dont nous disposons aujourd hui ont permis de conserver les contrebutements anciens en leur substituant pour ce qui concerne leur rôle de maintien de l édifice, un dispositif placé dans les combles de l édifice. Cette structure dont le rôle Est de renforcer les voûtes associe béton armé et fibre de carbone. Chaque mur diaphragme qui surmonte les arcs-doubleaux est rehaussé d un appui de 25 cm en béton spécial. Une série d épingles en acier le relie au muret qui, ainsi consolidé, reprendra les efforts verticaux imposés par la mise en tension des nouveaux tirants. Ces tirants en fibre de carbone sont mis en place après forage des maçonneries au diamant. Chaque arc-doubleau est consolidé par cinq tirants horizontaux de 10,50 m placés au niveau de l arcdoubleau et liés à la maçonnerie en béton, deux tirants verticaux de 2,80 m placés au niveau des murs gouttereaux pour former pince avec les tirants horizontaux et deux tirants obliques. Les tirants sont mis en tension afin de contrebuter de la façon la plus précise possible les poussées des voûtes et sont ensuite scellés aux maçonneries Installation des tirants en fibre de carbone au-dessus des arcs doubleaux (Christian Lécai/le, entreprise Léon Noël) 8
A gauche : Percement permettant le passage des tirants en fibre de carbone A droite : Rebouchement après installation des tirants (Christian Lécaille, entreprise Léon Noël) 9
par injection de résine époxyde. L opération de consolidation est invisible tant de l intérieur que de l extérieur de l édifice. Elle a été complétée par un nettoyage et une restauration des parements de pierre. Les enduits intérieurs du vaisseau central et du bas-côté Nord ont été repris. Afin de mener à bien ce travail, l orgue, composé d un buffet polychrome fin XVIème-début XVIIème siècle et d un positif fin XVIIème siècle, a été déposé à l automne 2003 et entreposé dans l attente d une restauration future. Ceci a permis de découvrir au revers du mur Ouest un décor de faux joint qui, peut-être parce qu il était derrière l orgue, avait été conservé. Il nous permet d imaginer la façon dont les maçonneries étaient décorées au XVIème siècle ; il s agit d un décor simplement géométrique laissant évidemment la place prééminente aux grands vitraux colorés. Détail du décor peint de faux joint au revers du mur Ouest du vaisseau central, après restauration (Jean Fusier, CRMH) Parallèlement, et en profitant de la présence des échafaudages une étude d authenticité des vitraux a été menée par Nathalie Franchon-Gielarek, pour déterminer à la fois l iconographie des scènes et l étendue des restaurations. Extrait de l étude d authenticité des vitraux XVIéme siècle Baie 105, détail : saint Denis Ci-dessus : clé de voûte annulaire (1ère travée de la nef), avant restauration. Elle porte encore les traces de l incendie du XVIIème siècle. A droite : la même clé de voûte, changée à l identique. (Christian Lécaille, entreprise Léon Noël) 10
Les peintures murales réalisées au XVIIIème siècle pour encadrer les statues placées sur les piliers du chœur ont été dégagées et reprises. La grande Transfiguration réalisée audessus du maître-autel en 1740 par le peintre troyen Carpantier, a également été refixée, puis nettoyée. La restauration a voulu conserver les renforts métalliques placés dès le XVIIème siècle sur les voûtes et à la retombée des nervures pour éviter les déformations. Ce sont en effet des témoins des restaurations anciennes et du rôle spécifique du fer dans l architecture gothique. Sculptures avec leur décor peint sur les piliers Sud du vaiseau central (Jean Fusier, CRMH) Maître-autel et Transfiguration le surplombant, après restauration (Jean Fusier, CRMH) Détail des anciennes restaurations conservées, vitraux XVIéme siècle (Jean Fusier, CRMH) 11
Fiche technique du chantier Propriétaire : Commune de Sézanne Maîtrise d ouvrage : Direction régionale des Affaires culturelles, Conservation régionale des Monuments historiques Maîtrise d oeuvre : Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques Yvon Petit, vérificateur des monuments historiques Entreprises : Maçonnerie et pierre de taille : Entreprise Léon Noël Entreprise Rénofors Charpente et menuiserie : Entreprise Art et Technique du Bois Vitraux : Jean Mauret Décors peints : Entreprise Arcoa Coût global : 2 250 000 Financement : Etat : 45% Commune : 37% Département : 18% Exécution des travaux : Publication de la DRAC Champagne-Ardenne / CRMH 3, faubourg Saint-Antoine 51037 Châlons-en-Champagne Dépôt légal : ISSN en cours Tirage : 1800 exemplaires Diffusion gratuite Coordination éditoriale : Frédéric Murienne - CRMH Textes : Jean Fusier - CRMH Conception graphique : Jérôme Malbranque - CRMH Impression : Cohesium Impressions Sources iconographiques : Pierre-Antoine Gatier - Entreprise Rénofors - Nathalie Frachon-Gielarek Crédits photographiques : Jean Fusier, CRMH - Christian Lécaille, entreprise Léon Noël - Nathalie Frachon-Gielarek 1ère de couverture : plan Pierre-Antoine Gatier, cliché des voûtes du vaisseau central après restauration Jean Fusier, CRMH 2ème de couverture : vue générale de l édifice côté Sud - Jean Fusier, CRMH Sources documentaires : Historique de l édifice : «L église Saint-Denis de Sézanne» par Jean-Pierre Ravaux, mémoires de la Société d Agriculture, Commerce, Sciences et Arts de la Marne, tome Cil, 1987 Restauration de l édifice : Pierre-Antoine Gatier Etude d authenticité des vitraux : Nathalie Franchon-Gielarek PATRIMOINE Direction régionale des affaires culturelles Champagne- Ardenne