Fiche Technique Production Développée en Languedoc-Roussillon Filière Maraichage Septembre 2008 Atelier maraichage diversifié Rédigée par : Christophe BONNEMORT Chambre d Agriculture de l Aude Définition On entend par «atelier maraîchage diversifié» une production maraîchère composée d une large gamme de légumes sur une surface limitée (de l ordre de 1 à 2 ha), dont l objectif est une production diversifiée à destination d une clientèle locale. Après avoir débuté avec un «grand jardin», le producteur fixera sa surface à cultiver en fonction d objectifs de volumes précis pour lesquels il aura au préalable, trouvé des débouchés locaux. Le choix des espèces/variétés est également primordial, en fonction des débouchés, mais aussi du planning de travail. Etant donné que la clientèle ciblée est locale, l intérêt est de produire des légumes avec une saveur et une fraîcheur garanties par le producteur. Parmi les espèces présentant un intérêt dans ce genre de conception, on peut citer : En légumes d hiver : poireaux, choux, salades, carottes, navets, citrouilles, En légumes d été : tomates, pommes de terre, radis, haricots, petits pois, aubergines, concombres, courgettes, oignons frais Dans les conditions du Languedoc- Roussillon, il est à priori possible de cultiver une partie des légumes d hiver après les légumes d été sur la même surface. Potentiel des marchés Production Principaux pays producteurs Se référer aux autres fiches pour ces éléments de cadrage qui ne concernent pas les produits de circuit court envisagés ici. Production en France La production maraîchère française est essentiellement le fait de producteurs spécialisés, qui ont du mal à faire face aux importations de pays où la main d œuvre est moins chère. Cependant, la vente locale se développe de plus en plus, en vente directe ou en circuit court. C est dans ce cadre là que des petits ateliers diversifiés peuvent exister. En Languedoc-Roussillon, Si pour quelques productions la région est dans les toutes premières au niveau français (tomate, salade, artichaut, ), du fait essentiellement de la production des Pyrénées-Orientales, l offre globale régionale reste inférieure à la demande. Celle-ci se caractérise par : Une augmentation régulière, du fait de l évolution démographique croissante Une forte saisonnalité liée au tourisme Un tel atelier peut tout à fait se concevoir en parallèle d un petit atelier fruit (verger d été, raisins de table, melon, ). Synthèse régionale «Alternatives Agricoles à l arrachage de la vigne» 1
Organisation commerciale L idée de la création de cet atelier maraîchage est de vendre ses légumes sur des circuits courts. Il est difficile d estimer la part de la production de légumes frais dont les débouchés se situent sur ces circuits courts. Les régions du Sud de la France, le Languedoc-Roussillon en particulier, jouissent de réelles opportunités pour l écoulement de légumes d été grâce au tourisme. Mais créer un tel atelier implique aussi de chercher à produire sur une période la plus longue possible, du printemps jusqu à l entrée de l hiver. Afin d étaler sa période de vente le plus longtemps possible, le producteur aura intérêt à diversifier au maximum sa production, vers des légumes d hiver mais aussi des fruits d été et de produits transformés (conserves, confitures, jus de fruits ). En Languedoc-Roussillon, un certain nombre d exploitations, viticoles notamment, se sont tournées en fruits vers ce type d atelier pour approvisionner les populations locales et les touristes. Mais au niveau maraîchage, plus consommateur en main d œuvre, cette diversification est plus rare, sauf pour des asperges, des fraises ou des melons. Ce type d atelier maraîchage diversifié est surtout le fait de néo-ruraux, avec peu de moyens financiers, qui ne peuvent concilier retour à la terre et rentabilité qu à travers ce type de production générant un retour rapide de trésorerie et un investissement en foncier et en équipement limité, qui plus est, assez adapté à des modes de production Bio dont ils sont en général adeptes. De fait, s il existe une réelle demande de légumes frais dans la région, il n y a pas d énormes possibilités de développement, plusieurs créneaux étant déjà occupés, notamment en AB. Les AMAP connaissent encore un engouement et un développement très important sur les grandes agglomérations (Toulouse, Montpellier), ainsi que la livraison aux magasins spécialisés, type Biocoop s, qui Organisation commerciale, à retenir... Principaux circuits courts: Vente directe sur place / cueillette au verger (à proximité des grandes agglomérations), Vente sur des marchés de producteurs, Vente à des détaillants, primeurs, Vente par paniers, système AMAP (à condition d avoir une diversité suffisante et assez de clients fidèles), Vente directe auprès de la grande distribution locale. n arrivent pas à s approvisionner localement de façon régulière. Prix Au niveau prix de vente, à l image d un petit atelier fruits, l objectif est de valoriser correctement la production en mettant en avant l aspect fraîcheur et saveur. Un certain «lissage» des prix d un légume à l autre peut-être pratiqué pour convaincre le client d acheter plusieurs produits. La grande difficulté cependant est d adapter quasi-quotidiennement la vente à la production, périssable dans son immense majorité. Le système des AMAP, qui permet de plus d assurer une trésorerie avant la production, est à ce niveau très attractif car le risque invendus et impayés est annulé. Synthèse La demande de légumes frais est supérieure à l offre, notamment en été et la demande sociétale augmente sur les circuits courts et l approvisionnement local. Les valorisations sont bonnes et permettent la recherche de meilleurs rapports qualité / prix pour une clientèle avertie (retraités, résidents étrangers, touristes). Cependant, ce type de production a des pics de main d œuvre élevés et des conditions de production précises : accès à l eau, planning difficile à gérer pour l entretien des cultures, la récolte et la vente. Cet atelier nécessite également un système de conditionnement et de tockage optimum, sauf dans le cas d une vente sur place. Synthèse régionale «Alternatives Agricoles à l arrachage de la vigne» 2
Impact environnemental Impact des intrants Un atelier maraîchage diversifié peut être conduit en Agriculture Biologique (AB), à condition de maîtriser toutes les techniques prophylactiques : Rotation/succession des cultures Gestion de la fertilité par des apports de matières organiques et d engrais verts Equilibre des écosystèmes, création de conditions favorables aux auxiliaires Utilisation d intrants autorisés en AB (notamment semences, fertilisants et produits de traitement) Impact sur la biodiversité Il est par principe élevé du fait de la production d un nombre d espèces important. Cet effet pourra être accentué par l utilisation de variétés anciennes, rustiques ou de terroir, et par les modes de production Bio ou «raisonnée» favorisant les écosystèmes naturels. Synthèse L impact environnemental est globalement très satisfaisant mais limité au niveau surface. Il devient par contre fort en terme d image dans le cadre de maraîchage en AB et en Agriculture Raisonnée. En cas de technicité insuffisante en AB ou de crainte trop forte de perte de production, le respect des engagements Production Légumière Intégrée (PLI) permet de limiter l impact des intrants (engrais et pesticides chimiques ) sur le milieu... et de protéger surtout la santé du producteur et des consommateurs. Impact sur la ressource en eau Il est incontournable de disposer d eau pour l implantation et le développement des légumes d été. Les légumes d hiver peuvent se cultiver sans eau, sauf peut-être pour la préparation des semis et la levée en fin d été. Impact sur les paysages Impact faible, sauf pour les abris plastiques. Un «jardin» est peu visible dans un paysage à la différence d un verger, sauf en zone de moyenne montagne où il peut contribuer à ouvrir le milieu dans le cadre de réhabilitation de cultures en terrasse. La nécessité de se protéger du vent par des haies et des actes de malveillance (vol, dégradations) par des clôtures renforcent le caractère discret des jardins professionnels (sans oublier les protections contre le gibier - sangliers notamment). Synthèse régionale «Alternatives Agricoles à l arrachage de la vigne» 3
Contraintes agronomiques et techniques Type de sols Eléments favorables : Sol à texture moyenne, ayant une bonne structure, bien drainant et très riche en matière organique (au moins 2 %) Sol profond pour permettre un bon enracinement, limitant ainsi les besoins en irrigation Eléments défavorables : Sol lourd (très argileux), très calcaire et/ou asphyxiant Parcelles très exposées au vent. Cet élément peut être contrôlé par la mise en place de haies brise-vent et de chenilles plastique avec film de couverture avec arceaux Topographie Eléments défavorables : Sol à pente forte (risques de ravinement, lessivage, difficulté de travail du sol et d irrigation). Adaptation au climat Adapté au climat méditerranéen. Implantation de la production L implantation de la production est l aboutissement d un projet qui doit avoir pris en compte : La stratégie commerciale : pour qui je produis? La capacité d investissement : avec quels moyens je produis? Les besoins en trésorerie : comment j investis et me rémunère sur la campagne? La main d œuvre : suis-je assez qualifié? Ai-je besoin d aide et quand? Lorsque le candidat à la diversification sur ce type d atelier aura répondu de façon claire et réfléchie à ces questions, il peut se mettre à produire. Deux «grandes» époques de semis sont à cibler : - Fin d été automne - Fin d hiver printemps Avant les semis, un travail profond (labour) doit être effectué ainsi qu un amendement et une fertilisation organique conséquente, à base de fumier. Le labour sera fait au tracteur ou avec un «gros» motoculteur. La reprise de ce labour s effectue par un «grapinage» pour émietter le sol. Puis vient le temps des semis et des plantations! La 1 ère année, on conseillera de faire un «gros jardin» de 1 000 ou 2 000 m², afin de mettre en place l organisation de ces mises en culture, et notamment la production de plants légumiers qui permet de faire des économies importantes. C est d ailleurs une activité qui peut devenir rapidement commerciale par la vente de plants maraîchers localement, dont les amateurs de jardinage sont assez friands, notamment s ils sont produits en AB (avantage différentiel par rapport aux jardineries). C est par contre aussi une activité assez spéculative liée à des conditions climatiques printanières imprévisibles pouvant faire avancer ou retarder les périodes principales de plantation, ne correspondant plus obligatoirement aux stades de développement des plants poussés sous serre. Enfin, toute implantation doit être réfléchie en fonction des possibilités d irrigation, tant au niveau de la mobilisation et de la quantité de la ressource que de la gestion des tours d arrosage. Exemple pour 1ha de répartition de la surface par culture (cas réel) : - Salades 5 ares, - Pommes de terre 25 ares, - Poivrons 1,5 ares, - Carottes 8 ares, - Aubergines 3 ares, - Betteraves 2,5 ares, - Courgettes 6 ares, - Oignons 7,5 ares, - Tomates 4 ares, - Melons et pastèques 3 ares, - Haricots verts 1,5 ares, - Choux 12 ares, - Petits pois 2,5 ares, - Blettes 1 are, - Fèves 1 are, Synthèse régionale «Alternatives Agricoles à l arrachage de la vigne» 4
- Fenouil 1 are, - Radis 4 ares, - Concombres 2,5 ares, - Epinards 4 ares, - Poireaux 4 ares. Conduite de la production En Agriculture conventionnelle : Fertiliser autour de 50 unités/ha de N, P et K chaque année, avant le semis, en plus d un amendement organique conséquent (selon l historique maraîcher de la parcelle ) Protéger les semis contre les attaques éventuelles des insectes du sol. Attention aux homologations des produits phytosanitaires en vigueur, Poser des pièges (tuiles) contre les escargots et limaces et traiter si présence Echelonner les semis et les plantations, et alterner les types de cultures pour éviter les maladies, Observer régulièrement avant de traiter le feuillage et les légumes contre les insectes (pucerons en particulier) Etre rigoureux sur les délais avant récolte des produits phytosanitaires et toutes les précautions indiquées sur les emballages En agriculture Biologique Fertilisation - Apport de compost Bio (dosant 40 à 50% de matière organique, pour une quantité d environ 30 tonnes/ha), - Apport d engrais organiques ou minéraux simples autorisés en Bio annuellement en adaptant les doses N, P, K, à la parcelle, - Apport de purin par aspersion foliaire (pulvérisateur ou sprinkler). Protection sanitaire Pour les ravageurs, la pratique est de traiter régulièrement avec la roténone pour limiter les attaques, en particulier de teigne sur poireaux et d altise sur radis. Mais attention sur légumes feuilles (salade en particulier) aux résidus. Il est conseillé d augmenter le nombre de jours avant la récolte au-delà du délai légal. Sur chou, traitement contre les chenilles (piérides) au Bacillus Thuringiensis. Sur pomme de terre : fertilisation au tourteau de ricin ou traitement au purin de fougère contre le taupin. Principaux problèmes rencontrés Doryphore / pomme de terre, Doryphore / aubergine Taupins / pomme de terre Rouille / ail Maladies («cul noir») sur les variétés anciennes de tomate Principaux conseils : Taupin / pomme de terre : 2 passages au semis puis à la floraison de 20 l/ha de purin de fougère (dans 200 l de bouillie / ha) Doryphores : NOVODOR FC 3% à 5 litres/ha, (Bacillus Thuringiensis sp Tenebriaris) dès observation des adultes Rouille / ail : un mélange de soufre et de cuivre peut être efficace en protection préventive «Maladies» / tomate : soigner la régularité d arrosage «cul noir» : problème avant tout physiologique Irrigation Les besoins moyens en eau d irrigation par aspersion ou à la raie sont d environ 5 000 m 3 /ha, avec un besoin plus élevé sur les mois de juin, juillet, août et septembre (environ 400 m 3 /semaine). L irrigation à la raie est la plus traditionnelle, mais la mise en place d un système de goutte à goutte permet des économies d eau importantes et des automatismes de fonctionnement programmables. Attention aux procédures de déclaration et autorisation de prélèvements auprès du Service Police des eaux de la Préfecture : Déclaration : Pour les prélèvements en cours d eau d une capacité totale maximale comprise entre 400 et 1 000 m 3 /heure ou entre 2 et 5% du débit du cours d eau. Autorisation au-delà. Synthèse régionale «Alternatives Agricoles à l arrachage de la vigne» 5
Contrainte de main d oeuvre La demande en main d œuvre est le principal facteur limitant. Durant la période pleine production, 2 équivalents plein temps sont nécessaires à minima sur 1 hectare de production. Une personne seule ne peut pas assurer récolte, entretien du jardin et la vente, notamment dans le cadre de circuits courts. Comme pour les petits ateliers fruits, la main d œuvre familiale peut permettre d assurer une rentabilité les premières années. Contrainte foncière Pas de contrainte particulière si ce n est la topographie régulière et l accès à l eau. Une unité d 1 ha, de préférence sur un seul tenant, peut déjà constituer un atelier maraîchage suffisant pour dégager un revenu pour 1 personne. Mécanisation Pas nécessairement spécifique Risque financier et intérêt économique pour l exploitant Résultats économiques et facteurs de risque Prévoir une production diversifiée, adaptée à la demande locale, et monter progressivement en puissance au niveau des surfaces et des quantités produites. Marge brute : Peut être positive dès la 1 ère année, à condition de bien fixer les prix par rapport à la stratégie commerciale. Quelques éléments de prix : Tomate : de 1 à 2 /kg Carottes : de 1,6 à 2 /kg Poireaux : de 1,8 à 2, 5 /kg Salades : de 0,5 à 0,8 /pièce Courgettes: de 1 à 1,5 /kg Pomme de terre : de 1 à 1,5 /kg Exemple d un système AMAP : un équivalent plein temps pourra s occuper de la récolte, de la préparation et de la vente de 40 paniers/ semaine pour un montant unitaire de 15 à 20 TTC. Sensibilité au précédent vigne Risque de fatigue de sol : décompactage et apport de matière organique. Attention aux phytotoxicités. Les principaux risques de ne pas réaliser la marge brute portent sur les intempéries, le débouché commercial, la maîtrise technique en AB. Synthèse Le petit atelier maraîchage nécessite avant tout une bonne stratégie commerciale, de l eau et de la main d œuvre! Besoins de trésorerie 5 000 à 6 000 /ha/an de charges totales, hors foncier (rajouter la location ou l annuité de remboursement d emprunt). Dispositif réglementaire auquel la production est soumise Pas de dispositif réglementaire pour ce type d atelier si ce n est que l évolution de l OCM Fruits et Légumes prévoit que toute culture sera éligible aux Droits à Paiement Unique (DPU) en découplage total à partir de 2011. Les modalités ne sont pour l instant pas connues. Risque financier lié aux investissements Investissements : faibles, hormis le système d irrigation s il n est pas présent. Une petite serre éventuellement pour la production de plants et du matériel de préparation du sol (difficile à concevoir en collectif ). Synthèse régionale «Alternatives Agricoles à l arrachage de la vigne» 6
Personnes ressources Chambres d Agriculture : Christian COSTA - Chambre d Agriculture de l Aude CDA du Narbonnais Maison des Vignerons ZAC Bonne Source 11100 NARBONNE. Christophe BONNEMORT - Chambre d Agriculture de l Aude - ZA de Sautès à Trèbes 11878 CARCASSONNE Cedex 9. Charly FABRE - Chambre d Agriculture de l Hérault - Mas de Saporta - CS 10010-34 875 Lattes Cedex. Jacky RIQUET SUAMME - 15 bis quai du Pouzadou - 11500 QUILLAN Organisations professionnelles et interprofessionnelles : Max HAEFLIGER, Biocivam 11 - ZA de Sautès à Trèbes 11878 CARCASSONNE Cedex 9. Bibliographie Mémento Agreste 2006. Mémento technico-économique des principales productions en Languedoc-Roussillon, références 1998-1999, Centres d Economie Rurale LR, 1999. Références technico-économiques 2006-2007 Chambre d Agriculture du Vaucluse. Revue Réussir Fruits et Légumes. Diagnostics technico-économiques des installations en maraîchage 2004, 2005, 2006, 2007 Chambre d Agriculture de l Aude - Biocivam 11 SUAMME. Comment envisager un atelier de diversification en production végétale Chambre d Agriculture de l Aude - 4 pages - «Chambagri.conseil» - Février 2008. Réseau AMAP (à compléter). Liens Internet : Site FAO : http://faostat.fao.org/desktopdefault.aspx?pageid=567&lang=fr Site Agreste : http://www.agreste.agriculture.gouv.fr Site BRM : http://www.brmfl.com Site http://www.fruits-et-legumes.net Synthèse régionale «Alternatives Agricoles à l arrachage de la vigne» 7