23 Schedae, 2008 Prépublication n 3 Fascicule n 1 Archives Ouvertes : définition et constat français 1 Gabriel Gallezot Urfist, Paca-c Université de Nice Sophia Antipolis gallezot@unice.fr Résumé : Après avoir replacé les Archives Ouvertes dans le mouvement de l Open Access et plus généralement encore, dans le contexte de la communication scientifique, nous revenons sur leur définition et les enjeux associés, en nous interrogeant sur leur mise en œuvre et sur la nature des documents qu elles proposent. Nous observons, notamment, le développement des Archives Ouvertes à travers le cas français en indiquant les acteurs en présence et les différents types d Archives Ouvertes constituées. Ce constat montre l engagement français et le chemin qu il reste à parcourir. En guise de conclusion, nous évoquons quelques points nodaux concernant l évolution des Archives Ouvertes 2. Libre Accès, Archives Ouvertes et revues en ligne Rappelons que ce texte se focalise sur les Archives Ouvertes qui constituent un pan du mouvement du Libre Accès. L accessibilité des documents au protocole OAI-PMH et plus particulièrement les textes scientifiques, concerne aussi les revues. Cette distinction permet de mieux appréhender «la politique unifiée de fourniture de libre accès» : ALA (Archives Libres d Accès) et RLA (Revues Libres d Accès) 3. Le Budapest Open Access Initiative (BOAI) 4 insiste d ailleurs aussi bien sur la constitution d archives ouvertes que sur la création de revues électroniques. Comment faire la distinction entre un article dans une archive ouverte et un article dans une revue en ligne respectant le protocole OAI-PMH 5? Seules les notions d autoarchivage et de pré-publication (pre-print) permettent de les distinguer. 1. La date de rédaction du texte (2005) explique que certains sites, certains projets, sont aujourd hui abandonnés ou recomposés, etc. ce texte se veut donc une présentation dans le contexte de 2005. 2. Ce texte reprend les grands axes développés dans cet article : G. Gallezot, «Les Archives Ouvertes en France», in Les Archives Ouvertes, C. Aubryet J. Janik (dirs), ADBS/CNRS, juin 2005. 3. Déclaration d un Engagement Institutionnel, http://www.ecs.soton.ac.uk/~harnad/temp/declaration. fr. html. 4. http://www.soros.org/openaccess/index.shtml. 5. http://www.openarchives.org/oai/openarchivesprotocol.html, d ailleurs les sites qui recensent/moissonnent ces entrepôts ne font pas la distinction. Gabriel Gallezot «Archives Ouvertes : définition et constat français» Schedae, 2008, prépublication n 3, (fascicule n 1, p. 23-34).
24 L auto-archivage (possibilité donnée à un auteur de déposer ses textes dans une base de documents) et la pré-publication (version non évaluée d un texte) restent une spécificité des Archives Ouvertes par rapport aux revues. Si ces notions (auto-archivage et pré-publication) n ont pas besoin des Archives Ouvertes pour exister, le standard OAI-PMH leur donne une plus grande portée. En effet, depuis l avènement du web, un chercheur peut rendre accessibles ses publications sur son site personnel, ou sur le site de son laboratoire. Elles pourront alors être indexées par des moteurs de recherche spécialisés (google scholar, par exemple) ou généralistes. Néanmoins, ces mêmes publications déposées dans une archive ouverte pourront êtres repérées en tant que texte disponible sur le web (si l archive est crawlée par les moteurs) mais aussi grâce à l utilisation spécifique du protocole OAI-PMH qui fournit aux moissonneurs (OAIster par exemple) les métadonnées descriptives qui vont favoriser la signalisation et la localisation du document. Auto-archivage et pré-publication mettent aussi en exergue un questionnement sur l évaluation scientifique. Quand un chercheur dépose une pré-publication dans une archive ouverte, ses pairs accèdent directement au contenu, évaluent la qualité de ses propos selon leurs propres critères, et peuvent commenter le texte (par peer commentary 6, ou directement par mail auprès de l auteur). Libre au chercheur de corriger son texte en fonction de la pertinence des commentaires. Dans le cas d une revue à comité de lecture, le «libre au chercheur» se transforme en «nécessité de corriger». Ce qui change donc c est le comité de lecture, la notion de gatekeepers 7 revêt là tout son sens. Aujourd hui les chercheurs ont le choix entre rendre public une pré-publication (pre-print) au sein d une large communauté sans le contrôle d un comité de lecture ou perpétuer le schéma traditionnel de la publication scientifique où le contrôle des pairs conduit à une évaluation et une validation du contenu scientifique du document. Les Archives Ouvertes ont développé des outils comme Opcit, Citeseer qui offrent un autre mode d évaluation de la recherche (Opcit 8, Citeseer 9 par exemple 10 ) mais tant que ces outils ne seront pas stabilisés, utilisés et repérés par les instances d évaluation, aucun choix ne peut être réellement fait. Un grand nombre de revues concèdent désormais à l auteur le droit d auto-archiver son article. Le facteur d impact (ou pour de nombreuses disciplines en SHS, «les revues qui comptent», possédant une notoriété dans la discipline) reste encore le critère d évaluation majeur de la qualité scientifique des publications d un chercheur. Il semble que le verrou psychologique de l évaluation, qui maintenait certains acteurs de la recherche française sur leur position, ait changé et que cette possibilité de ne pas choisir entre la publication d un 6. S. Harnad, «The invisible hand of peer review», http://www.nature.com/nature/webmatters/invisible/invisible.html. 7. Les gardiens des portes de la discipline, les sages qui veillent sur le développement de la discipline, ce sont les gardiens du paradigme dominant. Jean-Claude Guédon, In Oldenburg s Long Shadow : Librarians, Research Scientists, Publishers, and the Control of Scientific Publishing, http://www.arl.org/arl/proceedings/138/guedon.html. 8. http://opcit.eprints.org/. 9. http://citeseer.ist.psu.edu/. 10. Si l évaluation des chercheurs se réalise encore d après le rapport citation/lieu de publication (revue de rang n, facteur d impact). Citeseer et OpCite sont des outils et des projets qui permettent de mesurer le nombre de fois où un article, un auteur ont été cités dans la bibliographie d un texte déposé dans une archive ouverte. Il s agit de rendre compte de l importance des travaux d un auteur, non plus à travers des revues dont l ISI (SCI) a déterminé le facteur d impact, mais à travers des articles déposés dans une archive (CiteSeer) ou sur des plateformes respectant le protocole OAI (projet OpCite). Ainsi la revue n est plus le centre du processus d évaluation, elle n est plus l attracteur des «bons» papiers. Chaque article en ligne renferme potentiellement des travaux de grande importance que d autres chercheurs dans d autres textes citeront. Schedae, 2008, prépublication n 3, (fascicule n 1, p. 23-34).
25 article dans une revue et son dépôt dans une archive (pre ou post prints), permette désormais une expansion plus sereine de la libre diffusion des textes scientifiques. Pré-publications (Pre-prints), post-publications (Post-prints), publications électroniques (E-prints) et documents numérisés Une pré-publication (pre-print) est un texte finalisé par son ou ses auteur(s), mais non encore publié (évalué, corrigé ) par un éditeur. La pré-publication (pre-print), sous forme papier, circulait généralement entre pairs et peut être maintenant déposée dans les serveurs d archives ouvertes. Une post-publication (post-print) résulte du processus de publication gérée par les éditeurs, selon le schéma suivant : le chercheur envoie sa pré-publication ; elle est évaluée par un comité scientifique, qui souvent demande des corrections à l auteur; celui-ci renvoie le texte définitif (après quelques allers/retours possibles) ; une mise en page est réalisée par l éditeur, souvent avec l aide de l auteur qui respecte une feuille de style. La diffusion est sous la responsabilité de l éditeur. La publication électronique ou e-print est le terme employé pour indiquer la diffusion électronique d un texte, qu il s agisse d une pré-publication (pre-print) ou d une post-publication (post-print). On peut aussi distinguer la numérisation de documents qui ne se préoccupe pas de savoir si un texte a été évalué ou non, mais rend accessibles électroniquement des textes initialement au format papier (articles de revues, extraits d ouvrages, note d auteur, ) et qui peuvent être déposés sur les serveurs d Archives Ouvertes. Le protocole OAI-PMH et les différents logiciels permettant l archivage de documents rendent techniquement perméable la frontière entre pré-publication et post-publication, revue et archives, non qu il s agisse d un mélange des genres, mais aux yeux de l usager qui recherche l information, le statut de ces items n apparaît plus comme un élément primordial ni comme un élément constitutif. Le contrat de lecture est tout autre, plus complexe et plus simple à la fois. Plus simple car c est bien l accès au contenu qui est essentiel, plus complexe en raison du souci de traçabilité (origine et validité de l information du document). Les interfaces de recherche unifiées brouillent le statut du document mais est-ce vraiment essentiel? Comment se détermine la valeur du document? D après son contenu ou son «étiquette»? Les questions restent identiques : qui publie, qui évalue, qui lit? S entendre sur la définition d une Archive Ouverte Une archive. Pour les archivistes, c est la préservation d un document sur le long terme selon une politique institutionnelle. Dans le contexte de la communication électronique scientifique, cela fait plutôt référence à un réservoir d information, de documents. Ce terme est aussi fortement lié au nom du mouvement «Open Archive Initiative» (OAI, oct 1999 11 ) et donc au respect du protocole OAI-PMH. Ouverte. Même si l accès libre et gratuit semble entendu, il convient de ne pas nécessairement l assimiler à la gratuité d accès. En effet, dans le contexte du mouvement OAI, le 11. http://www.openarchives.org/meetings/santafe1999/sfc_entry.htm. Schedae, 2008, prépublication n 3, (fascicule n 1, p.23-34).
26 terme «Open» concerne en particulier l architecture technique. Il y a sur ce point une forte convergence avec le mouvement «Open sources» 12. Ainsi, nous pourrions définir strictement les Archives Ouvertes comme étant des réservoirs d articles (pré-publication ou post-publication) auto-archivés, en accès libre, sans barrière économique ni juridique 13 et intégrant le protocole d interopérabilité OAI-PMH. Pour bien définir ce qu est l archivage, il ne faut pas se limiter aux termes «articles» et «auto-archivés». En effet, l enjeu annoncé des archives ouvertes : un accès ouvert aux publications scientifiques, un accès simplifié, le partage de connaissances, la recherche croisée (interopérabilité des archives), le développement de services associés, le support de la mémoire scientifique ne restreint pas les documents aux articles et ne réclame pas nécessairement l auto-archivage. En ouvrant ainsi la définition des Archives Ouvertes aux projets de numérisation et aux revues en ligne respectant le protocole OAI-PMH, on revient à la définition du Libre Accès, car l essentiel se trouve dans la «libéralisation» des documents et le fait, pour les métadonnées, d être moissonnables. Typologie des archives Archives institutionnelles, disciplinaires, thématiques et moissonneurs On entend par Archives Institutionnelles, les projets relevant d universités, de grandes écoles, d organismes de recherche, d associations professionnelles. Les archives disciplinaires concernent les réalisations de communautés scientifiques généralement regroupées en domaines de recherche assez larges. Archive thématique est l expression consacrée aux dépôts qui se focalisent sur un sujet ou un type de document singulier. Le Moissonneur s apparente à une méta-archive, une collation de notices au protocole OAI-PMH qui renvoie, pour la consultation du texte intégral, à l archive d origine. Cette typologie se veut indicative, une même interface pouvant mélanger les genres, les types de documents et impliquer différents types d acteurs. Les documents concernés Les articles scientifiques Nous l avons déjà évoqué plus haut, il peut s agir de pre-print, de post-print et plus généralement de publications électroniques (e-print). Et dans le cadre de la définition stricte, il s agit de publications électroniques auto-archivées, déposées par l auteur ou par un tiers à qui l auteur peut avoir délégué le dépôt. Si les archives se sont principalement constituées autour des pre-prints, elles contiennent aujourd hui de plus en plus de post-prints (accord avec les éditeurs, pas de cession de droit signée, corrigenda 14 ). 12. Un logiciel est qualifié de «libre» dans la mesure où l accès à son code-source est libre, ce qui donc n a rien à voir avec son prix, cf. distribution linux ou l exemple de Repec qui mixte Archive Ouverte de preprint, revue en libre accès et revue payantes. 13. Les contrats avec les éditeurs : droit d auteur, copyright ou autorisation postérieurs permettent ou ne permettent pas le dépôt d un texte par l auteur dans une archive ouverte. 14. Voir à ce sujet : RoMEO, http://www.lboro.ac.uk/departments/ls/disresearch/romeo/; SHERPA : http://www. sherpa.ac.uk/romeo.php?all=yes et la «stratégie» Harnad/Oppenhein sur le contournement du copyright : http://www.ecs.soton.ac.uk/~harnad/tp/2-resolving-the-anomaly/sld007.htm et http://www.ecs.soton.ac. uk/~harnad/tp/resolution. htm#harnad/oppenheim. Schedae, 2008, prépublication n 3, (fascicule n 1, p. 23-34).
27 Documents numérisés Qu il s agisse de Gallica 15, Numdam 16, ou Persée 17, ces projets ont en commun la numérisation de documents. Ces projets visent à rendre public sous forme électronique des documents existants sous une forme papier, difficilement consultable (accès et fragilité). La «notice OAI» contenant les métadonnées (schématiquement une indexation avec les descripteurs Dublin Core) associée au document numérisé, permet une plus grande visibilité de ces archives de documents numérisés qui pour certains préexistaient avant l apparition du protocole OAI-PMH. Les thèses et HDR 18 Ce type de documents constitue un apport important pour les archives ouvertes. Comme les articles scientifiques, les thèses présentent des résultats récents, mais pas (totalement 19 ) publiés. Ces thèses ou HDR, issues du travail d universitaires et de chercheurs appartenant à un laboratoire ou une université, sont généralement stockées en bibliothèque, microfichées. Leur diffusion reste très faible. Aussi leur publication en ligne au sein d archives ouvertes permet non seulement une plus large diffusion des résultats scientifiques de l auteur, mais valorise aussi les laboratoires et les universités dont elles proviennent. Rapports et études Ce type de documents n est pas actuellement très répandu sur les serveurs d Archives ouvertes, peut-être parce que plus volatile et très marqué par le temps. Cependant nous pouvons considérer qu il relève préférentiellement d archives internes 20. Cours Malgré quelques expériences d Archives Ouvertes destinées à des cours, ce type de document n est pas diffusé sous cette forme. La diffusion est plus confidentielle 21, sous forme de synopsis (PPT) ou contextualisée sur une plate-forme pédagogique. Adjuvants à la recherche À l instar des banques de données génomiques, les archives pourraient être des lieux où des compléments d informations seraient ajoutés au document maître 22. Un schéma en couleur, une grille d entretien, une photo de réaction chimique, une illustration animée, des enquêtes, un carnet de laboratoire, des listings statistiques, bref toutes sortes de résultats qu il est difficile de publier sur papier, car trop volumineux ou trop coûteux à reproduire, sont faciles à mettre en ligne. 15. http://gallica.bnf.fr/. 16. http://www.numdam.org/. 17. http://www.persee.fr/. 18. Habilitation à Diriger des Recherches. 19. Selon l usage des communautés scientifiques : une thèse peut être constituée de 3 articles, déjà publiés dans des revues, auxquels on ajoute une introduction, une conclusion et une discussion (STM). Ce peut être aussi l inverse : la thèse est «saucissonnée» en 3 parties pour faire l objet de 3 publications (SHS). Ou encore, notamment pour les HDR, le document fait l objet (après travail éditorial) d une publication d ouvrage. 20. Des Archives Ouvertes dédiées à des centres de recherche, des unités de recherche, des communautés restreintes 21. Sans évoquer la réticence de certains enseignants à produire un support de cours. 22. Voir principe de «double publication» séquence génomique et article scientifique : G. Gallezot, «La recherche in silico», in Les chercheurs et la documentation électronique : nouveaux services, nouveaux usages, G. Chartron (dir.), Édition du cercle de la Librairie (Coll. Bibliothèque), juillet 2002. Schedae, 2008, prépublication n 3, (fascicule n 1, p.23-34).
28 Ouvrages Les ouvrages ne sont normalement pas concernés par les Archives ouvertes, néanmoins, un projet de numérisation comme Gallica propose des monographies qui seront accessibles sur un serveur OAI. Les nouveaux projets de numérisation de documents reformuleront certainement l orientation concernant ce type de document. Le projet «Ocean» de Google, la «réponse» française autour de Gallica, ou encore le projet d Internet Archive de Brewster Kahle (numérisation de plus d un million de livres provenant d une douzaine de bibliothèques dans 5 pays 23 ), s ils ne respectent pas nécessairement le protocole OAI-PMH, permettront néanmoins l accessibilité aux documents (avec certaines limites selon les projets). Documents de tout format (vidéo, audio ) Nous avons surtout insisté sur le texte et particulièrement sur les articles scientifiques, mais d autres types de documents peuvent être archivés. Des archives ouvertes qui ont trait aux langues proposent des séquences sonores, d autre proposent des séquences vidéo 24 Notices bibliographiques Si l intégration dans les archives de ce dernier type de documents semble évidente puisque le principe du protocole OAI-PMH est d associer une notice descriptive au document archivé la notice seule ne devrait pas être identifiée comme document. Plusieurs situations sont à observer. Un certain nombre d archives ouvertes proposent uniquement la notice bibliographique comme métadonnées : soit parce que le document n est pas encore disponible : pas encore numérisé ou temps de latence demandé par un éditeur pour l auto-archivage ou absence d accord des ayants droit ; soit parce qu il ne le sera jamais. Cette opération permet toutefois, de constituer une base bibliographique autour d un laboratoire, d une thématique, d une communauté, d une institution, d une production nationale 25 Même si ce n est pas l objectif des Archives Ouvertes de stocker des notices bibliographiques, cela permet à des documents peu ou pas référencés dans des banques bibliographiques d être signalés et retrouvés. La réception du mouvement du libre accès en france Émergence des pionniers français S il est difficile de faire un constat mesuré avec aussi peu de recul, nous pouvons témoigner de l évolution de l accueil dans le contexte français, selon la méthode de l observation participante (contribution à l élaboration d Archives Ouvertes 26 ). 23. P. Suber, Le gigantesque projet de bibliothèque de Google, (Trad. M. Delhaye), SPARC Open Access Newsletter, issue 81, January 2, 2005, disponible à: http://www.earlham.edu/~peters/fos/newsletter/01-02-05.htm#google dans la revue de Biblioacid n 2 février, 2005, http://biblioacid.typepad.com/ba/pdf/bav2n1.pdf. 24. Les Archives ouvertes peuvent rendre disponible toutes sortes de documents. Seules des limites de stockage et de transmission des données sont peut-être à observer, ainsi que la disponibilité des lecteurs de média nécessaires pour pouvoir lire les documents. 25. Projet de portail SUDOC. 26. @rchivesic : http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/et memsic : http://memsic.ccsd.cnrs.fr/et moissonneur OASIC : http://oasic.ccsd.cnrs.fr/. Schedae, 2008, prépublication n 3, (fascicule n 1, p. 23-34).
29 On peut dater la possible réception du mouvement des Archives ouvertes avec le Budapest Open Access Initiative (BOAI, 2002), laissant ainsi le temps aux discours et aux avancées technologiques (le protocole OAI-PMH de la conférence de Santa-Fe 1999 et le lancement du premier logiciel dédié aux archives ouvertes E-prints 2000-01) de se répandre dans la communauté scientifique pour faire émerger des réflexions et des projets. Les pionniers acteurs de cette phase ont sollicité ou non leurs institutions de rattachement. L apparition officielle des préoccupations françaises sur ce sujet se manifeste par la conférence Rencontre, débat : publication électronique des résultats de la recherche en mars 2000. Cette journée, regroupant à la fois des scientifiques et des professionnels de l information et de l édition, a eu pour but de faire le point sur le sujet et de lancer un débat sur l avenir de la communication scientifique 27. Elle regroupait déjà un grand nombre d acteurs intéressés par les publications scientifiques en libre accès. Avec la diffusion du logiciel E-prints, l université Lyon 2, la Cellule MathDoc et le Centre pour la Communication Scientifique Directe (CCSD) sont les premiers acteurs français qui créent des archives ouvertes (dont deux archives de thèses Cyberthèse et Thèses-En-Ligne). Puis d autres projets voient le jour : l université de Lyon 2 s associe à d autres universités pour étendre Cyberthèse et développer Cyberdoc ; la cellule Mathdoc lance le projet Numdam ; le CSSD élabore : avec l institut Jean Nicod, Article En Ligne ; avec des chercheurs des Science de l Information et de Communication, @rchivesic ; en relation avec Paul Ginsparg une plate-forme «d entrée» française (et à terme européenne) pour ArXiv (HAL). le département de physiologie animale de l Inra de Tours réalise Animal Physiology and Livestock Systems Archive. Ces premières expérimentations, accompagnées par le BOAI, trouvent un certain écho dans l Hexagone, d autres archives se développent et le protocole OAI-PMH se propage à des archives d information déjà constituées ou encore à des revues en ligne 28. Le nombre d acteurs français augmente et les projets se multiplient. Constat sur les archives ouvertes en France Le premier constat à réaliser est celui d une dispersion et d une relation entre les acteurs difficile à cerner. Rien ne fédère les acteurs français du Libre Accès, ni site, ni blog, ni groupe constitué, ni institution. Il n existe aucun moyen pour repérer, de manière quasi exhaustive, les acteurs du domaine et leurs projets. Les seuls sites français d information sur la communauté du Libre Accès sont : le site réalisé par Helène Bosc 29 (INRA), celui de l INIST 30 et quelques blogs (Biblioacid, Figoblog, Urfistinfo ) 31. Ces sites informent principalement sur le mouvement du Libre Accès dans 27. INRA/INSERM, Rencontre, débat : publication électronique des résultats de la recherche, 29 mars 2000, Paris, carré des sciences, http://www.inra.fr/internet/directions/dic/actualites/pubelectro2903/pubel2903c.htm. 28. Par exemple : Revel@nice, Revues. org. 29. http://www.tours.inra.fr/prc/internet/documentation/communication_scientifique/comsci. htm. 30. http://www.inist.fr/openaccess/. 31. http://biblioacid.typepad.com/, http://figoblog.ouvaton.org/, http://www.urfist.info/. Schedae, 2008, prépublication n 3, (fascicule n 1, p.23-34).
30 son ensemble et non spécifiquement sur les expériences françaises. Seules des relations directes entre les acteurs et des séminaires comme celui de la Semaine numérique du document (SDN) à la Rochelle en juin 2004 32 permettent de faire le point sur les expériences en cours, les points de vues, etc. Comment appréhender les expériences majeures relatives aux Archives Ouvertes en France? Pour ce faire nous avons recensé au travers de sites «référenceurs» les archives ouvertes déclarées accessibles sur le web. En croisant différentes sources, 33 notamment archives. eprints. org (section France) 34 et OAIster, 35 nous avons recensé 31 sites 36 qui fonctionnent (liens valides) 37. On remarquera l évolution quantitative de la liste dans un premier recensement réalisé en décembre 2004 38 qui dénombrait 19 sources OAI. Toutefois, parmi ces 31 ressources au format OAI, nous retrouvons les distinctions évoquées plus haut entre ALA et RLA, et aussi tous les types de document (des notices bibliographiques, des pré-publications, des post-publications, des thèses, des HDR, des mémoires, des bandes sonores, des actes de colloques, des textes numérisés, des cours, ). Dix archives sont supportées par le CCSD. Le nombre de documents contenus dans chaque source varie de 5 à plus de 28 000 enregistrements. Un récent constat international 39 indique que 27 % de nos universités possèdent une Archive institutionnelle et que la totalité des Archives sont constituées à 80 % par des articles et 20 % par des thèses. En fait l appendice de cet article montre que le questionnaire est difficilement applicable aux différentes structures institutionnelles des pays interrogés et qu une analyse plus qualitative aurait pu mettre en évidence que 9 «structures d enseignements» (Universités, MSH et Grandes écoles) possèdent une archive ouverte propre. Articles et thèses sont disponibles dans les archives françaises mais aussi des données primaires, des cours, des notices, etc. On pourrait aussi observer les collections automatiques sous HAL par universités, grandes écoles et institutions. En fait, on peut distinguer 3 types de projets : soutenus par une institution, par une communauté scientifique et par un laboratoire. On peut aussi observer les projets qui ont une vocation de service pour différents types d archives (cf. typologie des acteurs et typologie des archives). À cet égard, le CCSD 40, émanation du CNRS récemment associé à l INRIA, tient une place particulière de part le nombre d archives qu il héberge, le nombre de documents scientifiques qu il stocke et les services qu il propose. 32. http://sdn2004.univ-lr.fr/. 33. D autres points d entrée sont possibles ARC, ERROL mais fournissent les mêmes listes. 34. http://archives.eprints.org/eprints.php?action=home & country = fr, 24 recensées en septembre. 35. http://oaister.umdl.umich.edu/o/oaister/. 36. Septembre 2005. 37. Sont absentes de cette liste les sources OAI qui n ont pas été référencées par les différentes sources. Il en existe certainement, puisque le projet Revel@nice de mon Université n apparaît pas. Cela concerne des archives en cours de création ou nouvellement créées, pas déclarées par leur auteur, des archives internes, de démonstrations 38. G. Gallezot, «Les Archives Ouvertes en France», in Les Archives Ouvertes, C. Aubry et J. Janik (dirs), ADBS/CNRS, juin 2005. 39. G. van Westrienen, Clifford A. Lynch, «Academic Institutional Repositories, Deployment Status in 13 Nations as of Mid 2005», D-Lib Magazine, vol. 11, n 9, September 2005, http://www.dlib.org/dlib/ september05/westrienen/09westrienen.html. 40. http://www.ccsd.cnrs.fr/. Schedae, 2008, prépublication n 3, (fascicule n 1, p. 23-34).
31 Typologie des acteurs Les communautés scientifiques (chercheurs) La publication des résultats de la recherche est un point nodal de l activité du chercheur. Ses compétences sont évaluées par les textes qu il publie et plus précisément par la visibilité de ses travaux, par le nombre de citations faites par ses pairs dans leurs propres publications. Ainsi le chercheur en publiant ses travaux dans des archives ouvertes optimise la potentialité d être cité. Chaque communauté scientifique présente des usages singuliers face à l auto-archivage. Ces usages varient selon les disciplines, selon la place des revues par rapport aux livres (distinction à observer entre SHS et STM 41, par exemple), la taille de la communauté, la position des gatekeepers, des types d archives ouvertes proposées (cf. ci-dessus), l éventuel accord des éditeurs du domaine bref, de l histoire constituée de la communauté scientifique et de la prise de position des institutions qui l entourent. Les bibliothèques (bibliothécaires/documentalistes) Le mouvement des Archives Ouvertes doit aussi beaucoup aux bibliothèques, notamment aux bibliothécaires et documentalistes américains qui se sont très tôt élevés contre l impossibilité de fournir à leurs usagers tous les documents qu ils cherchaient. Afin de rationaliser les abonnements aux revues dont le coût ne cesse de croître 42, les bibliothèques ont l obligation d opérer des choix de bouquets de revues en ligne. Ces derniers ne contentent pas toutes les communautés scientifiques présentes sur les campus. En France, les acteurs de la documentation participent ou initient aussi des projets 43. Les institutions (la notion de service public) Comme nous l avons déjà indiqué, si un certain nombre d institutions sont signataires des différentes déclarations relatives au Libre Accès, l engagement et les réalisations sont encore en deçà du potentiel français. Pourtant les institutions financées par l État ne devraient avoir aucun mal à exprimer une position ; la notion de service public, voire de citoyenneté, devrait primer ainsi que le retour au public d un financement public. Néanmoins, la récente prise de position du CNRS en faveur d une nouvelle politique de l IST, les projets lancés dans le domaine des SHS (CENS 44, HAL-SHS 45 ), les services offerts par l INIST et le CCSD, ainsi que les différentes annonces de la CPU sont les signes avant coureurs d une modification du paysage de l édition scientifique française en sciences humaines et sociales et plus généralement d une prise de position sur l Open Access. Les entreprises (éditeurs) La fusion des groupes d édition et l Internet ont mis en exergue un modèle économique qui ne semble pas pouvoir perdurer. En effet, l édition scientifique est passée des sociétés savantes à l oligopole des agrégateurs de contenus. Cette situation, tenable sur support papier, ne l est plus avec les moyens de diffusion offerts par Internet. Les chercheurs souhaitent pouvoir obtenir tous les contenus scientifiques dont ils ont besoin pour leur activité et mais aussi, que leurs articles soient visibles le plus rapidement possible. La diffusion directe 41. Sciences Humaines et Sociales (SHS) et Sciences, Techniques et Médecine (STM). 42. Source ARL : http://www.arl.org/stats/arlstat/graphs/2003/monser03.pdf. 43. On notera : Couperin qui mutualise les achats de bouquets pour les Universités et les EPST. Persée, un portail de revues en SHS numérisée, Sparte, un projet d archivage de thèse, STAR, une plateforme de recensement de thèses archivées, le portail SUDOC se propose finalement d être un moissonneur national 44. http://www.cens-cnrs.fr/. 45. http://halshs.ccsd.cnrs.fr/. Schedae, 2008, prépublication n 3, (fascicule n 1, p.23-34).
32 des résultats scientifiques semble être efficiente. L industrie de l édition scientifique se réorganise autour de modèles économiques différents (auteur/payeur, par exemple) avec des services ajoutés et influencent encore l évaluation de la production scientifique. Le politique (une politique de l IST) Si, en Grande Bretagne, le rapport du Welcome Trust 46 a incité le Parlement à mener une étude sur le Libre Accès, qui a fait l objet de recommandations par le House of Commons Select Committee on Science and Technology 47, celles-ci n ont pas été suivies par le gouvernement mais la question a été posée et des positions exprimées 48. En France, nous avons bénéficié d une politique de l IST dans les années 70 qui concernait la constitution et l interrogation des bases de données. Face à ce renouveau de l accès au contenu scientifique, un élan et une impulsion politique forte seraient souhaitables. Des avancées ont lieu : avec l expression et les projets en faveur du Libre Accès de la part d organismes de recherche scientifique et de la Direction de l Enseignement Supérieur 49 vus plus haut, on notera aussi une déclaration de janvier 2004 où les ministères de la recherche de 34 pays, dont la France, ont affirmé que le Libre Accès «contribue de façon décisive aux progrès de la recherche scientifique et à l innovation». Ces avancées constituent un substrat favorable à l émergence d une politique nationale confirmée par les déclarations des EPST françaises suite à la conférence de Southampton (28/02-01/03/2005). Conclusion Comme l indique J.-M. Salaün 50, l argument de l accès à l Information Scientifique et Technique des années 60 à 70 est reformulé de façon similaire pour les banques de données génomiques, puis de manière générale pour le Libre Accès, avec toutefois un changement de paradigme : de l accès à la signalisation du document (la référence bibliographique) au document lui-même, et plus profondément du document (objet) à son contenu (information). Ce changement a été possible grâce à une prise de conscience des chercheurs et des responsables de bibliothèques devant les difficultés d accès aux textes scientifiques. Des propositions concrètes pour auto-archiver des documents ont permis de contourner ces problèmes. Si la France n est pas en reste, avec un nombre de projets non négligeable et quelques institutions importantes qui indiquent leur adhésion au Libre Accès, il semble néanmoins qu une impulsion politique forte en faveur de ce mouvement contribuerait de façon décisive, non seulement aux progrès de la recherche scientifique et à l innovation, mais participerait aussi plus largement aux ENT 51 en projet dans nos universités. Le récent rapport de l OCDE (22 sept 2005) souligne que les pays de l OCDE ont investi 638 millions de dollars en R & D en 2001 [ ]. L édition scientifique est centrale aux problématiques d efficience de la recherche, de dissémination de ses résultats et dans la diffusion des connaissances scientifiques et techniques. [ ] Les financements publics [ ] en R & D sont très importants et les activités qui y sont liées génèrent des données factuelles, 46. http://www.inist.fr/wellcome/. 47. http://www.publications.parliament.uk/pa/cm200304/cmselect/cmsctech/399/399.pdf. 48. http://www.publications.parliament.uk/pa/cm200304/cmselect/cmsctech/1200/1200.pdf. 49. Cf projets cités plus haut. 50. J.-M. Salaün, «Bibliothèques et services de documentation dans le mouvement du Libre Accès aux ressources scientifiques», in Les Archives Ouvertes, C. Aubry et J. Janik (dirs), ADBS/CNRS, juin 2005. 51. Espace ou environnement numérique de travail. Schedae, 2008, prépublication n 3, (fascicule n 1, p. 23-34).
33 des bases de données, des publications. L accès à l ensemble des résultats de cette recherche financée sur fonds public est une question cruciale et il existe un potentiel considérable pour que les gouvernements jouent un rôle de pointe en permettant la diffusion numérique et un accès élargi à l information scientifique et technique produite sur fonds publics. Le principe est de permettre un accès le plus large possible aux résultats de la recherche financée sur fonds publics de façon à maximiser le retour sur investissement pour la société tout entière des financements publics de la recherche 52. L Open Access n est plus diabolisé comme à ses débuts, il est partie intégrante d un projet de société. Il n y a plus le Big Deal d un coté et l Open Access de l autre, mais une nécessaire imbrication des deux et nos institutions «d enseignement-recherche» ont un rôle déterminant à jouer. 52. La Dépêche du GFII (657) (Open Access, OCDE). Schedae, 2008, prépublication n 3, (fascicule n 1, p.23-34).
II