Les sciences biomédicales



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Les sciences biomédicales Les diplômés en sciences biomédicales : Où travaillent-ils? Que font-ils? Compte-rendu de la séance d information Du 19 mars 2009 Auditoire central B 51, avenue Mounier 1200 Bruxelles INTRODUCTION Par J. N. Octave, président de l école des Sciences biomédicales L école des sciences biomédicales est indiscutablement la plus jeune école du secteur des sciences de la santé. Lorsqu un étudiant choisit la médecine, la pharmacie, la dentisterie, il a déjà une idée assez précise de la profession qu il exercera. Ce n est pas le cas lorsque l on choisit les sciences biomédicales, cela reste un grand point d interrogation. Pourtant, les débouchés sont très diversifiés et la demande d emploi est bien présente. Dans la section des sciences biomédicales, il y a plusieurs orientations, devenues finalités depuis le système de Bologne : - Une finalité approfondie (qui correspond aux sciences biomédicales expérimentales, les anciennes SBEX) - Une finalité en nutrition (NUT) - Une finalité en toxicologie (TOX) - Une finalité en sciences biomédicales cliniques (SBIC) 1

ORIENTATION CLINIQUE Mélanie Steffens, clinical trial data manager dans un data centre à Bruxelles Après sa licence en sciences biomédicales cliniques, Mélanie a prolongé ses études d un «DES» (diplôme d études spécialisées) en Recherche clinique qu elle a terminé en 2008. Directement après la fin de ses études, elle a été engagée comme Clinical Trial Data Manager dans un data centre à Bruxelles dont l objectif est une étude clinique de phase III mondiale sur les recherches du cancer du sein. Quelles sont les tâches d un «clinical trial data manager»? - Le «cleaning» des données du CRF (cahier d observation) afin de vérifier la consistance des données, le protocole, les dates, de chaque centre est une de ses tâches primordiales. - Elle est responsable du «coding», c est-à-dire la standardisation des «adverse event» et des «preexistent disease» permettant l analyse des données. - Elle constitue la personne de contact pour les CRA allemands (organisation de téléconférences, écriture de «minutes») pour assurer la bonne communication entre les data managers, les médecins et les moniteurs. - Elle participe à la rédaction et à la révision de «guidelines». - Elle réalise quelques statistiques sur les données internes du centre, qui peuvent être présentées sous forme de posters comme support de démonstration pour les congrès, Le travail est très diversifié. Quelles compétences lui a permis de trouver un emploi? - Le background médical acquis lors des études est une source importante. - L implication dans une étude clinique lors de la réalisation de ses deux mémoires lui est utile quotidiennement. Lors du mémoire, l étudiant réalise tout de A à Z (création de la base de données, consultation des patients, analyse des résultats, ). Ce n est plus le cas lors d une grande étude de phase III, mais cela permet de comprendre chaque étape, ce qui revêt une importance capitale pour la suite, - Lors de ses études, Mélanie a suivi des cours supplémentaires en statistiques, qui lui permettent maintenant de faire de petites statistiques à l intérieur du centre. - La connaissance des langues est très importante, l anglais surtout, l allemand, sa langue maternelle, également. En quoi la formation de base lui a-t-elle été utile? Y a-t-il eu des manques? - Les cours de biochimie, pharmacologie, génétique et clinique lui ont permis de rentrer dans le but de l étude clinique. Le background médical lui a permis d aller plus loin que simplement contrôler la consistance des données notées sur le CRF. Ses connaissances médicales lui permettent de comprendre l histoire des patientes et d éviter de voir son travail comme une routine journalière. - Sa formation de base a facilité sa familiarisation avec le travail, à se poser des questions, à l envie d en connaître plus. - Même si elle ne fait pas tout ce qu elle a appris lors de sa licence, ses connaissances lui permettent de comprendre les différentes démarches des personnes avec qui elle travaille. Pour travailler dans ce secteur d activités, quelles sont les compétences à avoir et à développer? - La connaissance des langues est indispensable. - Savoir travailler en équipe est très important : on ne peut travailler seul, on a besoin des autres, il faut travailler ensemble et discuter. - Savoir être autonome également, on a beaucoup de responsabilités. - Savoir que l on n est pas médecin malgré les cours que l on a suivis, consulter leur avis avant de prendre des décisions. - Les facilités de communication rendent le travail plus agréable. - Il ne faut pas considérer les CRF comme des feuilles, mais comme une histoire. 2

Pauline Nguyen, global study manager chez GlaxoSmithKline Biologicals, à Rixensart Pauline a fait la licence en sciences biomédicales cliniques qu elle a terminée en 2001. Elle a ensuite commencé à travailler dans un centre de recherche et de traitement contre le cancer qui se situe sur le site universitaire de Woluwé et où elle est restée deux ans. Elle a alors souhaité ajouter une corde à son arc et a ainsi complété sa formation par un doctorat. Elle a ensuite été engagée chez GlaxoSmithKline Biologicals il y a un an et demi où elle exerce la profession de «global study manager», c est-à-dire coordinateur d études cliniques. Qu est-ce que la recherche clinique? Un essai clinique est le processus de développement d un médicament, de sa découverte à sa mise sur le marché. Il est d abord découvert en laboratoire, il sera testé sur l animal puis sur l homme. Cette phase de test comporte quatre grandes phases : - La «phase I» va s intéresser à l aspect toxique chez l humain - La «phase II» va concerner l efficacité du médicament chez l humain - La «phase III» va s adresser à de plus grandes populations car le nouveau médicament sera comparé avec un médicament de références s il en existe un, avec un placebo s il n en existe pas. - La «phase IV» s occupera des études de marketing. Au quotidien, comment travaille-t-on chez GSK? GlaxoSmithKline est divisé en deux parties bien distinctes : la partie pharmaceutique qui produit les médicaments et la partie biologique qui s occupe des vaccins et de leurs productions. Le site de production de GSK se situe essentiellement à Rixensart, mais il y a des collaborateurs un peu partout dans le monde, avec qui GSK Belgique travaille étroitement pour la mise en place d une étude clinique. Ce sont ces collaborateurs qui sont responsables de l implantation de l étude dans les sites hospitaliers du pays intéressé. Quel est le rôle d un «global study manager»? Le «global study manager» a un rôle de coordination, il doit s assurer que les études se font dans les conditions requises en fonction du protocole qui a été mis en place. Il y a donc des collaborations étroites avec les GSK locaux, mais également avec le niveau central, en Belgique. Il travaille avec les personnes qui vont produire le vaccin, avec les départements des affaires réglementaires, les médecins, les leaders de l étude, les statisticiens. GSK Belgique est vraiment le centre de l implémentation clinique. L autre pendant du rôle d un «global study manager» est un rôle de gardien qui doit s assurer que tout le monde travaille en adéquation avec les «good clinical practices» mis en place pour protéger les patients rentrant dans une étude clinique. Au quotidien, un «global study manager» va gérer tous les types d études de la «phase I» à la «phase IV». Il est la référence pour tous les aspects opérationnels de l étude, il analyse et évalue la faisabilité et les conséquences de chaque procédure. Il travaille avec une équipe pluridisciplinaire et doit, pour assurer une bonne communication, proposer et organiser des réunions pour tous les CRA. Le CRA est une personne qui va aller vérifier sur le site même si les données sont adéquates, fiables et non inventées ou détournées par les investigateurs. Le «global study manager» est donc responsable de former les CRA en début d étude pour qu ils puissent avoir le bagage nécessaire pour qu à leur tour ils parviennent à implémenter l étude en réalité, sur site. Quels sont les avantages de travailler dans une telle entreprise? Tout d abord, la dimension internationale est vraiment enrichissante, c est très gai de travailler avec des collaborateurs de culture différente. Cela demande beaucoup de responsabilités, chacun y travaille de façon autonome. Le fait de travailler dans une entreprise pharmaceutique inclut qu il y a des enjeux financiers, et donc beaucoup plus de pression que dans un «data centre» usuel. Néanmoins, le stress n est pas insurmontable, les horaires sont souples, on ne fait pas énormément d heures supplémentaires. Les contrats sont généralement à durée indéterminée avec une période 3

d essai d un an. Il faut savoir que GSK Biologicals continue à rechercher des collaborateurs malgré la crise. Il y a également de nombreux avantages extra-légaux. Pour travailler dans ce secteur d activités, quelles sont les compétences à avoir et à développer? - La connaissance de l anglais est primordiale. GSK travaille avec des pays à l échelle mondiale, l anglais des Asiatiques ou des Africains ne sera pas le même que celui des Américains, mais l important est de pouvoir se faire comprendre. C est un langage basique, mais il est indispensable de connaître l anglais. - Dans ce type de travail, nous sommes amenés à faire beaucoup de choses, il est impératif de pouvoir mettre des priorités à notre travail. - Comme c est un travail d équipe, il y a énormément d intervenants, il faut avoir le sens de la communication, être bon joueur, avoir l esprit d équipe. - Il faut également avoir une certaine flexibilité : les projets changent, les équipes changent et en fonction des besoins, on peut être réorienté soit dans une autre équipe, soit sur un autre projet. Cela ne se fait pas du jour au lendemain sans être consulté, mais il faut savoir que c est possible. Quels sont les messages importants que j aimerais faire passer pour la recherche d emploi? - La première chose est d être attentif à tout ce qui se passe autour de soi, les affiches dans le métro, une conversation, internet ou d autres sources. Restez attentif à tout, il y a parfois des surprises, les choses se passent de façon inattendue. - Le second message est que le monde de l entreprise pharmaceutique est un petit monde. Les gens vont et viennent, on retrouve parfois d anciens collègues. Entretenez donc de bonnes relations car on ne sait ce qui peut se passer et ça ne peut être que bénéfique par la suite. - Lors des interviews, la question : «citez trois qualités et trois défauts» revient systématiquement. N oubliez pas l intégrité, c est une valeur fondamentale pour tout chercheur. - Pour les aspects pratiques, faire son cv, se préparer à une interview, faire sa lettre de motivation, les sites de références (hotjob, reference, stepstone, ) sont extrêmement utiles. Il existe d autres sources : consulter les ouvrages de références, aller voir la cellule emploi de l UCL, Quelles sont les difficultés rencontrées lors de la recherche d un emploi? Une des difficultés à laquelle on peut être confronté lors de la recherche d un emploi est de connaître le salaire auquel on peut prétendre. C est souvent un sujet tabou, il ne s agit pas d être trop gourmand. Questions personnelles Son emploi est-il accessible tant aux licenciés avec que sans expérience? Dans le monde pharmaceutique, d une manière générale, une certaine expérience est demandée avant l engagement. Mais il faut savoir qu il y a des périodes où ils sont en manque de personnel, et où l on va quand même engager quelqu un sans expérience. Il faut de toute façon essayer. Par rapport au doctorat, celui-ci lui a apporté beaucoup d atouts pour son métier actuel, mais il n est pas indispensable pour être engagé dans ce domaine-là. La différence se situe peut-être dans les possibilités de carrière, la rapidité d évolution ainsi que dans le salaire. Qu en est-il du travail à l étranger, a-t-on l occasion de voyager? Elle travaille principalement dans un bureau, mais, en chaque début d études, et elles sont nombreuses, on peut être amené à former des CRA qui peuvent venir de partout dans le monde. On peut être amené à voyager pour donner ces formations, ça se passe une à deux fois par an, maximum. Rien n empêche le candidat d en discuter au début, lors de son interview s il souhaite beaucoup voyager. A-t-elle appris l anglais lors de ses différentes formations ou en dehors? Pauline a pris des cours de langue supplémentaires. Les cours dispensés à l université peuvent être suffisants, mais c est à chacun à se sentir à l aise par rapport à son vécu. 4

ORIENTATION TOXICOLOGIE Vincent Di Fazio, superviseur technique dans le Laboratoire de toxicologie clinique et médico-légale des Cliniques Universitaires Saint-Luc Vincent est licencié en sciences biomédicales, orientation toxicologie depuis 2005. Il a d abord une formation de gradué en biologie médicale effectuée à l Institut Paul Lambin et terminée en 1998. Il a commencé à travailler dans le Laboratoire de toxicologie clinique et médico-légale des Cliniques Universitaires Saint-Luc, dans un premier temps comme technicien de laboratoire en toxicologie clinique, ensuite, en tant que superviseur technique dans ce même laboratoire. Sa motivation principale pour avoir effectué la licence était que depuis 2000, il commençait à s investir de plus en plus dans la toxicologie médico-légale et à ressentir un manque de certaines connaissances théoriques. Quel est le secteur d activités? Le laboratoire de toxicologie se subdivise en deux parties : la toxicologie clinique et la toxicologie médico-légale. La toxicologie clinique C est un laboratoire qui fonctionne 24h/24, 7j/7, en communication avec les urgences de l hôpital. Son rôle est de fournir dans les plus brefs délais les analyses toxicologiques, en général la recherche des dosages, des alcools, des médicaments, des stupéfiants afin d aider le clinicien dans son diagnostic et dans la prise en charge du patient admis aux urgences. La fonction que Vincent y occupe est principalement une supervision technique des appareils que l on utilise en routine clinique (techniques chromatographiques pointues : chromatographes, HPLC, GC, ), ainsi que la supervision des résultats des analyses de confirmation obtenues. La toxicologie médico-légale C est la fonction principale de Vincent. Le rôle de cette activité médico-légale consiste à réaliser les expertises toxicologiques requises par les juges d instruction. Dans ce genre de travail, une collaboration importante est établie entre les toxicologues, le milieu judiciaire et les médecins légistes. Dans ce laboratoire, on est amené à pouvoir développer de nouvelles méthodes analytiques puisque l on travaille en général sur des matrices biologiques non-conventionnelles comme l analyse des cheveux et, plus récemment, de la salive. La fonction de Vincent est la prise en charge des analyses médico-légales, ainsi que la rédaction des rapports d expertise et éventuellement le devoir de défendre dans le futur ces rapports devant le tribunal. L encadrement scientifique C est une autre activité qui a lieu au Laboratoire de toxicologie clinique et médico-légale des Cliniques universitaires Saint-Luc. Il s agit de participer à des projets de recherche, d encadrer des mémorants en science biomédicale, orientation toxicologie, mais également des travaux qui sont réalisés par des pharmaciens candidats spécialistes en biologie clinique, des mémorants ingénieurs chimistes, ainsi que d aider les doctorants dans des mises au point analytiques qu ils ont à faire dans le cadre de leur thèse de doctorat. En quoi la formation de base lui a-t-elle été utile? Y a-t-il eu des manques? - Son mémoire réalisé dans le laboratoire où il exerce aujourd hui a été d une importance capitale. Ce travail sur le «terrain» l a mis devant le fait accompli et lui a ouvert les yeux sur la procédure à mettre en œuvre dans le domaine du développement analytique pour mener à bien la validation analytique dans un laboratoire de toxicologie et de biologie clinique. - Les cours de toxicité pharmacocinétique, de métabolisme, de toxicologie médicale, de physiologie, de biochimie médicale, l ont beaucoup aidé à combler les lacunes qu il avait auparavant et qui lui servent au quotidien. - Dans les manques, il aurait aimé avoir un peu plus de maîtrise de l anglais. Lors des colloques, pour présenter les recherches et les travaux, il faut maîtriser la langue afin de 5

pouvoir s exprimer convenablement et comprendre les questions. L anglais est donc indispensable. - Dans les manques, lors de la validation analytique d une méthode, il y a toujours des statistiques à faire, et il est vrai qu avoir un appui supplémentaire, une stratégie à appliquer vraiment concrètement sur les méthodes analytiques aurait pu l aider un peu plus. Quelles sont les difficultés rencontrées dans le cadre professionnel? C est principalement le fait de trouver sa place au sein du laboratoire, car, étant scientifique universitaire, il faut s inclure dans un laboratoire parmi des technologues, des pharmaciens, des médecins biologistes, des chimistes. Ce n est pas toujours évident. C est peut-être dû à un manque de notoriété des sciences biomédicales qui aiderait plus à assumer un certain «prestige», une fonction plus reconnue. Pour travailler dans ce secteur d activités, quelles sont les compétences à avoir et à développer? - Dans un laboratoire, on ne travaille pas seul, mais bien en équipe. - Il faut aimer le développement analytique, il faudra toujours dans le futur trouver des méthodes de dosage, de nouvelles drogues apparaissent chaque jour, il faut pouvoir les quantifier. C est un travail qui évolue constamment. - Il faut aimer encadrer des mémorants, les former et leur transmettre son savoir. - Il est très important de pouvoir rédiger des rapports. - Il faut avoir une sorte de fonction «Mc Gyver» : pouvoir dépanner les technologues, les collègues quand ils ont un problème d appareillage. Aimer un peu bricoler aide à avoir sa place au sein du laboratoire. Questions personnelles Les cours de chimie sont-ils assez importants pour le métier que vous faites? On a tendance à penser qu il faut être chimiste pour cette profession, mais la formation de base est assez importante. Les cours sur les métaboliques, les médicaments, la toxicité aident beaucoup au quotidien. La chimie également, mais le laboratoire dispose de livres que l on peut consulter au quotidien et qui peuvent aider sur les propriétés médico-physiques, sur les molécules, donc même si les licenciés en sciences biomédicales n ont pas les mêmes réflexes que les chimistes, on peut combler cette lacune et faire du très bon travail. Etes-vous amené à travailler en horaire décalé, vu les horaires du laboratoire? Heureusement, dans l organisation actuelle, il y a une équipe de jour et une équipe de nuit, ce sont les assistants pharmacien qui font les gardes de nuit, le week-end et la semaine. On peut tout de même être amené à faire des gardes de nuit, mais ce n est pas incompatible avec une vie de famille. 6

Virginie Rabolli, assistante de recherche dans le Laboratoire de toxicologie industrielle et de médecine du travail Elle a d abord fait un graduat en diététique à l Institut Paul Lambin, qu elle a approfondi avec la licence en sciences biomédicales, orientation toxicologie. Elle travaille depuis au Laboratoire de toxicologie industrielle et de médecine du travail, à la Tour Pasteur, où elle a réalisé son mémoire. Quel est le secteur d activités? Dans ce laboratoire, scindé en deux parties distinctes que sont l épidémiologie et l expérimental, on tente d évaluer les risques pour la santé des polluants présents tant dans l environnement naturel qu industriel et on essaie de définir les dispositions acceptables de ces risques. Virginie travaille surtout dans l expérimental lui-même divisé en deux sections. L une d elles réunit les personnes manipulant les particules et substances dont la toxicité est connue. Ils tentent de comprendre les mécanismes de cette toxicité afin de la diminuer. Dans l autre section, on travaille avec de nouveaux matériaux découverts par les industriels dont la toxicité n est pas encore connue. On essaie de connaître leur dangerosité et de voir si on peut les commercialiser sans problèmes, si les travailleurs peuvent y être exposés ou s il faut réduire au minimum l exposition. C est dans cette dernière partie que Virginie travaille. Elle étudie les nanoparticules dans le cadre d un projet fédéral de 4 ans. Tous les 6 mois, le laboratoire présente ses résultats aux experts scientifiques étrangers et aux industriels qui vont demander l approfondissement de telle ou telle autre étude. Le laboratoire va se limiter aux desiderata des industriels tout en continuant un peu de recherche fondamentale. Comment se passe le projet? Le laboratoire travaille en collaboration avec les laboratoires de la KUL et de la VUB. Les langues ont également une grande importance étant donné que les collaborateurs sont néerlandophones. Au cours d une réunion bimestrielle, chacun présente ses résultats, donne son avis, pose des questions, il faut savoir répondre et présenter son projet dans un anglais un minimum correct. Pour tester la toxicité des nanoparticules, l étude va se passer en deux phases : la «phase I» est l étude «in vitro» : on va screener différents types de particules et déterminer les nanoparticules les plus toxiques ou les moins toxiques. La «phase II» sera le fait de tester ces nanoparticules «in vivo», donc sur les animaux, principalement des souris et des rats. Il faut se préparer à cette partie du travail, ne pas avoir peur. Du côté des techniques, c est intéressant de travailler dans un laboratoire de recherche, le travail est assez varié, de nouvelles techniques arrivent régulièrement, il faut savoir les utiliser. On est souvent amené à adapter sa méthode de travail en fonction de ces nouvelles techniques, à diriger les expériences de manière différente. Le travail consiste principalement à vérifier la cytotoxicité d abord en culture cellulaire, qu il faut savoir maîtriser. La recherche de cytotoxicité sur les nanoparticules ne fonctionne pas toujours correctement car les nanoparticules peuvent créer des artéfacts. On va ensuite effectuer des eliza, des pcv, des extractions d ARN, Dans un laboratoire de cette envergure, chaque chercheur n est pas focalisé uniquement sur son petit projet, chacun est amené à aider ses collègues dans certaines manipulations, ce qui peut aussi être très enrichissant. Il y a des réunions de laboratoire régulièrement, l esprit d équipe est très important, on partage entre collègues et les critiques ne sont pas foncièrement négatives, il ne faut pas se sentir agressé. L intérêt également de travailler pour l université est l encadrement des étudiants à qui il faut montrer les manipulations, répondre aux questions. Tout bouge tout le temps. Par contre, en recherche fondamentale à l université, il n y a pas beaucoup de contrat à durée indéterminée. 7

ORIENTATION EXPÉRIMENTALE Valérie Vantomme, Clinical Development Manager chez GlaxoSmithKline Biologicals, à Rixensart Valérie est licenciée en technologie biomédicale depuis 1994. Elle a réalisé son mémoire à l Institut Ludwig pour la recherche contre le cancer à Bruxelles, où elle a été engagée par la suite et où elle est restée 5 ans. Elle y faisait de la recherche fondamentale en milieu académique en participant à l identification de nouveaux antigènes tumoraux. Au terme de ces 5 ans, elle est partie chez GlaxoSmithKline Biologicals à Rixensart, dans le secteur recherche et développement, dans la division cancérologie. Quel est le secteur d activités? Le but de la partie cancer est de développer un vaccin thérapeutique qui permettrait aux patients d augmenter leurs chances de survie. C est une manière de remplacer ou de complémenter la chimiothérapie avec beaucoup moins d effets secondaires, par rapport à un vaccin prophylactique qui essaie de protéger les patients contre une maladie. Pour ce vaccin, chez GSK, on est en phase III, juste avant un potentiel de commercialisation, prévue pour 2013. Le principe de ce vaccin est d être développé contre la protéine Mage-3, qui s exprime au niveau des cancers de la peau et de certains cancers du poumon. Quelles sont ses tâches, fonctions,? - Valérie est une scientifique en charge du monitoring immunologique des études cliniques cancer, à la base au niveau de la sérologie et du cellulaire, maintenant uniquement le cellulaire. - Elle est responsable d une équipe de 4 techniciens. Son travail implique de devoir faire régulièrement de la littérature de manière à pouvoir identifier les nouvelles techniques qui ont été développées en recherche fondamentale en milieu académique et de pouvoir les appliquer au niveau du monitoring des études cliniques cancer. - Son équipe est en charge d implémenter ces nouvelles techniques, d en suivre le bon déroulement. Elle ne travaille plus du tout au Bench 1, elle supervise des techniciens qui travaillent pour elle, leur donne des conseils, les aide lorsqu il y a un problème technique et surtout à analyser et interpréter les données qui ont été générées. - Travailler dans un milieu privé, surtout dans les «phase II» et «phase III» d études cliniques, implique une rigueur beaucoup plus grande qu en milieu académique. Cela implique également le respect des protocoles et des normes de contrôle très strictes. Au niveau du laboratoire, tout doit être documenté, cela engendre beaucoup de paperasserie. - Une autre tâche à laquelle Valérie doit répondre est la gestion de collaboration avec des partenaires extérieurs. Les études cliniques, au niveau mondial, prennent souvent des ampleurs telles qu il faut parfois sous-contracter certaines tâches. Sa fonction est alors de collaborer avec eux, de leur rappeler les normes de qualité à appliquer dans leur laboratoire, - De nombreux meetings sont régulièrement organisés chez GSK : il y a de nombreux échanges scientifiques en tant qu expert immunologique, d échange avec les data manager à qui on transfère les résultats de monitoring, avec les statisticiens afin de réaliser la meilleure analyse possible, avec les cliniciens puisque le but est aussi de trouver une corrélation entre les réponses immunologiques et les réponses cliniques. Quelles sont les difficultés rencontrées dans le cadre professionnel? - Chez GSK, l anglais est très important, de plus en plus et plus le temps avance. Elle n a eu aucun cours d anglais durant sa licence et très peu de familiarisation avec la littérature. 1 Bench = paillasse, travail «manuel» à la table du laboratoire 8

Elle a dû fournir un effort important en début de carrière pour pouvoir parler l anglais quotidiennement. - Une autre difficulté a été de passer de l académique à un milieu privé. GSK employant plus de 6000 collaborateurs, on a parfois l impression de n être qu un numéro par rapport aux laboratoires universitaires. Par rapport à l université, il faut aussi apprendre à ne pas mener son projet seul, à parfois sous-traiter une technique que l on ne maîtrise pas, alors qu à l université, on aura plus tendance à tout faire soi-même en s aidant de la littérature. Il faut savoir qu à un moment donné, on devient un expert dans un domaine bien précis. - Une troisième difficulté se situe au niveau de la gestion simultanée de la partie scientifique et de la partie documentation qui peut prendre beaucoup de temps. - Une autre épreuve par rapport à l université est marquée par la gestion d une équipe de techniciens et le fait de travailler en équipe. Il s agit donc de ne plus travailler au Bench, mais de devoir superviser cette équipe en leur faisant confiance et en leur déléguant une partie du travail que l on ne maîtrise plus parce que l on a d autres responsabilités. Il faut apprendre à déléguer, à être didactique et apprendre à faire passer les messages correctement, apprendre à gérer les conflits et certaines frustrations que certains peuvent avoir. Questions personnelles Quels sont les débouchés professionnels en expérimental? Il y a 15 ans, le seul débouché possible était la recherche. Mais finalement, comme chez GSK où il y a énormément de services et de métiers, on peut avec un diplôme expérimental assurer aussi bien le poste de chercheur que de «global study manager», coordinateur d équipe clinique, écrivain scientifique, data manager. Ce diplôme mène à beaucoup de métiers variés, il n y a pas que la recherche. L avantage de rentrer dans une société privée est de pouvoir évoluer en cours de carrière en fonction de ses demandes et besoins. Y a-t-il encore des licenciés qui travaillent au Bench chez GSK? Au début oui, certains restent au Bench et n ont envie de faire que ça, mais en majorité, on est amené à devoir gérer une équipe de techniciens. Ce sont des choses dont il faut discuter avec son manager. Ceux qui veulent rester au Bench pourront le faire, mais il n est pas toujours facile de gérer toute la partie administrative, les meetings, les séminaires auxquels on doit participer et mener des expériences au niveau du Bench. Avez-vous une vue globale des produits sur lesquels vous avez travaillé au début? Chez GSK, c est le cas, surtout pour ce projet puisqu il s agit d un projet cancer prioritaire. Une commercialisation est prévue pour 2013, il y a donc énormément de suivis, de réunions pour cette étude, tant avec la partie commerciale que scientifique. L écriture scientifique est-elle encore possible? Autant en académique, les publications sont importantes, autant dans le privé, on ne publie pratiquement plus. Le but d une société privée est la commercialisation d un vaccin, et non pas les publications. On présentera plutôt des posters à l extérieur, plus publicitaires pour GSK. En tant que scientifique, ce n est pas ce qu on nous demande. Y a-t-il des formations à la gestion d équipes? Chez GSK, il est possible de suivre de nombreuses formations, qui permettent d acquérir les outils, mais rien de tel que l expérience et les années d expérience. Malgré cela, il n est pas toujours évident de se faire comprendre et de faire passer son message ; néanmoins, GSK encadre très bien au niveau des formations, y compris pour des cours d anglais. Quel est le salaire? Il y a une différence indéniable entre l académie et le privé, on a un salaire beaucoup plus élevé à la base, beaucoup plus d avantages extra-légaux, mais il y a beaucoup plus de pression et de responsabilités aussi. GSK permet des temps partiels, ce qui n est pas toujours le cas à l université ou ailleurs. Valérie travaille à 80 %, mais son temps de travail équivaut à un 100 %, elle peut aménager son temps comme elle veut, mais elle doit compenser en travaillant le soir et en faisant de nombreuses heures supplémentaires. 9

Entreprise privée, réflexion d un prof «A partir du moment où vous faites très bien votre job, vous êtes tout de suite repérés par le superviseur et on vous en demandera de plus en plus. Le stress est alors inévitable. Tâchez de ne pas sombrer dans le burn-out ou dans le stress ; restez intègre. On va vous en mettre de plus en plus sur les épaules si vous êtes excellents. A partir du moment où vous êtes passionnés, si vous voulez en faire de plus en plus, le patron va vous laisser faire.» 10

Mauro Boretti, enseignant à l Institut Paul Lambin Mauro Boretti est enseignant à l Institut Paul Lambin, au département de chimie, où il forme des techniciens de laboratoire. Sa formation commence dans les années 90 par un graduat de technicien chimiste à l Institut Paul Lambin, suivi d une licence en technologie biomédicale, qui correspond aux SBEX actuels. Il a poursuivi par un doctorat en sciences, département chimie, à Louvain-la-Neuve. Après cette thèse, il a complété sa formation par deux doctorats : l un en immunologie aux Facultés de Namur et l autre, toujours en immunologie, à l université de médecine en Italie. En 2004, année de son retour, le directeur de l IPL lui propose un poste d enseignant. Après avoir hésité quelque peu après quelques années passées en recherche, il a finalement accepté ce qui reste un challenge comme un autre. Dans un programme d enseignement supérieur de type court (3 ans), il a en charge les cours et travaux pratiques de chimie, biochimie, chimie analytique ainsi que l encadrement des mémoires. En quoi la formation de base lui a-t-elle été utile? Y a-t-il eu des manques? Ses formations de graduat, de licence, de doctorat lui ont apporté une grande polyvalence et un certain confort dans l enseignement. Les étudiants aiment élargir leur champ de vision et apprécient le fait que leur professeur ne se limite pas à un seul domaine. La polyvalence permet également d être à l aise lors de la visite de lieux de stage, dans un laboratoire de recherche, cela permet de bien comprendre ce qui s y fait. Pour travailler dans ce secteur d activités, quelles sont les compétences à avoir et à développer? Une des qualités requises pour «retomber» dans l enseignement est l humilité. Le passage de la recherche en laboratoire à l enseignement ne se fait pas sans rien : les moyens sont plus limités dans l enseignement, il faut s y adapter. Le travail est tout aussi passionnant : on forme à l institut de jeunes étudiants souvent motivés et même recherchés par l industrie. La motivation est différente qu en recherche. Lorsque l on fait de la recherche, il y a des challenges intellectuels, il faut aller de l avant, publier et savoir remettre des résultats à échéance. Dans l enseignement, la motivation est plus sociale : les étudiants apprécient leur formation et viennent remercier les professeurs pour les trois années d études qu ils viennent de passer. Questions personnelles Pourquoi lui manque-t-il l agrégation? Lors de son propre cursus, Mauro ne s était pas vraiment préparé à l enseignement. Il a suivi lors de ses premières années d enseignant des cours du soir pour obtenir le CAPAES (certificat d'aptitude pédagogique approprié à l'enseignement supérieur), mais l agrégation en corrélation avec un master ou un doctorat est recommandée si l on a comme vocation l enseignement. Pour l enseignement, le doctorat est-il obligatoire? La section scientifique (biomédicale, chimie, diététique) de l Institut Paul Lambin engage des docteurs en sciences car ils attendent des formateurs d avoir un maximum d expérience en recherche pour former les futurs techniciens de laboratoire. Cette expérience passe par un mémoire de licence, mais surtout par un doctorat. Ne regrette-t-il jamais la recherche? La première année fut difficile, lors du passage du domaine de la recherche à l enseignement en Communauté française, il s est souvent demandé s il avait fait le bon choix. Il a dû trouver d autres motivations, différentes de celles de la recherche. Une fois celles-ci trouvées, le contact avec les étudiants fait en sorte qu il n a pas de regrets. Des enseignants du supérieur ne font-ils pas également de la recherche? Avec le décret des Hautes Ecoles, on autorise les HE à mener des projets de recherche. Mais avec la tâche d enseignant et d encadrement, cela devient difficile. L IPL avait regardé pour lancer un projet de recherche, mais ce projet devait passer par l engagement d un chercheur, un docteur en sciences, donc les enseignants en place n auraient eu qu une tâche de coordination. Ce n est pas vraiment compatible. 11

Quel est le salaire? Le salaire dépend du barème posé en Communauté française et est non négociable. Le doctorat compte comme année d ancienneté. On débute avec un salaire de 1500-1600 euros net par mois. En milieu de carrière, on tourne autour des 2500 euros nets par mois pour le supérieur. Pourquoi avoir fait une licence après le graduat, que vous a-t-elle apporté? La vocation de l IPL n est pas de former de futurs étudiants de master, on n encourage pas les étudiants à poursuivre après. Pour sa part, Mauro a été encouragé par ses professeurs et prévenu que s il faisait la licence, ce ne serait sans doute pas assez, qu il faudrait poursuivre par un doctorat. Il n y a pas autant de cours en 3 ans qu en 5 ans, puis il n avait pas envie de se lancer dans la vie active mais de parfaire sa formation. La licence lui a apporté beaucoup, principalement une culture générale assez vaste. Dans le graduat, on est obligé de se braquer sur un aspect pratique pour les techniciens. Ils ont laboratoire 3 jours entiers sur 5, il y a peu de place à la théorie. La licence permet de combler cette lacune, mais à l IPL, on ne les encourage pas. 12

ORIENTATION NUTRITION Sébastien De Lazzer, assistant à l économie médicale aux cliniques Saint-Luc Il a fini sa licence en sciences biomédicales orientation nutrition en septembre 2002 et est rentré directement aux cliniques Saint-Luc en tant qu assistant à l économie médicale. Il se situe dans un milieu de recherches cliniques. Il a également fait un DES en santé publique, en gestion hospitalière. Quelles sont ses tâches, fonctions,? - Les boîtes privées cherchent à faire de nouveaux médicaments qui ont besoin d être testés. Pour cela, elles vont faire appel aux hôpitaux et à l expertise des médecins pour pouvoir enrôler des patients. Son travail se situe entre le médecin et la firme : un contrat se fait pour une étude, qu il doit analyser au niveau légal et au niveau budgétaire. - Le budget d une étude clinique est lié à la lourdeur de l étude en elle-même. Dans une recherche clinique, on parle de flux financier séparé : l hôpital reçoit une partie des subventions de l état et l autre partie des firmes dans le cadre d une étude clinique. Il s occupe de la comptabilité et de la gestion financière particulière des études cliniques. - Un autre point dont il a la charge est le problème de facturation. Ce que les firmes privées demandent (une étude, un essai, un test clinique) ne suit pas le circuit de facturation classique. Un patient enrôlé dans une étude n est pas censé être facturé pour ses prestations, c est la firme qui doit payer cela. Pourtant, les patients reçoivent une facture tout de même. Il y a toujours un surplus de facturation lors d une étude clinique. Il faut régler tout ça. - Pour finir, il y a une partie développement : les cliniques Saint-Luc disposent d un software qui leur est propre et qui évolue avec le temps. Il faut essayer de le développer au mieux pour répondre aux problèmes de facturation et de comptabilité. En quoi la formation de base lui a-t-elle été utile? Y a-t-il eu des manques? - Le plus grand manque a été les cours d anglais. Le travail n est pas vraiment international, mais l anglais reste quelque chose de nécessaire. Pour sa part, Sébastien a pris une pause carrière d un an pour partir au Canada apprendre l anglais. - Un autre manque est le manque d informations sur l aspect comptable et financier, alors que c est un aspect qui régit beaucoup de choses. Ne pas en parler du tout est une lacune. - Par contre, la licence en SBIM a été utile pour l esprit d analyse, principalement le mémoire qui permet d être sur le terrain et d apprendre une méthodologie de travail. Questions personnelles En quoi mettez-vous à profit vos connaissances nutritionnelles? Les connaissances nutritionnelles au sens strict ne lui sont pas utiles, par contre, les connaissances scientifiques en général sont nécessaires pour comprendre les protocoles d étude et pouvoir bien les analyser. 13

Olivier Chapman, doctorant en sciences biomédicales à l UCL Il a réalisé une licence en sciences biomédicales orientation nutrition en 2002, qu il a complétée par un doctorat en sciences biomédicales qu il vient de terminer. Il compte continuer par un postdoctorat. Doctorat en sciences biomédicales Lors de la licence en sciences biomédicales, on est formé à la recherche. Le doctorat vient assez naturellement par la suite. La recherche peut s exprimer dans différents secteurs professionnels, mais également dans la recherche fondamentale appliquée à l université. Celle-ci est très demandeuse de doctorants. Lors de son doctorat, il a pu faire de l enseignement en encadrant des travaux pratiques. Selon lui, l enseignement est quelque chose de bien plus difficile qu une thèse de doctorat : il faut savoir faire passer un message, être clair, net et concis. Il a également eu l occasion de donner des travaux pratiques en bac 1 en biologie générale essentiellement, mais également des travaux pratiques plus élaborés en bac 12 de biologie moléculaire et en master de biologie moléculaire. Le doctorat couplé avec l enseignement lui a permis d avoir une certaine faculté à présenter les choses. Quelles compétences lui ont permis de trouver un emploi? L amour de la recherche lui a donné l envie d en faire plus et cela passait par une thèse de doctorat. La recherche est quelque chose d assez difficile. Le doctorat permet d être plus autonome, qualité qu il faut acquérir. En quoi la formation de base lui a-t-elle été utile? Y a-t-il eu des manques? La licence en sciences biomédicales, option nutrition, va essentiellement donner une base scientifique assez importante. En sciences biomédicales, on n apprend pas un métier unique (en dentisterie, on devient dentiste, pas en sciences biomédicales). On apprendra plutôt à essayer de réfléchir et de se débrouiller face à un sujet donné, de trouver les informations par soi-même. Les manques : l anglais peut-être, mais l anglais s apprend comme toute autre chose. Si l on souhaite s orienter vers l enseignement, il faudra faire l agrégation. Si on veut évoluer dans un monde où l anglais est nécessaire, on pourra apprendre sur le tas. Si vous avez déjà une bonne base en anglais, la langue ne peut pas constituer un frein à l avenir professionnel. Quelles sont les difficultés rencontrées dans le cadre professionnel? Dans les difficultés rencontrées, au niveau d une thèse de doctorat autant que dans la recherche, il faut être son propre moteur. Personne ne sera là pour nous dire de travailler. Ceci permettra par la suite de pouvoir encadrer des étudiants. Pour travailler dans ce secteur d activités, quelles sont les compétences à avoir et à développer? C est essentiellement la curiosité, celle-ci permet de comprendre beaucoup de choses, de chercher les informations utiles ainsi qu à développer l esprit d analyse. Le doctorat lui a apporté énormément, tant au niveau scientifique qu humain, car il a été amené à encadrer des mémorants et à travailler avec un groupe de recherche. Questions personnelles Quelle est la différence entre un nutritionniste et un diététicien? La diététique est une profession protégée. Un diététicien est un paramédical dans le domaine de la nutrition. La formation de graduat en diététique a un côté plus pratique que la licence en nutrition. Le but de la diététique est thérapeutique : il s agit de seconder un médecin par la prise en charge des infections où il y a un problème nutritionnel. En résumé, le travail consiste essentiellement à la prescription de régimes (au sens large du terme) et de leurs implications. Pour le master en sciences biomédicales en nutrition, le but n est plus thérapeutique, ce n est pas du paramédical. Le but est scientifique, sur la nutrition en général. L objectif n est plus de soigner un patient, mais d étudier les pathologies nutritionnelles. La plupart des diététiciens ne font pas de recherche en général, tandis que les nutritionnistes feront de la recherche au sein de l industrie pharmaceutique ou agroalimentaire. 14

Il n y a pas que la recherche, il y a l enseignement, dans les écoles, à l université, il y a l engagement des licenciés dans les grandes surfaces où ils feront du contrôle de qualité. 15