UNIVERSITE SIDI MOHAMMED BEN ABDELLAH ECOLE NATIONALE DE COMMERCE ET DE GESTION FES II- Les échanges internationaux- Evolution et instruments de mesure 2-1 Les principales évolutions du commerce international 2-1-11 Le développement des échanges internationaux de biens et services La croissance du commerce mondial Depuis 1948, les exportations mondiales de marchandises ont été multipliées par plus de 300. Cette croissance est supérieure à celle de la production mondiale. Les principales phases de la croissance du commerce mondial - Jusqu aux chocs pétroliers * Croissance du commerce mondial à un rythme annuel de 10% pendant les 30 glorieuses, alors que la production mondiale a augmenté de 6% par an. * Les deux chocs pétroliers (1973 et 1979) ont provoqué un ralentissement de la croissance économique et par conséquent le commerce mondial; * L appariation de nouveaux concurrents (Nouveaux Pays Industrialisés) a limité le volume des échanges. - Depuis les années 80 * Après la stagnation des années 70, les exportations mondiales ont repris leur expansion; * Le commerce mondial s ouvre à d autres pays (pays en développement notamment la chine). 20000 18000 16000 14000 12000 10000 8000 6000 4000 2000 0 Croissance des exportations mondiales de marchandises 1948-2011 (en milliards de dollars) 17779 15717 11 783 valeur 7371 3675 1838 59 84 157 579 1948 1953 1963 1973 1983 1993 2003 2006 2008 2011 1
Croissance des exportations mondiales de marchandises et du PIB ( GDP: Gross Domestic Product) 16 14 12 10 8 6 4 2 0-2 -4-6 -8-10 -12-14 Exports GDP 1950-60 1960-70 1970-80 1980-90 1990-00 2000-11 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 Les raisons de l expansion du commerce mondial - La volonté croissante des pays qui voient dans le commerce extérieur un moyen pour soutenir la croissance économique et le développement (influence des théories du commerce extérieur); - La signature de différents accords commerciaux: internationaux: GATT (1947) et OMC (1994); régionaux: CEE (Communauté Economique Européenne: traité de Rome en 1957), ALENA (Accord de Libre-Echange Nord Américain en 1992), MERCOSUR (Mercado Común del Sur en 1991), ASEAN (Association des Pays du Sud-est Asiatique en 1967), etc. - La diminution des coûts de transport et la rapidité des moyens utilisés; - Le développement des Firmes Multinationales (FMN): 30 % des échanges commerciaux de produits manufacturés sont assurés au sein des FMN. Les conséquences de l accroissement des échanges internationaux L Ouverture croissante des économies - Taux de couverture ( ou degré d ouverture) s est accru pour l ensemble des pays avec l accélération des échanges. Il est faible pour les pays qui disposent d un vaste marché intérieur (Etats-Unis, Europe). Alors qu il est élevé pour les pays dont le marché intérieur s avère restreint (Pays-Bas, Malaisie, Thaïlande, etc.). 2
Degré d ouverture des grandes régions mondiales - Le taux de couverture peut faire apparaitre une double dépendance de l étranger: Une dépendance vis-à-vis des exportations mesurée par le ratio : Exportations/PIB. Il exprime la dépendance vis-à-vis des débouchés extérieurs; Une dépendance vis-à-vis des importations mesurée par le ratio : Importations/PIB. Il exprime la dépendance par rapport aux approvisionnements extérieurs. L interdépendance des économies L ouverture sur l extérieur impose à plusieurs pays une contrainte extérieure. Cette contrainte se situe à deux niveaux: Transfert des déséquilibres économiques: le ralentissement économique dans un pays ou dans une zone géographique entraine une diminution des importations. Celle-ci se traduit par la diminution des exportations des pays fournisseurs, ce qui produit à son tour une réduction de leur production. Inefficacité des politiques économiques: Dans une économie ouverte, une politique de relance se traduit par une augmentation des importations et donc dégradation des comptes extérieurs. Ainsi, les choix de la politique économique ne peuvent plus se limiter aux seuls objectifs internes et son efficacité se trouve limitée. 2-1-2 Evolutions structurelles et géographiques du commerce international Les évolutions structurelles Prépondérance des produits manufacturés 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2011 Europe et Asie centrale 19,7 20,5 25,7 26,9 36,3 39,7 42,2 Union européenne 19,5 20,5 25,5 26,9 35,8 39,9 42,5 Amérique du Nord 5,9 6,9 11,3 10,6 13,3 13,9 15,1 Amérique latine et Caraïbes 11,7 10,9 14,6 17,3 21,3 23,6 23,5 Afrique du Nord et Moyen-Orient 32,8 42,8 31,9 36 45,5 Afrique subsaharienne 25,5 21,8 31,9 26,4 32,5 31,4 33,6 Asie de l'est et Pacifique 13,2 14,6 21,3 20,7 25,3 32,2 33 Asie du sud 5,7 5,2 7,6 8,6 13,9 21,4 23,2 Pays membres de l'ocde 11,2 12,7 17,5 17,3 22,2 24,9 26,3 Pays les moins avancés 14,6 13,3 12,6 12,2 20,2 25,7 27,5 Monde 12,1 13,7 19,1 19,2 24,7 28 29,3 - Les produits manufacturés ont enregistré une forte croissance dans la structure des échanges internationaux. Ils représentent moins de 35% des échanges de Marchandises avant la première guerre mondiale, 74,5% en 2003 et 65% en 2011. 3
Volume du commerce mondial des marchandises par grand groupe (indice, base 100 en 1950) 8000 7000 6000 5000 4000 4398 4656 5181 5579 6165 6637 6791 5772 6825 7265 3000 2000 1000 0 830 882 935 971 1005 1038 1051 994 1046 1061 605 628 650 691 731 770 787 770 833 866 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 Produits agricoles Recul des produits agricoles Combustibles et produits des industries extractives Produits manuf acturés - La part des produits primaires dans le commerce mondial a fortement régressé. Ils ne représentent que 9% des exportations mondiales de marchandises en 2011; - Ce recul reflète le fléchissement de l importance relative de l agriculture dans l économie et le commerce mondiaux; - Les pays en développement ont enregistré un fléchissement important de la part de leurs exportations agricoles dans leurs exportations totales de marchandises, ainsi qu un recul moins marqué de la part des produits agricoles dans leurs importations totales. Forte croissance des échanges de services - Pendant les deux dernières décennies du Xxème siècle, le commerce des services dans les pays industrialisés a augmenté deux fois plus vite que le commerce des marchandises; - Les échanges mondiaux de services commerciaux représentent 8125 Milliards (4 170 d exportations et 3 955 d importations) en 2011, ce qui représente environ 46 % des exportations mondiales de marchandises, alors qu ils ne représentent en 2004 que 26% et en 1980, 17 %; - Les services les plus échangés concernent le transport et le tourisme; mais ce sont aussi les services informatiques, financiers, et d assurance qui progressent le plus fortement; - Cette croissance s explique par le processus de tertiarisation des économies et la libéralisation récente des échanges des services. 4
Commerce mondial des services commerciaux, par catégorie, 2011 (En milliards de dollars et en pourcentage) EXPORTATIONS Les évolutions géographiques La part prépondérante des pays industrialisés VALEUR PART 2011 2000 2005 2009 2010 2011 Total des services commerciaux 4170 100 100 100 100 100 Services de transport 860 23 22,7 20 21 20,6 Voyages 1065 32,1 27,7 25,5 25,2 25,6 Autres services commerciaux 2240 44,8 49,6 54,4 53,7 53,7 IMPORTATIONS Total des services commerciaux 3955 100 100 100 100 100 Services de transport 1100 28,7 28,8 25,4 27,3 27,9 Voyages 950 29,9 27 24,4 24,1 24 Autres services commerciaux 1860 41,4 44,2 48,9 47,5 47,1 - Les pays industrialisés réalisent à peu près 70 % des échanges et les sept pays les plus riches (Etats-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie et Japon) effectuent seuls plus de 40 % du commerce mondial de marchandises. - Les pays de l Asie (les NPI, la Chine), le Mexique, etc. font désormais partie des principaux exportateurs et importateurs; L Asie occupe aujourd hui près d 1/3 des exportations mondiales de marchandises; - L Afrique reste exclue des échanges internationaux : environ 3,5 % des exportations mondiales de marchandises. Structure des exportations mondiales de marchandises par région en % 2011 Structure des exportations mondiales de marchandises par région en % 2011 Asie 31% Amérique du Nord 13% Amérique du Sud et centrale 4% Asie 31% Amérique du Nord 13% Amérique du Sud et centrale 4% Moyen-Orient 7% Afrique 3% Communauté d'états indépendants (CEI) 5% Europe 37% Moyen-Orient 7% Afrique 3% Communauté d'états indépendants (CEI) 5% Europe 37% 5
Répartition des exportations mondiales de marchandises par région 2005 et 2011 (en %) Exportations des pays les moins avancés par principaux produits, 2011 Combustibles 53% Autres 22% Vêtements 11% Textiles 1% Autres produits semima nufacturés 3% Produits alimentaires 7% Matières premières 3% 6
La polarisation du commerce - Le commerce mondial se concentre autour de trois pôles qui composent la «Triade» et réalisent plus des 3/4 des échanges. L Amérique du Nord, l Europe occidentale et l Asie forment ainsi entre eux une sorte de «commerce triangulaire»; - Au sein de la «Triade», l Asie prend de l importance; l Amérique du Nord et l Europe réduisent leurs échanges réciproques en faveur du développement de leur commerce avec les asiatiques; La régionalisation des échanges - Les échanges internationaux se développent entre les pays voisons et les pays liés par des accords commerciaux; - L augmentation du nombre d accords régionaux à partir des années 1990: naissance de la CEE (Communauté Economique Européenne) en 1957, L ALENA (Accord de libre-échange nordaméricain) en 1992, le MERCOSUR (de l'espagnol Mercado Común del Sur) en 1991 ou encore l ASEAN (Association des nations de l'asie du Sud-Est) en 1992. - Les pays de l ALENA réalisent plus de la moitié de leurs échanges entre eux et les pays de l Union Européenne plus de 60%. Les facteurs ou les motivations des échanges internationaux La libéralisation des échanges, facteur du développement; La réduction des barrières aux importations poussent les entreprises à s orienter aux marchés extérieurs; Les échanges extérieurs contribuent à la croissance économique; Les échanges extérieurs permettent de progresser dans le domaine social. 2-2 Les instruments de mesure du commerce extérieur 2-2-1 Le compte des transactions courantes (BTC) Définition - La balance des transactions courantes est un document comptable regroupant les échanges de biens et de services, les revenus des facteurs de production et les transferts courants. - Elle enregistre deux types d opérations: les mouvements de marchandises (biens); les opérations sur «invisibles» représentées par les services, les revenus et les transferts courants. 7
Les composantes du compte des transactions courantes Le solde du compte des transactions courantes Deux cas de figure peuvent se présenter : 2-2-2 La balance des paiements (BP) Définition - La balance des paiements est un document comptable regroupant l ensemble des flux réels (marchandises et services), financiers (capitaux) et monétaires avec le reste du monde; - La balance des paiements retrace, selon certaines règles, les opérations effectuées entre résidents et non résidents pour un pays; - La résidence est déterminée par le centre d intérêt économique et non par la nationalité. - Ainsi, sont considérés comme résidents au Maroc les personnes physiques qui ont une activité dans le pays depuis plus d un an, et les personnes morales ayant un ou plusieurs établissements dans le pays (filiale, succursale, agence, bureau, etc.). 8
Les comptes de la balance des paiements Le compte de capital: Ce compte indique les transferts en capital (dons, annulation de dettes) opérés par le Maroc au profit d autres pays. Il s agit donc de: Transferts de capital (remises de dette, aides à l investissement); Acquisition d actifs non financiers (brevets, droits d auteur, etc.). Les flux financiers: Ils incluent et ventilent par secteurs: - les investissements directs; - Les investissements de portefeuille; - les autres investissements (crédits commerciaux, prêts à court et long terme); Les erreurs et omissions - Etant donnée le principe d enregistrement en partie double, le total du Débit doit être logiquement égal à celui du Crédit et le solde doit ainsi être nul; mais en réalité, ce solde n est jamais nul; - La différence entre le total du Débit et du Crédit peut être due à : des erreurs ou des oublis des opérateurs en charge de l enregistrement des opérations, des opérations volontairement non déclarées ou sur-(sous)facturées, de l utilisation de plusieurs sources statistiques pour comptabiliser les opérations. Les avoirs de réserves Ils sont relatifs aux transactions concernant les avoirs en devises dont les autorités monétaires d une économie disposent pour répondre aux besoins de financement de la balance des paiements ou de la gestion du taux de change de la monnaie nationale (or, devises, etc.). 9
Principe d enregistrement en partie double - Toute transaction internationale est automatiquement enregistrée deux fois, dans deux comptes différents et en sens inverse dans la BP. - Elle entraîne une double écriture dont une en Débit et l'autre en Crédit. - La signification des termes crédit et débit est la suivante: Les montants enregistrés dans la colonne «Crédit» sont affectés d un signe (+) et les montants enregistrés dans la colonne «Débit» sont affectés d un signe ( ). Enregistrement des opérations d échanges extérieurs Balance des paiements CREDIT (+) DEBIT (-) On enregistre toute diminution des avoirs, qu ils soient réels, financiers ou monétaires et toute augmentation des engagements. On enregistre toute augmentation des avoirs, qu ils soient réels, financiers ou monétaires et toute diminution des engagements. Toute opération qui diminue le patrimoine des résidents s inscrit au crédit (+): - une exportation = diminution des avoirs réels des résidents; - une vente de titres à un non-résident = diminution des avoirs financiers; - un virement bancaire d un résident à un non-résident = diminution des avoirs monétaires; - un dépôt d un non-résident dans une banque résidente = hausse des engagements d une banque résidente vis à vis d un non-résident. Remarque: Les opérations ci-dessus entraine une entrée de devises. De même, toute opération qui accroit le patrimoine des résidents s inscrit au débit (-) : - une importation = augmentation des avoirs réels; - un investissement à l étranger = augmentation des avoirs financiers; - un achat de titre à un non-résident = augmentation des avoirs financiers; - un remboursement d emprunt à un non-résident = diminution des engagements. Remarque: Les opérations ci-dessus entraine une sortie de devises. 10
Exemples d écritures: Echanges de biens et services : Exportation de marchandises ou services (1 000 MDH) Importations de marchandises ou services ( 2 000 MDH) Transactions gratuites Transfert des aides au profit de certains pays africains (200 MDH) : Revenus Rémunération d un salarié résident par une firme non résidente (25000 DH): Récapitulation 11
Les Soldes L équilibre de la balance des paiements - L équilibre comptable de la balance des paiements est donné par la relation suivante: BTC + BCA = ΔR Avec: BTC: : balance des transactions courantes BCA: : balance des capitaux ΔR: : variation des réserves en devises - Ainsi, le solde de la balance globale (BG) est tel que BG=BTC+BCA. ΔR R apparaît bien comme la variation de la quantité de monnaie dans le pays due aux relations extérieures de ce pays avec le reste du monde. 12
Précisions: - Si la balance globale est déficitaire, la position des réserves (notamment les réserves de change) sera affectée d un signe "+",, ce qui signifie une diminution des avoirs en devises. - Ainsi, le pays liquide ses avoirs internationaux ou s endette vis-à-vis s des autorités monétaires des autres pays pour financer le déficit de la balance globale. - L analyse des soldes de la balance des paiements met donc en évidence un principe important: «Tout déséquilibre de la balance courante doit être exactement compensé, soit par le compte financier du secteur privé (solde de la balance des capitaux), soit par une variation des avoirs officielles extérieure nette (financement par les autorités monétaires). 2-2-3 Indicateurs de mesure des échange extérieurs Plusieurs indicateurs permettent d appréhender le degré d insertion d un pays dans le commerce mondial et sa compétitivité. Ils peuvent être calculé globalement ou par produits ou même par partenaires, pour pouvoir affiner l analyse. Le solde commercial Le solde commercial correspond à la différence entre les exportations et les importations de biens. Il renseigne sur le degré de dépendance vis-à-vis de l extérieur et sur la compétitivité des produits nationaux. - Un excédent est un indice de compétitivité, mais il peut aussi signifier l étroitesse du marché intérieur et que l investissement et la consommation sont faibles, ce qui peut freiner la croissance économique. - Un déficit peut aussi signifier que le niveau de la consommation et de l investissement est élevé, signe d une croissance économique soutenue. Le taux de couverture Il correspond à la part des importations couverte par les exportations: - Si le taux de couverture est inférieur à 100, cela signifie que les exportations ne couvrent qu une partie des importations (déficit commercial); - Si le taux de couverture est supérieur à 100, cela signifie que les recettes des exportations peuvent régler la totalité des importations (excédent commercial); 13
- Calculé par produit, il révèle les points forts et les les points faibles d une économie. Le taux de pénétration : Il mesure la part du marché intérieur couverte par les importations: Marché intérieur : Production + Importations Exportations Le taux d ouverture: Il mesure la part des échanges extérieurs (importations et exportations) dans le PIB: Les termes de l échange - Les termes de l'échange permettent de comparer les prix des produits importés et exportés: - Cet indicateur est précieux pour mesurer surtout les évolutions des prix des importations et des exportations, Ainsi: Les prix des importations peuvent augmenter plus vite que ceux des exportations, on parle alors d une dégradation des termes de l échange; Les prix des exportations augmentent plus plus vite que ceux des importations, on parle alors d une améliorations des termes de l échange. Le taux d exportation - Il mesure la part des exportations dans le PIB: Le solde courant en % du PIB Il mesure la part du solde courant dans le PIB. Il révèle révèle l importance du déficit ou l excédent courant par rapport au PIB et son évolution: 14