L habitat et l activité agricole au Verdier : l architecture d une commune des coteaux. du vignoble gaillacois (Tarn)



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Conseil d'architecture, d'urbanisme et d'environnement du Tarn Mission d inventaire du patrimoine L habitat et l activité agricole au Verdier : l architecture d une commune des coteaux du vignoble gaillacois (Tarn) Octobre 2010 1

SOMMAIRE Avertissement Introduction I - Les différents types d habitat A - L habitat en agglomération 1 - La maison 2 - La maison polyvalente 3 - Les maisons de vignerons avec caves dissociées 4 - Les fermes 5 - Le domaine de la famille Maignial B - L habitat en écart ou isolé 1 - Les logis ou maisons fortes du XVII e siècle 2 - Les fermes vigneronnes et de polyculture a - Les petites et moyennes exploitations b - Les grosses exploitations II - L architecture vigneronne A - Sous l Ancien Régime 1 - La fonction de la maison polyvalente? 2 - Les fermes 3 - Les pigeonniers comme témoins de l activité viticole? B - L activité vigneronne au XIX e siècle et dans la première moitié du XX e siècle 1 - La première moitié du XIX e siècle 2 - La deuxième moitié du XIX e siècle a - La construction de fermes vigneronnes b - La constitution des grandes exploitations viticoles 3 - Le premier quart du XX e siècle a - La restructuration des fermes b - Le déclassement des petites maisons dans le village C - Les parties constituantes de la ferme 1 - La cave 2 - La remise agricole 3 - L étable 4 - La grange 5 - Le logement du maître-valet 6 - Le pigeonnier a - Un bâtiment intégré ou indépendant b - Le pigeonnier de comble 7 - Les cabanes de vigne 2

D - Typologie des fermes 1 - Ferme à corps de bâtiment unique abritant toutes les fonctions sous un même toit 2 - Ferme à corps de bâtiments groupés autour du logis 3 - Ferme à bâtiments alignés ou en alignement 4 - Ferme à corps de bâtiment organisés de part et d autre de la cour centrale III - Évolution des techniques de construction et du décor architectural A - Matériaux et mises en œuvre 1 - Les maçonneries a - Le calcaire b - Le grès c - La brique 2 - Le pan-de-bois 3 - Les encadrements des ouvertures 4 - Les enduits a - En façade b - Sur les pigeonniers 5 - Les toitures a - Les formes de toit b - Les couvertures c - Les génoises B - L évolution des formes et du décor 1 - De la deuxième moitié du XV e siècle au XVI e siècle 2 - Au XVII e siècle 3 - Au XVIII e siècle 4 - Le premier quart du XIX e siècle 5 - La seconde moitié du XIX e siècle a - Les encadrements des portes b - Les portes charretières c - Les cheminées et les baies d évier 3

Avertissement L étude de l habitat et des bâtiments liés aux activités agricoles conduite sur la commune du Verdier 1 a été menée dans le cadre d un inventaire thématique du patrimoine vigneron du gaillacois. La commune du Verdier et celle voisine de Vieux ont été retenues pour étudier, de façon préliminaire à l enquête thématique, l ensemble du patrimoine bâti. L objectif était de mieux cerner la thématique sur une entité géographique cohérente, celle des coteaux qui forment la partie septentrionale du vignoble. Compte tenu de la cohérence du territoire que recouvrent Le Verdier et Vieux, la réflexion sur le patrimoine bâti a été menée à l échelle des deux communes pour permettre une analyse plus approfondie. Les deux dossiers d étude qui en résultent reprennent un déroulé similaire et sont complémentaires 2. 1 Ce dossier correspond au dossier collectif «maisons / fermes» de la commune du Verdier, selon les normes de l Inventaire général. 2 Voir le dossier collectif «maisons / fermes», notice n IA81011971 et A. Béa, L habitat et l activité agricole à Vieux, l architecture d une commune des coteaux du vignoble gaillacois, octobre, 2010. 4

Introduction La commune du Verdier appartient à l entité géographique du plateau cordais, plateau calcaire hérité de l ère tertiaire. Elle offre des paysages variés de causse et de crête qui voisinent avec des paysages de vallées, en particulier celles de la Vère, très fertile, et du Vervère. Au nord-ouest de la commune, une zone boisée située en limite de la forêt de Grésigne apporte encore à la variété des points de vue 3. Les paysages vallonnés ouverts, définis par la traversée du plateau calcaire par les cours d eau ont, permis le développement d un habitat dispersé. Les fermes sont situées au sommet des collines et quelques hameaux tels Catusse, Escourou ou Amat se sont développés. Le site d éperon retenu pour installer le village au Moyen Âge est situé à la confluence des vallées de la Vère et du petit ruisseau d Escourou. La variété des sols qui résultent de celle des paysages a permis le développement de la polyculture. Culture de la vigne, des céréales, du chanvre, élevage ovins et bovins, plantation de vergers, petits élevages de volailles, lapins, cochons, etc. sont autant d activités qui se traduisent dans l organisation des bâtiments agricoles. La très grande majorité des fermes de polyculture réservent une place importante à l activité vigneronne et renferment une cave pour faire le vin. Pour une ferme moyenne, la norme se situait autour de 4 à 6 hectares de vigne. La vigne est encore cultivée sur les plateaux localisés dans une grande moitié nord de la commune ainsi que sur les coteaux de l extrémité sud. 3 Pour une approche plus détaillée du territoire communal voir le dossier «généralités communales», notice n IA81013000. 5

I - Les différents types d habitat A - L habitat en agglomération 1 - La maison La maison, petite unité bâtie réservée uniquement à l habitation d une famille, ajourée par une porte et une fenêtre, se retrouve dans le parcellaire ancien et s est perpétuée jusqu à nos jours. Les réaménagements opérés au XIX e siècle révèlent la continuité du modèle. La maison de village d une certaine importance et affectée uniquement à l habitation est peu ou pas représentée. Les maisons présentant une façade soignée et ordonnancée pouvaient posséder une cave ou un bâtiment agricole à l extérieur. Lorsque cela a été possible, des informations relevées lors de l enquête ont souvent permis de rattacher une cave ou un bâtiment agricole à une maison et de retrouver ainsi la cohérence activité/résidence. 2 - La maison polyvalente La notion de maison polyvalente issue du modèle médiéval dans lequel la maison abrite l habitat à l étage et l activité professionnelle au rez-de-chaussée, quelle soit artisanale, marchande ou agricole est un schéma répandu dans les agglomérations. Dans le barri nau, une maison polyvalente en pan-de-bois qui peut être datée de la fin du XV e siècle ou du début du XVI e siècle s élevait sur un rez-de-chaussée percé par une large ouverture dont on retrouve l emprise du linteau sur la sablière basse et qui était un peu plus large que la porte de garage actuelle qui l a remplacée. La porte piétonne mène à l habitation située à l étage et qui était à l origine ouverte en façade par une croisée et une fenêtre à traverse que l on devine encore. Fig. 1. Maison polyvalente en pan de bois. Dans le barri nau, une autre petite maison conserve encore la baie de boutique en rezde-chaussée qui peut être datée du XVII e siècle. L habitat se trouvait à l étage. 6

Fig. 2. Maison du village avec baie de boutique en rez-de-chaussée. Au hameau de Vernus, se repère encore une petite maison de type maison-bloc en hauteur du XIX e siècle où le niveau de soubassement était occupé par une étable et l habitat à l étage s identifie encore nettement par la présence de la petite baie d évier et de la fenêtre. La porte d entrée est également précédée d un perron. Fig. 3. La maison de Vernus. 3 - Les maisons de vignerons avec cave dissociée Dans le village, plusieurs maisons du village peuvent être qualifiées de maisons de vigneron mais la cave n est pas contiguë à l habitation. Elle se situe dans une rue voisine, à quelques dizaines de mètres, au sein d un corps de bâtiment qui abrite plusieurs caves ou écuries. On voit donc apparaître une certaine spécialisation de parties du village. Cette spécialisation reste cependant modeste pour la petite agglomération du Verdier. 7

Fig. 4 et 5. Maison du village reconstruite dans la seconde moitié du XIX e siècle et dont la cave était dissociée. Au début du XX e siècle, la densité du bâti à l intérieur du village a pu contraindre quelques habitants à faire construire leur cave en limite du village. Une cave située en limite nord du village et dépendant d une maison située dans le barri nau a été édifiée en 1915. Fig. 6 et 7. L habitation située dans le village et la cave associée construite à la sortie du village, au nord. À Vieux, l association maison et cave dissociée a aussi pu être retrouvée pour les mêmes raisons dans la partie basse du village, où, au nord de l église, des caves isolées appartenaient à des familles dont la maison se trouvait dans l agglomération. 4 - Les fermes Le village accueille aussi sur leurs pourtours, dans des espaces laissés libres et où le bâti peut se développer aisément, des fermes de polyculture et de vini-viticulture. D autres fermes se développent sur le parcellaire ancien, en le restructurant. De même que les fermes isolées ou en écart, elles possèdent toutes les parties constituantes : grange, étable pour les vaches, remise agricole, cave pour les tonneaux et les cuves, pressoir, porchères, poulaillers, clapiers et un pigeonnier qui peut être un bâtiment indépendant. Probablement à partir du XVIII e siècle, plusieurs fermes se développent à la limite nord du village, du côté du plateau. L une des fermes les plus anciennes s établit à l ouest, sur un terrain en pente (fig. 8, A). Un même corps de bâtiment abritait à l origine l habitation et les parties agricoles. Au XIX e siècle, d autres corps de bâtiments seront construits à proximité. Au nord-est, une autre ferme est agrandie dans les années 1883 à partir de 8

bâtiments datant aussi du XVIII e siècle (B). La ferme ou entreprise de battage qui s étend sur la place de la Grèze se développe en partie sur le parcellaire ancien où trois petits îlots ont laissé place une grande habitation ainsi qu à une partie des dépendances (étable et grange) tandis que les hangars de l entreprise sont établis de l autre côté de la place, sur un terrain vierge de toute construction (C). Le long de la rue principale, à l est, le parcellaire ancien est aussi restructuré pour accueillir deux fermes. Les bâtiments de la plus grande se développent vers l est (D). L autre ferme a été contrainte de se développer sur le parcellaire préexistant (E) : le corps principal s établit perpendiculairement à la rue ; la grange-étable se situe à l arrière, de l autre côté de la ruelle, vestige de l ancien parcellaire, et s intègre entre deux autres constructions. À partir de la première moitié du XIX e siècle, deux autres fermes s établissent sur l emprise de l ancien fossé qui séparait le castrum du faubourg (F et G). L établissement d une autre ferme, située à l ouest de la mairie actuelle, entraîne la restructuration du parcellaire (H). Elle est située en limite de l ancien fossé, colonisé par le potager. La pente du terrain est exploitée pour installer la cave en partie basse, sous l habitation. Étable, grange et remise sont accessibles depuis le haut du village. Enfin, dans la partie sud du village, deux fermes s installent le long des axes de communication. L une est située sous l église (I) et l autre le long de la route de Saint- Antonin-Noble-Val (J). Fig. 8. Repérage des fermes dans le village. 5 - Le domaine de la famille Maignial Le domaine de la famille Maignial s établit également sur l emprise de l ancien fossé qui ceinturait le castrum, au sud (Fig. 8, K). Une maison du XVI e ou du XVII e siècle pourrait être à l origine de la grande demeure qui est reconstruite au début du XIX e siècle et encore agrandie dans la seconde moitié du siècle. À cette période, le domaine se structure alors autour de l activité vinicole. Toute la partie nord de la maison et une partie de l étage de soubassement sont réservées au cuvage et au pressoir. L activité est donc directement associée à l habitation, ce qui ne semble pas être vécu comme une contrainte ou dévaloriser la grande maison. On peut même dire que le propriétaire d alors, Hippolyte Maignial a voulu cette association étroite : le chai voûté est construit devant la façade principale de la demeure où il sert de soubassement à la grande terrasse qui domine le jardin de buis. 9

Fig. 9. Plan de situation du domaine de la famille Maignial. B - L habitat en écart ou isolé La présence d habitat de la fin du Moyen Âge a été identifiée comme à la Capusié où un corps de logis du XVI e siècle peut être reconnu dans le logis actuel. Mais se sont surtout des ensembles bien conservés du XVII e siècle qui apparaissent de manière significative pour la période de l Ancien Régime. Les bâtiments repérés révèlent que cette période a fortement structuré le territoire. 1 - Les logis ou maisons fortes du XVII e siècle Quatre logis du XVII e siècle ont pu être identifiés sur la commune. Il s agit de bâtiments caractérisés par un volume important et une mise en œuvre soignée. Ces logis s élèvent encore sur un ou deux étages même si leur élévation d origine n est pas toujours connue. Le niveau de galerie haute au logis de la Capusié indique que le bâtiment est préservé sur toute la hauteur. Celui de Fonrigal conserve encore trois niveaux mais il est possible qu il s élevait à l origine sur un niveau supplémentaire au moins. Les logis adoptaient donc des formes compactes, proches de celle d une tour, que la toiture d origine (toutes disparues) pouvait accentuer. 10

Fig. 10. Le logis de la Capusié. Ces logis se distinguent aussi par la qualité de la mise en œuvre, qui se traduit notamment à travers les encadrements des ouvertures. Les croisées ou fenêtres à traverses sont en pierre de taille de calcaire et les chambranles peuvent être chanfreinés et les appuis moulurés et saillants (logis de Fonrigal). La porte du rez-de-chaussée du logis de la Gusonié est couverte par un linteau droit chanfreiné, orné d une pointe d accolade au centre. La galerie haute de la Capusié a fait l objet d un soin particulier : les clefs saillantes taillées en relief sont légèrement pendantes. L appui mouluré des ouvertures de la galerie est aussi saillant. L oculus qui porte la date de construction de 1646 au même niveau que la galerie est orné de motifs de cuir enroulé. Fig. 11. Le logis de Fonrigal, détail de la croisée. Fig. 12. La cheminée de Fonrigal. La qualité des aménagements intérieurs témoigne aussi du statut particulier de ces logis et de leurs occupants. À Fonrigal, la cheminée en pierre de taille à hotte droite est couverte par un arc surbaissé. L escalier en pierre à rampe droite conservé sur le premier niveau à la Capusié confère au logis un statut à part. La Capusié peut être qualifiée de logis fortifié : il subsiste en haut de l escalier une petite bouche à feu qui permettait de surveiller l entrée de la cour. Une tour à l angle nordouest de la cour témoigne aussi d une volonté de mise en défense du logis. Ces logis étaient probablement à la tête de domaines agricoles. La basse-cour de la Capusié conserve deux corps de bâtiments alignés qui présentent les mêmes caractéristiques architecturales que le logis. Dans l état actuel, après réaménagement au XIX e siècle, on identifie étable, écurie, grange et cave à vin. 11

2 - Les fermes vigneronnes et de polyculture a - Les petites et moyennes exploitations Les petites fermes de polyculture et de vini-viticulture se caractérisent bien souvent par plusieurs bâtiments groupés autour du logis. Le logis ouvre au sud, la grange-étable contiguë se trouve à l ouest, et dans le prolongement, la remise agricole. La cave abritant le chai et le cuvage est au nord, avec parfois une petite remise abritant le pressoir. Les toits à porcs, poulaillers et clapiers sont des petites annexes. Fig. 13. Le Caussé, plan de situation de la ferme. Les moyennes exploitations se caractérisent par un développement plus important des bâtiments et du logis. b - Les grosses exploitations Les grosses exploitations, qui sont aussi des fermes de polyculture, accordent une place importante à l activité vigneronne, en particulier dans la 2 e moitié du XIX e siècle. Elles se caractérisent par des bâtiments aux dimensions souvent importantes et aux fonctions spécifiques. Parmi les bâtiments agricoles se trouvent étable à vaches, écurie et bergerie surmontées de granges. Des remises agricoles, dont une au moins est reliée à la cave, complètent le dispositif. La cave qui est un grand bâtiment accueille dans une partie le pressoir et les cuves de décantation, parfois aussi les demi-muids (tonneau de 600 litres). Foudres en bois ou cuves, situées en dessous lorsque c est possible, sont aménagées dans une autre salle. L élevage des porcs, poules et lapins est aussi présent, dans des petites annexes. Le pigeonnier est dans la plupart des cas un bâtiment indépendant ou intégré à un corps de bâtiment. Le four à pain, le ou les puits, souvent maçonnés et couverts, et parfois une citerne, sont aussi les annexes indispensables de ces propriétés vivant en autarcie. Un logement pour le maître-valet ou le régisseur est prévu. 12

II - L architecture vigneronne A - Sous l Ancien Régime Avant le XIX e siècle, l activité vigneronne est difficilement identifiable au travers de l architecture. Si l on sait que le territoire était en partie planté de vigne, très peu de caves ont cependant été reconnues. Au château du Verdier, en 1794, au moment de la vente des biens nationaux, l un des quatre lots issu du démantèlement est décrit comme abritant un tinal au rez-de-chaussée, c'est-à-dire une salle où l on fabrique le vin. C est en effet dans les actes de vente que peuvent se trouver des informations relatives à l activité vigneronne. Dans un acte de vente daté de 1772 d une maison de la commune voisine de Vieux, il est précisé que la «cuve vinaire» se trouve au rez-de-chaussée 4. Ce niveau de la maison est situé le long du ruisseau. La maison devient dans le 2 e quart du XIX e siècle le logis d une ferme de vigneron et le niveau du rez-de-chaussée conserva tout au long de la période et ce, jusqu à l arrêt de l activité, la fonction de chai et de cuvage. 1 - La fonction de la maison polyvalente? À propos des maisons polyvalentes décrites plus haut (voir p. 6) où l étage était réservé à l habitation et le rez-de-chaussée ou l étage de soubassement à l activité professionnelle, on doit se demander si certains de ces niveaux bas pouvaient abriter une cave. Le rez-de-chaussée de la maison en pan-de-bois est percé par une large porte (fig. 1). Était-il dévolu à la fabrication du vin? Il ne subsiste pas d aménagement particulier dans l un et l autre cas qui permettrait de le préciser. 2 - Les fermes Plusieurs fermes viticoles du XIX e siècle conservent un pan de mur ou un corps de bâtiment antérieur pouvant être daté entre la 2 e moitié du XV e siècle pour les plus anciens et le XVIII e siècle. Les formes et appareillages constituent bien souvent les seuls témoins de ces périodes anciennes. Les dates portées apparaissent dans la 2 e moitié du XVII e siècle, comme à la ferme de Gasou. L implantation de l habitat est ancienne mais les vestiges conservés sont trop fragmentaires pour pouvoir identifier la nature des cultures de ces premières exploitations. Il paraît pourtant évident de poser la question de l activité vigneronne dans ces fermes à une période antérieure au XIX e siècle. À Rossignol, une petite ferme datable du XVII e siècle et s élevant sur un seul étage a pu être reconnue. Elle abrite une étable surmontée du fenil. Le logement se trouve à l étage, accessible par un escalier que l on emprunte depuis l étable et qui mène également au fenil. L habitat se caractérise par une pièce unique ouverte en façade par une fenêtre à meneau et disposant à l intérieur d un évier et d une cheminée. Sous l habitation, la porte piétonne donne accès à une salle dont la fonction n a pas pu être reconnue. Peut-on l identifier à une cave? Le pigeonnier qui se trouve sur l arrière et la petite remise à l angle qui complètent ainsi les parties constituantes habituelles de la ferme de polyculture et de viticulture incitent à le penser. On pourrait donc être en présence d un des exemples les plus anciens de ferme repéré sur les deux communes. 4 Voir la notice IA81011918. 13

Fig. 14. La ferme de Rossignol. 3 - Les pigeonniers comme témoins de l activité viticole? L existence de pigeonniers pouvant être datés, pour les plus anciens des XV e ou XVI e siècles et dont la présence est habituellement mise en lien avec l activité vigneronne peut certainement constituer un témoignage de l ancienneté de l activité, la fiente de pigeon étant le seul engrais toléré pour enrichir la vigne. Les pigeonniers se trouvent rattachés à des métairies dont l implantation est ancienne. Le pigeonnier de la ferme des Marty, de plan carré, pourrait dater du XVII e siècle notamment par le décor de la porte au linteau orné d une accolade dont le tracé est à peine esquissé. Le pigeonnier des Loubets conserve une porte dont le style daterait sa construction de la même période. Au château de Vieux, deux pigeonniers sont intégrés au plan du château lors de sa construction au début du XVII e siècle. Fig. 15 et 16. Le pigeonnier de la ferme des Marty. B - L activité vigneronne au XIX e siècle et dans la première moitié du XX e siècle Le XIX e siècle représente la période la plus largement représentée dans la construction. Cependant, l exemple de la ferme de Fonrigal pour son réaménagement du 14

XVIII e siècle montre une organisation des parties dévolues à la vinification dans le niveau inférieur du bâtiment, semi-enterré puisqu il est construit sur la pente. À Vieux, la ferme de la Sesquière montre également, dans de moindres proportions, une organisation de la cave dans le niveau inférieur d un corps de bâtiment construit sur la pente. 1 - La première moitié du XIX e siècle Dans la première moitié du XIX e siècle, une douzaine de fermes sont réaménagées ou agrandies de façon importante tandis que d autres sont construites à neuf. À la Gusonié, un ancien logis du XVII e siècle est transformé en ferme à partir de 1803, date inscrite sur le bâtiment. La ferme se structure alors sur un plan en L. La grande ferme de Gazou est aussi restructurée dans la deuxième décennie du XIX e siècle également à partir d un noyau beaucoup plus ancien. Chaque partie constituante occupe un corps de bâtiment individualisé et l ensemble s organise sur un plan en demi-cercle. La cave est ouverte en façade par une grande porte datée de 1820. Fig. 17. Plan général de la ferme de Gazou. Fig. 18. La cave de la ferme de Gasou. 2 - La deuxième moitié du XIX e siècle a - La construction de fermes vigneronnes Dans la seconde moitié du siècle, une dizaine de fermes vigneronnes sont nouvellement construites. Il s agit de ferme de taille moyenne, voire de petites tailles, construites pour exploiter quelques hectares de vigne seulement. La ferme des Garrigues, celle du Trémoulet ou celle du Caussé, construite en 1865, sont représentatives des fermes bâties à ce moment. Fig. 19. La ferme du Trémoulet. Fig. 20. La ferme du Caussé. 15

Dans le même temps, un grand nombre de fermes connaissent des agrandissements ou des restructurations importantes. b - La constitution des grandes exploitations viticoles De grandes exploitations viticoles se sont constituées dans la 2 e moitié du XIX e siècle. À Jouzelles, le corps de bâtiment principal, construction du XVIII e siècle, est surélevé d un étage et le rez-de-chaussée semble alors être entièrement réservé à la fabrication du vin. L étable et la grange sont logées dans un corps de bâtiment indépendant. Fig. 21. Jouzelles, XVIII e et XIX e siècles. Jourdes constitue un exemple particulièrement significatif d un hameau qui est entièrement restructuré pour laisser place à une seule grande exploitation agricole. Sur le cadastre de 1812, sont notées six maisons contiguës et six granges dissociées. Il est intéressant de remarquer que quatre propriétaires sur six portent le même nom Bouyssou et sont donc très certainement de la même famille. Dans le courant du XIX e siècle, la ferme est restructurée : l habitation principale est déplacée au sud-est de la cour, à la place des anciennes granges. À l angle nord-ouest sont construits de nouveaux bâtiments agricoles aux proportions importantes : grange-étable, chai et cuvage. 16

Fig. 22. L organisation du hameau de Jourdes en 1812. Fig. 23. La ferme de Jourdes, organisation générale du XIX e siècle. Fig. 24. Jourdes, la grange-étable à gauche et le chai et cuvage à l angle (en cours de restructuration). Un phénomène semblable se retrouve au hameau d Escourou où un grand corps de bâtiment abritait plusieurs petites habitations. Celui est entièrement restructuré pour laisser place à une seule grande ferme. Le phylloxéra arrive dans le gaillacois en 1879. La construction et l agrandissement des fermes vigneronnes ne s interrompent pourtant pas au début de la décennie 1880. Des dates portées sur les constructions de cette décennie laissent penser que la replantation et le redémarrage de l activité se sont opérés rapidement dans les deux communes. 17

3 - Le premier quart du XX e siècle a - La restructuration des fermes La période d expansion mise en évidence dans la seconde moitié du XIX e siècle se poursuit dans le premier quart du XX e siècle au Verdier. L étude a montré qu elle est nettement moins présente à Vieux. Les fermes sont souvent réaménagées pour laisser plus de place à l activité vigneronne. À Villaret, on reconstruit la cave à l extrémité du corps principal. On installe aussi des cuves en ciment supplémentaires là où cela est possible : l une est aménagée au rezde-chaussée du pigeonnier construit en 1914 et une autre intègre le fond d une remise. Dans le même temps, la maison est surélevée d un niveau de comble. Fig. 25. L organisation des bâtiments de Villaret. Au hameau de Pech de Sales, une grande ferme est entièrement reconstruite vers 1900 (fig. 26). Au corps principal qui abrite l habitation et l étable surmontée de la grange à l arrière est accolé le chai et la remise agricole. Dans le même hameau, la ferme voisine est entièrement rebâtie et la maison est pourvue d une belle façade à cinq travées. Au hameau de Téneugé, dans les mêmes années, une nouvelle ferme vient remplacer plusieurs petites habitations (fig.27). La date de 1901 est aussi inscrite sur le linteau de la porte de la maison. La ferme voisine comporte une grande cave reconstruite dans le premier quart du XX e siècle. Au Mas de Landes, la maison et la cave sur l arrière sont reconstruites dans de grandes proportions dans les mêmes années. Fig. 26. La ferme de Pech de Sales entièrement rebâtie vers 1900. Fig. 27. La ferme datée de 1901 au hameau de Téneugé. 18

D autres fermes voient l agrandissement ou la restructuration entière de la cave. À Rossignol, la nouvelle cave s établit en L sur les côtés est et nord du corps de ferme préexistant. Fig. 28. La ferme de Rossignol la cave est ajoutée en 1910. Enfin, à Catusse, la grande ferme de la famille Taillefer au nord-ouest du hameau voit se multiplier les corps de bâtiments agricoles aux encadrements de brique harpée qui constituent un bon marqueur de cette période. La ferme exploitait alors entre 12 et 15 ha de vigne. Fig. 29 et 30. La ferme de la famille Taillefer au hameau de Catusse. Au sud du village, une ferme construite en 1844 est agrandie pour installer une cave au rez-de-chaussée (fig. 31). Les encadrements des ouvertures en brique et les appuis et linteaux en ciment signent la reconstruction dans les années 1920. 19

Fig. 31. La ferme datée de 1844 est agrandie probablement dans les années 1920. Une grande exploitation vigneronne est construite à Pièces Longues vers 1909 en intégrant probablement une partie construite au cours du XIX e siècle. Un grand corps de bâtiment couvert par un toit à longs pans et deux croupes abrite l habitation, l étable surmontée de la grange et la cave. Des corps secondaires ont encore été ajoutés par la suite. Fig. 32. Pièces Longues, la construction du bâtiment date des années 1910. b - Le déclassement des petites maisons dans le village Au début du XX e siècle, certaines petites maisons du village établies sur le parcellaire médiéval caractérisé par des parcelles étroites connaissent un déclassement. Trop petites pour être habitées, nombre d entre elles sont alors converties en cave. Cette transformation se repère par des repercements d ouvertures en façade aux encadrements de bois ou aux encadrements de brique formant un motif harpé. Une ouverture haute et large est souvent ménagée pour déverser le raisin depuis l extérieur dans le pressoir ou la cuve située à l intérieur. 20

Fig. 33. Petite maison du village transformée en cave au début du XX e siècle. La prospérité viticole du premier quart du XX e siècle qui ressort à travers le développement de la construction est confirmée par l évolution des terres plantées en vigne qui passent pour la commune de 180 ha en 1910 à 230 en 1930 5. C - Les parties constituantes de la ferme Dans la ferme traditionnelle, il existe rarement un bâtiment unique par fonction, dispositif qui se retrouve plutôt pour les grandes exploitations et les domaines. Aussi, la caractérisation des principales parties constituantes de la ferme de polyculture et de viticulture permet-elle de faire ressortir des constantes, indépendamment de la taille des exploitations. 1 - La cave Pressoir à vin, cuvage et chai sont situés dans un même bâtiment que l on appelle localement la cave. Le terme ne désigne donc pas ici une salle située en partie basse de l habitation, mais bien le bâtiment consacré à la vinification et au stockage des fûts. À la ferme de Pech de Sales, la cave est un corps de bâtiment indépendant construit sur la pente et établi sur deux niveaux (fig. 34 à 37). Le pressoir, aménagé en partie haute est accessible de plain-pied depuis le mur gouttereau. Le vin coulait directement du pressoir dans la cuve maçonnée située au niveau inférieur où étaient aussi stockés les demi-muids. Fig. 34. Vue générale de la cave de Pech de Sales. Fig. 35. Le pressoir situé au niveau supérieur. 5 Archives Communales du Verdier, 3 F, statistiques agricoles. 21

Fig. 36. Partie inférieure supportant le pressoir. Fig. 37. La cuve maçonnée. La cave peut aussi être située à l étage de soubassement d un corps de ferme construit sur un terrain en pente. À la ferme de Fonrigal, au XVIII e siècle, on aménage la cave sous l habitation. Les caves de la seconde moitié du XIX e siècle et du premier quart du XX e siècle se situent dans la majeure partie des cas dans un corps de bâtiment accolé à l arrière de la ferme. Dans ce cas, la cave s implante sur un côté, le plus généralement au nord. Mais elle peut aussi se développer sur deux côtés, adoptant ainsi un plan en L, dispositif utilisé pour l une des fermes de Rossignol (fig. 28). Le pressoir à vin peut se situer à l abri, à l une des extrémités de la cave. Une large ouverture permet de déverser la vendange depuis l extérieur directement dans le pressoir. Fig. 38. La cave de la Capusié, la large fenêtre permettait de déverser la vendange directement dans le pressoir situé à l intérieur. Fig. 39. Le pressoir. Le pressoir a pu aussi être placé simplement à l abri de la remise, disposition qui pouvait être liée à l élaboration du vin blanc, pressé dès la rentrée de la vendange. C est aussi 22

une disposition qui se généralise au début du XX e siècle. Il peut aussi se trouver à l extérieur, non loin de la cave. Plus récemment, dans la seconde moitié du XX e siècle, les presses électriques étaient placées à l étage et le vin se déversait dans la cuve, en contrebas. Les demi-muids (tonneaux de 600 litres) ou plus récemment les cuves en ciment sont placés dans une autre partie de la cave. Fig. 40. À Villaret, la cave a été ajoutée dans le prolongement de la ferme au début du XX e siècle ; le pressoir est dans le fond de la cave et les cuves en ciment sur la gauche. 2 - La remise agricole Souvent présente dans les fermes de polyculture, la fonction de la remise était d abriter les véhicules et l outillage agricoles. Les plus anciennes remises sont de taille réduite et se situent à l articulation de deux corps de bâtiment ce que l on peut voir aux fermes de Vernus ou de Laval. Fig. 41 et 42. Petite remise située à l articulation de deux corps de bâtiment de la ferme de Vernus. Un pigeonnier est logé dans la partie haute. La remise est constituée dans la grande majorité des cas par un corps de bâtiment accolé à un autre préexistant (l étable, le logement, la cave), ne nécessitant ainsi que la construction de piliers régulièrement implantés et d une toiture à un pan. La remise donne parfois accès à l étable. 23

Fig. 43. Remise accolée contre un corps de bâtiment (le Chaltré). Fig. 44. La remise abrite l accès à l étable contre laquelle elle est construite. On l a vu plus haut, la remise peut également abriter le pressoir à vin. Les remises indépendantes correspondent aux exemples les plus récents. Celles datant du premier quart du XX e siècle adoptent aussi une taille beaucoup plus importante puisqu elles étaient destinées à accueillir un plus grand nombre d engins. La remise indépendante se compose de trois murs maçonnés ; elle est totalement ouverte sur le quatrième côté pour faciliter le passage des véhicules. Des poteaux de bois ou pour les exemples les plus récents des piliers de brique supportent la toiture. Fig. 45. Ferme des Marty, remise du début du XX e siècle avec piliers en brique. 3 - L étable Pour les fermes de polyculture, l étable abritait une ou plusieurs paires de bœufs utilisés pour leur force de traction et aussi une ou plusieurs vaches. Elle a pu être identifiée dans 76% des cas. Elle est généralement surmontée de la grange et est alors appelée la grangeétable. 4 - La grange Elle est le plus souvent située au dessus de l étable avec laquelle elle communique par de petites trappes qui permettent de faire descendre le fourrage directement dans les mangeoires. 24

Fig. 46. La grange au-dessus de l étable (Catusse). La grange est aussi parfois située au-dessus de la remise agricole. Fig. 47. La grange située au-dessus de la remise (Le Gasou). 5 - Le logement du maître-valet Un logement de maître-valet ou de régisseur peut prendre place dans la ferme. Il est souvent aménagé dans une partie de bâtiment mais il peut aussi constituer un bâtiment indépendant. À la Capusié, il prend place à l étage des bâtiments agricoles établis en alignement. 6 - Le pigeonnier La fonction de pigeonnier est quasiment toujours présente dans la ferme de polyculture et de viticulture. Trous et grilles d envol principaux sont ouverts au sud-est ou à l est. a - Un bâtiment intégré ou indépendant Dans les exemples les plus flagrants, le pigeonnier constitue une construction indépendante et individualisée, une tour de plan carré ou rectangulaire. Mais seules les parties supérieures sont réellement destinées à l accueil des pigeons ; le rez-de-chaussée fait lui office de petite étable le plus souvent. Il peut dans ce cas être un bâtiment indépendant ou être intégré ou accolé aux corps de bâtiments. 25

Le pigeonnier peut être accolé à d autres corps de bâtiment et se dissocier simplement par sa hauteur et sa toiture en pavillon. Fig. 48. Le pigeonnier d une des fermes du Mas de Landes s inscrit au milieu des corps de bâtiment de la ferme. Autre cas particulier : le pigeonnier associé à un logement. Au nord du village, un bâtiment associe deux niveaux de logement à un niveau de comble aménagé en pigeonnier et couvert par un toit dit en «pied de mulet». Fig. 49. Le pigeonnier-logement. b - Le pigeonnier de comble Le pigeonnier de comble est le cas le plus fréquemment rencontré. La présence d un pigeonnier indépendant au sein d une ferme n interdit cependant pas celle d un pigeonnier de comble. Il surmonte le plus souvent l habitation mais il peut aussi être aménagé au-dessus d un bâtiment agricole ou de la cave. 26

Fig. 50. Le pigeonnier de comble associé à une cave à vin. Dans une ferme du village, le pigeonnier de comble occupe toute la partie haute du pignon. La génoise se poursuit sur les deux rampants du toit et une plaque d envol supportée par un rang de tuile souligne la forme du pignon. Outre le côté esthétique, le traitement du pignon permet ainsi aux pigeons de se poser. Fig. 51. Ferme du village, pigeonnier aménagé dans le pignon. 7 - Les cabanes de vigne Le plus souvent isolées dans le paysage, les cabanes de vigne se rattachent pourtant à une exploitation agricole. Elles constituaient des abris temporaires pour y entreposer quelques outils, s y réfugier à l ombre du soleil ou se préserver des intempéries. On pouvait éventuellement y loger le cheval le temps d une journée passée à travailler dans la vigne. Fig. 52. Cabane de vigne à l ouest de la Guilhabertié. 27

D - Typologie des fermes Rarement construites en une seule campagne de travaux, les fermes résultent le plus souvent de remaniements et d agrandissements successifs survenus au gré des changements d activités. Établir des typologies peut parfois être difficile. Cependant, plusieurs grands types d organisation peuvent tout de même être dégagés. toit 1 - Ferme à corps de bâtiment unique abritant toutes les fonctions sous un même La ferme, à un seul corps de bâtiment, abrite les différentes fonctions : le logis, l étable surmontée de la grange et la cave. Fig. 53. Exemple de ferme à corps de bâtiment unique, Les Garrigues. De gauche à droite on reconnaît la cave, l étable surmontée de la grange et le logement. Le corps de bâtiment unique peut exploiter la pente naturelle du terrain pour ménager des entrées de plain-pied à différents niveaux. La ferme située au nord du village et dont l origine semble remonter au XVIII e siècle illustre cette variante. Fig. 54. Ferme du village à corps de bâtiment unique exploitant la pente du terrain. 2 - Ferme à corps de bâtiments groupés autour du logis 28

Ce type d organisation a été repéré dans des fermes datant de la seconde moitié du XIX e siècle ou du tout début du XX e siècle. Il traduit les différentes phases de constitution de la ferme. L habitation ouvre généralement au sud ou au sud-est et la cave bénéficie de la fraîcheur due à son orientation nord. Les fermes de la Riviérette, de Pech de Sales, du Caussé, de Trémoulet déclinent aussi ce type d organisation. Fig. 55. La Riviérette. Fig. 56. Ferme du Pech de Sales vers 1900. 3 - Ferme à bâtiments alignés ou en alignement Certaines fermes se sont constituées dans l alignement du logis. Grange-étable, chai et cuvage, remise sont construits dans son prolongement. Une variante de cette organisation a été repérée à la ferme du Gasou où les corps de bâtiment s organisent sur un plan en demi-cercle. Fig. 57. La ferme du Gasou. 4 - Ferme à corps de bâtiment organisés de part et d autre de la cour centrale Les fermes s organisent souvent de part et d autre de la cour, permettant de privilégier les accès aux bâtiments. 29

Fig. 58. La ferme de la famille Taillefer à Catusse combine l organisation autour de la cour centrale et à corps de bâtiments alignés. 30