R H Ô N E - A L P E S Pour la première fois en Rhône-Alpes, Bourgogne et Auvergne, la Société Générale récompense des entreprises familiales pour la qualité de leur parcours, en remettant, ce jeudi 12 juin 2014 lors d une grande soirée à Lyon, ses «Chênes du Centre-Est». Stéphane Bourdonnec, Délégué Général, nous explique les fondements de ces trophées. Les vertus de l entreprise familiale Pascal Kyriazis n Quel est le sens de cet événement? Stéphane Bourdonnec : L idée est de mettre à l honneur les entreprises familiales implantées dans les trois régions couvertes par notre délégation. La Société Générale fête cette année ses 150 ans d existence. A l époque, notre banque a été créée pour soutenir le développement du commerce et de l industrie. C est donc tout naturellement que, à l occasion de cet anniversaire, nous avons décidé de revenir à nos racines en récompensant, à cette occasion, les entreprises qui constituent aujourd hui le cœur de notre clientèle. n En quoi les entreprises à capitaux familiaux sont-elles différentes? S. B. : Il existe plusieurs types d entreprises (sociétés cotées, sociétés familiales, coopératives, etc. ) que nous connaissons bien en tant que banquier et que je ne veux pas opposer. L entreprise familiale, elle, a une qualité principale : elle laisse du temps au management pour en piloter le développement et les projets. Alors qu une société cotée en bourse doit afficher des comptes tous les trimestres, et que son cours de bourse peut varier rapidement en fonction de ses résultats, l entreprise familiale est moins soumise à cette pression du temps. Elle peut déployer sa stratégie en ayant une vision de long terme. n On dit souvent que l entreprise familiale est mieux armée pour faire face à la crise. Est-ce aussi votre avis? S. B. : Afin d étudier la nature et le comportement des entreprises familiales, la Société Générale va prochainement lancer, à l Université Catholique de Lyon, une chaire de recherche qui visera à démontrer leurs forces et leurs faiblesses, notamment en période de crise. Une chose est sûre : l entreprise familiale est plus dynamique quand elle sait aussi intégrer des compétences et des expériences extérieures à la famille ; quand elle s ouvre. Le principal risque, pour elle, est de se replier sur elle-même, de se reposer systématiquement sur les hommes et femmes du giron familial. Autre talon d Achille : la difficulté à mobiliser des fonds, dans un univers financier nécessairement plus resserré. n Les actionnaires familiaux seraient donc contraints, à un moment ou à un autre, d intégrer des capitaux extérieurs? S. B. : Encore une fois, le pire, c est le repli sur soi. Il n y a pas de contradiction a priori entre capitalisme familial et capitalisme financier : les deux peuvent même coexister au sein d une même entreprise. La dynamique boursière peut, dans certains cas, stimuler le management d une entreprise restant sous le contrôle actionnarial familial. Autre exemple d ouverture possible : placer un manager extérieur à la famille, au moins pour un temps, dans le but d en sauvegarder la vigueur en période délicate. En tous cas, il est bien fini le temps où pour vivre heureux, il fallait vivre caché. Propos recueillis par Didier Durand Palmarès : Les Trophées des Chênes du Centre-Est 2014 - Grand Prix : Maison François Cholat (p. 2) - Développement Durable : Maped (p. 3) - Innovation : Sam Outillage (p. 4) - Développement managérial : Tresse Industrie (p. 5) - Développement international : MS (p. 6) - Coup de cœur : Sirop Bois (p. 7) - Trophée des internautes : Pichon SA (p. 8) DEPUIS 150 ANS, SOCIÉTÉ GÉNÉRALE ACCOMPAGNE LES ENTREPRISES FAMILIALES DE GÉNÉRATION EN GÉNÉRATION. BANDEAU(Bref)-206X40mm.indd 1 06/03/14 12:15 Les Chênes du Centre-Est 1 Bref Rhône-Alpes
Grand Prix Depuis 1877, cinq générations de François Cholat se sont succédé à la tête de l entreprise éponyme de Morestel qui, de meunerie, a étendu ses activités à la nutrition animale et à la collecte de céréales. La Maison François Cholat : cinq générations au service du territoire C. Delisle Ce qui frappe le visiteur en arrivant dans le hameau de Thuile, près de Morestel, c est l étendue du site Plus de 12 hectares de bâtiments anciens, de moulins, d entrepôts, que la route départementale sépare. Suit le ballet incessant des camions jaunes venus décharger leurs céréales ou charger farines et aliments qui partiront dans les boulangeries et les élevages Puis, lorsque l on pénètre dans l enceinte de la cour, il y a ce bruit assourdissant du moulin et des pressoirs, mais également cette odeur de céréales grillées, de farine et de pain tout juste cuit que le boulanger maison vient de sortir du four pour tester la centaine de farines différentes. De gauche à droite : François Claude Cholat et François Christian Cholat, devant le Moulin de Thuile, datant de 1461. Les deux frères représentent la cinquième génération à la tête de l entreprise. Un moulin datant de 1461 Petit retour en arrière. En 1461, le Moulin de Thuile voit le jour à Morestel, le long de La Save où sont déjà installés quelques moulins. Presque quatre siècles plus tard, en 1877, François Cholat reprend l exploitation du moulin. Il sera le premier d une longue lignée - tous les fils portant comme premier prénom François - à faire de l innovation le fer de lance de la société. Et décide rapidement de remplacer les meules par des appareils à cylindres, véritable révolution pour l époque. En 1901, le fils du fondateur reprend les rênes du moulin qu il équipe en éclairage électrique. Vingt ans plus tard, c est un autre François Cholat qui prend la relève : il investit dans un moteur semi-diesel et des machines permettant de faire passer la production de 25 quintaux par jour à 80! Diversification dans la nutrition animale en 1950 En 1950, le site se dote d une usine dédiée à la fabrication d aliments pour animaux : la marque Le Père François est née. L activité représente aujourd hui 55 000 tonnes d aliments fabriqués uniquement à partir de céréales de la région Rhône-Alpes : nous travaillons à partir de 22 matières premières et avons environ 500 formules (recettes) différentes pour nourrir les ruminants, les volailles, les porcs Nous fournissons ainsi 3 000 élevages de la région dont beaucoup travaillent en AOC et en IGP, explique François Christian Cholat, représentant de la 5 ème génération, arrivé dans l entreprise avec son frère, François Claude, en 1983. Quelques décennies plus tôt, en 1968, c est leur père qui avait créé l activité collecte : elle représente aujourd hui 185 000 tonnes de céréales et oléo-protéagineux issus de la région. Partenaire des boulangers Dans tous ses métiers, la Maison François Cholat a fait le choix de travailler principalement avec des matières premières régionales. Et pour aller encore plus loin dans sa démarche, elle a mis en place la charte Qualité Filière en Rhône- Alpes : Avec elle, nous garantissons la provenance régionale des matières premières et la qualité des produits contrôlés, explique François Claude Cholat, le dirigeant actuel, qui a poussé la traçabilité jusqu à proposer des farines régionales : le pain des Allobroges, la baguette des Sommets, le pavé de Savoye, la tradition des Savoie, la tradition de la Loire A chaque région son pain! Il faut être implacable sur la traçabilité, affirme François Claude Cholat qui a souhaité mettre en place des contrats blé avec les agriculteurs dès 1997. Avec 32 autres moulins français, Les Grands Moulins de Thuile font partie du groupement de professionnels Le Festival des Pains, un réseau qui compte plus de 2 000 boulangeries en France! A chaque génération son projet Alors que les années 90 ont été marquées par la croissance externe - la Maison François Cholat est ainsi présente sur 24 sites en Rhône-Alpes - les années 2000 ont bénéficié de lourds investissements, notamment pour moderniser le moulin. A 137 ans, la vieille dame ne se laisse pas dépasser par les nouvelles technologies sans pour autant renier le bons sens paysan : Notre objectif est d anticiper les besoins de demain, explique François Claude Cholat. L entreprise propose ainsi aux agriculteurs un panel de services comme le guidage par satellites. A chaque génération son projet : L objectif est de transmettre à la génération suivante une entreprise toujours plus solide, résume François Claude Cholat dont le neveu, Francois Pierre, est entré dans l entreprise avant ses propres fils sans doute Maison François Cholat Création : 1877 Corinne Delisle @corinnedelisle Siège : Morestel (Isère) Directeur général : François Claude Cholat Chiffre d affaires 2013 : 82 millions d euros Effectifs : 140 personnes Les Chênes du Centre-Est 2 Bref Rhône-Alpes
Trophée du développement durable Depuis sa création en 1947, Maped s est hissé parmi les principaux acteurs du marché mondial des accessoires scolaires et de bureau. Sous la houlette de Jacques Lacroix, le groupe annecien s est engagé discrètement dans un développement responsable. Maped fait ses classes vertes Jacques Lacroix, représentant de la deuxième génération. Un ancrage régional, une culture industrielle, une identité familiale Des fondamentaux pour Maped (Manufacture des articles de précision et de dessin) qui s est imposé, en quelques décennies, comme un acteur de premier plan dans le domaine des accessoires scolaires et de bureau. Les bases de ce fleuron de l économie haut-savoyarde ont été jetées après guerre par Claude Lacroix. Technicien de formation, mon père a été très jeune déporté en Allemagne. A son retour de captivité, il a été accueilli dans l entreprise «La Précision» dirigée par son oncle, dans la vallée de l Arve. Le transfert dans la région d Annecy d une petite unité de soustraitance de compas en laiton a donné naissance à Maped en 1947, rappelle Jacques Lacroix, son président, arrivé en 1976 à la direction commerciale puis, en 1983, à la direction générale. Concentré sur un savoir-faire issu de l industrie du décolletage, l activité emploie à l époque 80 personnes pour un chiffre d affaires annuel de l ordre de 2 millions d euros. Diversification et international Sous l impulsion de son jeune dirigeant, l entreprise haut-savoyarde, dont l offre mono produit est vieillissante, décide de rompre avec les codes traditionnels pour imaginer un concept la libèrant des contraintes de fabrication tout en abaissant les coûts. Aussi innovant qu esthétique, son nouveau compas remporte un prix du design en France et au Japon. Un choc salutaire pour Maped qui étend son marché en diversifiant progressivement son activité : production de ciseaux en 1985, acquisition du fabricant de gomme Mallat et de Mors (matériel de dessin et de mesure) en 1992. Une dizaine de sociétés seront ainsi rachetées au fil du temps tandis que des unités de production se développent en Europe, Asie, Amérique du Sud. Avec ses 17 filiales, le groupe est aujourd hui présent dans 120 pays. Une politique durable mondiale Ces performances économiques s accompagnent d engagements forts dans le domaine du développement durable : produits éco-conçus, management des équipes et des sites. Après la certification Iso 14001 (environnement) de ses implantations haut-savoyardes (Pringy et Allonzier-la-Caille), le groupe a certifié ses usines en Allemagne, Chine et au Mexique. Concernant l OHSAS 18001 (management de la santé et de la sécurité au travail), les sites français ont été certifiés. L ensemble des unités suivra progressivement. Le respect des hommes et de notre environnement est pour nous tellement évident que nous ne communiquons pas spécialement sur ces aspects, explique Jacques Lacroix. Le dirigeant, très impliqué dans la vie patronale locale, est aujourd hui épaulé par ses fils qui ont rejoint l entreprise après des parcours internationaux. Antoine (35 ans) dirige les activités européennes et les contrats grands comptes internationaux. Romain (33 ans) a pour sa part créé la filiale indienne avant d animer diverses filiales dont celle du Mexique. Les deux trentenaires se préparent à prendre la direction du groupe dont le capital est très majoritairement détenu par leur famille. Leur rôle sera notamment de poursuivre la diversification de l offre, de manière à faire face à la concurrence du numérique. Maped Création : 1947 Siège : Pringy (Haute-Savoie) Président : Jacques Lacroix Claude Thomas Chiffre d affaires 2013 : 160 millions d euros dont 80 % à l export Effectifs : 2 200 personnes dont 220 en Haute-Savoie Les Chênes du Centre-Est 3 Bref Rhône-Alpes
Trophée de l innovation En recherchant de nouveaux relais de croissance, l entreprise stéphanoise d outillage à main renoue avec son passé d innovations. En innovant, Sam construit son futur Ce qui différencie l homme de l animal? C est que le premier a pris une pierre pour tailler, pour dépecer la viande. Ainsi commence l histoire de l innovation selon Frédéric Champavere, qui n est jamais à court d anecdotes. Surtout lorsqu il évoque l entreprise fondée par son arrière-grand-père en 1906. Une société qu il dirige depuis deux ans avec son cousin, Olivier Blanc. Frédéric Champavère. Lorsqu il a repris la direction de Sam Outillage, ce quinquagénaire, qui a fait sa carrière dans l industrie pharmaceutique, a voulu renouer avec l esprit d innovation du groupe familial, à l origine notamment de la clé dynamométrique. Et avec l esprit pionnier de son aïeul, ingénieur civil des mines, qui s inspira de la grande qualité de l outillage à main de l armée américaine pour sa propre production. Un esprit émoussé depuis une vingtaine d années, sans amoindrir la santé financière de la société stéphanoise. Le plan stratégique qu il a mis en œuvre avec Olivier Blanc repose sur les conclusions de l audit qu il avait fait conduire en 2011 en tant qu administrateur. Frédéric Champavere a d abord cherché à reprendre pleinement le contrôle de la société, entre-temps cotée sur Euronext, en lançant une OPA pour la mettre à l abri de fonds d investissement dont il avait pu apprécier la voracité lors de la création d une start-up pharmaceutique. Libérés de cette épée de Damoclès, les dirigeants de Sam Outillage peuvent aujourd hui faire les investissements nécessaires pour remplir leur pipeline d innovations. Cette politique active se double d acquisitions ciblées de sociétés de taille modeste (entre quatre à six millions d euros de chiffre d affaires) et financièrement saines, sur des segments de marché porteurs. Ses deux premières opérations de croissance externe lui ont permis de se renforcer dans l outillage pneumatique en France, et à l international avec une société néerlandaise tournée vers l Allemagne, les pays scandinaves et l Europe orientale. Sam Outillage a également repris, à la barre du tribunal de commerce, une tôlerie spécialisée dans la fabrication de meubles de rangement d atelier, de servantes, dont la production sera relocalisée d Asie en France. Ainsi qu une société high tech, également à Montpellier, sur laquelle Frédéric Champavere reste peu disert. Une clé dynamométrique intelligente L accent est aujourd hui mis sur le développement de produits plus techniques, à plus forte valeur ajoutée. Car Frédéric Champavere en est convaincu : la capacité de fabriquer de Sam Outillage lui donne des compétences pour mieux appréhender les besoins de ses clients et les produits à développer. Cette réactivité va de pair avec sa capacité d innover. L équipe de têtes chercheuses a carte blanche. La société stéphanoise, qui investit 5 % de son chiffre d affaires en recherche-développement, dépose aujourd hui deux brevets par mois. Elle a ainsi innové avec un outillage pneumatique autonome connecté à une petite bouteille d air comprimé, développé en interne en neuf mois. Pour la plus grande satisfaction d entreprises, comme Poma qui doit pouvoir intervenir en tout temps avec un équipement léger sur n importe quelle remontée mécanique. Bien que cette innovation de rupture n ait pas encore suscité de réel engouement commercial sur le marché français, elle enregistre de bons résultats à l export : une commande de soixante-douze équipements a été décrochée en Iran. L entreprise familiale stéphanoise ne compte pas s arrêter en si bon chemin. Elle a dans ses cartons plein d innovations, en particulier des outils connectés comme cette clé dynamométrique dotée d une puce géolocalisable qui débraye d elle-même quand la valeur du couple demandée est atteinte, ou qui peut reconnaître l opérateur qui l utilise. Cet outil intéresse particulièrement l industrie aéronautique. Nous avons bien conscience que si on veut survivre, ce ne sera pas seulement en fabriquant des clés de douze ou des clés à pipe traditionnelles, remarque Frédéric Champavere, mais en innovant, en cherchant de nouveaux relais de croissance. Sam Outillage Création : 1906 Vincent Charbonnier Siège : Saint-Etienne (Loire) Président : Frédéric Champavere Chiffre d affaires : 40 millions d euros dont 25 % à l export Effectifs : 200 personnes Les Chênes du Centre-Est 4 Bref Rhône-Alpes
Trophée du développement managérial Passée du chapelet au blindage électromagnétique de câbles, Tresse Industrie a su se renouveler pour se développer. Elle attaque aujourd hui l industrie automobile. Tresse Industrie tisse son futur Voilà une industrie qui a su se renouveler pour ne pas disparaître! Les tisseurs d Ambert, spécialistes de la tresse et du lacet, sont parvenus à résister, malgré leur enclavement, au déclin de l industrie textile. Certains d entre eux, au départ fabricants de chapelets, exportent maintenant leur production de câbles et autres lignes tressées dans le monde entier. C est le cas de Tresse Industrie. Une diversification progressive Pierre Omerin Le siège d Ambert (Puy-de-Dôme). Fondée en 1906 par Jacques Omerin, la société auvergnate, alors dénommée Omerin et implantée dans le village de Job (Puy-de-Dôme), entamera, deux générations plus tard, sa diversification vers les textiles techniques. Parallèlement à la production de lacets, principale activité de l affaire familiale à cette époque, est alors lancée la fabrication de gaines de protection. Puis, dès 1974, Jacques Omerin, deuxième du nom et père de l actuel dirigeant Pierre, rebaptise l entreprise Tresse Industrie, réaffirmant ainsi son tropisme industriel. Car, progressivement, celle-ci est devenue soustraitant de plusieurs distributeurs de matériels électroniques. Mon père a su être très curieux des évolutions du secteur, ce qui a permis à l entreprise de ne pas se laisser distancer par ses concurrents, explique Pierre Omerin. Grâce à plus de 600 machines, Tresse Industrie peut aujourd hui confectionner des câbles de 3 à 144 faisceaux, tous matériaux confondus (fibres synthétiques, fils de cuivre, nylon, etc.). Familiale et souple C est en 1989 que Pierre Omerin intègre officiellement Tresse Industrie. Pour autant, il ne découvre pas l entreprise : Dès l enfance nous avons été baignés dans l entreprise. L été, dès l âge de 14 ans, j ai travaillé au côté de mon père dans les machines, au plus proche de la production et du personnel. Pour lui, les entreprises familiales ont un atout indéniable : la souplesse. La stratégie ne se décide pas en grands comités, mais parfois au coin du feu, affirme l actuel président. Aujourd hui encore, plusieurs membres de la famille travaillent au sein de la société. Sa sœur est en poste au service achat, alors que son beau-frère assure la direction générale. Par ailleurs, le capital, 100 % familial, est réparti entre les trois enfants de Jacques Omerin, patriarche de 80 ans qui garde un œil bienveillant sur la gestion de la société. Rachat de deux sociétés Basée à Ambert depuis 25 ans, Tresse dispose d un site de production de près de 12 000 m 2. Son chiffre d affaires, qui frôle les 10 millions d euros, est réalisé pour moitié à l export. En tout, près de 50 personnes travaillent dans ses ateliers. En pleine phase de développement, la société vient de racheter deux entités : Electro-Shunt (Ardennes), spécialiste des câbles de connexion souple, et Lejeune (Eure-et-Loir), qui fabrique des gaines tressées en cuivre. Avec ces acquisitions, nous souhaitons nous ouvrir plus encore aux secteurs de l énergie, du ferroviaire ou de l aéronautique, précise Pierre Omerin. En effet, Tresse Industrie s était déjà lancé à la conquête de ces marchés en développant une gaine spécifique à destination de l industrie automobile. Cumulant la fonction de protection mécanique et de blindage électromagnétique, elles sont particulièrement utilisées pour le câblage des phares au xénon. Commercialisée depuis presque dix ans, cette innovation représente désormais près de 25 % du chiffre d affaires total de la société. Et ce chiffre devrait augmenter dans les années qui viennent, assure le président. Reste à savoir qui, au sein de la 6 ème génération, prendra la suite de Pierre Omerin. Pour le moment, tous font leurs études. Et le dirigeant ne veut pas privilégier ses filles, étudiantes à l Ecam, au détriment de ses neveux et nièces. Ils sont quatorze cousins, on verra bien lequel a envie de reprendre. Pour le moment nous n en sommes pas là. Une histoire à suivre, donc Tresse Industrie Création : 1906 Steven Dolbeau @sdolbeau Siège : Ambert (Puy-de-Dôme) Président : Pierre Omerin Chiffre d affaires 2013 : 9,7 millions d euros dont 55 % à l export Effectifs : 50 personnes Les Chênes du Centre-Est 5 Bref Rhône-Alpes
Trophée du développement international MS est champion du monde des stations de traitement et de régénération des boues de forage. Un titre que la société familiale clermontoise défend sur tous les continents. MS fait ses trous à l export A la tête de MS depuis 2005, Cécile Boursin et Alexandre Guillaume continuent à jouer au sable. Mais pas seulement. Après avoir accompagné leur père sur des chantiers, les frère et sœur ont repris la société familiale MS (dénommée originellement Matériel de Sablière) dont ils ont davantage internationalisé les activités. L entreprise de Veyre-Monton, près de Clermont-Ferrand, s est d abord fait une réputation dans la valorisation des sables et des granulats par lavage et classification. Un savoirfaire primordial quand il s agit d en ôter les impuretés pour faire un béton de qualité. Cette expertise, MS l a développée en France avant de l exporter. En Corée du Sud en particulier où son distributeur a créé sa propre entreprise. En échange d un transfert de technologie, la société clermontoise a pris une participation de 12,5 % à son capital. Mining Machinery Company emploie aujourd hui 60 personnes. Un autre partenariat étroit (mais non capitalistique) a été noué au Maroc avec la division Berenger du groupe Premium. Chaque jour, l équivalent de 400 piscines L internationalisation de cette activité a profité d avancées technologiques faites dans le traitement et le recyclage des eaux. Nos installations recyclent chaque jour un million de mètres cube, l équivalent de quatre cents piscines olympiques, explique Alexandre Guillaume. Ces installations ne représentent que le tiers des activités de MS. Les deux autres tiers proviennent de stations de traitement et de régénération des boues de forage de travaux souterrains, extraites lors du creusement de tunnels et de lignes de métro notamment. Que ce soit à New York, à Hong Kong, au Caire, à Sydney ou à Lyon pour l extension de la ligne B. En trente ans, la société familiale s est hissée au premier rang mondial de cette spécialité née de la complicité entre le père de Cécile et Alexandre, et le directeur technique de Bouygues. Frère et sœur, Alexandre Guillaume et Cécile Boursin sont à la tête de l entreprise familiale depuis bientôt dix ans. Une relation qui a débouché sur des joint venture et des groupements d entreprise, comme à New York, Nous devons une fière chandelle aux grandes entreprises du BTP français qui nous ont fait confiance, remarque Alexandre, comme Bouygues pour un chantier olympique à Sydney. MS a également été retenu par Samsung pour un nouveau chantier à Hong Kong. Cap sur le Brésil MS Pour décrocher des contrats dans d autres pays, l entreprise clermontoise doit s adapter constamment, simplifier sans cesse ses technologies pour être plus compétitive dans un contexte concurrentiel accru. Cela nous demande d être ingénieux, observe le président de MS. Mais 90 % de nos achats sont toujours faits en France, souligne Cécile, la financière du binôme formé avec son frère. Un duo très complémentaire, très attaché au fonctionnement de l entreprise familiale qui fait preuve d une grande souplesse. MS met désormais le cap sur le Brésil, un pays qui ne connaît pas la technologie de lavage sous eau des granulats. Un marché difficile qui possède un gros potentiel. La société veut aussi promouvoir sa technologie de séparation liquides/solides, très efficace dans le traitement des eaux issues de chantiers de ruissellement et de rejets d industrie, dans d autres domaines, comme celui des effluents issus de fracturation hydraulique de puits de pétrole. Peut-être en liaison avec un concurrent et partenaire américain avec lequel elle échange des équipements. Elle compte aussi sur le développement d une nouvelle technologie issue de travaux avec l université clermontoise sur l abattage du chrome 6, un polluant présent dans les résidus de béton. Vincent Charbonnier Création : 1976 Siège : Veyre-Monton (Puy-de-Dôme) Président : Alexandre Guillaume Directrice générale : Cécile Boursin Chiffre d affaires : 20 millions d euros dont 80 % à l export Effectifs : 80 personnes Les Chênes du Centre-Est 6 Bref Rhône-Alpes
Coup de Cœur De l exploitation forestière, son métier historique, à la scierie, Sirop Bois a beaucoup évolué. Mais en près de 120 ans d existence, la passion du bois et l amour du travail bien fait ne se démentent pas chez les générations qui se succèdent. Sirop Bois, solide comme un chêne Tout commence avec François, maçon et marchand de bois, l arrièregrand-père de Jean-François et de Philipe Sirop, les dirigeants actuels. Il achetait les bois entourant la nouvelle ville de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), et défrichait inlassablement : à ces emplacements, seront construites les cités minières. François exercera de 1895 à 1925, avant que le deuxième de ses fils, Henri, ne prenne le relais. Pendant vingt ans, celui-ci poursuivra l exploitation. Il s agissait principalement d approvisionner les Houillères de Blanzy - la compagnie des Mines de Monceaux - en étais de soutènement pour les galeries, résume Jean-François Sirop. A cette époque, la société fournit aussi du bois de chauffage pour la cuisson du pain dans les boulangeries, et travaille avec les forges du Creusot. Pour répondre à des demandes de produits plus élaborés (calage, traverses de chemin de fer ), il monte une petite scierie. Et lorsqu il décède accidentellement en 1945, c est sa veuve, Marie-Louise, qui reprend la société : Des ouvriers des mines venaient faire des postes à la scierie ; il y avait un lien permanent de la matière à l utilisateur final, commente Jean-François Sirop. Une scierie à part entière! En 1964, Jean et Georges, deux des fils de Marie-Louise, reprennent l affaire et la font prospérer : Ils ont développé l exploitation forestière en vendant du bois à des usines plus éloignées, et parallèlement, ils ont investi dans leur premier banc de scie, un matériel de scierie moderne, qui leur a permis de passer à une activité semi-industrielle, explique Jean-François Sirop. La société passe de cinq personnes à treize, une taille qu elle gardera au fil des années, et le portefeuille clients s étoffe, avec des menuisiers et des ébénistes. En bref, nous sommes devenus une scierie à part entière, se De gauche à droite : David, Philippe et Jean-François Sirop, les 4 ème et 5 ème générations d une affaire de famille depuis 1895. remémore Jean-François Sirop. En 1994, le dépôt de bilan de plusieurs clients importants - Creusot Loire, la parqueterie berrichonne - a des répercussions directes sur l entreprise. Mais pas question de jeter l éponge. Et alors que la grande majorité des banques se montre frileuse pour apporter les fonds propres nécessaires à la poursuite de l activité, la famille Sirop se serre les coudes, et finit par décrocher un prêt salvateur. Des axes de diversification C est en 1998, que Jean-François et son frère Philippe ont repris la scierie. Nous travaillons quasiment toutes les essences de bois : cela constitue une véritable spécificité à l heure où une grande partie des sociétés industrialisées ne font plus qu une ou deux essences! Les Sirop apportent, en outre, services et conseils à une clientèle de particuliers de plus en plus nombreuse : Sans être une menuiserie proprement dite, nous disposons d un atelier de pré-débit et de rabotage, ce qui permet d aller plus loin dans l élaboration de produits finis : terrasses extérieures, marches d escalier On a notamment Sirop Bois Création : 1895 fabriqué des tables hautes et des tabourets très design, se félicite Jean-François Sirop. La scierie est également reconnue pour sa capacité à fabriquer des pièces spécifiques, pour de gros industriels en particulier, et des choses qui sortent de l ordinaire comme ces pâles en chêne aux lames de mélèze élaborées dans le cadre de la réfection, à l identique, d un moulin de musée. Enfin, l arrivée de David Sirop, le fils de Jean-François, au poste de commercial dans l entreprise, marque la volonté de développer l activité de vente, en direct, auprès d une clientèle de proximité d agenceurs, de menuisiers, de poseurs d escaliers De quoi traverser cette période de crise un peu mieux que les autres, analyse Jean-François Sirop. Nadia Lemaire Siège : Saint-Bérain-sous-Sanvignes (Saône-et-Loire) Cogérants : Jean-François et Philippe Sirop Chiffre d affaires 2013 : 2,7 millions d euros dont 10 % à l export Effectifs 2013 : 14 personnes Les Chênes du Centre-Est 7 Bref Rhône-Alpes
Trophée des internautes Créée en 1947 à Auxerre, l entreprise spécialisée dans la commercialisation et la réparation de moteurs électriques est aujourd hui gérée par le tandem frère et sœur. Frère et sœur en tandem chez Pichon SA C est après-guerre que Jean Pichon, 22 ans à l époque, crée sa société sous forme artisanale. Electro-mécanicien-bobinier de métier, le jeune homme installe son atelier dans la buanderie de la maison familiale d Auxerre. L atelier de réparation faisait 12 m², raconte sa fille Carole. Les débuts ont été difficiles et la progression très lente. Pour le seconder, Jean Pichon embauche, dès 1948, un apprenti de 14 ans qui deviendra plus tard ingénieur. Trois ans après ses débuts, Jean Pichon quitte la buanderie pour un local de 64 m 2 qu il fait construire sur le terrain familial. Il y restera jusqu en 1974, année où l entreprise s installe dans un atelier de 4 800 m 2 sur la zone industrielle d Auxerre. Entre temps, l activité s est développée, notamment pendant la guerre d Algérie : Mon père réparait des moteurs de chars. Ils arrivaient d Algérie avant d y être renvoyés. C est pendant ces annéeslà que Jean Pichon se marie : En 1955, il a épousé ma mère qui était comptable. Elle a tout de suite rejoint l entreprise pour l accompagner dans la gestion et la partie administrative, raconte Carole, second enfant du couple, née en 1961, cinq ans après son frère Didier. Des machines pour envelopper les bonbons En 1965, l entreprise quitte le statut artisanal et devient Société Anonyme. Elle ouvre également un second atelier à Sens, au bord de l Yonne. L activité se diversifie et vient s ajouter, à la réparation électro-mécanique et le Les origines 1947. Carole et Didier Pichon entourent leur mère Claude. bobinage, la construction d automates pour envelopper les bonbons : Mon père a vendu des machines à La Pie qui Chante, se souvient Carole. Puis, l entreprise évolue petit à petit vers un début de service commercial avec la vente de moteurs, contacteurs, et divers matériels techniques. Tous les étés, les enfants Pichon travaillent alors dans l entreprise familiale : Nous avons tout fait, se rappelle Carole. Du bobinage, de l administratif Après son DUT en électronique, c est tout logiquement que Didier intègre l entreprise en 1976. Carole elle, voulait être kinésithérapeute. Finalement, elle fera des études en hydraulique, avant de rejoindre, elle aussi, l entreprise en 1981. Dans les années qui suivent leur arrivée, Pichon rachète les Ets Ostel, anciennement Dargirolle, et la SA Georges Guilleminot, permettant ainsi de développer l activité pompes dont Carole prendra la responsabilité. Cohabitation à quatre Des années de cohabitation à quatre dans l entreprise, Carole se souvient que l on parlait tout le temps boulot au petit-déjeuner, au déjeuner, pendant les repas de famille! Mon père était quelqu un qui avait beaucoup de caractère et il voulait qu on fasse les choses à sa façon! C était un technicien ; il n avait pas du tout cette culture commerciale que l on a développée, mon frère et moi. Ainsi, à la fin des années 80, l entreprise réalisait 80 % de son chiffre d affaires avec les réparations et 20 % en négoce. Aujourd hui, c est 55 % de négoce pour 45 % de réparation. En 1989, Jean Pichon prend sa retraite : Mais jusqu à son décès en 2010, il venait tous les jours dans l entreprise c était son troisième enfant, se remémore Carole. Quelques années plus tard, c est Claude, leur maman, qui part à la retraite : Didier devient alors président et Carole, directrice générale : Mais maman vient toujours nous donner un coup de main! L entreprise, qui va fêter ses 70 ans en 2017, a vu son métier et ses marchés évoluer : Beaucoup de clients industriels ont disparu avec la crise. Et il est difficile aujourd hui de trouver de la main-d œuvre car il n y a plus de formation locale. Nous formons donc nous-mêmes des gens motivés à nos métiers, explique Carole qui, pas davantage qu avant, ne compte son temps! PICHON SA Corinne Delisle @corinnedelisle Création : 1947 Siège : Auxerre (Yonne) et une agence à Sens Président : Didier Pichon DG : Carole Pichon Chiffre d affaires 2013 : 2,7 millions d euros Effectifs : 22 personnes IDM Rhône-Alpes éditeur de : Bref Rhône-Alpes ; La e-lettre de Bref ; Le Guide Economique de Bref ; Le Guide des Acteurs de l Innovation - Directeur de publication Didier Durand - Secrétaire générale de rédaction Corinne Delisle - Secrétaires de rédaction Steven Dolbeau, Nadia Lemaire - Assistantes Bérangère Martel, Pascale Paillet - Abonnements : Aycha Megdoud 04 37 49 77 96, Nadjet Taarabit 04 37 49 77 95 - Publicité : Catherine Saignes 04 37 49 77 91 csaignes@brefonline.com - Directeur marketing Nathalie Serre 04 37 49 77 94 - Bref Rhône-Alpes, Le Factory - 66, cours Charlemagne - BP 2429-69219 Lyon Cedex 2 - Maquette et montage : LUA grafikdesign - Impression : Imprimerie Chirat 42540 Saint-Just-la-Pendue - REPRODUCTION INTERDITE Toutes les photos non signées sont en droits réservés. 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