L UDOPER: une OP construite sur la base des marchés à bétail autogérés A- Présentation de l UDOPER et de ses relations avec les marchés à bétail a. Les marchés à bétail et la naissance de l UDOPER Sur les marchés à bétail traditionnels, l éleveur ne rencontre par l acheteur. Les dilani jouent le rôle d intermédiaire qui négocie un prix avec chacun sans que le prix d achat et le prix de vente ne soient connus. La différence est intégralement touchée par l intermédiaire. La majorité des bêtes est vendue dans les campements, les marchés à bétail sont peu fréquentés. Face à cette situation qui lèse acheteur et vendeur, en 1976 les éleveurs de Gogounou se mobilisent et arrêtent tout apport sur les marchés. Les négociations aboutissent alors à l adoption du principe de marché à bétail autogéré, dans lequel le vendeur négocie directement avec l acheteur, et le dilani est reconverti en témoin de la transaction. Il délivre les tickets de vente faisant foi de la transaction et enregistrant la taxe, payée à moitié par l acheteur et à moitié par le vendeur. La conséquence est une transparence dans les transactions et une hausse des volumes vendus. En 1995 le marché à bétail de Gogounou se dote d un cadre juridique et organisationnel (Association Locale de Gestion du Marché à Bétail de Gogounou, ALGMB) et met en place des outils de gestion du marché, notamment les tickets de vente et l apparition de la fonction des secrétaires. Les ressources issues de ces taxes sont entièrement gérées par l ALGMB et permettent, après la rémunération des agents du marché (secrétaire, transporteurs ), de contribuer à des réalisations socio-communautaires et à l organisation professionnelle des éleveurs. Les responsables du marché de Gogounou démarrent une phase de vulgarisation de la stratégie «MBA» en direction des éleveurs fréquentant d autres marchés. Certains suivent l exemple et les 9 marchés autogérés se mettent en réseau, pour constituer en avril 2001, le RLMS-Bénin 1. Depuis, d autres marchés traditionnels se préparent pour entrer dans le wagon des «MBA» (à Banikoara, Kandi, Tchaourou). La force des MBA est de reposer sur la mobilisation des seuls leaders ; les soutiens extérieurs ne sont arrivés que plus tard (dans les années 90). L attention a été portée dès le début vers les réels besoins des membres, et cette approche a été conservée par la suite. Tous les acteurs directs ont été mobilisés (dilani, autorités traditionnelles, transformateurs, femmes restauratrices, transporteurs ) pour l établissement du nouveau fonctionnement. De plus, les services gouvernementaux, les autorités communales, même les ONG et les entreprises privées ont été impliquées dans son développement avec un esprit de partenariat. Les éleveurs ressentent alors le besoin de se structurer. C est ainsi que l Union départementale des organisations professionnelles des éleveurs du Borgou-Alibori voit le jour en 2002. b. Structuration de l UDOPER 1 Réseau Luumooji Mareefuji Sago du Bénin 1/8
L Udoper, partie de la commune de Gogounou, s est rapidement propagée dans d autres communes : Kalalé, Nikki, Banikoara, Sinendé et Bembéréké. Elle est constituée d éleveurs et éleveuses de ruminants, en majorité des peulhs, et des agroéleveurs. Les producteurs sont associés au sein des Groupements Professionnels des Eleveurs de Ruminants à la base (GPER) et Groupements Professionnels de Femmes Eleveuses de Ruminants (GPFER).Aujourd hui, on compte environ 500 GPER de 20 à 100 membres, et environ 30 GPFER, répartis dans 6 communes du Borgou-Alibori (soit 25 000 éleveurs). Les GPER et GPFER sont regroupés au sein des UCOPER (Unions communales). 6 UCOPER ont donné naissance à l UDOPER ; Les Ucoper des communes comme celles de Tchaourou (2004), Kandi (mars 2005), Segbana (avril 2005), N Dali (avril 2005), sont actuellement comptées comme adhérentes à la structure. Mais d autres attentes sont enregistrées : c est le cas par exemple des communes de l Atacora/Donga dans le septentrion après la tournée de sensibilisation de l Udoper. 18 nouvelles Unions communales ont rejoint la structure entre 2004 et 2007. Les UCOPER sont regroupées au niveau arrondissement dans les UAGPER (Union d arrondissement des GPER). Enfin, l Association Nationale des Organisations Professionnelles des Eleveurs de Ruminants (ANOPER) a été créée en février 2007, par 24 UCOPER c. Les objectifs : Les éleveurs réunis au sein de l Udoper ont adopté dès 2002 leur Plan d action triennal (élaboré par consultation de la base, avec l appui du PPAB/AFDI 2 et de Geram 3 ). 1. Promouvoir la communauté des éleveurs et des éleveuses et améliorer leur représentation 2. Améliorer les conditions techniques d élevage 3. Améliorer la santé des animaux 4. Améliorer la gestion du terroir 5. Améliorer la commercialisation des produits de l élevage 6. Améliorer l information, la communication et le financement des GPER, GPFER et de leurs unions. Si l Udoper a pu bénéficier de l organisation et des ressources des marchés autogérés pour se structurer, c est maintenant les marchés autogérés qui vont avoir besoin de la force de représentation et de défense de l Udoper. d. Les marchés à bétail en crise suite à la décentralisation : Avec l avènement de la décentralisation en décembre 2002 (élections communales), la loi confère aux nouvelles communes la gestion des infrastructures marchandes. Progressivement, les communes vont faire valoir ces nouvelles prérogatives que leur confère la nouvelle loi et revendiquer la gestion des marchés pour leur propre compte. Certains comités de gestion des marchés à bétail sont alors mis en difficultés. L Udoper, afin de les défendre, a organisé un atelier de concertation entre les marchés à bétail et les mairies, avec l appui technique de la SNV 4, en août 2005. A l issue de cet atelier où l exemple de gestion déléguée du marché de Gogounou par la mairie a été salué, les maires étaient favorables à ce mode de gestion du marché à bétail, reconnaissant l intérêt potentiel qu elles peuvent en tirer. En effet, le prélèvement de la taxe de la mairie est réalisé conjointement avec la taxe du comité de gestion par les secrétaires du marché, puis les recettes des taxes sont déposées à la mairie dès la fin du marché. 2 Programme de professionnalisation de l agriculture au Bénin ; Agriculteurs français et développement international. 3 4 ONG hollandaise de développement 2/8
Or, jusqu à présent, on constate la persistance de difficultés importantes entre les marchés et les mairies, y compris pour les marchés autogérés membres du réseau, à l exception de Gogounou et Derassi. La mésentente favorise le retour des intermédiaires, et donc un manque de transparence dans les transactions. Les principes de l autogestion sont menacés, et en conséquent le comité de gestion du marché ne génère plus suffisamment de recettes issues des taxes. Une charte de partenariat entre l association locale de gestion du marché à bétail, l Ucoper et la commune a été élaborée en mars 2006 par l Udoper. Les négociations se poursuivent avec les maires des communes pour l adoption de cette charte, mais jusqu à présent aucune charte n a été signée. Le marché de Gogounou a pu dépasser cette crise en négociant avec le maire de Gogounou l instauration d une taxe supplémentaire acceptable au bénéfice de la Mairie (1.000 F, ce qui porte le montant total de la taxe à 2.000 F par bête) et une gestion concertée du MBA. e. Schéma d autofinancement des services de l Udoper : On note trois 3 grandes étapes dans le schéma de l autofinancement de l Udoper :1.1999-2005: La commercialisation du bétail: contribution des marchés à bétail autogérés, notamment celui de Gogounou au fonctionnement de l Udoper.2.2001-2005: La vaccination du bétail: prélèvement de 25F/tête de bétail vacciné.3.depuis 2006: La mise en place d une cotisation individuelle: prélèvement de 1200F/adhérent de groupement par an (mise en place des cartes de membres) B- Fonctionnement du Service de commercialisation du bétail dans les MBA : gestion des marchés autogérés a. Objectifs Promotion de la commercialisation du bétail pour augmenter le revenu des éleveurs et améliorer l exploitation rationnelle du troupeau. Une nouvelle orientation sur la transformation des produits de l élevage en particulier le lait est née avec la mise en place d une unité de transformation à Gogounou. b. Mécanismes précis (exemple du marché de Gogounou) : La taxe sur les ventes d animaux par espèces est de : Gros ruminants 2 000 F CFA Petits Ruminants 200 F CFA Cette taxe est payée à 50% par le vendeur de l animal et à 50% par l acheteur, en échange d un reçu à souche délivré par les secrétaires du marché. La taxe prélevée est répartie de la manière suivante : gros ruminants : 1 000F CFA au comité de gestion pour assurer la rémunération des acteurs du marché ainsi que pour participer à l entretien, aux investissements et à toute action menée par le marché, 1 000F CFA versés à la commune de Gogounou après chaque marché. petits ruminants : 150 F CFA au comité de gestion, et 50 F CFA à la commune. Clé de répartition des 1000F du comité: 3/8
900 F pour le comité de gestion 40 F pour le réseau des marchés 60 F pour l UCOPER Le comité de gestion prélève en outre : Taxes de chargement des animaux 150f/ tête Taxes de transport 1000f de droit de tours Les taxes aux fraudeurs (variables). Le marché de Gogounou a fortement contribué au financement des activités au démarrage de l Udoper (contributions ponctuelles en plus de la taxe répartie): En 2003 : 736 225 Fcfa, soit 13% des recettes totales de l Udoper. En 2004 : 1 044 825 F. En 2004, le marché de Gogounou a dégagé un Chiffre d affaires de 6 922 400F. La contribution à l Udoper représente donc 15% de son CA annuel. En 2005 : contribution au financement de la construction de la laiterie de Gogounou à hauteur de 916 400F. En 2007: construction d une auberge: 9 000 000 F c. Partage des tâches, responsabilités Ce service est assuré grâce à la mise en place de plusieurs comités au sein de l association locale de gestion du marché : témoins, secrétaires, chargeurs, démarcheurs Le réseau coordonne les différents marchés (organisation de visites-échanges), et l Udoper apporte l appui technique et institutionnel, notamment par la mise en relation avec les partenaires (partenaires au développement, mairies) ou l organisation d ateliers pour la promotion des marchés. d. En quoi le service, en pratique, est pertinent:? A quel besoin répond-il? Ce service permet d assurer un débouché sûr et régulier pour la production des éleveurs membres ou non de l Udoper, y compris les éleveurs de la sous-région. Grâce aux marchés autogérés, les éleveurs vendent leurs animaux au comptant et maîtrisent la vente directe au commerçant en toute transparence. Le revenu des éleveurs a été amélioré (achat des motos, d intrants vétérinaires, mise en place de services de proximité dans les marchés). Dans le processus de mise en œuvre de la décentralisation, les recettes des marchés revenant à la mairie permettent de financer les plans de développement communaux. e. Financement Ce service de mise en marché est entièrement autofinancé, grâce aux taxes récupérées sur chaque transaction par le comité de gestion. C- Le processus de collecte des cotisations 1. 2001-2005: La vaccination du bétail: prélèvement de 25F/tête de bétail vacciné a. Objectifs Maintien de la santé animale et vaccination obligatoire au Bénin : implication des organisations d éleveurs depuis 2001. b. Historique 4/8
Les campagnes de vaccination contre les principales maladies datent de plusieurs années ; il a été observé au fil des ans une augmentation des taux de couverture vaccinale surtout entre 1999 à 2003, période d exécution du Projet d Appui au Développement de l Elevage dans le Borgou (PADEB) ; ces vaccinations, autrefois gratuites, sont devenues payantes et le coût de la dose vaccinale est passé de 35 F FCFA en 1993 à 65 FCFA en 2003 ; avec le dernier arrêté datant de juin 2006, le prix de la dose passe à 130 FCFA (3 doses vaccinales par an). Financement par l Udoper de l organisation de la campagne en juin 2005 : contribution de 6 millions de Fcfa grâce à la cotisation des 25F. c. Mécanismes précis A l occasion des campagnes de vaccination (2 fois par an), les éleveurs prélèvent 25F/tête de bétail vacciné au niveau des centres de vaccination, cette cotisation s ajoute au prix payé par l éleveur pour la dose de vaccin (65F jusqu en 2005). Mécanisme de répartition de la cotisation des 25F : GPER : 10F UAGPER : 5F Ucoper : 5F Udoper : 5F. Soit en 2003: 60 000 F pour l UDOPER, 1 400 000 F via les cotisations des UCOPER d. Partage des tâches, responsabilités : La récupération de cette cotisation se fait sur les lieux de vaccination, par la synergie des secrétaires des groupements, des animateurs et des vétérinaires locaux chargés de la vaccination. e. En quoi le service, en pratique, est pertinent:? A quel besoin répond-il? Cette cotisation adossée au service de vaccination a permis de structurer rapidement les organisations d éleveurs, car cela a permis de financer des activités concrètes : formations en santé animale, alphabétisation, réunions de mobilisation, officialisation des groupements, tracé et matérialisation des couloirs de passage, infrastructures pastorales (retenues d eau), service d animation (recrutement de 1 animateur et 1 animatrice). Les groupements se sont constitués très vite autour des points de rassemblement des éleveurs pour la vaccination. La cotisation a beaucoup joué dans la crédibilité et la capacité de négociation de l OP. f. Financement Ce service est entièrement financé par les éleveurs. g. Difficultés Le coût du vaccin payé par l éleveur a fortement augmenté: de 65 F en 2005 à 130 F en 2006. La décision a alors été prise de suspendre cette cotisation adossée à la vaccination, par crainte d une baisse du taux d animaux vaccinés. 5/8
2. Depuis 2006 : mise en place d une cotisation annuelle des membres : 1200F a. Objectifs Il s agit de renforcer les capacités des membres des groupements de base en leur permettant de mener des actions telles que : formations, alphabétisation, scolarisation des enfants, aménagement de l espace agro-pastoral. La cotisation doit aussi permettre d initier des activités économiques : approvisionnement en intrants vétérinaires et zootechniques, activités génératrices de revenus des groupements féminins. b. Historique Afin de pallier la difficulté de prélever la cotisation lors de la vaccination (hausse du prix du vaccin et diminution de la couverture vaccinale), l Udoper a instauré cette vaccination en 2006. c. Mécanismes précis L Udoper a mis en place des cartes de membres, vendues à 200F, et a formé les animateurs et élus Ucoper à l organisation et à la gestion coopérative. Ainsi, ils appuient les groupements dans la tenue des registres de membres et le paiement des droits d adhésion, parts sociales et cotisations par tous les membres. Des fiches de suivi évaluation sont mis à jour pour apprécier les résultats des différents démembrements de la structure. La cotisation par adhérent est une cotisation annuelle de 1200F CFA, décidée sur la base de l expression de la capacité des éleveurs de cotiser 100 F CFA par mois. La régularité de prélèvement est laissée au libre choix de la structure (hebdomadaire, mensuelle, annuelle). On constate cependant que les GPER ont cotisé à l occasion de la campagne de vaccination. Cette cotisation est également répartie entre les différents niveaux de la structure : GPER : 500F UAGPER : 100F Ucoper : 200F Udoper : 400F Soit en 2006: 1 303 250 Fcfa pour l UDOPER (400 F/ membre), dont 1 088 250 F venant de l UCOPER de Gogounou (ce sont les UCOPER qui centralisent la cotisation). d. Partage des tâches, responsabilités La récupération et la répartition des cotisations sont effectuées par les animateurs et animatrices, appuyés par les élus, parfois par des agents du service de l agriculture. Chaque mois ils versent la part qui revient à la faîtière. e. En quoi le service, en pratique, est pertinent:? A quel besoin répond-il? Cette cotisation qui fait suite à une cotisation adossée à un service, mais qui n a pu se poursuivre, est pertinente car il semble que les membres de l Udoper soient favorables à payer une cotisation dans la mesure où ils reconnaissent l importance du rôle de représentation joué par l Udoper. Ce rôle social est aujourd hui plus important que le rôle économique car il correspond aux premières attentes des éleveurs peulhs du nord-bénin pour la défense de leurs intérêts : sortir de l isolement, prévenir les conflits sociaux, accéder à l éducation et à l alphabétisation. f. Difficultés 6/8
C est cependant un processus nouveau, il apparaît que la collecte des cotisations par les animateurs est problématique (difficulté de rayonner dans tous les groupements). Un relais par les vaccinateurs est envisagé. D- Autofinancement et perspectives a. Situation des salariés de l UDOPER : Avant 2005: 100% des financements viennent du MBA 7 animateurs 1 animateur du réseau 2005 2007: plan triennal multi bailleurs L Udoper a procédé au recrutement entre septembre et décembre 2004 d un personnel technique composé de : un coordonnateur, un technicien en santé animale, un secrétaire-comptable, 6 animateurs et 6 animatrices pour les 6 Ucoper. Ceux-ci sont pris en charge par l Union européenne. De plus, un gardien, un secrétaire du marché, et un chauffeur sont pris en charge par le comité de gestion du MBA de Gogounou. Les salariés après 2007: - Chaque UCOPER finance ses animateurs (cotisations) - Salariés du siège pris en charge par l UDOPER (cotisations, mini-laiterie, taxes marché) et les marchés - Nouvelles embauches b. Situation des marchés : Deux chartes de partenariat entre le marché de Derassi d une part, et Gogounou d autre part, sont en cours de signature respectivement avec les communes de Kalalé et de Gogounou. Les UCOPER sont aussi partenaires de cette charte. Cette charte a pour objet de préciser entre les signataires les modalités de gestion du marché à bétail. Après l atelier sur la gestion concertée des marchés à bétail en août 05, une vingtaine de marchés sont favorables à l adhésion au réseau. 3 marchés à bétail (Abomey, marché de petits ruminants de Cotonou, Suakanon) ont manifesté par écrit leur intérêt d adhérer au réseau RLMS. La difficulté réside dans l appui-accompagnement dans le processus de mise en conformité des textes du marché, préalable à l adhésion. Cette difficulté trouve une solution dans le recrutement d un animateur du réseau des marchés autogérés (RLMS). c. Développement des services économiques intégrés à l UDOPER : Commercialisation du bétail, vaccination, approvisionnement en aliment bétail, transformation. 7/8