Femmes d Asie du Sud-Est



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Transcription:

Femmes d Asie du Sud-Est

Sommaire Actualités Interview Anthony Reid, p.3 Dossier: Femmes d Asie du Sud-Est Les épouses vietnamiennes dans les régions frontalières chinoises, p.8 Les migrantes philippines en région Ilede-France, p.11 De l éducation à la formation des élites féminines intellectuelles au Vietnam, p. 14 Les études sur les femmes et le genre aux Philippines, p.16 Les femmes du ballet royal : du palais à la banlieue de Phnom Penh, p.18 Projets en cours Corpus et catalogue des inscriptions anciennes du Vietnam : fin de la première phase, p.20 Retour de terrain Tourisme, environnement et développement : la basse Kinabatangan, à Sabah, en Malaisie, p.22 Regard de chercheuse Bénédicte Brac de la Perrière, p.24 In Memoriam Pham Đán Bình (1936-2011), p.25 Publications, p.26 Revues, p.30 Thèses, p.34 Annonce Université d été européenne des études sur l Asie du Sud-Est, p.36 Bureau de l Afrase Claire Trân Thi Liên, présidente tltran@nordnet.fr Jérôme Samuel, vice-président jeromesamuel@yahoo.com Annabel Vallard, secrétaire avallard@hotmail.com Elsa Clavé-Celik, trésorière elsaclave@hotmail.com Rédaction : Pascal Bourdeaux, Christine Cabasset, Nicolas Césard, Laurence Husson, Hélène Njoto- Feillard, Vatthana Pholsena, Céline Pierdet, Catherine Scornet Maquette : Agnès De Féo Photo de couverture : femmes de Kompong Cham, Cambodge, 2009, Agnès De Féo. Edito Comme chaque année, la Lettre de printemps annonce le rendez-vous annuel de la vie de l Afrase : notre assemblée générale. Elle se tiendra dans les salons de la maison de l Asie, le 9 juin à partir de 17h. Au-delà des liens tissés à travers la Lettre, le site et Facebook depuis peu, l AG reste un lieu d échanges irremplaçable de convivialité entre les piliers de l association, les membres confirmés et ceux qui nous découvrent seulement. L AG sera évidemment l occasion de faire le bilan de nos activités et, une fois de plus, de tirer la sonnette d alarme concernant les finances. Malgré de nouvelles adhésions, aucune amélioration ne se dessine au point que le financement du représentant de l Afrase au bureau de l Euroseas et la publication papier de la Lettre en deviennent problématiques. Nous avons besoin de votre contribution pour continuer à poursuivre la mission de l Afrase : le renouvellement de votre adhésion, la mobilisation de vos réseaux afin d obtenir un abonnement de soutien auprès de vos institutions de rattachement, votre énergie, enfin, pour faire connaître l Afrase et susciter de nouvelles adhésions. Afin de faciliter celles-ci, notre trésorière a mis en place des modalités de paiement simplifiées en ligne (système Paypal). Nous avons par ailleurs légèrement augmenté les tarifs d adhésion, qui n avaient pas bougé depuis plusieurs années. Ces difficultés financières n empêchent pourtant pas les projets Dès octobre prochain, une rencontre sur le thème «Fonds audiovisuels et connaissance de l Asie du Sud-Est» sera organisée en collaboration avec l Ina. Y seront également conviés d autres institutions comme Bophana, le centre Max Stahl, l ECPAD ; ainsi que des chercheurs travaillant sur ces fonds. Il s agira surtout de présenter aux chercheurs, enseignants chercheurs et étudiants la richesse de fonds largement inexplorés et les outils spécifiques proposés par ces institutions pour trouver et traiter les données audiovisuelles. Pour la rentrée également, nous prévoyons une table-ronde inspirée de l actualité récente : «Regards sur les révolutions arabes à la lumière des modèles indonésien et turc» dans le nouveau bâtiment CNRS/EHESS avenue de France. Plus d informations prochainement sur le site et sur Facebook! En attendant, le bureau de l Afrase vous propose ce nouveau numéro de la Lettre : il s ouvre par un entretien d Anthony Reid, historien de l Asie du Sud-Est et professeur émérite à l ANU. Évoquant son parcours et ses liens avec les chercheurs français, il jette un regard stimulant sur les études sud-est asiatiques au cours de ces 50 dernières années et sur les perspectives futures de la recherche. Le cœur de la Lettre propose un dossier consacré aux «Femmes en Asie du Sud-Est», coordonné par Vatthana Pholsena et Elsa Clavé-Célik. Ce dossier ne prétend pas faire le tour de la question, mais tente de rendre compte d études en cours sur un domaine de recherche qui mériterait d être plus largement développé. Bénédicte Brac de la Perrière nous offre son regard de chercheuse, tandis que Clotilde Luquiau évoque son retour de terrain. Vous retrouvez enfin les traditionnelles et précieuses rubriques de recensions des publications, revues et thèses. N hésitez pas à informer les responsables de ces rubriques ainsi que nos webmestres pour toutes vos informations à diffuser. Claire Trân Thi Liên et Jérôme Samuel Les laboratoires et institutions suivantes soutiennent la Lettre de l Afrase Institut d Asie orientale (IAO), Lyon Institut de recherche sur l Asie du Sud Est contemporaine (Irasec), Bangkok Votre institution ou laboratoire peut également aider la Lettre de l Afrase en souscrivant un abonnement de soutien (100 euros par an). 2 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

Entretien Anthony Reid «L Asie du Sud-Est est la région la plus postmoderne» Claire Trân Thi Liên Lors de la 70 e conférence de l AAS qui s est tenue à Honolulu (Hawaii) du 30 mars au 3 avril, un hommage a été rendu à l historien spécialiste de l Asie du Sud-Est, Anthony Reid, par ses anciens étudiants et collègues, parmi lesquels Pierre-Yves Manguin. Anthony Reid est l auteur de nombreux ouvrages dont le classique Southeast Asia in The Age of commerce 1450-1680. L occasion de discuter à bâtons rompus avec l un des plus francophiles des chercheurs anglo-saxons sur l Asie Sud-Est. Étudiant, pourquoi avez-vous choisi l Asie du Sud-Est comme objet d étude? J ai grandi en Nouvelle-Zélande et j ai commencé à étudier à l université dans les années 1950. À cette époque, l Asie du Sud-Est apparaissait dans le monde académique comme un terrain de recherche nouveau, prometteur, avec des pays récemment indépendants en plein développement. Alors que la Chine était fermée et que l Inde apparaissait comme un espace colonial déjà très investi par les chercheurs. Pour moi, les étudiants d Asie du Sud-Est envoyés dans le cadre du plan Colombo incarnaient l altérité, en comparaison avec la Nouvelle-Zélande très homogène ethniquement. C est donc tout naturellement que je me suis intéressé à cette région. Une autre raison est que mon père a travaillé au début des années 1950 comme représentant des Nations unies à Jakarta et que j y ai passé plusieurs mois. Pourquoi avoir choisi la période du début de l époque moderne (Early Modern Age)? En fait, je n ai pas choisi cette période. Je dirais que c est elle qui est venue à moi lorsqu on m a demandé pour mon premier travail, à l université de Malaya à Kuala Lumpur, d enseigner sur la période du xvi e au xvii e siècles. Mais je n ai vraiment travaillé sur le début de l époque moderne que dix ans plus tard (1). En effet, la thèse que j ai soutenue à l université de Cambridge en 1965 portait sur le xix e siècle : The Straits Settlements and the Contest for North Sumatra : Atjeh, the Netherlands and Britain, 1858-1898 (2). Par la suite, vivant en Malaisie dans les années 1960 et au contact des étudiants, je me suis intéressé à la différence entre la Malaisie et l Indonésie Anthony Reid, professeur émérite, Australian National University (ANU) 1. Anthony Reid, Southeast Asia in The Age of Commerce 1450-1680, 2 tomes, Yale University Press, New Haven and London, 1988 & 1993 ; Anthony Reid, ed., Southeast Asia in the Early Modern Era : Trade, Power and Belief, Cornell University Press, Ithaca and London, 1983. 2. Thèse parue sous le titre The Contest for North Sumatra (Kuala Lumpur, 1969). Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 3

Entretien 3. Kenneth Pomeranz, The Great Divergence: China, Europe, and the Making of the Modern World Economy, Princeton University Press, 2001. Récemment traduit en français : Une grande divergence - La Chine, l Europe et la construction de l économie mondiale, Paris, Albin Michel, 2010. 4. Anthony Reid, Southeast Asia in the Age of commerce, Tome II : Expansion and crisis, chapitre V : «The origins of Southeast Asian poverty». 5. Anthony Reid, «La Structure des villes du Sud Est asiatique (xvi e -xvii e siècles)» in Urbi (Paris) 1 (October 1979) et «Alterity and Reformism: the Australian frontier in Indonesian studies», Archipel 21 (1981). 6. Augustin de Beaulieu, Mémoires d un voyage aux Indes Orientales, 1619-1622, ed. Denys Lombard (Paris: Maisonneuve & Larose, 1996) et Denys Lombard, «Martin de Vitré, Premier Breton à Aceh (1601-1603)», Archipel 54 (1997). pendant la période contemporaine et notamment à la révolution indonésienne. C est donc seulement à la fin des années 1970 que je suis revenu au début de l époque moderne, que j ai plus tard appelée «l âge du commerce». Les questions de «la grande divergence» et des origines du capitalisme (3), à une période où l Europe commençait à dépasser l Asie, dominaient les débats historiographiques. Dans quelle mesure avez-vous été influencé par la pensée de Braudel? En réalité, plus que l émergence du capitalisme, c était plutôt la question des origines de la pauvreté en Asie du Sud-Est qui m intéressait. Mon livre sur l Asie du Sud-Est à l âge du commerce a essayé d y répondre (4). C était une autre façon de poser la question du capitalisme. Les travaux de Braudel et sa thèse sur la Méditerranée apportaient une nouvelle ambition, celle d une histoire totale par une approche pluridisciplinaire (géographique, économique, anthropologique). Les Annales étaient à l époque, pour nous Anglo-saxons, une revue de référence. L accent mis sur les structures et la vie quotidienne m a permis d aborder avec plus de confiance cette période de l âge du commerce. Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec les chercheurs français? En 1978, alors que je commençais à travailler sur l époque moderne, je suis venu en congé sabbatique en France. À l époque, les études sur l Asie du Sud-Est étaient dominées par les personnalités de Denys Lombard et Georges Condominas. J ai travaillé très vite avec Denys Lombard : le fait d avoir tous les deux travaillé sur Aceh, un sujet alors peu étudié, nous a tout de suite rapprochés. Denys Lombard m a proposé de traduire un article pour une nouvelle revue française, Urbi, et de donner une conférence à Paris par la suite publiée dans Archipel (5). Je l ai invité aussi en Australie. Pour lui, l Australie représentait d une manière relativement moins «négative» le monde anglo-saxon. Tous les deux, nous nous intéressions aux sources historiques et je l ai encouragé à éditer à nouveau les récits d Aceh du xvii e siècle (6). Presque dix ans plus tard, en 1987, Denys m a à nouveau invité à Paris et à l EHESS lors d un autre congé sabbatique. Mais à cette période, la bibliothèque du Cedrasemi [Centre de documentation et de recherche sur l Asie du Sud-Est et le monde insulindien] venait de déménager sous la direction de Georges Condominas dans le sud de la France, à Sophia Antipolis. J avais envie de passer quelque mois là-bas avec ma famille. J ai travaillé avec beaucoup de plaisir à la bibliothèque dont s occupait alors Bénédicte Millcent. À l époque, il n y avait pas grand monde dans cette bibliothèque. Les Parisiens étaient déçus par sa perte et Denys m a demandé à mon retour «si j avais bien bronzé»! J ai également été en contact avec ceux qui pour moi représentaient plus largement «l école de Paris» comme Henri Chambert-Loir, Claude Guillot, Christian Pelras et Pierre-Yves Manguin. Ce dernier m a beaucoup aidé en 1987 lors d une conférence que je devais organiser à Lisbonne. Il parle parfaitement le portugais et, grâce à lui, j ai pu entrer en contact avec le monde des historiens portugais, notamment notre hôte Luis Filipe Ferreira Reis Thomaz, professeur à l Universidade Nova de Lisboa. Par la suite, j ai tiré grand profit des travaux de Pierre-Yves et de ses collègues sur l archéologie de l Asie du Sud-Est. Finalement, je dois dire que j ai été très impressionné par la réussite, avec si peu de moyens et de soutien institutionnel, de la revue Archipel. Que pouvez-vous dire sur les différences d approche sur la région entre chercheurs français et chercheurs anglo-saxons? Il me semble qu en Europe, en France et en Hollande tout particulièrement, la tradition orientaliste épigraphique et littéraire était très riche mais l histoire de l Asie restait périphérique. Dans le Nouveau monde, on considère au contraire l histoire de l Asie comme faisant partie intégrante d une histoire des mondes. Aux États-Unis, les sciences sociales étaient à la pointe et les différentes disciplines pouvaient se réunir au sein des area studies. L école australienne se situait entre les deux avec des départements sur l Asie du Sud-Est enseignant les langues et l étude des civilisations mais aussi des spécialistes dans les départements d histoire, d anthropologie, etc. Que pensez-vous du concept même d Asie en général et quel serait, selon vous, la spécificité de la région Asie du Sud-Est? Pour moi, l Asie n existe pas. Ce qui existe, c est le continent Eurasie. L Asie n existe que dans l imaginaire occidental et ensuite dans l imaginaire oriental au prisme du regard occidental. Quant à l Asie du Sud-Est, elle doit exister puisque j utilise ce terme en titre d ouvrages! Cette région existe surtout dans le sens d une culture matérielle. La vie quotidienne au niveau des relations de genres, les croyances, l environnement sont des éléments communs entre les pays de la région. Mais ces marqueurs sont de moins en moins prégnants. Les religions traditionnelles d Asie du Sud-Est sont moins vivaces face aux grandes religions comme l islam ou le christianisme qui deviennent des religions toujours plus globalisées. L Indonésie est plus islamique qu autrefois, le monde des esprits moins important pour les jeunes d aujourd hui. Dans d autres domaines également, 4 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

les personnes sont moins déterminées qu avant par les structures traditionnelles du village, de la riziculture, du climat humide tropical qui caractérisent l Asie des moussons. Aujourd hui, la spécificité principale de la région Asie du Sud-Est réside peut-être dans son pluralisme. L Asie du Sud-Est n est pas autant intégrée par un État comme l est la Chine. Cet espace est caractérisé par des populations des plaines et des populations des montagnes, et donc par une grande diversité de populations, de groupes ethniques, de langues. De par son identité plurielle, l Asie du Sud-Est est la région la plus «postmoderne». Je dirais même que sa prémodernité est aussi une postmodernité dans ce sens où elle a appris très tôt à gérer le pluralisme. Sur ce point, elle se distingue fortement d espaces comme l Europe ou des pays d Asie orientale comme la Chine, le Japon ou la Corée qui ont du mal à gérer la pluralité, élément caractéristique de la postmodernité. La période de l après-guerre et de la guerre froide peut être considérée comme un âge d or des études sur l Asie du Sud-Est. Que pensez-vous de leur avenir? Je crains que le développement des études sur l Asie du Sud-Est soit moins spectaculaire que celles sur la Chine par exemple. On peut parler d un relatif déclin. Mais je reste cependant optimiste. J ai organisé au début des années 2000 une conférence à UCLA [University of California Los Angeles] sur les perspectives de recherche sur l Asie du Sud-Est (7). Les Américains d origine sud-est asiatique sont surtout concentrés à UCLA. Je disais alors qu il y avait deux sources d optimisme. La première est la diaspora. À Berkeley et sur plusieurs autres campus de Californie, près de 50 % des étudiants sont issus de la diaspora asiatique. Et je dirais près de 15% de la diaspora d Asie du Sud-Est. Le développement de l enseignement des langues asiatiques a reposé à la fois sur le politiquement correct («l exigence de la diversité») et sur les revendications des jeunes Vietnamiens, Thais, Philippins qui cherchaient à redécouvrir leur langue d origine. Audelà des étudiants qui cherchaient à obtenir ainsi un easy A a émergé une nouvelle génération de chercheurs très motivés et brillants, qui ont fortement contribué au développement des études sud-est asiatiques. En fait, des chercheuses pour la plupart, car les migrants ne veulent pas que leurs fils deviennent des universitaires inutiles! La seconde source d optimisme est que désormais les études sur l Asie du Sud-Est ne sont plus exotiques, elles sont revenues at home. En effet, l Asean économique et politique a monté des programmes de recherches sur la région, permettant ainsi aux chercheurs sud-est asiatiques de travailler sur des pays voisins du leur. Des chercheurs thais travaillent sur le Vietnam, des Philippins sur l Indonésie. Ces perspectives sont pour moi vraiment excitantes. Tout change et évolue en Asie du Sud-Est et la situation de la recherche est complètement différente de celle des années 1960. Ce ne sont plus les chercheurs occidentaux de Paris ou de Canberra qui parlent ex cathedra de l Asie du Sud-Est, mais un monde globalisé où les interactions se multiplient. Et les Sud-Est Asiatiques parlent pour eux-mêmes. Mais cela ne veut pas dire qu il n y a plus de place pour les jeunes Occidentaux dans les études sur l Asie du Sud- Est. Dans un monde globalisé, les interactions entre l Occident et l Asie sont de plus en plus fortes, non seulement dans le monde économique mais aussi dans le monde académique. Il y a donc pour les jeunes chercheurs occidentaux des perspectives d enseignement dans les universités de la région en plein développement. Il ne s agit plus d être des chercheurs arrogants qui auraient le monopole d un terrain exotique mais d être des passeurs, des intermédiaires qui peuvent faciliter les transactions économiques, la connaissance. Quels sont les questions importantes à étudier en ce début de xxi e siècle? Je dirai d abord l histoire du milieu (environmental history) du point de vue global. Le xxi e siècle montre déjà qu il sera plus dangereux que le xx e, en particulier en Asie du Sud-Est avec les tsunamis, les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, le problème des réserves d eau. Et une perspective sur la longue durée est essentielle. Le champ de la vie quotidienne est aussi à développer. Comment les choses changent-elles? Quelles sont les réactions au niveau du local face au mouvement de globalisation? Par exemple, comment se traduit-il au niveau de l habillement, avec l adoption de l habit occidental ou la préservation de l habit traditionnel? L étude des femmes dans le processus de modernisation me semble à ce titre importante. Il faudrait également s intéresser à l histoire sociale des années 1950 et 1960 au cours desquelles beaucoup de traditions asiatiques ont disparu. En Chine, la recherche d identité s est faite plus tôt dans les années 1920. Dans les années 1950 et 1960, on a cherché à détruire le vieux système social par la Révolution culturelle. En Asie du Sud-Est, ces années ont été aussi marquées par un besoin de modernité et d identité nationale, après une période coloniale rejetée pour sa «préservation» des traditions sclérosées. Il faudrait analyser comment ce refus des traditions asiatiques millénaires est arrivé, et pourquoi? Quel fut l impact de l ère Meiji et de sa modernité en Asie du Sud-Est? Puis, alors que la tradition est morte, l idée de «retraditionalisation», de reconstruction de quelque 7. Anthony Reid, Southeast Asian Studies : Pacific Perspectives, Programme in Southeast Asian Studies, Arizona State University, 2003 Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 5

Claire Trân Thi Liên Entretien Derniers livres d Anthony Reid Mapping the Acehnese Past, ed. by R. Michael Feener, Patrick Daly, Anthony Reid, KITLV Press, 2011. To Nation by Revolution: Indonesia in the 20th Century, NUS Press, Singapore, 2011. Imperial Alchemy : Nationalism and Political Identity in Southeast Asia, Cambridge University Press, 2009 Deux livres à paraître au Nalanda Sriwijaya Centre Anthony Reid and the Study of the Southeast Asian past, ed by Geoff Wade et Li Tana, Iseas Publishing, Singapour, 2011. Early Interactions betwee, South and Southeast Asia, reflections on Crosscultural Exchange, ed by Pierre-Yves Maguin, A. Mani et Geoff Wade, Iseas Publishing, Singapour, 2011. chose de moderne avec du traditionnel est assez révolutionnaire, en particulier dans l espace urbain. Les exemples de recours aux valeurs confucéennes par Lee Kuan Yee pour soutenir le développement de Singapour ou, ailleurs, aux valeurs de l islam, du bouddhisme et du christianisme sont à étudier. Une autre thématique à développer est celle de l idéologie religieuse. Il me semble qu on a donné trop d importance à la construction de l État en Asie du Sud-Est, et pas assez aux religions, comme «ciment social» essentiel. Parallèlement aux changements économiques extrêmement rapides, les mutations religieuses et idéologiques me semblent une question centrale pour la région : l émergence d un capitalisme évangélique et d un islam capitaliste, les questions du salut personnel et de la moralité, celle des valeurs à développer dans un contexte de globalisation. L islamisation de l Asie du Sud- Est sur la longue durée (du xvi e au xx e siècle) mérite d être approfondie. Quel sont vos projets actuels et vos dernières publications? Je suis actuellement engagé à l Institute of Southeast Asian Studies de Singapour dans le Nalanda Sriwijaya Center Dans le cadre de l Institute of Southeast Asian Studies à Singapour, le Centre Nalanda Sriwijaya entend étudier les interactions historiques entre et dans les sociétés et civilisations asiatiques. Il s agit de comprendre comment les pouvoirs politiques et sociétés asiatiques ont interagi dans le temps à travers les échanges religieux, culturels et économiques, ainsi qu à travers les réseaux des diasporas. Enfin, le centre s intéresse aux manifestations d hybridité, de convergence projet Nalanda Sriwijaya Centre qui s intéresse aux interactions historiques entre les sociétés et les civilisations asiatiques. L idée principale de ce projet est de considérer l Asie du Sud-Est comme une région médiatrice nécessaire entre les deux centres que sont les mondes indien et chinois, restés plus fermés, soucieux de se protéger des invasions. Au contraire, l Asie du Sud- Est maritime s est montrée plus ouverte. L histoire de la médiation réalisée par l Asie du Sud- Est est importante. Ce que l Europe a connu de la Chine, elle l a apprise d abord en Asie du Sud-Est. Il y a aussi un projet novateur sur l histoire du milieu dans la région de l Océan indien. Je suis par ailleurs revenu au contemporain avec la publication d un livre sur le nationalisme. Après une longue carrière d historien à laquelle vos collègues ont rendu hommage lors de la conférence de l AAS, quelle est votre vision de votre discipline, l histoire? Pour moi, l histoire est mouvement, interactions. Elle ne doit pas se limiter. En même temps, je pense que la discipline historique doit garder son côté old fashioned. Je veux dire par là l idée du dur travail sur les documents qui demande beaucoup d énergie, une bonne connaissance des langues. Et en particulier des langues anciennes qui permettent aux jeunes de se connecter avec le passé et de le comprendre. Le passé n est pas statique. Il est toujours nouveau. Le passé est une redécouverte du présent et le présent crée de nouvelles questions pour le passé. Ainsi par exemple, le tsunami de ces dernières semaines m a fait prendre conscience que, dans mes travaux sur l économie en Asie du Sud-Est, je n avais pas pris en compte ces phénomènes sismiques qui ont pourtant fortement marqué sur la longue durée la région et donc son économie. Ainsi le tsunami qui s est produit au xiv e siècle à Sumatra (dévoilé récemment par la science) modifie notre compréhension historique. Étudier la gestion de ce risque dans le temps permettrait, je pense, d aider à comprendre le présent. Entretien réalisé par Claire Trân Thi Liên, Honolulu, le 2 avril 2011 dans une Asie globalisée. Le projet s intéresse donc aux influences interculturelles et aux connections en Asie du Sud-Est (Nalanda) dans une région considérée comme en centre essentiel de médiation et entre les grandes civilisations (Sriwijaya). Le centre diffuse ses recherches par le biais de publications, de conférences et proposent des bourses postdoctorales en collaboration avec l IIAS. http://nsc.iseas.edu.sg/ 6 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

Dossier Le village de Đồng Quang (province de Bắc Ninh), village de métiers autour de Hanoi, a connu un essor important au cours des dix dernières années (fabrication et exportation de mobilier en bois vers la Chine, le Japon, vers l Europe). Catherine Scornet Femmes d Asie du Sud-Est Dossier coordonné par Elsa Clavé-Celik et Vatthana Pholsena Le caractère relativement égalitaire des relations hommes-femmes en Asie du Sud-Est a longtemps fasciné les commentateurs en Asie et en Occident. Au sein des sociétés précoloniales, les femmes jouissaient d une position influente, aussi bien dans la vie sociale, économique que dans la sphère politique : officiantes de rituels, intermédiaires privilégiées dans le commerce, reines ou régentes, femmes soldats Les études sur la place des femmes dans ces sociétés ont su relativiser ce qui relevait du mythe et en ont retenu un constat : les femmes en Asie du sud-est occupaient un espace et possédaient des possibilités d action beaucoup plus larges dans le passé. Les conditions économiques, sociales et politiques des sociétés modernes en Asie du Sud-Est, à l ère des économies mondialisées, auraient participé à l affaiblissement de la condition féminine dans la région. Mais les femmes ont-elles vraiment perdu de leur marge de liberté? S est-il amoindri ou bien plutôt déplacé? La réponse n est pas si simple, comme le montrent Caroline Grillot et Asuncion Fresnoza-Flot dans leurs contributions. Les mariées vietnamiennes ne sont pas nécessairement des victimes, car se marier de l autre côté de la frontière chinoise relève aussi de choix et de trajectoires de vie courageuses. Les travailleuses philippines, aux prises avec une société patriarcale où le divorce n est pas légalement permis, quittent leurs familles mais réaffirment en même temps leur rôle social et familial en émigrant. Qu en est-il des théories féministes contemporaines, souvent dénoncées comme un ensemble de concepts étrangers inadéquats à saisir la réalité sud-est asiatique? Elles ne sont pas toujours déconnectées de la réalité contemporaine. Elles l influencent même parfois. Et ce sont les relations entre pensées féministes et société vietnamienne moderne et contemporaine que le centre de recherche et de formation Genre et Société de l université Hoa Sen à Hồ Chí Minh Ville propose, entre autres, d explorer. Les Gender Studies, bien développées dans le monde universitaire anglo-saxon, impulsent les dynamiques de recherche aux Philippines. Si certains biais sont parfois regrettables, comme le souligne Gwenola Ricordeau, on souhaite à la recherche française les mêmes réalisations. Enfin, notons que les études sur les femmes constituent un domaine de recherche riche et innovant qui permet d aborder l histoire et la culture des pays et des régions sous un angle intime et original. L un des meilleurs exemples en est donné, dans ce dossier, par Suppya Nut qui présente sur la longue durée la trajectoire des danseuses du Ballet royal du Cambodge de l époque angkorienne à l après Khmer rouge. Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 7

Dossier Ambiguïté et impasses de vies Les épouses vietnamiennes dans les régions frontalières chinoises Zhang Juan Souvent perçus comme résultant de motivations économiques, les mariages des Vietnamiennes avec leurs voisins chinois relèvent de situations personnelles complexes qui ne trouvent pas forcément de solution une fois la frontière passée. De l autre côté, de nouvelles difficultés les attendent, engendrant des situations sociales et conjugales parfois moins faciles que celles de leur pays d origine. Frontière sinovietnamienne vue de Hekou, province du Yunnan, Chine (2009) Depuis quelques années, les mariages de jeunes femmes vietnamiennes avec des hommes de diverses régions d Asie orientale font l objet d une attention particulière, aussi bien au Vietnam que dans leurs pays d adoption (Singapour, Corée du Sud et Taiwan principalement). Ce dont on parle moins sont les alliances contractées entre hommes et femmes de part et d autre de la frontière terrestre entre le Vietnam et la Chine. Ancrés dans le cadre d échanges commerciaux et culturels qui s inscrivent dans une certaine continuité historique, ces alliances matrimoniales ne génèrent pas moins de questions restées irrésolues pour les autorités administratives comme pour les communautés. Qui sont ces femmes qui choisissent aujourd hui de s unir à un conjoint chinois plutôt qu à un époux vietnamien? Qui sont ces hommes qui les recherchent ou les évitent? Pourquoi et comment de tels couples mixtes se forment-ils dans ces espaces particuliers et en quoi suscitent-ils aujourd hui curiosité ou controverse? Les régions frontalières entre la Chine et le Vietnam ont depuis des siècles vu se mouvoir des populations d origines géographiques et ethniques diverses. En soi, les unions matrimoniales mixtes ne sont pas une exception ici plus qu ailleurs en Asie du Sud-Est. Or, depuis presque deux décennies, la réouverture officielle des postes frontaliers et la politique de contrôle des flux migratoires, qui l ont progressivement accompagnée, se heurtent à ces pratiques locales qui se sont longtemps passées de permission et bénéficiaient de complaisance. À ceci s ajoute la mise en place de la politique de contrôle des naissances, et la complexité d un système d enregistrement au registre d état civil des populations dans les deux pays, éléments qui obligent désormais les couples mixtes à régulariser des situations conjugales jusqu alors principalement validées par les familles et les communautés impliquées. Cependant, outre cette question de la reconnaissance légale d unions communément contractées localement, se pose aujourd hui la question du libre choix des époux, plus particulièrement des épouses. Le respect des droits humains progresse et l observance des conventions internationales sur les migrations obligent les pays à s intéresser aux pratiques qui vont à leur encontre. Souvent présentées par les activistes comme des femmes pauvres, peu éduquées ou mise à l écart du marché matrimonial vietnamien, ces femmes sont dépeintes, une fois la frontière franchie, comme des victimes d entremetteurs avides, de maris abusifs et de communautés indifférentes. Pourtant, force est de constater la complexité d un phénomène qui brouille aisément une présentation dualiste des choses. Certes, les mariages forcés sont légion, mais ne persistent-ils pas dans bien des régions rurales des deux pays? Certes, on manque de femmes mariables dans certaines provinces septentrionales chinoises, mais le recours aux femmes d ailleurs est une pratique répandue au sein du pays depuis que la libre circulation des individus est autorisée, voire encouragée. Les alliances transfrontalières sont donc surtout à envisager comme l extension géographique d une tendance marquée au sein de la Chine même : celle des migrations pour mariage. En revanche, c est en prenant le temps d écouter les femmes, les hommes et les membres des communautés que concernent ces mariages 8 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

Caroline Grillot transfrontaliers, que l on perçoit les failles d une présentation simpliste. Ainsi, ce sont surtout les parcours complexes des uns et des autres qui apparaissent à l origine d un choix peu conventionnel. Il devient évident que malgré les similitudes culturelles entre le Vietnam et la Chine qui pourraient pousser les célibataires à envisager sans appréhension un rapprochement conjugal, un tel choix fait rarement l unanimité auprès des familles et de la société. Pourquoi? Les différents historiques, les conflits armés encore récents, les méfiances mutuelles et des méthodes commerciales encore peu harmonisées entre les désormais «partenaires économiques» peinent à rassurer et rendre attrayant un engagement personnel et intime avec son voisin. Si certains couples bravent les remarques, se moquent des illégalités et parviennent à leur fin, c est qu il existe des motivations différentes de la perspective d une amélioration du niveau de vie. En explorant les récits de vie des conjointes vietnamiennes de Chinois, on découvre l impact de stigmas condamnant l accès au mariage conventionnel. Affectées par des secrets de famille dévoilés, des parcours de jeunesse tourmentés, des grossesses extraconjugales, des mariages ratés ou abandonnés, elles sont parfois d âge trop avancé et voient leur aspiration au marché matrimonial local s éclipser à la faveur de plus favorisées. Différents parcours et trajectoires Thao, fille illégitime de son père encombre sa famille une fois la cellule familiale éclatée. C est ainsi qu à dix-sept ans, elle se retrouve placée auprès de sa tante qui la vend en Chine à la tenancière d un bordel. Farouche, elle parvient à négocier un mariage avec le cadet désintéressé d une famille modeste. Abusée et délaissée, elle parvient à repartir s installer dans une ville frontalière vietnamienne pour y travailler et élever son fils. Elle s y remarie avec un artisan vietnamien, à peine plus préoccupé de son équilibre affectif, et donne naissance à un second enfant : «Le destin ne m a pas gâtée, il faut faire avec, mon père déjà m avait abandonnée, ça continue.» Phuong fut mariée au Vietnam à un homme qui lui donna deux enfants. Trompée, elle brave la convention qui recommande la tolérance pour les écarts adultérins des Vendeuse de rue vietnamienne, Hekou, province du Yunnan, Chine (2009) Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 9

Dossier maris et divorce. Elle part travailler à Taiwan trois ans, rentre à Hanoi et s achète un terrain où elle fait construire une maison pour ses enfants et son avenir. Pourtant, son commerce des fleurs la fait venir régulièrement à la frontière où elle se laisse convaincre par une entremetteuse d épouser un Chinois sans le sou, manutentionnaire et également divorcé et père de trois filles. À 42 ans, après quelques mois de romance, elle lui donne un fils et vit avec lui dans une pièce sans eau d une ville frontalière chinoise, sans réel plan d avenir. Ni Thao ni Phuong n ont vu leur mariage par leur entourage. Dans la province voisine vit Dung, jeune interprète amourachée d un commerçant avec qui elle parvient à se marier officiellement. Tous deux vivent à la frontière côté chinois avec leur petite fille et parviennent au fil des ans à dérouter les commérages qui faisait de l une la naïve amourachée d un autre trop démuni pour trouver mieux. De l autre côté de la frontière, Van attend la visite mensuelle de son compagnon chinois, dont elle montre les messages attendris, tandis que sa meilleure amie Huyen profite de son absence pour dépeindre l amoureux sous les traits d un homme d affaire déjà marié refusant de tout quitter pour un avenir incertain avec sa maîtresse et son fils. On apprend plus tard que leur voisine, Huong, a abandonné un mari violent et laissé un enfant encombrant à sa famille pour trouver le partenaire «idéal» en Chine. Diu nie des années de prostitution en jouant l épouse dévouée à son mari qui, lui, n avoue pas à sa propre famille que tenir un bordel frontalier constitue son activité professionnelle. Des échecs, des stigmas, des carrières de filles de joie à camoufler, un désir d émancipation ou de simples concours de circonstances bienvenus ou malheureux sont autant de motifs à l origine des rencontres entre ces Vietnamiennes et leurs partenaires chinois. Abusées, désabusées ou éprises, elles tentent toutes à leur façon de s accommoder d un passé qui les condamne au mépris ou à l exclusion sociale chez elle, ou d un présent qui peut autant les exposer aux trahisons, difficultés et suspicions. La diversité de parcours de ces femmes et l ambigüité de leurs trajectoires engendrent une image problématique. La présence des Vietnamiennes en Chine ne laisse donc personne indifférent et complique l intégration des couples mixtes. En effet, les représentations sociales ou la validation collective d une image donnée dont sont l objet les Vietnamiennes pèsent autant sur la réputation de leur compagnon-partenairefiancé-mari. Pour beaucoup, ces femmes ne seraient que des séductrices opportunistes et sans cœur, prêtes à investir leur affection et leur corps dans une relation pour une vie meilleure et leurs familles restées au Vietnam. Pour certains, elles tombent sous la domination d hommes qui s accommodent mal de la compétition sur le marché matrimonial chinois et de l exigence grandissante des femmes de leur pays. Ces derniers chercheraient donc en ces voisines des épouses idéales et dévouées. Tous ces stéréotypes pourraient n être qu anecdotiques s ils ne tendaient pas à définir ces mariages et n affectaient pas la possibilité pour ces couples de vivre harmonieusement dans leurs sociétés respectives et peu respectueuses à leur égard. Les autorités compétentes semblent également persister dans l obstruction à la légalisation d unions qui heureusement ne découlent pas, ni ne conduisent toutes, à une tromperie. Les Vietnamiennes se retrouvent donc pour la plupart dans une situation affective et sociale précaire et se heurtent souvent à des réalités qu elles n envisageaient pas si complexes. Car leur élan vers un avenir conjugal en Chine, lorsqu il est désiré ou attrapé au vol, a bien souvent été encouragé par des représentations sociales constamment entretenues côté vietnamien : des échos sur les conditions de vie meilleures, les hommes responsables et travailleurs, un âge au mariage plus avancé, les possibilités de travail mieux rémunéré, voire une société plus tolérante. La satisfaction autant que la désillusion accueillent les candidates volontaires. Quant aux infortunées et aux naufragées, déjà marginalisées par les circonstances ou un parcours personnel, il n est souvent pas question de renoncer et il leur faut s accommoder de compagnons imparfaits et de situations quotidiennes souvent difficiles à vivre. Ces dernières conduisent à l isolement ou au mépris déguisé dans une société où la compassion devient rare, d autant plus envers un parent démuni. Ainsi, la pauvreté, le célibat prolongé ou l échec conjugal, sources de discrimination, sont souvent à l origine de ces alliances de circonstances entre des hommes et des femmes qui tentent de fonder une famille, comme le demande la norme. Il faut ici rappeler l importance des points de vue extérieurs. Dans des sociétés pour lesquelles le mariage est moins une affaire personnelle que le résultat de négociations menées pour le bien de deux familles, le choix d une union mixte qui se passe souvent de reconnaissance sociale devient, par la force des choses, sujet de débat. Objet de suspicions et de griefs, les Vietnamiennes qui partent vivre auprès d un compagnon en Chine doivent bien souvent lutter pour acquérir une position conjugale et sociale plus envieuse que celle qu elles auraient pu maintenir au Vietnam. Caroline Grillot carolinegrillot@hotmail.com Doctorante en anthropologie, université Macquarie, Australie, en cotutelle avec l université libre d Amsterdam 10 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

Migration, travail et famille Les migrantes philippines en région Ile-de-France La migration des Philippines vers la France se traduit en plusieurs termes : désir d autonomie, quête de pouvoir et désir d accéder à une mobilité géographique et sociale. Les obligations familiales, ressenties comme une tâche maternelle et primordiale à accomplir, empêchent malgré tout l émancipation. Le phénomène de mondialisation et la libéralisation des marchés facilitent la migration dynamique des femmes à l échelle globale. Près de la moitié des 214 millions de migrants dans le monde sont des femmes, principalement employées dans le secteur des services à la personne (OIM 2010). Parmi ces migrantes, les femmes philippines occupent une place importante au sein du marché global de la main-d œuvre semiet hautement qualifiée. En France, elles sont principalement concentrées dans les grandes villes, notamment en région Île-de-France. L immigration philippine a commencé dans l hexagone à la fin des années 1970 en provenance de pays du Moyen-Orient qui connaissaient à cette époque des troubles : le Liban en 1975, l Iran en 1979-1980 et l Irak en 1980. Des migrantes philippines ont été alors amenées en France par leurs employeurs venus s y réfugier. Après la guerre, la plupart d entre elles ont décidé d y rester. Elles ont été rejointes au cours des années 1980 et 1990 par des membres de leur famille généralement dans le cadre du regroupement familial. On observe également à partir des années 1990 l arrivée de Philippins porteurs de visas touristiques ou ayant échappé à leurs employeurs lors de vacances à Paris. La population immigrée philippine en France augmente ainsi rapidement, passant de 31 850 en 2001 à 50 013 en 2009 (CFO 2010). La vague migratoire philippine vers la France s inscrit dans le phénomène global de la migration des femmes seules liée à «l informalisation des activités productrices» dans les pays développés (Sassen 2005). Au niveau individuel, les femmes migrent pour des raisons économiques (soutien à leur famille) ou sociales et personnelles (recherche d autonomie) (Oishi 2005; Roulleau-Berger 2010). Cependant, «l oppression subie et la subordination des femmes dans les sociétés de départ n ont rien d individuel» (Morokvasic 2005:63). C est la situation globale des femmes dans leur société d origine et au sein de leur famille qui est responsable de leur motivation de partir travailler à l étranger. Identifier la motivation fondamentale des femmes migrantes apparaît indispensable pour comprendre la façon dont elles mènent leur vie en migration. Les études abordant cette question tendent à examiner séparément et par tranches (vie professionnelle, vie familiale, vie associative) la vie de ces femmes, obscurcissant souvent le lien entre ces parties. Cet article vise à pallier partiellement cette lacune à travers une analyse de la situation des mères migrantes philippines dans la région Île-de-France : comment vivent-elles en France? Quels facteurs permettent d expliquer leur migration? Nous nous sommes intéressée à ces questions au cours de notre thèse de doctorat (Fresnoza-Flot 2008) qui portait sur la dynamique familiale des mères migrantes philippines en France. Pour mieux comprendre la situation de ces femmes, nous avons effectué des observations et des entretiens semidirectifs en région Île-de-France avec cinquante migrants philippins dont trente-cinq mères séparées de leur famille restée au pays. Nous nous sommes également rendue aux Philippines pour nous entretenir avec les membres de ces dernières. Dans cet article, nous examinons la Asuncion Fresnoza-Flot Les migrants philippins, en majorité catholiques, se réunissent tous les dimanches aprèsmidi pour la messe à la chapelle Sainte- Bernadette dans le xvi e arrondissement. Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 11

Dossier Asuncion Fresnoza-Flot Un magasin philippin du xvi e arrondissement de Paris (quartier où la plupart des migrants philippins travaillent comme domestiques) logique de leur immigration et explorons la façon dont elles dirigent leur vie pour parvenir à satisfaire leurs obligations familiales tout en poursuivant leur projet personnel. Causes de l immigration philippine en France Dans le cas des mères interviewées, la décision d immigrer en France apparaît résulter de l interaction entre la capacité d initiative de ces femmes et les attentes de leur famille. Cette décision est également influencée par l inégalité de genre et le contrôle social que subissent ces femmes au sein de leur famille et de la société philippine. La majorité des migrantes interrogées expliquent leur départ par leur désir d améliorer la qualité de vie de leur famille et de soutenir la scolarisation de leurs enfants. Ceci explique pourquoi 27 des 35 mères interviewées travaillaient déjà hors de la maison avant même d émigrer. Cependant, leur salaire ne suffisait pas pour subvenir aux besoins de leur famille. En effet, malgré la parité observable entre les hommes et les femmes sur le marché du travail aux Philippines, le salaire de ces dernières reste plus bas que celui de leurs homologues masculins. Cette subordination s observe également au sein de la famille : en raison de la division genrée des rôles au sein de la famille, les mères assument seules la quasi-totalité des tâches domestiques, et ce même si elles ont un travail à l extérieur de la maison. Une autre raison fréquemment citée par les mères interviewées pour expliquer leur départ est la relation conjugale conflictuelle : parmi les 35 mères interviewées, 11 étaient déjà séparées de leur conjoint au moment de leur départ (le divorce n existe pas aux Philippines), tandis que quatre autres affirment avoir décidé d émigrer afin d échapper à leurs problèmes conjugaux (voir également Mozère 2004). Enfin, l émigration de certaines femmes trouve sa source dans leur rêve de voyage à l étranger et tient donc à la curiosité. Ces femmes désirent accéder à une mobilité géographique et à une autonomie individuelle qui leur semblent hors de portée dans la société philippine. En effet, les violences à l encontre des femmes (homicides, viols) décrites chaque jour dans les médias créent une psychose empêchant la plupart des femmes de sortir seules de chez elles le soir ou de se rendre seules dans des endroits qu elles ne connaissent pas. Dans ce cas, la violence devient une forme de contrôle social sur les femmes, renforçant l opinion héritée de la colonisation espagnole selon laquelle la place appropriée d une femme est à la maison. La vie ici et ailleurs des migrantes philippines Les mères interviewées consacrent la plus grande partie de leur vie en France à travailler afin de pouvoir remplir les obligations et les attentes de leur famille restée au pays. Leurs objectifs individuels et familiaux, ainsi que leur statut juridique (régulier ou irrégulier) structurent leur vie quotidienne en migration. Seuls leurs loisirs et leurs activités associatives viennent quelque peu égayer cet ordinaire. La situation juridique des migrantes philippines influence la façon dont s organise leur vie en France. Parmi les 35 femmes interrogées, seules 19 étaient en situation régulière au moment de nos entretiens. Les autres, sans-papiers, vivent dans la peur d être arrêtées par la police et travaillent «au noir» sans cotiser à la retraite ni à la Sécurité sociale. La plupart de ces femmes préfèrent travailler à temps plein, car un tel emploi offre normalement un logement gratuit. Les autres femmes en situation irrégulière partagent une colocation avec d autres migrants philippins et cumulent plusieurs emplois domestiques. Ces deux modes de résidence offrent aux migrantes philippines sans papier une certaine sécurité et les protègent d éventuels problèmes avec la police. À l inverse, les migrantes en situation régulière habitent souvent seules. Quel que soit leur statut juridique, les migrantes subissent une isolation sociale liée à leur travail : elles ont souvent peu de contacts avec leurs employeurs et peu d interactions avec la population locale. De plus, les migrantes interviewées sont séparées de leur famille restée au pays. Pour pallier cette séparation, elles négocient leur absence à travers des contacts téléphoniques, en envoyant de l argent, des cadeaux ou en rendant fréquemment visite à leur famille. Cette dernière stratégie est impossible pour les mères sans-papiers, qui recourent de manière plus intensive aux deux premières solutions (Fresno- 12 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

za-flot 2009). Cette négociation continuelle de leur absence au foyer montre que l émigration à l étranger représente, aux yeux des mères interviewées, un moyen de remplir leurs obligations familiales. Comme l explique A. Sayad, «l immigré n a de sens, à ses propres yeux et aux yeux de son entourage, et [ ] il n a d existence, à la limite, que par le travail» (1999:260). Ainsi les migrantes âgées continuent à soutenir financièrement leurs enfants, même si ceux-ci sont déjà grands, ont terminé leurs études ou ont déjà fondé leur propre famille. Les migrantes philippines interviewées ont aussi une vie personnelle en dehors de leur travail et des pressions familiales. Ces femmes sortent avec leurs amies avec qui elles organisent des fêtes, vont au cinéma, font des promenades et du shopping, voire parfois boivent de l alcool ou jouent aux cartes (Fresnoza-Flot 2010). La plupart d elles participent aux activités d associations basées sur leurs appartenances religieuses et régionales : voyages touristiques, pèlerinage, spectacles. Ceci permet aux migrantes d accroître leur mobilité géographique et d affronter leur isolement social. De plus, certaines des femmes connaissnat des problèmes conjugaux entretiennent des relations passagères qu elles prennent soin de cacher aux yeux de leurs compatriotes et de leur famille (ibid.) Ces femmes trouvent ainsi dans la séparation familiale un véritable «espace de liberté» (Mozère 2004) où elles peuvent exprimer leur capacité d initiative. Malgré les difficultés de leur vie quotidienne et leur désir de réunion avec leur famille, les migrantes sont amenées à prolonger indéfiniment leur séjour en France en remettant toujours à plus tard leur retour au pays : en effet, leur migration améliore leur statut social aux Philippines et leur prestige au sein de leur famille, tout en leur permettant d accéder à une sorte d autonomie personnelle. La situation individuelle, familiale et sociale des migrantes philippines joue un rôle important dans leur décision d immigrer vers la France. Leur migration représente une forme de résistance contre la subordination qu elles subissent au sein de leur famille et dans la société philippine. L importance accordée à la scolarisation des enfants et à l amélioration de la vie économique et sociale de la famille suggèrent que la migration est aussi une stratégie de mobilité de classe et d ascension sociale de la famille. Ceci explique pourquoi la vie en France de ces migrantes se focalise sur leur travail et sur la négociation continuelle de leur absence au foyer. Bien que cette vie soit caractérisée par la précarité, l isolement social et la séparation, plusieurs éléments, les groupes d amies, les activités associatives et, pour certaines, les relations extraconjugales reflètent une autonomie acquise en migration. Cette autonomie ne se traduit cependant pas en émancipation, car leur migration ne les affranchit pas du poids des obligations et des attentes familiales qu elles s efforcent toujours de remplir. Asuncion Fresnoza-Flot afresnoza@hotmail.com Chercheuse associée à l unité de recherche Migrations et société (Urmis), Diderot-Paris 7 Bibliographie CFO (2010), «Stock estimate of overseas Filipinos as of December 2009», Manille: Commission on Filipinos Overseas, accessible sur www. cfo.gov.ph/pdf/statistics/stock%202009.pdf. Fresnoza-Flot, A. (2010), «The Catholic Church in the lives of irregular migrant Filipinas in France: Identity formation, empowerment and social control», The Asia Pacific Journal of Anthropology 11(3-4): 345-361. Fresnoza-Flot, A. (2009), «Migration status and transnational mothering: The case of Filipino migrants in France», Global Networks 9(2). Fresnoza-Flot, A. (2008), Migration, genre et famille transnationale : l exemple des mères migrantes philippines en France, Thèse de doctorat, université Paris Diderot-Paris 7. Morokvasic, M. (2005), «Emigration des femmes: suivre, fuir ou lutter», Cahiers Genre et Développement 5: 55-65. Mozère, L. (2004), «Des domestiques philippines à Paris : un marché mondial de la domesticité défini en termes de genre», Journal des Anthropologues 97-98: 291-319. OIM (2010), Etat de la migration dans le monde 2010 - L avenir des migrations : renforcer les capacités face aux changements, Genève : Organisation internationale pour les migrations. Oishi, N. (2005), Women in Motion: Globalization, State Policies, and Labour Migration in Asia, California: Stanford University Press. Roulleau-Berger, L. (2010), Migrer au féminin, Paris : Presses Universitaires de France. Sassen, S. (2005), «Restructuration économique mondiale et femmes migrantes: nouveaux espaces stratégiques de transformation des rapports et identités de genre», Cahiers Genre et Développement 5: 103-108. Sayad, A. (1999), La double absence : des illusions de l émigré aux souffrances de l immigré, Paris : Seuil. Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 13

Dossier De l éducation à la formation des élites féminines intellectuelles au Vietnam Le centre de recherche Genre et Société a récemment été créé à l université Hoa Sen à Ho Chi Minh Ville. Ce centre a pour objectif d inscrire les études du genre dans le paysage universitaire vietnamien, ainsi que de développer des équipes de recherche et des projets internationaux. Plus largement, cet institut vise à sensibiliser, à travers des programmes de formation et une diffusion active d informations, un large public sur les questions relatives aux rapports hommesfemmes dans la société vietnamienne contemporaine. Un de ses projets phares a pour but d étudier l impact de l éducation coloniale sur la prise de conscience de l égalité hommes-femmes et sur les trajectoires professionnelles des premières générations de jeunes filles scolarisées. La création du Centre de recherche Genre et Société s intègre dans la stratégie de recherche de l université Hoa Sen, qui comprend trois axes principaux : l enseignement supérieur, les programmes «genre et développement» et «environnement et développement durable». Le Centre est actif depuis début 2010. De concert avec les efforts de renforcement des moyens d action en vue de l égalité entre femmes et hommes entrepris par les organisations, institutions, milieux associatifs et communautaires, les universités et institutions de recherche au Vietnam commencent à développer les études de genre tant sur le plan de la formation qu au niveau de la recherche. Les études de genre offrent l opportunité de faire découvrir des aspects nouveaux dans ce domaine et méconnus de l histoire nationale. Elles pourront notamment apporter des éclairages importants sur les rôles, positions, et identités des femmes, ainsi que sur les caractéristiques des relations entre hommes et femmes situées dans des contextes culturels variés et à des époques historiques différentes. Les connaissances «genrées» nous aideront à comprendre la réalité de manière plus complète et plus nuancée ; elles contribueront à consolider les fondements scientifiques au service de la construction d une société équitable et dans une perspective de développement durable. Le centre de recherche «genre et société» a pour ambition d apporter sa voix et de contribuer à ces efforts de recherche dans ces domaines prioritaires ayant une influence sur les relations sociales entre femmes et hommes. Nous espérons créer un forum en vue d attirer l attention des enseignants et des étudiants de l Université Hoa Sen et d initier des activités de recherche dans le domaine du genre et du développement social. Un autre objectif du Centre est de participer aux réseaux de recherche internationaux sur des thématiques communes afin de partager de nouvelles connaissances dans le vaste domaine de recherche que sont les études de genre. Projets de recherche du Centre Ayant fait le constat que l histoire des femmes et l évolution des pensées féministes sont peu connues au Vietnam, le Centre a choisi comme axe de recherche «femmes, genre et histoire». Deux projets de recherche en particulier sont en cours. L équipe de recherche du Centre s intéresse à l analyse des relations entre l éducation des filles et la formation des femmes intellectuelles, ainsi que l émergence des pensées et mouvements féministes au Vietnam à l époque moderne. Le projet, intitulé «Education des filles et émergence des élites francophones au Vietnam de 1920 à 1945 : quel héritage?», avec le soutien de l OIF (Organisation internationale de la Francophonie) et de l AUF (Agence universitaire de la Francophonie), vise à étudier l impact de l éducation coloniale sur les perceptions, la prise de conscience de l égalité hommes femmes, et les trajectoires professionnelles des premières générations de jeunes filles scolarisées à l école franco-indigène au Vietnam. En plus d une recherche documentaire, des entretiens avec les anciennes élèves de deux lycées Dong Khanh (Hue) et Ao Tim (Saigon) ont été réalisés. L exploitation des résultats des entretiens est en cours. Par ailleurs, un colloque international, intitulé «Femmes et guerres : une approche transnationale», sera organisé à l Université Hoa Sen du 17 au 20 octobre 2011. Plus de trois décennies après la fin des conflits qui ont déchiré l Asie du Sud-Est péninsulaire, il est plus qu opportun de rassembler documents et témoignages, de retracer les trajectoires des femmes qui ont traversé les deux guerres de décolonisation et d indépendance en vue de parvenir à écrire une partie de l histoire des femmes vietnamiennes à l époque contemporaine. Le projet a par ailleurs un autre objectif qui est la mise en réseaux, avec d autres groupes de recherche sur ce thème, afin d acquérir une perspective transnationale et de créer un espace qui facilite les échanges d expériences et de résultats de recherche dans le domaine «Femmes et guerres». Des spécialistes de France, des Etats-Unis, du Japon et du Laos interviendront dans ce colloque. 14 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

Ngoc Du Séminaire de Nguyễn Thụy Phương sur l école française au Vietnam. L un des séminaires que le centre a organisés en 2010, dans le cadre du projet «Education des filles». Formation L Université Hoa Sen a initié un programme d «éducation générale» destiné à tous ses étudiants. Le programme est responsable du développement de l enseignement des matières de connaissances générales et de méthodologie, dont le module «Genre et développement». Le centre contribue par son expertise à la réalisation de ce module et aide à coordonner l équipe des enseignants. Diffusion d informations relatives aux questions de femmes et de genre Sensibiliser le public universitaire, ainsi que la population en général, à l égalité des sexes et aux méthodes d approche dans le domaine des études de genre est une nécessité dans le contexte du Vietnam où il existe encore des malentendus et des préjugés liés à la prédominance patriarcale. Pour contribuer à la diffusion d informations dans le domaine du genre, le Centre publie le bulletin électronique trimestriel «Genre et Société» en trois langues : vietnamienne, française et anglaise. Le numéro 3 vient de paraître au mois d avril 2011. Afin de faciliter l accès du public vietnamien aux actualités relatives aux questions de genre, le centre diffuse aussi une revue de presse en vietnamien tous les quinze jours. Le site internet du Centre est consultable sur : http://gas.hoasen.edu.vn. Conçu en trois langues, notre site vise un double objectif : d abord, mettre à disposition des lecteurs vietnamiens des documents et informations dans le domaine du genre ; ensuite, créer un moyen de communication pour entrer en relation avec la communauté scientifique internationale. Nous espérons ainsi arriver à former des équipes de recherche internationales autour de thématiques communes. Thái Thị Ngọc Dư ttndu@hoasen.edu.vn Historienne, Centre de recherché Genre et société, université de Hoa Sen Membres du Centre de recherche Genre et Société Bùi Trân Phượng, docteure en histoire btphuong@hoasen.edu.vn Thái thị Ngọc Dư, docteure en géographiettndu@hoasen.edu.vn Lê Hoàng Anh Thư, master en sociologie lhathu@hoasen.edu.vn Lê thị Hạnh, master en genre et développement hannahle2000@yahoo.com Nguyễn thị Nhận, master en science de l éducation nguyenthinhan1212@yahoo.com.vn En collaboration avec enseignants et étudiants de l université Hoa Sen. Adresse : Bureau C004, 93 Cao Thắng, District 3 Ho Chi Minh Ville - Vietnam Tél : +84 8 38301877 Fax : +84 8 39257851 Site internet : www.hoasen.edu.vn ; http://gas.hoasen.edu.vn Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 15

Dossier Les études sur les femmes et le genre aux Philippines Hormis sous l angle de l immigration, notamment le succès des femmes philippines sur le marché mondial de l emploi domestique ou l articulation de leurs stratégies migratoires et matrimoniales, la recherche française en sciences sociales et humaines s est peu intéressée aux Philippines et, a fortiori, aux femmes, à leur histoire et à leurs luttes, aux rapports sociaux de sexe ainsi qu à la construction des identités de genre dans le pays. Les études sur les femmes se sont développées aux Philippines à partir des années 1970, conjointement à l émergence d organisations de femmes qui, sans toujours se revendiquer féministes, prétendaient au moins à l autonomie politique. Ces travaux ont dû surmonter le mythe d une société philippine «essentiellement» égalitaire entre hommes et femmes (voire d un matriarcat préhispanique), mais aussi la mauvaise réputation du féminisme, souvent considéré comme une idéologie fondamentalement bourgeoise et/ou occidentale. Selon Aguilar (1989), l intérêt croissant des sciences humaines et sociales pour les femmes est né de la mise à mal des représentations classiques de l égalité entre hommes et femmes dans l archipel par des recherches empiriques, à la fin des années 1970. Initialement focalisée sur la sphère publique, l attention des chercheuses et chercheurs (1) s est ensuite déplacée vers la sphère privée. Ce mouvement n est pas étranger à la politique d exportation de la main d œuvre de l État philippin alors mise en place et de l anxiété qu elle a suscité (Ricordeau, 2010) : l immigration massive et temporaire d hommes mariés a en effet profondément modifié la structure des rapports sociaux de sexe, dans laquelle la femme était traditionnellement qualifiée de ilaw ng tahanan (la lumière du foyer) et l homme de haligi ng tahanan (le pilier de la maison). C est au cours des années 1980 que les premiers centres de recherches spécialisés dans les études sur les femmes et dans une moindre mesure sur le genre ont été créés. Que le tout premier d entre eux, l Institute of Women s Studies (IWS), ait été fondé (en 1985) au sein d une université confessionnelle (St. Scholastica s College) et à l initiative d une religieuse, Sr. Mananzan, n est pas anecdotique. En effet, le mouvement des femmes a été profondément marqué par l engagement de religieuses, non seulement dans les luttes progressistes (en particulier la lutte contre le régime de Ferdinand Marcos), mais également contre le patriarcat y compris au sein de l église catholique. Or on trouve parmi ces religieuses quelques pionnières dans l étude des femmes, à commencer par Sr. Mananzan. La décennie 1980 est également marquée par la fondation, dans la principale université publique, The University of the Philippines (UP), d un centre de recherches qui est aujourd hui parmi les plus dynamiques du pays : le University Center for Women s Studies (UCWS). Depuis le début des années 1990, les études sur les femmes et le genre ont acquis une légitimité certaine dans les milieux académiques (Garcia, 2008), notamment sous l impulsion de la Women s Studies Association of the Philippines (WSAP) qui regroupe des chercheur-e-s, des enseignant-e-s et des militant-e-s œuvrant pour l essor des études sur les femmes et leur enseignement. On trouve de plus en plus d ouvrages relevant des études sur les femmes et le genre publiés par des éditeurs scientifiques (notamment l Ateneo de Manila University Press), même si l UCWS reste le plus important éditeur dans ce champ (avec une centaine de livres depuis sa création). On compte par ailleurs deux revues scientifiques spécialisées qui publient un à deux numéros par an : Lila. Asia-Pacific Women s Studies Journal et Review of Women s Studies. Ces revues sont publiées depuis 1988 et 1990, respectivement par l ISW et le UCWS. Mais la place des études sur les femmes et le genre reste réduite dans les plus réputées des revues scientifiques philippines de sciences sociales et humaines : seule la Philippine social sciences review (1995) leur a consacré un numéro à part entière. L ouverture des milieux académiques aux études sur les femmes et le genre s est également manifestée par la généralisation des études sur les femmes et le genre dans les formations universitaires, puis l introduction des études LGBT (2) dans les formations proposées à UP (voir Abaya et Dacanay, 2007), mais aussi dans des universités catholiques, comme le Miriam College ou la très prestigieuse De La Salle University. Ce mouvement n est sans doute pas étranger à la visibilité croissante de la culture LGBT (Ricordeau, 2011) que signale, par exemple depuis 1997, l édition régulière par Anvil, l un des plus importants éditeurs philippins, d auteurs gays. Approcher l histoire par les femmes Issu-e-s de disciplines variées (histoire, sociologie, science politique, psychologie, critique artistique, ethnologie ou économie notamment), les chercheur-e-s engagé-e-s dans les études sur les femmes et le genre aux Philippines continuent à privilégier les méthodologies classiques de ces disciplines, même si certaines auteures plaident, à l instar de Guerrero (1999), pour des méthodes féministes. Leurs travaux ont néanmoins permis de donner une visibilité aux femmes dans de nombreux secteurs (la création artistique, la politique, etc.), ils ont mis en avant le mouvement des femmes et ont permis de mieux connaître leur histoire sociale et politique. La situation économique et sociale, la santé et la sexualité des femmes ont fait l objet de nombreuses études qualitatives et quantitatives (la National Commission on the Role of Filipino Women ayant d ailleurs beaucoup contribué à la production et à la diffusion de données quantitatives), et parallèlement aux nombreuses monographies dont on dispose désormais, on compte aussi des ouvrages synthétiques, comme celui de Sobritchea (2004). Mais les études sur les femmes et le genre ont également profondément bouleversé la discipline historique. Si des premiers travaux ont permis d esquisser une histoire des femmes aux Philippines notamment avec les recherches menées par Camagay (notamment : 1995) mais aussi de réfléchir aux liens entre l histoire coloniale, la christianisation et le genre (Brewer, 2004), l histoire contemporaine a été également explorée par des chercheures travaillant notamment sur l engagement des femmes dans la sphère politique (Roces, 1998) ou la confrontation des femmes à la violence et à la militarisation (Hilsdon 1995). Des travaux 16 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

récents proposent même des relectures de mouvements politiques déjà maintes fois étudiés, comme Lanzona (2009) sur les huks (3) ou Reyes (2008) sur le mouvement de la Propagande (4), mais en en proposant une lecture genrée. Problèmes et orientations de la recherche Le développement, aux Philippines, des recherches sur les femmes et le genre est néanmoins confronté à plusieurs obstacles majeurs, à commencer par le sous-développement du pays qui se traduit par de grandes difficultés économiques dans le milieu académique philippin et le départ, provisoire ou définitif, des chercheur-e-s les plus reconnu-e-s à l étranger, en particulier aux États-Unis, en Australie et au Canada. Il y a plus de vingt ans, Aguilar (1989, 544) dénonçait l importance du financement des sciences sociales philippines par les États-Unis et l accointance des chercheurs avec l État durant la loi martiale (1972-1986). Or l essor des études sur les femmes doit beaucoup aux financements d agences gouvernementales et d institutions américaines ou internationales promouvant des formes gender fair de développement économique (voir : St-Hilaire Colette, 1996), ce qui influence l orientation de la recherche. La (relative) abondance de travaux sur la prostitution, les violences conjugales et l accès à la contraception et à l avortement, signale cette articulation très fréquente de la recherche et des agendas politiques. La formation dans des universités étrangères de la plupart des chercheur-e-s philippine-s (en particulier ceux et celles investi-e-s dans ce champ) n est pas sans conséquence. Ainsi, la tendance de nombreuses recherches à inscrire les femmes philippines dans un espace transnational s explique certainement par l influence croissante des cultural studies et post-colonial studies, mais aussi des Asian American studies et des Asian Australian studies auxquelles ces chercheur-es ont été exposé. Par ailleurs, la quasi-totalité des travaux sur les femmes et le genre sont malheureusement, comme la plupart des productions académiques philippines, écrites en anglais (5). La conjonction des départs des chercheur-e-s philippin-e-s dans les universités étrangères et la tradition américaine d un intérêt académique pour l archipel explique que certains des centres de recherche intéressés aux études sur les femmes et le genre aux Philippines se trouvent en dehors du pays, notamment le Center for Southeast Asian Studies (Université de Berkeley) ou le Center for Philippine Studies (Université de Hawaï). Hormis sous l angle de l immigration, notamment le succès des femmes philippines sur le marché mondial de l emploi domestique (Mozère, 2004) ou l articulation de leurs stratégies migratoires et matrimoniales (Ricordeau, 2010), la recherche française en sciences sociales et humaines s est, jusqu à présent, peu intéressée aux Philippines et, a fortiori, aux femmes, à leur histoire et à leurs luttes, aux rapports sociaux de sexe et à la construction des identités de genre dans le pays. Gwénola Ricordeau ricordeaugwen@yahoo.fr Maître de conférence en sociologie (CLERSE - UMR CNRS 8019), université de Lille 1 Bibliographie Abaya E. C., Dacanay, N. L., (2007), Reflections on LGBT/ Sexuality Studies and Advocacies in the University of the Philippines, International Resource Network. [en ligne : http://www.irnweb.org] Aguilar Delia D. (1989), «Social construction of the Filipino woman», International Journal of Intercultural Relations 13 (4): 527-551. Brewer Carolyn (2004), Shamanism, Catholicism, and Gender Relations in Colonial Philippines, 1521-1685, Burlington: Ashgate. Camagay Maria Luisa (1995), Working Women of Manila in the 19th Century, Quezon City: University of the Philippines Press. Corpuz Carmelita C. (2003), Mula noon hanggang Gabriela: ang kababaihan sa kasa<ysayan ng Pilipinas hanggang mga 1980, Manille : De La Salle University Press Garcia Neil C. (2008), Philippine Gay Culture: Binabae to Bakla, Silahis to MSM, Quezon City: University of the Philippines Press. Guerrero Sylvia H. (1999), Gender-Sensitive and Feminist Methodologies: A Handbook for Health and Social Researchers, Quezon City: UCWS, University of the Philippines. Hilsdon Anne-Marie (1995), Madonnas & Martyrs: Militarism and Violence in the Philippines, Quezon City: Ateneo de Manila University Press. Lanzona Vina A. (2009), Amazons of the Huk Rebellion: Gender, Sex, and Revolution in the Philippines, Madison: University of Wisconsin Press. Mananzan Mary John, dir. (1987), Essays on Women, Manille: St Scholastica College. Mozère Liane (2004) «Des domestiques philippines à Paris», Journal des anthropologues 96-97 : 291-319. Philippine social sciences review (1995), «Gender Issues in Philippine Society», 52 (1-4). Reyes Raque (2008), Love, Passion and Patriotism. Sexuality and the Philippine Propaganda Movement, 1882-1892, Washington: University of Washington Press. Ricordeau Gwenola (2011 à paraitre), «Baklas et tomboys : globalisation et politisation des identités homosexuelles», in William Gueraiche (dir.), Philippines contemporaines, Paris : Les Indes Savantes. Ricordeau Gwenola (2010), «Traîtresses ou victimes. Nationalisme et mariages mixtes aux Philippines», Diasporas. Histoire et societies 15: 125-139. Roces Mina (1998), Women, Power, and Kinship Politics: Female Power in Post-War Philippines, Westport: Praeger. Sobritchea Carolyn Israel. dir. (2004), Gender, Culture & Society: Selected Readings in Women s Studies in the Philippines, Seoul: Asian Center for Women s Studies. St-Hilaire Colette (1996), «La production d un sujet-femme adapté au développement. Le cas de la recherche féministe aux Philippines», Anthropologie et Sociétés, 20 (1) : 81-102. 1. Le champ doit davantage, aux Philippines comme ailleurs, à des femmes qu à des hommes. 2. Abréviation de : «Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Trans». 3. Nom donné au mouvement constitué, à partir de 1872, en Espagne, par des intellectuels philippins en faveur de la libéralisation du régime colonial dans l archipel. 4. Mouvement de lutte armée, dirigé par le Parti Communiste des Philippines, contre l occupation japonaise, puis le gouvernement philippin (1942-1954). 5. Signalons néanmoins une histoire politique des femmes écrite en filipino (Corpuz, 2003). Liens National Commission on the Role of Filipino Women : http:// www.ncrfw.gov.ph University Center for Women s Studies (UCWS) : http:// cws.upd.edu.ph Bibliographie sélective d études sur les femmes aux Philippines (Université de Berkeley) : http://www.lib. berkeley.edu/sseal/southeastasia/seaphil.html Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 17

Dossier Les femmes du Ballet royal Du palais à la banlieue de Phnom Penh DR Suppya Hélène Nut évoque d anciens résidents méconnus, et pourtant autrefois très influents, du Palais royal à Phnom Penh : les danseuses du Ballet royal du Cambodge. épouses, concubines, filles ou nièces des princes ou du roi, ces dernières font partie intégrante de la famille royale et de son histoire depuis l époque angkorienne. Mais victime des purges du régime des Khmers rouges, la troupe du ballet royal n est jamais parvenue à retrouver son prestige d antan, marginalisée par le pouvoir politique actuel. Phnom Penh : danseuses du roi Sisowath (début du xx e siècle). Les danseuses du Ballet royal du Cambodge ont toujours été des alliées fidèles de la famille royale. Leur présence à la cour des rois khmers est attestée depuis la période angkorienne (ixe -xve siècle). Au début du xxe siècle, elles résidaient encore dans le Palais royal à Phnom Penh. Certaines étaient devenues les concubines, confidentes, voire les conseillères des plus grands personnages du royaume jusqu au monarque lui-même. Or, on sait peu de choses de leurs vies. Le Ballet royal a failli complètement disparaître après la prise de pouvoir par les Khmers rouges en 1975. Seule une poignée de danseuses survécut au règne brutal de Pol Pot. Trois décennies se sont écoulées depuis la fin du régime des Khmers rouges en 1979, mais leurs histoires restent à écrire. Une présence invisible et mystérieuse Lorsque les premiers explorateurs européens arrivèrent au Cambodge à la fin du xixe siècle, ils constatèrent avec surprise que l entourage du roi Ang Duong (1796-1860) se composait de femmes, dont la reine-mère, les épouses et les concubines. Leur apparut ainsi un monde féminin insaisissable et mystérieux à leurs yeux. Du fait que le palais n autorisait aucune présence masculine dans son enceinte privée à l exception des membres de famille royale toutes les fonctions étaient occupées par des femmes. Parmi ces dernières, il y avait des chanteuses, des musiciennes et des danseuses qui composaient la troupe de danse du roi. Certaines devenaient concubines des princes ou du roi. Une fois mères, ces femmes avaient la satisfaction de voir leur progéniture intégrer la famille royale suivant des règles d étiquettes bien établies. Il n existait pas de statut de «bâtard» comme il pouvait y avoir en Occident. Le même phénomène se rencontrait chez les grands mandarins de l époque qui entretenaient également des troupes de danseuses. Avec la réorganisation du royaume par les Français sous le règne de Norodom (1860-1907) et la mise sous tutelle du budget du royaume, les troupes mandarinales périclitèrent faute d argent. Le sort de la troupe du roi ne fut guère meilleur. À l exposition coloniale de 1931 à Paris, les Français durent s attacher les services de la troupe privée d une princesse pour compléter la troupe du roi moribonde. Quelques années plus tard, les danseuses furent chassées du palais et la majorité d entre elles quittèrent la troupe. Ainsi, la mainmise des Français sur les affaires du royaume acheva le rêve que nourrissaient ces femmes souvent d extraction humble d accéder au sommet de la hiérarchie aristocratique. Un esprit de corps Lorsque le royaume acquit son indépendance en 1954, il ne restait plus rien de la somptueuse troupe du roi. Certaines danseuses du palais qui avaient gravi tous les échelons de la hiérarchie réussirent cependant à préserver leurs positions privilégiées. Pour ne citer que quelques exemples, la mère du ministre des Affaires étrangères Son Sann fut danseuse étoile (elle faisait partie de la troupe royale qui accompagna sa majesté Sisowath en 1906 en France). Le roi Suramarit, père du prince Sihanouk, avait pour compagne une autre danseuse étoile, Khun Kim An Yeap, qui lui donna trois enfants. Le prince Sihanouk lui-même avait succombé aux charmes d une première danseuse, Neak Moneang Phat Kanhol. De leur union est né le prince Ranariddh qui fut Premier ministre du Cambodge (1993-1997). En bref, la descendance de danseuses inclut des membres des élites traditionnelles jusqu aux figures de la famille royale. Paradoxalement, la fin du système de «patronclient» entraîna la formation d une «caste» 18 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

Danseuses d aujourd hui: Répétition générale avant un spectacle. Bibliographie d artistes attachés au palais. Avant le protectorat, il était en effet d usage auprès des familles ordinaires de se mettre sous la protection d une personne influente du royaume. Certaines offraient leurs enfants dans l espoir d une vie meilleure pour ces derniers. Les plus belles filles étaient quant à elles destinées à intégrer les troupes de danses. Dorénavant, on y entrait plus que par cooptation. Au milieu du 20e siècle, lorsque la Reine Kossomak Neariroth, la mère du prince Sihanouk, entreprit de remonter la troupe, elle fit appel aux familles d artistes. Les entretiens que nous avons menées nous informent ainsi que la plupart des anciennes maîtresses de danse étaient entrées au palais parce qu elles étaient filles ou nièces de danseuses ou des gens du palais. Parmi les plus grandes danseuses, il y avait Bunnag, la propre nièce de la Reine-mère, ainsi que la princesse Buppha Devi, fille du prince Sihanouk ; de même, parmi les maîtresses de ballet, figurait Khun Meak, concubine du roi Sisowath, et Neak Neang My, concubine du roi Monivong. En moins d un demi-siècle, les danseuses ont ainsi consolidé leurs positions au sein de la famille royale à travers des alliances matrimoniales et en s appropriant une institution monarchique, le Ballet royal, à leurs propres fins. Un groupe marginalisé En 1970, le coup d état de Lon Nol mit fin au régime monarchique. Les danseuses demeuraient fidèles à la Reine mère, restée au Cambodge, alors que le prince Sihanouk trouvait refuge à Pékin. Mais le pire était à venir. Le régime des Khmers rouges n épargna pas la troupe du Ballet royal. Seul un dixième des artistes échappa à leur révolution meurtrière. En 1979, un nouveau régime communiste chassa les Khmers rouges du pouvoir. Le nouveau leadership du pays tint à l écart ces danseuses, perçues comme trop liées à la famille royale. L école de danse qui était jadis située dans le Palais royal fut déplacée aux portes de Phnom Penh. Elle était désormais intégrée dans un ensemble plus vaste, comprenant tous les arts de la scène, et perdit en visibilité. Le retour de la monarchie en 1993, et de Sihanouk sur le trône, permit aux danseuses de renouer avec l ancien protecteur et de réactiver le réseau de l ancien régime, grâce notamment à la princesse Buppha Devi, qui fut ministre de la Culture entre 2000 et 2004. Cependant, l état de grâce fût de courte durée, car en 2005 l État mit en vente l école de danse. Désormais, c est à l extérieur de Phnom Penh qu elle est située. L éloignement de l école dans une lointaine banlieue finit par décourager les plus doués des élèves. Les artistes eux-mêmes n envoyaient plus leurs enfants se parfaire à l art antique de leurs ancêtres. Petit à petit s effaçait un monde palatial dans un Cambodge tourné vers la modernité. Aujourd hui, il reste peu de choses de la splendeur d antan où les danseuses côtoyaient les grands et les puissants. Trop proches de la famille royale et de l élite de l ancien régime, elles ont été peu à peu marginalisées et réduites au silence par un pouvoir politique peu enclin à les voir revenir sur la scène publique. Cette brève présentation des danseuses du Ballet royal s appuie sur les résultats d une série d enquêtes sur le terrain menées depuis plus de trois ans auprès des artistes du Ballet royal du Cambodge grâce au financement de la fondation Anne Hendricks Bass. Plusieurs institutions collaborent à ce projet, dont Jerome Robbins Dance Division (New York Public Library) et Asia Society pour les Etats-Unis, et le Centre audiovisuel Bophana et Amrita Performing Arts pour le Cambodge. Suppya Hélène Nut noria8@wanadoo.fr Chargée de cours à l Inalco Directrice de projet sur la danse khmère (NYPL) S.H. Nut Chesnel, Céline (2009), «Du palais de grandes dames au Conseil des ministres Retour sur la neutralisation du pouvoir de Norodom par le Protectorat (1860-1904)», Péninsule 59 : 49-93. Népote, Jacques (1992), Parenté et organisation sociale dans le Cambodge moderne et contemporain : quelques aspects et quelques applications du modèle les régissant. Genève: Olizane Cedoreck, 255 p. Népote, Jacques & Ravivaddhana Monipong Sisowath (1994), État présent de la Maison royale du Cambodge. Courbevoie: Institut de la Maison royale du Cambodge, 154 p. Osborne, Milton (1997), The French Presence in Cochinchina and Cambodia: Rule and Response (1859-1905), 2e éd., Bangkok: White Lotus, 379 p. Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 19

Projets en cours Corpus et catalogue des inscriptions anciennes du Vietnam : fin de la première phase La collection complète du Corpus complet des inscriptions anciennes du Vietnam en 222 volumes Philippe Papin Collecte des manuscrits dao dans la province de Lào-Cai, Nord du Vietnam Dans la province de Lào-Cai vivent plus de 80000 Dao (Yao) répartis sur 500 villages et huit districts, soit 13% de la population. À ce titre, ils constituent un des groupes ethniques 1 les plus importants de la province, un des plus dynamiques aussi du point de vue économique. Toutes ces communautés conservent des manuscrits anciens usant de caractères chinois prononcés en langue Dao, auxquels s ajoutent des caractères créés par les Dao pour des termes qui leurs sont propres. Parmi les 17 groupes ethniques de la province, et mis à part les Vietnamiens Kinh et ceux d origine chinoise, les Dao sont le seul groupe possédant une tradition écrite affirmée. Une enquête de 1992 menée sur un échantillon de dix villages Dao Tuyên avait recensé 998 livres écrits en caractères. Les années suivantes ont montré la disparition rapide de ces ouvrages. Plusieurs raisons peuvent être évoquées. La première tient au relatif désintérêt des Dao eux-mêmes pour ces textes. Si la jeune génération parle le Dao, elle ne le lit plus. De fait, elle va à l école vietnamienne tandis que l apprentissage des caractères a été délaissé depuis longtemps. Seule une transmission du père au fils a permis d en maintenir l usage chez un nombre limité de membres du groupe. Lorsqu un ancien trépasse, les ouvrages en sa possession sont trop souvent vendus aux touristes ou aux antiquaires. Un autre raison tient aux conditions de conservation de ces livres, menacés par les insectes et soumis à un climat humide peu propice à la pérennisation du papier. Or ces livres, manuels taoïstes, précis de médecine traditionnelle, de géomancie, épopées, etc constituent un patrimoine en péril que les autorités provinciales ont pris l initiative de préserver. En 2006, un programme de récolement a donc été créé par M. Trân Huu Son, directeur du service culturel de la province de Lào-Cai, Philippe Le Failler du centre de l EFEO au Vietnam et Bradley Davis de l Université de l Etat de Washington, à Seattle. Cette entreprise a été financée à hauteur de 74000 $ par la Ford Foundation. Les grandes étapes du projet se décomposaient comme suit : (1) Localisation et indexation des ouvrages anciens ; (2) Achat, photocopie ou photographie numérique des livres ; (3) Traduction et publication d ouvrages sélectionnés et (4) Établissement d un réseau éducatif permettant de redynamiser l enseignement des caractères. En effet, la préservation des textes n avait pas de sens si l on acceptait que disparût une capacité à les lire au sein des villages Dao. Parallèlement, une des ambitions du projet, et non la moindre, visait à contribuer à la professionnalisation des jeunes cadres du service culturel de la province de Lào-Cai et à améliorer ainsi leur capacité à gérer un projet par une formation à la méthode et à la responsabilisation. Il est désormais temps de faire un bilan. Plus de 11000 textes ont été répertoriés. C est un premier pas pour montrer aux autorités villageoises et aux détenteurs de ces livres l intérêt qu ils recèlent. Il va de soi que cette démarche reste volontaire et qu elle est soumise à l accord des détenteurs des textes. Si l achat de ces ouvrages n a été réalisé qu occasionnellement car il faut éviter de démunir les populations, les procédés de reproduction courants employés (l image numérique surtout), a permis, après traitement, d archiver informatiquement les textes en format PDF. Plus de 1000 textes ont été traités de la sorte, formant l ébauche d une bibliothèque numérique qui ne représente cependant qu une fraction des ouvrages recensés. À y regarder de près, on constate que les 11614 textes répertoriés portent certes un titre mais qu il s agit, pour beaucoup, de compilations abordant 20 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

des sujets variés ayant trait à la vie des Dao : chansons pour enfants, poèmes épiques, histoire des lignages, coutumes funéraires, descriptions de cérémonies, artisanat ou élevage. La longue liste des sujets abordés permettra d en faire l objet d études spécifiques. En prélude à la numérisation, il revint à un comité établi au sein du service culturel et composé pour partie de lettrés Dao, de définir les livres présentant un intérêt notable et d écarter les copies d un même ouvrage présentées sous des titres différents. Si les textes les plus anciens datent du XVIIIe siècle, ce sont les livres du XIXe siècle qui constituent la majorité du corpus. Ces documents seront visibles à la bibliothèque du service culturel puis feront l objet d une diffusion plus large sous un format électronique, DVD ou autre. Enfin, le volet éducatif du programme a réservé les plus intéressantes surprises. Dans un premier temps, trois classes d enseignement des caractères ont été créées au sein de villages situés dans le district de Bao Thang ; puis l autorisation a été donnée pour deux classes supplémentaires dans les districts de Bao-Yên et Van-Bàn. Les cours de grammaire, de syntaxe et de calligraphie se tiennent deux ou trois soirs par semaine au domicile de l enseignant et rassemblent de 20 à 30 élèves. D abord absentes des premières classes, les filles vinrent en petit nombre s agréger aux garçons, nous rappelant à point nommé que les Dao possèdent une tradition de chants alternés. Cependant, les manuels restent rares qui ne sont que manuscrits ou, au mieux, des photocopies. Le projet vient de commencer la publication d une édition bilingue des premiers textes choisis. Le processus pouvait sembler timide, mais il faut prendre en considération l aspect novateur de cette initiative, à contre-courant de la politique assimilatrice menée ces quarante dernières années. La scolarisation en vietnamien, prélude à l alphabétisation de masse, ne pouvait alors s imposer que par l abandon de l enseignement des caractères. La première étant désormais un fait acquis, la seconde peut reprendre, modestement. Ce que nous n avions pas anticipé, c est l essor qu allait prendre ce microréseau éducatif mis en place dans un climat peu propice. Suscitant quelques froncements de sourcils, le projet ambitionnait quelques classes et, du reste, ne disposait pas des ressources financières permettant d étendre l expérience. Nous avons été pris de vitesse avant même l achèvement du projet, puisque la communauté Dao, déduisant que les autorités ne s opposaient pas, ou plus, à ce type d initiative, entreprit de fonder leurs propres classes sur le modèle des classes indépendantes (tự lập). Elle a pérennisé et amplifié ainsi notre ambition initiale. En 2008, les 16 classes qui se sont ajoutées aux classes du projet, proposait l étude de la littérature traditionnelle, des mythes et surtout l éducation morale des jeunes. En somme, si le projet a permis, dans une certaine mesure, de débloquer une situation ainsi que de fournir des moyens, c est surtout de la communauté Dao elle-même qu est venu l élan déterminant. Elle est parvenue à s affranchir des différentes tutelles et a repris à son compte le projet initial. Les enseignants, tous Dao, sont conscients que leur travail sert certains intérêts de l État, puisque celui-ci ne s y oppose pas, mais assument néanmoins la responsabilité de leurs propres Sources anciennes et numérisation à l EFEO de Hanoi classes qu ils sont légitimement fiers d avoir fondées. En questionnant les élèves sur leurs motivations, les réponses ont mis en avant l intérêt intra familial. La jeune génération y voit un moyen de se rapprocher de leurs grands parents, seuls dans la famille à lire les caractères. Certains y ont vu un élément économique valorisant, du fait de l accès à l ensemble des textes chinois. Pour y avoir assisté, ces classes n apparaissent pas comme un exercice imposé aux jeunes qui, entre travaux agricoles, école et flâneries sur internet, semblent y trouver leur compte. Si elles contribuent à n en pas douter au renforcement des liens intra-communautaires, ces classes témoignent d un rééquilibrage entre la nécessaire intégration au Vietnam en plein développement et l affirmation d une identité propre. Philippe Le Failler EFEO Hanoi 1. On distingue trois branches : les Dao Dô (Dao rouges), les Dao Quần Trang (Dao à pantalons blancs) et les Dao Tuyên (Dao Làn Tiẻn). Ce programme conduit depuis 2003 par l Institut Han-Nôm de Hanoi, l EFEO et l EPHE, est parvenu à la fin de sa première grande phase. Les 22 000 estampages de stèles réalisés entre 1911 et 1954 ont été intégralement numérisés par l Institut Han-Nôm. Ils ont été publiés en vingt-deux grands volumes, chacun comprenant mille inscriptions, soit cinq cents stèles le dernier venant de paraître à Hanoi. Ce corpus fournit déjà aux chercheurs un matériel documentaire inédit et de première qualité sur l histoire du Vietnam, en particulier celle des villages du bassin du fleuve Rouge aux XVIIe-XIXe siècles. Parallèlement, l équipe en charge du projet a publié sept tomes du Catalogue des inscriptions, en format ordinaire. Ce catalogue est le complément indispensable au Corpus des originaux car il offre pour chacune des stèles correspondant aux 14 000 premiers estampages une notice descriptive contenant des informations telles que son titre, sa date, ses auteurs, sa localisation, son nombre de faces, la cote de ses estampages, son sujet traité par mots-clés et, surtout, un précieux résumé de son contenu. Le Catalogue descriptif est naturellement beaucoup plus long à réaliser que le Corpus des originaux, dont il est l instrument, parce qu il requiert la lecture attentive des pièces et la saisie des informations. C est ce qui explique le décalage dans le rythme de la parution : deux tiers des originaux ont été décrits (14 000 sur 22 000), mais il faudra attendre le tome XI du Catalogue pour que soit achevée la parfaite correspondance les deux collections. Il est question de mettre en place un traitement exhaustif de cette documentation en base de données informatiques permettant de sélectionner les stèles selon les époques, les lieux, les thèmes, les titres, etc. Au terme de cette première phase de publication des originaux, tous ces documents sont désormais accessibles à tout un chacun. Philippe Papin, EPHE Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 21

Retour de terrain Tourisme, environnement et développement La basse Kinabatangan à Sabah politiques plus volontaristes ont été instaurées en 1996 avec la création du homestay par le ministère du Tourisme fédéral. Cet outil juridique permet simplement à des associations de villageois de recevoir un revenu direct du tourisme en les hébergeant. Parallèlement, c est en 1997 que le premier pas de la protection a été accompli avec la déclaration de la basse Kinabatangan comme «un don à la terre» (gift to the earth). Depuis 2005, la basse Kinabatangan est un sanctuaire faunistique (wildlife sanctuary). La conservation a surtout bénéficié aux hôteliers privés tandis que la conversion de la forêt en petites plantations de palmier à huile est plébiscitée par les villageois. Clotilde Luquiau Barque de villageois de Abai, village situé en aval de la Kinabatangan,à la limite de la mangrove, à deux heures de bateau de la ville la plus proche, Sandakan, lors de mon premier voyage au village. Les villageois font régulièrement leurs courses dans cette ville. juillet 2008. Mes recherches portent sur les liens entre la conservation de l environnement, le tourisme et le développement dans un sanctuaire protégé de l est de l État de Sabah en Malaisie, au nord de l île de Bornéo. La plus grande partie du travail de terrain prend place dans des villages musulmans situés le long de la Kinabatangan, sur la côte est de l État de Sabah. La protection de la forêt secondaire bordant la Kinabatangan est justifiée par la présence d espèces en danger telle que l orang-outan ou le singe nasique pour les plus emblématiques et par la progression des plantations de palmiers à huile menaçant leur habitat. Le premier rapport présentant l intérêt biologique de cette zone date de 1989 (Payne) et a été réalisé par des membres du WWF. Ce rapport souligne les possibilités de mise en valeur touristique des zones naturelles par le tourisme animalier et suggère que les habitants peuvent bénéficier de ce nouvel apport financier. Pour autant, aucune subvention, aucune formation ne furent établies pour favoriser la participation des habitants à ce nouveau secteur économique. Des Environnement et tourisme : les contradictions Comme le démontre Christophe Grenier dans son étude sur les Galapagos, il y a une contradiction intrinsèque à vouloir protéger l environnement tout en proposant une mise en valeur par le tourisme. En effet, la fréquentation touristique dans les zones naturelles augmente la pression anthropique sur des zones vulnérables en raison des hébergements construits mais aussi des migrations de travail induites par cette activité économique. Par ailleurs, sous couvert de protection de l environnement et avec force d arguments scientifiques, les régulations mises en place cachent des stratégies politiques qui visent parfois à établir une domination sur les espaces protégés au détriment des habitants (Grenier, Brosius, Latour). Quant au tourisme, présenté comme un moyen facile de s ancrer dans les dynamiques économiques, il requiert toute une ingénierie depuis la création du produit touristique jusqu à sa distribution. Ceci nécessite entre autres de bien comprendre la culture des touristes (Page, Reisinger, Fennell, Petr), ce qui n est pas à la portée des habitants de la Kinabatangan très peu qualifiés. Loin de toute vision misérabiliste, il s agit de dépasser la problématique simplificatrice de l impact culturel du tourisme (Picard) pour établir comment les habitants s emparent de cette activité, voire s en détournent pour établir leur propre voie. Les enquêtes visent à étudier comment les habitants réagissent face à la mise en place de politiques de conservations mais aussi à examiner comment le tourisme est utilisé à la fois par les autorités et les ONG environnementalistes pour justifier économiquement les restrictions liées à la conservation en promettant un développement partagé. Les jeux d acteurs et les conflits sont analysés dans le contexte plus large de la géopolitique de l État du Sabah, espace de migration pour les Indonésiens et les Philippins, terre en grande partie chrétienne dans une fédération à majorité musulmane où les enjeux identitaires sont forts. 22 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

Une démarche de géographie culturelle Cette recherche est fondée sur les entretiens avec les habitants, qu ils participent ou non au tourisme, avec les membres des ONG telles que WWF pour la plus connue ou encore des institutions, des hôteliers privés et des touristes présents dans la zone d étude. Il s inscrit en partie dans une démarche de géographie culturelle au cours de laquelle sont décryptés les métissages et les conflits ou les phénomènes d acculturation ou de cristallisations identitaires liées à la mise en scène de la culture locale pour satisfaire les touristes occidentaux ou asiatiques. Ce sujet invite également à sortir de la vision anthropocentrée classique des sciences humaines pour considérer les bénéfices, voire les stratégies des animaux face à la présence touristique et la diminution de leur habitat mais surtout pour comprendre les représentations des militants environnementalistes. Quelques difficultés rencontrées sur le terrain Lors de ce terrain plusieurs problèmes ont été rencontrés, en partie en raison de la façon dont les habitants présentent leur identité, en partie en raison de la forte présence touristique et du statut d orang puteh. La Kinabatangan, plus long fleuve du Sabah, est un axe de communication majeur entre l intérieur et la mer. Des groupes de l amont comme les Sukang, les Liwago ou les Buludupies et des groupes de l aval tels que les Ida an, se sont installés dans plusieurs villages de façon à assurer des relais entre la mer, leur espace d origine et la rivière en amont. Les colons leur ont collectivement donné l ethnonyme orang sungei (habitants de la rivière). Aujourd hui, de l aval vers l amont, quatre villages sont touchés par le tourisme : Abai, Sukau, Bilit et Batu Puteh. Les habitants se dénomment aujourd hui spontanément orang sungei kinabatangan. Cet ethnonyme exogène est réducteur et ne permet pas de comprendre l histoire des migrations des populations sur ce terrain ni les relations entre les villages. Il a donné lieu à de nombreuses approximations dans la littérature coloniale. L origine des orang sungei Kinabatangan fait l objet de débats au sein des spécialistes du Sabah. De plus, il est fréquent que les plus jeunes ne sachent pas à quel groupe ethnique se rattache leur famille. Les personnes de plus de 40 ans peuvent en général affiner leur réponse, soit en précisant la rivière d origine, soit en précisant un nom d ethnie. Pour contourner cet obstacle, nous demandons aux habitants le lieu de naissance des parents mais surtout les langues parlées ou comprises. En effet, s ils emploient tous le malais comme langue véhiculaire, ils utilisent aussi des langues vernaculaires. Ceux qui viennent de l amont tels que les Liwago parlent une langue proche de Kadazan, les Ida ans en parlent une autre. Le bahasa sungei comporte lui-même des variantes d un village à l autre en fonction du groupe ethnique dominant. À ces populations «autochtones» s ajoutent des migrants récents comme des Suluk, des Bugis, etc. Notons toutefois que les habitants se montrent toujours extrêmement enthousiastes et encore plus accueillants qu à l accoutumé quand ils rencontrent un orang puteh parlant le malais. Ils en profitent pour poser quelques questions rituelles au sujet du statut familial du chercheur mais, peu bavards, ils posent rarement beaucoup de questions. Ce laconisme a poussé le chercheur à décomposer des questions ouvertes en un ensemble de questions fermées. Une difficulté supplémentaire est que le chercheur est souvent exclu des conversations privées car les villageois peuvent facilement s entretenir entre eux dans une autre langue que le malais. Quelques informateurs non villageois rapportent que l entente peut être difficile entre les clans des habitants qui viennent de l amont et ceux qui viennent de l aval. Les signes des ces désaccords ne sont pas repérables facilement. A l absence de sources claires et non équivoques sur l origine des habitants et à la culture de compromis qui n incite pas les informants à s exprimer librement sur les sujets qui nous intéressent, s ajoute une culture du paraître qui les pousse à adopter une attitude «désirable» pour reprendre les termes de Bourdieu. Les villageois présentent un tableau lisse et harmonieux de leur communauté. Plus prosaïquement, un autre obstacle à la communication est la télévision qui prend une place importante dans la vie des familles. Le temps de disponibilité à accorder au chercheur est d autant plus réduit que les séries appréciées sont nombreuses. Les difficultés de ce terrain tiennent également au positionnement du chercheur dans un terrain où les Occidentaux sont soit des touristes, soit des employés des ONG, ou éventuellement des scientifiques qui étudient la forêt. Les habitants comprennent mal l utilité des entretiens et sont lassés en raison de la régularité des enquêtes menées par les ONG. Les informants invitent le chercheur à participer aux activités destinées aux touristes et cherchent, dans un premier temps, à lui faire payer le prix fort. Cela a limité mes déplacements lors des premiers séjours. Une fois que l on a fait comprendre que l on n est ni touriste ni intéressé par les attractions touristiques, des villageois suggèrent que le chercheur crée un tour et fasse venir d autres touristes dans le cadre d un partenariat. Le refus et les tentatives d explication suscitent de l incompréhension voire des reproches (en particulier dans l un des villages). Venir avec des amis qui se comportent comme de vrais touristes est une sorte de compensation financière toujours appréciée qui permet également de renouveler son propre regard sur l objet d étude. Finalement, après plusieurs séjours dans ces villages, les incompréhensions s estompent en général. Des personnes clés facilitent une certaine intégration comme des membres d ONG ou des villageois. Suite au second séjour, à Abai, le président de l association du homestay m a proposé de donner des cours d anglais aux villageois. Ces cours ont été des moments privilégiés à partir desquels il a été possible de se différencier des autres orang puteh et de tisser des liens fondés sur une relative confiance. Proposer un service aux communautés locales permet de se forger une image plus personnelle et de susciter la confiance. Clotilde Luquiau clotilde.luquiau@ymail.com Doctorante en géographie à Paris X Nanterre Sous la direction de Muriel Charras Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 23

Regard de chercheuse Premier bain du nouveau-né, Yangon par Bénédicte Brac de la Perrière, anthropologue, CASE-CNRS Bénédicte Brac de la Perrière Mars 1986, dans la banlieue de Rangoun où j ai fait mon premier terrain (1981). Mon amie et assistante de terrain vient de mettre au monde son fils aîné. Sa sœur aînée lui donne son premier bain, en présence de sa propre fille et d autres membres de la famille, en arrière plan. Assise à même le plancher de bambou, le bébé bien calé sur ses jambes allongées, en direction de la porte, le baquet d eau posé à portée de main, elle nettoie soigneusement le nombril. Outre sa portée ethnographique - le soin du bébé et son apprentissage, les positions des corps, le placement relatif dans l espace domestique, le quotidien rudimentaire des habitants de ces banlieues à l époque l image est dotée d une forte charge affective. Trois des personnes sont aujourd hui disparues, y compris celle qui donne le bain. La mère du nouveau né est restée mon assistante de terrain pendant toutes ces années. J ai vu grandir son fils ainsi que sa cousine, celle qui sur la photo, plutôt que le premier bain du bébé, regarde l étrangère qui photographie cette scène d intimité familiale. Aujourd hui encore, il lui arrive de nous accompagner, sa tante et moi, dans nos enquêtes et de s interroger sur ce que je regarde au juste. La force de cette image tient pour moi à cette triangulation que le regard de la petite fille met en scène en rendant visible la position de l ethnographe. Avant que l été ne commence, vous êtes cordialement invité à l AG de l Afrase Elle se tiendra le jeudi 9 juin à partir de 17h à la Maison de l Asie, 22 rue du Président-Wilson 75016 Paris Nous vous y attendons nombreux 24 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

Pham Đán Bình (1936-2011) Le professeur Phạm Đán Bình est décédé le 24 février à l hôpital de la Salpêtrière à l âge de 75 ans. Ses proches, collègues, anciens étudiants, amis, coreligionnaires de France et du Vietnam ont pu lui exprimer un dernier hommage lors de ses obsèques tenues à Paris le 3 mars dernier en l église Saint-Léon (Paris XV e, Lamotte-Picquet). Né en 1936 à Ninh Bình (province septentrionales du Vietnam), Phạm Đán Bình s est formé auprès des rédemptoristes à Hanoi et à Huê avant d étudier, à partir de 1954, la philosophie et la théologie à Dalat. Ordonné prêtre en 1960, il décide de venir à Paris en 1962 pour y étudier les lettres modernes. Il consacre ainsi sa thèse à l influence de la poésie française sur la création de la poésie moderne vietnamienne sous la direction du professeur Le Dantec. Lorsque l université Paris VII, alors à Censier, ouvre un centre d études vietnamiennes rattaché au département d études chinoises dirigé par Jacques Gernet, son fondateur, Tạ Trọng Hiệp, fait appel à Phạm Đán Bình pour seconder Đặng Tiến en tant que moniteur pour la prononciation (1969). Passionné de linguistique et de didactique, il enseigne la langue et publie la fameuse méthode Premiers pas en vietnamien. Il finira par diriger le département (1989) après avoir été titularisé et s évertuera à développer jusqu à sa mise en retraite la coopération scientifique, notamment avec l Université nationale du Vietnam. Tous se souviennent de son profond altruisme qui l a mené à poursuivre son sacerdoce pendant 51 années de prêtrise, à enseigner dans le secondaire puis à l université en sachant rester à l écoute de ses étudiants, à se vouer aux autres notamment auprès de l association Fraternité Vietnam (Hội Huynh Đệ Việt Nam) du père Nguyễn Đình Thi, à écrire, à faire partager les auteurs qu il affectionnait tel Hàn Mặc Tử. P.B. In Memoriam L avenir de la Lettre de l Afrase est entre les mains de chacun d entre nous, dans la mesure où les cotisations individuelles comptent pour plus de 90% des recettes de notre association. Si vous souhaitez recevoir la lettre par courriel sous format Pdf, merci de le mentionner et d inscrire lisiblement l adresse à laquelle vous souhaitez la recevoir. ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Pour adhérer à l Afrase et recevoir La Lettre de l Afrase, remplissez le formulaire ci-dessous et envoyez-le avec votre chèque, à l adresse suivante : Afrase, c/o EFEO - 22, avenue du Président Wilson - 75016 Paris Lettre de l Afrase papier Nom Prénom Fonction Étudiant Enseignant Chercheur Autre (précisez) Institution Adresse Code postal Ville Pays Courriel Lettre de l Afrase sous format Pdf Cotisation Afrase Simple (35 ) Étudiant (18 ) Étranger (45 ) Soutien (100 ) Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 25

Publications Asie du Sud-Est Arnaud Brotons, Yannick Bruneton, Nathalie Kouamé (dir), Etat, religion et répression en Asie - Chine, Corée, Japon, Vietnam - (XIII-XXIe siècles), Karthala, Collection Hommes et Sociétés, 2011, 354 p. Contrairement à une image d Épinal largement répandue dans l Occident contemporain, qui veut que les religions d Asie soient synonymes de tolérance, de sagesse et de nonviolence, la vie religieuse dans cette partie du monde présente elle aussi, à l instar d autres civilisations, une dimension fondamentalement conflictuelle, chaotique, voire mortifère : schismes radicaux, prosélytismes agressifs, pratiques spirituelles extrêmes pouvant entraîner la mort, violences contre les personnes, destructions de lieux de culte, attaques portées à la foi elle-même... Dans cet ouvrage, les chercheurs du Collectif Era (État et Religion en Asie) proposent une série d analyses concrètes qui illustre comment, à travers l histoire de quatre pays d Asie orientale (Chine, Corée, Japon, Vietnam), les instances politiques ont fait usage de la violence en fonction de quatre conceptions différentes des rapports entre État et religion: pluralisme, liberté, impérialisme et athéisme. S inscrivant résolument dans une perspective d histoire connectée, ces spécialistes décrivent comment ces modèles issus d Occident et/ou d Asie ont tour à tour dominé la vie religieuse de ces pays en fonction de l idée qu on s y faisait ou qu on s y fait encore de la «voie de l État», celle-là même qui constitue un des ponts les plus solides entre Extrême-Orient et Extrême-Occident. Benoît de Treglodé, Arnaud Leveau (Sous la direction de), L Asie du Sud-Est 2011, Les événements majeurs de l année, Collection Documents, Irasec, Les Indes Savantes, 2011, 410 p. L Asie du Sud-Est a plutôt bien résisté à la crise économique et financière internationale. La croissance est repartie à un rythme élevé. Des signes de crise à d autres niveaux font néanmoins leur apparition ou exacerbent d anciennes tensions. Les problèmes de gouvernance, de gestion des ressources naturelles, la faiblesse des systèmes éducatifs et des marchés intérieurs, l absence de réformes et l instabilité politique de certains pays pourraient compromettre à terme le développement de la région. L Asie du Sud-Est hésite encore sur la voie à prendre, au risque de faire jouer les réflexes nationalistes et les tentatives de repli sur soi. Établissant une rétrospective des principaux événements de l année 2010, ce livre aide à mieux comprendre les grands enjeux de l année 2011 dans une région de près de 600 millions d habitants qui, plus que jamais, joue un rôle d interface entre les grands pôles asiatiques. Grâce au travail de terrain tout au long de l année d une vingtaine de chercheurs et d experts européens et asiatiques, Asie du Sud-Est 2011 offre un décryptage pertinent et contemporain d une actualité asiatique complexe, dense et dynamique. Outre une analyse claire, détaillée et passionnante, Asie du Sud-Est 2011 propose de nombreux outils pratiques sur l Asie du Sud-Est : une chronologie détaillée de l année, les adresses des différents centres de recherche francophones et internationaux, une liste des formations et des centres de documentation relatifs à l Asie du Sud-Est, une bibliographie des principaux ouvrages publiés au cours de l année, ainsi qu un référencement des meilleurs sites Internet institutionnels et communautaires sur la région. Guy Faure (sous la direction de), New Dynamics between China and Japan in Asia, How to Build the Future from the Past? Hors Série, World Scientific Publishing Co., 368 p. This book is a study of ties between China and Japan and their Asian counterparts (ASEAN, the Greater Mekong Subregion ). It does not therefore directly treat bilateral relations between these powers, as they already constitute the subject of many other studies. A lengthy perspective has been taken into account in order to recall past legacies, some of which are still painfully contentious, and to record evolutions in attitudes and strategies vis-à-vis Asian countries. Suzanne Lallemand, Routards en Asie, Ethnologie d un tourisme voyageur, L Harmattan, 2010, 298 p. Entre touristes et voyageurs, ont émergé des catégories plus fines de gens circulant sur divers continents, tels le routard (ou «backpacker»). Utilisant les ressources de l ethnologie, l auteur a suivi plusieurs circuits de routards en Asie du Sud-Est, soulevant quelques interrogations d ordre sociologique, relevant de leurs comportements, de leurs pratiques et de leurs interactions avec le territoire et la population d accueil. Quels groupes constituent-ils? Quels changements générationnels ont-ils connus? Pierre Yves Manguin, A Manui, et Geoff Wade, Eartly Interactions between South and Southeast Asia, Reflections on Cross Cultural Exchanges, Iseas Publishing, Singapour, 2011. This book takes stock of the results of some two decades of intensive archeological research carried out on both sides of the Bay of Bengal, in combination with renewed approaches to textual sources and to art history. To improve our understanding of the trans-cultural process commonly referred to as Indianisation, it brings together specialists of both India and Southeast Asia, in a fertile inter-disciplinary confrontation. Most of the essays reappraise the millennium-long historiographic no-man s land during which exchanges between the two shores of the Bay of Bengal led, among other processes, to the Indianisation of those parts of the region that straddled the main routes of exchanges. Some essays follow up these processes into better known classical times or even into modern times, showing that the localisation process of Indian themes has long remained at work, allowing local societies to produce their own social space and express their own ethos. 26 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

Birmanie J.-P. Pautreau, A.-S. Coupey, Aung Aung Kyaw, avec les contributions de C. Dupont, B. Gratuze, J. Lankton, J.-Ch. Le Bannier, Ch.Maitay, F. Médard, E. Rambault, Excavations in the Samon Valley. Iron Age burials in Myanmar, 447 p. This volume is the monograph concerning digs carried out on the burial sites of Ohh Min, Htan Ta Pin, Nyaung Gon, Hton Bo and Ywa Gon Gyi between 2005 and 2010. It associates an exhaustive description of all graves explored (methods of burial and accompanying grave goods) with the detailed inventory of all remains found on the sites. Syntheses and specialised analyses carried out in laboratory conditions complete the data. They enable us to put forward theories concerning the evolution of cultures in the River Samon basin during the Iron Age, demonstrating their integration and their originality within the neighboring groups in South-East Asia. Joseph Ruellen, Parlons tedim, Myanmar, Etat Chin, L Harmattan, 2001, 128 p. Le tedim est l une des langues parlées dans l Etat chin du Myanmar (anciennement Birmanie). Ces langues sont toutes tibéto-birmanes et s écrivent en lettres latines car la population est majoritairement de religion chrétienne. Elles portent le plus souvent le nom de la ville principale de la zone où elles sont parlées : tedim autour de la ville de Teddim, hakha (Hakha) ou mindat (Mindat). Le nombre de locuteurs de tedim est de l ordre de 400000. Cambodge Nadine Dalsheimer-Van Der Tol, Le corps des dieux. Contribution à l étude de la formation de l art khmer, L Harmattan, 2011, 252 p. Cet ouvrage est une importante contribution à l étude de la formation de l art khmer. Il présente une méthode d analyse des statues du Cambodge ancien appliquée à un large éventail d œuvres, en particulier aux sculptures des Dépôts de la Conservation d Angkor. Ce regard neuf permet de mieux comprendre cette si riche période de la formation de l art khmer tout en précisant plus nettement les affinités plastiques négligées jusqu alors avec les œuvres de pays voisins. Laos Nadine Bari, Laby Camara, L enfant de Seno, Collection Ecrire l Afrique, L Harmattan, 2011, 138 p. Il n est ni noir, ni jaune. Partout exclu. D abord abandonné par son père «tirailleur sénégalais» venu guerroyer pour les Français en Indochine, puis délaissé par sa mère vietnamienne, L enfant de Seno grandit au Laos mais, à treize ans, il est rapatrié en France, pays qui lui est parfaitement étranger. Sa vie d enfant de la rue, bousculée toujours, désespérée souvent, Laby la raconte avec une candeur désarmante. Thiane Khamvongsa, Au revoir pays, Théâtre des cinq continents, L Harmattan, 2011, 106 p. En 1975, au Laos, après vingt-cinq ans de guerre, le changement de régime contraint une famille à quitter ses terres. Elle entreprend alors un voyage périlleux qui la mènera jusqu à une cité de la banlieue parisienne. Au revoir Pays est une pièce qui parle de la mémoire de cette mémoire qui fait l Histoire. L auteure signe avec Au revoir Pays sa première création théâtrale, pour laquelle elle a reçu le prix Paris Jeune Talent 2010. Indonésie Elsa Clave-Celik, Dictionnaire insolite de l Indonésie, Cosmopole, 2010, 176 p. L Indonésie, qui a fait de la diversité sa devise, est loin d être compréhensible au premier abord. Afin de ne pas être perdu au restaurant devant l abondance des plats, de distinguer les différentes danses et formes de théâtre ou tout simplement pour saisir le mode de vie des Indonésiens, ce petit dictionnaire est à parcourir. On apprendra par exemple ce qu est une «moto-canard», pourquoi il est déconseillé d appeler un taxi la main vers le haut, ou encore que répondre à la surprenante question «êtes-vous bien douché? «Andrée Feillard, Remy Madinier, The End of Innocence? Indonesian Islam and the Temptation of Radicalism, Hawaii University Press, 2011, 276 p. This volume is a translation of Le Fin de l innocence? L islam indonésien face à la tentation radicale de 1967 à nos jours, which was published to wide acclaim in 2006. It offers a unique overview of the role of Islam in Indonesian politics over the past few decades, paying close attention to the varying fortunes of key Islamist movements. The final chapter takes into account events that have taken place and publications that have appeared since 2006. Christian Pelras, Explorations, un choix de trente trois rencontres dans l univers des Bugis, Cahier d Archipel 39, Paris, 2010, 500 p. «Le présent volume consiste en un large choix de textes, qui voudrait être un miroir de ma vie d ethnologue parmi le peuple Bugis de Célèbes-sud (île de Célèbes, Indonésie). Certains de ces écrits ont déjà été publiés dans des revues scientifiques, ont fait l objet de conférences ou de cours, dans le cadre de mes activités professionnelles de chercheur. D autres étaient restés inédits.» Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 27

Publications Thaïlande Alain Forest, L imposteur de Siam, Collection du Cannibale, Les Indes Savantes, 2010, 291 p. Le destin de ce jeune Grec parti d Europe sur les navires de la Compagnie anglaise des Indes est proprement fabuleux : après des années passées à faire du commerce entre Java, le Tonkin et le Siam, le jeune homme se fixe dans ce dernier pays. Apprenant rapidement la langue, il devient favori puis conseiller et ministre du tout puissant roi de Siam. Ce, au moment où Louis XIV s intéresse à ce pays, envoyant flotte, corps expéditionnaire, missions diplomatiques et jésuites L aventurier grec va jouer un jeu dangereux entre ambassadeurs, religieux et soldats français, courtisans et moines siamois jaloux de son pouvoir... Un récit historique passionnant, mais aussi un travail de recherche : tout est véridique, ce qui n est pas le moins étonnant. Vietnam Xavier Bioy et Fabrice Hourquebie (sous la direction de), Constitutions, justice et démocratie, Logiques Juridiques, L Harmattan, 2011, 482 p. Les droits constitutionnels des démocraties contemporaines accordent une place plus ou moins grande aux liens entre justice et démocratie. Qu il s agisse de la justice rendue par des représentants élus, de transparence, d un contrôle populaire exercé sur les juges ou encore de la participation des citoyens ou jurys, cet ouvrage compare le système de la France à celui de nombreux autres pays (dont le Viêt-Nam). La question de la pertinence de modifications en France, notamment au regard des exigences européennes, est posée. Jean Chaland, Une vie en Indochine, 1945-1965. Autobiographie romancée, L Harmattan, 2010, 160 p. Pierre Malroy, échappant à la débâcle de l armée française, se retrouve en Indochine occupée par les Japonais. De 1945 à 1965, il vivra au plus près des dramatiques événements qui bouleversèrent ce pays. Officier instructeur à Tong, il mène, partagé entre deux civilisations, une vie insouciante et heureuse avec Simone, sa belle maîtresse métisse. Après le coup de force japonais du 9 mars 1945, il fait l amère et cruelle expérience des camps de la mort. Les Japonais ne l ont pas tué, mais ils ont tué le jeune homme naïf et candide qu il avait été. Après un regard lucide sur la bassesse des uns et la noblesse des autres, il se reconstruira une nouvelle vie, mais portera toujours au plus profond de son cœur ce pays perdu qu il a beaucoup aimé. Maurice Durand, Imagerie populaire vietnamienne, Collection Hors Série, EFEO, Paris, 2011, 456 p. (nouvelle édition établie par Philippe Papin). Les images populaires vietnamiennes, vendues à l unité et pour une somme modique, étaient produites à l occasion des fêtes de fin d année, des grandes cérémonies publiques ou religieuses et des réjouissances familiales. Artisanales, elles sont à la fois tributaires des modèles qui étaient en vogue et, pourtant, profondément marquées par l originalité de leurs créateurs. Maurice Durand présente ici un panorama complet, ordonné et savant de cette imagerie vietnamienne qui, à travers des styles très divers, aborde les thèmes de la vie quotidienne, de la croyance, de la littérature et de l histoire. Maurice Durand, Pierre Huard, Connaissance du Viêt-Nam, Collections Réimpressions, EFEO, Paris, 2010, 356 p. La collection des «Réimpressions» a pour but de rendre accessibles aux étudiants, aux chercheurs et à un public curieux des ouvrages classiques et toujours fondamentaux pour la connaissance. La présente réimpression s inscrit parfaitement dans cette démarche, car l ouvrage publié en 1954 et épuisé depuis longtemps a fait l objet de nombreuses contrefaçons, preuve de sa valeur, de son intérêt resté intact et aussi d une demande constante. Grâce à Marcus Durand, qui souhaitait honorer la mémoire d un grand savant, Maurice Durand, son père, et permettre à l EFEO de se réapproprier son patrimoine scientifique, nous pouvons aujourd hui découvrir ou redécouvrir la meilleure synthèse sur la culture vietnamienne. L édition originale est ici reprise en fac-similé, mais comporte une quarantaine de compléments bibliographiques présentant une avancée sur les connaissances de 1954. Enfin, pour des raisons techniques, les index 40 pages en fin de volume ont été recomposés et deux cartes, refaites. Pierre Journoud, De Gaulle et le Vietnam, Tallandier, Collection Contempo, 2011. Cet ouvrage retrace les changements de politique du général de Gaulle face au problème vietnamien, avec ses doutes et ses certitudes, ses erreurs, ses prises de conscience et ses regrets. Principal inspirateur d une politique de force dirigée contre les indépendantistes en Indochine à la fin de la seconde guerre mondiale et partisan d une escalade de la guerre contre le Vietminh après son départ du pouvoir en janvier 1946, de Gaulle ne s est converti aux vertus de la négociation et de la paix qu à partir de 1953, à la faveur de la détente internationale. Mais il faut attendre 1963 pour le voir dévoiler par étapes les grandes lignes d une nouvelle politique dans la région qui prend le contre-pied de celle des Etats-Unis. Au lieu de justifier le maintien de la division du Vietnam par la guerre, il conditionne la restauration de la paix à celle de l unité du Vietnam et de son indépendance. Jusqu au choix de l escalade et de l américanisation 28 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

de la guerre par Lyndon Johnson, en février-mars 1965, il croit possible d éviter de transformer une guerre essentiellement civile en un conflit prolongé et de grande envergure. Il multiplie les déclarations et les initiatives en ce sens et en vient même à condamner publiquement les Etats-Unis. Le Vietnam devient alors le principal moteur d une stratégie gaullienne de dépassement des blocs et de séduction du Tiers-Monde. Il s agit de la première étude complète de la politique indochinoise du général de Gaulle (1945-1969), basée sur une recherche multi-archives (France, Etats-Unis, Canada) et plus d une centaine de témoignages, principalement réalisés en France, aux Etats-Unis et au Vietnam. Ariane Louvet, Dictionnaire insolite du Vietnam, Cosmopole, 2010, 176 p. En forme de grand «S» ou de dragon, le Vietnam, qui s étend des provinces de la Chine jusqu au delta du Mékong, est un carrefour entre le monde chinois et le monde indien et conserve les traces de cette double culture. Bollywood serait ainsi plus vietnamien qu indien... L auteur nous livre une mine de renseignements insolites et très pratiques sur les particularités régionales où la culture du Nord est très différente de celle du Sud, mais aussi sur la gastronomie, la vie quotidienne, la langue, les croyances et les arts... On vous expliquera par exemple comment distinguer la viande de porc de la viande de chien, que féliciter une Vietnamienne sur son bronzage n est pas un compliment mais plutôt une insulte, enfin qu il faut mieux être bon chanteur avant de se rendre au Vietnam... Louis Roubaud (présentation d Emmanuelle Radar), Viêt-Nam : la tragédie indochinoise, Autrement mêmes, L Harmattan, 2010, 222 p. Ce texte, écrit en 1931 par Louis Roubaud, fut publié à l heure du consensus colonial des «années de Vincennes». Modèle du genre du reportage qui intègre l urgence du politique à l émotion du crime, il est à la fois un récit de voyage, un reportage critique sur la misère de la population du Viêt Nam et la revendication des colonisés de l Indochine française, mais aussi une enquête sur les mouvements anticoloniaux et leur répression. Alain Ruscio, Vo Nguyen Giap : Une vie, Les Indes Savantes, Collection Asie, 2011, 116 p. Le général Giap est un des pères fondateurs du Vietnam contemporain, et un des plus grands stratèges du XXe siècle. Sous sa direction, l armée populaire du Vietnam a successivement défait les armées française, américaine et chinoise. Giap parle de son parcours personnel, de son implication dans la lutte pour l indépendance du Vietnam, depuis l époque coloniale jusqu à la lutte contre les Français, puis les Américains. Il éclaire également, par des «petites phrases «, de nombreux aspects de l histoire du Vietnam jusqu en 1975. Giap vient de fêter ses 100 ans reste toujours une figure emblématique du Vietnam d aujourd hui. Olivier Todd, La chute de Saigon : Cruel avril 1975, Librairie Académique Perrin, Collection Tempus, 2011, 745 p. (réédition) Le 30 avril 1975, les troupes de la République démocratique du Viêt Nam entrent dans Saïgon, tandis que les hélicoptères évacuent dans la panique les derniers réfugiés du haut des toits de l ambassade américaine. Ce jour-là s achève une guerre de trente ans poursuivie par les communistes vietnamiens afin de chasser les Français, puis les Américains de la péninsule indochinoise. Riche en révélations, le livre d Olivier Todd s impose comme le récit le plus complet et le plus exact de ces jours terribles. En journaliste, il fut l un des rares occidentaux à avoir observé de près Hanoi, Saigon et les maquis du Vietcong, et en écrivain, Olivier Todd raconte les quatre derniers mois de cette tragédie. Les dernières publications en ligne de l Irasec http://www.irasec.com Occasional Paper (OP) Olivier Ferrari, Narumon Hinshiranan Arunotai, Jacques Ivanoff, Arnaud Leveau OP 13 Thaïlande - Aux origines d une crise, Carnets de l Irasec/ Occasional Paper N 13, 2010 Nguyen Thi Thanh Binh, Nguyen Van Suu OP 15 Norms and Practices in Contemporary Rural Vietnam -Social Interaction between Authorities and People, Carnets de l Irasec/ Occasional Paper N 15, 2010 Lynn Thiesmeyer Informal and Illegal Movement in the GMS - Costs and Benefits of Informal Networks for Goods and People Carnets de l Irasec/ Occasional Paper / Série Observatoire N 03, 2010 Notes de recherche Suratno, The Flowering of Islamic Thought: Liberal-Progressive Discourse and Activism in Contemporary Indonesia, Les notes de l Irasec n 8 2011 Arnold Puyok, Political Development in Sabah, 1985-2010: Challenges in Malaysian Federalism and Ethnic Politics, Les notes de l Irasec n 9-2011 James O Connor, State Building, Infrastructure Development and Chinese Energy Projects in Myanmar Les notes de l Irasec n 10 2011 Catherine.Scornet@univ-provence.fr Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 29

Revues Archipel, vol. 27/3, déc. 2010 Michel Picard, Le christianisme à Bali : visées missionnaires, objections orientalistes et appropriation balinaise Rémy Madinier, Les ursulines à Java : unsiècle d éducation catholique (1856-1956) Étienne Naveau, Le dialogue islamochrétien selon Bambang Noorsena Arlo Griffiths, Inscriptions of Sumatra : Further Data on the Epigraphy of the Musi and Batang hari Rivers Basins Oma, Fathurahman, Ithaf al-dhaki by Ibrahim al-khurani: A Commentary of Wahdat al-wujud for Jawi audiences François Raillon, Indonésie 2010 : les infortunes de la vertu ASEAN Economic Bulletin, vol. 27/3, déc. 2010 Fadzlan Sufian et Muzafar Shah Habibullah, Assessing the Impact of Financial Crisis on Bank Performance: Empirical Evidence from Indonesia Ei Yet Chu et Sa Imm Song, Insider Ownership and Industrial Competition: Causes and Consequences of Information Asymmetry Yogi Vidyattama, A Search for Indonesia s Regional Growth Determinants Thu Thi Hoang, Paitoon Wiboonchutikula et Bangorn Tubtimtong, Does Foreign Direct Investment Promote Economic Growth in Vietnam? Christoffer Larsson et Sundar Venkatesh, The Importance of Government Incentives Relative to Economic Fundamentals: The Case of Software Industry in Thailand (note de recherche). Aséanie, n 26, déc. 2010 Ernelle Berliet, Kausambi, ancien royaume mao. Les traces archéologiques du peuplement shan sur les hauts plateaux de Birmanie Alexandra de Mersan, La construction rituelle du territoire à travers la tradition orale. Étude d une incantation aux esprits d Arakan (Birmanie) Chris Eade, What is a Kanyāyoga? The Intention in Inscription K. 270 Michel Ferlus, Localisation, identité et origine du Javā de Jayavarman II Mitch Hendrickson, La Voie Royale était-elle dallée? Re-Appraising a Myth of the Angkorian Period Road System (Ninth to Fifteenth Centuries CE) Céline Pierdet, Le port de Sihanoukville (Cambodge) et l organisation des échanges dans le sud de la péninsule depuis la fin des années 1950 Ronald D. Renard, Tai and Karens, Karens and Thais, Old and New Cross- Cultural Narratives in and around Chiang Mai (and beyond in Thailand) Béatrice Wisniewski, Une approche de la tradition céramique vietnamienne du premier millénaire apr. J.-C. L appropriation de techniques issues du monde chinois Asian journal of communication, vol. 21, n 1, 2011 Trisha T. C. Lin et Yu-li Liu, The development of mobile broadcasting TV: a socio-technical comparison of Singapore and Taiwan Asian Perspectives, vol. 48, n 2, 2009 T. O. Pryce et S. Natapintu, Smelting Iron from Laterite: Technical Possibility or Ethnographic Aberration? [Thailande] Fabrice Demeter, Thongsa Sayavongkhamdy, Elise Patole- Edoumba, Anne-Sophie Coupey, Anne-Marie Bacon, John De Vos, Christelle Tougard, Bounheuang, Bouasisengpaseuth, Phonephanh Sichanthongtip etphilippe Duringer et Tam Hang Rockshelter: Preliminary Study of a Prehistoric Site in Northern Laos Asian Anthropology, vol. 8, 2009 Mai Lan Gustafsson, Pride and Prejudice in a Southeast Asian Refugee Community in New York Asian Ethnology, vol. 69, n 2, 2010 Tran Quynh Ngoc Bui, The Social Contract and Symbolic Structure in Three Vietnamese Tales of the Last Born Alex De Voogt, Research Note: Philippine Sungka and Cultural Contact in Southeast Asia Bijdragen tot de Taal-, Land- en Volkenkunde, vol. 167, n 1, 2011 Pamela Allen, Menggarami burung terbang: Local understandings of national history Tineke Hellwig, Abidah El Khalieqy s novels: Challenging patriarchal Islam. 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Scott, The art of not being governed: An anarchist history of upland Southeast Asia (débat) Nathan Porath, The terrorist insurgency in the South of Thailand (recension thématique) Luthfi Assyaukanie Recent publications on Indonesian Islam (recension thématique) Vol. 166, n 4, 2010 Steven Farram, The PKI in West Timor and Nusa Tenggara Timur 1965 and beyond Fausto Barlocco, The village as a community of practice Constitution of village belonging through leisure sociality Michele Stephen, The yogic art of dying, Kundalinī yoga, and the Balinese pitra yadnya Andrea Acri, On birds, ascetics, and kings in Central Java Rāmāyana Kakawin, 24.95 126 and 25 Kwee Hui Kian, Studies on the Chinese in Southeast Asia in the twentyfirst century Cahiers d études vietnamiennes, n 21, 2009/2010 Emmanuelle Paquet, L impact des réformes économiques sur le régime politique vietnamien depuis 1979, dimensions institutionnelles et systémiques Emmanuel Poisson, Les ressorts de la prépondérance des provinces de Hà Nội et Nam Định dans la formation des mandarins au XIXe siècle Marine Métadier, Découvrir sa propre identité à travers l Etranger, l Autre Lê Thị Xuyến, Alexandre de Rhodes et la linguistique vietnamienne Đoàn Cầm Thi, Moi, citoyen ignominieux, génie alcoolique, Poésie et marginalité dans le Viêt-Nam contemporain Marie-Claire Laurent, Sơn Nam (1926-2008), l écrivain itinérant s en est allé vers un autre Sud lointain Linh Dinh et Do Kh., Printemps des Poètes Trần Thùy Mai, traduit par Marina Prévot et Phan Thanh Thủy, Gặp ở xứ người Út Liên Trần Thùy Mai, traduit par Marina Prévot et Phan Thanh Thủy, Phật ở Kyong-Ju, [Le Bouddha à Kyong-Ju] Contemporary Southeast Asia, vol. 32/3, déc. 2010, numéro spécial : America Re-engages Southeast Asia Satu P Limaye, America s Bilateral Relations with Southeast Asia - Constraints and Promise Frederick Brown et Hoang Anh Tuan, Rapprochement Between Vietnam and the United States Ann Marie Murphy et Meidyatama Suryodinigrat, US Rapprochement with Indonesia: From Problem State to Partner Priscilla Clapp et Harn Yawnghwe, Prospects for Rapprochement Between the United States and Myanmar Carlyle A. 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Négociations des risques en santé de la reproduction Marie-Ève Blanc, Le pluralisme médicamenteux Péninsule, n 60, 2010, numéro spécial : Religions du Vietnam (XVIII-XXI e siècles) ésotérisme traditionnel et nouvel occultisme, sous la direction de Pascal Bourdeaux et Jérémy Jammes François Thierry, Les allumettes ésotériques du Vietnam, écritures et protection Georges Boudarel, Sociétés secrètes et/ou sociétés à secret, dynamiques de la dissidence et du conformisme dans le Vietnam traditionnel Paul Sorrentino, Maîtres et disciples dans le delta du Fleuve Rouge, note de terrain sur les thày cúng Jean-Pierre Laurant, Pascal Bourdeaux et Jérémy Jammes (entretien), Autour de Matgioi le passeur et l empreinte des écrits occultistes du comte de Pouvourville en France et au Vietnam Jérémy Jammes, Thông thiên hoc ou la société théosophique au Sud du Vietnam, rôle et impact d une association occultiste internationale dans l univers du croire vietnamien Pascal Bourdeaux, La revue France- Asie (1946-1974), un regard postcolonial sur la synthèse culturelle Janet Hoskins, Derrière le voile de l Œil céleste : le rôle des apparitions dans l expansion du caodaïsme Markus Schlecker et Kirsten Eendres : Psychics, Science et Vérité dans le Vietnam d après-guerre Sojourn: Journal of Social Issues in Southeast Asia : Volume 25, Number 2, October 2010 Philippe M.F. Peycam, Sketching an Institutional History of Academic Knowledge Production in Cambodia (1863-2009) Part 1 Volker Gottowik, Transnational, Translocal, Transcultural: Some Remarks on the Relations between Hindu- Balinese and Ethnic Chinese in Bali Ross King, Dyah Erti Idawati, Surabaya Kampung and Distorted Communication Marc Rerceretnam, Anti-colonialism in Christian Churches: A Case Study of Political Discourse in the South Indian Methodist Church in Colonial Malaya, 1890s-1930s Arunajeet Kaur, Faizal Yahya, Zee TV and the Creation of Hindi Media Communities in Singapore 32 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

Vol. 26, Number 1, April 2011 Damres Uker, Rebecca Fanany, The Traditional Decision-making Process of Berkaul in Tanjung Emas, West Sumatra: Its Nature and Significance Philippe M.F. Peycam, Sketching an Institutional History of Academic Knowledge Production in Cambodia (1863 2009) Part 2 Mark Woodward, Only Now Can We Speak: Remembering Politicide in Yogyakarta Katia Balassiano, Civic Space Production and Local Government Capacity: Lessons from Muang Klang, Thailand Jeffrey Dale Hobbs, Piengpen Na Pattalung, Robert C. Chandler, Advertising Phuket s Nightlife on the Internet: A Case Study of Double Binds and Hegemonic Masculinity in Sex Tourism Kazuo Fukuura, A Ritual Community: The Religious Practices of Spirit Mediums Who Worship the Spirit of the Chiang Mai City Pillar Long S. Le, Colonial and Postcolonial Views of Vietnam s Prehistory South East Asia Research Vol. 19, n 1, mars 2011 Victor Lieberman, South East Asia and Eurasia During a Thousand Years Edward Aspinall, Sebastian Dettman and Eve Warburton, When Religion Trumps Ethnicity : a Regional Election Case Study From Indonesia Andrew Huxley, Mr Hougton et Dr Führer, A Scholarly Vendetta and its Consequences Melinda Tria Kerkvliet, The Food Problem in Hanoi During the Subsidy Period: How Workers Coped Eleni Braat, Dutch Neutrality in the Pacific: Dead Letter a Perspective from the International Disarmament Debate, 1921-31 Vol. 18, n 4, déc. 2010, numéro spécial : Islamic Civil Society in South East Asia - Localization and Transnationalism in the Ummah Julie Chernov Hwang, When Parties Swing: Islamist Parties and Institutional Moderation in Malaysia and Indonesia Noorhaidi Hasan, The Failure of the Wahhabi Campaign Transnational Islam and the Salafi Madrasa in Post-9/11 Indonesia Farish A. 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Arriola, A third way to film the story: a Filipino film adaptation of a work of literary journalism Gaik Cheng Khoo, Gendering Old and New Malay through Malaysian auteur filmmaker U-Wei Haji Saari s literary adaptations, The Arsonist (1995) and Swing My Swing High, My Darling (2004) Dana Healy, From triumph to tragedy: visualizing war in Vietnamese film and fiction The Asia Pacific Journal of Anthropology, vol. 2, n 2, 2011 Sverre Molland, The Trafficking of Scarce Elite Commodities: Social Change and Commodification of Virginity along the Mekong Linda R. Bennett, Sari Andajani- Sutjahjoe et Nurul I. Idrus, Domestic Violence in Nusa Tenggara Barat, Indonesia: Married Women s Definitions and Experiences of Violence in the Home The Pacific Review, vol. 24, n 1, 2011 Stefan Ehrentraut, Decentralization and the promise of indigenous peoples empowerment: the case of the World Bank in Cambodia Oliver P. 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Kim, Lai Van Toi and Trinh Hoang Hiep, Co Loa: an investigation of Vietnam s ancient capital French colonial history, vol. 12, 2011 Aline Demay, Saigon: Une métropole touritistique? Journal of the Royal Anthropological Institute, vol. 16, n 4, déc. 2010 Nicholas J. Long, Haunting Malayness: the multicultural uncanny in a new Indonesian province Journal of World History, vol. 21, n 2, juin 2010 Craig A. Lockard, The Sea Common to All : Maritime Frontiers, Port Cities, and Chinese Traders in the Southeast Asian Age of Commerce, ca. 1400 1750 Diasporas : Histoire et société, 2009-2, n 14, (numéro spécial Tourisme coordonné par Colette Zytnicki) Jean-François Klein, À l ombre d Angkor? Tourisme au Cambodge Outre-terre, 2010/2-3, n 25-26 Éric Frécon, Géopolitique de la piraterie au Sud-Est asiatique. Conflit de representations East Asian Science,Technology and Society: an International Journal, vol. 3, n 2/3, 2009 Michitake Aso, The Scientist, the Governor, and the Planter: The Political Economy of Agricultural Knowledge in Indochina During the Creation of A Science of Rubber, 1900-1940 caroline.herbelin@gmail.com Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 33

Thèses Nous vous rappelons que les inventaires des sujets de thèse déposés et des thèses soutenues relatives à l Asie du Sud-Est sont téléchargeables sur le site internet de l Afrase (www. afrase.org / rubrique «thèses»). Ces inventaires ont été réalisés par Guillaume Rozenberg pour la période 1990/2000 et sont depuis annuellement mis à jour par Annabel Vallard. Si vous constatez que des sujets ou des thèses soutenues n y figurent pas, n hésitez pas à contacter cette dernière. Céline Coderey, Les maîtres du «reste» : La quête de l équilibre dans les conceptions et les pratiques thérapeutiques en Arakan (Birmanie), université d Aix- Marseille, dir. François Robinne, thèse de doctorat d anthropologie, soutenue le 21 janvier 2011 (celico33@ yahoo.it). À partir de l étude ethnographique de la maladie en milieu arakanais, cette thèse réfléchit sur le rapport individu-cosmos et sur le caractère pluriel, hybride et intégrateur de ce rapport. Une telle approche, innovatrice pour la Birmanie, s éloigne de toute catégorisation et suggère en revanche que la médecine locale, la médecine d origine occidentale, le bouddhisme Theravāda, l astrologie, etc. forment un seul et même système de conceptualisation et de maîtrise de l état de santé comme fruit du rapport au cosmos. La problématique développée s appuie sur le postulat selon lequel la cohérence structurelle de l ensemble de son hybridité et de sa souplesse réside dans le fait que les composantes sont liées entre elles par des rapports hiérarchiques et complémentaires. La hiérarchie, visible principalement dans l hégémonie du référent bouddhique, est nuancée par le fait qu aucune composante, y compris le bouddhisme, ne se suffit à ellemême; il y a toujours des restes qui échappent et qu il revient à d autres composantes de concevoir ou de gérer. Quant au caractère intégrateur du système, il est ici montré à travers l exemple de la biomédecine dont l intégration n a été rendu possible qu à travers de nécessaires adaptations du système lui-même. La thèse est organisée en cinq parties : la première est dédiée aux conceptions de la maladie; la seconde partie est consacrée aux approches mises en œuvre par les villageois en vue de maintenir l équilibre à tous les niveaux; les troisième et quatrième parties portent sur la diversité des thérapeutes, de leurs formations et de leurs pratiques aussi bien en termes de prévention que de soin et de leur statut social; la cinquième et dernière partie est quant à elle consacrée aux itinéraires multiples et complexes des malades. Anda Djoehana Wiradikarta, Gérer les femmes et les hommes en Indonésie : le cas de Total, université Paris Ouest Nanterre La Défense, dir. Philippe d Iribarne, thèse de doctorat de sciences de gestion, soutenue le 14 septembre 2010 (andadjoehana@yahoo.com). En matière de gestion des personnes, un des dilemmes auxquels sont confrontées les entreprises multinationales est de choisir entre imposer leurs valeurs, et respecter les cultures locales. La création, en 2003, par le groupe pétrolier français Total, d une direction de l Innovation sociale et de la diversité, exprime une volonté d intégrer la diversité culturelle dans sa gestion des personnes. La réussite d une politique de management dépend entre autres facteurs de la culture du pays d accueil. Total est présente en Indonésie depuis 1968. Un moyen de comprendre la culture indonésienne est justement d étudier la manière dont les Indonésiens de Total perçoivent cette politique de diversité de Total. Les propos qu ils tiennent sur cette politique peuvent en effet révéler leur conception des rapports au sein de l entreprise. La thèse analyse près d une cinquantaine d entretiens avec des Indonésiens. Il ressort de cette analyse que les Indonésiens conçoivent la vie en entreprise comme une appartenance à un groupe au sein duquel les rapports sont chaleureux. La crainte qui les hante est donc celle de ne pas être accepté dans un groupe et plus généralement, de tout ce qui sera interprété comme une «fermeture». Cette grille de lecture nous permet de comprendre de quelle manière les Indonésiens conçoivent les rapports entre personnes au sein de l entreprise. C est à travers elle que nous comprenons comment leurs rapports avec les Français, ainsi que la politique de diversité de Total, notamment, prennent sens pour les Indonésiens. Elle donne des éléments pour gérer les personnes en Indonésie, notamment pour obtenir l adhésion des individus aux politiques de l entreprise. Caroline Herbelin, Architecture et urbanisme en situation coloniale : le cas du Vietnam, université Paris IV Sorbonne, thèse de doctorat d histoire de l art, dir. Flora Blanchon, soutenue le 20 novembre 2010 (caroline. herbelin@gmail.com). Cette thèse cherche à montrer comment au Vietnam, l architecture et l urbanisme relèvent de la rencontre de deux cultures, celle du colonisateur et celle du colonisé. L enjeu est de mettre en lumière la diversité des échanges culturels expressions et significations à travers le bâti, en procédant à une étude critique de l idée selon laquelle l architecture et l urbanisme seraient uniquement des instruments du pouvoir colonial. Nous avons cherché à identifier les conditions de production et d utilisation du bâti pour appréhender la complexité et la diversité des phénomènes à l œuvre. Nous avons privilégié trois approches. La première concerne l étude des acteurs et de la circulation des savoirs qui nous permet d envisager les différents discours et théories qui ont existé autour de l architecture métissée, ainsi que leur réception. La seconde prend en considération les politiques de gestion de l espace urbain en s attachant à mettre en valeur les négociations et les résistances au projet d encadrement colonial. Enfin le troisième volet se place au niveau de l articulation des enjeux techniques et sociaux et permet de mettre au jour les mécanismes constitutifs de cette architecture interculturelle. Thai Son Pham, Morphologie urbaine, dispositifs techniques et pratiques sociales. Cas des quartiers de ruelles hanoiens, université de Lyon III - INSA, thèse de doctorat diurbanisme, dir. Jean-Michel Deleuil, soutenue le 17 décembre 2010 (thai-son.pham@insa-lyon.fr). Dans le contexte transitionnel de Đổi Mới (Rénovation réforme économique nationale du Vietnam appliquée depuis 1986), l urbanisation de Hanoi a fait apparaître des quartiers de ruelles, les zones résidentielles constituées de ruelles petites et sinueuses qu on peut rencontrer presque partout dans la ville. L existence de ces quartiers représente certains enjeux du développement urbain de la capitale du Vietnam. À partir d un premier constat sur la forme particulière de ces quartiers, cette étude examine comment les habitants s adaptent aux conditions de vie générées par la production de logements, la fourniture des services urbains essentiels et les configurations spécifiques de l espace public. Pour répondre à cette problématique, nous avons mené des observations directes et des enquêtes sociales auprès des ménages habitant dans les ruelles de trois quartiers représentatifs de la ville. Les résultats nous montrent qu en s adaptant aux contextes et aux dispositifs techniques en présence, les habitants jouent un rôle actif en adaptant les espaces et les dispositifs 34 Lettre de l Afrase n 78 - Printemps 2011

techniques, sous forme d alternatives à la fois choix techniques et pratiques sociales. À travers ces alternatives, les habitants participent directement à la production de l espace urbain, à la formation et à l évolution de la morphologie urbaine, à l évolution des dispositifs techniques des services d électricité, d eau, d assainissement et de collecte de déchets ménagers, et à la production de l espace public du quotidien. À partir de l analyse de ces pratiques sociales et de leurs influences sur la ville, la thèse détaille les dimensions alternatives de l urbanisation de Hanoi, dont témoignent les quartiers de ruelles. Sébastien Tayac, La commande des peintures bouddhiques dans les monastères de la province de Chiang Mai, université de Paris III Sorbonne Nouvelle, thèse de doctorat d histoire de l art, dir. Michel Jacq Hergoualc h, soutenue le 14 décembre 2010 (sebastientayac@yahoo.fr). Cette étude, conçue comme un état des lieux des peintures murales dans les monastères de six districts de la province de Chiang Mai, a permis d une part d étudier les différents acteurs de la commande artistique (commanditaires, donateurs, artistes) et d autre part de définir ces peintures en quatre groupes selon une classification à la fois chronologique et stylistique. Les multiples facteurs susceptibles d influencer la présence ou l absence de peintures dans les temples ont été également examinés. Une comparaison de l iconographie présentée dans ces temples entre les quatre groupes retrouvés a été également entreprise afin d affiner les caractéristiques de ces derniers. En parallèle, une attention toute particulière a été portée aux artistes travaillant dans les temples afin de mieux connaître ces individus méconnus et ignorés. Formations, milieux sociaux, place de la femme artiste, inspirations et influences, autant de thèmes évoqués au sein de cette étude. HDR Jean-Marc de Grave, Approche comparative des modes d apprentissage rituels, corporels et scolaires en Asie du Sud-Est (Java et monde malais). Transmission et relation intégrée, université de Strasbourg, HDR d ethnologie, soutenue le 23 novembre 2010 (jmdg58@yahoo.fr). La synthèse de cette habilitation à diriger les recherches s intéresse aux modes de transmission en relation aux systèmes de valeurs sociales. En étudiant d abord l initiation rituelle javanaise kanuragan, puis l éducation moderne scolaire à Java, j ai pu développer une réflexion théorique sur l apprentissage. Afin de comprendre le kanuragan dans ses dimensions politiques et religieuses, j ai aussi étudié la danse, le théâtre d ombres et les arts martiaux qui sont des éléments complémentaires importants. La comparaison entreprise sur les différents systèmes de transmission révèle la coexistence d une pluralité de processus : les arts martiaux se constituent en sport ou en pratique de santé, les arts rituels en arts du spectacle, la guerre rituelle en mystique religieuse, etc. Cette spécialisation des éléments constitutifs du kanuragan s accompagne d une modification marquée des modes d apprentissage. Elle est aussi concomitante à la modification des modes relationnels plus généraux au sein de la société. Après une présentation de mon parcours académique (1 ère partie), la synthèse décrit et analyse les rituels javanais et plus particulièrement l initiation guerrière et mystique kanuragan, ce travail incluant l art martial javanais pencak (2 e partie). Je montre dans une 3 e partie, comment les nouvelles pratiques du pencak se présentent, notamment du fait de leur lien au politique, comme la forme transposée en contexte moderne de l initiation kanuragan. La description des modes d apprentissage présente dans les 2 e et 3 e parties, est abordée aux niveaux méthodologique et théorique en 4 e partie. J y propose de considérer les modes formatifs en termes de «relation intégrée». J utilise cette expression pour exprimer ce qui est intégré de façon positive ou non dans la relation que les membres entretiennent entre eux au sein d un système de transmission donné ainsi que dans leur rapport au temps et à l espace. L étude ethnographique de lycées javanais révèle en effet la présence du mode traditionnel javanais d apprentissage nyantri dans un contexte scolaire tout à fait ancré dans la modernité, présence qui participe de la réussite à la fois humaine et scolaire des élèves. Les politiques pédagogiques des institutions concernées prennent ainsi en compte les facteurs temps, lieu et relation, ce qui a notamment pour effet de préserver la qualité des rapports intergénérationnels. Suivant mon analyse, deux tendances en viennent finalement à s opposer dans ces différents contextes. Dans la tendance formalisante, le lieu et le temps se présentent en termes de contrainte et de ce fait restent extérieurs aux agents éduqués. Dans l autre, moins formelle, le lieu et le temps sont inclus dans la relation et se posent plus comme un atout que comme une contrainte. C est la seconde tendance qui constitue ce que j appelle une «relation intégrée». Hubert Forestier, La pierre et son ombre : réflexion sur le phénomène hoabinhien d Asie du Sud-est, université de Paris Ouest Nanterre La Défense, HDR de préhistoire, dir. Eric Boeda, soutenue le 25 octobre 2010 (hubforestier@ gmail.com). Consacrée à la préhistoire du Sud-est asiatique, cette habilitation à diriger des recherches pose les bases d une épistémologie préhistorique en se fondant sur l analyse de la technique. Elle constitue une étude du sens donné à l évolution des objets lithiques à travers le rapport complexe qu ils entretiennent avec d autres objets disparus, réalisés dans des matériaux périssables (bambou, bois dur, rotin, etc.). Après avoir dressé un bilan descriptif et analytique de la technique hoabinhienne en milieu tropical forestier, ce travail explore les voies techno-fonctionnelles et phénoménologiques qui permettent de penser les objets intangibles à partir de ceux en pierre taillée, qui, seuls, restent présents dans les assemblages archéologiques. Ainsi, l objectif est d appréhender l envers d une dialectique basée sur des outils et des armes en matière végétale à la lumière des unifaces de pierre, vestiges uniques des sites chasseurs-cueilleurs du Hoabinhien entre 40 000 ans et 4 000 ans BP. avallard@hotmail.com L Afrase a déjà 138 amis sur Printemps 2011- Lettre de l Afrase n 78 35

Université d Eté européenne des études sur l Asie du Sud-Est Procida (Italie), du 3 au 14 juin 2012 Un espace européen unique d enseignement et d échange est en construction. L université d Eté Européenne des Etudes sur l Asie du Sud-Est (EuSea Summer School) entend contribuer à la mise en place d une solide formation européenne, à la fois pour les chercheurs et pour les autres professionnels travaillant sur l Asie du Sud-Est dans les domaines de l entreprise, du développement, de l éducation, de la communication ou de la formation. L Université d Eté se tiendra à l Université de Naples l Orientale, sur l île de Procida en face de Naples. Depuis plusieurs années, au sein de l Euroseas circulait le projet de créer une formation intensive aux études sur l Asie du Sud-Est issue de la collaboration entre les différents membres de l association. La première université d été organisée par trois institutions seulement (Leiden, Inalco et Napoli l Orientale, «IPSEA», 2006-2008) a eu beaucoup de succès. En 2011, le projet s est élargi avec l engagement de 14 institutions de 8 pays européens. Dans la mesure où la plupart des grandes institutions européennes d enseignement sur l Asie du Sud-Est s impliquent dans l Université d Eté EuSea, l ensemble des pays de l aire culturelle sera «couvert». Le but de cette formation européenne est d offrir aux étudiants avancés sur l aire concernée un bagage interdisciplinaire solide pour aborder leurs objets de recherche spécifiques. Un éventail de méthodes et d études de cas sera présenté et analysé en détail afin de stimuler le regard critique dans l apprentissage, dans un cadre comparatif. Le programme propose d aborder des thématiques clés concernant l Asie du Sud-Est contemporaine telles que les transformations environnementales, les mouvements migratoires, le travail et l industrialisation, les domaines et controverses relatifs au politique et au religieux. Du fait de son approche interdisciplinaire, l Université d Eté EuSea mettra en lumière les interconnections entre ces différents thèmes. L université d Eté EuSea s adresse particulièrement aux étudiants de Master et de doctorat. Des documents et des résumés d études de cas seront par la suite distribués aux étudiants qui pourront les redistribuer dans leurs propres universités, ce qui permettra de toucher un public plus large. Cette diffusion sera particulièrement utile dans les pays européens où les études sud-est asianistes et asianistes ne sont pas encore suffisamment développées et cela concerne la majorité des pays d Europe. Les organisateurs espèrent ainsi contribuer à la création d un réseau européen. Enfin, l Université d Eté se veut un instrument d orientation pour les étudiants de Master par une présentation de la variété des études et des carrières dans la région. Les organisateurs ont fait une demande de financement européen, qui permettrait de couvrir une bonne partie des frais des étudiants et des enseignants, à la condition qu ils appartiennent aux institutions partenaires. Les autres pourront participer à l Université d Eté mais sans bénéficier de la prise en charge. Toutefois, les organisateurs ne demanderont pas de frais de participation afin de faciliter l accès au plus grand nombre. L inconnu reste donc la réponse à la demande de financement. Si elle n est pas acceptée, d autres solutions sont envisagées. Anne Guillou Contact Silvia Vignato, Ricercatrilerce di antropologia culturale, Università di Milano-Bicocca, Italie. Visitez régulièrement le site de l Euroseas : <http://www.euroseas.org/platform/en> et contacter ensuite seulement Silvia Vignato <silvia.vignato@unimib.it> à partir de 2012. Universités participantes Università di Milano-Bicocca (coordinateur) Universiità di Napoli L orientale Université du Péloponnèse Inalco Soas Universidade Técnica de Lisboa Johann Wolfgang Goethe-Universität Frankfurt Uniwersytet Ekonomiczny We Wroclawiu Stichting Katholieke Universiteit / Radboud Universiteit Nijmegen University of Leeds Universiteit van Amsterdam