Rapport sommaire Table ronde sur la mobilité des étudiantes et étudiants dans l hémisphère occidental Buenos Aires, Argentine 1-3 décembre 2000
Au cours des dix dernières années, le Canada a joué un rôle majeur dans la promotion d une zone de libre échange à l échelle du continent américain et de ses 34 pays. Cet effort de collaboration, qui s appuie sur l Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, accord qui couvre notamment la prestation de services, pourrait aboutir à la création de la plus vaste zone économique du monde. Cette zone serait en mesure de faire concurrence aux autres blocs commerciaux qui émergent un peu partout dans le monde, comme le Marché commun européen et le groupe des pays riverains du Pacifique. Pour que la zone proposée soit compétitive sur le marché mondial, il faudrait, entre autres choses, développer et entretenir une main-d œuvre qualifiée et mobile, de haute qualité, dans tous les pays de l hémisphère occidental. Il faudrait, d autre part, s entendre sur ce qui constitue une main-d œuvre, un service et une performance de haute qualité. En février 2000, l Association des collèges communautaires du Canada (ACCC) a pris l initiative de mener une étude de faisabilité visant à évaluer dans quelle mesure les pays d Amérique centrale, de la région andine et du Mercosur s intéressaient à la création de programmes de mobilité des étudiants, efficaces et durables, en partenariat bilatéral ou multilatéral avec le Canada. Pour mener cette étude, l ACCC a reçu une subvention de Développement des ressources humaines Canada (DRHC). L étude de faisabilité s est terminée par une Table ronde dont le but était de discuter les résultats de l étude avec un certain nombre de représentants des gouvernements et des établissements d enseignement supérieur de la région latino-américaine, du Canada et des États-Unis. La Table ronde avait aussi pour but d évaluer les différents modèles de mobilité entre les pays, les régions et les secteurs du marché de travail, et de déterminer la pertinence d un ou de plusieurs modèles qui pourraient être utilisés pour initier des projets de mobilité des étudiants entre le Canada et la région. Du 1 er au 3 décembre 2000, avec le soutien de DRHC, l ACCC a donc dirigé à Buenos Aires, en Argentine, une Table ronde sur la mobilité des étudiants dans l hémisphère occidental. La logistique a été prise en charge par le Programme Fulbright Canada-États Unis. Donna Troop, directrice de l unité de l éducation internationale, à DRHC, a brièvement présenté plusieurs modèles de partenariat bilatéral et multilatéral déjà en place dans différentes parties du monde qui prévoient un volet mobilité des étudiants. Yvonne Desjardins, agente principale de programmes de l ACCC, a donné les résultats de l étude de faisabilité, qui explorait les possibilités d une mobilité accrue des étudiants au sein des Amériques et les défis que posait un tel programme. Menée en avril et mai 2000 dans toute la région de l Amérique latine, l étude a fait ressortir que la mobilité des étudiants entre tous les pays de l hémisphère occidental était une nécessité urgente si l on voulait assurer la compétitivité des économies et de la main-d œuvre de l hémisphère au sein du marché mondial. L étude a suggéré une structure réaliste et complète qui permettrait de mettre en œuvre un programme de mobilité internationale en -2-
éducation supérieure et de l appuyer sur les programmes de mobilité existants. Elle a aussi identifié les secteurs du marché du travail qui influent grandement sur l expansion économique d un pays ou d une région, de même que les priorités d action en matière d enseignement, notamment le développement du télé-enseignement. Après les interventions des porte-parole de DRHC et de l ACCC, des séances plénières et des ateliers ont permis aux participants d identifier et de discuter les questions et les préoccupations à l égard du projet. Dans plusieurs des séances plénières, on a soulevé en particulier la question de la viabilité des initiatives de mobilité. Les discussions ont fait ressortir l importance de l intervention des secteurs privé et public pour faire avancer l idée de la mobilité en éducation et ont indiqué qu il faudrait que les intervenants des deux secteus participent à la création et à la mise en œuvre de toute initiative de mobilité au sein de l enseignement supérieur. On a aussi reconnu que les partenariats entre les établissements d enseignement constituent souvent le tremplin tout indiqué pour un tel projet. Les pouvoirs publics et le monde des affaires, a-t-on noté, se rendent compte que l avantage compétitif de leur économie sur le marché mondial sera fonction de la qualité de leurs effectifs, des compétences de leur main-d œuvre et de la présence d une stratégie claire d expansion économique qui met l accent sur la formation des ressources humaines. STRATÉGIES SUGGÉRÉES Au lieu de donner le détail de toutes les discussions menées dans les nombreux ateliers, nous suggérons ici quelques stratégies que l on pourrait envisager comme premières mesures. L une des premières mesures que prendrait le Canada serait de demander à assister le plus tôt possible aux réunions du Comité de l éducation du Mercosur. Le Canada pourrait ainsi profiter de l expertise et de l expérience du Mercosur dans le domaine de la coopération régionale et de la résolution des problèmes que pose la mobilité des étudiants. Les discussions menées avec l un des membres indiquent que le Comité est très respecté parmi les pays membres du Mercosur. La structure même du Comité permet de soulever les questions et les préoccupations, d en discuter et de résoudre éventuellement les problèmes. À titre de participant aux réunions du Comité, le Canada serait en mesure de faire avancer l idée de mobilité internationale en proposant que le Mercosur représente ses pays membres pour négocier la création de projets de mobilité en collaboration avec le Canada. Dans un deuxième temps, DRHC pourrait lancer un projet pilote visant à examiner et à identifier les accords commerciaux ou bilatéraux existants qui permettraient de démarrer un ou deux projets pilotes de mobilité en éducation entre les pays de l hémisphère. Si les accords existants peuvent faciliter la tâche et faire avancer l idée de mobilité, on pourrait ainsi -3-
progresser considérablement et lancer plus vite un programme de mobilité internationale, ce qui ne serait pas le cas s il fallait conclure et exécuter de nouveaux accords. Par cette initiative de projets pilotes, on verrait que le Canada cherche à faciliter le processus pour l instauration d un programme de mobilité internationale des étudiants et à exercer un certain contrôle sur son évolution. En se concentrant sur des projets de petite échelle au début, en identifiant les aspects qui posent des problèmes majeurs et en résolvant les problèmes inhérents, la démarche se révélerait, à long terme, plus efficace et plus productive que si l on démarrait le projet à l échelle d une vaste région. Il est vrai que les initiatives à grande échelle font de l effet et reçoivent souvent bonne presse, mais les progrès réels sont minimes à court terme comme à long terme. Autre stratégie à envisager, le Canada, en collaboration avec le Comité de l éducation du Mercosur, pourrait lancer un projet pilote visant à élaborer des lignes directrices pour la mise en place du programme de mobilité entre le Canada et l Amérique latine et à les soumettre ensuite à l approbation des comités et autorités appropriés. Pour obtenir l information nécessaire à l élaboration des lignes directrices, on pourrait puiser à plusieurs sources, y compris dans les discussions de la Table ronde. On pourrait aussi examiner d autres programmes de mobilité des étudiants actuellement financés par DRHC, dans lesquels on rechercherait notamment les meilleures pratiques pertinentes qu on pourrait adopter pour l élaboration des lignes directrices. Enfin, dans le cadre des premières mesures à prendre, le Canada devrait obtenir reconfirmation auprès des pays membres du Mercosur de leur volonté de négocier des ententes de coopération futures par l entremise du Mercosur. Les membres du Mercosur ont accepté de travailler en collaboration. Le fait que certains pays de la région n aient pas participé à la Table ronde semble indiquer que toute tentative pour lancer un programme de mobilité des étudiants à l échelle d une grande région - celle de l Amérique latine - pourrait ne pas être une démarche productive. En effet, la conclusion d une entente avec tous les pays de la région pourrait prendre un temps considérable et exiger des efforts individuels et collectifs énormes. Ceci pourrait, en conséquence, retarder le lancement de tout projet de mobilité internationale et freiner l enthousiasme et le soutien des éducateurs des pays qui appuient actuellement ce type de projet. D après l opinion générale recueillie à la Table ronde, des mécanismes de pays à pays devront être envisagés pour les pays de la région Andes-Amérique centrale. CONCLUSION L intégration économique s intensifiant avec le flux des échanges, les mouvements de capitaux et de main-d œuvre qualifiée, des pays ayant des valeurs, des normes, des institutions et des préférences très différentes se font maintenant concurrence directement sur les marchés du travail, des capitaux et des produits. Cette intégration profonde et de -4-
grande envergure peut avoir des implications importantes quant à la capacité d un pays de maintenir des politiques et des programmes autonomes. La mondialisation du commerce a eu, c est indéniable, un impact fondamental sur le monde du travail socio-économique. Elle remet en question non seulement la compétitivité nationale et internationale du pays, mais aussi la capacité de ses citoyens à acquérir et à exploiter les compétences et les connaissances nécessaires dans une économie mondiale en pleine et rapide mutation. Le défi auquel font face les éducateurs de tous les pays est d identifier, puis d harmoniser, le système d éducation et de formation absolument efficace qui permettrait aux gens de s adapter, de survivre et de prospérer dans un monde et un environnement de travail radicalement différents. Un tel système de formation doit nécessairement envisager une stratégie d expansion économique stable qui prévoit des alliances et des ententes de partenariat à l échelle locale, nationale et internationale. Dans les discussions menées avec plusieurs éducateurs éminents présents à la Table ronde, ces derniers ont clairement approuvé ce point de vue et ont perçu l importance d un programme international solide de mobilité des étudiants, qui permettrait de résoudre nombre des préoccupations soulevées plus haut. 27 février 2001 ACCC -5-