Je et Nous Projet Fondation Evens / janvier 200 2 Campement Urbain
" Je " et " Nous" Dans nombre de métropoles, l appartenance communautaire et la reconnaissance par la communauté, sont les conditions d une existence durable. Conditions exacerbées dans les quartiers dits "difficiles", impliquant comportements similaires, modèles uniques et conformisme. Cette soumission des comportements pèse sur la singularité des conduites et sur les choix de vie. L acceptation de modèles unifiant s affronte aux besoins de sa propre destinée. Toutes tentatives de distinctions créent du rejet, de l ostracisme et de l exclusion. Ce que l on peut appeler une solitude de conséquence, et non d expérience devient le processus d extinc - tion du JE par le NOUS. Enjeu du dispositif artistique Campement Urbain propose de produire dans un espace de grande tension urbaine un lieu singulier à la disposition de tous, et sous la protection de tous. Un lieu inutile, extrêmement fragile et non productif. Un lieu pour soi mais commun à tous. Un lieu ouvert à chacun pour s abstraire de la communauté sous la protection de la communauté. Un lieu de fréquentation " à 1 place " pour expérimenter les attraits de la solitude. Un lieu du rien, où l on est avec soi, ou l on peut penser à soi, en soi. Un lieu spirituel hors du religieux. Le recueillement d un JE possible dans le NOUS : un nouvel espace public. Lieu du dispositif : Sevran quartier des Beaudottes Situé en Seine Saint-Denis, Sevran est une ville de 50 000 habitants en deuxième couronne parisienne, sur la ligne B du RER Paris Aéroport Charles De Gaulle. Sevran (47 mille habitants) est une des villes ayant eu la croissance urbaine la plus rapide de ces 30 dernières années en F rance. Le quartier des Beaudottes, de construction récente (1975-1990) est construit autour de la station RER et regroupe des centaines d habitants. Ces dernières années la population s est considérablement appauvrie et fragilisée, les difficultés sociales ont stigmatisé le quartier où ne réside plus qu une population captive, souvent d origine étrangère. Les difficultés ont culminé cet été, avec des nuits successives d émeutes urbaines, ou véhicules, centre commercial et équipements publics ont été incendiés. En avril 2001 une nouvelle équipe municipale de gauche, menée par un maire âgé de 30 ans, a remplacé l ancienne équipe municipale de droite. Cette nouvelle équipe, également multiculturelle, s implique très fortement dans les quartiers difficiles et accueillerait favorablement -sur le principe- le projet Campement Urbain.
Participation : contrainte et désir d un dispositif artistique vu comme acte social La proposition de Campement Urbain ne peut être réalisée que si les utilisateurs potentiels, habitants du quartier, leurs représentants associatifs et politiques s approprient, portent et gèrent au quotidien le dispositif. Cela implique une discussion et une construction collective en termes de définition fine du projet, de sa localisation, de ses modalités de gestion et de maintenance. Campement Urbain propose d interpeller collectivement des groupes constitués en leur présentant le projet et ses objectifs, en insistant sur : 1 La fragilité du dispositif qui ne peut être établi et perdurer que sous la responsabilité partagée et soutenue de tous et chacun. 2 L inutilité radicale du projet qui ne correspond à aucun besoin, ce qui en rend l appropriation particulière dérisoire et l établit comme un geste réellement gratuit, ouvert aux désirs singuliers de tous. 3 Le paradoxe d un lieu retiré, propice à l isolement de chacun, qui soit le centre d une attention collective. 4 La possibilité pour chacun d y expérimenter une certaine plénitude du rien. La fragilité comme fiction Début d un travail sous forme de questions C est quoi un espace suspendu à un fil? On peut s y asseoir ou s y allonger? On peut y voir le ciel? Une lumière chaude ou froide? Un espace translucide ou opaque? On y va seul? Il ressemble à quelqu un? Il s ouvre avec une clef?
Il est utilisable le jour et la nuit? Il peut être cassé quand on veut? On peut y cultiver son jardin? Il ne peut rien résoudre? Il est le trésor? Il a une âme? Il est non reproductible? C est pour l émotion? La beauté vient de la lumière? L émotion, c est dangereux? C est quoi la présence? C est quoi une vie de chien? Il est gardé par tous? Il est le symbole du rien ou du ténu? Il n a pas de vitesse? Il est en suspension? Il n a pas de langue? Faut-il le montrer du doigt? Où sont les dieux? Mon JE c est vous? Quand c est cassé c est perdu? On peut lui donner un nom? L inutile c est du luxe? La fragilité c est le comble de la force? Casser c est détruire? Il peut être réalisé? Campement Urbain Pour ce projet, le collectif à géométrie variable Campement Urbain est composé de Régis Biecher, graphiste Sylvie Blocher, artiste plasticienne François Daune, architecte urbaniste Josette Faidit, sociologue Ursula Kurz, architecte paysagiste Campement Urbain est un groupe constitué -à géométrie variable- depuis 1999 qui prône le décloisonnement de chacun de ses membres de sa propre discipline. Conformément à ses engagements, la production de Campement Urbain résulte d un travail " non spécialisé ", où le croisement des pratiques et des savoirs (non hiérarchisés) se mêle aux apports des habitants et acteurs locaux et incite collectivement à l expérimentation temporaire de " trésors de riens ", tels de nouvelles fictions urbaines.
Campement Urbain Contre la terre promise les délices de l errance