Master Sciences, Technologies, Santé Mention Santé Publique Épidémiologie d'intervention À partir de l'édition Arnette 1992, épuisée François DABIS Jacques DRUCKER Alain MOREN Chapitre VII Techniques de communication 1. Communication écrite 2. Communication orale 3. L'épidémiologiste, les media et le public Sauf mention contraire le contenu de ce document est sous contrat creative commons accessible à : http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/deed.fr La référence de ce document est à présenter comme suit : Dabis F, Drucker J, Moren A. Master Sciences, Technologies, Santé, Mention Santé Publique, 2009-2010 : Épidémiologie d'intervention : Techniques de communication. Bordeaux : Université Victor Segalen Bordeaux2, ISPED ; 2010.
Master SP : Techniques de communication 2 Chap VII Communication écrite Les avis sont nombreux et souvent divergents sur la façon de rédiger un document scientifique, mais tous les épidémiologistes s'accordent sur le fait que l'impact d'une étude épidémiologique est intimement lié au talent de son auteur à communiquer son contenu à ceux qui ont le pouvoir de décider et d'agir. Un professionnel de la santé publique doit donc être capable d'interpréter, d'expliquer et surtout de convaincre les autres, spécialistes ou non. Ce chapitre a pour but de proposer quelques recommandations pour la rédaction d'un article ou d'un rapport d'étude épidémiologique. Structure d'un article épidémiologique Elle repose sur un processus essentiel de la pensée scientifique qui est d'ordonner l'information de façon logique. La structure d'un article comporte trois éléments : 1. un plan qui constitue le cadre, l'ossature de l'article ; 2. un contenu ou substance ; 3. un style ou enveloppe de l'article. Plan On y retrouve habituellement une Introduction, une partie "Matériel et Méthodes", une partie "Résultats", une "Discussion" et des "Conclusions". La plupart des articles possèdent un résumé, voire un sommaire et, en épidémiologie, une partie "Contexte ou Circonstances de l'enquête". Introduction Elle fournit en général une brève perspective historique et des indications sur les motifs de l'étude. L'auteur précise aussi le but général de l'article et les points importants soulevés par l'étude. Très souvent, dans l'introduction, le lecteur trouvera une brève mise au point de ce qui a déjà été découvert préalablement et de ce qui sera décrit. Il ne s'agit pas d'une revue exhaustive de la littérature, mais d'une sélection du matériel documentaire pertinent. L'auteur doit s'efforcer de guider la pensée du lecteur afin qu'il puisse suivre son processus de réflexion. L'auteur souhaite ainsi captiver l'intérêt du lecteur ("accrocher le lecteur") et susciter un sentiment de curiosité. Matériel et Méthodes Dans cette partie, les outils et la méthodologie utilisés sont présentés, ainsi que la manière dont ils ont été appliqués. Dans un article d'épidémiologie, des éléments spécifiques tels que la définition des cas, la technique de recherche des cas, le type d'enquête, les méthodes d'échantillonnage, les tests statistiques utilisés sont décrits en détails, afin de permettre au lecteur de mieux évaluer la qualité du travail présenté. Les méthodes de laboratoire doivent aussi être mentionnées. Dans quelques cas, un article spécifique sur les aspects de laboratoire peut être jumelé avec l'article épidémiologique proprement dit. Une description du contexte de l'étude peut être faite dans cette partie ou incluse dans l'introduction. Lorsque vous aurez achevé une première ébauche de l'article, vous aurez sans doute une meilleure idée de l'endroit où placer ce rappel du contexte. Vous pouvez juger utile de présenter quelques données géographiques, climatiques ou physiques, s'il s'agit de l'investigation d'une maladie vectorielle par exemple. Quelle était la situation épidémiologique au début de l'enquête? Qui était là? On peut avoir besoin d'identifier des personnages clés (habituellement par leur titre plus que par leur nom).
Master SP : Techniques de communication 3 Vous devez décrire la taille de la communauté ou de l'hôpital ou de toute autre zone géographique soumise à l'investigation, afin de fournir un dénominateur au lecteur: "L'hôpital communautaire dessert 10 000 personnes" ; "Il y avait 500 admissions chaque mois" ou "La commune comporte 15 000 habitants dont la plupart sont des travailleurs migrants venus pour la saison des moissons"... Résultats Vous relatez d'abord comment l'épidémie a été détectée et vous faites une description générale des événements. Ceci donne au lecteur le sentiment du temps qui s'écoule, composante importante des enquêtes épidémiologiques. Le moment est alors venu de décrire ce qui a été découvert, par exemple, 140 cas de salmonellose apparus à Vierzon, la majorité des patients étaient âgés de 12 à 24 ans, etc. Une présentation tabulaire et graphique de certains résultats est souvent plus explicite qu'un catalogue de données écrites (Chapitre I,1,b). Puis vous décrivez les symptômes en présentant les cas typiques. Les résultats de laboratoire sont fournis pour permettre au lecteur de juger de la rigueur avec laquelle les investigations ont été effectuées. Vient ensuite le premier grand domaine de l'épidémiologie, c'est-à-dire l'épidémiologie descriptive. Ce paragraphe peut comprendre un nombre considérable de détails quant à la distribution des cas dans le temps et l'espace et leurs caractéristiques individuelles. C'est le moment d'introduire la courbe épidémique, qui est décrite pour le lecteur. Au cours d'une discussion ultérieure on précisera les caractéristiques des personnes incluses dans l'investigation. Cette section est avant tout descriptive, vous ne faites pas encore d'analyse mais vous plantez le décor indispensable à l'analyse. Ensuite vient la transition de l'épidémiologie descriptive à l'épidémiologie analytique. C'est certainement la tâche la plus délicate de la rédaction d'un article épidémiologique. Il est souhaitable de prendre le lecteur par la main et de le conduire au travers de l'interprétation des données descriptives. Que suggèrent ces données, en particulier le lieu, le temps, les caractéristiques individuelles des cas? Que signifie cette information? Comment nous aide-t-elle à comprendre la nature possible des réservoirs et des modes de transmission? Quels ont été les facteurs d'exposition et comment peut-on envisager une suite logique d'événements? Quelles hypothèses vont être testées et comment? Les paragraphes d'épidémiologie analytique arrivent ensuite. Vous comparerez des cas et des témoins ou des exposés et des non exposés. Vous apporterez un soin tout particulier à la description de la façon dont les témoins ont été sélectionnés. Une investigation complexe nécessite parfois que l'on procède à plusieurs enquêtes de type différent que vous devrez décrire de manière claire et logique. Discussion Quels sont les points clés d'une bonne discussion? Il s'agit de mettre en valeur les résultats importants sans tout passer en revue. Le lecteur a déjà reçu l'information. Les aspects les plus frappants peuvent être reprécisés pour les souligner ; les outils analytiques employés doivent être affirmés. Par exemple, le type de mesure des niveaux de sensibilité et de spécificité et les biais éventuels? L'auteur s'efforce de les évaluer honnêtement pour le lecteur. La discussion permet de comparer les résultats de l'étude à l'ensemble de ceux publiés dans la littérature. L'auteur évalue également les inférences possibles de toutes les données au fur et à mesure de leur progression et apporte son jugement en guise de conclusion. Des recherches ultérieures peuvent être suggérées. Ce chapitre se termine par des recommandations concernant les mesures de contrôle et de prévention.
Master SP : Techniques de communication 4 Conclusion Elle résume les résultats essentiels de l'étude et l'interprétation de l'auteur quant à leur signification et peut constituer le dernier paragraphe de la discussion. Certains la considèrent comme inutile lorsque l'article comporte un résumé. Les étapes de la rédaction d'un article En préambule, rappelons qu'il est important de rédiger un article ou un rapport d'investigation épidémiologique le plus tôt possible après sa réalisation à un moment où les événements sont encore frais dans la mémoire de l'épidémiologiste et la motivation encore élevée. Il est souvent plus facile de rédiger en premier le "corps de l'étude", c'est-à-dire les parties "contexte", "matériel et méthodes" et "résultats". L'introduction, la discussion et les recommandations peuvent attendre et apparaître dans une meilleure perspective lorsque l'on a déjà écrit ce que l'on a fait et ce que l'on a découvert. De cette façon, lorsque vous aurez exercé votre esprit descriptif et analytique, l'introduction et la discussion seront prêtes à être rédigées. Les faits majeurs et mineurs apparaîtront plus distinctement. Souvent, vous ne prendrez pleinement conscience des problèmes soulevés par de nouvelles données, de leurs prolongements et de leurs intrications que lorsque celles-ci auront été logiquement ordonnées dans une narration descriptive et analytique qui vous est personnelle. On peut être tenté de commencer par le début, à savoir l'introduction, et d'aller jusqu'à la fin. Il est préférable de résister à cette tentation et de commencer par décrire les faits. Ce procédé est beaucoup plus confortable. Quelques novices perdent beaucoup de temps à rédiger une introduction sans savoir quels seront les principaux éléments du texte ni comment ils souhaitent orienter le lecteur, ni quels aspects de la littérature il faut revoir et sélectionner. Il est donc souhaitable d'oublier, pour un moment, l'introduction ; de s'asseoir et d'écrire ce que vous avez fait et trouvé, bref ce que vous connaissez mieux que quiconque. Le point le plus délicat quand il s'agit d'écrire est de démarrer. C'est le "syndrome de la page blanche", une affection particulièrement déprimante. Cependant, il existe quelques trucs pour aider à démarrer la rédaction. Par exemple, avant d'écrire un seul mot, vous pouvez raconter en détail à votre femme, votre mari, vos amis, ce que vous avez fait, c'est-à-dire inciter un auditoire suffisamment critique et sur lequel vous pouvez compter, à vous poser des questions pertinentes pendant que vous racontez votre histoire. De la sorte, vous pouvez acquérir une vision fraîche de vos données et les organiser au mieux. Votre logique, vos accentuations, vos pensées maladroites et hypothèses peuvent être ou non partagées par votre auditoire. Si vous ne pouvez pas compter sur un auditoire amical mais intraitable, vous pouvez dicter simplement le rapport de votre investigation au magnétophone, le mieux possible, dans l'ordre logique décrit plus tôt. Cette méthode a plusieurs avantages potentiels. D'abord, elle procure un sentiment agréable d'accomplissement. Ensuite, une fois que le texte sera dactylographié, vous aurez sous les yeux huit à 10 pages de texte propres, nettes, tapées, au lieu d'une feuille de papier blanc ou, pire, pour certains, vos propres gribouillages écrits à la main. L'intérêt de disposer de quelque chose à regarder n'est pas seulement psychologique, mais souvent, ce processus de mise en forme (découper, coller, réarranger) est beaucoup plus facile que l'écriture. Le style De bonnes investigations épidémiologiques ne sont pas différentes de bonnes investigations cliniques ou biologiques. Bien écrire l'épidémiologie, cependant, diffère légèrement en ce que l'auteur guide le lecteur au travers d'une investigation qui possède une variété d'étapes et une séquence temporelle. L'auteur doit aider le lecteur à passer d'une séquence à l'autre, ce qui peut être difficile. Une bonne prose scientifique se lit aisément et guide le lecteur de façon souple. Il faut essayer d'avoir un style concis, d'utiliser des mots simples, des phrases courtes, des
Master SP : Techniques de communication 5 constructions sans ambiguïté (allant droit au but). Le style actif est préférable au style passif ("nous avons testé 100 sérums", plutôt que "100 sérums ont été testés"). Il est déconseillé de parler au lecteur comme à un enfant, en revanche vous devez considérer qu'il en sait considérablement moins que vous dans le domaine. Eviter l'emploi du verbe "être" quel que soit le temps. Ce verbe véhicule au moins six sens différents et peut entraîner des confusions. Faites des phrases courtes et utilisez de nombreuses transitions. Ces dernières préparent le lecteur à des changements, à une exception ou à une observation inhabituelle. Utilisez, par exemple, des expressions telles que : "pour les trois raisons suivantes... premièrement,... deuxièmement,... finalement". La transition doit permettre de guider le lecteur dans la voie des inférences qui conduit à l'explication la plus logique des événements. La transition peut par conséquent ressembler à : "Puisque la plupart des cas de salmonellose apparurent pendant une période relativement courte d'une semaine et demie et essentiellement parmi des enfants scolarisés au Lycée Montaigne, une source commune fut considérée comme l'explication la plus plausible pour tous ces cas". Notez que l'on ne dit pas au lecteur quelle était la source commune ; l'auteur pense avec le lecteur et lui suggère une hypothèse raisonnable. Rappelons qu'un bon auteur doit essayer de convaincre, de persuader ses lecteurs. Pour ce faire, il est essentiel de présenter logiquement ses découvertes, d'écrire du général au spécifique, de ne pas commencer par de menus détails pour ensuite décrire le monde entier, de commencer avec des vues générales puis de focaliser l'attention du lecteur sur des choses plus précises, de fournir un cadre général de réflexion, d'utiliser des transitions. L'auteur doit développer une hypothèse compatible avec la pathogénie de la maladie. Lorsqu'on essaie de retracer l'histoire naturelle de la maladie et de préciser ses facteurs de risque, on pense en termes de pathogénie, de facteur déclenchant. Le développement des symptômes et des signes peut aider à comprendre l'épidémiologie de base de la maladie. N'assommez pas le lecteur, d'emblée, avec les événements les plus difficiles à comprendre ou les plus controversés ou encore les plus évidents. Commencez par les faits les plus ténus et construisez un climat. Sélectionnez les mots qui indiquent, plutôt que ceux qui signifient. Concentrez-vous sur le passage des découvertes aux hypothèses et des hypothèses aux inférences. C'est à cet endroit qu'il faut conduire le lecteur et c'est la tâche la plus délicate de l'auteur : faire admettre au lecteur la transition que l'on a établie entre l'épidémiologie descriptive et l'épidémiologie analytique, entre les faits et les hypothèses et entre les hypothèses et les inférences. Un problème commun auquel vous devrez probablement faire face ou qui vous sera reproché par un bon rédacteur en chef est de commettre des erreurs élémentaires. La fréquence de ces erreurs dans la littérature scientifique est surprenante. Si vous donnez le mauvais pourcentage ou la mauvaise référence bibliographique, si les additions ne sont pas justes, le lecteur ne voudra certainement pas croire le reste de ce que vous essayez de lui communiquer. Vous aurez perdu la bataille de la conviction, de la communication. Ne mélangez pas l'opinion avec les faits. Décrivez les faits, rien que les faits dans les résultats et gardez vos opinions pour la discussion. Ne tombez pas dans l'erreur de conclure avant même que l'évidence ne soit acquise. Vous pouvez facilement agacer le lecteur en lui disant ce que vous pensez avant même d'avoir fini d'argumenter ou d'accumuler des évidences. Noyer le lecteur dans de longues phrases et des termes techniques est un autre abus. Nombre d'auteurs sont amoureux du langage médical et trouvent merveilleux d'utiliser des phrases telles que "on a pratiqué une cholangiocholécystoentérostomie hépatique" alors que l'on peut dire : "On a opéré les canaux biliaires et hépatiques et on les a abouché au duodénum en utilisant la vésicule biliaire". Faire des digressions, pour faire étal de sa culture constitue une autre erreur répandue. Par exemple, si le thème de votre étude est la grippe et ses épidémies il est inutile d'insérer quelques phrases à propos du syndrome de Reye dans
Master SP : Techniques de communication 6 l'espoir d'intéresser le lecteur. Un autre abus est de se permettre des sauts ou des changements irrationnels dans le temps en avançant, reculant, en allant de côté, toutes sortes de choses très troublantes pour le lecteur. Beaucoup d'autres règles pourraient être passées en revue. Mais c'est assez de dire qu'il faut essayer de communiquer clairement. C'est le meilleur moyen de convaincre et de faire en sorte qu'un travail épidémiologique ait un impact. Considérations diverses Les auteurs de l'article Un consensus doit être trouvé, avant même de débuter la rédaction de l'article, concernant la liste des auteurs et l'ordre dans lequel ils apparaîtront. Le premier auteur est habituellement celui qui rédige l'article (et qui, en principe, a été responsable de l'investigation!). Des considérations politiques et diplomatiques peuvent intervenir dans ce type de décision! Remerciements N'oubliez pas de remercier toutes les institutions et tous les collaborateurs qui ont contribué à votre étude, ainsi que les organismes qui ont financé votre recherche. Précisez si une partie de ces données a déjà été présentée dans une réunion scientifique. Références Insérez les références au fur et à mesure que vous rédigez votre article. Par exemple, notez les noms des auteurs et l'année des publications entre parenthèses dans le texte. Lors de la rédaction de la version définitive, vous pourrez plus facilement leur substituer des numéros renvoyant à la bibliographie finale. Il est toujours pénible de reconstituer et d'insérer les références bibliographiques après coup, une fois que l'article est terminé. La présentation des références bibliographiques est spécifique à chaque revue scientifique. Les règles les plus communément admises constituent le style "Vancouver" préconisé par le Comité International des Rédacteurs de Revues Médicales. Présentation du manuscrit Corrigez soigneusement les fautes d'orthographe! (vous pouvez vous aider de logiciels de traitement de texte qui assurent cette fonction). Vérifiez la cohérence des chiffres entre le texte et les tableaux. Soignez la typographie, la présentation du texte, le graphisme. Là encore, chaque revue scientifique a ses exigences propres développées dans les "Instructions aux auteurs" qu'il convient de respecter. Révision du manuscrit Il est impératif que tous les auteurs donnent leur avis sur le manuscrit, puis de le faire critiquer par plusieurs personnes non impliquées dans l'étude. Cela peut éviter de recevoir les mêmes critiques assorties d'un refus de l'éditeur de la revue à laquelle vous avez soumis votre œuvre. Si vous envisagez de publier votre article en anglais, faites le relire et corriger par un collègue dont l'anglais est la langue maternelle. Le résumé Un résumé est toujours exigé dans un article scientifique et s'accompagne de la sélection des mots-clés d'après MEDLINE. Dans un rapport, le résumé est d'autant plus nécessaire que ce document est en général plus complet qu'un article. Une table des matières peut même alors devenir utile au lecteur pressé. La tendance actuelle dans les journaux scientifiques est au résumé très court, de 150 à 200 mots. La rédaction du résumé est alors un exercice en soi qu'il faut réserver pour la fin, lorsque la version quasi définitive du manuscrit est prête.
Master SP : Techniques de communication 7 Les procédures de publication Chaque journal scientifique a ses propres règles qu'il importe de suivre scrupuleusement sous peine de voir ralentir le travail du comité de lecture. En particulier la forme et l'ordre dans lesquels doivent figurer les références bibliographiques dans le texte doivent être scrupuleusement respectés. La lettre d'accompagnement doit éventuellement préciser au rédacteur en chef les points forts de l'article et spécifier que toutes les précautions juridiques ont été prises. La signature de tous les auteurs est le plus souvent exigée et certains formulaires doivent parfois être remplis. Si par chance le manuscrit revient du journal avec un avis favorable, il est probable que les membres du comité de lecture auront proposé des corrections. Une fois le manuscrit corrigé, il est souhaitable de l'accompagner d'une lettre précisant point par point comment les corrections proposées ont été prises en compte. Si telle ou telle correction ne semblait pas justifiée et qu'elle n'a pas été effectuée, il est important de l'argumenter. Une fois le manuscrit définitivement accepté, la phase de relecture des épreuves avant tirage est très importante en particulier en ce qui concerne la vérification des résultats chiffrés. Rédaction d'un rapport d'investigation Il n'y a pas de différence fondamentale entre la structure d'un rapport d'investigation et celle d'un article destiné à être publié dans la littérature scientifique. Les mêmes règles s'appliquent. Un rapport, comme un article, doit informer et convaincre ses destinataires. La rédaction du rapport final d'investigation, où l'on est moins limité, vient souvent compléter la rédaction d'un article scientifique. Le plan suivant peut être proposé pour un rapport type d'investigation : Titre, lieu et date de l'investigation ; Nom et affiliation du (des) rédacteur(s) du rapport ; Nom et affiliation du(des) destinataire(s) du rapport ; Date de diffusion du rapport. Résumé Il permet de présenter en une page maximum ce qu'était le problème, comment il a été abordé par les investigateurs, quels ont été les principaux résultats, quelles recommandations ont été faites et comment elles ont été traduites en actions de santé publique. Le rapport lui-même comporte six parties, y compris les recommandations. Description du contexte Nature du problème, c'est-à-dire l'enchainement des événements ayant conduit à la demande d'investigation et les raisons justifiant qu'elle ait été entreprise. Contacts pris sur le terrain. Informations de base nécessaires à l'investigation (données géographiques, taille de la population) et situation à l'arrivée des enquêteurs sur le terrain (bilan des recherches préliminaires, synthèse des informations disponibles). Matériels et méthodes Définition d'un cas. Définition du (des) critère(s) d'exposition. Méthode de recherche des cas. Méthode de sélection du groupe de comparaison. Méthodes de collecte des informations. Méthodes d'analyse des données (enquête de cohorte, enquête cas-témoins, enquête transversale) et justification de leur choix. Méthodes statistiques.
Master SP : Techniques de communication 8 Méthodes de laboratoire. Autres aspects méthodologiques de l'investigation (études complémentaires dans l'environnement, etc.). Résultats Épidémiologie descriptive o taux de réponse, nombre de sujets répondant aux différentes définitions de cas, données cliniques ; o temps, lieu, caractéristiques individuelles ; o principaux résultats de laboratoire. Paragraphe de transition synthétisant les informations permettant d'identifier les sousgroupes à risque dans la population, les hypothèses concernant la source et le mode de contamination. Épidémiologie analytique : progression logique de l'analyse univariée à l'analyse bivariée vers l'analyse multivariée. Autres résultats : les résultats manquant à ce stade de l'investigation. Discussion Résumé de ce que l'on peut déduire des résultats de l'investigation du point de vue de l'inférence statistique et épidémiologique. Il est important de discuter comment les données de cette investigation concordent avec ce que l'on sait déjà de la maladie étudiée (données de la littérature). On précisera quels critères de causalité sont remplis dans cette étude. Discussion des limites méthodologiques de l'étude et des biais éventuels. Conclusions Recommandations et prises de décisions Description des mesures de lutte et de prévention qui ont été prises sur le terrain. Suggestions de nouvelles études à entreprendre. Bibliographie Tableaux et graphiques Remerciements On trouvera, en annexe 4, un exemple de rapport d'investigation d'un épisode épidémique. Bibliographie Centers for Disease Control. Guidelines for contributors to the MMWR (Weekly). Atlanta : Centers for Disease Control, 1992. 20 p. Council of Biology Editors. Style manual : a guide for authors, editors, and publishers in the biological science. 4th edition. Bethesda : Council of Biology Editors, 1978. 265 p. Huguier M, Maisonneuve H, Benhamou CL. et al. La rédaction médicale : de la thèse à l article original. Paris : Doin, 1990. 192 p. Huth JE. How to write and publish papers in the medical sciences. 2nd edition. Baltimore : Williams & Wilkins, 1990. 252 p. International Committee of Medical Journal Editors. Uniform requirements for manuscripts submitted to biomedical journals. Ann Intern Med 1982, 96 : 766-70.
Master SP : Techniques de communication 9 Les divers types de présentation Chap VII.2. Communication orale Il y a plusieurs raisons de faire une présentation scientifique : informer ceux qui vous écoutent et les convaincre du bien-fondé de vos idées sont les deux plus importantes. Il existe cependant deux raisons supplémentaires qui peuvent paraître cyniques mais sont toutefois loin d'être négligeables : figurer sur le programme d'une réunion scientifique et être vu. Ce que l'on appelle "présentation scientifique" est en réalité constitué d'un grand nombre de présentations de divers types : Les discours que les scientifiques sont amenés à faire à l'invitation d'un groupe de non-scientifiques sont le premier exemple. Il s'agit le plus souvent de présentations assez longues, au moins d'une demi-heure, descriptives, portant sur un sujet scientifique d'intérêt général et s'adressant à un auditoire grand public. Le langage utilisé est peu technique et la fin de la présentation est réservée à une période de questions-réponses. De même, une communication scientifique faite à l'invitation du comité d'organisation d'une réunion scientifique est relativement longue et assez proche de ce premier type de discours si ce n'est que, vous adressant à un auditoire scientifique, son contenu et sa forme sont aussi plus techniques. L'auditoire espère connaître votre opinion personnelle sur le sujet, vous pouvez donc aller au-delà des faits objectifs et les interpréter en introduisant une certaine dose de subjectivité. Une revue générale de l'état des connaissances sur un thème donné est assez semblable à une communication scientifique sur invitation dans la mesure où le présentateur peut exprimer son opinion personnelle. Si possible, il le fera seulement à la fin de sa communication. Par contre, il n'y présentera pas de nouvelles données ou de résultats inédits. Enfin, dans une communication scientifique classique, l'auteur présente des données nouvelles, de manière strictement objective, claire, concise et brève (10 à 15 minutes). La présentation est habituellement suivie de 5 à 10 minutes de discussion. Le reste de ce chapitre est consacré aux aspects particuliers de ce dernier mode de communication. Préparation Avant même de commencer à préparer votre présentation, vous devriez savoir à qui vous allez vous adresser : s'agit-il d'un groupe d'étudiants, de professeurs, de confrères, de collègues scientifiques, d'un public non scientifique ou même des média. Pour chacun de ces auditoires, vous devez réfléchir au meilleur moyen de communiquer et prendre en compte ses besoins spécifiques pour choisir le format, le vocabulaire, le support visuel le mieux adapté. Tachez aussi de connaître le lieu dans lequel vous allez faire votre présentation, la taille de la salle, le nombre de personnes qui seront présentes, et les autres détails techniques qui ne resteront sans importance que si vous les avez prévus à l'avance : y a t-il un rétroprojecteur ou un projecteur de diapositives? qui contrôle la lumière de la salle et l'appareil de projection? y a-t-il un microphone? Utiliser des transparents ou des diapositives? Il faut éviter de mélanger transparents et diapositives dans une même présentation pour ne pas distraire les auditeurs et compliquer la tâche du technicien audiovisuel. Les
Master SP : Techniques de communication 10 diapositives ne sont pas sans avantages : elles permettent de présenter des graphiques de très bonne qualité et des photos et peuvent être changées très rapidement. Par contre, leur projection nécessite l'obscurité presque totale, elles ne permettent pas de maintenir un contact visuel avec l'auditoire et ne peuvent pas être réalisées au dernier moment. Les transparents, par contre, ont l'avantage d'être faciles à réaliser, même au dernier moment. Ils permettent de maintenir un bon contact visuel à condition de montrer le transparent et non pas l'écran de projection et peuvent être distribués sous forme de photocopies à la fin de la présentation. Ils sont excellents pour enseigner car il est possible d'écrire sur les transparents et par exemple de guider des étudiants au travers d'une démonstration difficile. C'est d'ailleurs parce qu'ils sont trop didactiques qu'ils ne sont généralement pas utilisés lors des réunions scientifiques. Leur manipulation est quelque peu compliquée et parfois bruyante. On évitera de les utiliser dans une salle réunissant plus de cinquante personnes car leur qualité visuelle sera alors médiocre. Une alternative aux transparents et aux diapositives consiste à distribuer préalablement à l'auditoire un court résumé de sa présentation de manière à lui laisser une trace des points les plus importants. Cette méthode a aussi l'avantage de ne pas dépendre de l'alimentation en électricité et elle est tout particulièrement indiquée si vous devez faire une présentation en situation précaire. Malheureusement, le support papier est bruyant, le résumé distribué détourne l'attention de la présentation elle-même et ce média n'est donc presque jamais utilisé lors des réunions scientifiques. Le choix est donc finalement très personnel et dépend du lieu, du contexte dans lequel la présentation est faite, de la nature de l'audience et du but que vous cherchez à atteindre. Lire ou ne pas lire? Choisir si vous allez lire ou non le texte de votre présentation est une autre décision importante. En règle générale, vous communiquerez beaucoup mieux si vous ne lisez pas votre texte. Malheureusement, il faut des années de pratique, une capacité innée à improviser et une bonne dose de confiance en soi pour être capable de présenter une communication scientifique sans la lire. Votre décision de lire ou non est en partie dictée par le contexte mais aussi par votre expérience personnelle. Il est impératif de lire la majeure partie de votre texte dans trois types de circonstances : - si vous présentez dans le cadre formel d'une réunion scientifique importante ; - si les contraintes de temps sont sévères ; - et enfin, si vous avez encore assez peu l'expérience des présentations orales en public. N'hésitez pas à répéter votre texte pour bien le connaître et surtout vérifier qu'il ne dépasse pas la durée autorisée. La taille de l'auditoire peut aussi vous aider dans votre décision de lire ou non. S'il y a seulement une dizaine à une trentaine de personnes, l'ambiance est en général détendue et permet de ne pas lire. S'il y a une cinquantaine de personnes ou plus, il vous sera peut-être encore possible, dans certains cas, d'improviser en vous guidant de quelques notes. Par contre, au delà de 75 personnes, c'est seulement si vous êtes un vrai "pro" que vous pourrez vous permettre ce genre d'exercice. Si vous avez un doute, lisez votre texte ; si vous le faites avec conviction et enthousiasme, si votre texte est cohérent et clair, vous n'aurez pas de peine à faire passer votre message. Si la communication doit être effectuée dans une langue étrangère, il est préférable de s'appuyer sur un texte écrit. Préparation des diapositives Il est souvent utile de commencer la préparation d'une présentation par la préparation des diapositives. Dans tous les cas, il faut leur consacrer au moins autant de temps qu'à la rédaction du texte. Une bonne diapositive est claire et facile à lire (le texte est visible à l'oeil nu sur la diapositive présentée à 30 cm) ; il vaut mieux deux diapositives simples qu'une diapositive compliquée. Ne conservez que l'information essentielle et présentez-la selon une
Master SP : Techniques de communication 11 progression logique. Les diapositives doivent toujours être photographiées horizontalement. Les graphiques sont préférables aux tableaux. Si la présentation de tableaux est inévitable, il faut arrondir les chiffres à la décimale supérieure. Le texte devra être dactylographié en caractères gras, classiquement blancs sur fond bleu, en centrant le texte et en respectant des marges larges, et en évitant les lettres majuscules. Enfin, les vraies photographies sont par contre très vivantes. Le rythme de présentation des diapositives ne doit pas être trop rapide (pas plus d'une diapositive par minute en moyenne) ; 15 secondes, au moins, sont nécessaires pour montrer une diapositive et communiquer son contenu. Conseils pratiques et savoir-vivre Vous êtes responsable de la qualité et de l'ordre de vos diapositives. Votre crédibilité scientifique souffrirait si vos diapositives sont inversées, renversées ou illisibles. Si vous le pouvez, amenez votre propre chariot à diapositives (carrousel), placez-y vos diapositives vousmême, numérotez les et vérifiez deux ou trois fois qu'elles sont dans le bon ordre. Évitez de vous adresser au micro, à l'écran ou à vos notes et, au contraire, établissez un contact visuel soutenu avec votre auditoire. Évitez aussi de déambuler sur l'estrade à moins que, dans le cadre d'un cours, vous souhaitiez créer un dialogue. Parlez lentement (l'adrénaline coule à flot dans vos artères, et sans même vous en rendre compte, le débit de votre élocution est accéléré) et distinctement. Lorsque c'est votre tour de monter sur le podium, faites-le rapidement et sans hésiter pour éviter de donner une impression d'indifférence. Assurez-vous que le microphone est à la bonne hauteur et installez-vous confortablement, vos transparents ou la commande des diapositives et de la lumière de la salle à portée de main, de même qu'un verre d'eau si nécessaire. Vous aurez bien sûr vérifié vous-même avant le début de la séance l'environnement technique de la présentation : montez sur l'estrade, faites comme si vous débutiez votre présentation, regardez une dernière fois comment fonctionne l'équipement audiovisuel. Vous prenez ainsi vos "marques" et ne serez pas trop dépaysé lorsque l'heure "H" arrivera. Si vous devez être présenté, entretenez-vous avec la personne qui doit le faire, décidez avec elle de ce qu'elle devrait dire à votre sujet et remerciez-la au début de votre présentation. Ne commencez jamais en disant par exemple "Première diapo : s'il vous plaît!" mais plutôt "Merci Monsieur le Président. Mesdames, Messieurs, ou bien Bonjour!". Si vous souhaitez remercier vos collaborateurs, faites-le brièvement, dès le début de votre communication. N'oubliez pas, à la fin de votre présentation, de bien signifier à votre assistance que vous avez terminé, par exemple en concluant par "je vous remercie". Enfin, ne vous substituez pas au modérateur de la session et laissez-lui le soin de stimuler la première question de l'auditoire ou de la poser lui-même. Attendez-vous à être nerveux (encore l'adrénaline!), mais souvenez-vous que si ça n'est pas le cas, votre prestation sera probablement médiocre. Le contenu d'une présentation orale de 10 minutes Typiquement, la durée d'une présentation scientifique est de cinq à 10 minutes, avec cinq minutes supplémentaires pour les questions. Il faut prévoir une introduction de quatre à cinq phrases pour présenter le contexte général, le but et les objectifs de votre travail. Ensuite, vient la partie "matériel et méthodes" : vous devez expliquer l'essentiel sans laisser de zone d'ombre mais sans vous perdre dans les détails. Donnez votre définition d'un cas. Ensuite, donnez les résultats, mais seulement les plus importants, en incluant les notions de temps, de lieu et de caractéristiques individuelles pertinentes à votre étude et une analyse critique de facteurs de risques que vous avez mis en évidence. Utilisez des tableaux ou mieux des graphiques pour clarifier votre propos et gagner du temps. Vous n'avez pas besoin de répéter les résultats dans la discussion qui leur fait suite. Expliquez leur signification, particulièrement par rapport à ce qui était déjà connu sur le sujet, les points forts et les faiblesses de votre méthodologie, le degré de certitude que vous avez dans vos résultats et enfin les études complémentaires qui vous semblent souhaitables. Pour terminer, vous devez très brièvement
Master SP : Techniques de communication 12 résumer votre présentation, sans oublier au préalable de faire les recommandations qui découlent de vos conclusions. Comment s'aliéner l'auditoire Il faut à tout prix éviter certaines erreurs grossières qui peuvent saboter votre présentation et vous faire perdre votre crédibilité et votre autorité. La première est d'utiliser plus de temps qu'il vous est imparti. C'est injuste pour les autres présentateurs et irritant pour le public qui n'a plus le temps de poser de questions. C'est l'erreur la plus grave et la plus fréquente. Un autre piège est d'utiliser de mauvaises diapositives, illisibles ou trop chargées. Il faut aussi bien se garder d'être condescendant et de snober son auditoire ou le modérateur. Enfin, ne vous mettez pas en colère, surtout pendant la période réservée aux questions. Si l'une d'entre elles vous irrite, si vous ne pouvez ou ne savez pas y répondre, félicitez de sa pertinence la personne qui vous l'a posée. En toute circonstance, gardez votre calme et n'hésitez pas à dire "je ne sais pas" si c'est le cas. Enfin, gardez en mémoire la classique règle de Michael Gregg : "Ne leur dites jamais tout ce que vous savez". Bibliographie Gregg MB. Comment effectuer une communication orale? Cours International d Épidémiologie Appliquée. Institut pour le Développement de l'épidémiologie Appliquée, Veyrier du Lac, France, 1986.
Master SP : Techniques de communication 13 Chap VII.3. L'épidémiologiste, les média et le public Conduite pratique à tenir vis-à-vis des média Informer le public est l'un des rôles les plus importants des professionnels de santé. Parfois même, l'intervention médiatique est vitale pour la protection de certains groupes. Dans la mission d'information du public en matière de santé, il est devenu fondamental de considérer les média comme des partenaires à part entière. L'époque à laquelle la population était exclusivement informée et éduquée en matière de santé par le médecin de famille est révolue. Sans sous-estimer la possibilité d'effets inattendus ou même opposés à ceux qui étaient escomptés, il faut bien se garder d'avoir à l'égard des média une attitude négative. Une telle attitude est presque toujours nuisible et contribue à semer inutilement la confusion et la panique. Les occasions d'utiliser les média de manière constructive ne manquent pas, comme, par exemple, l'information du public lors d'épisodes épidémiques et d'incidents environnementaux, son éducation sur les mesures préventives à prendre ou sa sensibilisation en général aux problèmes de santé. Journalistes et professionnels de santé publique ont une relation complexe. Si l'objectif des média est de vendre et d'élargir leur audience, le médecin de santé publique quant à lui a besoin des média pour mener à bien sa mission. Il se doit de bien comprendre leur mode de fonctionnement et les contraintes auxquelles il est soumis. Son rôle est d'être une ressource crédible qui aide le spécialiste en communication à relayer et à transmettre l'information au public. Bien comprendre la manière dont le public perçoit l'information, de même que les pressions et les contraintes (de temps en particulier) auxquelles les média sont soumis permettra de présenter des messages plus efficaces sans compromettre leur signification. Les professionnels de santé publique pourront ainsi mieux travailler avec les média et établir avec le public une communication de bonne qualité. Le lecteur trouvera dans ce chapitre une discussion des grands principes dont il doit s'inspirer pour communiquer avec les média, des indications pratiques qui l'aideront à établir avec eux des rapports plus efficaces et enfin quelques suggestions sur la conduite à tenir dans le contexte d'un épisode épidémique. Principes Le message que vous voulez faire passer est comme un produit brut et la manière de le faire passer est, en quelque sorte, l'emballage dans lequel ce produit est présenté et vendu. Cette analogie peut vous aider à mieux comprendre ce que vous devez faire : le message (la découverte récente ou l'émergence d'un nouveau risque auquel le public est exposé, une nouvelle recommandation ou une mise en garde sanitaire) n'est autre que ce que vous voulez que le public enregistre. L'emballage (votre façon de dire le message, les vêtements que vous portez, le fait que vous argumentiez ou non avec le journaliste, votre titre et l'organisation que vous représentez) permet au public de reconnaître votre message, de l'identifier, de le mémoriser et finalement de l'utiliser. Hiérarchie Le plus important est de savoir ce que vous voulez dire. Neuf fois sur dix, c'est à la personne interrogée de diriger l'entretien. Faites une liste hiérarchique des messages que vous voulez faire passer. Pensez à l'avance à l'idée force qui, si vous ne parveniez pas à l'exprimer, vous laisserait avec la désagréable impression d'avoir perdu votre temps. Ensuite, pensez à
Master SP : Techniques de communication 14 deux ou trois points supplémentaires, pas plus, et classez-les par ordre d'importance. Notez-les sur une fiche cartonnée. Les concepts de hiérarchie, d'idée force et de liste préétablie sont d'autant plus importants que ce que vous allez annoncer est susceptible de provoquer la panique ou une réaction de dénigrement. Chaque idée devrait ouvoir être exprimée en une phrase. Vous pouvez bien sûr développer chacune de ces idées lors de l'entretien, mais lorsque vous le préparez, contentez-vous de noter ces quelques idées maîtresses. Un bon test consiste à vous poser la question suivante : "Me sentirais-je complètement idiot(e) si je ne parvenais pas à exprimer tel point lors de l'entretien?" Si votre idée passe ce test, elle vaut probablement la peine de figurer sur votre liste. Enfin, il est utile, avant d'être interviewé, de se poser les six questions clés à la base de tout entretien avec un journaliste : qui, quoi, où, quand, comment et pourquoi? Réponses courtes Pour chacun de ces points, pensez à une réponse courte exprimée en termes simples. Évitez le jargon médical et des mots ambigus comme "atypique", "infraclinique", "culture positive". Les gens ne peuvent pas retenir et encore moins utiliser ce qu'ils ne comprennent pas. En général, n'essayez pas de citer des chiffres exacts à trois décimales près : simplifiez et n'hésitez pas à dire "la plupart" ou "la majorité", même si votre rigueur d'épidémiologiste doit en souffrir. En tant que spécialiste, vous êtes, a priori, crédible. Vous n'avez pas besoin d'impressionner votre auditoire en utilisant des termes médicaux ou savants. Répétition de l'entretien Répétez vos réponses avec un(e) ami(e) : placez-vous devant un miroir et enregistrez vos réponses sur un magnétophone, ou mieux, utilisez un magnétoscope. Travaillez avec quelqu'un qui ne connaît pas le langage médical et assurez-vous que vous êtes bien compris. Demandez-lui de vous poser des questions de manière à améliorer votre aisance/compétence. Demandez-lui aussi de jouer l'avocat du diable et de vous poser des questions plus difficiles, des questions qui établiront votre crédibilité dans votre domaine et des domaines adjacents. Vous pouvez vous aguerrir avec des questions pièges, mais vous vous rendrez vite compte que si vous travaillez avec votre liste hiérarchisée, il n'y a pas de question à laquelle vous ne pouvez pas répondre. N'essayez pas d'apprendre vos réponses par cœur: il s'agit pour vous de construire un répertoire d'options, un peu à la manière des joueurs de football. De même qu'il est inconcevable d'administrer un questionnaire sans le pré-tester, il faut absolument s'entraîner à l'avance avant de donner une interview. Si vous devez avoir des contacts fréquents avec les média, rien ne remplace une bonne formation. En réalité, le meilleur outil pédagogique, c'est la vidéo et elle devrait être largement utilisée. Un formateur peut travailler avec vous sur différents types d'interviews et vous aider à perfectionner votre expression et votre présentation. Il peut aussi vous aider à améliorer la qualité de vos apparitions en public, qu'il s'agisse d'un simple cours ou d'une présentation formelle. Conseils pratiques L'interview Sachez pourquoi vous avez accepté d'être interviewé et à qui l'information que vous voulez communiquer va être diffusée. Presse et média électroniques sont le plus souvent soumis à de sévères contraintes de temps. Ce qui vaut la peine d'être publié un jour risque d'avoir perdu tout intérêt le lendemain! Ne perdez pas de vue le fait que votre message est probablement plus important pour vous que pour le journaliste. Votre rôle est de lui faciliter le travail. Fournissez-lui les informations indispensables sur vous-même, l'institution pour laquelle vous travaillez et le sujet dont vous allez parler. Ayez ces éléments préparés à l'avance sur
Master SP : Techniques de communication 15 traitement de texte de manière à pouvoir faire des changements de dernière minute en cas d'urgence. Un tel document de base doit être présenté sous une forme facile à lire d'un rapide coup d'oeil et comporte un curriculum vitae abrégé, les faits de base sur le sujet (une page), des suggestions de questions, et enfin, quelques statistiques et des références bibliographiques. Essayez de connaître le journaliste à l'avance, sa personnalité et son style. Tachez de lire un de ces précédents articles, de visionner son émission ou d'écouter un enregistrement de son émission de radio. Informez-vous pour savoir si votre entretien sera en direct ou enregistré et coupé/édité, ou encore, si vous devez participer à un journal télévisé, à un débat, et s'il y aura des appels d'auditeurs. Demandez au journaliste ou au chef de production quelle sera la direction générale de l'interview et les éléments spécifiques sur lesquels il portera. N'hésitez pas à lui poser vousmême les six questions clés (qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi?) pour comprendre pourquoi il souhaite vous rencontrer. Vous êtes aussi en droit de faire des suggestions mais n'oubliez pas que c'est la prérogative du journaliste que de décider des questions, de même que les réponses sont votre domaine. Avant l'interview Renseignez-vous en posant les questions suivantes : Combien de temps l'interview va-t-elle durer? Combien de temps serez-vous sur les ondes ou quelle est la longueur prévue de l'article? Quel est exactement le sujet de l'interview? A quelle heure l'interview sera-t-elle diffusée, ou à quelle date sera t-elle publiée? A quelle heure êtes-vous attendu dans le studio ou bien devez-vous téléphoner (dans le cas où vous donnez une interview téléphonique pour la radio)? Arrivez à l'avance pour vous familiariser avec le studio. Si vous avez l'intention d'utiliser des diapositives ou un autre support visuel, quelles sont les exigences du journaliste et du producteur? Les diapositives couleur et les vidéos sont en général les meilleurs supports. Utilisez un format horizontal car c'est le format du petit écran. Pendant l'interview Soyez naturel. Ce n'est pas le moment de devenir amusant si ça n'est pas dans votre habitude ou d'essayer d'être décontracté si vous êtes habituellement du genre "coincé". N'en faites pas trop, vous risquez de paraître ridicule et de ne pas être pris au sérieux. Dites la vérité et, si vous faites une erreur, n'hésitez pas à la corriger. Dans tous les cas, sincérité, enthousiasme et un contact chaleureux sont les meilleurs garants d'une communication de bonne qualité. A aucun moment, pendant toute la durée de l'entretien, ne dites quoi que ce soit que vous ne souhaitez pas entendre répéter. Les prétendues remarques ou commentaires "off-the record" n'existent pas. Comportez-vous comme si vous étiez filmé, même si c'est le journaliste qui parle et faites comme si vous étiez sur les ondes tant que vous n'avez pas quitté le studio. Méfiez-vous d'un ton ou des remarques sarcastiques, au deuxième degré, des calembours et même de l'humour. Si vous n'êtes pas d'accord avec ce que dit le journaliste, faites-le lui savoir sans attendre. C'est d'autant plus important que, dans le domaine de la santé, vous êtes l'expert que l'on questionne. Si vous êtes filmé, un mouvement de la tête ou un froncement de sourcil sont suffisants ; à la radio, une simple phrase de clarification fera l'affaire. Si vous ne contredisez pas immédiatement une affirmation fausse ou trompeuse, vous sous-entendez que vous êtes d'accord. Placez vos réponses hiérarchisées sans attendre, dès le début de l'interview, d'une manière claire, simple et intéressante. Même si la question n'est pas exactement celle qui
Master SP : Techniques de communication 16 correspond, amenez et introduisez la réponse qui vous permet de faire passer votre idée force et votre message. Évitez de faire des mouvements intempestifs ou des bruits inutiles. En particulier s'ils sont rapides, les mouvements de mains et du corps sont difficiles à suivre pour les caméras. A la radio, ils sont susceptibles de provoquer des bruits parasites. La manière de se tenir est importante. Lors de l'enregistrement d'une interview pour la radio, tenez-vous à environ 15 ou 20 centimètres du micro, les deux coudes sur la table. Cette position vous stabilise, diminue la possibilité de vous balancer d'avant en arrière et vous donne une plus grande assurance. A la télé, restez droit et détendu. Si vous vous penchez légèrement en avant, vous donnerez l'impression de vous intéresser à votre interlocuteur et au sujet ; au contraire, si vous êtes effondré dans votre fauteuil ou seulement trop détendu, vous semblerez indifférent, peut-être même profondément ennuyé. Sans renoncer à une nécessaire fermeté lorsqu'elle est indiquée, évitez d'être agressif. Même si le journaliste semble insolent ou hostile, vous avez tout à gagner à ne pas entrer dans son jeu et à rester raisonnable et calme. Attirez l'attention sur vous, pas sur votre vestiaire. Optez pour des tissus unis, clairs pour les femmes, plutôt sombres pour les hommes. Chemises et chemisiers seront choisis dans des tons pastel et crème. Gardez-vous des imprimés à grands motifs, du blanc, du noir et des tissus brillants qui risquent de trop accentuer les contrastes du petit écran. Si nécessaire, les hommes seront maquillés au studio ; un maquillage de ville est suffisant pour les femmes, en évitant l'utilisation de mascara. Enfin, gardez-vous des bijoux bruyants et évitez d'avoir des pièces de monnaie dans les poches. N'oubliez pas que la force et l'efficacité de la télévision viennent du fait qu'elle montre des images. Certes, elle laisse des faits, mais avant tout elle laisse des impressions, si bien que votre apparence et la façon dont vous allez être perçu par le téléspectateur comptent beaucoup plus que votre maîtrise du sujet. Après l'interview Envoyez un mot de remerciement au journaliste et au producteur. Conservez une trace écrite de votre expérience, de même que les noms et numéros de téléphone de vos interlocuteurs. Vos notes vous seront utiles le jour où vous aurez des informations importantes à communiquer. Enregistrez votre interview. N'hésitez pas à l'écouter ou à la visionner souvent, pour mémoriser ce que vous avez dit, vérifier si vous avez respecté votre liste hiérarchique et transmis le message adéquat au public cible, et enfin, pour identifier les domaines dans lesquels vous pouvez progresser. Mettez à profit votre expérience. Observez les autres à la télévision et analyser leur style d'un oeil critique et constructif en imaginant comment vous auriez réagi à telle ou telle question et ce que vous auriez dit différemment. Dans tout ce processus, la chose la plus importante est de se souvenir que les média sont vos partenaires en communication. La qualité de vos rapports avec eux ne peut que les aider à présenter des informations précises et utiles au public. Cas particulier de l'investigation d'un épisode épidémique Une éclosion épidémique, quelles que soient sa gravité et son ampleur, est par définition une situation exceptionnelle. C'est aussi une urgence et elle est particulièrement susceptible d'attirer l'attention des média. Très tôt, le public souhaite avoir des informations claires sur les dangers qui peut-être le menacent, alors que l'épidémiologiste n'en est qu'au stade de l'élaboration d'hypothèses et qu'il doit consacrer tout son temps à l'investigation. Certaines règles simples aideront le professionnel de santé publique à mener à bien son enquête, sans pour autant s'aliéner les média.
Master SP : Techniques de communication 17 Ne parlez pas aux journalistes. Laissez ce soin aux responsables locaux de la santé. Ils ont probablement déjà établi de bonnes relations de travail avec la presse et ils connaissent les journalistes du cru. Peut-être même ont-ils un spécialiste en communication dans leur équipe. Après votre départ, ils devront aussi continuer à travailler avec eux. Votre rôle est de résoudre le problème épidémiologique, et vous n'avez pas de temps à perdre devant les caméras. Désignez un porte-parole unique qui contactera régulièrement les média, de manière active, et les tiendra au courant de la situation. Évitez de donner l'impression aux journalistes que vous leur cachez quelque chose, ce qui ne manquera pas de se produire si vous ne prenez pas l'initiative. Enfin, essayez de protéger vos collaborateurs des contacts avec les média. Cela leur permettra de se concentrer sur leur travail mais aussi diminuera les chances de diffuser des informations contradictoires et de provoquer la confusion. Conclusion La tâche de l'épidémiologiste n'est vraiment terminée que lorsque le fruit de son travail a été correctement diffusé. Que cela se fasse par écrit ou par oral, devant des pairs ou des décideurs, directement devant le grand public ou par l'intermédiaire des média, l'épidémiologiste doit apprendre et bien maîtriser les règles de la communication. C'est à ce prix qu'il peut faire reconnaître ses efforts et espérer influer sur le processus de décision en santé publique. Bibliographie Epidemiology Program Office. Epidemic Intelligence Service officer s manual of practical epidemiology. Atlanta : Centers for Disease Control, 1988. 300 p.