Prospection aérienne dans les plaines de grande culture du Calvados et de l Orne

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Transcription:

ADLFI. Archéologie de la France - Informations une revue Gallia Basse-Normandie 2009 Prospection aérienne dans les plaines de grande culture du Calvados et de l Orne Structures agricoles et approvisionnement en eau à l âge du Fer Jean Desloges Édition électronique URL : http://adlfi.revues.org/3851 DOI : 10.4000/adlfi.3851 ISSN : 2114-0502 Éditeur Ministère de la culture Référence électronique Jean Desloges, «Prospection aérienne dans les plaines de grande culture du Calvados et de l Orne», ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Basse-Normandie, mis en ligne le 01 mars 2009, consulté le 30 septembre 2016. URL : http://adlfi.revues.org/3851 ; DOI : 10.4000/adlfi.3851 Ce document est un fac-similé de l'édition imprimée. Ministère de la Culture et de la Communication, CNRS

1 Prospection aérienne dans les plaines de grande culture du Calvados et de l Orne Structures agricoles et approvisionnement en eau à l âge du Fer Jean Desloges Date de l'opération : 2009 (PA) Physionomie et spatialité de l habitat protohistorique 1 Vingt années de prospection aérienne dans le «croissant fertile» bas-normand ont révélé une trame de mise en valeur agricole attribuable aux derniers siècles de l Indépendance gauloise. Cette organisation du territoire se manifeste par une multitude de «systèmes d enclos» plus ou moins complexes, associés parfois à des protoparcellaires et desservis par une arborescence de chemins. De grandes voies ou «chemins de longs parcours», dont l établissement remonte certainement à l âge du Bronze, constituent les lignes de force du paysage. Celles-ci ne céderont la place qu avec les nouveaux axes liés à l essor des villes. 2 La cartographie de l abondant corpus détecté montre que les agriculteurs gaulois ont ignoré certains secteurs de la Plaine, comme l avaient fait avant eux les premières populations agricoles. L aptitude culturale des sols, non plus que leur réponse en termes de détection, ne peuvent expliquer ces lacunes. On invoquera l existence de massifs forestiers de «l outfield», par exemple, ou d autres phénomènes socio-économiques. Au contraire, on note que les densités d occupation les plus fortes se repartissent dans le centre et la partie orientale de la Plaine, au contact de la Vallée d Auge (les marais de la basse vallée de la Dives), c est à dire l espace tampon qui marque le territoire tribal des lexovii.cette trame agricole semble faire coexister de grands domaines pré-romains, et des unités d exploitation de type «familial», parfois regroupés en hameaux. Cette partition manifeste pourrait indiquer l existence de deux systèmes de mise en valeur : une petite agriculture vivrière, à côté de grands domaines céréaliers. On pense à ce propos au

2 Commentaire de César et la mise à profit des surplus céréaliers des Esuviique suppose l hivernage d une légion en 54. Le réseau de chemins de long parcours, évoqué plus haut, prend alors toute sa signification en termes de marché. 3 Si l on se place à une échelle plus restreinte, on constate que la densité de la trame agricole augmente à proximité des cours d eau et dans les interfluves. Le bassin caennais, bien qu oblitéré par la ville et le complexe portuaire, semble avoir été l un des pôles majeurs de peuplement protohistorique si l on en juge par les découvertes intervenues dans la couronne extra-muros. On pointe également le versant des vallées, celle de la Muance à Saint-Sylvain, par exemple, les vallées du Dan, de la Mue, de la Seulles, etc. On en déduit que la proximité des eaux d écoulement intervenait dans l implantation des fermes gauloises, ce qui se justifie naturellement par les besoins de consommation et de circulation. À contrario, il est plus surprenant de constater que bon nombre des fermes indigènes sont situées sur les plateaux «arides», souvent éloignées de 4 ou 5 km du point d eau le plus proche. Il est évident que d autres impératifs, économiques, démographiques ou culturels, entraient en ligne de compte. Ceux-ci procédaient sans doute du même processus de colonisation des plateaux en marche depuis le Néolithique moyen. Le milieu, le régime des eaux 4 Les sols lourds sur loess ont été exploités aussi bien que les sols minces de type rendzine. Il ne fait pas de doute que les uns et les autres étaient très favorables à la céréaliculture. L atout principal était peut-être, comme de nos jours, le régime de sécheresse relative qui caractérise la Plaine. Si l on y ajoute la perméabilité du substrat, on constate le paradoxe que la Plaine recèle des réserves considérables d eaux souterraines mais que le captage est difficile en dehors des vallées drainées. La nappe phréatique (l aquifère du Bathonien) ne peut guère être atteinte à moins de 20 m de profondeur en moyenne. On sait qu il existe des surfaces «humides», des phénomènes artésiens et autres résurgences. Elles offrent une ressource ponctuelle ou temporaire. C est le cas des «mouillères» du nord de Caen et des nappes perchées. Celle de Perrières-Sassy dans la plaine de Falaise est particulièrement intéressante. Le socle de grès des écueils paléozoïques est proche de la surface, l eau est retenue à faible profondeur et peut être puisée facilement. Ce n est sans doute pas un hasard si ce secteur présente une des plus fortes densités d enclos. 5 L intérieur des plateaux était-il pour autant placé sous le signe de la soif? La technologie des puits à eau était parfaitement à la portée des populations protohistoriques. Or, il est un fait que l archéologie de terrain n a pas mis en évidence de tels dispositifs dans le contexte des fermes de l âge du Fer. Le portage de l eau de consommation semble avoir été la seule façon de s approvisionner. Hormis l abreuvement du bétail, qui pouvait se faire au prix de la conduite des troupeaux aux rivières, créant ainsi des cheminements, les besoins en eau des agriculteurs gaulois étaient probablement modestes. Les modes de vie de la paysannerie traditionnelle donnent à cet égard quelques pistes. Les fermes normandes du XIX e s. remédiaient à la rareté de l eau par l usage de mares qui servaient à divers usages domestiques, en qualité de solvant, à la consommation animale mais aussi à l industrie textile (rouissage) ou à l industrie potière. Rares étaient les mares alimentées par un fil d eau. Des fossés conduisaient l eau de ruissellement vers la mare qui servait d exutoire. Il existait aussi des mares «protégées», c est-à-dire interdites à toute pollution animale par des enclos de haies vives. Une végétation spontanée et une

3 microfaune spéciale favorisaient l apurement et l oxygénation, le système du lagunage n était pas inconnu. 6 D anciennes mares villageoises subsistent de nos jours dans la plaine de Caen, elles semblent témoigner d anciennes activités communautaires. À Epaney, par exemple, la mare avait autrefois un intérêt supplémentaire puisqu on mettait périodiquement aux enchères la boue de curage. 7 On ne dira jamais assez, après Gaston Roupnel, combien les permanences sont fortes dans les travaux et le jour du monde rural depuis le Néolithique. Les fermes gauloises sont finalement peu différentes des fermes du Pays d Auge ou des «clos-masures» du Pays de Caux. La prospection aérienne a le mérite de ne pas craindre de tels rapprochements. Parmi les nombreuses structures fossoyées visibles d avion : fonds de cabanes, silos, dépotoirs, etc., on distingue toujours une ou plusieurs grandes anomalies maculiformes. L archéologie de terrain hésite encore sur la nature de ces grandes structures irrégulières contenant peu de mobilier. Il ne fait guère de doute qu une bonne part de ces structures correspond à des mares construites ou aménagées dans des creux naturels. 8 Enfin, nous n aurons garde de laisser de côté les connexions existant traditionnellement entre l eau et les morts. Hérodote exprimait la chose en disant que l eau émanait du souterrain séjour des morts et qu elle y conduisait l âme des défunts. La cartographie archéologique donne un premier écho à ce vieux mythe psychopompe lorsqu elle montre clairement que les tombes tumulaires du Bronze et du Fer (enclos géométriques) jalonnent les vallées. Le cas est particulièrement net pour la vallée moyenne de la Dives et celle de la Mue. 9 (Fig. n 1 : Vendeuvre (14). Petit établissement agricole de l'âge du Fer avec sa mare (tache sombre)) 10 Jean DESLOGES ANNEXES

4 Fig. n 1 : Vendeuvre (14). Petit établissement agricole de l'âge du Fer avec sa mare (tache sombre) Desloges, Jean, SRA (2009) INDEX Thèmes : agriculture, approvisionnement en eau, céréale, eau, enclos, enclos sacré, ferme, fossé, habitat rural, loess, prospection aérienne, puits, rivière, tumulus, vallée, voie Index géographique : Basse-Normandie, Calvados, Caen Index chronologique : Âge du Bronze, Âge du Fer operation prospections aériennes (PA) AUTEURS JEAN DESLOGES SRA